jeudi 17 août 2017

Les maux de l'horlogerie: 3) la mascarade Instagram

Cela fait des mois que j'avais envie d'écrire cet article mais la situation devenant de plus en plus pathétique, il devenait urgent de passer à l'action. Je ne vais pas ici répéter ce que j'ai écrit dans mon article précédent dédié au lifestyle mais consacrer plutôt le sujet sur le changement de fonctionnement d'Instagram qui génère de fortes conséquences sur la pertinence du réseau social.

Au début, tout allait bien...

Instagram, c'est un sujet que je connais très bien puisque je le pratique tous les jours. J'y suis venu relativement tard en créant mon compte @equationdutemps le 1er août 2014. A cette date, de nombreux acteurs importants dans le monde de l'horlogerie étaient déjà présents. J'étais, je dois avouer, réticent à m'y impliquer car je ne percevais pas d'intérêt particulier dans cette application dédiée au partage de photos. Et puis des amis comme Anish de @Watchanish ou Greg de @Leguidedesmontres m'ont encouragé à le faire et  j'ai donc profité des vacances d'été pour me jeter à l'eau. La croissance de mon compte fut spectaculaire et très vite il devint le compte le plus influent  dédié à l'horlogerie tenu par un blogueur français. Il l'est toujours à cette date avec plus de 79.000 followers. Il faut dire que les recettes d'une croissance dynamique et régulière étaient faciles à comprendre et à appréhender car l'algorithme d'Instagram était simple et clair. Finalement, il suffisait de poster à heures régulières, d'utiliser les bons hashtags et surtout de s'appuyer sur des photos apportant du contenu nouveau (je profitais à fond de ma grande bibliothèque) et homogène (afin de définir son propre style) pour séduire les followers. En tant que modérateur sur PuristSPro et compte tenu de mes relations dans l'industrie, je fus également "regrammé" régulièrement par des comptes importants. Ainsi, tout était réuni pour que la progression du compte fût constante, soutenue par des taux d'engagement élevés. Mes photos étaient facilement reconnaissables (et le sont toujours) grâce à leur style... et à mes chemises rayées la plupart du temps. Depuis le début, ma ligne de conduite n'a pas changé: apporter du contenu original et présenter des photos de montres connues ou confidentielles au poignet, en se focalisant avant tout sur le cadran et en évitant des mises en scène ridicules. Inutile de singer Watchanish, il a défini son propre et il est inimitable...

Mon compte tel qu'il est aujourd'hui, bâti sans aucun achat de followers ni likes bidon. Il demeure à ce jour celui qui a le plus grand nombre de followers de la blogosphère horlogère française. N'en tirant aucun revenu et le gérant que pour le plaisir, je peux m'exprimer librement sur ce qui suit:


Les deux premières années, j'ai pris beaucoup de plaisir à animer le compte. La croissance et le taux d'engagement me stimulaient et il était intéressant d'observer comment le compte évoluait sans artifice, sans aucun achat de followers évidemment. Un compte 100% naturel et à ce titre, beaucoup plus satisfaisant et pertinent. Et puis, l'algorithme, particulièrement addictif, donnait constamment envie de poster et de progresser. Mais ça... c'était avant.

Puis cela s'est gâté...

Car maintenant, malheureusement, la situation a changé. Facebook ayant acheté en 2012 Instagram pour une somme très élevée, il était clair que la situation n'allait par durer, à savoir que la monétisation du réseau social devenait inévitable. Instagram mit ainsi en place en 2016 un nouvel algorithme  calqué sur celui de Facebook et dont l'objectif annoncé était d'être plus efficace en mettant en avant de façon automatique les posts susceptibles d'intéresser le plus les followers en fonction de leurs goûts et de leurs likes. A la poubelle donc ce qui faisait la particularité et le succès d'Instagram: l'ordre anti-chronologique qui faisait apparaître en premier les posts les plus récents. L'algorithme positionne dorénavant en premier les posts qui lui semble les plus pertinents pour chacun des utilisateurs. Décrypter le fonctionnement de l'algorithme revient à analyser la formule du Coca-Cola: c'est complexe, incompréhensible et le résultat d'un mélange subtil de dizaines de paramètres.

Dans ce contexte, j'ai vu mon taux d'engagement (ainsi que celui des comptes similaires au mien) dégringoler: certaines études parlent d'une baisse générale de 30%, je pense qu'elle est supérieure à ce taux me concernant puisque je dépassais régulièrement les 2.000 likes par photo, atteignant parfois les 5.000 alors qu'atteindre les 2.000 likes devient aujourd'hui extrêmement difficile. La raison principale de cette baisse est liée au nombre d'impressions en diminution du fait du nouvel algorithme. Mes posts sont dorénavant moins vus et cela est bien évidemment voulu par Instagram: tout est fait pour m'inciter à payer des promotions afin de retrouver ma visibilité passée.

L'autre conséquence de l'algorithme est qu'au gré des différentes mises à jours (ce qu'Instagram appelle "les correctifs et amélioration de la performance"), ma croissance du nombre de followers a fortement diminué pour atteindre quasiment zéro aujourd'hui. Mon compte progressait de plus de 100 followers par jour auparavant. Un tel ralentissement, pour ne pas parler d'arrêt, crée beaucoup de frustrations parmi les utilisateurs et le constat est simple: la fête est finie!

Ce tableau statistique de mes stats depuis début août est très intéressant. Une photo qui a très bien fonctionné m'a d'abord apporté des followers. Puis Instagram contrôle totalement mon nombre de followers. Dès que j'en gagne, il m'en enlève. Le compte n'est plus en mesure de bouger sauf si je me mets à créer du buzz. Une solution consiste à regrammer des photos/vidéos d'autres comptes qui fonctionnent bien. Mais cela n'a pas de sens: je ne veux apporter que du contenu original. Et si j'ai le malheur de poster sur une marque inconnue, je suis sanctionné par des retraits de followers. Tout est fait pour inciter à ne devenir qu'un soutien de comptes en fortes croissances. Ridicule.


Les charlatans ont pris le pouvoir

Le paysage d'Instagram est maintenant recomposé. Je peux y distinguer quatre catégories de comptes:
  • les stars, les filles en maillot de bains et les créateurs de buzz: les croissances sont spectaculaires
  • les comptes "classiques" qui postent sans arrière pensée ni soutien extérieur: les croissances sont nulles et certains comptes qui se sont fortement développés par le passé sont même en régression
  • les comptes qui s'appuient sur des outils, des agences et investissent du temps (et de l'argent): les croissances sont régulières et mesurées
  • les charlatans qui achètent des followers et des likes à tour de bras: les croissances sont importantes en fonction des sommes investies

Je touche ici le véritable problème d'Instagram: une croissance "normale" et "ciblée", telles que je connaissais auparavant (mes followers sont des amateurs d'horlogerie et suivent en même temps de nombreux autres comptes horlogers) est impossible à obtenir aujourd'hui. Les croissances artificielles sont de mise et l'analyse des comptes ayant fortement progressé ces derniers mois donne un résultat édifiant: la très grande majorité des followers ne s'intéresse absolument pas à l'horlogerie car ne suivant qu'un seul compte horloger, celui qui a récupéré ces followers.

Ce paysage donne l'impression d'être sur le Tour de France: aucune chance de gagner sans être dopé... et une frustration croissante gagne les titulaires des comptes sincères. Des tricheurs, il y en a toujours eu et ce, dès le début d'Instagram. Mais auparavant, tout le monde avait sa chance puisqu'un compte pouvait progresser sans tricher. Aujourd'hui, seuls les tricheurs et ceux qui ont les moyens de consacrer du temps et de l'argent peuvent se retrouver sur le devant de la scène.

J'ai bien évidemment essayé à plusieurs reprises les promotions telles que suggérées par Instagram... ce fut un bide total et une perte d'argent sèche. Les trois promotions que j'ai menées (heureusement à coup de 5 euros) n'ont généré aucun impact réel sur ma visibilité et ce, même en utilisant un ciblage personnalisé. Quant au ciblage automatique d'Instagram, ce fut une blague: pas une personne touchée par la promotion ne s'intéressait à l'horlogerie. Bilan des promotions: mon nombre de followers s'est réduit. A ce niveau-à, c'est du grand art. Le réseau social vous incite à dépenser pour un résultat négatif: on n'est pas loin de l'escroquerie pure et simple

Voici le résultat d'une promotion que j'ai mise en place à partir d'une photo qui avait très bien fonctionné (plus de 2.200 likes). Cette promotion qui m'a coûté 5 euros a généré 98 likes pour 43 visites de mon profil. Si on est gentil, on appelle ça un bide. Et si on est réaliste, on appelle ça de l'escroquerie.


La seule chose que je suis arrivé à comprendre du nouvel algorithme est qu'il privilégie le buzz. Seules les photos générant un nombre de likes bien plus élevé que la moyenne des posts du compte peut conduire à l'augmentation des followers. C'est la raison pour laquelle l'algorithme pousse plutôt les comptes à regrammer de photos à succès qu'à poster du contenu original. Un autre effet pervers...

Le monde horloger est en train de marcher sur la tête

La conséquence pour les marques horlogères est loin d'être neutre. Dans leurs raisonnements rapides (compte tenu des nombreuses sollicitations dont elles font l'objet), elles pourraient avoir tendance à se focaliser sur des critères (progression, likes etc...) qui vont privilégier des comptes bidons au détriment de comptes honnêtement bâtis. Or, une fois de plus, seuls ces derniers peuvent apporter un ciblage efficace, les comptes artificiels n'ayant aucune pertinence. J'ai vu des comptes européens à forte croissance composés à plus de 90% de brésiliens de moins de 20 ans... 

Je discutais il y a quelques semaines avec une marque sur cette situation. Elle m'indiquait que bien évidemment elle n'allait jamais rémunérer de tels comptes. Mais que cela ne la dérangeait pas d'être présente dessus car cela "apportait de la visibilité".

Voilà où en est l'horlogerie aujourd'hui. Complètement déboussolées face à la multiplication des acteurs de ces plateformes, ne comprenant pas les fonctionnements de ces réseaux sociaux, devant obéir aux stratégies digitales des groupes, certaines marques n'hésitent plus à s'impliquer avec des pseudo-influenceurs qui n'apporteront non seulement aucun client, aucune visibilité (si ce n'est dans les favelas si on avait envie d'être méchant...) mais qui en plus génèrent de la consternation auprès de la communauté des clients et des collectionneurs. 

Alors, vous allez me demander: mais pourquoi j'écris un tel texte? Après tout, je ne génère aucun revenu de mon compte Instagram et le gère que pour me faire plaisir. Si les marques ont envie de faire n'importe quoi, c'est leur problème. Et si Instagram devient aujourd'hui la caricature de ce qu'il fut, quelle importance cela a puisque il y a des choses plus graves dans la vie? Je réagis car tout simplement cette situation est symptomatique de ce que vit l'horlogerie et en tant qu'amoureux de ce petit monde, je ne peux pas rester les bras croisés. 

Il est important que tout le monde se réveille. Plus il y a de likes et followers, moins il y a de ventes... Aujourd'hui, de nombreuses personnes réagissent face à cette dictature d'Instagram qui est fondée de plus en plus sur le vent. Frank Gelen de Monochrome (@monochromewatches) m'avait informé de cet excellent article démontrant la facilité avec laquelle on devient un influenceur...bidon:
http://www.highsnobiety.com/2017/08/07/fake-instagram-influencer/

Il est pourtant relativement facile de reconnaître les charlatans. Quelques règles simples permettent de les détecter:
- croissance spectaculaire récente
- nombre de followers / nombre de posts extrêmement élevé
- composition de la communauté des followers incohérente (des brésiliens à n'en plus finir et des followers qui ne suivent qu'un seul compte horloger)
- nombre de likes par photo relativement stable et ce quelle que soit la qualité des clichés
- utilisation de termes pompeux (influencer, instablog, insider etc...) pour se définir comme ce qu'on n'est pas

Les comptes rassemblant ces critères sont à fuir. En revanche, quels pourraient être les acteurs à privilégier pour les marques en tant que relais solides et fiables? Face au bazar qu'est devenu Instagram et à sa perte de crédibilité et de pertinence, il faut utiliser des règles simples. Les comptes les plus sincères me semblent être ceux présents depuis plusieurs années, connus et reconnus et surtout qui n'ont pas seulement Instagram comme plateforme. Instagram est devenu une telle farce que s'appuyer sur un "pure Instagram player" qui ne proposerait que la visibilité de son compte reviendrait à jouer au bonneteau avec un fort risque de perdre sa mise...

Des brésiliens, encore des brésiliens et toujours des brésiliens... et beaucoup d'adolescents. Le compte d'une pop star brésilienne? Mais non, ce sont les followers d'un compte horloger français. On croit rêver mais non. Voici la réalité des comptes en croissance sur Instagram aujourd'hui. Cela prend 20 secondes à se rendre compte de la vacuité de ces comptes. Il serait temps que les marques prennent conscience de cet environnement en carton-pâte.


De mon côté, je vais tranquillement continuer à alimenter mon compte par pur plaisir (et à suivre les comptes français et étrangers qui en valent la peine et il y en a heureusement!), en espérant qu'Instagram ne va pas pousser plus loin son saccage... Car le point le plus étonnant est là. J'ai à ma connaissance jamais vu un réseau social changer à ce point ses règles du jeu. En touchant son algorithme, Instagram a totalement transformé sa nature et sa réseau d'être. A partir d'une application "plaisir" et de "partage", Instagram est maintenant devenu le reflet de notre société, bâtie presque exclusivement sur le buzz et la vacuité et privilégie les tricheurs et les petits malins au détriment des comptes sincères et honnêtes. Une vraie leçon de vie au bout du compte.

mercredi 19 juillet 2017

Panerai: Mare Nostrum (2017)

Il y a deux façons d'aborder une nouvelle montre chez Panerai lorsqu'elle s'inspire d'une référence mythique. La première, sans embûche, est de la décrire telle qu'elle est et d'oublier le contexte historique. La seconde consiste à aborder le sujet qui fâche: la réaction des collectionneurs propriétaires de la montre originale. Et avec la Mare Nostrum, cette seconde voie, plus périlleuse, est difficile à éviter car la version de 2017 est extrêmement proche de la Mare Nostrum de 1993 qui était la première montre inspirée par le premier chronographe de Panerai, datant de 1943.


Il faut tout de même se mettre à la place de ses collectionneurs, propriétaires de la montre de 1993 qui se retrouvent dorénavant avec un clone édité à 1.000 exemplaires et si j'étais à leur place, je ne sais pas comment je réagirais. Car, on a beau prendre le problème par tous les bouts, je considère la montre de 1993 non pas comme une réédition en tant que telle mais bel et bien comme une montre originale. En effet, si elle s'inspirait du fameux prototype de 1943 qui fut retrouvé (et qui auparavant ne fut pas mis en production), elle en divergeait cependant nettement ne serait-ce que par son diamètre beaucoup plus portable: 42mm vs 52mm. Il se dégageait de cette montre beaucoup de style, de raffinement, définissant ainsi derrière une apparente simplicité (pour ne pas dire un dépouillement inattendu pour un chronographe) un charme tout italien. Et évidemment, je trouve intégralement ce charme avec la PAM00716, référence de la Mare Nostrum de 2017.

Alors, comme je ne suis pas un collectionneur Panerai, je peux me permettre d'oublier le contexte et de goûter le plaisir simple de redécouvrir une montre que je trouve esthétiquement aboutie. Je dois même avouer que cette Mare Nostrum est pour moi une des plus belles Panerai de ces dernières années et qui a de plus le mérite de s'adapter à tous les poignets. Son diamètre de 42mm peut sembler important mais la taille perçue reste très raisonnable du fait de l'épaisseur de la lunette qui réduit considérablement l'ouverture du cadran. La lunette est d'ailleurs un des éléments reconnaissables de la Mare Nostrum avec son échelle tachymétrique épurée qui décore joliment la montre (la Mare Nostrum Slytech allait d'ailleurs encore plus loin dans le dépouillement en se passant de l'échelle tachymétrique).


Le cadran, qui utilise des chiffres et des index luminescents de couleur beige (pour créer une fausse "patine") est à l'image de la lunette: seules les informations strictement nécessaires sont présentes et il se dégage de l'ensemble une très belle harmonie. L'élément le plus important est la graduation circulaire centrale des minutes de l'heure et des secondes du chronographe qui relie les sous-cadrans. Cette graduation résume à elle toute seule le miracle de la Mare Nostrum: elle est réduite à sa plus simple expression mais elle contribue à la réussite esthétique du cadran. Le pire est qu'elle n'est pas totalement utilisable: la graduation est interrompue par les sous-cadrans, la rendant donc inadaptée à la mesure des temps du chronographe. Mais vous savez quoi? Je et on s'en fiche complètement. La montre est belle et le fait qu'elle ne puisse pas être considérée comme un véritable instrument de mesure ne me dérange absolument pas. D'autres références de Panerai offrent des chronographes parfaitement utilisables, la Mare Nostrum doit être plus vue comme une montre d'apparat, élégante et stylée et l'étanchéité à 50 mètres le confirme.


J'aime beaucoup par exemple le contraste entre le rendu satiné du boîtier en acier et le rendu poli des poussoirs et de la couronne. Cette dernière possède une forme originale dans le contexte de Panerai qui facilite le remontage manuel du mouvement. Le calibre OP XXXIII qui anime la montre est en effet à remontage manuel et il s'agit du même mouvement que celui de la Mare Nostrum de 1993. Il est caché par un fond plein ce qui est un excellent point. D'abord, le fond plein est plus dans l'esprit de la montre et ensuite le mouvement n'est pas d'une beauté stupéfiante. Il est constitué d'une base ETA2801-2 (un 2824-2 sans remontage automatique) qui alimente le module chronographe Dubois-Dépraz. Sa fréquence est de 4hz et sa réserve de marche est de 42 heures. A noter que ce mouvement est certifié chronomètre. Alors, même s'il n'est guère prestigieux et que les poussoirs sont relativement durs à actionner (ce n'est clairement pas un chronographe Lange...), au moins le calibre de base est largement répandu et est facilement réparable dans la durée. 


Le prix de la montre est de 9.900 euros TTC ce qui peut sembler excessif pour un contenu horloger somme toute modeste. Mais une fois mise au poignet, la Mare Nostrum balaye cette impression. Qu'importe si le mouvement de base est un 2801. Qu'importe si la graduation n'est pas complète. Qu'importe s'il s'agit d'un chronographe tout simple. La montre est belle et envoutante. Le bleu du cadran change constamment de teinte, passant du bleu profond, proche du noir à un bleu clair lorsque le soleil l'illumine directement. Enfin, le boîtier aux cornes parfaitement intégrée et le bracelet alligator bleu marine complètent la réussite esthétique de la Mare Nostrum. Panerai rappelle à travers cette montre que ce qui compte, ce n'est pas forcément la noblesse des calibres, de manufacture ou exclusif. Si la montre est belle, que le mouvement qui l'anime est cohérent avec son esprit et "fait le job", alors il n'y a pas de raison pour ne pas succomber à ses atouts. Après tout, avec Panerai, je recherche plus un design et un style qu'un contenu horloger de haut vol. Et la Mare Nostrum répond totalement à mes attentes de ce point de vue.


Merci à Panerai France.

Les plus:
+ une réussite esthétique
+ le confort au porter
+ une Panerai à la forte identité qui tranche avec les autres modèles de la collection
+ la certification chronomètre

Les moins:
- un clone de la montre de 1993 ce qui rend la décision de la ressortir en 2017 difficile à expliquer aux collectionneurs
- le calibre de base est modeste pour le prix

dimanche 9 juillet 2017

HYT: H0

Le plus impressionnant avec HYT, c'est que depuis le lancement de la H1 en 2012, la marque a su trouver son identité: les différents modèles sont reconnaissables au premier coup d'oeil ce qui est une performance remarquable pour une jeune marque. Cela est dû en grande partie à la singularité de l'affichage du temps fondé sur l'utilisation de liquides et qui réinterprète d'une façon originale le concept de la mono-aiguille rétrograde. Si je mets de côté la H3 qui est une sorte d'ovni parmi les ovnis, les H1, H2, H4 pourraient tout à fait se passer de l'affiche auxiliaire des minutes. Avec un peu d'habitude, il suffit d'examiner la position du liquide coloré dans le tube capillaire pour deviner les minutes de l'heure en cours. Et d'ailleurs, HYT est allé au bout du concept avec les Skull: ces dernières se passent carrément du sous-cadran des minutes, les yeux du crâne servant d'indicateur de réserve de marche et de témoin de marche.


Alors que généralement les marques indépendantes sont tentées d'étoffer leurs offres en matière de complications afin de maintenir l'intérêt des collectionneurs, HYT opère avec sa toute dernière montre un retour aux fondamentaux. En effet, la H0 se distingue par son approche très épurée tout en jouant avec les codes de la H1. Mais attention, la H0 n'est pas une H1 plus simple, bien au contraire. Elle m'apparaît plutôt comme un signe de maturité de la part de HYT qui semble ici trouver un bon équilibre entre l'audace des débuts et la raison donnée par le recul et l'analyse des premières années.

3 différences majeures permettent de distinguer la H0 de la H1. La première concerne le boîtier. Alors que son diamètre et son épaisseur demeurent identiques (48,8mm et 17,9mm), la H0 m'est apparue comme plus facile à porter grâce à la disparition des cornes qui augmentent significativement la taille perçue de la H1. Les attaches du bracelet sont en effet situées sous le boîtier et au-delà de l'allégement du design, cet effet de style contribue à la fluidité de l'ensemble.


La deuxième différence est peut-être la plus importante: la lunette périphérique qui contribue grandement à faciliter la lecture du temps sur la H1 disparaît et est remplacée par un verre qui joue dorénavant le premier rôle car il enveloppe toute la partie supérieure de la montre y compris au niveau de la carrure. Les chiffres ne disparaissent pas puisque ils se retrouvent positionnés sur un rehaut intérieur. La lecture du temps n'est donc pas altérée. Ce verre a deux fonctions. L'une esthétique, l'autre pratique. Du point de vue esthétique, il rend la H0 plus lumineuse et peut-être aussi plus "légère" visuellement parlant. Du point de vue pratique, il permet à HYT d'insérer le long de la carrure une seconde graduation, de 12 à 24h afin de rendre possible la lecture de l'heure sur le côté. Une façon de la rendre lisible sous toutes les coutures.


La dernière différence fondamentale est le traitement du cadran. La H1 est une montre très ouverte, dévoilant grandement son mécanisme ce qui est logique car étant la première pièce de la collection, elle a eu un rôle pédagogique à jouer. La H0 n'est plus dans le même contexte: comme je l'ai exprimé précédemment, elle symbolise la maturité de la marque. Le cadran se referme et ne dévoile plus qu'une partie des fameux réservoirs à soufflet qui sont la pierre angulaire du mécanisme d'affichage. Je rappelle qu'ils contiennent le liquide neutre et le liquide coloré et qu'en fonction de l'évolution du temps dans la journée, le liquide coloré pousse le liquide neutre (sans se mélanger évidemment) dans le sens des aiguilles d'une montre. Puis par un effet rétrograde, lorsqu'il est 6 heures, le liquide neutre renvoie le liquide coloré dans son réservoir. Le liquide coloré reprend alors sa progression de façon instantanée. 

Le cadran de la H0, quelle que soit sa version, privilégie l'accessibilité aux informations et les minutes, les secondes et la réserve de marche sont aisément lisibles. Finalement, en se refermant... la H0 peut s'ouvrir à une clientèle qui n'avait pas été séduite par le style trop radical de la H1 ou de la Skull.


Le mouvement qui anime la H0 est le même que celui de la H1. Il s'agit d'un mouvement exclusif à remontage manuel développé en partenariat avec Chronode: il fallut, lors de sa création, faire converger la partie mécanique horlogère (incarnée par Chronode) avec celle particulièrement dédiée à l'affichage et à la mécanique des fluides (incarnée par Preciflex, la société des équipes de HYT spécialisée dans ces technologies). L'architecture du mouvement est très contemporaine et j'aime beaucoup sa présentation, cohérente avec le style de la montre. Bien évidemment, la présence des deux réservoirs à soufflet renforce la singularité du mouvement mais la forme des ponts contribue également à la réussite visuelle. La fréquence du mouvement est de 4hz et sa réserve de marche est de 65 heures ce qui constituent une excellent performance en raison de l'énergie requise pour intervenir en permanence sur les soufflets des réservoirs.

La H0 est disponible en trois versions: Black (titane DLC noir), Orange et Silver (ces deux dernières avec un boîtier en titane brossé). C'est la version Silver que je préfère (et qui illustre cet article). Je trouve que sa couleur argentée profite particulièrement bien de l'impact du verre enveloppant. Les deux autres versions sont également réussies et les fans de HYT retrouveront avec la H0 Black les couleurs "traditionnelles" de la marque.


Je fus donc très convaincu et séduit par cette H0. Même si le gabarit reste volumineux (c'est surtout l'épaisseur qui est gênante plus que le diamètre en tant que tel), je l'ai trouvée plus facile à vivre que la H1. HYT est en train de refermer le premier chapitre de son histoire et cela se sent. La H0 est incontestablement une montre plus mature, moins radicale et dans ce contexte elle peut séduire des nouveaux clients. Mais HYT devra poursuivre son avancée technologique pour pouvoir proposer son affichage dans des boîtiers plus raisonnables pour véritablement franchir une seconde étape.

Merci à l'équipe HYT.

Les plus:
+ un design épuré et lumineux rendant la montre plus contemporaine et intemporelle
+ la lisibilité des informations
+ un boîtier plus facile à porter que celui de la H1
+ les performances du mouvement

Les moins:
- l'épaisseur demeure significative

Oris: Big Crown 1917

Et si Oris venait de réaliser avec la Big Crown 1917 sa meilleure montre de ces dernières années? Je ne suis pas loin de le penser car je la considère comme une des pièces néo-rétro les plus abouties. La genèse de cette montre vient de la découverte par Oris que la première montre-bracelet de pilote de la marque n'était pas la Big Crown de 1938 mais une Big Crown (que l'on qualifiera ainsi du fait de sa grande couronne "oignon") datant de 1917. Alors, comme la chance séduit aux audacieux, Oris ne pouvait pas rater l'opportunité de présenter une réédition lors du centième anniversaire de cette montre historique.


Il y a toujours un danger lorsqu'une marque généraliste s'attaque au néo-rétro. Les contraintes commerciales imposent régulièrement un guichet de date, l'inscription "automatique" sur le cadran, le fond transparent pour voir le mouvement si bien qu'au final, le résultat n'est plus très fidèle à l'original. Mais dans le cas précis de la Big Crown 1917, Oris a fait les bons choix et a su préserver tout l'esprit de la montre de 1917. Je dois l'avouer, je suis très surpris car la réédition s'inscrit dans le cadre d'une édition limitée relativement significative de 1917 exemplaires et que dans ce cadre, les tentations ont dû être très fortes de succomber aux vieux démons de la direction marketing. Mais non! Je ne rêve pas: le cadran de la Big Crown 1917 est vierge de toute inscription inutile: la montre n'affiche que les heures et les minutes et basta. Elle se passe même d'une trotteuse.

J'ai été rarement aussi séduit par une montre néo-rétro: la Big Crown 1917 est à  la fois charmante et cohérente. Son cadran argenté est très pur et la minuterie périphérique se paye même le luxe d'être relativement discrète. Pourtant, la montre évite de sombrer dans l'ennui. Elle a beau manquer d'animation compte tenu de l'absence de la trotteuse, les chiffres arabes et les aiguilles Cathédrale, grâce à la couleur beige de la matière luminescente, parviennent à bien remplir le cadran et à le décorer joliment. La montre dégage ainsi un sentiment de sobriété tout en offrant suffisamment de caractère.


Le boîtier en acier poli d'un diamètre de 40mm est également réussi avec sa forme galbée qui se marie idéalement avec la couronne "oignon" proéminente. Le fond du boîtier est très intéressant car plutôt que de rendre visible un mouvement standard, Oris a préféré l'orner d'une gravure représentant le logo historique de la marque. La montre conserve ainsi son fil conducteur y compris sur sa partie arrière et c'est très appréciable. La seule entorse à cette cohérence esthétique d'ensemble est l'abandon des anses à fil, remplacées par des cornes classiques mais au style vintage bien travaillé. Le client y gagne en confort d'utilisation lors du changement du bracelet sans que le rendu global du design ne soit trop altéré.


La très bonne surprise concernant cette montre se situe finalement au niveau du mouvement, ou pour être plus précis: de son utilisation. Le calibre qui anime la montre est en effet standard, pour ne pas dire banal puisqu'il s'agit d'un Sellita SW200-1 d'une fréquence de 4hz et d'une réserve de marche d'une quarantaine d'heures. Oris aurait pu se contenter d'en rester là mais la marque a souhaité apporter une petite modification technique pour rendre hommage à la pièce d'origine. Grâce au poussoir de réglage de l'heure à 2 heures, la montre peut être mise à l'heure sans tirer la couronne. Il suffit pour cela juste d'enfoncer le poussoir et de tourner la couronne. Ce n'est certes pas révolutionnaire mais ce clin d'oeil à la montre de 1917 est bienvenu et témoigne du sérieux avec lequel Oris a abordé cette réédition.

La Big Crown 1917 est vendue à un prix de 2.300 euros TTC avec deux bracelets, l'un à rivets, l'autre Bund, réalisés à partir du même cuir marron. Le rendu galbé de la montre, accentué par le verre saphir bombé est très agréable au porter mais il est important de souligner que l'épaisseur de la lunette rend la taille perçue légèrement inférieure au diamètre de 40mm ce qui n'est pas pour me déplaire.


Oris marque donc les esprits avec cette réédition très réussie. Fidèle, séduisante et cohérente, la Big Crown 1917 m'a permis de redécouvrir Oris sous un nouveau jour et rappelle le potentiel de cette marque indépendante qui veille à proposer des montres conçues avec sérieux à des tarifs maîtrisés. Et dans ce contexte, la Big Crown 1917 constitue un joli vecteur de savoir-faire pour Oris.

Les plus:
+ la cohérence de la montre, fidèle à l'esprit de la montre d'origine
+ la finition du cadran
+ le fond plein
+ l'utilisation originale du mouvement lors de la mise à l'heure

Les moins:
- un mouvement à remontage manuel aurait été plus adéquat
- la réserve du marche du mouvement est un peu faible

mercredi 5 juillet 2017

Les maux de l'horlogerie: 2) l'illusion du "lifestyle"

Il y a quelques années à Bâle, une attachée de presse m'annonce: "la marque veut prioritairement communiquer à travers des médias "lifestyle" et s'intéresse moins aux médias horlogers". Bigre! J'avais presque l'impression de passer pour un ringard. Ce que je ne savais pas à l'époque, c'était que le qualificatif de "lifestyle" allait devenir l'alpha et l'oméga (sans mauvais jeu de mots) de la communication des marques.

Mais d'ailleurs, "lifestyle", qu'est-ce que cela veut dire? Je ne suis même pas sûr que ceux qui en parlent le sachent vraiment. Selon ma propre définition, la communication "lifestyle" vise à toucher une clientèle aisée sensible à l'art, à la mode, aux voyages, au design et moins préoccupée par des pures considérations horlogères. La montre serait choisie par cette clientèle plus en fonction de ce qu'elle représente que pour ses caractéristiques intrinsèques. Avec le temps, j'ai compris que ma définition n'était pas partagée par tout le monde, tout du moins sur le segment concerné. Nombreux sont ceux qui considèrent que le "lifestyle" doit permettre d'atteindre le Graal absolu: les Millenials (dit en anglais, cela fait immédiatement plus branché que Génération Y). 

A la base, la volonté des marques de s'intéresser à cette génération est logique et louable. Comme je l'ai déjà écrit à de nombreuses reprises, l'enjeu principal de l'industrie horlogère est aujourd'hui de renouveler sa base de clientèle. L'acheteur traditionnel ne semble plus beaucoup intéresser les marques car son potentiel d'acquisition apparaît comme limité. Alors, il faut bien trouver de nouveaux relais de croissance et c'est là que le "lifestyle" entre en jeu.

Je ne blâme donc pas les marques de vouloir étendre ou renouveler leur base de clientèle. Mais ce qui me surprend beaucoup, c'est l'exécution de ce magnifique plan censé assurer la reprise des ventes en cette période de crise horlogère. Car, d'après moi, cette stratégie "lifestyle" se fonde sur plusieurs erreurs d'interprétation et sur une méconnaissance, on y revient toujours, du client final et de ses aspirations.

Tout d'abord, je suis toujours surpris de sentir qu'une sorte de segmentation radicale du marché existe dans l'esprit des marques. D'un côté le client, que l'on qualifiera d'averti, qui achète une montre sur la base de critères objectifs (prix, performances, mouvements de manufacture ou pas etc...), de l'autre le client sensible à des critères subjectifs (son appréciation du design, l'image que la montre lui transmet etc...) et entre les deux, un mur qui les sépare nettement. Mais en 2017, les choses sont beaucoup plus complexes que certains l'imaginent.

Par exemple, je pourrais être facilement classé comme "geek horloger". J'ai beaucoup dépensé en achetant des montres (une vraie danseuse cette passion!) et j'aime savoir ce qui se cache derrière tel ou tel mouvement. Le contenu horloger d'une montre est pour moi un critère fondamental... mais ce n'est pas le seul! Je suis aussi sensible au design, à l'image, à la perception que j'ai de la marque etc... Et parallèlement, le niveau des connaissances des clients lambda qui rentrent dans les boutiques a beaucoup évolué et ces clients sont maintenant mieux informés. Ils deviennent par exemple plus sensibles et exigeants sur la nature des mouvements qui équipent les montres. Alors au bout du compte, est-ce que mes critères d'achat seraient  très différents de ceux d'un client moins passionné? Pas si sûr que cela même si la passion qui m'anime me conduirait à allouer à l'horlogerie un budget plus important et à rechercher des marques plus exclusives.

Le compte Instagram de cette petite marque est particulièrement bien structuré. Elle vend des montres à 300 euros mais les marques bien plus prestigieuses rêvent d'avoir un compte aussi efficace! Quand les gros s'inspirent des petits!


C'est pour cela que je ne comprends pas l'orientation très nette vers cette communication "lifestyle" qui semble oublier bien d'autres aspects pourtant nécessaires à la séduction des clients potentiels. Mais, à propos, pourquoi j'évoque cette orientation très nette? C'est très simple: il suffit de passer quelques minutes sur les comptes Instagram de certaines grandes marques. La tendance est impulsée: les quartiers généraux ont demandé aux personnes en charge des comptes d'insuffler du "lifestyle". Et la consigne est bien passée, croyez-moi. Il n'y a pas plus dévots que les fraîchement convertis: certains comptes sont un festival de photos où la montre, à peine visible, ne devient plus qu'un accessoire d'une mise en scène sensée évoquer un moment heureux d'art de vivre, à bord d'un bateau, habillé d'un beau costume et une coupe de champagne à la main.

Et c'est là que je touche l'erreur la plus manifeste de la part des marques: la perte de repères. Vous savez quelle est la différence entre le marché aujourd'hui et celui d'il y a dix ans? C'est très simple: il y a dix ans, une petite marque voulait singer les grandes. Aujourd'hui, une grande rêve d'agir comme une petite. Mais, engluée dans ses contraintes, dans sa culture corporate rigide, elle n'y arrive pas.

Lorsque une petite marque qui a développé son business via Instagram fait appel à des photographes de très haut niveau pour alimenter son compte, une grande marque fait appel à un stagiaire pour raisons budgétaires.

Lorsque la montre d'une petite marque apparaît clairement en zoomant la photo, elle apparaît floue sur la photo de la grande marque.

Lorsque une petite marque construit son compte Instagram en respectant une cadence quasi-militaire (photo d'environnement puis un plan rapproché puis un wristshot), une grande marque poste encore et toujours les mêmes photos.

Lorsque une petite marque s'amuse avec les bracelets, les couleurs, une grande marque se retrouve coincée car la personnalisation est un concept bien trop compliquée pour elle. Et de toutes les façons, 99% des bracelets ne passeraient pas l'obstacle des critères  de la direction des Achats...

C'est toute la tragédie de la situation: cette stratégie "lifestyle" conduit les grandes marques à abandonner ce qui faisaient leur force (notions de pérennité, de manufacture, de tradition) pour se situer sur des terrains sur lesquels elles sont en situation de faiblesse (la montre devient un accessoire de mode presque éphémère). Et le pire, c'est que la stratégie "lifestyle" va même en contradiction avec les orientations industrielles des dernières années (développement de calibres maison, amélioration du contenu horloger): on ne parle plus des mouvements, on ne parle plus des performances, on met juste en situation la montre comme si c'était un article comme un autre...

Mais à ce petit jeu là, les marques traditionnelles suisses, et notamment celles appartenant aux grands groupes, ont tout à perdre. Examinons de plus près ce que recherchent les nouvelles générations en matière horlogère: elles souhaitent du fun (pas gagné avec des marques extrêmement sérieuses...), de la personnalisation (délicate à mener dans une industrie plombée par une gestion de la chaîne d'approvisionnement à des années lumière de l'efficacité de celle de l'automobile), de l'exclusivité (les grandes marques "mainstream" ne donnent plus cette image exclusive qui se retrouve plus facilement dans des marques de niche... y compris sur Kickstarter!) et des prix justes (je vous laisse imaginer, malgré les efforts récents, l'écart qui existe entre les prix proposés et ceux envisagés par cette clientèle). Et encore, je pars du postulat que les Millenials sont véritablement intéressés par l'acquisition d'une montre... ce qui est loin d'être une évidence. En tout cas, une chose est certaine: la dimension statutaire d'une montre suisse ne les séduit pas car ils envisagent le luxe plus comme une expérience de vie que l'on partage que comme un objet personnel symbolisant un plaisir égoïste.

Et pourtant, malgré ces obstacles, malgré l'inadéquation entre l'offre et les aspirations de ces nouvelles générations, les marques horlogères insistent, pondent des communiqués de presse dignes des années 80 (parlant de succès, de gagnants, de statut social... des thèmes rejetés par les Millenials!) et investissent de façon massive sur les réseaux sociaux avec l'aide d'influenceurs.

Ah oui, les influenceurs... vous pensez qu'il s'agit de collectionneurs avertis qui jouent les rôles de prescripteurs? Ou de leaders d'opinion comme un Ben Clymer par exemple? Mais vous n'y êtes pas du tout! Les influenceurs sont des titulaires de comptes Instagram importants (admettons plus de 100.000 followers mais 500.000, c'est mieux... et soyons fous, considérons ces followers comme de "vrais" followers), qui ne connaissent strictement rien à l'horlogerie et qui interviennent pour justement donner la dimension "lifestyle".

Je vais franchement dire ce j'en pense: c'est pathétique. Ces personnes là (garçons ou filles) n'ont aucune culture du produit, sont infichues d'écrire une phrase qui pourrait servir d'accroche à la photo qu'ils publient et qui expliquerait pourquoi ils aiment la montre qu'ils portent, et sont évidemment incapables de répondre à la moindre question. Mais le pire c'est que la communauté qui les suit se contrefiche de l'horlogerie et n'imagine même pas un seul instant que la montre sur la photo (si elle la voit) puisse valoir plusieurs milliers d'euros.

Autrement dit: les marques payent des gens qui ne connaissent rien et qui ne servent à rien puisqu'ils ne généreront aucune vente. Pire: ils peuvent être néfastes car manquant pour la plupart du respect par rapport au produit. Et je n'évoque pas le comportement de certains lors de dîners, plus préoccupés à faire des selfies qu'à promouvoir la montre de la marque qui a payé pour leur présence. Et je vous le dis franchement: j'ai fait vendre, comme tant d'amis collectionneurs ou connaisseurs qui ont apporté du conseil, des avis, des réponses, via mails, sur les forums, bien plus de montres que ces "influenceurs". Vous savez pourquoi je peux être aussi affirmatif? Parce que toutes les personnes dans ce cas peuvent le prouver.

Exemple typique d'un fil de discussion autour d'une photo d'un influenceur rappelant son implication avec la marque X. La montre? Mais quelle montre? Vous pensez sincèrement que ces gens-là vont se ruer dans une boutique le lendemain?


Vous allez me demander pourquoi les marques insistent. J'y vois deux raisons. La première est simple: si une marque x ne fait pas comme la marque y concurrente, elle a le sentiment de rater quelque chose, peut-être une tendance de marché significative. Donc elle se lance aussi avec des influenceurs. La deuxième raison est la plus grave. Les marques se mentent à elles-mêmes. Elles se sont auto-persuadées que la crise horlogère est une crise de la demande et qu'il faut donc compenser les baisses de certains marchés par des nouveaux clients.  Or je suis convaincu, comme je l'ai exprimé souvent, que la crise horlogère est une crise de l'offre autrement dit due à une inadéquation croissante entre les nouveautés présentées et les attentes des clients.

Je vous semble bien pessimiste. Il est vrai que le constat actuel me désole car une fois de plus, je vois des marques que j'aime partir dans le mur, c'est-à-dire perdre le lien avec sa clientèle traditionnelle sans en conquérir une nouvelle. Et là, la situation va devenir bien plus que compliquée: très grave. Il est heureusement encore temps de réagir.

Tout d'abord, tout n'est pas à jeter dans la stratégie "lifestyle". Elle a au moins le mérite de générer, grâce notamment à ceux qui savent s'y prendre, des photos plus décontractées, plus agréables, plus valorisantes que les photos "corporate" se trouvant sur les kits presse que personne (mais absolument personne)  n'a envie de voir. Et au moins, les marques ont pris conscience qu'il fallait adapter le contenu au contenant. On ne communique pas de la même façon sur Instagram que sur Facebook etc...

Ensuite et surtout, il faut revenir aux fondamentaux. Et le point de départ, c'est tout de même le produit. Les marques n'ont toujours pas fait leur véritable révolution culturelle. Il faut tout repenser. Si elles veulent séduire les Millenials, si elles veulent faire revenir la clientèle traditionnelle, si elles veulent que les collectionneurs achètent de nouveau du neuf, les marques doivent tout revoir: structure de collections, structure de prix, designs, contenus horlogers sans oublier les autres sujets clé que sont la distribution et la façon de communiquer (et je dirais: de se comporter) face à la clientèle. Le travail est gigantesque. Mais une chose est sûre: il faut remettre l'horlogerie et plus précisément l'amour de l'horlogerie (que je ne ressens plus chez certains) au centre des préoccupations. Sinon... comment voulez-vous qu'une marque qui vend des montres à 5.000 euros soit plus performante qu'une dont les prix se situent entre 100 et 200 euros?

Et enfin, je reviens à ma propre définition du lifestyle donnée au début de l'article. Je n'avais pas à proprement parler les Millenials en tête. J'entrevoyais une clientèle plus âgée, plus aisée qui aujourd'hui n'est pas forcément attirée par l'horlogerie. La séduction de cette clientèle ne passe pas par le digital mais bien par un contact direct (galeries, foire d'art, biennale des antiquaires etc...) ou des médias adaptés (magazines d'art par exemple). Certaines marques ont eu l'intelligence de mettre leurs boutiques près des galeries et de sortir des quartiers horlogers habituels... c'est plutôt intelligent comme démarche.

Vous pouvez trouver ce long article prétentieux. Vous auriez auquel cas sûrement raison. Après tout, qui suis-je pour me permettre de donner des leçons? Eh bien, je suis, comme vous, la personne la plus importante de l'horlogerie: un client. Oh certes, je ne suis pas un collectionneur important. Mais comme toute personne qui a acheté des pièces depuis de nombreuses années et qui aime tant cet univers fascinant qu'est l'horlogerie, j'ai eu envie d'exprimer ce que je ressens car j'observe une accélération des mauvais choix comme si on allait dans le mur en klaxonnant. Mon seul souhait est de me tromper lourdement et qu'en vérité tout aille bien, que les influenceurs jouent leur rôle et que les Millenials accourent dans les boutiques. Mais ce n'est pas ce que j'observe... Alors, mesdames et messieurs des marques, faites-moi au moins un petit plaisir: redonnez l'impression que vous agissez par amour de l'horlogerie... les montres aujourd'hui donnent plus l'impression d'être l'expression des stratégies marketing ou d'optimisation des coûts que de cet amour. Or l'achat d'une montre demeure un acte passionnel et il ne faut pas s'y méprendre: le client, qu'il soit averti ou non, ressent s'il est en face d'un produit sincère ou pas. Remettez l'église au centre du village et peut-être que les choses commenceront à aller mieux.

lundi 3 juillet 2017

Urwerk: UR-103.08 TiALN

Urwerk fait partie de mes marques indépendantes préférées. J'ai toujours aimé la cohérence d'Urwerk qui est restée fidèle de façon permanente à sa démarche initiale, visant à réinterpréter l'affichage alternatif et classique (car existant depuis le XVIIième siècle) de l'heure vagabonde dans un contexte esthétique à la fois innovant et intemporel. Même si Urwerk a proposé d'autres types d'affichage (y compris un affichage classique avec son EMC), c'est bien l'heure vagabonde, que ce soit par le biais de satellites ou d'aiguilles qui me séduit le plus et je n'avais qu'une seule hâte: compléter ma collection avec une de leurs montres.

Le profil élancé du boîtier:


Au-delà de sa cohérence, Urwerk possède également une dimension très rassurante. Les mouvements sont construits généralement sur le même principe: un calibre de base connu, fiable et facilement réparable (Peseux 7001, GP 3300, Zenith Elite etc...) anime le module d'affichage développé par Felix Baumgartner. Et le grand talent du maître-horloger d'Urwerk est de rendre simples les choses compliquées. J'ai eu la chance de porter sur plusieurs mois deux UR-202, une UR-210, une UR-105 T-Rex... et chacune s'est comportée de façon irréprochable. Il faut dire que l'affichage dégage un sentiment de quiétude et de sérénité, puisque fonctionnant constamment à la même vitesse et sans à-coups... si je mets de côté l'aiguille rétrograde de l'UR-210. L'autre dimension assurant la pérennité des montres Urwerk est le design intemporel qui est le fruit du coup de crayon parfaitement maîtrisé de Martin Frei.

Les extrémités biseautées du verre:


Alors évidemment, je ne vais pas vous expliquer qu'une montre Urwerk est sage et classique comme une Calatrava. Elle crée de fortes émotions, des sentiments d'adhésion ou de rejet. Mais si on apprécie ce style unique qui se met au service de l'affichage du temps et du confort de l'utilisateur, si on rentre dans l'univers de Felix Baumgartner et de Martin Frei, on se rend alors compte que ce caractère audacieux devient beaucoup plus sobre, voire apaisé. C'est le constat que je fais: une montre Urwerk ne vieillit pas alors que de nombreuses montres très originales deviennent rapidement ringardes.

Le tableau de bord permet un réglage précis de l'heure:


Il y a quelques semaines, j'ai eu l'opportunité d'acquérir une de mes montres préférées: l'UR-103.08. Elle était mise aux enchères dans le cadre de la vente de la collection de Laurent Picciotto organisée par Phillips à Hong-Kong. Et grâce au logiciel de Phillips, je pus suivre tranquillement depuis Paris le déroulé de la vente afin de pouvoir enchérir. Tranquillement, c'est un bien grand mot car j'attendais fébrilement le lot qui m'intéressait. Il y avait d'autres pièces qui étaient sur mon écran radar mais je savais que les enchères allaient monter trop haut pour mon budget. Et puis... j'aime particulièrement l'UR-103.08.

L'UR-103 (dont la première version fut dévoilée en 2003), c'est un peu l'icône d'Urwerk et un grand classique de l'horlogerie indépendante. La 103.08 TiALN possède plusieurs originalités qui la distinguent des autres versions. Présentée en 2007, elle fut la première 103 à proposer un boîtier en acier. Mais pas n'importe quel acier! Il fait en effet l'objet d'un revêtement en TiALN (Titanium Aluminium Nitride) qui renforce considérablement sa dureté et sa résistance. Mais ce n'est pas tout puisque ce revêtement donne à la montre une couleur très particulière, une sorte de chocolat-aubergine (selon la lumière) du plus bel effet. La dernière surprise est liée à la forme du verre dont les extrémités biseautées apportent  une touche de caractère très appréciable... comme si une sorte de masque de transformer se trouvait à mon poignet.

Le ballet des chiffres:


La 103.08 TiALN est très facile à vivre. Elle se pose facilement sur le poignet, elle est relativement légère et la largeur du bracelet assure un excellent maintien. Ses dimensions (50mmx36mmx13,5mm, cornes comprises) sont raisonnables et permettent à la montre de passer sans problème sous une chemise. 

Le module d'affichage est alimenté par un calibre Peseux 7001 (à remontage manuel bien entendu) d'une fréquence de 3hz et d'une réserve de marche de 43 heures. J'aime beaucoup le remonter en utilisant le pouce pour faire tourner la grande couronne au sommet du boîtier. Le réglage de l'heure s'effectue de façon précise grâce au tableau de bord à l'arrière de la montre qui comporte une trotteuse, un affichage de 15 minutes et un indicateur de réserve de marche. La partie visible de la montre est donc entièrement dédiée à l'affichage de l'heure vagabonde.

La luminescence offre un spectacle étrange, comme une soupe de chiffres:


Cet affichage est pour moi intuitif (alors que j'ai beaucoup de mal par exemple avec les régulateurs). Le satellite qui porte l'indication de l'heure se déplace de la droite vers la gauche le long de la graduation dédiée aux minutes. Avec de l'habitude, il suffit de regarder la position du satellite, sans même se préoccuper de la graduation pour avoir une bonne estimation des minutes. Les quatre satellites portent chacun 3 chiffres. Ils effectuent de façon continue une double-rotation, autour du carrousel central et sur eux-même.

La 103.08 au poignet, son caractère élancé et son confort la rendent facile à porter:


La vente Phillips me donnait donc l'occasion d'acquérir cette 103.08 10 ans exactement après sa sortie. Le contexte me plaisait beaucoup: la montre faisant partie de la collection de Laurent Picciotto et cela lui donnait un intérêt supplémentaire. J'ai eu l'excellente surprise de remporter les enchères sur ce lot (après quelques secondes de stress à attendre le coup de marteau d'Aurel Bacs...) et de devenir le propriétaire de cette pièce d'exception et rare! En effet, on estime à une dizaine de montres celles qui possèdent le verre aux extrémités biseautées.

La couleur du boîtier renforce son originalité:


La montre me comble ainsi doublement, grâce à son intérêt horloger et car elle symbolise les relations d'amitié que j'entretiens avec Laurent Picciotto et l'équipe Urwerk. Les rapports humains et les relations particulières qui se nouent constituent une grande partie du fil conducteur de ma collection. Je suis loin des stratégies d'investissement, je ne possède aucune boule de cristal et je privilégie le plaisir. La meilleure façon de ne pas être déçu au bout du compte!

Merci à Phillips et à l'équipe Urwerk pour l'excellente qualité de service.

dimanche 18 juin 2017

Zenith: Chronomaster El Primero Full Open 38mm

L'actualité de Zenith est très chargée cette année du point de vue technique avec la présentation à Bâle du mouvement El Primero 21 et celle d'un tout nouveau mouvement révolutionnaire à la rentrée, avec un tout nouveau type d'organe régulant à fréquence élevée et qui sera capable d'avoir un comportement constant sur tout le déroulé de la réserve de marche. L'avenir de Zenith, sous l'impulsion de Jean-Claude Biver et du tout nouveau CEO, Julien Tornare, se conjugue donc en priorité avec l'innovation et le contenu horloger ce qui est totalement cohérent avec ce qu'est la réalité de Zenith: une manufacture sans véritable montre iconique mais qui possède avec le calibre El Primero, un des mouvements mythiques du marché.


L'accent mis sur l'innovation et les performances prometteuses des nouveaux mouvements ne doit pas faire oublier qu'il y a une collection actuelle et des mouvements existants à faire vivre. Dans ce contexte, une des plus intéressantes nouveautés de Bâle cette année témoigne du soin apporté par Zenith dans le renouvellement de son catalogue. En effet, le Chronomaster El Primero Full Open 38mm fait partie des montres qui m'ont le plus séduit. Il n'apporte certes pas grand chose de nouveau du strict point de vue horloger. Il se situe même à des années lumière de l'effet surprenant provoqué par la Defy El Primero 21. Mais il constitue en revanche une évolution intéressante de l'approche plus classique de Zenith.

Pour être franc, il y a deux points fondamentaux qui me plaisent beaucoup. Sa taille tout d'abord. Si le Chronomaster El Primero Full Open est disponible en deux diamètres (38mm et 42mm), c'est bien le plus petit des deux qui est la plus convaincant et de loin. Pour une raison très simple: le diamètre du mouvement El Primero 400 (30mm) et les positions des axes des aiguilles se marient idéalement avec le boîtier de 38mm. L'exercice est évidemment plus périlleux dans la version 42mm et nécessite un positionnement différent du disque de date qui se retrouve en périphérie, entre les compteurs et la lunette. La version 38mm est visuellement plus équilibrée et comme de toutes les façons la présentation du cadran est similaire, elle ne perd pas en présence sur le poignet.


Le second point qui me satisfait grandement est la correction apportée par Zenith cette année sur l'ordre de priorité des sous-cadrans et que l'on retrouve bien entendu sur le Chronomaster El Primero Full Open. Comme les sous-cadrans se chevauchent plus ou moins selon leurs tailles, Zenith avait choisi dans le passé de positionner le sous-cadran des heures au-dessus de celui des minutes. La conséquence était néfaste puisque le sous-cadran des minutes étant mordu, la lecture de certains temps était rendue imprécise voire impossible. L'ordre logique est de retour et la lecture des temps mesurés est maintenant optimale.

Pour le reste, le Chronomaster El Primero Full Open 38mm procure beaucoup de plaisir. Le cadran ouvert permet de profiter de  l'architecture du mouvement El Primero côté face et, une fois n'est pas coutume, elle est plutôt agréable à regarder. La lisibilité est préservée grâce aux graduations des compteurs qui se distinguent nettement et à la graduation périphérique. Les aiguilles sont soulignées par du superluminova qui apporte un meilleur contraste. Les index sont marqués de façon significative et apportent une touche de relief. Ils structurent par la même occasion le design qui aurait peut-être semblé confus en leur absence. A noter que ces index changent en fonction des deux déclinaisons de la montre: ils sont plaqués or pour la version bicolore à lunette en or rose et rhodiés pour la version en acier. J'aime la façon dont le disque de date a été traité avec un rendu "squeletté" des chiffres qui le rend plus discret. La date est d'ailleurs peu visible, se lisant lorsque les chiffres survolent une zone rouge. Cette solution me convient, se fondant harmonieusement dans l'esthétique du cadran. 


Côté mouvement, Zenith a adopté la finition monochrome du mouvement El Primero 400. Je trouve que c'est une excellente idée dans ce contexte. En effet, elle est cohérente avec le rendu du mouvement côté cadran et souligne sans effet inutile la construction du mouvement. Ce dernier présente une finition industrielle mais soignée. L'absence de finitions élaborées n'est pas pour moi problématique dans ce contexte car le mouvement El Primero séduit avant tout par sa présentation plus que par sa décoration. J'aurais cependant aimé une masse oscillante plus valorisante même si elle se distingue suffisamment des autres éléments du mouvement. Les performances du calibre  sont traditionnelles pour un El Primero à savoir une réserve de marche  d'une cinquantaine d'heures pour une fréquence de 5hz. Ce mouvement fiable et précis offre un grand confort d'usage au quotidien grâce notamment à une excellente efficacité au remontage.

Le test au porter a validé l'impression donnée par la montre dès le départ: le diamètre de 38mm est non seulement suffisant mais il assure le bon équilibre esthétique. Le Chronomaster El Primero Full Open 38mm m'a séduit par sa présentation à la fois classique et contemporaine qui met en valeur la star de Zenith: le mouvement. Même si j'aurais préféré une inscription sur le verre plus discrète, je le considère comme une des plus nouveautés les plus réussies de la part de Zenith cette année.


Les plus:
+ un diamètre équilibré
+ l'ordonnancement des sous-cadrans est logique
+ les performances du calibre El Primero et le plaisir à l'usage qu'il procure
+ un style à la fois classique et contemporain
+ l'étanchéité à 100 mètres

Les moins:
- l'inscription  sur le verre est un peu trop voyante à mon goût
- la masse oscillante aurait mérité un traitement plus valorisant

vendredi 9 juin 2017

Lange & Söhne: 1815 Chronographe édition 2017

Décidément, la vie du 1815 chronographe n'est pas aussi paisible que celle du Datograph. Le Datograph, dans sa configuration simple, n'a existé pour l'instant que dans deux versions et la version d'origine, présentée en 1999, ne fut remplacée que 13 ans plus tard par le Datograph Up&Down. Le rythme de changement du 1815 chronographe est bien plus élevé. La première version fut dévoilée en 2004. Elle se caractérisait par la présence d'une échelle pulsométrique positionnée sur un rehaut périphérique. Après avoir été retirée du catalogue en 2008, elle fut remplacée en 2010 par un nouveau modèle dont l'objectif était de corriger quelques critiques formulées à son encontre.

4 génération de 1815 chronographes rassemblées pour célébrer l'arrivée du petit dernier à cadran noir:


Le 1815 chronographe de 2010 se distinguait par son boîtier très légèrement agrandi (39,5mm vs 39mm pour la première version) et surtout par son design plus pur et plus plat afin de pouvoir agrandir les sous-cadrans et améliorer ainsi la lisibilité. Même s'il s'agissait évidemment d'une très belle pièce (un chronographe en provenance de Lange est toujours une pièce de référence ne serait-ce que par la beauté du mouvement ), certains (dont moi) regrettaient la perte de caractère. Montre plus consensuelle et plus formelle que sa devancière, le 1815 chronographe possédait une taille perçue au porter sensiblement supérieure malgré le seul demi-millimètre de différence de diamètre. Elle se caractérisait également par une évolution du mouvement chronographe avec retour en vol qui lui permettait d'atteindre les 60 heures de réserve de marche contre 36 heures auparavant (le nombre de pièces du mouvement diminuant, en passant de 320 à 306). A compter de cette date, tous les mouvements du 1815 chronographe auront cette réserve de marche améliorée.


En 2015, une édition boutique compléta la gamme des 1815 chronographes, toujours avec un diamètre de 39,5mm. Cette édition marqua le retour du design de la première version avec un rehaut plus prononcé et une échelle pulsométrique périphérique. Cependant, Lange évita de cloner la montre de 2004 en jouant sur les proportions. Le rehaut moins large que sur la montre initiale permit  ainsi d'élargir les sous-cadrans.

Nous sommes maintenant en 2017 et la grande nouvelle est l'arrivée dans le catalogue d'une version en or gris et à cadran noir reprenant l'esthétique de l'édition boutique. Cette version n'est ni limitée ni réservée aux seules boutiques Lange & Söhne. Les 1815 chronographe de 2010 ne sont dorénavant plus produits même s'ils restent disponibles dans différents points de vente.


Comment souvent dans le petit monde de l'horlogerie, il suffit d'un détail pour radicalement changer la perception que nous avons d'une montre. Le fait d'utiliser un cadran noir, des chiffres peints blancs et des aiguilles rhodiées transforme cette montre qui se trouve très éloignée dans son esprit de l'édition boutique. Compte tenu de la dominante noire, la taille perçue du nouveau chronographe est inférieure à celle de l'édition boutique. La montre apparaît aussi beaucoup plus élégante et habillée alors que l'édition boutique est plus fidèle à l'esprit décontracté et plus sportif de la première version de 2004.

Le mouvement L951.5 possède un balancier à masselottes:


Ce n'est pas la première fois que Lange propose un cadran noir dans le contexte du 1815 chronographe. Rappelez-vous, le chronographe de 2004 existait dans une version en or rose à cadran noir. Mais l'atmosphère n'est plus du tout la même. La montre de 2004 était chaleureuse et audacieuse en proposant un contraste fort entre le boîtier et le cadran, ainsi qu'entre le cadran et les sous-cadrans blancs. Le nouveau chronographe est plus raffiné et séduira immédiatement tout collectionneur à la recherche d'une pièce de haute horlogerie de référence souhaitant conserver une certaine discrétion. De plus, le fait que les sous-compteurs soient également noirs évite à la montre d'apparaître comme un Datograph sans date.

Il présente la même architecture que le L951.0 d'origine. L'augmentation de la réserve de marche est due à un retrait d'un mécanisme qui la limitait à 36 heures ce qui explique la diminution du nombre de pièces:


En tant que propriétaire de la première version du chronographe 1815 en or gris, j'apprécie que Lange ait proposé une telle dominante noire qui tranche significativement avec les versions précédentes. Cependant, je pense que ce chronographe est trop austère. Il ne possède pas une seule petite touche de couleur qui pourrait égayer et décontracter le cadran. Cette démarche est évidemment assumée par Lange & Söhne et s'inscrit dans la même veine que celle de la 1815 Platine célébrant les 200 ans de la naissance de F.A. Lange. Même la Richard Lange PLM en or gris et cadran noir possédait quelques petits détails en rouge. J'aurais ainsi apprécié que de subtils éléments cassent cette rigidité toute saxonne. De plus, dans certaines conditions de lumière, le contraste entre les aiguilles et le cadran s'affaiblit et nuit à une lisibilité optimale. Définitivement, ce sont les 1815 chronographes d'origine et de 2010 qui sont les plus lisibles.

Le premier 1815 chronographe:


L'édition de 2010:



Mais le point fort de la montre demeure: son incroyable mouvement. Le calibre L951.5 est une référence dans le monde des chronographes de haute horlogerie. Il est évidemment très beau comme tout mouvement chronographe en provenance de chez Lange. Il présente le même aspect que celui du Datograph Up & Down et offre donc, au-delà des finitions parfaites un saisissant effet de profondeur, chaque pont et chaque élément mobile semblant tisser une fine dentelle mécanique. Il se distingue en revanche au premier coup d'oeil du mouvement L951.0 qui équipait le 1815 chronographe initial car son balancier est équipé de masselottes alors que le L951.0 utilisait un balancier à vis.

L'édition boutique:


Le grand atout de ce mouvement est le plaisir qu'il procure à l'usage. Sa basse fréquence (2,5hz) provoque un tic-tac lent et très agréable à écouter. Le remontage est d'une rare douceur et le déclenchement des poussoirs est parfait: c'est le mieux réglé du marché. Enfin, comme sur chaque chronographe Lange, le compteur instantané des minutes assure une précision de l'affichage optimale. 

Le tout nouveau 1815 chronographe est, sans surprise, une belle réussite de la part de Lange qui récite une partition parfaitement maîtrisée. La montre est d'une rare élégance et sa taille, légèrement inférieure à 40mm lui assure un bel équilibre et une cohérence d'ensemble. Jouant la carte de la discrétion et du raffinement, le 1815 chronographe de 2017 manque toutefois de quelques détails audacieux ou originaux qui auraient pu relever son caractère et sa personnalité. Son principal défaut est finalement de se situer exactement là où on attendait Lange et j'aimerais être de temps en temps plus surpris pour être totalement séduit.

Et la toute dernière version à cadran noir:


Le 1815 chronographe version 2017 est vendu au même prix que l'édition boutique et que la version 2010 soit 49.400 euros TTC.

Merci à l'équipe de la boutique Lange de Paris - rue de la Paix.

Les plus:
+ la beauté du mouvement à remontage manuel
+ la douceur du remontage, le comportement des poussoirs et le compteur des minutes instantané
+ une montre disponible sur l'ensemble des points de vente
+ un cadran très élégant et raffiné...

Les moins:
- ...mais qui peut sembler trop austère
- une lisibilité moyenne dans certaines conditions de lumière

dimanche 4 juin 2017

Audemars Piguet: Royal Oak Offshore Byblos

Je dois vous prévenir: l'été approche à grands pas et il faut donc très vite penser à sa ligne... Mais comment ai-je pris conscience de cette réalité? Tout simplement parce qu'Audemars Piguet vient de présenter deux montres (une version masculine et une version féminine) dans le cadre d'une édition limitée qui célèbre le 50ième anniversaire du fameux hôtel Byblos de Saint-Tropez. Et le moins que l'on puisse dire est que ces deux montres fleurent bon les vacances sous le beau soleil du Sud-Est de la France.

Pour être honnête avec vous, je ne vais écrire un long roman au sujet de la version masculine de cette Royal Oak Offshore Byblos puisqu'elle n'est qu'une évolution d'une montre très connue. Je dois cependant avouer que je la trouve particulièrement attirante. Peut-être est-ce dû aux oiseaux qui chantent, aux températures qui montent, aux jupes qui se raccourcissent mais je commence à apprécier particulièrement la combinaison de l'or rose avec le cadran blanc qui définit et symbolise le style de cette montre. Si la présentation avait eu lieu en plein hiver, peut-être que mes sentiments auraient été bien différents. 


En fait, il y a quelque chose d'excitant avec cette Royal Oak Offshore. La gamme de couleurs est très douce et légère, presque féminine en un sens mais au bout du compte, elle est très fidèle à l'esprit de Saint-Tropez avec sa touche de blanc (le cadran est très réussi). Le paradoxe est que cette douceur s'applique dans un contexte très dynamique et masculin: celui de la Royal Oak Offshore 44mm.

N'espérez pas en revanche porter une montre discrète. Compte tenu du diamètre de 44mm, de l'épaisseur du boîtier (14mm) et des poussoirs surdimensionnés et proéminents, l'or rose dominant est très facilement perceptible. Mais, de façon surprenante, la montre parvient tout de même à transmettre une certaine idée de raffinement et d'élégance... ce qui n'était pas gagné d'avance!

Mais non, je vous confirme que je n'ai fumé aucune substance interdite. Je pense sincèrement ce que je dis et j'ai d'ailleurs connu une sensation similaire avec la Royal Oak Offshore Lebron James qui n'était pas non plus une petite montre de soirée. Cette comparaison me donne l'occasion d'exprimer un de mes regrets à propos de l'édition Byblos. Pour être totalement en accord avec son contexte, je serais presque allé plus loin dans la présence du blanc et aurais apporté un peu plus d'originalité au niveau des poussoirs comme la montre du basketteur le faisait. Par exemple, le fait de retrouver des poussoirs identiques à ceux de la Royal Oak Offshore Céramique Blanche aurait peut-être été plus audacieux. Les diamants sertis dans le poussoir à deux heures de la Lebron James constituaient un plus appréciable. J'aurais espéré une approche de ce type avec l'édition Byblos afin de casser la présentation somme toute très classique du boîtier en or rose. On est à Saint-Tropez après tout... et rien ne s'y passe comme ailleurs. 


Le fond transparent du boîtier (que je n'ai malheureusement pas photographié) permet d'observer le mouvement 3126 qui anime cette Royal Oak Offshore. Il s'agit tout simplement de la construction en deux parties basée sur le calibre de manufacture 3120 qui alimente le module de chronographe. Sa réserve de marche se situe autour de cinquante cinq heures pour une fréquence de 3hz. Le verre est décoré avec le logo de l'hôtel et le rappel de la célébration de l'anniversaire. Je ne trouve pas cette décoration très jolie et elle nuit selon moi à la vue sur le mouvement. Comme ce dernier est trop petit pour le boîtier (problème récurrent de la Royal Oak Offshore 44mm), je pense que la solution d'un fond plein gravé aurait été préférable. Mais je le sais pertinemment, une montre avec un mouvement automatique visible est plus efficace du point de vue commercial et après tout... la masse oscillante du 3120 est toujours agréable à voir.

Le bracelet en caoutchouc blanc est très confortable et parvient à maintenir fermement la montre sur le poignet. C'est un très bon point compte tenu de la taille et du poids du boîtier. A noter qu'un autre bracelet en caoutchouc sombre est également disponible si vous voulez profiter de cette Royal Oak Offshore en dehors de l'été. 


En conclusion, j'ai apprécié cette montre pour son subtil équilibre entre puissance et raffinement. Evidemment, elle n'apporte rien de bien nouveau en comparaison des Royal Oak Offshore 44mm du catalogue et j'aurais aimé une approche plus audacieuse du traitement de certains détails. Mais je fus convaincu par son charme et sa cohérence avec le contexte de la célébration du 50ième anniversaire du Byblos.

Merci à Audemars Piguet France.
Les plus:
+ un équilibre subtil entre puissance et raffinement
+ le cadran blanc met en valeur le motif tapisserie
+ la finition du boîtier
+ le confort du bracelet caoutchouc

Les moins:
- j'aurais aimé des poussoirs plus originaux en jouant par exemple avec la céramique blanche
- un fond plein et gravé aurait été une meilleure solution