dimanche 18 décembre 2016

Emile Chouriet: Ice Cliff

Il est étonnant de constater que le thème de la montagne, qui fait pourtant partie intégrante de la culture suisse, est rarement abordé par les marques horlogères. Certes, ici et là, des montres sont associées aux équipes de secours en montagne et d'autres ont accompagné des alpinistes dans leurs exploits. Mais très peu ont utilisé le potentiel esthétique lié aux massifs et pics qui définissent le paysage typique de carte postale de la Suisse. Le paradoxe est que c'est une jeune marque genevoise, Emile Chouriet, fondée en 1998, qui parvient à proposer une montre convaincante et réussie inspirée par la conquête des Alpes Suisses. Comme quoi, il n'est pas nécessaire d'habiter dans les hauteurs pour ressentir l'ivresse des sommets! L'observation des chaînes de montagne qui entourent le lac peut suffire à donner l'étincelle créatrice!


La grande force de l'Ice Cliff est de posséder sa propre identité et d'être reconnaissable au premier coup d'oeil ce qui n'est jamais chose aisée dans le paysage horloger actuel. Cette caractéristique appréciable est due au cadran qui mélange avec bonheur force et délicatesse. Son originalité provient du large rehaut anthracite qui plonge sur le cadran par le biais d'avancées qui évoquent des pics escarpés. De fait, il contribue à donner un spectaculaire effet de relief ainsi que du caractère. Ces pointes sont agressives, aiguisées et la façon avec laquelle elles progressent sur le cadran apporte une dose d'énergie et de force. Mais il y a une deuxième façon de les considérer et c'est toute la magie de ce cadran. Si j'oublie le rehaut et me concentre sur la partie centrale argentée, je me rends compte que la forme ainsi dessinée par les pointes évoque un flocon de neige. La montre oscille donc en permanence entre cette vision pleine de fragilité et de délicatesse et la puissance du rehaut ce qui en fait une grande partie de son intérêt.

La minuterie est discrètement positionnée sur le rehaut mais elle laisse le premier rôle aux index des heures qui utilisent généreusement les espaces crées par les pointes. Quatre de ces espaces sont occupés par des chiffres romains en relief et par le guichet de date. S'ils sont joliment exécutés, ce sont bien les huit autres espaces qui sont les plus intéressants à observer. Les index des heures de ces espaces sont composés de longs bâtons luminescents apposés sur des sommets teintés de jaune qui renforcent l'atmosphère alpine de la montre. 


L'ensemble est visuellement surprenant et selon l'humeur du moment, je peux trouver ce cadran très masculin mais également plutôt précieux et délicat. Dans ce contexte, la typographie particulière du nom de la marque se fond aisément sur le cadran ce qui n'était pas simple de prime abord: les caractères gothiques font rarement bon ménage sur les cadrans. Le guichet de date s'insère lui aussi efficacement même s'il est positionné un peu trop proche du centre. Cependant, cela ne se ressent pas compte tenu du rehaut et de la présence d'une esquisse du III romain à ses côtés. Enfin, les aiguilles principales, elles aussi inhabituelles, reprennent le motif des index des heures avec un long trait noir positionné sur une zone luminescente. Elles indiquent ainsi le temps avec cohérence et en harmonie avec les index.

Si le cadran est l'élément différenciant de l'Ice Cliff, le boîtier n'en demeure pas moins intéressant. Il n'est certes pas aussi original mais son design est abouti. J'y vois une légère inspiration "Genta-esque" avec la base de sa lunette à pans et le protège-couronne proéminent. Cependant, à aucun moment, il ne tombe dans la caricature et surtout il complète idéalement le cadran compte tenu de son approche discrète et sobre. Son diamètre de 40mm est adapté du fait de l'atmosphère de l'Ice Cliff. Je ne pouvais pas imaginer une montre évoquant les sommets avec un diamètre ridicule mais sa taille la rend aussi portable pour les poignets plus modestes. Deux types de bracelets sont disponibles: l'un en textile noir qui met en valeur les pièces de bout imposantes ou l'autre en acier qui s'intègre parfaitement  dans le design général et que je recommande.


Le fond transparent du boîtier permet d'observer le mouvement qui équipe l'Ice Cliff. Il s'agit sans grande surprise d'un calibre ETA2824 à la fréquence de 4hz et à la réserve de marche d'un peu moins de 40 heures. Extrêmement répandu, fiable et à l'excellente efficacité au remontage, il est un compagnon de cordée parfait pour l'Ice Cliff. Sa finition est ici brute de décoffrage ce qui n'est pas gênant compte tenu du style de la montre et surtout de son prix, très attractif. J'aurais pourtant préféré un fond plein, peut-être mieux adapté à la polyvalence de la montre.

Le bilan de l'Ice Cliff est donc extrêmement positif. Emile Chouriet est parvenu à créer une montre à la fois élégante et racée, masculine et raffinée. Le rendu visuel du cadran attire le regard instantanément et en est le principal atout. Cette montre est bel et bien une excellente nouvelle pour cette jeune marque: elle possède enfin son porte-drapeau qui peut contribuer à son développement. Et pourquoi pas en France? Car pour l'instant malheureusement, l'Ice Cliff n'est pas disponible dans notre beau pays. D'un autre côté, cela donne une bonne raison de se déplacer en Suisse pour profiter de façon combinée d'un séjour à la montagne et de la montre qui rend hommage aux sommets enneigés. 


L'Ice Cliff est disponible aux prix de 1.120 CHF avec le bracelet textile noir et de 1.200 CHF avec le bracelet en acier.

Les plus:
+ une montre polyvalente tant du point de vue esthétique que du point de vue fonctionnel (étanchéité de 50 mètres)
+ la présentation et la finition du cadran, ce dernier étant une réussite esthétique
+ un mouvement sans histoire
+ le prix que je trouve attractif pour une montre au design particulier

Les moins: 
- un fond plein m'aurait semblé mieux adapté
- la réserve de marche du mouvement est un peu courte

dimanche 11 décembre 2016

Les décorations de Noël de la boutique Cartier de la rue de la Paix

Un de mes grands plaisirs pendant la période des fêtes de fin d'année est de visiter la boutique historique de Cartier située au 13 rue de la Paix. C'est en effet un véritable régal pour les yeux que de découvrir les décorations de Noël de cet écrin dans lequel se ressent toute l'âme de la marque et son histoire. Même si son intérieur a été refait, qu'elle n'est plus à proprement parler dans sa configuration d'origine, la boutique de la rue de la Paix constitue un lieu de visite obligatoire pour tout amateur de Cartier ou pour toute personne souhaitant découvrir un lieu incontournable du chic parisien. 

L'excellente nouvelle est qu'au-delà de la beauté du lieu, s'y trouvent réunies plusieurs pièces de haute horlogerie qui valent le détour: j'ai pu ainsi mettre au poignet la Rotonde Tourbillon Volant Répétition Minutes, la Rotonde Astrocalendaire et la Rotonde Double-Tourbillon Mystérieux. Ces 3 montres constituent une parfaite synthèse de la diversité et des capacités techniques et créatives de la manufacture Cartier car abordant de façon originale les différentes complications.

Je vous propose de découvrir l'atmosphère particulière de la boutique avec ces quelques clichés:

Le Salon Jeanne Toussaint est situé au premier étage:



Pour se rendre au Salon, il faut emprunter le majestueux escalier central:


Le sens de l'accueil chez Cartier:


La Rotonde Double-Tourbillon Mystérieux est une des montres les plus envoûtantes que j'ai portées. Le comportement aérien et hypnotisant du tourbillon est magique. L'effet "mystérieux" est parfaitement retranscrit du fait de la double révolution. Le tourbillon est si important sur cette montre qu'il se permet de couper un segment important de l'affichage de l'heure rendant cette dernière plus difficile à lire lorsque l'aiguille des minutes est autour de la demi-heure. Un défaut vite pardonné car l'observation du tourbillon fait oublier toutes les contraintes possibles ou inimaginables!


La Rotonde Tourbillon Volant Répétition Minutes provoque un effet inverse. Malgré la présence du tourbillon au sommet du cadran, le rôle principal est laissé à la répétition minutes comme le prouvent les marteaux présents côté cadran. Le son de cette montre est de qualité avec un bon volume et un excellent rythme de sonnerie.


La Rotonde Astrocalendaire est peut-être la plus originale des 3. Originale par son design, originale par sa façon de traiter la complication du quantième perpétuel. Le tourbillon volant se retrouve au sein d'une sorte d'arène à plusieurs niveaux qui sert d'affichage des informations calendaires. Les différents  guichets se déplacent pour se positionner sur les quantièmes, jours et mois à indiquer. Malheureusement l'affichage de l'heure est dans ce cas aussi coupé. Enfin, le tourbillon volant anime joliment l'ensemble.


Si vous êtes sur Paris pendant la période des fêtes, n'hésitez donc pas à vous rendre à la boutique Cartier de la rue de la Paix: vous apprécierez cette plongée unique dans l'univers de Cartier!

Lange & Söhne: un bracelet spécial pour la 1815 Rattrapante Calendrier Perpétuel

La 1815 Rattrapante Calendrier Perpétuel est une des plus belles montres du catalogue actuel de Lange & Söhne. Elle est une nouvelle preuve qu'au sein de la manufacture saxonne, les choses se font différemment. Alors qu'elle combine des complications qui se retrouvent dans d'autres montres, elle a fait l'objet d'un développement spécifique qui la rend très éloignée de ce qu'aurait pu être une synthèse entre un Double-Split et un Datograph Perpetual. 

Cette montre possède d'ailleurs une particularité qui la rend unique chez Lange & Söhne: elle est la seule, depuis la renaissance de la marque, à afficher les quantièmes sans le double-guichet de grande date. J'aime beaucoup son cadran, inspiré par celui des montres de poche, que je trouve équilibré et lisible, malgré la multiplication des informations. J'apprécie notamment la présentation de l'affichage des phases de lune qui n'apparaît pas écrasé comme c'est le cas sur le Datograph Perpetual ainsi que l'indicateur de la réserve de marche (de 42 heures) à douze heures.


L'architecture du mouvement est, comme avec tout mouvement chronographe en provenance de chez Lange & Söhne, magnifique même si la sensation de profondeur est moindre qu'avec un Double-Split. Le mécanisme de rattrapante se distingue nettement ainsi que les deux roues à colonne.

Le boîtier possède des dimensions raisonnables compte tenu de la complexité de la montre avec un diamètre de 41,9mm et une épaisseur de 14,7mm. La montre ne peut pas être considérée comme élancée mais elle n'en demeure pas moins harmonieuse.

Quintessence de l'horlogerie classique et parfaite représentante de ce qu'est une pièce de haute horlogerie compliquée et traditionnelle, la 1815 Rattrapante Calendrier Perpétuel est vendue avec un bracelet en croco marron dans sa version en or rose. Rien de bien surprenant, je retrouve l'habituelle combinaison de chez Lange. Elle est évidemment de très bon goût mais il faut l'avouer, sans grande prise de risque. D'ailleurs, aucune de mes Lange n'a conservé son bracelet d'origine, qu'il soit noir ou marron. Ils m'ennuient et j'ai toujours eu envie de rendre ces montres moins formelles. Heureusement, l'équipe Lange Europe de l'Ouest a eu l'excellente idée d'habiller cette 1815 Rattrapante Calendrier Perpétuel, ainsi que quelques autres représentantes de la collection (toutes en or rose), avec des bracelets réalisés pour l'occasion par Camille Fournet afin de donner plus d'énergie et de casser un peu les codes, parfois trop rigides, de la manufacture. Pour l'occasion, Alexander Kraft, PDG de Sotheby's International Realty France-Monaco, s'est prêté au jeu et a apporté son oeil aiguisé de dandy et d'ambassadeur d'élégance et de style pour définir les textures, les formes et les couleurs des bracelets. Le résultat est parfois surprenant mais toujours raffiné. Dans tous les cas, les bracelets apportent une nouvelle dimension aux montres en les plongeant dans une atmosphère différente et ont tendance à atténuer l'impact de l'or rose, certaines pièces ayant même un rendu proche de celui de l'or miel.


La combinaison la plus spectaculaire est celle réalisée avec la 1815 Rattrapante Calendrier Perpétuel car la couleur orange dynamite le côté sage et bien rangé de la pièce. Le rendu lisse est également surprenant tout comme l'épaisseur du bracelet qui s'explique par la hauteur du boîtier. Mais quel plaisir de mettre cette montre au poignet! La bracelet se révèle être très souple et le confort en devient amélioré par rapport à un croco neuf qui est toujours rigide au départ. Et puis, le fait de ranger au placard la sempiternelle combinaison marron - or rose est pour moi jouissif! Enfin, cette audace, cette énergie rendent comme par hasard la 1815 Rattrapante Calendrier Perpétuel encore plus désirable.

Tout cela me fait dire que les marques ont tort de négliger de façon générale le sujet des bracelets, restant dans les couleurs et textures ultra balisées. D'ailleurs, j'observe de plus en plus qu'en boutique, les vendeurs osent des combinaisons plus risquées avec des couleurs plus tranchées pour présenter les montres en vitrine. Cela ne nuit pas à l'image des marques qu'ils représentent bien au contraire: cela dépoussière le style, attirant ainsi une clientèle plus jeune et plus féminine.  Dans un contexte où l'offre horlogère s'éloigne de plus en plus des aspirations de cette nouvelle clientèle qui constitue le potentiel commercial de demain, il serait temps que les marques comprennent que l'absence de prise de risque n'est pas la solution. C'est la raison pour laquelle je salue la démarche de l'équipe Lange Europe de l'Ouest qui a bien compris cet enjeu.


Les différentes montres habillées par les bracelets Camille Fournet créés avec Alexander Kraft sont disponibles à la boutique Lange & Söhne de la rue de la Paix.

jeudi 8 décembre 2016

Rolex: Daytona 116500LN

Mais comment aborder cette montre, peut-être la plus célèbre au monde alors que tout a été dit et redit depuis la présentation de sa dernière version au cours de l'édition 2016 de Baselworld? Peut-être tout simplement en prenant un peu de recul.

Je dois avouer que lorsque je la découvris en mars, je suis tombé immédiatement sous son charme. A la base, je suis un fan de Rolex. Pour une simple et bonne raison:  parce que je ne connais pas une marque qui offre une telle homogénéité de qualité. Vous prenez deux montres au hasard venant d'être produites, vous pouvez être quasi sûr qu'elles fonctionneront de façon identique. L'exigence, le souci du détail, les process de fabrication, l'état d'esprit tourné vers l'efficacité, tous ces éléments forgent la réputation de Rolex. Pourtant, cela ne suffit pas. La qualité s'apprécie sur la durée mais il faut une étincelle à la base pour qu'une montre séduise. Et j'ai trouvé cette étincelle dans la nouvelle Daytona acier à lunette céramique noire.


En fait, il y a une sorte d'équilibre qui se crée avec cette montre qui offre plusieurs paradoxes la rendant ainsi passionnante. Le premier de ces paradoxes concerne son rendu visuel. D'un côté, elle dégage un sentiment de raffinement, d'élégance accentué par le superbe rendu de la lunette Cerachrom. De l'autre, la finition du boîtier (sans oublier l'alternance polie et brossée du bracelet) lui donne un côté plus exubérant et ostentatoire. J'aime beaucoup cette opposition car la montre semble en permanence passer d'un univers à l'autre.


Le deuxième paradoxe concerne son atmosphère. La lunette noire joue sur ce point aussi un rôle important. La Daytona 116500LN apparaît à la fois inspirée par les modèles du passé du fait de la couleur de cette lunette mais elle est résolument contemporaine. Les finitions, l'architecture et les performances du mouvement 4130, la qualité perçue ne laissent planer aucun doute: elle est bel et bien le fruit des derniers développements de Rolex.

Le troisième paradoxe me vient à l'esprit en observant les deux modèles de ce cru 2016. Mon point de vue a évolué depuis Baselworld. Lors du Salon, la version blanche m'a immédiatement séduite du fait notamment du contraste entre la lunette et le cadran. Je la trouvais d'ailleurs plus élégante que la version noire qui m'apparaissait comme plus sportive. Et puis... mon point de vue a changé. J'ai revu les deux montres côte à côte il y a quelques jours et mon coeur penche nettement pour la noire. Au départ, je la trouvais... trop noire! Et puis maintenant j'apprécie particulièrement sa discrétion, le cerclage des compteurs et le fait que cette dominante sombre réduise sa taille perçue. J'ai dorénavant la conviction que c'est la version noire qui est la plus élégante et la version blanche, la plus sportive et décontractée. Je pense aussi que la version noire est moins lassante sur le long terme. Un véritable virage à 180 degrés de mes sentiments qui prouve que cette montre est plus subtile et plus complexe qu'elle ne le laisse supposer.


Le quatrième paradoxe est inhérent à Rolex. Quand on analyse froidement la Daytona 116500LN, il apparaît que peu de détails changent par rapport à la version précédente. Les fondamentaux demeurent: le diamètre (40mm), l'organisation du cadran, le mouvement, les poussoirs... et je pourrais en citer d'autres. Et il suffit de quelques modifications pour que l'aspect général de la Daytona soit totalement transformé. Ce constat est valable pour la très grand majorité des  montres Rolex. Les différentes versions qui se succèdent confirment que la marque est en constante évolution mais rarement en révolution. Ce changement dans la continuité est rassurant, plaît à la clientèle et Rolex parvient à insuffler une personnalité propre à chaque version. Une sorte d'alchimie que seule la marque à la couronne semble capable de maîtriser.


Le dernier paradoxe est lié à la clientèle de la Daytona. Ce chronographe aux poussoirs vissés est résolument masculin et le mythe autour de cette montre ne fait que renforcer cet état de fait. Mais la Daytona est aussi une des Rolex favorites de la clientèle féminine. Son équilibre, son confort, sa polyvalence séduisent beaucoup les femmes et les derniers modèles à lunette céramique noire ne dérogent pas à la règle. Je trouve d'ailleurs que la version noire est idéale sur un poignet féminin du fait de la sensation de diamètre plus contenu. Et comme j'adore les femmes qui portent des montres masculines, je ne peux que me réjouir de ce pouvoir d'attraction qu'exerce la Daytona sur la gent féminine!


Montre aux multiples facettes, la Daytona acier de 2016 s'avère être une réussite. J'ai finalement expliqué pourquoi à partir d'éléments qui peuvent être perçus comme subjectifs. Après tout, la perception de l'esthétique, l'émotion qu'une montre suscite sont des critères qui peuvent considérablement varier d'une personne à l'autre. C'est peut-être un tort de ma part mais j'ai laissé de côté les points qualitatifs objectifs comme la certification Superlative Chronometer, les performances du mouvement 4130 à la réserve de marche appréciable de 3 jours et qui est équipé d'un spiral Parachrom antimagnétique, l'efficacité du fermoir Oysterlock... C'est finalement un ultime paradoxe. Le sérieux de la conception, la rigueur de la fabrication, les caractéristiques techniques irréprochables, pourtant indispensables au plaisir du porter quotidien apparaissent presque anecdotiques face au charme et au pouvoir de séduction d'un design maîtrisé et intemporel. Il faut se rendre à l'évidence, Rolex fait mouche une fois de plus et la Daytona acier de 2016 se révèle à la hauteur de sa réputation.

Parfaite sur un poignet féminin, la Daytona reste une icône de l'horlogerie masculine:


Les plus:
+ le rendu de la lunette céramique, à la fois élégant et légèrement ostentatoire
+ les performances du mouvement 4130
+ le confort au porter
+ la polyvalence de la montre, à l'aise en toutes circonstances
+ le rapport qualité/prix 

Les moins:
- le cadran toujours un peu bavard
- les poussoirs vissés, compréhensibles compte tenu de la polyvalence de la montre, n'en demeurent pas moins une incongruité du point de vue pratique

dimanche 4 décembre 2016

Hublot: Classic Fusion Vendôme Collection

Ça y est, petit à petit, la Place Vendôme retrouve son lustre d'antan comme l'atteste la réouverture récente du Ritz. Les nombreux travaux menés depuis plusieurs années avaient fini par détourner une partie des touristes, des promeneurs et des clients de ce lieu pourtant magique. Heureusement, ils touchent presque à leur fin  et la Place Vendôme va pouvoir redevenir, ce qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être, le symbole ultime du luxe parisien. Le timing est donc parfait pour Hublot qui saisit l'occasion de la célébration du cinquième anniversaire de la boutique située au numéro 10 de la Place pour dévoiler une série spéciale Classic Fusion "Vendôme Collection". Cette montre, commercialisée en exclusivité pendant 3 mois au sein de la boutique sera par la suite disponible dans d'autres points de vente. Pourtant, le lieu idéal pour l'acquérir demeure bel et bien cette boutique puisque Hublot a souhaité retranscrire l'esprit de la Place à travers plusieurs détails qui en font la particularité.


Le point de départ de cette série spéciale est habituel puisqu'il s'agit d'une base Classic Fusion d'un diamètre de 45mm avec un boîtier en titane alternant les parties polies et brossées. Un tel diamètre fait toujours peur mais la largeur de la lunette et l'intégration du bracelet dans le boîtier réduit la taille perçue. De plus, compte tenu de l'épaisseur légèrement inférieure à 11mm, la montre présente un aspect élancé très agréable.

L'originalité de pièce réside dans son cadran. Afin  de rendre hommage à la Colonne Vendôme qui domine la Place depuis 1810, Hublot l'a réalisé en bronze et l'a enfermé dans une capsule de saphir afin de le rendre inaltérable. L'intérêt de l'utilisation de cet alliage est que chaque cadran est unique. En effet, les marbrures vertes et dorées dessinent des motifs aléatoires et j'ai d'ailleurs été très agréablement surpris de constater que les cadrans des deux montres en démonstration étaient radicalement différents. J'aime beaucoup ce cadran au rendu original qui se marie bien avec le design Classic Fusion. Et puis comment ne pas évoquer l'excellente idée qui consiste à se passer d'un guichet de date! La pureté et l'équilibre du cadran sont préservés et je ne peux que me réjouir de cette décision.


Le lien avec la Colonne est renforcé par un clin d'oeil sympathique situé au niveau du logo de la marque. Le fût de droite du H de Hublot est remplacé par une représentation discrète et bien réalisée de la Colonne. Une excellente initiative qui donne une petite touche de caractère à la montre sans tomber dans le kitsch.

Si le côté cadran est convaincant, le côté mouvement l'est malheureusement moins. La Classic Fusion "Vendôme Collection" est animée par le mouvement HUB1100 d'une fréquence de 4hz et d'une réserve de marche de 42 heures. Il s'agit en fait d'un Sellita SW300. Ce mouvement fonctionne sans souci et  sa large diffusion assure sa pérennité. En revanche, il n'est pas particulièrement beau et la masse oscillante est un peu triste. Dans ce contexte, un fond plein avec une gravure de la Place Vendôme aurait été, selon moi, une meilleure idée.


Comme toujours avec Hublot, la montre se porte avec confort grâce à l'excellente boucle déployante et à la souplesse du bracelet en caoutchouc noir et en veau au rendu vintage. Cette couleur qui m'apparaît plus gris taupe que marron (tel qu'annoncé par Hublot) est réussie et complète idéalement le cadran. 

La Hublot Classic Fusion "Vendôme Collection" est une montre qui m'a séduit grâce à la présentation de son cadran, simple et raffinée. Son esprit est fidèle à celui de la Place car Hublot a adopté une démarche plutôt discrète. Je regrette cependant une présentation de mouvement un peu austère qui aurait dû conduire à un autre traitement du fond du boîtier.


Merci à Magna Presse et à l'équipe de la boutique Hublot de la Place Vendôme.

Les plus:
+ un cadran en bronze séduisant
+ le petit détail au niveau du logo
+ l'absence de guichet de date
+ le confort au porter

Les moins:
- un fond plein aurait été mieux adapté

dimanche 27 novembre 2016

Hermès: Slim Grand Modèle 3 aiguilles

Présentée en 2015, la collection Slim témoigne de l'ambition réaffirmée d'Hermès dans le domaine horloger. La Slim est disponible en plusieurs tailles (25, 32 et 39,5mm) mais c'est bien le grand modèle qui offre le contenu horloger le plus solide. Deux types de montres sont proposées avec cette taille: une montre à quantième perpétuel et une montre simple à petite seconde à 6 heures. Il est intéressant de se pencher sur cette dernière car elle est l'exemple d'une montre 3 aiguilles réussie... ce qui n'est jamais évident!

Tout l'art consiste à renouveler le genre sans tomber dans le loufoque. La montre habillée a ses codes, ses principes. Mais il faut savoir légèrement s'en écarter pour éviter d'offrir un nième clone d'une Calatrava, d'une Altiplano ou une pièce insipide. Hermès est parvenu à se distinguer dans ce segment fort encombré grâce à trois éléments clé: la police de caractère, les cornes et le mouvement.


La police de caractère des chiffres arabes périphériques du cadran attire le regard au premier coup d'oeil. Fine, originale, cette police créée par Philippe Apeloig donne à la montre une dimension contemporaine sans lui faire perdre une once d'intemporalité. Les chiffres sont composés d'éléments séparés et ils deviennent ainsi plus légers, plus aériens. L'absence de continuité de ces chiffres est intéressante à analyser et vient en rupture avec le concept propre de la montre qui ne fait que mesurer le temps, infini et continu. Le huit, créé par deux cercles distincts, perd ici sa notion de représentation de l'infini et j'aime beaucoup cette opposition.

La présentation du cadran est pour le reste plus classique même s'il possède un effet esthétique amusant: la minuterie est positionnée autour de la zone centrale. Cet effet est très joli du point de vue visuel car rendant la zone périphérique très pure sans nuire à la lisibilité du temps. Les aiguilles bâton se marient parfaitement avec les chiffres et les index séparés du sous-cadran de la trotteuse, qui rappelle la rupture des chiffres, contribue à l'harmonie de l'ensemble.


La position  de ce sous-cadran, un peu trop proche du centre, pourrait laisser supposer que le mouvement est trop petit pour le boîtier. Or, il n'en est rien puisque le calibre extra-plat H1950 occupe généreusement le boîtier ce qui est une excellente nouvelle. En retournant la montre, ce calibre automatique dévoile son architecture particulière liée à l'utilisation d'un micro-rotor. Présenté comme un mouvement de manufacture, il s'agit en fait d'un mouvement développé par Vaucher Manufacture Fleurier. Ses performances sont raisonnables (une fréquence de 3hz et une réserve de marche de 42 heures) compte tenu de sa très grande finesse (2,6mm). Sa finition est, il faut l'avouer, assez brute, notamment au niveau de la découpe des ponts mais cohérente avec le prix de vente de la montre. La décoration avec les H de Hermès est plutôt réussie mais j'aurais aimé qu'elle ne soit pas présente sur le micro-rotor. Pour ce type de mouvement, je préfère que le micro-rotor ait un contraste fort avec les autres éléments. Ce n'est pas le cas ici. Malgré ces bémols, l'utilisation d'un tel calibre est une excellente nouvelle. La Slim Grand Modèle 3 aiguilles est en effet vendue 5.650 euros TTC avec un boîtier en acier (13.500 euros avec un boîtier en or) ce qui en fait un prix très attractif pour profiter d'un tel mouvement qui se retrouve dans des montres bien plus chères. De plus, sa diffusion auprès de plusieurs marques lui assure une certaine pérennité. Enfin, son efficacité au remontage est tout à fait correcte.


Compte tenu du rapport diamètre (39,5mm) sur épaisseur (9mm) relativement élevé, la Slim Grand Modèle se distingue par son style élancé qui s'apprécie lorsqu'elle est portée. La montre ne peut pas être considérée comme extra-plate mais je trouve ses proportions très agréables. De plus, les cornes sont très séduisantes. Leur forme est géométrique et apporte du caractère au boîtier rond. Leur double inclinaison est une véritable réussite esthétique et j'ai rarement vu des cornes aussi bien faites sur un boîtier d'apparence simple.  Ce détail prouve qu'Hermès a conçu cette montre avec beaucoup de soin. J'ai pris beaucoup de plaisir à la porter et je la considère comme une des meilleures propositions du marché dans le segment des montres habillées car offrant un contenu esthétique et horloger solide pour un prix raisonnable.


Les plus:
+ l'esthétique réussie du cadran grâce notamment à la police de caractère
+ l'utilisation d'un calibre à micro-rotor
+ les cornes du boîtier
+ le prix attractif de la version en acier

Les moins:
- la découpe des ponts un peu spartiate
- la décoration du micro-rotor similaire à celle des ponts

Vacheron Constantin: Métiers d'Art Elégance Sartoriale

Pour un collectionneur, la montre est un objet bien trop important pour être considérée comme un simple accessoire de mode. Mais elle est la petite touche finale qui complète idéalement une tenue ou qui peut, en cas de mauvais choix, anéantir les efforts vestimentaires les plus sophistiqués. Les liens entre l'horlogerie et le monde de la haute couture sont évidents mais rarement mis en scène par les marques. Une des plus récentes manifestations de cette proximité était l'intéressante approche menée par Urwerk avec Timothy Everest à travers l'UR-110 "Eastwood" qui donnait l'occasion d'utiliser du tweed et du bois.


Les cinq montres qui composent la collection Métiers d'Art Elégance Sartoriale font l'objet d'une démarche différente. Elles ne sont pas le fruit d'un partenariat avec un couturier particulier et elles utilisent les matériaux et les techniques habituels de la Manufacture. En un sens, elles doivent être considérées comme un hommage au travail des tailleurs, aux matières qu'ils coupent et assemblent par le biais de cadrans mobilisant plusieurs métiers d'art.

La réussite de la collection réside dans cette retranscription convaincante des motifs des tissus (Prince de Galles, chevron, carreaux, rayures tennis et tartan)  grâce à un guillochage main et un émail Grand Feu translucide de couleur. Chaque montre utilise la même base, c'est-à-dire un boîtier en or (gris ou rose) d'un diamètre de 39mm et un affichage du temps décentré à 3 heures permettant de dédier une grande zone du cadran à sa décoration. Le sous-cadran est en or tapissé couleur champagne et est agrémenté d'un tour d'heures en nacre rehaussé de chiffres romains peints.


Les couleurs de l'émail Grand Feu sont, il faut l'avouer, audacieuses mais choisies judicieusement. Elles correspondent en effet bien au motif du guillochage. Le rouge framboise accompagne le motif "Prince de Galles", la lavande le motif  "chevron", la couleur taupe le motif "carreaux", la couleur lin le motif "rayure tennis" et le bleu azur le motif "tartan". Ce sont ces mariages que j'apprécie particulièrement et pour être plus précis, ils apportent la preuve que Vacheron Constantin est allé au bout de ses idées dans cette collection. Du fait de leur rendu coloré et de l'affichage décentré, les cinq pièces parviennent à marier élégance et originalité ce qui n'est jamais simple dans le monde des montres habillées à deux aiguilles. Ma préférée est celle qui utilise la couleur rouge framboise car elle dégage une belle énergie et son bracelet Bordeaux lui va à ravir. 


Le plus grand plaisir ressenti avec ces montres consiste à profiter du motif du guillochage qui est plus ou moins présent selon les conditions de lumière. Il peut aussi bien être extrêmement perceptible ou se fondre dans la couleur et quasiment disparaître. J'apprécie également le contraste entre ce motif principal et celui du décor tapissé sur le sous-cadran d'affichage du temps. Reprenant des thèmes de cravates ou de pochettes, ce décor complète joliment et avec discrétion le style raffiné des cinq montres.

Compte-tenu de l'affichage décentré, Vacheron Constantin se devait d'utiliser un mouvement bien plus petit que le boîtier. Le calibre 1400 d'un diamètre de 9 lignes est ainsi idéal. Sa fréquence est de 4hz et sa réserve de marche d'une quarantaine d'heures. J'aime beaucoup sa présentation, la qualité exemplaires de ses finitions et la forme des ponts, très esthétiques et comportant des angles rentrants. Il est très agréable au remontage ce qui est un point très important: une montre Métiers d'Art Elégance Sartoriale est avant tout une montre de dandy et le petit rituel du remontage quotidien fait partie du concept!


Je suis en revanche moins convaincu par le rendu visuel de l'arrière du boîtier. Est-ce qu'un fond totalement plein avec une gravure n'aurait pas été plus approprié? Je pense sincèrement que oui car le mouvement semble perdu. Certes l'espace disponible laisse de la place pour une gravure personnalisable. Mais un fond totalement disponible aurait été dans ce cas plus judicieux.

Malgré cette réserve, je fus séduit par cette collection au sein des Métiers d'Art. Elle offre une nouvelle preuve des capacités artistiques de Vacheron Constantin sans tomber dans la démonstration excessive. Raffinées tout en ayant le soupçon d'originalité qui rehausse leur intérêt, les cinq montres de la collection possèdent chacune leurs propres personnalités et donnent ainsi un vaste choix à tous ceux ou celles qui souhaitent trouver le complément idéal à leurs costumes ou tenues favoris. 


Les plus:
+ des cadrans variés et parfaitement exécutés
+ le plaisir procuré par le remontage du mouvement 1400
+ un équilibre subtil entre raffinement et originalité

Les moins:
- un fond plein aurait été selon moi plus approprié

dimanche 13 novembre 2016

Tag Heuer: Carrera Calibre 5 - Hommage à Mohamed Ali

"Je vole comme le papillon et pique comme l'abeille!": la célèbre citation de Mohamed Ali pourrait presque s'appliquer à Tag Heuer qui, sous l'impulsion de l'infatigable Jean-Claude Biver, se retrouve actif sur de nombreux fronts. Les relations avec le champion avaient été initiées avant son décès, Tag Heuer souhaitant s'associer à l'image de Mohamed Ali dont l'aura dépassait largement le cadre purement sportif. En fait, le lien entre Tag Heuer et la boxe est loin d'être incongru car Heuer dédia la Ring-Master, créée en 1957, à la mesure des temps des combats de boxe professionnels (15 rounds de 3 minutes avec 1 minute de repos) ou amateurs (le même principe avec des rounds de 2 minutes). Cette montre utilisait deux graduations spécifiques que nous retrouvons sur la Carrera Calibre 5 - Hommage à Mohamed Ali. Enfin, n'oublions pas que Jean-Claude Biver avait déjà été en contact avec le monde de la boxe comme l'attestent les 12 pièces uniques de la Hublot "King Power World Boxing Council" ou le partenariat avec Floyd Mayweather.


Le moins que l'on puisse attendre d'une montre dédiée au noble art est d'être percutante et la Carrera Calibre 5 - Hommage à Mohamed Ali l'est incontestablement. Grande (43mm de diamètre) sans être immense, offrant de beaux contrastes de couleurs entre le blanc, le rouge et le noir, elle se distingue par sa qualité perçue. Le cadran en noir opaline contribue beaucoup à ce sentiment en étant très lumineux malgré sa dominante sombre. Les informations de la graduation intérieure (celle faisant référence à la boxe amateur) et de la graduation extérieure tournante (grâce à la couronne située à gauche du boîtier) se lisent aisément tout comme les aiguilles polies et facettées à la discrète luminescence. Tag Heuer a particulièrement soigné le jeu des couleurs et évité un effet trop bariolé. J'apprécie aussi le rappel du rouge à travers le liseré de la couronne et les coutures du bracelet.


Le diamètre du boîtier en acier est évidemment trop grand pour le Calibre 5 mais alors que ce genre de constatation est souvent problématique, un miracle se produit ici. Le guichet de date étant éloigné du bord de la lunette, le 30 des minutes peut être logé sur le cadran sans être coupé. Et comme Tag Heuer a eu le bon goût d'utiliser un disque de date noir, la date est très bien intégrée même si je m'en serais aisément passé.


Mon point d'interrogation concerne l'imposante signature du champion qui traverse une grande partie de la zone inférieure du cadran. Je peux comprendre la volonté d'affirmer l'engagement avec Mohamed Ali. Mais le fond gravé comportant le portrait du boxeur avec l'inscription "Tribute to Mohammed Ali" aurait selon moi suffi. Certes, cette signature a une vertu esthétique: elle rééquilibre le cadran en créant une symétrie avec le logo situé dans la zone supérieure. Mais la taille de la signature et le style écrit à la main jurent un peu avec les autres éléments du cadran. De plus, cette signature réduit le potentiel de clients puisqu'il faut vraiment être un fan absolu de Mohamed Ali pour apprécier sa signature permanente sur le cadran. Or on peut tout à fait aimer la boxe et profiter des caractéristiques de cette montre sans se sentir lié à un champion en particulier. Je trouve donc cette décision étrange.


En revanche, le fond gravé est le bienvenu. Au-delà de sa décoration, il permet de cacher le calibre 5 qui est en fait un Sellita SW200. Ce mouvement est fiable et répandu et il animera la montre sans souci. En revanche, son diamètre fait qu'il aurait été visuellement perdu dans le boîtier. Et comme il n'est pas non plus d'une beauté époustouflante, le fond gravé devient tout indiqué.

La Carrera Calibre 5 - Hommage à Mohamed Ali est une montre qui fait une très jolie impression lorsqu'elle est mise au poignet. La finition du cadran est excellente et le jeu de couleurs est à la fois vif et élégant. La taille du boîtier est évidemment conséquente mais elle est cohérente avec l'univers de la boxe et des poids lourds: on n'est pas là non plus pour évoquer le thé de cinq heures dans des tasses en porcelaine! J'ai donc apprécié la démarche de Tag Heuer qui aborde un thème rare dans l'horlogerie et qui délivre une montre au bilan très positif et au caractère polyvalent (l'étanchéité étant de 100 mètres). Le sans-faute n'était pas loin mais à défaut d'une victoire par KO, Tag Heuer devra se contenter d'une victoire aux points: la signature sur le cadran est malheureusement trop segmentante et constitue pour moi un frein, ce qui est dommage compte tenu de la qualité globale de la pièce.


Les plus:
+ un thème rarement abordé dans l'horlogerie
+ la finition du cadran
+ le jeu de couleurs, vif et élégant
+ le fond plein

Les moins:
- la signature sur le cadran est de trop
- le guichet de date n'est pas non plus indispensable même s'il est bien intégré sur le cadran

Roger Dubuis: Excalibur Spider Squelette Automatique (pré SIHH 2017)

Roger Dubuis vient de dévoiler une nouvelle version de l'Excalibur Squelette Automatique dans le contexte du pré SIHH 2017. Elle apporte une modification importante par rapport aux versions précédentes puisqu'elle utilise pour la première fois le boîtier Spider 45mm.

En un sens, le travail du design est maintenant totalement accompli puisque la dimension du squelettage se ressent dorénavant également sur le boîtier. Il ne s'agit évidemment pas de minimiser l'intérêt et la beauté des Excalibur Squelette Automatique précédentes. Elles demeurent des montres  réussies et qui rappellent qu'il n'est pas nécessaire de proposer un tourbillon volant pour offrir un spectacle envoûtant à leurs heureux propriétaires. Elles constituent de plus une composante essentielle de la stratégie de Roger Dubuis en étant le fer de lance de la conquête du segment 50K-100K dans lequel la marque au poinçon de Genève était quasiment absente. Cependant, grâce à l'utilisation du boîtier Spider, le mouvement RD820SQ trouve une nouvelle dimension.


Les 3mm de diamètre supplémentaires se ressentent immédiatement lorsque les deux boîtiers sont côte à côte. Mais lorsqu'ils sont pris séparément, la différence de diamètre est bien moins perceptible. Ce sentiment est dû à une ouverture de cadran similaire, le gain de taille provenant du rehaut et de la lunette. L'Excalibur Spider Squelette Automatique gagne donc en présence sans devenir gigantesque ce qui est un excellent point.

Paradoxalement, les principaux éléments distinctifs par rapport aux versions précédentes proviennent du jeu de couleurs. La montre gagne à la fois en contraste et en vivacité. Je ne suis généralement pas un très grand amateur de la multiplication des couleurs sur les cadrans mais Roger Dubuis est arrivé ici à un joli équilibre. Le boîtier en titane DLC est une sorte de base sobre et monochromatique aux nombreuses touches de rouge et de bleu parsemées sur le cadran, la lunette, le bracelet... La façon dont le rouge est apposé résume parfaitement la démarche de Roger Dubuis. Il est présent partout, sur les aiguilles, sur la lunette, sur le bracelet, sur la couronne mais reste subtil et discret. Le bleu est plus perceptible sur le rehaut et le bracelet mais à aucun moment une couleur n'écrase une autre et l'ensemble se révèle harmonieux tout en définissant un style technique et sportif.


Le plus important est que la beauté de l'architecture propre du mouvement RD820SQ reste toujours bien mise en valeur. Le travail sur le mouvement, à la fréquence de 4hz et à la réserve de marche de 60 heures, est remarquable tant du point de vue décoratif que technique. Son architecture est aérienne et la forme des ponts rappelle qu'il a été conçu pour être présenté ainsi. La signature Roger Dubuis se retrouve dans l'Astral Skeleton dont le but n'est pas uniquement décoratif: les branches de l'étoile relient plusieurs index des heures et contribuent à la lecture du temps. J'aime beaucoup l'animation du cadran, une fois la montre mise au poignet. Les oscillations régulières du balancier et la rotation beaucoup plus aléatoire de la masse oscillante se complètent et apportent du dynamisme. Le revêtement PVD de la cage du barillet (ce dernier étant très élégamment dissimulé) et des ponts assurent un contraste suffisant avec l'extrémité rouge des aiguilles rendant ainsi la montre très lisible malgré le mouvement squelette. Enfin, l'arrière de la montre est du même niveau que l'avant, la reprise des formes des ponts créant un joli effet miroir. 

Malgré sa taille, l'Excalibur Spider Squelette Automatique se porte avec confort. La montre est relativement légère et surtout elle se positionne bien sur le poignet grâce à la boucle déployante et le bracelet en caoutchouc noir aux incrustations de cuir bleu et aux coutures rouge. Très vite, son caractère affirmé, souligné par la forme de la lunette aux décrochages plus marqués, fait son effet et crée la rupture par rapport aux versions précédentes. Les couleurs plongent la montre dans un univers de sport mécanique qui apporte des indications sur la stratégie de Roger Dubuis pour 2017 et les années suivantes.


Comme Jean-Marc Pontroué, CEO de la marque, l'a souligné lors du pré SIHH 2017, des nouveautés seront dévoilées lors du Geneva Car Show et lors du second semestre à Pebble Beach. Des partenariats avec le monde automobile sont donc à prévoir mais dans le contexte de démarches industrielles et pas avec de simples échanges de logos. Roger Dubuis est une marque qui bouge énormément comme l'atteste également sa nouvelle signature: "Dare to be Rare" qui remplace le traditionnel "Horloger Genevois". Un changement de langue pour une approche plus mondiale et plus dynamique. Finalement cette Excalibur Spider Squelette Automatique est une excellente démonstration de ce que veut réussir Roger Dubuis en offrant de la créativité et de l'audace tout en conservant comme base immuable les atouts techniques et décoratifs de la manufacture.

L'Excalibur Spider Squelette Automatique est commercialisée dans le cadre d'une série limitée de 88 pièces.

Les plus:
+ le plaisir de retrouver la beauté et les performances du mouvement RD820SQ
+ un style plus décontracté et dynamique
+ le confort au porter malgré la taille
+ une lisibilité tout à fait acceptable

Les moins:
- la montre reste réservée aux poignets pouvant supporter le diamètre de 45mm
- j'ai toujours une petite réserve sur le boîtier tricorne mais cela fait partie du style Excalibur 

lundi 31 octobre 2016

Une balade romaine en compagnie de la Chopard Mille Miglia XL Race Edition 2016

C'est maintenant devenu une jolie tradition: chaque année, la Chopard Mille Miglia officielle de la célèbre course m'accompagne au cours de mon périple romain estival. Et cette année, je ne risquais pas l'ennui puisque la version 2016 est radicalement différente de celle de l'année précédente! Pourtant, ces deux montres partagent un point commun: elles symbolisent la montée qualitative de la collection Mille Miglia.


Si la Chopard Race Edition 2015 se distingue par son très beau cadran rouge et son indicateur de réserve de marche à 9 heures, la montre de l'Edition 2016 joue une toute autre partition, beaucoup plus classique. En effet, ce chronographe trouve son inspiration dans les montres Vintage comme l'attestent les couleurs du cadran et des compteurs et les poussoirs champignon. Il y a cependant une différence... de taille par rapport à ses illustres ainés, les chronographes d'antan: le diamètre du boîtier est de 46mm ce qui en fait une montre très imposante!

J'ai pourtant pris beaucoup de plaisir à la porter sous le beau soleil romain. Cet éclairage particulier m'a d'abord fait apprécier la rigueur et la qualité de l'exécution: la finition du cadran et du boîtier est exemplaire et le mouvement offre une présentation technique et soignée. L'enjeu, compte tenu du diamètre a été de réduire la perception de la taille. Le cadran noir aux compteurs de couleur ardoise y parvient grâce à sa dominante sombre et à l'échelle tachymétrique périphérique. La date semble ainsi mieux intégrée alors qu'elle est relativement éloignée du bord de la lunette. D'ailleurs, j'aurais préféré qu'il n'y ait point de guichet de date, pour être plus fidèle à l'esprit de la montre. Les chiffres et les aiguilles contribuent également à la qualité perçue et leur luminescence est efficace.


Le boîtier dégage un sentiment de puissance dû à son diamètre mais aussi à la couronne surdimensionnée, aux poussoirs et à la forme de la lunette. Heureusement, les cornes sont suffisamment incurvées ce qui permet de bien positionner le boîtier sur le poignet sans qu'il ne dépasse. Le bracelet en veau brun, relativement souple et la boucle déployante maintiennent fermement la montre et le confort est ainsi assuré à condition d'avoir une taille de poignet suffisante.

Au-delà de son design réussi, la grande force de la Chopard Mille Miglia XL Race Edition 2016  réside dans son mouvement. Et tout comme le calibre Chopard 01.08-C qui équipe la Chopard Race Edition 2015, le calibre chronographe automatique 03.05-C  a été développé et assemblé au sein de Fleurier Ebauches, entité qui appartient à Chopard. Il s'agit évidemment d'un point crucial qui souligne l'importance pour Chopard de la collection Mille Miglia. En utilisant un calibre exclusif et certifié chronomètre, Chopard donne une nouvelle ambition horlogère à cette collection stratégique. Certes, la finition du mouvement n'atteint pas les standards des calibres L.U.C. Mais sa présentation est très agréable, propre et son rendu technique est cohérent avec l'atmosphère de la course automobile de la montre. Sa fréquence est de 4hz et sa réserve de marche d'une soixantaine d'heures ce qui est très satisfaisant. En revanche, son propre diamètre le rend un peu perdu dans le boîtier. Dans ce contexte, un fond plein aurait peut-être été plus satisfaisant mais les contraintes commerciales imposent la visibilité du mouvement. J'ai enfin apprécié son efficacité au remontage  et si les poussoirs sont un peu durs, ils demeurent tout de même agréables à l'usage.


La Chopard Mille Miglia XL Race est donc pour moi une montre qualitative au style imposant. Ce contraste entre l'inspiration Vintage et la puissance du boîtier peut être déroutante mais il permet de donner beaucoup de caractère à la montre. J'espère cependant que Chopard aura la volonté dans le futur d'utiliser le mouvement 03.05-C dans un boîtier plus raisonnable et mieux adapté.

Je vous propose de découvrir les photos prises lors de mes promenades romaines de cet été.

Piazza di Pietra:



Fontana di Trevi:


Forum:


Sur le Ponte Sisto:


Via Giulia:


Au 84 de la Via Giulia, un petit bar propose un délicieux Cappuccino:


Un petit tour chez Bartolucci est toujours indispensable pour saluer Pinocchio!


Piazza di Pietra:



L'hôtel Bernini offre une vue spectaculaire sur la Piazza Barberini et la fontaine du Triton:


Une vue depuis la colline de l'Aventin:


Les plus:
+ les finitions du cadran et du boîtier
+ les performances du nouveau calibre Chopard 03.05-C
+ le confort au porter malgré la taille

Les moins:
- le diamètre du boîtier
- le guichet de date n'est pas indispensable