dimanche 24 avril 2016

Cartier: Tortue XL Jour & Nuit

Vivre à Paris ne procure pas que des inconvénients. La proximité avec les boutiques Cartier et notamment avec celle du boulevard des Capucines me réserve de belles surprises. Ne me demandez pas le pourquoi du comment mais de façon régulière, des montres de la Collection Privée - Cartier Paris (qui n'existe plus dans le catalogue actuel), retournent en boutique et deviennent disponibles à  l'achat. C'est une excellente nouvelle pour les collectionneurs et les inconditionnels de la marque puisque ces montres représentent pour moi une démonstration parfaite du style Cartier, combinant un intérêt horloger solide avec un style raffiné sans oublier, pour certaines d'entre elles, des complications poétiques et charmantes. Je ne pouvais donc pas rater l'opportunité qui m'était offerte hier de profiter d'une des représentantes de la Collection Privée - Cartier Paris puisqu'elles ne restent généralement pas longtemps en vitrine! C'est la raison pour laquelle j'étais très heureux d'apprécier de près la Tortue XL Jour & Nuit qui fut présentée lors de l'édition 2008 du SIHH. Je ne suis généralement pas fan des montres de forme, à l'exception des montres rectangulaires mais il se passe quelque chose de magique avec les boîtiers Tortue: je les trouve toujours très séduisants à chaque fois que je les mets au poignet. Pour être plus précis, je suis toujours sous le charme de ces boîtiers lorsque leurs tailles ne sont pas trop importantes puisqu'une montre de forme a tendance à être perçue rapidement comme imposante lorsque ses dimensions augmentent  même légèrement.


La Tortue XL Jour & Nuit combine selon moi trois ingrédients qui en font une montre réussie au sein de la Collection Privée:

  • le premier atout est une taille équilibrée qui renforce le charme de son design. Grâce à ses dimensions de 38mm sur 48mm, la Tortue XL Jour & Nuit offre la taille idéale pour ce type de montre. Elle est élégante tout en étant suffisamment grande pour donner une bonne présence au porter. Le boîtier n'est pas plat, il est même plutôt épais (sa hauteur est proche de 12mm) avec des courbes qui procurent des jolies sensations lorsqu'on caresse la montre avec les doigts. Les dimensions du boîtier peuvent être perçues comme trop importantes pour une montre habillée mais elles sont nécessaires pour permettre au cadran d'héberger la complication additionnelle: l'affichage d'un second fuseau horaire basé sur une indication jour&nuit.
  • cette complication est évidemment le deuxième atout de la montre. Elle utilise un superbe disque sur lequel le soleil et la lune remplacent l'aiguille dédiée au second fuseau horaire. En effet, si le second fuseau était calé sur l'heure indiquée par les deux aiguilles principales, il pourrait être considéré comme une alternative poétique pour afficher le temps... et se passer ainsi de l'affichage analogique. Oubliez donc les aiguilles, oubliez les points de repère habituels, suivez juste la lente évolution du soleil et de la lune dans le ciel. Cette complication donne l'impression de revenir aux premiers pas de la mesure du temps où l'observation du ciel permettait d'obtenir une idée du moment de la journée dans lequel on se trouvait. J'adore le soleil et la lune, cette façon délicate avec laquelle ils suivent la graduation périphérique... et au bout du compte, l'affichage traditionnel de l'heure situé dans la partie supérieure du cadran semble presque disparaître!
  •  le dernier atout de la Tortue XL Jour&Nuit est son ravissant mouvement à remontage manuel, le calibre 9904 MC. Ce mouvement de manufacture offre une fréquence de 4hz et une réserve de marche de 3 jours. Il est décoré selon les principes de la collection CPCP avec les ponts ornés du motif à double C. J'aime beaucoup les éléments mobiles visibles qui cassent l'uniformité du rendu visuel du mouvement. La forme des ponts aurait pu être plus ambitieuse puisqu'elle évite quelques difficultés en matière de décoration mais elle apporte une bonne dynamique à l'architecture du mouvement. Le balancier semble un peu petit dans ce contexte mais je peux comprendre ce choix compte tenu de la réserve de marche relativement longue pour une fréquence de 4hz. La taille du mouvement est mesurée (diamètre de 25,6mm) mais ce n'est pas un problème ici compte tenu de la forme du boîtier. C'est la raison pour laquelle au bout du compte, j'apprécie de pouvoir observer le mouvement à travers le fond transparent.

Le mouvement 9904 MC s'utilise au quotidien avec facilité et sa couronne octogonale ornée d'un cabochon saphir rend le remontage très agréable.

La Tortue XL Jour&Nuit est une montre qui incontestablement a beaucoup de charme. J'apprécie son design raffiné et la parfaite intégration de la complication sur le cadran. Elle rappelle par la même occasion que le rajout de l'indication des phases de lune dans la dernière Rotonde Jour&Nuit, même s'il est bien fait, n'était pas obligatoire. La simplicité est souvent le meilleur compagnon dans la démarche créative et cette Tortue en est un excellent exemple. Enfin, l'affichage  du second fuseau horaire est bien plus ici qu'une simple complication additionnelle et utile. Elle est avant tout une invitation permanente et poétique à lire l'heure différemment. 


Merci à l'équipe de la boutique Cartier de Paris - Capucines.

Les plus:
+ une montre très raffinée qui conserve une bonne présence au porter
+ une complication utile et poétique
+ la réserve de marche de 3 jours
+ la finition du cadran et du disque du second fuseau

Les moins:
- la forme des ponts aurait pu être un peu plus ambitieuse
- la boucle déployante marque beaucoup le bracelet

dimanche 17 avril 2016

Girard-Perregaux: 1966 Skeleton

L'exercice qui consiste à créer une montre squelette est toujours difficile car l'écart est mince entre la réussite et le ringard. Car telle est la dure loi de ce type de montres: à trop vouloir en montrer, elles peuvent tomber dans l'exercice démonstratif, ridicule et obsolète. Heureusement depuis plusieurs années, les marques ont revu leurs façons de concevoir  ces pièces particulières en leur donnant un objectif différent. Alors qu'elles incarnaient auparavant une sorte de concentré du savoir-faire traditionnel des manufactures, elles sont devenues petit à petit des preuves des capacités d'innovation sur les dimensions techniques, décoratives et esthétiques. En d'autres termes, les montres squelette sont aujourd'hui un symbole de modernité alors qu'elles dégageaient par le passé une image surannée.


Mais pour parvenir à ce résultat, il faut parfaitement maîtriser les ingrédients  et au bout du compte rares sont les montres squelette véritablement convaincantes, à la fois séduisantes et lisibles. Girard-Perregaux, dans sa stratégie de reconquête, se devait de proposer une montre squelette contemporaine dans sa collection afin de réaffirmer le potentiel de sa manufacture. C'est ainsi que la 1966 Skeleton fut présentée il y a quelques semaines et c'est une véritable réussite car Girard-Perregaux a su éviter les nombreux écueils et se donner les moyens de son ambition.

La montre possède de nombreux atouts. Pour commencer, je la trouve tout simplement très belle. Elle joue en permanence avec le contraste marqué entre les éléments en or rose et la couleur ruthénium gris anthracite des composants du mouvement traités par un procédé galvanique. Elle est à la fois raffiné tout en possédant du caractère. J'aime aussi particulièrement le rehaut qui effectue une transition parfaite entre le boîtier et le mouvement. Les index appliqués, partiellement suspendus, contribuent à la lisibilité qui est tout à fait correcte car les deux aiguilles principales se détachent nettement de la fine dentelle grise du mouvement. Le logo GP au somment du cadran est également appliqué sur le rehaut et si au départ, j'avais tendance à le trouver un peu grand, ce sentiment s'est par la suite estompé. 


Mais la plus grande force de cette montre réside selon moi dans la cohérence entre le mouvement et le boîtier. Girard-Perregaux est parti d'une base GP1800, le mouvement automatique d'une fréquence de 4hz et d'une réserve de marche de plus de 50 heures que l'on retrouve dans plusieurs modèles de la collection 1966. Le bonne nouvelle est que Girard-Perregaux a utilisé un boîtier de 38mm, plus petit donc que le 41mm habituellement réservé au GP1800 et ainsi mieux adapté au diamètre propre du mouvement (30,6mm). La relative finesse du rehaut traduit cette cohérence qui est perceptible au premier coup d'oeil. 

J'aime aussi beaucoup l'architecture du mouvement qui positionne l'organe réglant au sommet et le barillet dans la zone inférieure. Je trouve cette présentation plus valorisante et visuellement plus agréable même si l'incabloc est un peu trop présent à mon goût. Je n'aime pas lorsque le barillet et le ressort "sautent aux yeux" dans une montre squelette. Ici, le regard est d'abord attiré par les oscillations du balancier, juste sous le logo de la marque. Je suis en revanche moins convaincu par la position de la trotteuse. Le mouvement est ici utilisé dans sa configuration à petite seconde (alors qu'il possède une trotteuse centrale lorsqu'il anime les 1966 à cadran plein). Cette petite seconde est logée à 10 heures et est à la fois très proche du centre de la montre et du balancier. La conséquence est que les animations sont  concentrées dans une zone centrale verticale alors que les zones périphériques sont plus vides. Il s'agit cependant d'un détail mineur car Girard-Perregaux a veillé à ce que la construction du mouvement soit tri-dimensionnelle. 


La 1966 Skeleton dégage en effet un sentiment de volume et de profondeur grâce à cette construction en plusieurs couches. Les formes des ponts sont particulièrement réussies dessinant un motif de squelettage séduisant et moderne. Même le barillet et le ressort sont bien intégrés dans ce design abouti qui m'apparaît comme un lien entre le Girard-Perregaux "classique" et le Girard-Perregaux innovant et audacieux.

L'arrière de la montre est du même niveau et la manufacture a travaillé avec soin la décoration de la masse oscillante en or. Elle fait évidemment l'objet d'un squelettage de haut niveau et la forme des liens entre le centre de la masse et sa zone périphérique reprend celle des points du mouvement. Cependant, les courbes apportent un dynamisme supplémentaire et qu'elle soit en mouvement ou à l'arrêt, elle offre un spectacle réjouissant. Mon seul bémol est la présence de l'inscription "Girard-Perregaux" que je trouve inutile car le nom de la marque est de toutes les façons rappelé en périphérie du mouvement. 


Les sensations procurées par la 1966 Skeleton au porter ne font que confirmer les premières impressions. Sa taille est idéale car, chose étonnante pour une montre au cadran sombre et très occupé, elle semble plus grande qu'elle n'est véritablement. Le rapport diamètre (38mm)/ épaisseur (9,27mm) est équilibré et la pièce, même si elle est relativement fine, ne joue pas la carte de l'ultra-plat pour donner la sensation de profondeur suffisante. Et très vite, notre regard se porte sur les multiples détails qui ornent le cadran et la parfaite exécution de la décoration, les anglages, les finitions polis-satinés. Grâce à son style contemporain et ses couleurs élégantes, la 1966 Skeleton propose un savant dosage entre rendu technique et atmosphère raffinée. Elle met en scène de façon magistrale les 173 composants du mouvement et devient ainsi le porte-drapeau idéal du savoir-faire technique et décoratif de la manufacture.


Merci à l'équipe Girard-Perregaux pour son accueil à Baselworld.

Les plus:
+ la cohérence entre le mouvement et le boîtier
+ le style contemporain et raffiné
+ l'architecture du mouvement
+ les finitions décoratives
+ la lisibilité pour une montre de ce type

Les moins:
- la position de la petite trotteuse
- un incabloc un peu trop visible au sommet du cadran

jeudi 14 avril 2016

Zenith: El Primero Chronomaster 1969 Tour Auto Edition 2016

C'est une belle tradition: le mois d'avril évoque immanquablement la traversée de la France du nord vers le sud par les plus belles carrosseries du petit monde des véhicules de collection. Le Tour Auto Optic 2000 est donc de retour pour le plus grand plaisir des yeux... et des oreilles car il constitue une des très rares opportunités de voir des lignes spectaculaires et d'entendre des vrombissements de moteur inégalables. La course qui se déroule cette année du 18 au 24 avril entre Paris et Cannes accueille 240 concurrents qui auront jusqu'au dernier moment préparé et bichonné leurs montures mécaniques.


Le retour du Tour Auto symbolise également la présentation de la montre liée à l'événement. Zenith, qui fête en 2016 la deuxième année de son partenariat avec la course, utilise de nouveau une base El Primero Chronomaster 1969 pour définir cette montre. Le choix est logique puisque son cadran ouvert, qui offre la vue sur l'organe réglant du mouvement, est un véritable hommage à la mécanique. J'aurais cependant aimé que Zenith, qui avait plus de temps cette année pour préparer la montre qu'en 2015, ose un choix différent et utilise une base distincte de celle de 2015. Le catalogue de Zenith possède suffisamment de références qui auraient pu s'adapter à ce contexte et ainsi offrir une rupture plus marquée avec la montre de 2015.

Quoi qu'il en soit, l'El Primero Chronomaster 1969 Tour Auto Edition 2016 est une pièce très joliment faite. Son cadran gris ardoise est fort réussi car possédant une large palette chromatique, pouvant devenir très lumineux ou plutôt sombre. Clin d'oeil à la course et au pays traversé, comme avec l'Edition 2015, le cadran est parcouru verticalement par des lignes bleu, blanc, rouge qui se prolongent sur le bracelet. Ces touches de couleur égayent le cadran et lui apportent un soupçon d'originalité que je trouve personnellement très agréable. Compte tenu de la couleur dominante du cadran et de l'harmonie qu'elle crée avec l'acier du boîtier, j'ai tendance à trouver la version de cette année plus raffinée que celle de l'année dernière qui donnait l'impression d'être plus décontractée.


Pourtant, et c'est le paradoxe, le bracelet 2016 n'est franchement pas plus habillé que le bracelet en cuir d'alligator bleu doublé de caoutchouc de 2015! Zenith surprend à ce niveau avec un bracelet en tissu nylon à deux brins équipé de la boucle déployante habituelle de la marque. Esthéthiquement parlant, ce choix est judicieux. Le bracelet se marie idéalement avec le cadran et contribue au rendu visuel convaincant de la montre. Du point de vue pratique, c'est une autre histoire car la légèreté et la flexibilité du bracelet le rendent, selon moi, peu pratique avec la boucle déployante. J'aurais nettement préféré soit carrément un NATO avec son système de fermeture spécifique (mais la montre aurait perdu en élégance), soit une boucle ardillon. 


Les autres éléments de la montre sont sans surprise et conformes à la qualité de la marque. Le boîtier d'un diamètre de 42mm alterne agréablement les parties polies et brossées tandis que les poussoirs sont discrètement décorés avec des liserés bleu et rouge. Le mouvement est évidemment l'El Primero 4061 d'une fréquence de 5hz et d'une réserve de marche d'une cinquantaine d'heures. Le mouvement est visible à travers le fond transparent même si le logo du Tour Auto sur le verre gâche un peu le spectacle. A noter l'utilisation d'une ancre et d'une roue d'échappement en silicium, nettement visibles grâce à l'ouverture du cadran. Malgré son âge vénérable, le mouvement El Primero n'en demeure pas moins un calibre chronographe de référence car, au-delà de sa fréquence élevée, il est d'un usage au quotidien sans faille: efficace au remontage, précis et fiable, il est le compagnon idéal d'une montre qui célèbre les belles mécaniques. Il sera assurément moins capricieux que certaines d'entre elles même si je souhaite à tous les participants d'arriver sans heurt à Cannes le 24 avril!


L'El Primero Chronomaster 1969 Tour Auto Edition 2016, disponible dans le contexte d'une série limitée de 500 pièces, est ainsi une montre bien dans l'esprit de l'événement avec lequel elle est liée. Sa très belle couleur de cadran et la combinaison créée avec le bracelet sont ses meilleurs atouts. J'aurais cependant apprécié que Zenith utilise une base différente et fasse preuve de plus d'audace et de créativité pour mieux se différencier par rapport à la montre de l'édition 2015.

Merci à l'équipe de l'agence BlackDress.

Les plus:
+ une très jolie couleur de cadran
+ la combinaison avec le bracelet
+ les performances du mouvement El Primero

Les moins:
- la flexibilité du bracelet le rend peu pratique avec la boucle déployante
- la même montre de base que l'année dernière

dimanche 10 avril 2016

Voutilainen: GMR Pièce Unique pour Ekso Watches Gallery

Kari Voutilainen réservait une petite surprise à ses visiteurs au sein du Palace à Baselworld. En effet, il gardait précieusement auprès de lui une pièce unique de la GMR, réalisée à l'attention d'Ekso Watches Gallery, la galerie - concept store dédiée à l'horlogerie indépendante fondée par Ekaterina Sotnikova et située à Paris dans le quartier George V.

Je ne pouvais donc résister à la tentation de lui demander de me présenter cette montre exceptionnelle qui lui donnait l'opportunité de démontrer, une fois de plus, tout son talent artistique dans un contexte technique de haut niveau.


La GMR est la montre de Kari Voutilainen qui combine l'affichage d'un second fuseau horaire sur 24 heures et l'indication de la réserve de marche. La pièce unique utilise un des douze mouvements conçus dans le contexte de la GMR. Le second fuseau est intégré à la périphérie du sous-cadran de la trotteuse tandis que l'indication de la réserve de marche est située au sommet du cadran.

En observant ce cadran, je retrouve de très nombreux détails esthétiques qui caractérisent le style de Kari Voutilainen:
  • les chiffres appliqués dont le fameux "IV", entorse à la règle de l'équilibre qui veut que le 4 s'écrive IIII en chiffres romains sur les cadrans des montres,
  • les aiguilles en or dont le segment annulaire est réalisé en acier bleui,
  • le boîtier équilibré d'un diamètre de 39mm et ses fameuses cornes en forme de goutte,
  • les multiples détails rouges (notamment les aiguilles du second fuseau et de la réserve de marche) qui font partie du design du cadran de la GMR. 

Dans le contexte de la pièce unique, le boîtier est équipé d'un couvercle sur lequel Kari Voutilainen et son équipe se sont exprimés. La décoration est spectaculaire tant du point de vue du thème abordé que de celui de la maîtrise de l'exécution. Mettant en scène une sirène et un triton, le couvercle offre non seulement une représentation onirique et dynamique mais également la cohabitation harmonieuse entre deux métiers d'art: la gravure (je pourrais presque dire la sculpture compte tenu du rendu tri-dimensionnel du résultat!) et l'émail grand feu.

Les deux métiers d'art s'imbriquent, se mélangent créant ainsi la sensation que la sirène et les méduses se trouvent véritablement sous l'eau. Cet émail translucide laisse passer la lumière ce qui est fort appréciable lorsque le couvercle est ouvert pour apprécier la beauté du mouvement.


A l'intérieur du couvercle se trouve inscrite une maxime: "We will return to where we come from". Tout l'intérêt d'une telle inscription est qu'elle possède plusieurs interprétations... du memento mori à notre souhait de retrouver nos racines dans un monde qui perd ses repères. Alors, libre au futur propriétaire de la montre de l'apprécier selon sa propre perception. Une chose est certaine: pour Kari Voutilainen, le retour aux fondamentaux de l'horlogerie, celui des mouvements à basse fréquence et à balancier imposant est toujours de mise comme le prouve le superbe calibre de la GMR. Le diamètre propre du mouvement de 30mm est adapté au boîtier de 39mm. Le balancier et son pont constituent le clou du spectacle et chaque détail traduit l'extrême soin apporté aux finitions. La réserve de marche de 50 heures donne enfin une excellente raison de remonter le mouvement quotidiennement et ce rituel fait partie du charme et de l'émotion procurés par la montre.

Un mouvement Voutilainen, c'est certes avant tout une architecture classique poussée à son extrême et mise en valeur par des finitions exceptionnelles. Mais c'est également un mouvement agréable et simple à utiliser. Dans le cadre de la GMR, il suffit de manipuler la couronne et l'aiguille du second fuseau bouge par pas d'une heure sans troubler la marche du mouvement et la précision de l'affichage du temps.


Enfin, le cadran en argent bleui brossé apporte un dernier argument, s'il en fallait un de plus, sur le pouvoir de séduction de cette pièce unique. Grâce à sa taille idéale pour une montre habillée, l'équilibre du cadran et ses touches de couleur, la GMR créée pour Ekso Watches Gallery procure autant de plaisir au porter qu'à l'observation de sa décoration. Alors, si vous êtes tenté de posséder une pièce d'exception qui combine contenu horloger de haut niveau et une parfaite exécution de la démarche artistique, n'hésitez pas à contacter Ekaterina Sotnikova pour un rendez-vous au sein de la galerie.

Pour plus de renseignements:

Merci à Kari Voutilainen pour son accueil pendant Baselworld.

samedi 9 avril 2016

Cartier: Montre Panthères et Colibri

Un de mes plus grands plaisirs lors du SIHH consiste à découvrir les montres joaillières créatives de Cartier. Cette année, une des pièces majeures de la nouvelle collection de la marque est la montre Panthères et Colibri qui propose un affichage original de la réserve de marche.

Le nom de la montre suscite immédiatement une interrogation: pourquoi "panthères" au pluriel alors que clairement l'animal favori de Cartier n'est représenté qu'une seule fois sur le cadran? C'est là que réside tout l'intérêt de cette montre: en  poussant la couronne, le petit de la panthère apparaît et le colibri s'envole pour s'arrêter au niveau de la réserve de marche qu'il doit indiquer. Cartier met donc en scène deux de ces thèmes favoris: les animaux évidemment ainsi qu'une complication ludique et interactive. En un sens, cette montre m'évoque la Rotonde Terre et Lune qui propose l'affichage des phases de lune à la demande. Dans les deux cas, le cadran s'anime, se transforme et joue avec les éléments qui le composent.

La montre Panthères et Colibri est avant tout une montre élégante malgré sa taille imposante: le diamètre est de 42,75mm ce qui est conséquent pour une pièce dont la vocation est d'orner les poignets féminins. Mais est-ce si évident que cela?


En la mettant  à mon poignet, je n'ai ressenti aucune gêne et pour une pièce sertie, je l'ai trouvée plutôt adaptée à un poignet masculin. Il y a évidemment sa taille qui explique ce sentiment mais pas uniquement. Le cadran noir en or gris rhodié serti de 11 diamants y contribue aussi beaucoup ainsi que le traitement propre de la panthère principale. Cette panthère en or gris rhodié, ornée de 270 diamants et tachetée de laque noire offre des lignes assez géométriques et son expression demeure neutre voire même légèrement agressive ce qui n'est pas pour me déplaire. Je ressens ainsi la puissance de l'animal, magnifiée par l'oeil en émeraude. 

Le travail sur le boîtier est également parfaitement exécuté. Le boîtier en or gris rhodié est serti de 314 diamants et la réussite de Cartier est d'avoir conservé des proportions harmonieuses. Le volume du boîtier demeure très raisonnable malgré le sertissage et la montre est de fait très agréable à porter. Ce boîtier est le complément idéal de la panthère principale et le fait que toutes ces composantes serties s'inscrivent dans une scène adoucit la dimension joaillière de la montre. Le nombre cumulé de diamants est impressionnant mais la pièce ne tombe pas dans l'excès et conserve tout son raffinement.



Au-delà de son esthétique et du côté interactif de la complication, l'élément qui m'a le plus séduit est le mouvement à remontage manuel 9915 MC. Ce mouvement d'une taille généreuse (16 lignes) est agréable à remonter et offre une réserve de marche de 3 jours (justifiant d'ailleurs la nécessité d'afficher cette réserve de marche côté cadran). Visible à l'arrière de la montre, son rendu visuel est particulier. Il est fini avec soin et très sobrement. J'aurais aimé à ce niveau un peu plus d'exubérance pour être cohérent avec l'atmosphère précieuse et poétique de la montre. L'intérêt de l'architecture du mouvement est de pouvoir observer le fameux mécanisme d'affichage à la demande. A noter que le diamètre du balancier reste petit ce qui peut surprendre compte tenu de la taille du mouvement. Mais son plus grand atout  est que le mécanisme d'affichage à la demande est activé par la couronne. C'est évidemment bien plus pratique et surtout bien plus pertinent esthétiquement parlant! La montre Panthères et Colibri évite donc l'adjonction d'un poussoir disgracieux et elle préserve toute sa pureté et son élégance.


Cette élégance est mise en valeur une fois la pièce mise au poignet. La taille apparaît alors comme idéale pour profiter pleinement de la scène. De plus, le cadran noir permet heureusement de réduire la perception de la taille. En revanche, il est très important de bien ajuster la boucle déployante car le poids de la montre est relativement conséquent et cette dernière nécessite d'être parfaitement positionnée sur le poignet pour obtenir le confort au poignet requis. L'affichage du temps est dans ce contexte presque accessoire et il est discrètement logé au-dessus de la Panthère. La lecture précise n'est gère aisée compte tenu de l'absence d'index mais les orientations des aiguilles permettent d'avoir une représentation fidèle de l'heure qu'il est.

Cartier, en mettant de nouveau en scène son animal favori, apporte une nouvelle pièce maîtresse à sa collection de montres joaillières créatives. Parfaitement réalisée, techniquement aboutie et ludique, j'ai pris beaucoup de plaisir à porter cette montre à vocation féminine... qui ne demande qu'à orner des poignets masculins! Après tout, nous avons nous aussi le droit de jouer avec la Panthère de Cartier!


Merci à l'équipe de la boutique Cartier de Paris Capucines.

Les plus:
+ un cadran parfaitement réalisé
+ l'animation interactive et ludique
+ les performances du mouvement 9915 MC
+ une montre sertie et précieuse finalement à l'aise sur un poignet masculin

Les moins:
- la finition décorative du mouvement aurait mérité d'être plus audacieuse
- la boucle déployante à double réglage marque beaucoup le bracelet

dimanche 3 avril 2016

Rolex: Air-King (2016)

La Daytona à lunette Cerachrom noire peut être considérée comme le symbole de la collection 2016 de Rolex car elle était globalement attendue par les fans de la marque à la couronne et parce que sa présentation suscita un consensus positif.  La nouvelle Air-King, c'est un peu l'effet miroir de la Daytona. Elle n'était absolument pas attendue dans cette configuration et elle provoqua des réactions très tranchées. C'est la raison pour laquelle je la trouve passionnante!

Ce qui a de fascinant avec Rolex, c'est sa faculté à surprendre et à se trouver là où on ne l'attend pas du point de vue esthétique alors que les ingrédients utilisés sont totalement connus et maîtrisés. C'est un peu le résumé de cette Air-King: pris un par un, chaque élément constitutif fait partie intégrante de l'univers Rolex. Mais c'est l'ensemble qui crée l'originalité et donc l'intérêt de la montre. En fait, Rolex effectue avec l'Air-King un virage sur l'aile, sans mauvais jeu de mot compte tenu du nom de la montre. Au fil du temps, l'Air-King était devenue la montre d'entrée de gamme de la collection, simple et de bon goût, adaptée aux petits poignets. Son retour s'effectue dans un contexte opposé. L'Air-King devient plus imposante et surtout plus segmentante. Elle n'a plus la dimension consensuelle de sa devancière au diamètre de 34mm et laisse à d'autres modèles de la collection la vocation d'incarner le moyen le plus abordable d'acquérir une montre de la prestigieuse manufacture.


A vrai dire, il ne s'agit plus du tout de la même montre au point de me demander pourquoi Rolex a souhaité conserver un tel nom. Après tout, ce retour s'effectue non pas dans un contexte aérien, malgré la communication de Rolex sur le sujet, mais bel et bien terrestre. En effet, le design du cadran est inspiré par les deux instruments de mesure (compteur de vitesse et chronographe) qui sont placés au sein du véhicule Bloodhound SSC dont l'objectif est de battre le record du monde de vitesse terrestre. Alors, pourquoi "Air-King"?

J'y vois deux raisons. 

La première est que chez Rolex, les noms de collection ont un fort ancrage au sein du catalogue. Ils incarnent une histoire, des événements, des relations particulières entre les montres et leurs propriétaires. Un nom aussi célèbre que celui d'Air-King  ne pouvait sortir du catalogue pendant de longues années. 

La seconde est que le véhicule Bloodhound SSC est propulsé par un moteur-fusée lui permettant de dépasser les 1.000 miles à l'heure. Dans ce contexte, je relie plus le nom d'Air-King au concept de vitesse supersonique qu'à celui du véhicule terrestre. J'imagine donc que d'autres modèles pourront être développés autour de cette thématique et revenir ainsi dans les airs.


Le risque pour Rolex était que cette nouvelle Air-King fût perçue comme une montre de synthèse et non comme une montre possédant sa propre identité. En effet, en l'observant de près, j'y retrouve des éléments de l'Explorer (les aiguilles y compris la trotteuse, les chiffres 3-6-9 en relief) et de la Milgauss (le boîtier et le mouvement) donnant ainsi le sentiment d'être en face de l'improbable croisement entre ces deux montres de référence.

Et puis, un élément fait toute la différence et loge l'Air-King dans son propre univers: le cadran. Rolex a travaillé sur deux points précis: les chiffres et les couleurs. En fait, le cadran combine les esthétiques du compteur de vitesse (gradué de 0 à 11) et du chronographe analogique (gradué de 0 à 60 avec des pas de 5) du véhicule Bloodhound SSC et c'est la raison pour laquelle il regroupe des chiffres simples 3-6-9 en relief pour représenter les heures et des index des minutes sur le même pourtour du cadran. Le résultat est surprenant et peut même sembler confus car deux graduations distinctes se situent sur la même échelle. Heureusement, Rolex évite cet écueil grâce aux chiffres appliqués qui sont perçus alors au premier plan tandis que les graduations des minutes semblent en retrait.


L'autre élément d'importance est le jeu des couleurs. Toujours inspiré par les instruments de mesure, Rolex pare sa couronne d'un jaune vif tandis que le nom de la marque et la trotteuse  utilisent la couleur emblématique, le vert (le pilote du véhicule Bloodhound SSC s'appelle d'ailleurs Andy Green!). Ces deux couleurs se distinguent nettement compte tenu du contraste avec le fond noir du cadran. Elles décontractent la montre qui apparaît de façon instantanée comme plus sportive et moins austère. Et surtout, la combinaison de tous ces éléments donnent à l'Air-King un style unique et original dans le catalogue Rolex.

Il fallait un boîtier à la hauteur pour habiller un tel cadran. Le boîtier en acier 904L de la Milgauss, ici dans une version satinée et à lunette lisse, remplit parfaitement sa mission. Il apporte sa discrétion, sa taille harmonieuse (40mm) et son style très masculin compte tenu de sa relative épaisseur. Assurant une étanchéité de 100 mètres, il se caractérise par sa couronne Twinlock et son fermoir Oysterclasp à boucle déployante. Une maille de rallonge rapide Easylink permet de l'ajuster pour un confort optimal ce qui est un très bon point car la montre, contexte Milgauss oblige, est relativement lourde.

L'épaisseur du boîtier est due à la protection du mouvement par écran magnétique car Rolex a souhaité augmenter les performances anti-magnétiques de la montre compte tenu de sa vocation. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le mouvement est le même que celui de la Milgauss, le calibre 3131 qui utilise un spiral Parachrom bleu et une roue d'ancre paramagnétiques. Sa fréquence est de 4hz et sa réserve de marche est de 48 heures ce qui est nettement suffisant compte tenu de l'efficacité légendaire du remontage des calibres automatiques de Rolex. Cette réserve de marche n'en demeure pas moins un peu courte selon les standards actuels mais comme l'Air-King ne possède aucune complication additionnelle, sa remise à l'heure ne prend que quelques secondes.  Les performances chronométriques du calibre 3131 suivent celles de la certification Chronomètre Superlatif soit une plage de -2/+2 secondes par jour, plus exigeante que celle du COSC.


Les caractéristiques des éléments constitutifs de l'Air-King sont convaincantes et imprégnées du sérieux de Rolex. Je n'avais aucun souci à ce niveau. Mais j'avais besoin d'un test au porter pour confirmer mon impression première, très favorable, sur l'esthétique particulière du cadran. Il y a en fait deux façons de l'apprécier et cela se retrouvait dans les réactions des visiteurs de Baselworld. Soit on le considère comme incohérent et confus soit on apprécie son originalité, son caractère et ses touches de couleur. Je fais résolument partie de ceux qui ont adoré cette approche esthétique qui sort des sentiers battus. J'ai trouvé l'Air-King plus que séduisante, irrésistible. Au bout du compte, les réactions tranchées, négatives ou positives sont du pain béni pour Rolex. Car la marque à la couronne a ceci de magique qu'elle arrive à faire retourner les opinions de ses plus ardents détracteurs. Je vois aisément un avenir très prometteur pour cette Air-King suivant le principe du vilain petit canard qui se transforme en un beau cygne: les montres Rolex clouées  au pilori par certains deviennent des incontournables quelques années plus tard aux yeux de ces mêmes personnes. Provoquer des émotions fortes, c'est la clé du succès en horlogerie. Et c'est le domaine que Rolex maîtrise mieux que quiconque. Incontestablement, l'Air-King a marqué de son empreinte l'édition 2016 de Baselworld et elle augure surtout un très beau potentiel esthétique qui ne demande qu'à se développer dans le futur au sein du catalogue Rolex.

Merci à l'équipe Rolex pour son accueil pendant Baselworld.

Les plus:
+ un cadran original au sein du catalogue de la marque
+ une montre de caractère, sérieuse et décontractée à la fois
+ le boîtier satiné
+ le confort au porter

Les moins:
- une réserve de marche un peu courte selon les standards actuels

Fiona Krüger: Petit Skull

C'est au Palace que se trouvait une des montres les plus charmantes et séduisantes de l'édition 2016 de Baselworld. Fiona Krüger est de retour avec la montre Petit Skull qui peut être considérée au premier coup d'oeil comme une évolution plus raisonnable de sa célèbre Skull. Mais attention! Petit ne veut pas dire "minuscule" et encore moins "au rabais". Car la Petit Skull possède sa propre identité qui la différencie nettement de la première pièce de Fiona. C'est la raison pour laquelle il ne faut pas percevoir la Petit Skull comme uniquement une version réduite de la Skull mais bien comme une approche différente du thème favori de la jeune créatrice.


La montre Skull jouait sur sa forme magnifiée par la taille du boîtier, par les effets de relief sur le cadran et par les jeux de couleur la projetant dans des univers très variés. La Petit Skull fait preuve de plus de maîtrise, de maturité et est incontestablement plus subtile que sa devancière. Ici, ce sont les  types de guillochage qui décorent le cadran et qui en définissent les diverses composantes. Ces  motifs apportent beaucoup de dynamisme et j'aime ainsi particulièrement le contraste entre la zone des yeux et celle du sommet du crane de la Petit Skull blue.

En fait, le cadran est composé de 9 éléments se répartissant sur 3 niveaux. Le premier niveau est constitué par les aiguilles rhodiées. Fiona n'a pas simplement raccourci les aiguilles de sa première montre. Elle les a redessinées et évidées en leurs extrémités. Le résultat est plus léger et plus raffiné. La Petit Skull n'a pas de trotteuse mais ce n'est guère un souci puisque les ouvertures du cadran permettent de voir le mouvement fonctionner et d'offrir un témoin de marche.


Le deuxième niveau rassemble les 6 parties du cadran qui lui donnent sa forme particulière. Deux principaux motifs sont utilisés sur la Petit Skull blue: le soleil douze division avec traits prononcés et les écailles de poisson. Ces parties guillochées sont par la suite colorées avec une couleur "Bleu Roi" grâce à un processus de galvanisation. Le niveau comporte également la dentition du crane, rhodiée et perlée. Je dois avouer que c'est la version blue qui m'a le plus séduit en ce qui concerne les motifs du guillochage. Les contrastes sont nettement perceptibles mais les motifs restent en harmonie. C'est incontestablement le cadran de la version blue qui est le plus abouti.

Le dernier niveau se situe à la périphérie. Légèrement grenaillée, la partie qui crée le lien entre le boîtier et le cadran est par la suite rhodiée. Elle sert aussi de support aux marqueurs des heures, noircis et légèrement en relief. Ces marqueurs jouent un rôle fondamental puisque compte tenu de la forme du boîtier, nos repères habituels de la lecture de l'heure sont troublés. Ces 12 points permettent de bien recaler la géométrie du cadran (l'écart entre les marqueurs n'est pas constant) et sont indispensables pour  obtenir une certaine précision de lecture. Ils demeurent discrets et s'intègrent sans souci dans le design de l'ensemble.

Des évolutions de cadran seront possibles:


Les ouvertures du cadran n'ont pas été faites au hasard et témoignent de la parfaire harmonie entre le mouvement et le design de la Petit Skull. L'oeil droit (à gauche du cadran) permet d'observer le barillet et l'oeil gauche le balancier et le spiral. C'est la raison pour laquelle la montre, malgré l'absence de trotteuse demeure si vivante et animée. Le nez dévoile aussi une partie du mécanisme car le calibre permet cet effet de transparence.

Le boîtier en acier est fini avec soin et j'aime la position de la couronne à douze heures. Je la trouve esthétiquement mieux intégré que sur la Skull et plus facile à manipuler. 

La version blue:


Le mouvement qui équipe la Petit Skull est un Soprod A10 entièrement squeletté et dont la masse oscillante est adaptée au style décoratif du cadran. Le squelettage du mouvement le rend très agréable à observer à l'arrière de la montre mais il contribue aussi à faire passer plus de lumière côté cadran. L'utilisation d'un tel mouvement est pour moi très rassurant. Il s'agit d'un calibre fiable avec une bonne efficacité au remontage. Ces performances sont conformes à celles d'un ETA2892-A2 dont il est une alternative. Sa large diffusion le rendra facilement réparable sur le long terme.

La version black:


Le test au porter est évidemment fondamental pour une telle montre au design si caractéristique. Les dimensions sont considérablement réduites par rapport à la Skull d'origine (48 x 34.5 x 9.8 mm vs 57,4 x 41,3 x 10.9 mm) et cela se ressent immédiatement lorsque les deux montres sont côte à côte. Mais prise isolément la Petit Skull conserve une forte présence au poignet. N'oublions pas qu'une montre de forme a toujours une taille perçue supérieure à celle d'une montre ronde équivalente. La position des cornes sous le boîtier a plusieurs intérêts. Elle renforce la réussite visuelle de la Petit Skull puisqu'une fois au poignet, seul le crane est visible. Ensuite, elle rend la montre portable pour tout type de poignet, grand ou petit. Le confort est ainsi optimal. Enfin, elle permet l'utilisation de bracelets avec deux largeurs différentes. Le premier bracelet se positionne intégralement entre les cornes. Plus fin, il donne à la Petit Skull un côté féminin. Le second bracelet déborde sous les cornes et est plus large. Il est recommandé pour les poignets masculins.

La version silver:


La Petit Skull est au bout du compte une montre paradoxale. Plus petite que la Skull, elle possède cependant un caractère très affirmé. Sa décoration plus subtile et raffinée la rend, selon moi, plus aboutie que sa devancière. Le design moins bariolé car porté par une couleur dominante lui confère un style plus approprié à des poignets masculins. Cette montre est résolument mixte alors que je me pose toujours la question au sujet de la Skull. Fiona Krüger a donc réussi l'exercice difficile de la seconde montre car elle est parvenue à renouveler son approche artistique tout en conservant son style.

La Petit Skull est aujourd'hui disponible en trois versions (silver - blue - black) de 18 exemplaires par couleur, chaque version possédant ses propres motifs décoratifs.

Merci à Fiona Krüger pour son accueil à Baselworld.

Les plus:
+ une évolution esthétique plus raffinée de la Skull
+ l'intégration parfaite du mouvement dans le design de la montre
+ la finition du cadran fabriqué par Dialtech, le cadranier repris par Kari Voutilainen
+ le confort au porter

Les moins:
- les motifs du guillochage ne sont pas selon moi aussi aboutis sur les versions silver et black que sur la version blue