lundi 31 octobre 2016

Une balade romaine en compagnie de la Chopard Mille Miglia XL Race Edition 2016

C'est maintenant devenu une jolie tradition: chaque année, la Chopard Mille Miglia officielle de la célèbre course m'accompagne au cours de mon périple romain estival. Et cette année, je ne risquais pas l'ennui puisque la version 2016 est radicalement différente de celle de l'année précédente! Pourtant, ces deux montres partagent un point commun: elles symbolisent la montée qualitative de la collection Mille Miglia.


Si la Chopard Race Edition 2015 se distingue par son très beau cadran rouge et son indicateur de réserve de marche à 9 heures, la montre de l'Edition 2016 joue une toute autre partition, beaucoup plus classique. En effet, ce chronographe trouve son inspiration dans les montres Vintage comme l'attestent les couleurs du cadran et des compteurs et les poussoirs champignon. Il y a cependant une différence... de taille par rapport à ses illustres ainés, les chronographes d'antan: le diamètre du boîtier est de 46mm ce qui en fait une montre très imposante!

J'ai pourtant pris beaucoup de plaisir à la porter sous le beau soleil romain. Cet éclairage particulier m'a d'abord fait apprécier la rigueur et la qualité de l'exécution: la finition du cadran et du boîtier est exemplaire et le mouvement offre une présentation technique et soignée. L'enjeu, compte tenu du diamètre a été de réduire la perception de la taille. Le cadran noir aux compteurs de couleur ardoise y parvient grâce à sa dominante sombre et à l'échelle tachymétrique périphérique. La date semble ainsi mieux intégrée alors qu'elle est relativement éloignée du bord de la lunette. D'ailleurs, j'aurais préféré qu'il n'y ait point de guichet de date, pour être plus fidèle à l'esprit de la montre. Les chiffres et les aiguilles contribuent également à la qualité perçue et leur luminescence est efficace.


Le boîtier dégage un sentiment de puissance dû à son diamètre mais aussi à la couronne surdimensionnée, aux poussoirs et à la forme de la lunette. Heureusement, les cornes sont suffisamment incurvées ce qui permet de bien positionner le boîtier sur le poignet sans qu'il ne dépasse. Le bracelet en veau brun, relativement souple et la boucle déployante maintiennent fermement la montre et le confort est ainsi assuré à condition d'avoir une taille de poignet suffisante.

Au-delà de son design réussi, la grande force de la Chopard Mille Miglia XL Race Edition 2016  réside dans son mouvement. Et tout comme le calibre Chopard 01.08-C qui équipe la Chopard Race Edition 2015, le calibre chronographe automatique 03.05-C  a été développé et assemblé au sein de Fleurier Ebauches, entité qui appartient à Chopard. Il s'agit évidemment d'un point crucial qui souligne l'importance pour Chopard de la collection Mille Miglia. En utilisant un calibre exclusif et certifié chronomètre, Chopard donne une nouvelle ambition horlogère à cette collection stratégique. Certes, la finition du mouvement n'atteint pas les standards des calibres L.U.C. Mais sa présentation est très agréable, propre et son rendu technique est cohérent avec l'atmosphère de la course automobile de la montre. Sa fréquence est de 4hz et sa réserve de marche d'une soixantaine d'heures ce qui est très satisfaisant. En revanche, son propre diamètre le rend un peu perdu dans le boîtier. Dans ce contexte, un fond plein aurait peut-être été plus satisfaisant mais les contraintes commerciales imposent la visibilité du mouvement. J'ai enfin apprécié son efficacité au remontage  et si les poussoirs sont un peu durs, ils demeurent tout de même agréables à l'usage.


La Chopard Mille Miglia XL Race est donc pour moi une montre qualitative au style imposant. Ce contraste entre l'inspiration Vintage et la puissance du boîtier peut être déroutante mais il permet de donner beaucoup de caractère à la montre. J'espère cependant que Chopard aura la volonté dans le futur d'utiliser le mouvement 03.05-C dans un boîtier plus raisonnable et mieux adapté.

Je vous propose de découvrir les photos prises lors de mes promenades romaines de cet été.

Piazza di Pietra:



Fontana di Trevi:


Forum:


Sur le Ponte Sisto:


Via Giulia:


Au 84 de la Via Giulia, un petit bar propose un délicieux Cappuccino:


Un petit tour chez Bartolucci est toujours indispensable pour saluer Pinocchio!


Piazza di Pietra:



L'hôtel Bernini offre une vue spectaculaire sur la Piazza Barberini et la fontaine du Triton:


Une vue depuis la colline de l'Aventin:


Les plus:
+ les finitions du cadran et du boîtier
+ les performances du nouveau calibre Chopard 03.05-C
+ le confort au porter malgré la taille

Les moins:
- le diamètre du boîtier
- le guichet de date n'est pas indispensable

jeudi 27 octobre 2016

RJ-Romain Jerome: RJ X Pokémon

RJ-Romain Jerome l'avait promis il y a quelques semaines, les Pokémon  allaient débarquer sur les cadrans à travers une montre célébrant le vingtième anniversaire du plus célèbre bestiaire imaginaire. J'étais donc curieux de connaître le résultat de ce partenariat pour le moins singulier entre une marque horlogère et The Pokémon Company International. Les réactions lors de l'annonce initiale furent pour le moins tranchées, la plupart reprochant à RJ-Romain Jerome un certain opportunisme en pleine folie liée au jeu Pokémon Go. Qui n'a pas croisé dans la rue un chasseur de Pokémon à la recherche des spécimens les plus rares? L'avantage avec la montre proposée par RJ-Romain Jerome, c'est qu'un des plus célèbres d'entre eux se retrouve immédiatement prisonnier sur notre poignet. Car c'est bel et bien Pikachu qui a été choisi comme figure de prou de cette montre. Pikachu, vous savez bien! L'espèce d'écureuil jaune qui envoie des décharges électriques pour se défendre (ou attaquer mais je ne suis pas expert en la matière)!


Les critiques à l'encontre de RJ-Romain Jerome à propos du partenariat m'ont apparu infondées même si, évidemment, je ne pouvais pas nier la capacité de Manuel Emch à fleurer les bons coups. Car, finalement, la marque a une véritable légitimité sur ce créneau. Aujourd'hui, qui, en dehors de RJ-Romain Jerome est capable de parler à une nouvelle génération de clients bercés par la culture des jeux vidéos et des dessins animés japonais? Personne. Et ce constat est édifiant au moment où le plus grand danger qui guette l'industrie horlogère est l'absence de renouvellement de sa clientèle. Les nouvelles générations sont  moins attirées par les signes statutaires et plus préoccupés par des thèmes qui sont absents de la communication horlogère. Au moins, RJ-Romain Jerome essaye de se rapprocher de ces nouveaux clients et de s'adresser à eux par des références liées à leur environnement culturel.

Si vous êtes un fan absolu de Pikachu, pas de souci, la RJ X Pokémon ne vous décevra pas car le contraste entre le noir et le jaune est tellement fort qu'on ne voit que lui sur le cadran. Et comme sa finition, peinte à la main en émail à froid jaune, est excellente, il y a de quoi se réjouir. Pikachu est parfaitement représenté et le fond du cadran, en DLC noir satiné et sablé, et décoré avec des motifs gravés en formes d'éclairs, prend de jolis reflets passant du gris au noir absolu.


Donc tout va bien et la montre ravira sans problème la vingtaine de geeks prêts à dépenser 20.000 euros pour capturer Pikachu. Malheureusement, je ne pense pas que tout aille bien et je suis même convaincu que RJ-Romain Jerome est en train de rater une belle opportunité. Avec un énorme Pikachu sur le cadran, la cause était entendue: la montre ne pouvait plus échapper à sa dimension amusante. Et c'est là où le bât blesse: RJ-Romain Jerome ne fait que réciter une partition parfaitement maîtrisée, connue et sans surprise: le boîtier en titane PVD noir d'un diamètre de 46mm, les cornes caractéristiques à rotules en téflon, le fond stellaire grené avec médaillon, la couronne vissée, la boucle déployante et le mouvement automatique RJ001-A qui est en fait un Valjoux 7750 adapté à une montre à deux aiguilles. La même recette qu'avec Tetris ou Mario Bros.


Or je suis certain que RJ-Romain Jerome est en mesure de saisir une formidable opportunité qui se présente: celle d'incarner les "Gérald Genta Fantasy" d'aujourd'hui. Mais pour cela, il faut plus d'audace et d'ambition. Jouer avec les personnages, imaginer un affichage du temps alternatif et ludique, aller au bout de certaines idées. Pourquoi sur cette montre ne pas imaginer un bracelet en queue de Pikachu? J'en ai bien un sur ma Swatch Jeremy Scott après tout! Pourquoi ne pas animer Pikachu lui-même? Pourquoi ne pas faire une couronne en forme de boule pokémon (qui sert à les capturer pour ceux qui ne sont pas au courant)? L'univers du monde des jeux vidéos ou des dessins animés offre d'innombrables possibilités et incite au dynamisme et aux mouvements. C'est la raison pour laquelle je suis déçu de retrouver de nouveau à travers cette série limitée une montre à deux aiguilles... statique. RJ-Romain peut et doit faire mieux.


Merci à Kronometry 1999.

Les plus:
+ la finition de Pikachu
+ le mouvement RJ001-A, basé sur le Valjoux 7750 est fiable et pérenne

Les moins:
- une montre qui paradoxalement manque d'audace
- une boucle déployante peu pratique
- le prix élevé pour une montre deux aiguilles

mercredi 26 octobre 2016

La collection Bucherer Blue Editions

Le monde est bien fait. La couleur fétiche de Bucherer, le célèbre détaillant suisse, est le bleu qui se retrouve sur son logo et sur le blason du canton de Lucerne dont la Maison est originaire. C'est également la couleur la plus tendance de l'horlogerie depuis plusieurs années. Bucherer et ses marques partenaires ne pouvaient pas laisser passer cette opportunité, en célébrant les liens particuliers qui les unissent par le biais d'une collection de montres bâtie autour de cette couleur et exclusivement dédiée aux boutiques  du détaillant, en Suisse ou à l'étranger. C'est donc avec grand plaisir que je pus découvrir cette collection au sein de la boutique de Paris, boulevard des Capucines.

Il est intéressant de constater que les marques ont choisi des voies différentes. Certaines optent pour le cadran bleu, d'autres choisissent une approche plus subtile mais l'observation des montres qui composent la collection permet de se rendre compte du potentiel et de la grande diversité chromatique de cette couleur. Le résultat est globalement réussi et séduisant mais en même temps inégal. Certaines montres offrent un rendu exceptionnel, d'autres n'apparaissent que comme de sympathiques déclinaisons de modèles existants. Il n'empêche que cette volonté commune de la part de Bucherer et de ses marques partenaires est à saluer car donnant l'occasion d'apprécier la diversité de l'offre horlogère suisse réunie autour d'un thème commun.

Je vous propose de découvrir les modèles de la collection Bucherer Blue Editions.

1) Audemars Piguet

Audemars Piguet est la marque la plus impliquée dans la collection avec 3 modèles différents et profite de ce contexte pour confirmer une tendance réamorcée l'année dernière: le retour de la montre bicolore. Les 3 montres tirent pleinement partie de la combinaison entre or rose, acier et cadrans aux touches de bleu pour se distinguer par leurs personnalités, leurs caractères affirmés mais non ostentatoires et leurs styles chaleureux et élégants. 

Le Chronographe Royal Oak Offshore est une véritable réussite grâce à la façon raffinée qu'a Audemars Piguet de traiter le bicolore. Le bleu du cadran est magnifique et j'aime beaucoup comment le bracelet, grâce à ses surpiqûres, prolonge l'atmosphère originale de la montre. S'agissant d'une Offshore 42mm, la taille est idéale et le mouvement (base 3120 + module chronographe) est visible à travers le fond transparent. Le prix de vente est de 31.700 euros.


La deuxième montre est la version féminine du Chronographe Royal Oak Offshore d'un diamètre de 37mm. Elle se distingue par les compteurs bleu, la lunette sertie et un bracelet blanc reprenant la couleur du fond Lady Tapisserie. Cette montre ne m'a pas convaincu au départ mais j'ai depuis changé d'avis et la trouve charmante grâce notamment à l'excellente intégration de la lunette sertie dans le design général. Elégante et possédant une sacrée dose de peps, elle orne avec audace mais sans démesure le poignet de Macha, du blog Watch-Her, que je remercie pour la photo:


A noter que cette montre est vendue au même prix que la version masculine et que son mouvement est l'AP2385 soit le calibre Frédéric Piguet 1185.

La troisième montre est la version bicolore de la Royal Oak Tourbillon Ultra-Thin 41mm. Je n'ai malheureusement pas pu la voir mais connaissant la version acier, je n'ai aucun doute quant à sa réussite esthétique.

2) H. Moser

H. Moser pratique un de ses exercices préférés en ornant la Venturer Small Second 39mm en or gris d'un cadran bleu fumé et en apportant des petites touches de bleu sur le mouvement avec un spiral bleui et un balancier bleu. La montre est élégante mais je n'ai pas ressenti le même coup de coeur qu'avec une Endeavour Funky Blue. La montre est disponible au prix de 17.700 euros.  


3) Chopard

La Chopard Happy Sport en version acier 30mm est peut-être la montre la plus ludique de la collection puisqu'elle met en scène des saphirs bleus qui se déplacent sur le cadran en fonction du mouvement du poignet. La montre est vendue au prix de 5.820 euros.


4) Jaeger-Lecoultre

Jaeger-Lecoultre propose deux versions de la Master Ultra Thin Date 40mm Blue Editions soit en acier (7.950 euros) soit en or rose (15.700 euros). Dans chaque cas, la date est parfaitement intégrée et la couleur dominante du cadran, très soutenue, permet de réduire la perception de la taille ce qui est un bon point compte tenu de la finesse de la lunette. Le cadran bleu est magnifique et c'est dans la version en or rose qu'il prend toute sa dimension.



5) IWC

La combinaison or rose & cadran bleu se fait plus fréquente chez IWC. Je pense notamment à la présentation récente de la Portugieser Chronographe à rattrapante pour la boutique de Milan. La version Blue Editions de la Portugieser Chronographe propose un cadran bleu ardoise aux compteurs blanc. Le rendu du cadran est assez surprenant et je pense que le blanc des compteurs n'est pas forcément une excellente idée ici même si cette Portugieser laisse une impression positive. La montre est vendue à un prix de 17.200 euros.


6) Piaget

Piaget part d'une base Altiplano en or rose, à remontage manuel et d'un diamètre de 40mm pour son modèle dédié à la collection. J'aime de façon générale  cette montre qui possède une touche d'originalité du fait de sa trotteuse décalée. Le rendu est assez surprenant et plutôt féminin car le bleu du bracelet et des index n'est pas très soutenu. Je tiens cependant à souligner l'effort de Piaget qui a choisi une approche du thème un peu plus originale. Le prix de vente est de 18.600 euros.


7) Panerai

Panerai est dans une configuration similaire que Jaeger-Lecoultre avec une montre disponible en deux versions: acier ou or rose. Et tout comme avec son confrère de Richemont, le cadran bleu brossé vertical est magnifique. Les deux montres font partie des mes favorites de la collection même si j'aurais préféré que la mention automatique ne soit pas présente sur le cadran. Les montres, d'un diamètre de 45mm, sont vendues aux prix de 22.500 euros (or rose) et de 10.300 euros (acier). Elles sont équipées du mouvement de manufacture P.4000 à micro-rotor.



8) Longines

Longines propose une montre féminine et une montre masculine partageant le même type de décoration de la zone centrale du cadran. La dimension bleu se retrouve dans de multiples détails comme par exemple le bracelet ou les aiguilles mais c'est bien la couleur argenté du cadran qui domine. Compte tenu du style un peu sophistiqué de la décoration, c'est la version féminine qui remporte mon suffrage: sa taille plus contenue m'est apparu plus adaptée et la montre est plus cohérente. Les prix de vente sont de 1.950 euros (version masculine, 40mm) et de 2.240 euros (version féminine, 36mm).


 

9) Carl F.Bucherer

Compte tenu du contexte, la proposition de Carl F.Bucherer était très attendue. Et je ne suis pas déçu: la Manero Peripheral à cadran bleu pétrole est une des plus réussies du lot. C'est même un des plus beaux cadrans bleus que j'ai jamais vus. Il en vient presque à me faire regretter la présence du guichet de date. La montre en acier, d'un diamètre de 40,6mm, utilise le tout nouveau mouvement automatique CFB A2000 (ici dans sa version A2050) à rotor périphérique. Une réussite tant du côté cadran que du côté mouvement, vendue au prix de 6.000 euros.


J'espère que vous avez eu autant de plaisir à parcourir cette collection que j'en ai eu lors de sa découverte. Je vous conseille donc de vous rendre à la boutique Bucherer de Paris pour apprécier les différents modèles de la collection et les démarches créatives des marques partenaires. Cette collection, unique en son genre, mérite le détour.

Merci à l'équipe Bucherer pour son excellent accueil.

dimanche 23 octobre 2016

Gorilla: Fastback

Préambule: la montre photographiée est un prototype et certains détails auront une finition plus aboutie dans la version finale.

La crise horlogère est en train de favoriser l'émergence d'une nouvelle offre en provenance de jeunes marques proposant des montres originales et à forte personnalité avec des tarifs contenus, généralement en dessous de 1.000 euros. Ces marques sont en mesure de présenter des produits plus en phase avec les aspirations de la clientèle grâce à une certaine audace esthétique et des petits volumes de production. Elles parviennent ainsi à donner le sentiment d'être exclusives tout en restant accessibles. Or les marques établies transmettent aujourd'hui une image contraire: une créativité la plupart du temps en panne, des prix inadaptés et une communication globale et mondiale qui est aux antipodes  de ce qui va éveiller la curiosité et l'attention des clients moins sensibles aux thèmes habituels de l'horlogerie. 


Non seulement ce marché spécifique est en train de se développer mais il devient de plus en plus crédible en attirant des personnalités reconnues ayant par le passé oeuvré pour des marques prestigieuses ou appartenant à des segments tarifaires bien plus élevés. Je pourrais ainsi citer les exemples d'Emmanuel Dietrich, de Richard Piras mais c'est celui d'Octavio Garcia qui nous intéresse tout particulièrement dans le contexte de la Gorilla Fastback.

La Gorilla Fastback est en effet la première concrétisation du duo Octavio Garcia - Lukas Gopp. Mais qu'est-ce qui peut motiver deux designers de renom, ayant travaillé de nombreuses années au sein d'Audemars Piguet (entre autres) à unir leurs efforts pour créer une marque et lancer une montre vendue au prix de 790 euros hors taxes? Je vois deux raisons à cette démarche. La première est la volonté de développer un projet personnel. La seconde est de travailler avec plus de liberté créative et sous des contraintes différentes de celles connues par le passé. Tout ceci donne un caractère très stimulant à la démarche et cela se ressent dans le produit.


Pourtant, j'avais quelques craintes au départ. Gorilla est présentée comme une marque inspirée par l'univers automobile et qui utilise des matériaux innovants pour retrouver l'atmosphère particulière des véhicules puissants. Rien de bien nouveau sous le soleil! Et en découvrant la Fastback, j'ai très vite retrouvé quelques détails qui appartiennent au style d'Octavo Garcia comme le mélange de couleurs noir et rouge, le protége-couronne et les sortes d'écrous sur la lunette. N'allais-je pas me retrouver tout simplement face à une déclinaison abordable et sympathique d'une Royal Oak Offshore Alinghi? Fort heureusement, la Fastback évite ces écueils et parvient à faire dégager sa propre personnalité.


La forme du boîtier y contribue beaucoup. A la fois carré et biseauté, le boîtier aime jouer sur le contraste entre ses lignes géométriques et le cadran circulaire. Le sentiment de virilité qu'il exprime n'est pas vraiment dû à sa taille, pourtant généreuse avec un diamètre de 44mm. Il provient des effets de prolongement avec l'imposant protège-couronne sur le côté droit et la base du boîtier qui recouvre le bracelet. Le diamètre atteint ainsi 48,5mm en intégrant le protège-couronne et cette taille fait changer la perception.

Le boîtier est également relativement épais mais cela ne m'a pas dérangé. Le rapport diamètre/épaisseur est équilibré et cette hauteur fait apprécier la construction particulière du boîtier. En fait, c'est un véritable gâteau à étages qui pourrait presque être utilisé comme démonstration du rendu et des différences des matériaux. Car du bas vers le haut, ce n'est pas moins de 4 matériaux différents qui se succèdent: le titane d'abord, au contact de la peau et qui est utilisé aussi pour la couronne, le carbone forgé par la suite et qui constitue l'essentiel du boîtier, puis l'aluminium anodisé qui apporte sa touche de couleur et enfin la lunette en céramique.


Cette succession fonctionne plutôt bien et est presque harmonieuse. "Presque" car un détail m'a tout de même dérangé: la céramique m'est apparu comme trop brillante, agissant comme un miroir. J'aurais préféré un matériau plus mat, plus brut car les reflets de la partie supérieure du boîtier cassent un peu la cohérence esthétique de l'ensemble.

L'affichage du temps est classique. Il n'est cependant pas dénué d'originalité. La pierre angulaire de cet affichage est l'aiguille des heures tripale. L'extrémité blanche indique l'heure. La section blanche entre les deux extrémités noires n'a qu'un but décoratif. Elle évolue sur le cadran au fil de la journée si bien que le rendu est en constant mouvement. J'aime beaucoup cette idée qui donne une touche très dynamique au design. Les minutes sont indiquées par l'aiguille rouge et les index, de 5 en 5, ne sont relatifs qu'à cette aiguille.


C'est la raison pour laquelle la lecture de l'heure nécessite une petite habitude. L'aiguille rouge n'est pas immédiatement perçue comme celle des minutes et il faut acquérir le réflexe d'aller chercher l'extrémité blanche  de l'aiguille tripale. L'absence d'index des heures est aussi troublante et il faut mentalement se recaler pour lire l'heure sans confusion. J'y suis arrivé mais ce ne fut pas immédiat!

Les effets de relief font également partie de la réussie esthétique de l'ensemble. La hauteur du rehaut est significative et le nom de la marque est d'ailleurs apposé dessus. La section centrale du cadran est ouverte ce qui renforce aussi cette sensation de profondeur.

Le fond du boîtier est plein et arbore le gorille, symbole de la marque. C'est un excellent choix d'avoir opté pour cette solution puisque le mouvement qui équipe la montre, le Miyota 8215 n'est pas particulièrement beau. Le choix d'un tel calibre est logique compte tenu du prix de vente de la montre. Cependant, il s'agit d'un mouvement fiable et à l'excellente efficacité au remontage. Il est donc particulièrement bien indiqué pour la Fastback. Sa fréquence est de 3hz et la réserve de marche se situe autour d'une quarantaine d'heures.


Compte tenu de sa forme, de ses couleurs, de sa présence au poignet, la Gorilla Fastback attire incontestablement les regards et j'ai eu beaucoup de questions sur cette montre. Cela traduit la réussite de la démarche esthétique d'Octavio Garcia et de Lukas Gopp. La montre parvient à surprendre, à susciter des interrogations et à exprimer une qualité perçue supérieure à celle que son prix de vente pourrait suggérer. J'ai donc pris beaucoup de plaisir à porter la Fastback pendant plusieurs semaines y compris lors de voyages. Elle s'est révélée confortable malgré son gabarit grâce au bon  maintien apporté par le bracelet. Puissante sans être brutale, possédant le bon dosage d'originalité, elle est aujourd'hui une alternative crédible (et plus abordable!) à des marques qui dominent ce segment particulier comme SevenFriday. Pour 790 euros HT, elle offre à ses propriétaires l'aboutissement d'une démarche créative personnelle de designers connus. Qui peut en dire autant?

La Gorilla Fastback est actuellement en pré-commande sur le site de la marque. Les 500 premiers exemplaires seront numérotés et les livraisons débuteront en novembre.

Les plus:
+ une qualité perçue excellente compte tenu du prix de la montre
+ une démarche esthétique aboutie
+ un mouvement simple, fiable et efficace
+ le confort au porter malgré la taille

Les moins:
- le rendu trop brillant de la céramique
- la lecture de l'heure, pourtant classique, nécessite une période d'accoutumance

mardi 18 octobre 2016

Zenith: Chronographe El Primero Range Rover

A l'annonce de la sortie d'un chronographe El Primero célébrant le partenariat entre Zenith et Range Rover, je me suis immédiatement fait la réflexion que la montre devrait faire preuve de la même capacité de franchissement d'obstacles que le véhicule dont elle s'inspire pour arriver à convaincre. Car, à brûle-pourpoint, ce chronographe n'apparaissait pas comme une évidence! Encore un nième partenariat entre une manufacture et une marque de voitures, encore une déclinaison du chronographe El Primero et encore un lien un peu tiré par les cheveux entre deux maisons...


Et pourtant, la Zenith El Primero Range Rover finit par arriver à destination sans encombre ni sortie de piste. La raison de ce résultat est simple: ce chronographe est une des plus belles réussites esthétiques de Zenith de ces dernières années. Mieux que cela: il définit ce que pourrait être la ligne directrice stylistique d'un chronographe El Primero résolument contemporain et audacieux.

En tout cas, au-delà de ses qualités, le point de départ de cette montre ne pouvait que me réjouir: Zenith et Range Rover ont scellé leur partenariat pour célébrer une année clé dans leurs histoires respectives: 1969. Année de présentation du chronographe El Primero et du prototype du Range Rover, elle est également, plus modestement, mon année de naissance!


Ce n'est évidemment pas ce qui me fait apprécier ce chronographe. En fait, il y a deux éléments clé qui contribuent à son pouvoir de séduction: son boîtier et son cadran.

Le boîtier est réalisé en aluminium céramisé noir mat. Sa légèreté rend son porté très agréable et confortable. Le rendu de la couleur dominante est intéressant car il s'agit d'un noir vif et dynamique qui crée de beaux reflets lumineux. Le boîtier est donc beaucoup plus subtil et raffiné que je ne l'imaginais de prime abord. Son autre atout est de réduire la perception de la taille compte tenu de sa couleur. De fait, la montre, une fois mise au poignet, donne l'impression d'être plus proche des 40/41mm que du diamètre réel, 42mm.


Le boîtier a de plus la mission de mettre en valeur le cadran car ce dernier constitue bel et bien le clou du spectacle. J'ai rarement vu un cadran offrir un tel éventail chromatique. Présenté par Zenith comme un cadran "gris brossé", il surprend par sa capacité à se transformer selon les conditions de lumière et l'inclinaison du poignet. Naviguant entre l'anthracite, le gris clair voire le bronze, le cadran anime le chronographe, crée des reflets inhabituels et constitue un vrai régal pour les yeux. Je dois avouer que pour une montre "sombre", le chronographe El Primero Range Rover m'est apparu comme plutôt coloré!

Mais attention, coloré ne veut pas dire bariolé: les designers ont particulièrement bien travaillé afin de veiller à la cohérence de l'ensemble. Même le rehaut (sur lequel se trouve l'échelle tachymétrique) semble se fondre entre le boîtier et le cadran tout comme le guichet de date dont l'intégration semble quasi parfaite. Quasi et pas totalement car malheureusement, ce guichet coupe la graduation du chronographe et rend la lecture du temps affiché par la trotteuse centrale impossible pendant quelques secondes. Il aurait été judicieux de reprendre la graduation au sommet du guichet mais le choix a été fait de préserver la pureté de l'ensemble.


D'un autre côté, et c'est une excellente nouvelle, le chronographe El Primero Range Rover corrige un problème qui se manifeste sur certaines pièces de Zenith en redonnant la priorité du compteur des minutes sur celui des heures. Ce compteur des minutes, ainsi que le sous-cadran de la trotteuse sont légèrement en relief et cette petite touche accroît la qualité perçue de la montre. La présentation du cadran est donc extrêmement aboutie du point de vue esthétique et chromatique et malgré le faible contraste entre les aiguilles du chronographe et le cadran,  les données du chronographe demeurent correctement lisibles. La lecture de l'heure principale est aisée grâce aux aiguilles rhodiées et revêtues de SuperLuminova. De plus, le fait que les sous-cadrans et compteurs soient de la même couleur que le cadran rend la montre plus équilibrée.

L'élément le moins surprenant est le mouvement. Le chronographe El Primero Range Rover est en effet équipé du mouvement El Primero 400B d'une fréquence de 5hz et dont la réserve de marche se situe autour d'une cinquantaine d'heures. Il présente toutefois une originalité: la présence de "Range Rover" sur la masse oscillante en lieu et place du traditionnel "Manufacture Le Locle". Si je mets de côté le cas particulier des montres liées au Rolling Stones, c'est la première fois qu'un co-branding avec Zenith débouche sur un tel honneur. La grande force du mouvement El Primero se révèle à l'usage. Fiable et précis, d'une excellente efficacité au remontage, il anime sans souci la montre et séduit par sa présentation. Le mouvement El Primero demeure un des plus agréables à observer grâce à son architecture. Sa finition est simple et soignée, sans effet particulier. J'aurais cependant aimé retrouver une petite touche particulière sur la décoration du mouvement rappelant l'atmosphère de la montre côté cadran.


L'évocation du "Range Rover" sur la masse oscillante renvoie immédiatement à l'inscription sur le cadran. Car il y a un détail important que je n'ai pas évoqué. Les mots "Range Rover" sont également apposés sur le cadran ce qui peut générer un trouble chez les fans de la manufacture à l'étoile. Et de nouveau, Zenith franchit l'obstacle en rendant cette inscription extrêmement discrète. Pourtant positionnée sous le "Zenith", elle laisse le premier rôle à la marque horlogère grâce à une largeur maîtrisée et une police de caractère plus petite. A aucun moment je ne fus dérangé par cette inscription qui a tendance à se faire oublier.

J'ai donc beaucoup aimé cette montre. Elle joue sur plusieurs paradoxes pour séduire. Elle est classique et très moderne à la fois. Elle est sombre mais lumineuse. Elle rend hommage à Range Rover mais ce lien demeure discret. Les éléments se fondent dans un même ensemble mais elle reste très lisible. La petite touche finale est apportée par un agréable et plutôt original bracelet en caoutchouc recouvert de cuir de veau perforé  de couleur ivoire ou bleu. Et comme le confort est au rendez-vous, il est difficile de résister face à cette montre qui est pour moi une des montres Zenith les plus abouties depuis plusieurs années.
 
 
Si vous souhaitez en savoir plus sur la stratégie de Jean-Claude Biver, je vous conseille l'excellente interview publiée sur Watch-Her qui apporte des éléments de contexte notamment sur le chronographe El Primero Range Rover.

Merci à l'équipe Zenith France.

Les plus:
+ une réussite esthétique donnant une dimension plus contemporaine au chronographe El Primero
+ les reflets de couleurs du cadran
+ le confort au porter
+ la fiabilité et la précision du mouvement El Primero 400B

Les moins:
- la graduation du chronographe est coupée au niveau du guichet de date
- un peu plus d'ambition au niveau de la décoration du mouvement aurait été appréciée

dimanche 16 octobre 2016

Patek Philippe: 5230

La montre à heures universelles fait partie des spécialités de Patek Philippe. Même si elle fut absente du catalogue pendant plusieurs décennies jusqu'à son retour avec la 5110, elle a toujours contribué à la renommée de la Manufacture. Il faut dire qu'il y a un style unique et une grande maîtrise de la part de Patek Philippe dans le traitement de cette complication basée sur les principes définis par Louis Cottier.

Ce qu'a compris Patek Philippe, c'est qu'une montre à heures universelles doit demeurer lisible et pratique. C'est la raison pour laquelle, la 5110, la 5130 ou la toute nouvelle 5230 qui fut présentée à Baselworld 2016 partagent en commun cette quête de l'essentiel: elles ne gèrent que 24 fuseaux (ceux à heures "pleines"), n'ont ni trotteuse ni guichet de date. Alors, certes, on peut regretter que le mouvement qui équipe la 5230 n'ait pas évolué et que la montre ne gère pas les fuseaux décalés, excluant de fait des pays significatifs comme l'Inde ou l'Iran du champ d'application de la montre. Mais d'un autre côté, la simplicité devient un atout incontestable pour ce type de complication. Le disque des villes (qui intègre les derniers changements "géopolitiques" intervenus ces dernières années)  est lisible, aéré et le fuseau de référence, à midi, est immédiatement détecté. La lecture des heures des 23 autres fuseaux est relativement aisée et le changement de fuseau de référence s'effectue simplement grâce au poussoir à 10 heures. C'est bien cette simplicité et cette élégance dans l'exécution qui expliquent pourquoi je suis un heureux propriétaire d'une 5130. La complication fait voyager dans sa tête et ce, même si on n'a pas besoin de connaître l'heure à Mexico ou Karachi.


Jusqu'à la sortie de la 5230, les amateurs de montres à heures universelles se partageaient en deux catégories: ceux qui considéraient que la 5110 était la plus belle réinterprétation de la complication, grâce à son diamètre contenu (37mm) et la beauté du guillochage central et ceux qui pensaient que la 5130 méritait cette distinction grâce à sa taille plus contemporaine (39mm) et ses aiguilles ciseaux.

En examinant de près la 5230, j'ai l'impression qu'elle peut mettre tout le monde d'accord. En effet, elle rassemble les points forts de la 5110 et de la 5130... tout en dégageant sa propre identité. Cette identité est basée avant tout sur le boîtier qui tranche significativement avec ceux des 5110 et 5130. Si le diamètre de la montre est légèrement inférieur à celui de la 5130 (38,5mm vs 39mm), la 5230 possède en revanche une présence au poignet plus forte due aux cornes en forme d'ailes  et à leur rendu plus géométrique. La lunette polie, plus fine, augmente l'ouverture du cadran et par la même occasion, la taille perçue. J'aime beaucoup ce boîtier, à l'inspiration très classique qui se marie idéalement avec la complication historique des heures universelles. D'ailleurs, Patek Philippe a renforcé cette dimension "néo-rétro" en utilisant une police de caractère fine, élégante et légèrement surannée pour l'inscription des villes de référence sur le disque des fuseaux.


Mais la grande force de la 5230, par rapport à ses deux devancières est la très belle combinaison entre les deux aiguilles et le guillochage de la zone centrale du cadran. Cette combinaison n'est pas uniquement une réussite esthétique. La 5230, aujourd'hui disponible en or gris et en or rose, offre un contraste chromatique important entre cette zone centrale et les aiguilles (ainsi qu'avec les disques des heures et des villes) ce qui n'était pas le cas dans les versions en or des 5110 et 5130. La lisibilité est ainsi grandement améliorée, notamment par rapport à la 5130 dont ce n'était pas le point fort. Il s'agit d'un point important à souligner et qui explique en grande partie pourquoi la 5230 me plaît autant.


Les formes des aiguilles et les motifs du guillochage répondent également à mes attentes. Les aiguilles sont magnifiques, particulièrement celle des heures dont la forme est inspirée par la constellation de la Croix du Sud. Même si elle est évidée, elle est plus facilement perceptible que l'aiguille ciseaux de la 5130. L'aiguille losange  des minutes tranche significativement avec celle des heures, ce qui est un excellent point puisqu'elles ont quasiment la même longueur.

Les motifs du guillochage central, de type "panier" sont subtils et élégants. Il témoigne de la préservation de la tradition horlogère au sein de la manufacture car réalisé grâce à un tour à flinquer quasi centenaire. La préservation du savoir-faire passe aussi par celle de l'outillage!


Le mouvement qui équipe la 5230 est, sans surprise, le calibre 240 HU qui reprend une nouvelle fois du service. Sa présentation est agréable, mise en valeur par le micro-rotor. Les finitions sont excellentes mais sans difficulté particulière puisque la forme des ponts évite les angles rentrants. Sa fréquence est de 3hz et sa réserve de marche se situe autour des deux jours. J'apprécie beaucoup ce mouvement à l'usage, étant fiable, précis avec une efficacité au remontage excellente pour un micro-rotor. En revanche, je trouve le poussoir du changement du fuseau de référence toujours un peu dur... surtout quand en rentrant de Londres, il faut appuyer 23 fois pour se recaler sur Paris!

Mais, à moins d'être en permanence en voyage, il n'est pas nécessaire de changer fréquemment le fuseau de référence! La grande force d'une montre à heures universelles est la lecture directe des heures des 24 fuseaux et la 5230, grâce à son parfait équilibre, sa présentation efficace et raffinée, simplifie grandement cette tâche. Pratique et séduisante, magnifiée par la  beauté de ses aiguilles et de son guillochage central, dégageant une belle présence au poignet grâce à son boîtier, la 5230 est selon moi, la plus réussie du trio 5110-5130-5230. Patek Philippe réaffirme donc sa maîtrise, et j'ai envie de dire, sa suprématie dans l'exécution de cette complication à travers cette montre aboutie.


Merci à l'équipe Patek Philippe pour son accueil lors de Baselworld 2016.

Les plus:
+ le caractère du boîtier
+ la beauté des aiguilles et du guillochage central
+ la fiabilité et l'efficacité du mouvement 240 HU
+ la simplicité du fonctionnement et la lisibilité des informations

Les moins:
- le poussoir est toujours un peu dur
- le calibre 240 HU ne gère toujours pas les fuseaux décalés mais la limitation à 24 fuseaux contribue à la lisibilité

HYT: H1 Colorblock

HYT est arrivé, en très peu de temps, à occuper une place singulière dans le monde horloger grâce à l'originalité de son affichage du temps, basé sur le parcours d'un liquide coloré dans un tube capillaire. Mais HYT n'est pas seulement une marque qui se distingue par sa dimension technique. La forme du tube, l'impact visuel des réservoirs, le rendu contemporain des mouvements définissent  des éléments de design qui lui sont propres. C'est peut-être à ce niveau que se situe la plus belle réussite de la marque. Les premières montres furent dévoilées en 2012 et pourtant l'empreinte de HYT se ressent et le style est aisément reconnaissable comme si la marque existait depuis fort longtemps.


La H1 Colorblock a pour but de célébrer le troisième anniversaire de la commercialisation de la première montre de la collection, la H1. Et malgré l'utilisation de couleurs primaires très vives qui transforment radicalement le rendu visuel de la H1, il ne fait aucun doute qu'il s'agit bien d'une montre HYT! En fait, les couleurs dominantes, le jaune, le bleu et le rouge, se retrouvent sur le bracelet, le rehaut et le pourtour du cadran dédié à l'affichage des minutes. Editée en dix exemplaires par couleur, la H1 Colorblock apporte une nouvelle preuve que l'approche esthétique de la H1 s'adapte à tous les contextes, des plus sobres (la Titanium ou la Ghost par exemple) aux plus audacieux ou colorés (comme l'AZO Project).


Au-delà de la célébration de l'anniversaire, la H1 Colorblock a l'objectif de remercier les collectionneurs qui ont soutenu la marque depuis son démarrage et de permettre à de nouveaux clients de découvrir l'univers de HYT. C'est la raison pour laquelle elle est proposée à un prix plus bas que ceux qui se pratiquent habituellement pour une H1. Ce prix attractif et les couleurs très ludiques pourraient faire penser que la Colorblock est une H1 au rabais. Il n'en est rien. La H1 Colorblock contient tous les ingrédients qui ont fait les succès de la H1, y compris les derniers développements comme l'utilisation du liquide noir ou la présence de Superluminova sous le tube capillaire donnant ainsi la possibilité de lire l'heure même dans l'obscurité.


Les principes demeurent et la lecture du temps ne nécessite qu'une petite période d'accoutumance. Il suffit de considérer le parcours du liquide noir dans le tube comme celui d'une monoaiguille rétrograde. Le cadran supérieur qui affiche les minutes n'est qu'une aide et apporte plus de confort dans la lecture des minutes. Il est entouré par l'indicateur de réserve de marche à sa droite et par un témoin de fonctionnement, une sorte de trotteuse, à sa gauche. La partie inférieure de la montre est dédiée aux impressionnants réservoirs qui libèrent plus ou moins de liquides noir ou transparent en fonction du temps qui passe.


La H1 Colorblock est équipée du mouvement exclusif à remontage manuel qui fut développé par Chronode et qui propose une fréquence de 4hz pour une réserve de marche de 65 heures. J'aime beaucoup sa présentation et son architecture contemporaine même si la grande inscription "Colorblock" en plein milieu est bien inutile et gâche un peu le spectacle. Le mouvement est agréable à l'usage grâce notamment à une bonne sensation au remontage.


Le boîtier en titane est recouvert d'un PVD gris "canon de fusil". Ses dimensions sont imposantes mais c'est surtout l'épaisseur (17,9mm) qui se ressent par rapport au diamètre (48,8mm). Il est évident qu'un tel gabarit fait immédiatement ressortir les couleurs de la H1 Colorblock. Dans ce contexte, la montre apparaît comme extrêmement vive, lumineuse et la couleur du boîtier semble écrasée par la couleur dominante.


J'ai eu la chance de découvrir la H1 Colorblock à Lisbonne dans le contexte d'une étape de l'Extreme Sailing Series, HYT sponsorisant une des équipes, Alinghi. Le beau soleil lisboète put mettre en valeur l'éclat et la vivacité de la H1 Colorblock. Paradoxalement, c'est la version jaune que je préfère alors que ce n'est pas une couleur que j'apprécie et que ma couleur préférée est le bleu. Le jaune est la couleur symbolique de HYT, celle du logo de la marque et des premiers liquides colorés et il s'intègre bien dans le design de la H1. La version rouge fonctionne aussi très bien, la montre apparaissant comme plus ludique qu'agressive. La version bleu m'a moins convaincu, aimant à titre personnel le bleu plus profond.


La dimension colorée de la H1 Colorblock la rend évidemment moins polyvalente qu'une H1 plus "classique". Il n'en demeure pas moins que cet aspect moins formel se marie bien avec l'originalité de l'affichage et ne jure pas, une fois la montre mise au poignet. Le bracelet en tissu qui se ferme avec une boucle ardillon est efficace et positionne fermement le boîtier sur le poignet. En revanche, il est très raide au début et il nécessite plusieurs jours pour s'assouplir.

La H1 Colorblock remplit donc parfaitement sa mission. Elle apporte une orientation stylistique nouvelle à la H1 tout en conservant ses principales caractéristiques. Montre originale et ludique, elle n'est cependant pas adaptée à tous les usages ni à tous les poignets. Sa production limitée indique bien que l'objectif n'est pas de faire du volume mais bien de cibler quelques collectionneurs, clients de la marque ou pas, qui pourraient être séduits par ce feu d'artifice bref mais extrêmement coloré. En célébrant ce troisième anniversaire de la commercialisation de la H1, HYT rend hommage à la réussite de ses premières années. Mais c'est également une façon d'ouvrir le futur chapitre de la marque qui s'annonce passionnant et toujours aussi techniquement stimulant.

 
Merci à l'équipe HYT pour la parfaite organisation de l'événement à Lisbonne.

Les plus:
+ une approche colorée qui renouvelle le style de la H1
+ une dimension ludique adaptée à l'originalité de l'affichage
+ le prix, autour de 39.000 USD, plus abordable que celui des autres H1
+ les performances et la présentation du mouvement à remontage manuel

Les moins:
- un gabarit conséquent et notamment une épaisseur imposante
- l'inscription Colorblock à l'arrière de la montre gâche un peu la vue sur le mouvement