dimanche 31 janvier 2016

Piaget: Altiplano Chronographe en Or Gris

Spécialiste des montres extra plates, Piaget présenta lors du SIHH 2015 l'Altiplano Chronographe qui se distingua par deux records pour un chronographe à remontage manuel: celui du mouvement le plus fin (4,65mm) et celui du boîtier le plus plat (8,24mm). Piaget profita de l'occasion pour dévoiler un nouveau mouvement, le 883P dérivant du 880P.

Cette montre était jusqu'à maintenant disponible uniquement en or rose dans sa configuration sans sertissage mais une nouvelle version en or gris vient d'être présentée lors du dernier SIHH. Elle me donne l'occasion de revenir sur cette montre très paradoxale.


En fait, cette Altiplano Chronographe est pour moi une énigme. Lorsque je l'analyse froidement, je lui trouve plusieurs défauts. Pris un par un, ils pourraient être rédhibitoires. Or, et c'est sûrement la magie Piaget qui fait son oeuvre, une fois mise au poignet, elle dégage un charme incontestable et une certaine originalité. Mais quels sont ces défauts?

Tout d'abord, j'étais loin d'imaginer le chronographe comme étant la première véritable complication rejoignant la ligne Altiplano. Certes, un guichet de date (à 9 heures!) avait initié précédemment cette volonté de la part de Piaget d'offrir des complications dans le contexte de sa ligne extra-plate et élégante. Mais avec un chronographe, nous changeons de dimension, de niveau horloger et cette complication ne m'apparaissait pas comme la plus logique. Après tout, le chronographe donne un côté très masculin voire sportif aux montres et il semblait presque en contradiction avec l'esprit Altiplano.


Ensuite, en faisant le choix d'un mouvement à remontage manuel, Piaget a développé le calibre 883P à partir du 880P. Le problème est que le rendu visuel du mouvement est relativement décevant malgré le soin apporté à la finition: il ne cache pas ses origines "automatiques" et son architecture est incontestablement celle d'un mouvement amputé de sa masse oscillante.

De plus, le diamètre propre de ce mouvement demeure petit pour un calibre chronographe (27mm) et en le plaçant dans un boîtier de 41mm, Piaget s'est compliqué la tâche: côté cadran, les compteurs (dont l'affichage très pratique du second fuseau à 9 heures) semblent alors trop proches du centre et la montre apparaît comme déséquilibrée. Ces mêmes compteurs sont à peine suggérés et aucun effet de profondeur, de relief n'est apposé sur le cadran. Ce dernier est donc extrêmement plat. 


Enfin, dans sa volonté d'apurer au maximum le style de la montre, Piaget n'a inscrit aucun marqueur intermédiaire entre les secondes de l'échelle périphérique que suit la trotteuse du chronographe. Par conséquent, ce chronographe n'affiche pas les 1/8ième de seconde alors que la fréquence du mouvement de 4hz (pour une réserve de marche de 50 heures) le permettrait.

Déséquilibrée, esthétiquement trop simplifiée, animée par un mouvement dont l'esthétique n'est pas totalement convaincante, l'Altiplano Chronographe semble de prime abord affectée par des défauts non négligeables. Mais voilà, une montre ne s'analyse pas point par point: elle se considère avant tout comme un ensemble. Et c'est sur ce point que Piaget rétablit la situation comme un chat qui retombe sur ses pattes. 

Il m'a fallu un temps fou pour savoir si je appréciais ou pas cette Altiplano Chronographe, hésitant entre la vision noire décrite plus tôt ou une perception bien plus positive. Je me range finalement du côté de cette seconde option. La raison est très simple: lorsque je la mets au poignet, l'Altiplano Chronographe devient séduisante et j'ai même envie de dire que ses problèmes deviennent des atouts. La complication additionnelle apporte plus une dose d'énergie et de caractère au contexte Altiplano qu'une véritable fonction complémentaire même si, évidemment, le chronographe est opérationnel. La pureté du cadran, la discrétion des compteur, l'échelle périphérique réduite à sa plus simple expression s'expliquent alors et finissent par renforcer la cohérence de la montre. Après tout, l'échelle périphérique est également réduite sur les Polo ou Gouverneur qui utilisent le calibre 880P.  

Le mouvement 883P dans le contexte de la version en or rose:


Les compteurs trop proches du centre trouvent même grâce à mes yeux. Si la montre avait le véritable objectif d'être un chronographe instrument, une telle situation m'agacerait. Une fois mise au poignet, l'Altiplano Chronographe séduit par sa présence, son style extrêmement élancé (le rapport diamètre sur épaisseur est très élevé) et cette concentration en son centre apparaît plus comme une originalité que comme un souci. La discrétion des poussoirs et le fait que toutes les aiguilles aient la même teinte confirment d'ailleurs l'idée que la complication doit se fondre au maximum dans la montre. 

Cette présence (la taille ressentie est d'ailleurs supérieure au diamètre de 41mm) peut être perçue comme paradoxale pour une montre habillée et élégante. Cette opposition explique aussi le caractère particulier de l'Altiplano Chronographe qui derrière une apparence très sage n'hésite pas à casser les codes habituels. 

La version en or gris de cette année est bien entendu plus discrète que sa devancière en or rose. Cette dernière demeure ma préférée mais j'aime beaucoup le rendu monochrome de la montre présentée au SIHH 2016. Elle est peut-être plus polyvalente compte tenu de ses couleurs neutres mais la chaleur du boîtier en or rose me manque.


L'Altiplano Chronographe est en conclusion une montre qu'il est impératif d'essayer pour se forger une opinion valable. Les photos, les spécifications techniques ne lui rendent pas justice et seul le test au porter permet de valider sa propre perception. Paradoxale, énigmatique, possédant un caractère bien trempé malgré son cadran épuré, l'Altiplano Chronographe ne laisse pas indifférent ce qui est un excellent point. Elle nécessite du temps pour être appréciée et c'est la raison pour laquelle il ne faut pas s'arrêter aux premières impressions pour en saisir tout l'intérêt.

Merci à l'équipe Piaget pour son accueil lors du SIHH 2016.

Les plus:
+ une montre qui possède bien plus de caractère qu'elle ne le laisse imaginer
+ la finition du mouvement simple et soignée
+ l'élégance qui se dégage de son style épuré
+ la présence au poignet
+ la polyvalence stylistique de la version en or gris

Les moins:
- l'architecture du mouvement rappelle ses origines "automatiques"
- le mouvement est trop petit pour le boîtier et un fond plein aurait peut-être été plus judicieux
- montre paradoxale, ses défauts pour les uns peuvent être perçus comme des traits de caractère pour les autres (taille, compteurs proches du centre)

Ma sélection des 8 montres les plus marquantes du Carré des Horlogers du SIHH 2016

La principale nouveauté du SIHH 2016 fut l'intégration de 9 marques horlogères indépendantes regroupées dans un nouvel espace: le Carré des Horlogers. Du point de vue de l'organisation, cette intégration fut une totale réussite. Le Carré des Horlogers reprenait bien tous les codes du SIHH malgré évidemment des stands aux tailles plus modestes. Un véritable plus pour les marques présentes qui pouvaient exposer dans des conditions bien plus confortables qu'à Baselworld tout en ayant la possibilité de recréer leurs univers. J'ai par exemple particulièrement apprécié le stand Urwerk qui jouait sur un côté fun et décalé avec la table de jeux et la selfiebox déjantée mettant en scène un improbable dinosaure phosphorescent! Incontestablement, le Carré des Horlogers a été très utile aux 9 marques indépendantes du point de vue de leur visibilité car les faisant connaître à un cercle de journalistes et de visiteurs bien plus larges que celui qui avait l'habitude d'aller à leur rencontre en marge du Salon. Je suis plus mitigé sur l'impact réel du point de vue commercial. Kari Voutilainen, pour ne citer que lui, a-t-il vraiment besoin d'une telle présence au sein du SIHH pour vendre sa production extrêmement limitée? Mais au final, la créativité et l'audace de ces marques et créateurs ont rejailli de façon positive sur l'atmosphère du Salon en apportant une belle énergie appréciée par tous.

Cette énergie se retrouve dans ma sélection des 8 montres qui m'ont le plus séduit. Une fois de plus, ces dignes ambassadeurs de l'horlogerie indépendante ont su surprendre même dans leurs approches classiques. Car telle est finalement la principale ligne directrice de leurs productions: il n'y a jamais rien d'évident et de convenu. Il y a toujours un détail, une fonction, une décoration qui tranchent par rapport à ce qui se voit ailleurs. Et rien que pour cela, le Carré des Horlogers est devenu, dès sa première édition, un incontournable du SIHH.

Il n'y a donc pas d'obligation de proposer une montre délirante pour séduire et faire preuve d'originalité. Kari Voutilainen en apporte de nouveau la preuve avec cette sublime version de la GMT-6 qui combine guillochage, cadran en émail translucide et des couleurs spectaculaires. Le résultat est décoiffant et audacieux tout en restant de très bon goût. J'ai rarement vu une montre classique aussi vivifiante!


Je dois avouer qu'Urwerk m'a beaucoup plu au cours de ce SIHH 2016. J'ai trouvé la marque de Felix Baumgartner et de Martin Frei en très grande forme avec deux montres qui n'ont rien à voir l'une avec l'autre. Alors que je ne suis pas fan de l'UR-105 (j'aime assez peu la forme de la lunette), la version T-Rex la renouvelle complètement en lui rajoutant une carapace en bronze qui évoque la peau d'un dinosaure. Cette montre offre une véritable expérience tactile et les fans d'Urwerk de longue date y retrouvent l'esprit de l'UR-103.01 avec sa zone inférieure dédiée au temps et son boîtier strié. Une totale réussite.


L'EMC Time Hunter poursuit la démarche de l'EMC initiale en proposant une interaction entre la montre et son propriétaire. La précision et l'amplitude peuvent être mesurées grâce à un dispositif électronique qui se met au service d'un mouvement automatique traditionnel. L'affichage du temps est ici classique et l'organisation du cadran de l'EMC Time Hunter, différente de celle de l'EMC d'origine, la rend étrangement plus petite au poignet alors qu'elle possède la même taille que sa devancière.



Depuis plusieurs années, HYT se distingue grâce à sa maîtrise des fluides et l'esthétique reconnaissable de ses montres. HYT a un style et c'est une des grandes forces de la marque. La H2 Tradition est la preuve que ce style est bien ancré. Cette montre change d'atmosphère, adopte un contexte plus classique mais la force du design HYT demeure. J'aime beaucoup la H2 Tradition car elle donne l'impression d'être un objet uchronique, un peu comme une Legacy Machine chez MB&F. Ce mélange entre tradition et modernité fonctionne parfaitement au point d'en faire selon moi la H2 la plus aboutie.


Petit à petit, Laurent Ferrier se lâche au niveau du design des cadrans et je ne peux que me réjouir de cette tendance. Le SIHH lui donna l'opportunité de présenter la Galet Traveller Boreal, à la fois épurée, subtile et lumineuse. Mais c'est bien la Traveller Globe Night Blue qui retint mon attention. Le cadran gagne à la fois en finesse et en relief. La Traveller porte alors parfaitement son nom car elle incite immédiatement au voyage.


Autre montre de voyageur, autre style. La De Bethune DB25 World Traveller n'est ni une montre à heures universelles, ni une montre à second fuseau horaire. Elle est en fait les deux à la fois. Mais le petit détail qui la rend si séduisante est le détournement de la lune sphérique de De Bethune en affichage jour&nuit. C'est intelligemment fait et cette nouvelle fonction  accélère de façon significative le mouvement de cette sphère qui dévoile plus rapidement ses deux couleurs.


Edouard Meylan est malin et maîtrise parfaitement les clés de communication afin de créer le buzz autour de sa marque, H.Moser & Cie. Pas simple lorsque les montres de la collection incarnent un style sobre, élégant et classique. Mais l'utilisation de mouvements de forme qui avaient été développés à l'époque pour la Henry Double Hairspring lui offre l'opportunité de sortir une montre, la Swiss Alp Watch, qui semble avoir été dessinée sous le soleil californien. Alors, même si le mouvement n'est plus à double-spiral, il n'en demeure pas moins que la Swiss Alp Watch est très séduisante en parvenant à dépoussiérer le style des montres rectangulaires. Un mouvement de forme pour un boîtier de forme, un style contemporain, la Swiss Alp Watch est ma Moser préférée de ces derniers mois.


Enfin, la montre la plus spectaculaire du Carré des Horlogers fut sans aucun doute la MB&F HM6 Sapphire Vision. En utilisant ce boîtier Saphir dont la carrure est inspirée par le style Streamline Moderne, Max Büsser dévoile totalement l'architecture tri-dimensionnelle du mouvement à tourbillon volant central. Le résultat est magique mais rappelle surtout qu'au-delà de leurs originalités, de leurs affichages décalés, les Horological Machines sont des montres aux contenus horlogers de haut niveau.


Je reviendrai plus en détail sur ces montres dans les prochaines semaines.

Un grand merci aux équipes des marques présentes au sein du Carré des Horlogers pour leur accueil pendant le SIHH 2016.

mercredi 27 janvier 2016

Lange & Söhne: Richard Lange Seconde Sautante

La Richard Lange Seconde Sautante n'est pas la montre la plus compliquée de la collection 2016 de Lange & Söhne mais elle est selon moi la plus intéressante et séduisante. En fait, cette montre me comble tant du point de vue technique que du point de vue esthétique et c'est la raison pour laquelle je la place au sommet de ma sélection des montres marquantes du SIHH 2016.

Inspirée par le cadran de la montre de poche de Johann Heinrich Seyffert datant de 1807, la Richard Lange Seconde Sautante se distingue cependant des deux autres montres dans le même cas: la Richard Lange Tourbillon pour le Mérite et la Richard Lange Terraluna. Tout d'abord, elle ne possède aucun affichage additionnel si ce n'est un très discret indicateur de fin de réserve de marche à l'intersection des deux sous-cadrans inférieurs. Ici, point de date, point de tourbillon: le cadran est épuré et proche de celui de la montre de poche et ce, pour mon plus grand plaisir. Je dois avouer que cela faisait plusieurs années que je souhaitais cette approche beaucoup plus simple. Le cadran mobile de la Richard Lange Tourbillon et le joyeux bazar de la Richard Lange Terraluna ne m'ont jamais entièrement convaincu.


Et puis, complication oblige, les affichages ne sont pas placés aux mêmes endroits. Sur les deux premières montres, le sous-cadran principal et supérieur est dédié aux minutes. Logique pour une montre de type régulateur puisque la minute est l'indication prioritaire. En revanche sur la Richard Lange Seconde Sautante, c'est l'affichage des secondes qui occupe cette place de choix. Et dans ce cas également, ce choix est logique puisque toute la montre est organisée autour de cette seconde sautante (adjectif à la connotation bien plus positive que celui de "morte"): le comportement de l'aiguille des secondes non seulement anime et décore le cadran mais interagit avec le mouvement. Les heures se retrouvent dorénavant à gauche alors qu'elles sont situées sur les deux montres précédentes à droite. Il faut donc imaginer que leurs cadrans ont effectué une sorte de rotation de 120 degrés vers la gauche pour obtenir celui de la Richard Lange Seconde Sautante.


Ma première réaction en découvrant cette toute dernière Richard Lange fut d'apprécier son diamètre raisonnable, inférieur à 40mm, 39,9mm pour être d'une précision toute germanique. Cette taille est idéale car elle donne une élégance générale à la montre tout en laissant suffisamment de place sur le cadran pour assurer un minimum de lisibilité des indications. L'ensemble est d'une très grande sobriété puisque le cadran en argent massif rhodié prolonge la couleur neutre du boîtier en platine. Cette discrétion a un but principal: celui de mettre en valeur l'aiguille des secondes en acier bleui. D'ailleurs, les deux aiguilles en or rhodié dédiées aux heures et minutes semblent s'effacer derrière le contraste plus marqué de l'aiguille des secondes. Les deux concessions dans cette atmosphère quasiment monochrome sont les indications en rouge des quarts des minutes et le petit triangle logé à l'intersection des deux sous-cadrans des heures et minutes. Il ne s'agit nullement d'un indicateur de réserve de marche puisqu'à aucun moment, il n'apporte une information sur le niveau précis de cette réserve. En revanche, il peut être défini comme un témoin de fin de réserve. Lorsque cette dernière passe en dessous des dix heures, ce triangle devient rouge et rappelle au propriétaire de la montre qu'il est temps de la remonter. L'enjeu ici est de préserver la montre contre un arrêt intempestif en fin de réserve de marche mais pas d'inciter à un remontage régulier afin d'assurer le meilleur isochronisme: le mécanisme de force constante agit de toutes les façons.

Le comportement de la grande aiguille des secondes:



Le cadran est exécuté avec soin et finesse. Cependant, il ne possède ni relief, ni élément appliqué ce qui peut donner l'impression d'un rendu assez plat. J'imagine que Lange a privilégié une telle approche pour rendre la lecture du temps la plus aisée possible. Car, il ne faut pas l'oublier, les montres inspirées par la montre de poche de Seyffert sont des régulateurs et cette lecture nécessite une petite gymnastique intellectuelle.

Je dois avouer que j'ai toujours du mal à lire l'heure correctement avec les régulateurs du fait de la séparation des axes des aiguilles des heures et des minutes. D'ailleurs pour éviter toute confusion, Lange a veillé à indiquer les quarts des minutes mais a laissé le sous-cadran des secondes sans aucun chiffre. Avec de l'habitude, la lecture du temps devient plus aisée même si dans certaines positions des aiguilles, elle peut demeurer délicate. Mais après tout, est-ce si important? Notre regard est captivé par le comportement de cette grande aiguille des secondes qui bat la mesure comme un métronome.


Cette aiguille n'a pas l'unique but d'afficher le temps de manière plus précise en se déplaçant que lorsque la seconde est écoulée. La façon dont elle évolue rappelle la construction particulière du mouvement.

Tout d'abord, la Richard Lange Seconde Sautante n'est pas uniquement une montre à seconde sautante: elle comporte donc également un mécanisme de force constante et un zéro-reset, rarement vu sur une montre à remontage manuel chez Lange (la première dans ce cas étant la Richard Lange Referenzuhr). J'aime beaucoup l'idée d'associer cette seconde sautante au zéro-reset. C'est en effet un vrai plaisir que de voir (et sentir!) le retour instantané à zéro de cette grande aiguille en tirant la couronne. Le calibre L094.1 a pour rôle de mettre en oeuvre ces complications et surtout de les associer.


3 éléments se distinguent nettement à l'observation du mouvement:
  • le balancier à masselottes équipé d'un spiral maison. La fréquence du mouvement est de 3hz et sa réserve de marche est de 42 heures.
  • le pont à la forme particulière situé à côté du balancier qui recouvre le mécanisme de zéro-reset
  • enfin, l'ouverture située au-dessus du balancier qui dévoile en partie le mécanisme d'échappement à force constante.
Le calibre utilise deux trains de rouage. Le premier s'occupe particulièrement de la gestion de l'énergie. Il transmet l'énergie délivrée par le barillet à l'organe réglant par le biais de l'échappement à force constante et ce, à intervalles réguliers d'une seconde. Non seulement le mécanisme d'échappement à force constante assure une amplitude stable y compris en fin de réserve de marche mais il compense également les fluctuations du couple du mécanisme de seconde sautante.

Le second train de rouage est dédié au mécanisme de saut. La fréquence du mouvement étant de 3hz, l'aiguille des secondes devrait logiquement effectuer 6 pas par seconde. Le mécanisme de saut oblige l'aiguille à effectuer un seul saut par seconde grâce à une étoile à cinq dents fixée sur la roue d'échappement. Cette étoile effectue une révolution complète en cinq secondes. A chaque seconde, une dent de l'étoile libère un levier qui exécute une rotation instantanée avant d'être bloqué par la dent suivante de l'étoile. Cette rotation anime le train d'engrenage qui est relié à l'axe des secondes et l'aiguille effectue alors son déplacement. Il est aussi important de noter que l'impulsion de la seconde sautante sert à réarmer le ressort-moteur de l'échappement à force constante. La seconde sautante et le mécanisme de force constante sont donc liés renforçant ainsi la cohérence de la montre.


Le mécanisme de zéro-reset n'était pas non plus simple à développer dans le contexte de la seconde sautante. Il occupe d'ailleurs une place significative dans l'architecture du mouvement. En tirant la couronne, le mécanisme de zéro-reset bloque le balancier grâce à un ressort spécifique et libère un embrayage composé de trois disques. La remise à zéro débute alors grâce à un levier qui en touchant le coeur de remise à zéro remet l'aiguille des secondes en position zéro de façon immédiate.

Le calibre L094.1 n'est pas seulement abouti techniquement parlant: il est aussi visuellement réussi en reprenant les codes de Lange et en respectant ses critères de qualité et de finition. J'aime beaucoup la présence du mécanisme de zéro-reset et la façon dont le balancier à masselottes est mis en valeur. En revanche, j'aurais aimé que le mécanisme de force constante soit plus visible, l'ouverture sur la platine 3/4 me semblant insuffisante.


La Richard Lange Seconde Sautante n'est pas une simple montre à seconde morte. En combinant cette particularité avec les mécanismes de force constante et de zéro-reset, Lange & Söhne est parvenu à créer une montre d'une grande cohérence où chaque fonction joue un rôle spécifique. Je retrouve bien l'esprit de la collection Richard Lange basé sur la chronométrie. La force constante assure la stabilité de fonctionnement y compris en fin de réserve de marche. Le zéro-reset permet la mise à l'heure précise. Et la seconde sautante affiche le temps avec justesse pour une lecture optimale. Cette harmonie technique est le grand atout de cette montre. Rien ne semble être là par hasard et tout va ensemble.

Le plaisir au porter n'est en que renforcé. L'observation des sauts de la trotteuse provoque un rappel permanent des performances du mouvement et le côté décalé de la présentation du cadran contribue fortement au charme et à l'élégance subtilement décontractée de la montre. La manufacture saxonne est avec cette pièce au meilleur de sa forme. Classique et originale, élégante et technique, la Richard Lange Seconde Sautante est une des plus belles montres de Lange & Söhne de ces dernières années.

La Richard Lange Seconde Sautante est commercialisée dans le cadre d'une série limitée de 100 exemplaires en platine uniquement.

Merci à l'équipe Lange & Söhne pour son accueil pendant le SIHH 2016.

Les plus:
+ une réussite esthétique et technique
+ la cohérence des spécificités du mouvement
+ la taille idéale du boîtier
+ la présentation du mouvement et notamment du mécanisme de zéro-reset
+ la qualité des finitions

Les moins:
- un cadran qui manque de relief
- le mécanisme de force constante aurait mérité d'être plus visible

dimanche 24 janvier 2016

Ma sélection des douze montres les plus marquantes du SIHH 2016 (hors Carré des Horlogers)

Le SIHH 2016 vient de s'achever sur une note plutôt positive quant à son contenu et à la qualité des montres présentées. J'ai trouvé l'offre des marques plus audacieuse et adaptée aux marchés par rapport au Salon de l'année dernière qui était beaucoup trop sage. Cependant, je note que les écarts de prix s'élargissent. Les segments des montres abordables se renforcent tout comme celui des pièces exceptionnelles et j'ai tendance à penser que l'amateur traditionnel de haute horlogerie, celui qui se faisait plaisir de temps en temps en achetant une montre dans un budget de 15 à 20.000 euros, n'est plus vraiment dans le coeur de cible à de rares exceptions près. C'est évidemment un reflet de la situation économique générale poussant ainsi les marques de Richemont et autres participants au SIHH à naviguer entre raison et démesure, en oubliant presque ce qui se trouve entre ces deux limites. Par ailleurs, le Carré des Horlogers qui regroupait neuf marques indépendantes a été un succès. Elles y ont apporté leur créativité, leur fraîcheur, leur énergie donnant ainsi une belle impulsion dynamique au SIHH. La formule des conférences de 20 minutes par marque était au bout du compte adaptée permettant de donner aux journalistes qui ne les connaissaient pas un aperçu suffisant pour les découvrir. Libre ensuite à ceux qui voulaient en savoir plus de se rendre sur les stands. Cette intégration réussie, tant du point de vue de l'organisation, de la logistique que de celui de la cohabitation avec les acteurs traditionnels du Salon est donc une excellente nouvelle pour le SIHH.

Je vous propose dans un premier temps la sélection des douze montres qui m'ont le plus plu en provenance des marques habituelles du SIHH.

Mon coup de coeur vient de chez Lange & Söhne (on ne se refait pas) avec la Richard Lange Seconde Sautante. J'aime beaucoup cette montre car le concept de la seconde morte est cohérent avec l'ambition chronométrique de la collection Richard Lange, car le cadran est épuré et vierge de complications inutiles et parce que le mouvement à échappement à force constante à secondes est une merveille.



Vacheron Constantin retrouve l'ambition sur le créneau "élégant décontracté" avec la nouvelle collection Overseas. En dehors des modèles extra-plats, les montres de la collection utilisent des nouveaux mouvements de manufacture. De plus, l'ensemble de la collection se distingue par un système de changement rapide des bracelets. Caoutchouc, métal, cuir, les possibilités sont nombreuses et surtout, les bracelets disponibles sont livrés avec les montres.


Chaque année, IWC renouvelle une collection de son catalogue. C'est au tour de la collection Pilot. Et l'excellente nouvelle parmi les (trop?) nombreuses références est la nouvelle version de la montre de base, dans la livrée Mark XVIII. C'est le retour du guichet simple, des chiffres arabes devant  les index à 6 et 9 heures, d'un meilleur équilibre de cadran. Cette montre de 40mm (perdant donc un mm au passage) est la plus réussie de la collection.


Drive est la nouvelle collection de Cartier. La forme caractéristique du boîtier que je qualifierais de coussin de caractère est élégante et possède le soupçon d'originalité nécessaire. Plusieurs montres sont disponibles ainsi que différents matériaux. La bonne nouvelle est l'utilisation du mouvement 1904MC-PS sur le modèle de base. Il s'agit d'une collection que je trouve bien plus convaincante que Clé.


Montblanc a fait preuve de beaucoup de créativité une fois de plus tout en conservant des prix attractifs, y compris pour les pièces les plus compliquées. Cette année est marquée par la collection 4810 dont un digne représentant est le Chronographe TwinFly Edition 110ième anniversaire. J'y retrouve avec plaisir le mouvement LL100 comprenant l'affichage d'un second fuseau horaire. Logique pour une collection qui évoque les voyages.


La palme de la montre la plus charmante revient sans aucun doute à la Van Cleef & Arpels Ronde des Papillons. L'affichage du temps est, comme toujours avec les complications poétiques, audacieux et grâce à un mécanisme dédié, les papillons peuvent entreprendre à la demande leur ballet autour des nuages. Il n'y a donc aucun risque d'être frustré par une complication lente!


Parmigiani célébrait les 20 ans de la création de la marque. Un tel événement méritait un mouvement à la hauteur de la capacité de la manufacture et c'est une des complications les plus difficiles à maîtriser qui a ainsi été développée: le chronographe à rattrapante intégrée. Le résultat est spectaculaire même s'il a tendance à être un peu trop démonstratif au niveau des ponts. Le mouvement PF361 est un des calibres marquants du Salon.


Jaeger-Lecoultre célébrait les 85 ans de la Reverso et avait besoin d'un symbole frappant les esprits. La Reverso Tribute to Gyrotourbillon est une totale réussite car la montre parvient à être beaucoup plus portable que le Gyrotourbillon 2 tout en offrant un tourbillon deux axes qui décoiffe. Un des axes effectue une rotation complète en douze petites secondes donnant ainsi une impression de vitesse spectaculaire.


Piaget a créé l'événement en se situant là où personnellement je ne les attendais pas. L'Emperador Coussin XL 700P puise son inspiration dans l'esthétique de l'Emperador Coussin Tourbillon. Mais la caractéristique principale de cette montre est son mécanisme hybride combinant remontage automatique et régulation hybride. Une approche surprenante s'expliquant par l'hommage rendu au premier mouvement à quartz de la manufacture, le 7P.


La Royal Oak Double Balancier Squelette est ma représentante préférée de la collection 2016 d'Audemars Piguet. Cette montre d'un diamètre de 41mm est belle et d'un intérêt technique certain. Le double balancier a pour but d'obtenir une meilleure stabilité de fonctionnement tout en apportant sa présence sur le cadran. Parfaitement exécutée, elle succède ainsi à la référence 15305 avec talent.


La Signature 1 constitue un rêve qui se réalise pour les amateurs des montres Greubel Forsey. En jouant la carte de la simplicité et des finitions décoratives abouties mais non démonstratives, cette montre offre le meilleur de la marque dans une approche épurée. L'émotion créée par le mouvement, pourtant sans tourbillon,  n'en est que plus forte.


Le Richard Mille RM67-01 Extra-Plate complète cette sélection de douze montres. Fine, élancée, à la forme subtile, elle m'a séduit par son élégance contemporaine et son confort au porter. Le prix est certes élevé pour une montre simple mais il est difficile de résister à son charme.



Le compte-rendu du SIHH se poursuivra avec la sélection des montres du Carré des Horlogers.

lundi 11 janvier 2016

Les Artisans de Genève: Tribute to Daytona 6263

Les âmes sensibles doivent immédiatement arrêter la lecture de cet article car elles risqueraient d'être choquées par ce qui suit. Disons que Les Artisans de Genève n'ont pas choisi la voie la plus facile pour effectuer leur grand retour sur le devant de la scène. Au contraire: c'est le chemin le plus casse-gueule qui a été emprunté au risque de s'attirer les foudres d'un certain nombre d'aficionados de la marque à la couronne. Eh oui, car la montre sur laquelle ils ont décidé d'exercer leurs talents est une Rolex et pas n'importe laquelle. Et Rolex est bien la marque qui génère le plus de passion et de réactions.


Spécialistes du sur-mesure, les Artisans de Genève furent présents médiatiquement il y a quelques années et firent même partie des exposants du Salon Belles Montres en 2013. Après une période de retrait, les voilà prêts à communiquer de nouveau sur leur savoir-faire grâce à une montre intégrant leur collection. C'est un peu paradoxal pour une telle société fondée sur la capacité à répondre aux désirs de personnalisation de sa clientèle d'initier une collection. Après tout, pourquoi pas? La première montre issue de ce contexte a pour but de démontrer les capacités de l'équipe qui oeuvre aux transformations, améliorations, finitions, décorations des pièces qui leur sont confiées.


Cette montre est la Rolex Daytona 116520. Enfin, c'est le point de départ. Car l'objectif est de modifier le célèbre chronographe de Rolex pour en faire un hommage à la Daytona 6263. On comprend aisément que l'exercice de style n'est pas aisé car au-delà de la filiation entre ces deux montres, tout les sépare y compris la nature même du mouvement, la 6263 étant animée par un mouvement à remontage manuel tandis que la 116520 utilise un mouvement automatique.

Le terme de "Tribute" a été choisi avec soin: le résultat obtenu est bel et bien un hommage et sûrement pas un clone ni même une réinterprétation moderne. En fait, je perçois la Tribute to Daytona 6263 comme une montre de synthèse entre le Rolex "vintage" et le Rolex contemporain. C'est la raison pour laquelle les amateurs de Rolex pourront très rapidement dresser la liste des incohérences voire même des hérésies par rapport à la montre d'origine ne serait-ce que le fond transparent ou les poussoirs à pompe.


La Rolex Daytona 116520 est modifiée comme suit pour évoluer en tant que Tribute to Daytona 6263:
  • le cadran d'origine est retravaillé en finition noir (une finition argent est également disponible). Le cadran nécessite 78 heures de travail de la part de 9 artisans.
  • Les aiguilles sont remplacées par des aiguilles affinées, polies et diamantées.
  • Une lunette "bakélite" se substitue à la lunette d'origine
  • Les poussoirs vissés sont retirés (tout comme le protège-couronne) et remplacés par des poussoirs à pompe lisses
  • La carrure et le bracelet sont polis avec un effet satiné
  • Le fond devient transparent afin d'observer le mouvement 4130 qui comporte dorénavant une masse en or et dont le pont du balancier a été traité en or 3N.

Le résultat est une montre très bien exécutée et surprenante, une sorte de croisement improbable entre plusieurs époques voire même entre plusieurs ambiances: la masse et le pont en or sont évidemment décalés avec l'approche technique et sans fioriture du mouvement de Rolex. La Tribute to Daytona 6263 est étanche à 100 mètres et garantie 5 ans ce qui est un point important puisque la garantie Rolex n'est plus valable.


Il est inutile de le nier, la polémique n'est pas loin. Comment les Artisans de Genève ont-ils pu s'attaquer à ces deux chronographes de référence pour en faire un résultat hybride qui ne peut que faire hérisser le poil des gardiens du temple de Rolex? Du point de vue de la communication, c'est en tout cas bien joué et je sens presque un malin plaisir à avoir choisi un tel contexte, forcément provocateur. En tout cas, la Tribute to Daytona 6263 ne laisse pas indifférent et dans cette perspective, elle constitue le meilleur vecteur du retour de la société, aidée en cela par la qualité du travail effectué par l'équipe des Artisans de Genève.

Les plus:
+ la qualité de l'exécution de l'ensemble et notamment au niveau du cadran et des aiguilles
+ la surprise générée par la masse oscillante et le pont en or sur le mouvement 4130
+ la petite dose de provocation derrière ce projet. S'attaquer à des montres de référence, il fallait oser.

Les moins:
- je laisse les inconditionnels de Rolex s'exprimer, ils dresseront sûrement une liste très complète des griefs à l'encontre de cette montre

dimanche 10 janvier 2016

Vacheron Constantin: Chronographe Historiques Cornes de Vache 1955

L'année 2015 fut riche en événements pour Vacheron Constantin avec la présentation de la nouvelle collection Harmony qui conduisit à l'introduction de plusieurs calibres chronographe maison, à remontage manuel ou automatique. Pour autant, les calibres 3200, 3300 et 3500 n'ont pas envoyé aux oubliettes le mouvement 1141 basé sur le Lemania 2310, revu par la manufacture et qui fait partie des plus beaux mouvements chronographe à remontage manuel du segment de la haute horlogerie.


La collection Harmony réserva cependant une surprise supplémentaire avec la sortie du mouvement 1142, utilisé dans le chronographe Harmony Petit Modèle et  qui comporte une différence fondamentale avec le 1141 dont il est une évolution. Sa fréquence est en effet revue à la hausse (3hz vs 2,5hz) et il se distingue au premier coup d'oeil du 1141 grâce au pont du balancier gravé et au diamètre inférieur du balancier. Cette dernière caractéristique est logique car le 1142 possède une taille (27,5mm) identique à celle du 1141 et une épaisseur quasi-similaire (5,57mm vs 5,6mm). Vacheron Constantin se devait de limiter la consommation d'énergie afin de maintenir la réserve de marche au même niveau (48 heures) malgré l'augmentation de la fréquence.


Le mouvement 1142 reprit une deuxième fois du service en 2015 lors de la présentation à Watches & Wonders du chronographe Historiques Cornes de Vache 1955. Je trouve excellente l'idée d'utiliser le 1142 au lieu du 1141 dans le contexte de cette montre. A vrai dire, le 1141 aurait parfaitement trouvé sa place. Le chronographe Historiques Cornes de Vache 1955 est inspiré par la référence 6087, une montre en or jaune d'un diamètre de 35mm, animée par le calibre 492 et qui se reconnaît à ses cornes particulières et à ses poussoirs "champignon". Mais Vacheron Constantin voulut aller plus loin que la seule inspiration d'un modèle du passé. Le chronographe Historiques Cornes de Vache 1955 s'inscrit évidemment dans la longue tradition de la collection Historiques mais il témoigne aussi de la capacité de la manufacture à innover et à se projeter vers le futur. Dans ce contexte, le mouvement 1142 est un choix idéal et crée un lien entre le passé de Vacheron Constantin et les développements actuels de la manufacture.


Le chronographe Historiques Cornes de Vache 1955 est pour moi un des plus beaux chronographes actuels du marché. Il tire évidemment profit du caractère de sa source d'inspiration pour offrir un style à la fois classique et, peut-être un peu paradoxalement, original dans le contexte créatif actuel. Les cornes jouent pleinement leur rôle. Alors que la montre utilise un boîtier en platine d'un diamètre de 38,5mm, les cornes lui donnent une présence au poignet bien plus importante que sa taille réelle ne laisse supposer. Leur longueur, leur forme apportent beaucoup d'énergie et de caractère et si ce type de cornes se pratiquait régulièrement il y a quelques décennies, il est surprenant dans le cadre d'une montre actuelle.


Le boîtier de toutes les façons ne pouvait pas être plus grand à moins de faire des concessions sur l'équilibre du cadran. L'entraxe du mouvement 1142, qui découle donc du Lemania 2310 est relativement petit et l'utilisation d'un boitier plus grand aurait donné l'impression que la montre louche à cause des deux sous-cadrans proches du centre. Ici, c'est bien un sentiment d'harmonie qui prédomine en observant le cadran de près. L'échelle périphérique tachymétrique est la bienvenue car permettant de rapprocher la graduation de la trotteuse du chronographe des sous-cadrans (compteur des minutes et trotteuse permanente). Sa touche de bleu égaye le cadran et se marie avec la trotteuse du chronographe. Le fond opalin argenté est raffiné et s'accorde idéalement avec le matériau neutre du boîtier. Cependant, à aucun moment, la montre ne sombre dans l'ennui car les petites touches de bleu font leur effet. Les aiguilles de la fonction chronographe se distinguent ainsi nettement et ce mélange gris-bleu est plein de charme. Les aiguilles principales en or gris et les index et chiffres appliquées apportent de leur côté une dimension qualitative supplémentaire. Incontestablement, le cadran est une véritable réussite.


Contrairement au chronographe 6087, le chronographe Historiques Cornes de Vache 1955 n'est pas anti-magnétique. Le fond transparent permet d'observer le mouvement 1142 et ses différences par rapport au 1141. Comme évoqué précédemment, son balancier est plus petit et le pont du balancier est différent même s'il n'est pas gravé ici contrairement au chronographe Harmony petit modèle. Je retrouve avec plaisir la Croix de Malte de la vis de la roue à colonne et l'excellente finition d'ensemble, à la fois soignée et raffinée. Le mouvement qui évite toute décoration superflue est ainsi cohérent avec le contexte de la montre et son cadran. La lunette décagonale l'entoure joliment et atténue la perception de son diamètre limité. Le remontage du mouvement et l'activation des poussoirs sont agréables mais les sensations sont de tout de même en retrait par rapport à celles d'un chronographe Lange, la référence en la matière. Cependant, ses sensations m'évoquent bien celles des mouvements traditionnels: le remontage est bien perceptible et les poussoirs sont plutôt virils.


Le charme et le pouvoir de séduction du chronographe Historiques Cornes de Vache 1955 agissent instantanément dès que la montre est mise au poignet. Les longues cornes épousent  la forme du poignet grâce à leur inclinaison et la parfaite exécution du polissage leur donnent un aspect lumineux. La montre se porte avec confort grâce à un excellent maintien.  La finesse de la lunette, qui agrandit l'ouverture du cadran et la présence esthétique des cornes font augmenter la taille perçue du boîtier. Ce dernier présente un ratio diamètre (38,5mm)/épaisseur (10,9mm) moyen ce qui me convient parfaitement. Ni trop fin, ni trop épais, le chronographe Historiques Cornes de Vache 1955 reste de fait cohérent jusque dans les moindres détails. C'est bien au final cette cohérence qui m'a le plus séduit. Inspiré par une pièce historique tout en sachant s'en démarquer, ce chronographe est une très belle démonstration du savoir faire de Vacheron Constantin dans le segment de la haute horlogerie classique. Elegant, raffiné et surtout pas ennuyeux, il offre un superbe cadre de fonctionnement au mouvement 1142. Tout ceci me fait penser que les mouvements chronographe basés sur le Lemania 2310, malgré le développement de mouvements maison, ont encore quelques beaux jours devant eux... pour notre plus grand plaisir.

Les plus:
+ une interprétation remarquable et cohérente d'une pièce historique
+ le choix du mouvement 1142, plus ambitieux que le 1141
+ la finition du mouvement et des autres éléments de la montre
+ le confort au porter
+ une montre classique mais qui a du style et du caractère

Les moins:
- les performances du mouvement (réserve de marche, compteur semi-instantané, sensations à l'usage) sont en retrait par rapport à des mouvements de conception plus récente mais ce n'est pas un gros problème compte tenu du contexte de la montre

lundi 4 janvier 2016

Piaget: Gouverneur Quantième Perpétuel

Le quantième perpétuel rejoignit la liste des complications disponibles au sein de la collection Gouverneur de Piaget lors du SIHH 2015. Je dois avouer, à ma grande honte, que la Gouverneur Quantième Perpétuel est passée en dehors de mon écran radar lors du Salon alors que je la trouve très intéressante et séduisante. En fait, Piaget apporte de nouveau la preuve de sa maîtrise de cette complication à travers une montre qui se distingue par l'organisation de son cadran et par un petit détail pratique sur lequel je vais revenir plus tard.


La collection Gouverneur se caractérise par l'utilisation d'un boîtier relativement imposant de 43mm qui mélange astucieusement le rond avec l'ovale. C'est tout le charme d'une montre Gouverneur: selon l'humeur, la perception que nous en avons, le boîtier peut sembler parfaitement rond ou ovale. La lunette, relativement épaisse crée le lien entre ces deux formes et apporte de la personnalité au design. Le cadran argenté de la collection est toujours épuré et est complété par un guillochage périphérique strié et par une paire d'aiguilles dauphine d'une grande élégance. Les compteurs et principales zones d'affichage sont finement cerclés et quelque soit le modèle, une montre de la collection gouverneur dégage un sentiment de raffinement. 

La Gouverneur Quantième Perpétuel ne déroge pas à la règle et profite même de son cadran comportant de nombreux affichages pour réduire la taille perçue. En effet, sur la montre automatique ou le chronographe, le style aéré renforce la sensation de l'importance du diamètre du boîtier. Compte tenu de l'occupation des espaces de son cadran, la Gouverneur Quantième Perpétuel apparaît comme plus équilibrée. L'approche esthétique de la collection Gouverneur met d'ailleurs en valeur l'organisation du cadran extrêmement originale. Pas forcément aux yeux des connaisseurs de Piaget: la montre utilisant le mouvement 855P qui est également utilisé par la Polo ou l'Emperador Coussin Quantième Perpétuel, ils reconnaîtront sans difficulté cette façon très particulière d'afficher les jours de la semaine et les quantièmes avec des aiguilles rétrogrades et de remplacer le traditionnel affichage des phases de lune (une complication poétique mais pas forcément utile au quotidien) par un second fuseau horaire combiné avec un indicateur jour/nuit ce qui est beaucoup plus pratique.


Les différentes zones se coupent mais l'ensemble demeure lisible. Au sommet du cadran se retrouve l'affichage combiné des mois et de l'année bissextile, celle-ci étant matérialisée par un 29 logique mais très rarement utilisé. D'ailleurs, l'Emperador Coussin (sans inscription) et la Polo (un disque plein) offrent des représentations différentes de cette année bissextile. Mon seul regret finalement se situe au niveau des quantièmes gradués tous les 5 jours. La lecture de la date nécessite donc une petite gymnastique intellectuelle ce qui est un peu dommage car cet affichage est la principale donnée d'une montre à quantième perpétuel. Le cadran reste cependant très agréable à observer et parfaitement exécuté.


La finition des autres éléments respecte les standards de qualité de la manufacture et j'aime beaucoup le travail sur le boitier qui malgré sa taille est relativement fluide et élancé. Son épaisseur maîtrisée de 10,5mm explique ce sentiment. De même, le mouvement 855P est fidèle à l'image de Piaget. Il offre une présentation soignée, discrète, sans effet tape-à-l'oeil inutile. Les côtes de Genève circulaires se marient idéalement avec celles de la masse oscillante en or et les vis bleuies décorent sans agressivité les ponts du mouvement sous lesquels se devine la platine perlée. L'intérêt principal du mouvement 855P est lié à ses performances. Grâce à son double-barillet, il propose une réserve de marche de plus de 80 heures (pour une fréquence de 3hz) ce qui est un bon point pour la complication principale de la montre. Son diamètre propre (28,4mm) est hélas un peu petit par rapport à celui du boîtier mais cela ne se ressent pas côté cadran.

Les fonctions des poussoirs sont gravées sur la carrure:


Une fois mise au poignet, la Gouverneur Quantième Perpétuel parvient à faire cohabiter harmonieusement son style classique avec l'originalité de certains détails du cadran. La pièce apparaît ainsi comme élégante tout en ayant du caractère. Surtout, la présentation du cadran lui permet de sortir des canons esthétiques habituels des montres à quantième perpétuel ce qui est très agréable. Le diamètre du boîtier la rend toutefois peu adaptée aux petits poignets malgré les cornes incurvées. Heureusement, pour les raisons expliquées précédemment, la taille perçue reste raisonnable.

Mais alors, quel est le petit détail pratique que j'ai évoqué au début de l'article? Tout simplement, compte tenu de la multiplication des affichages sur le cadran, la Gouverneur Quantième Perpétuel utilise plusieurs poussoirs permettant de régler les différentes indications. Or, lorsque nous utilisons rarement ces poussoirs, à moins de se replonger dans le manuel, il est impossible de se rappeler le rôle dévolu à chacun. Heureusement, Piaget a pensé à faire graver au dessus de chaque poussoir sa fonction. Ainsi, plus aucun souci lors du réglage de la montre en cas d'arrêt. Une idée simple... que j'aimerais voir bien plus souvent!


En tout, ce détail montre bien le soin apporté par Piaget à ses montres à quantième perpétuel. Moins décalée que la Polo, plus facile à porter que l'Emperador Coussin, la Gouverneur Quantième Perpétuel se révèle être une très belle pièce compliquée qui apporte une fois de plus la démonstration de l'expertise de la manufacture de la Côte-aux-Fées.

Merci à l'équipe de la boutique Bucherer à Paris.

Les plus:
+ une montre raffinée et soignée
+ la présentation originale du cadran
+ la présence d'une complication utile (le second fuseau) additionnelle
+ les performances du mouvement 855P
+ les fonctions des poussoirs qui sont gravées sur la carrure du boîtier

Les moins:
- les quantièmes peuvent être délicats à lire rapidement
- le mouvement est un peu petit pour le boîtier

dimanche 3 janvier 2016

Cartier: Clé l'Heure Mystérieuse

Et si finalement le véritable lancement de la collection Clé s'était opéré à Watches & Wonders en septembre et non pas au SIHH en janvier? Certes, la collection fut bel et bien dévoilée au début de l'année mais j'ai le sentiment qu'elle délivre enfin son potentiel avec la Clé l'Heure Mystérieuse. En effet, cette montre, qui met en scène un affichage du temps mystérieux parfaitement maîtrisé par Cartier, peut devenir le porte-étendard de la collection et voir ainsi son influence rejaillir sur les autres modèles. Pour être franc, elle apporte la touche d'originalité et d'audace qui manque aux premières Clé qui m'apparaissent comme un peu trop sages et conventionnelles.

Pourtant, la Clé l'Heure Mystérieuse n'est pas, dans le contexte Cartier, une montre extrêmement surprenante. Mettant en scène dans le boîtier Clé le mouvement 9981 MC que nous avions découvert il y a 3 ans, elle peut être considérée comme une simple évolution esthétique par rapport à la Rotonde L'Heure Mystérieuse. Il serait cependant dommage de s'arrêter à cette analyse car une caractéristique fondamentale du mouvement 9981 MC prend tout son sens avec cette nouvelle montre.


En effet, le nom de la collection Clé provient de la forme de la couronne et de la sensation que cette dernière provoque lors du remontage. Cette sensation amusante et plutôt agréable n'est malheureusement pas beaucoup sollicitée sur les premières montres de la collection puisqu'elles sont animées par un mouvement automatique et que la mise à l'heure ou le réglage de la date n'entraînent pas le même comportement de la couronne. Mais dans le cas précis de la Clé l'Heure Mystérieuse, c'est tout le contraire. Du fait de son mouvement à remontage manuel, la manipulation quotidienne de la couronne est requise ce qui justifie la mise en avant de ses spécificités. Une très bonne nouvelle pour cette montre... et pour l'ensemble de la collection car tant qu'une montre à remontage manuel n'était pas présente (accompagnée en cela par le modèle 35mm à tourbillon volant), toute la communication autour de la couronne semblait un peu excessive.


La Clé l'Heure Mystérieuse se distingue au bout du compte de façon très nette de la Rotonde équivalente. C'est tout l'intérêt du boîtier Clé, assurément le point fort de la collection. Galbé, incurvé et possédant du caractère, il présente des dimensions assez équivalentes au boîtier Rotonde. Son diamètre de 41mm est inférieur d'un seul millimètre à celui du boîtier Rotonde et son épaisseur est très légèrement plus fine (11,25mm contre 11,6mm). Et pourtant, l'impression visuelle est radicalement différente. La Clé l'Heure Mystérieuse apparaît comme étant beaucoup plus contenue avec un effet de profondeur supérieur. De plus, son style est assurément plus contemporain et original alors que la Rotonde l'Heure Mystérieuse joue la carte d'un classicisme de bon ton. 

Le boîtier n'explique pas à lui tout seul cette différence de perception. Cartier a eu l'excellente idée d'ouvrir le cadran autour de la zone dédiée à l'affichage. Le mouvement est donc perceptible derrière les chiffres romains qui servent de lien entre les disques Saphir de l'affichage et la graduation périphérique. Certes, ce qui est visible n'est pas forcément passionnant s'agissant avant tout du perlage de la platine mais cette ouverture décore joliment la montre et surtout renforce la dimension contemporaine du design. A noter que Cartier profite de l'occasion pour corriger un petit point agaçant de la version Rotonde. Le nom de la marque est maintenant situé au centre du III et non pas dans la partie supérieure. Il est ainsi aligné avec l'axe de la couronne ce qui n'était pas le cas auparavant.


Le charme de l'affichage demeure identique. Les aiguilles semblent flotter dans l'air et l'absence d'indicateur de marche comme une trotteuse par exemple confirme le sentiment de sérénité qui se dégage de la montre. Alors, même si l'affichage n'a plus rien de "mystérieux" puisque le principe est bien connu (les disques Saphir sont animés par des rouages périphériques entraînés par le mouvement), je reste toujours séduit par le lent spectacle de ces aiguilles qui semblent totalement indépendantes du mécanisme de la montre.

Le mouvement 9981 MC dévoile son architecture particulière en retournant la montre. Sa forme "en croissant de lune" le rend extrêmement attractif mais impose aussi un certain nombre de contraintes. Le balancier est ainsi relativement petit tout comme le barillet. Cette taille de barillet n'empêche pas au mouvement de proposer une fréquence de 4hz et une réserve de marche respectable de 48 heures. Cette performance, surprenante compte tenu de l'énergie qui semble requise pour faire tourner les disques Saphir est due à plusieurs efforts d'optimisation des mouvements de rotation de ces derniers. Cartier a travaillé pour limiter les frictions entre les disques qui tournent sur de fins pivots. Puis les rouages périphériques ont été conçus avec soin afin d'obtenir une grande précision de concentricité avec les disques Saphir dont le poids a été réduit au maximum. L'inertie de ces disques est ainsi optimisée et la consommation de l'énergie du mouvement limitée.


La finition du mouvement est soignée, sans être spectaculaire, avec un joli effet de soleillage qui part de la zone d'affichage. Mais l'intérêt du mouvement vient avant tout de son architecture et de sa forme.

La Clé l'Heure Mystérieuse profite du confort du boîtier Clé une fois mise au poignet. Le boîtier se pose idéalement et la forme des cornes le maintient avec fermeté. J'aime beaucoup la sensation plus contenue, plus galbée de cette montre par rapport à la version Rotonde et son style moins classique fait mouche. En revanche, le problème inhérent à ce type d'affichage demeure: les poils sont visibles derrière les disques Saphir et la montre perd une partie de sa magie sur un poignet velu! C'est généralement la raison pour laquelle j'ai tendance à préférer ces montres mystérieuses sur des poignets féminins à moins de trouver un système pour occulter les poils tout en préservant la sensation de profondeur. Cela existe et il serait peut-être intéressant que Cartier y songe pour de prochaines montres mystérieuses.


Malgré cette remarque, je considère la Clé l'Heure Mystérieuse comme une véritable réussite et surtout comme la Clé la plus convaincante et aboutie de la collection. En effet, elle est celle qui tire le mieux profit de la couronne et du style du boîtier. Compte tenu de son prix élevé (mais cohérent) (62.000 euros en or rose, 66.500 euros en palladium), Cartier aurait intérêt à sortir une montre à remontage manuel simple pour utiliser le potentiel de la collection tout en proposant un prix plus raisonnable.

Merci à l'équipe de la boutique Cartier Capucines à Paris.

Les plus:
+ une montre aboutie qui utilise le potentiel de la collection Clé
+ les performances et l'architecture du mouvement 9981 MC
+ le style plus contemporain
+ le confort au porter

Les moins:
- les poils sont visibles derrière les disques Saphir et gâchent un peu le spectacle
- une montre "inerte" sans trotteuse: cette approche sereine correspond bien au style mystérieux mais peut ennuyer ceux qui aiment les animations de cadran