mardi 20 octobre 2015

Montblanc: 1858 Small Second Edition Limitée à 858 exemplaires

Il est toujours étonnant de découvrir des montres de très grandes marques lors de leurs arrivées en boutique. Découvrir au sens premier du verbe c'est-à-dire apprendre leurs existences. C'est ce qui vient de m'arriver il y a quelques jours avec Montblanc: alors que je visitais son corner  aux Galeries Lafayette pour revoir l'Heritage Spirit Orbis Terrarum, une montre qui m'était totalement inconnue attira mon regard. C'est son logo qui m'intrigua. La célèbre étoile aux six contours arrondis laissait sa place au logo historique ce qui donna de façon instantanée une petite originalité à la montre. 
 
D'ailleurs, si le mot Mont-Blanc (en deux parties) n'avait pas été écrit sur le cadran, j'aurais été incapable de deviner sa marque. La montre fait partie de la ligne 1858 qui célèbre la date de la création de la Manufacture Minerva à Villeret. Cette ligne, à ma connaissance, ne fait pas partie des autres collections du catalogue et s'en distingue d'ailleurs nettement du point de vue esthétique. Elle est composée de 3 montres similaires (et d'un chronographe en or rose) dont les principales caractéristiques sont un cadran noir, des aiguilles cathédrale et des chiffres luminescents, une trotteuse à 6 heures et un boîtier en acier d'un diamètre de 44mm.
 
 
 
La montre que j'ai photographiée est la série limitée à 858 exemplaires. Elle se distingue  par le rendu "blanc cassé vieilli" de la matière luminescente et par l'utilisation d'un bracelet en croco, les deux autres montres étant équipé soit d'un bracelet à maille milanaise soit d'un bracelet en veau. La combinaison entre les aiguilles cathédrale et les chiffres luminescents fait immédiatement penser aux montres de pilotes de la première moitié du XXième siècle qui furent une source d'inspiration quasiment inépuisable pour de très nombreuses marques, connues (Zenith, Longines, Alpina entre autres) ou confidentielles (Altanus par exemple). A ce titre, la Montblanc 1858 se distingue peu de ses équivalentes car l'exercice de style laisse assez peu de marge de manoeuvre.
 
 
Il n'y en a d'ailleurs peu non plus au niveau du mouvement puisque je retrouve sans surprise (et avec plaisir) le mouvement Unitas 6498 qui a au moins la vertu d'être adapté au diamètre du boîtier. La finition du mouvement est basique et il est un peu dommage que Montblanc se soit contenté du minimum (côtes de Genève, vis bleuies) pour rendre hommage à la Manufacture Minerva. D'un autre côté, le rendu du mouvement, qui occupe généreusement le boîtier est cohérent avec l'esprit de la montre. 
 

Le boîtier en acier est bien fini et j'ai apprécié le travail sur les cornes qui apporte une touche de fluidité à l'ensemble. De même, la couronne est agréable à manipuler et sa taille est bien dosée ce qui est un excellent point pour une montre à remontage manuel. Si le cadran noir diminue la perception du diamètre de la montre, cette dernière n'en demeure pas moins imposante sur le poignet. Mais après tout, c'était l'objectif recherché avec une telle source d'inspiration.
 
La Montblanc 1858 m'a donc laissé un sentiment mitigé. Elle surprend de par la place particulière qu'elle occupe dans le catalogue de Montblanc. Réalisée avec soin, elle ne souffre d'aucune critique majeure. En revanche, elle fait face à une concurrence extrêmement fournie sur ce créneau car son prix, supérieur à 3.000 euros, n'est pas compétitif pour ce type de montre animée par un calibre Unitas. Montblanc m'avait habitué à être beaucoup plus performant sur ce thème précis ces dernières années. Dommage que Montblanc n'ait pas alors saisi l'occasion pour proposer une montre plus ambitieuse avec par exemple un boîtier officier ou un mouvement décoré d'une façon plus valorisante.
 
 
 
Merci à l'équipe Montblanc des Galeries Lafayette.
+ une montre réalisée avec soin et cohérente
+ la finition du boîtier
+ la petite touche originale apportée par le logo
+ le rendu "vieilli" des chiffres et aiguilles luminescentes de la série limitée
Les moins:
- une décoration sommaire du mouvement
- le prix rend la montre peu compétitive face à des montres équivalentes de la concurrence. Surprenant de la part de Montblanc.

dimanche 18 octobre 2015

Cartier: Ronde Croisière

Pour une marque généraliste comme Cartier, chaque segment compte. Et la nouvelle collection Ronde Croisière, qui arrive en cette fin d'année, nous en apporte une nouvelle preuve. L'objectif de cette collection est de se loger dans un espace entre les différentes montres Solo, le véritable entrée de gamme de Cartier et les pièces plus emblématiques comme Ballon Bleu ou Calibre. Cet espace, qui peut nous sembler relativement étroit, correspond peu ou prou aux prix autour de 4.000 euros mais dans un monde horloger extrêmement concurrentiel, Cartier se devait d'y être présent de façon plus marquée.


Ronde Croisière nous éclaire également sur deux orientations stratégiques de Cartier. La première est l'utilisation du mouvement 1847 MC qui avait fait son apparition dans le contexte de Clé. Ce mouvement a pour objectif, petit à petit, de remplacer les mouvements ETA qui sont encore utilisés dans plusieurs montres de la collection. Si son emploi dans Clé m'a semblé surprenante du point de vue de la cohérence de la collection (le mouvement 1904 MC, que je considère comme supérieur se retrouve dans des montres moins onéreuses que Clé), il est en revanche tout indiqué pour animer les différentes versions de Ronde Croisière. La deuxième est le retour d'un style plus décontracté chez Cartier, suivant la tendance initiée par la Calibre Diver et qui faisait cruellement défaut depuis le retrait de montres mythiques comme la Santos Carbone ou la Pasha.


Ronde Croisière fut d'abord dévoilée sur le marché américain à la fin de l'été ce qui me donna l'occasion de la découvrir sur photos. Je dois avouer qu'à ce stade, je n'étais pas franchement emballé. L'opportunité de porter pendant quelques jours la version à cadran ardoise me permit de réviser mon jugement et je considère maintenant Ronde Croisière comme une jolie réussite même si elle n'est pas exempte de tout reproche.

En un sens, Ronde Croisière, disponible en 3 versions (acier et cadran blanc, acier et cadran ardoise, bicolore et cadran ardoise), est une montre de synthèse entre plusieurs univers mais qui parvient toutefois à posséder sa propre identité. Son boîtier possède un rapport diamètre (42mm) sur épaisseur (9,7mm) relativement élevé ce qu'il lui confère une allure élancée. Complété par la couronne ornée d'un cabochon en spinelle synthétique, le boîtier est agréable à porter, élégant et m'évoque, si j'oublie les cornes,  celui de la collection Rotonde ce qui est une bonne référence. Les chiffres romains ainsi que la minuterie périphérique sont des éléments de style traditionnels de Cartier et qui, une fois combinés avec le boîtier, ne laissent planer aucun doute sur la marque de la montre. L'atmosphère Cartier est facilement reconnaissable même si Ronde Croisière propose plusieurs originalités.


La première de ces originalités est la lunette en acier avec un revêtement ADLC. Cette lunette, légèrement inclinée, m'évoque celle d'une plongeuse mais elle n'est pas tournante. Elle donne un aspect plus sportif à la montre et surtout elle réduit considérablement l'ouverture du cadran, diminuant ainsi la taille perçue. Sa couleur anthracite se marie parfaitement avec les cadrans "ardoise" alors que le contraste avec le cadran blanc m'a beaucoup moins séduit. L'inclinaison de la lunette préfigure les courbes du verre légèrement bombé et j'aime beaucoup le rôle joué par ce verre dans la réussite esthétique de Ronde Croisière. En revanche, le verre a tendance à capter un peu trop les reflets ce qui nuit à la lisibilité du cadran.


La deuxième originalité est constituée des deux aiguilles principales et de la trotteuse. Les aiguilles glaives sont évidées pour apporter une certaine légèreté visuelle tandis que la trotteuse "Lollipop", elle aussi évidée, anime de façon ludique le cadran. Ces aiguilles, vierges de toute luminescence, combinent joliment avec les chiffres romains en relief et favorisent l'atmosphère décontractée de la montre. En revanche, elles se détachent moyennement du fond du cadran anthracite et la lecture de l'heure peut s'avérer délicate dans certaines situations. L'absence de luminescence sur les aiguilles et la lunette est sujette à débat. Alors que Ronde Croisière revendique une approche moins formelle et se veut adaptée à toute situation, n'aurait-il pas fallu proposer des aiguilles lisibles dans l'obscurité? Et même si la montre n'est pas une plongeuse, elle propose tout de même une étanchéité de 100 mètres. Auquel cas, pourquoi se priver de cette luminescence et d'une lunette tournante? Je pense que Cartier n'a pas voulu créer une sorte de "double-emploi" avec la Calibre Diver et risquer de cannibaliser les ventes de cette dernière. Dommage que Cartier ne soit pas allé au bout de la logique avec Ronde Croisière en la rendant véritablement fonctionnelle en toute circonstance.


La dernière originalité est le bracelet en veau particulièrement réussi. Cartier lui a donné un aspect "tissu de kevlar" que je trouve adapté à l'allure de Ronde Croisière. Son confort et sa souplesse procurent du plaisir au porter et ce, d'autant plus que la boucle déployante papillon permet un réglage fin des deux côtés de sa position . Je ne suis cependant pas pleinement satisfait par cette boucle. Certes, une fois que l'on a compris comme la fermer sans forcer, elle devient plus agréable à manipuler. Mais elle continue à maltraiter les bracelets qui sont très marqués par le système de fermeture propre à Cartier avec repli vers l'intérieur. De plus, si ce repli est long, il a tendance alors à se déplacer latéralement et à devenir visible sous la partie principale du bracelet ce qui n'est pas très beau esthétiquement parlant. Le confort est certes au rendez-vous et l'assise et la finesse du boîtier y contribuent beaucoup mais la boucle reste pour moi un élément à améliorer.


Si le calibre 1847 MC n'est pas du point de vue technique du même niveau que le 1904 MC et son double-barillet qui lui assure  un meilleur couple, il fonctionne en revanche de façon très efficace avec une excellente efficacité au remontage. Il tourna sans souci lorsque j'eus l'occasion de porter Ronde Croisière. Même si je regrette une réserve de marche trop courte selon les standards d'aujourd'hui (42 heures), il est adapté au contexte de la montre et à son prix. Ce mouvement joue un rôle stratégique important pour Cartier et j'ai la conviction qu'il se comportera avec fiabilité puisque l'atteinte d'un taux de SAV parmi les plus bas du marché est l'objectif principal de la manufacture... qui a les moyens de ses ambitions. Le 1847 MC n'est pas un joli mouvement, étant orienté vers l'efficacité mais comme le fond du boîtier de Ronde Croisière est plein, cela n'a aucune importance. 


Le principal atout de Ronde Croisière reste son style particulièrement réussi. Malgré la cohabitation d'éléments en provenance de différents univers, l'ensemble est très agréable à regarder et j'ai pris du plaisir à porter cette montre à la faveur notamment de ses diverses teintes de gris. Elle est à l'aise avec un costume ou en week-end grâce à un équilibre subtil entre élégance et décontraction. La finesse du boîtier poli et la jolie forme des cornes complètent un bilan esthétique très convaincant. Malgré plusieurs défauts (la lisibilité dans certaines conditions et la boucle déployante qui peut agacer), Ronde Croisière m'a beaucoup plu lorsqu'elle offre son cadran gris ardoise. Son prix compétitif (a priori autour de 4.200 euros) et l'utilisation cohérente du mouvement 1847 MC renforcent un bilan positif qui positionne Ronde Croisière comme une proposition crédible et séduisante d'entrée de gamme de manufacture chez Cartier.

Les plus:
+ un boîtier élancé, élégant et confortable
+ le cadran anthracite, particulièrement réussi
+ une montre polyvalente du point de vue esthétique
+ un prix adapté

Les moins:
- la lisibilité dans certaines conditions de lumière
- la boucle déployante qui peut s'avérer agaçante
- dommage que Cartier ne soit pas allé au bout du concept de la polyvalence à l'usage et n'a pas profité de l'étanchéité pour rajouter de la luminescence et une lunette tournante

samedi 17 octobre 2015

Lange & Söhne: retour sur l'Anniversary Langematik

L'Anniversary Langematik est une des montres Lange & Söhne produites en série limitée les plus appréciées des collectionneurs. Présentée en 2000 pour célébrer les 10 ans de la renaissance officielle de la marque, l'Anniversary Langematik n'est pourtant pas la pièce la plus exclusive (500 pièces) ni la plus compliquée de la manufacture saxonne. Et pourtant, elle symbolise ce que devrait être une série limitée idéale de la part de Lange & Söhne.


Cette grande estime s'explique aisément. Lorsque l'Anniversary Langematik fut dévoilée, elle était la première Lange & Söhne depuis la première collection de la marque en 1994 à proposer un cadran en émail. Cette spécificité lui donnait immédiatement un intérêt particulier car elle se distinguait alors de toutes les autres montres de la collection permanente. Elle conserva d'ailleurs ce statut d'unique montre Lange & Söhne à cadran en émail pendant de nombreuses années, jusqu'à la présentation de la Richard Lange Pour le Mérite, une pièce, également en série limitée, dont le prix se situait nettement au-dessus de celui de l'Anniversary Langematik.


Le cadran en émail, simple et raffiné, est inspiré des montres de poche traditionnelles comme l'atteste le XII rouge en son sommet. Cette touche de couleur ravive le cadran tout en conservant sa pureté. Le secteur de la trotteuse, légèrement en retrait apporte de plus une petite sensation de relief très agréable. Le chemin de fer périphérique, les index des quarts en losange et la façon subtile avec laquelle les marqueurs des 5 minutes sont dessinés contribuent également à cette réussite esthétique, certes sans grande originalité, mais soignée et équilibrée.


L'attrait principal demeure évidemment l'émail dont le jeu de couleurs demeure très séduisant. Il est vrai que certains cadrans laqués offrent des résultats quasiment aussi spectaculaires au premier coup d'oeil. Mais le charme de l'émail, sa texture, le rendu lumineux du blanc font que le cadran a le petit "je-ne-sais-quoi" qui place l'Anniversary Langematik dans une autre dimension.

Le sentiment d'équilibre est également provoqué par les proportions harmonieuses de la montre. Le boîtier en platine d'un diamètre de 37mm a la taille idéale compte tenu de l'élégance de la montre et du diamètre propre du mouvement Sax-O-Mat. De fait, le sous-cadran de la trotteuse est à la fois bien proportionné et idéalement placé.


Ce mouvement explique aussi évidemment la côte d'amour élevée de l'Anniversary Langematik. Le Sax-O-Mat est pour moi un des plus beaux mouvements automatiques contemporains. Son rotor 3/4, plus grand qu'un micro-rotor traditionnel, est superbement décoré avec le contraste entre la partie en or gravée et le poids périphérique en platine. Il permet aussi de profiter de la décoration irréprochable des ponts et des éléments de l'organe réglant. L'autre vertu du mouvement Sax-O-Mat est qu'il dévoile le perlage sous le rotor 3/4 qui complète joliment les côtes de Glashütte des ponts. Ce mouvement a un côté un peu luxuriant avec ses 5 vis bleuies sur le rotor mais il demeure toujours aujourd'hui comme une référence en matière de décoration d'un calibre automatique. Ses performances sont habituelles (une fréquence de 3hz et une réserve de marche de 46 heures) mais sont en retrait par rapport à celles d'un mouvement plus récent. C'est une des raisons avancées par Lange qui expliquent l'abandon du Sax-O-Mat qui n'est plus utilisé sur les montres simples, étant dorénavant exclusivement réservé aux montres calendriers (Saxonia Calendrier Annuel ou Langematik Perpétuelle). Je regrette cette situation et les mouvements à rotor central, même avec une réserve de marche supérieure, n'ont pas remplacé dans le coeur des collectionneurs le Sax-O-Mat. 


Enfin, l'Anniversary Langematik est une pure merveille au poignet. Si je mets de côté sa taille et son équilibre, son charme s'explique en grande partie par son style délicat qui ne tombe pas dans le formalisme excessif (comprendre: la montre habillée propre sur elle et sans âme). En effet, le cadran lumineux met en valeur les aiguilles bleuies et le XII rouge. La montre est donc beaucoup plus vive qu'elle ne le laisse entrevoir et se révèle à l'aise avec une tenue habillée ou dans un contexte plus décontracté. Le boîtier en platine apporte sa discrétion et son poids renforce la sensation de qualité qui se dégage. L'Anniversary Langematik possède ainsi de multiples facettes que son heureux propriétaire prend plaisir à découvrir au fil du temps. 


L'Anniversary Langematik est au bout du compte bien plus qu'une montre Lange & Söhne réussie. Elle symbolise ce que devrait toujours être une série limitée en provenance de la plus prestigieuse manufacture saxonne: une pièce qui apporte un véritable plus par rapport à la collection permanente. Je regrette que ce ne soit plus véritablement le cas aujourd'hui.

dimanche 11 octobre 2015

De Bethune: DB25 Cadran Gris (pièce unique)

J'ai déjà eu par le passé l'occasion de vous présenter la DB25RM qui peut être considérée comme une des plus belles montres à deux aiguilles du marché. En effet, même si elle ne possède aucune complication, si je mets de côté l'affichage de la réserve de marche au sommet du cadran, elle parvient toutefois à retranscrire la capacité technique et la force créatrice de la manufacture de L'Auberson. 


Au fil du temps, la DB25RM est devenu plus qu'une montre mais le point de départ de la ligne classique de De Bethune regroupant dorénavant plusieurs modèles avec complications comme les phases de lune, le Tourbillon à seconde morte ou le quantième perpétuel. A noter qu'une version sans affichage de la réserve de marche et avec un boîtier d'un diamètre de 40mm fait également partie de cette collection mais elle est postérieure à la DB25RM.

Un ami possédant une DB25RM à cadran titane guilloché, a fini par se lasser de cette approche décorative beaucoup plus contemporaine que le classique cadran argenté à douze secteurs. Il se trouvait donc face à l'alternative de devoir revendre sa montre ou de changer de cadran pour continuer à profiter des performances du mouvement automatique DB 2024, de ses brevets et du style élancé du boîtier. Il y avait évidemment la possibilité de revenir sur le cadran argenté mais mon ami voulait conserver une approche plus originale. Plusieurs modèles dans la collection de De Bethune proposent il est vrai des couleurs particulières comme le noir ou le bleu (avec la DB27 Titan Hawk, la série limitée pour Mercury m'ayant laissé un souvenir ému!), le saumon ou le gris ardoise (observés sur des cadrans de montres à quantièmes perpétuels). Et c'est ce dernier qui lui plaisait le plus. Encore fallait-il que De Bethune acceptât de remplacer le cadran d'un modèle existant par un cadran non disponible pour cette référence.

Le cadran gris donne à la DB25RM une sensation de taille perçue similaire à celle du cadran en titane guilloché. Le cadran argenté l'aurait en revanche augmentée:


C'est là où toute la magie d'une marque indépendante maîtrisant son appareil de production et ses fournisseurs opère. Alors que de très nombreuses marques (et évidemment les plus importantes d'entre elles) auraient refusé un tel changement, De Bethune accepta de produire un cadran gris ardoise spécifiquement pour cette DB25RM et le changement put être effectué. Mon ami est donc aujourd'hui propriétaire d'une montre unique avec un cadran dont la subtilité, les reflets et la finition l'enchantent tous les jours. Son choix fut évidemment le bon et me conduit à faire deux remarques.


Tout d'abord, sa volonté de changer de cadran témoigne bien de l'attachement qu'ont les collectionneurs avec les montres de marques indépendantes. Il se crée une sorte de lien affectif due à l'exclusivité de la montre, la petite production, la connaissance des équipes qui ont travaillé dessus. Et ce lien rend la vente de la montre très difficile, comme une sorte de séparation.


Ensuite, il est temps que les grandes marques se posent la question de la personnalisation des montres au moment où les ventes s'essoufflent de façon générale. Alors que l'automobile a fait sa révolution industrielle et que le marché offre maintenant la possibilité de personnaliser son véhicule lors de la commande, l'industrie horlogère semble toujours figée dans ses principes comme si l'organisation du secteur empêchait toute évolution. Lorsqu'on pose la question de la personnalisation aux marques, les mêmes réponses reviennent: nous ne souhaitons pas multiplier les références, c'est compliqué pour nos sous-traitants, vous comprenez, les délais sont déjà longs et la personnalisation va les augmenter etc...


Ces arguments sont certes recevables mais ils témoignent avant tout d'un manque de volonté de faire bouger les choses. Car quand on veut, on peut. Et pourquoi lorsque je demande à Tommaso Barracco, dans le cadre de sa petite marque, un cadran avec une couleur spécifique et mes initiales dessus, la montre est disponible en moins de 5 semaines? Pourquoi une demande similaire ne serait-elle pas acceptable chez une marque d'un grand groupe? Si au moins la crise pouvait servir de point de départ d'une véritable réflexion de changement et d'évolution de l'organisation industrielle de l'horlogerie, elle aurait alors au moins servi à quelque chose. Il est temps que le secteur d'activité horloger comprenne que tradition ne veut pas dire immobilisme. Il en va de sa survie.

Merci à mon ami de m'avoir fait découvrir sa superbe DB25RM à cadran gris ardoise.

samedi 10 octobre 2015

Sartory Billard: RPM01

On dit souvent qu'il vaut mieux bien connaître le monde de l'horlogerie, ses codes, ses règles, son fonctionnement avant de se lancer dans l'aventure de la création d'une montre. C'est sûrement vrai compte tenu de son organisation. Mais cette connaissance n'est ni nécessaire ni suffisante. Dans certains cas, le fait de découvrir cette industrie, sans préjugé, sans idée préconçue, sans anticipation de ce que pourraient être les contraintes de production, libère la capacité créative et préserve l'enthousiasme. Lorsque j'ai découvert la première montre de Ludovic Sartory et d'Armand Billard, dont les parcours professionnels respectifs sont très éloignés du secteur horloger, je me suis dis  que seuls des nouveaux venus ou des insouciants pouvaient imaginer et rendre concrète une telle forme de boîtier.


Car la RPM01, nom raccourci de la Paraboloïde APEX RPM modèle 01, est une montre sans compromis et sans demi-mesure, ce qui la rend passionnante. Sa pierre angulaire est le couple formé par le boîtier et le verre. Au premier coup d'oeil, la RPM01 se distingue par son originalité, sa taille. Puis on comprend très vite qu'il faut la tourner dans tous les sens pour apprécier la complexité de son design.

La RPM01 revendique une inspiration liée au monde de la course automobile. Ce thème, très tarte à la crème, n'est pas facile à utiliser car menant très souvent à des montres un peu trop évidentes et au bout du compte quelconques. La plus grande réussite du duo Sartory Billard est d'être arrivé à créer une pièce qui renouvelle le genre avec sa propre personnalité et une identité très forte. De plus, il s'agit d'une inspiration diffuse, qui se sent dans les détails, sans que la montre dans sa globalité ne devienne un objet n'intéressant que les amateurs de sports mécaniques. Dans ce contexte, le boîtier en acier joue un rôle fondamental. Pour les spécialistes en géométrie, sa forme est celle d'un Paraboloïde Hyperbolique. Pour les autres, il s'agit avant tout d'un véritable boîtier tri-dimensionnel. 


Selon les inclinaisons, il m'évoque les virages des circuits ou les courbes voluptueuses des plus belles carrosseries. Il produit même des effets d'optique passant du rond à l'ovale en une fraction de seconde! En tout cas, contrairement à beaucoup de montres qui associent course automobile à virilité et qui proposent des designs très géométriques voire agressifs, la RPM01 est une montre sensuelle que l'on aime caresser. Je vous promets que j'ai passé beaucoup de temps à effleurer les formes du boîtier! Cette très belle expérience sensorielle est mise en valeur par la qualité de l'exécution, irréprochable et effectuée par un artisan franc-comtois. J'aime aussi beaucoup le contraste entre la partie supérieure polie et la base du boîtier microbillée. Il permet d'éviter à la montre de tomber dans le piège du tout "brillant" compte tenu du polissage et du gabarit important.


Le cadran baigne bien entendu dans la même atmosphère. L'élément clé est le rehaut périphérique en aluminium anodisé qui évoque un écrou et qui donne au cadran l'aspect d'une roue dentée. Ce rehaut remplit deux fonctions: il esquisse les zones des index dans lesquelles se logent les chiffres et du fait de sa forme inclinée, il assure la transition entre le cadran et le verre. Le style en compte-tour du cadran est défini par les touches de rouge sur la couleur dominante noire, l'absence de guichet de date (un vrai soulagement), la graduation centrale des minutes et le trait rouge plein qui évoque la montée en régime entre 9 heures et 11 heures. La trotteuse effectue sa révolution le long de la zone périphérique tandis que l'aiguille des minutes suit la graduation centrale. Malheureusement, compte tenu du trait rouge plein et de l'absence de graduation autour du logo, la lecture précise des minutes n'est plus possible lors du dernier quart d'heure et des cinq premières minutes.

Ce souci n'en est pas un car notre cerveau est habitué à deviner les minutes en fonction de la position de l'aiguille y compris sans index. En revanche, la lisibilité de la RPM01 est plutôt moyenne car les deux aiguilles principales contrastent peu avec le cadran et la forme du verre n'aide pas non plus à ce niveau, étant un véritable piège à reflets.


Paradoxalement, je ne regrette pas cette forme. Si le verre était plus plat, la montre perdrait sa cohérence: le boîtier serait alors trop proéminent et le résultat serait bizarre. Le boîtier  Paraboloïde Hyperbolique exige un effet de volume au niveau du verre et à ce titre, son aspect fortement bombé remplit parfaitement son rôle esthétique. Cependant, malgré le traitement anti-reflets, la forme fait que l'environnement autour de la montre se projette sur le verre rendant la lecture du cadran plus délicate. Avec habitude, j'ai heureusement trouvé une inclinaison de poignet qui me satisfait.

La RPM01 est animée par un mouvement ETA 2824-2 positionné sur un support en aluminium qui rappelle le rehaut du cadran. Le mouvement est ici dans sa version "top" reconnaissable à l'incabloc  et sa finition, industrielle, reste soignée (perlage, côte de Genève et soleillage sur le rotor, vis bleuies, spiral Anachron, ressort de barillet Nivaflex NM) et surtout suffisante et cohérente pour l'esprit de la montre. Inutile de sur-décorer ce type de mouvement dans un contexte de mécanique automobile. Les performances du mouvement sont donc standards (4hz, une réserve de marche d'une quarantaine d'heures) et comme toujours avec le 2824-2, j'apprécie son efficacité au remontage. Il constitue donc un moteur idéal pour la RPM01 et le fait qu'il soit très répandu lui assure pérennité et capacité de réparation dans l'avenir.


La RPM01 est commercialisée à un prix de 2.900 euros TTC. Ce prix, qui peut sembler élevé dans l'absolu pour une montre sans complication animée par un mouvement courant m'apparaît raisonnable compte tenu de la faible production (une dizaine de pièces par mois) et de son exclusivité qui se manifeste à travers l'audace esthétique. De plus, Ludovic Sartory et Armand Billard ont tenu à solliciter le plus d'artisans français possibles et cette démarche de qualité a un coût. Le boîtier n'est donc pas le seul élément français puisque le rehaut et le support en aluminium proviennent du même fournisseur. Les aiguilles, le bracelet et la boîte sont également français. Le mouvement et le verre bombé sont suisses tandis que le verre du fond du boîtier provient du Japon. 

Ma plus grande crainte à la découverte de la RPM01 se situait plutôt au niveau du confort au porter. Avec un diamètre naviguant entre 44,5 et 46,5mm selon la hauteur où la mesure est prise, le boîtier ne cache pas ses dimensions généreuses. Cependant, il a été très intelligemment conçu. Sa base, son assise au contact de la peau demeurent raisonnables et surtout les cornes sont quasiment inexistantes. L'entrecorne du bracelet est d'ailleurs cachée sous la partie supérieure du boîtier ce qui permet à la fois de donner cette forte présence visuelle tout en préservant une portabilité équivalente à celle d'une montre plus petite. La montre est ainsi bien positionnée sur le poignet, le bracelet étant suffisamment large pour assurer un bon maintien. L'épaisseur du boîtier est une autre bonne surprise. La RPM01 s'avère plus élancée et fine que je l'imaginais. La hauteur est de 12,5mm ce qui est très acceptable. C'est en revanche le diamètre au dessus de la couronne qui rend le passage sous la chemise plus délicat. Enfin, la couronne  a été bien intégrée dans le design de la montre étant elle aussi cachée en partie par la partie supérieure du boîtier. Sa cannelure facilite sa manipulation mais il est conseillé de retourner la montre pour la tirer sans souci. 


Ludovic Sartory et Armand Billard ont pour moi réussi le plus difficile à travers cette RPM01. Ils ont exprimé leurs idées en refusant les compromis et le résultat est singulier et excitant. Malgré une lisibilité suspecte dans certaines conditions, la RPM01 s'avère très séduisante grâce à son caractère et à sa personnalité. Elle provoque de fortes réactions d'adhésion ou de rejet et au bout du compte, c'est bien le sentiment d'être en face d'un projet de passionnés qui prédomine. Certaines montres ciblent un segment de la clientèle et cela se sent. La RPM01 est  en revanche le résultat d'une démarche créative guidée avant tout par le plaisir et cet enthousiasme est communicatif.

La Sartory Billard RPM01 est disponible en ligne ou chez Ochrono, dans le 1er arrondissement de Paris.

Les plus:
+ une véritable réussite esthétique, originale et séduisante
+ la finition du boîtier
+ le confort au porter malgré le gabarit
+ le mouvement fiable et pérenne

Les moins:
- la lisibilité très moyenne dans certaines conditions
- la graduation des minutes interrompue

dimanche 4 octobre 2015

Roger Dubuis: Excalibur 42mm cadran bronze

L'ouverture du nouveau point de vente Roger Dubuis aux Galeries Lafayette m'a donné l'occasion de découvrir une montre qui n'est pas absolument pas apparue sur les écrans radar: l'Excalibur 42mm avec un cadran en bronze. Cette série limitée de 188 pièces est pourtant particulièrement intéressante et mérite un coup de projecteur.

Ce n'est certes pas la première fois que Roger Dubuis propose un cadran spécial dans le contexte de l'Excalibur 42mm. Je pense notamment à celle qui rend hommage au Roi Arthur et aux Chevaliers de la Table Ronde avec son cadran en pierre gravée. La nacre, l'onyx et le lapis-lazuli furent également utilisés et toutes ces montres partagent le même point commun: la trotteuse traditionnellement positionnée à 9 heures est supprimée ainsi que le guichet de date à 6 heures.


La version à cadran en bronze ne déroge pas à la règle tout comme son alter-ego à cadran en argent qui sort en même temps. J'apprécie beaucoup ce choix de la simplicité car, outre le fait qu'il évite de positionner un guichet  ou un secteur de la trotteuse  qui auraient rompu l'harmonie d'ensemble, il donne le premier rôle de la montre à la texture et au rendu du cadran. Bien entendu, je peux regretter l'absence de tout indicateur de marche. Mais l'esthétique de la montre est bien plus convaincante de cette façon et surtout le matériau du cadran assure son animation. 

Il serait faux de considérer cette montre comme inerte car n'ayant que deux aiguilles. Le cadran en bronze, traité afin de le rendre stable, avec ses reliefs, ses multiples reflets, sa finition à la fois brute et raffinée est un régal visuel permanent. Tantôt proche du cuivre, tantôt plus sombre, le bronze du cadran explore une palette chromatique beaucoup plus large que je ne l'imaginais.


Le boîtier et les aiguilles en or rose se marient idéalement avec ce cadran et j'aime beaucoup dans ce contexte les encoches typiques du boîtier Excalibur 42mm car elles renforcent le style "steampunk" de la montre. Je n'imaginais pas un jour utiliser un tel qualitatif pour une pièce simple qui se veut habillée mais il se dégage véritablement une atmosphère particulière et originale. Je pense même que l'utilisation de l'or rose la rend paradoxalement plus discrète car un métal neutre aurait provoqué un contraste fort entre le boîtier et le cadran et la montre aurait perdu en raffinement. 


Sans surprise, le mouvement RD622 équipe cette version de l'Excalibur 42mm. Il s'agit de la version sans date ni trotteuse du RD620 et possède donc des performances similaires (une fréquence de 4hz pour une réserve de marche de 52 heures) et une présentation identique caractérisée par l'utilisation d'un micro-rotor. J'ai eu l'occasion de tester ce mouvement dans d'autres circonstances et je fus étonné par son excellente efficacité au remontage ce qui n'est pas toujours acquis avec un micro-rotor. En revanche, je suis moins charmé par son style décoratif qui, malgré le poinçon de Genève et une finition soignée, aurait mérité quelques détails plus valorisants comme par exemple au niveau du micro-rotor que je trouve trop triste.

Quoi qu'il en soit, le clou du spectacle se trouve côté cadran et lorsque cette Excalibur 42mm est mise au poignet, il devient difficile de quitter le cadran des yeux. Le diamètre de 42mm m'est apparu comme idéal, suffisamment grand pour apprécier les finitions du bronze et les reliefs apportés par les chiffres tout en restant raisonnable. L'absence de trotteuse s'oublie et demeure le plaisir de porter une pièce intrigante et raffinée, finalement... bien dans l'esprit de Roger Dubuis.


Merci à Roger Dubuis France et à l'équipe du point de vente aux Galeries Lafayette.

Les plus:
+ la beauté du cadran en bronze
+ la combinaison entre or rose et bronze
+ les proportions du boîtier
+ les performances du mouvement à micro-rotor

Les moins:
- la présentation du mouvement est un peu austère malgré le poinçon de Genève

Charlie Watch: Initial

Charlie Watch est une marque française fondée en 2014 par deux parisiens d'une vingtaine d'années, Ambroise et Adrien et qui connaît un certain succès commercial auprès d'une clientèle jeune et urbaine. En visitant le showroom de Charlie Watch, je me suis d'ailleurs senti d'une autre génération! Ce n'est pas le lieu en lui-même qui m'a donné ce sentiment. Le showroom est situé dans un des bâtiments de la rue de Charonne, autour de la place Jacques-Viguès, construits au milieu du XIXième siècle et qui avaient pour vocation de regrouper des ateliers de fabrication de meubles. Il y règne maintenant, dans ce contexte à la fois industriel et artisanal, une atmosphère très start-up qui colle bien à l'esprit de la marque horlogère.  C'est en revanche la galerie de photos collées sur le mur qui m'a fait ressentir le décalage générationnel! Cette galerie regroupe des portraits des clients ambassadeurs de la marque et je ne pus que constater que le plus vieux d'entre eux devait avoir au moins 10 ans de moins que moi!

Autour de la place Jacques-Viguès:


Une fois mes états d'âme passés, je me rendis compte que cette galerie en disait long sur la stratégie de Charlie Watch. Au-delà de l'âge moyen compris entre 20 et 25 ans de cette clientèle casual chic et très propre sur elle, le parfait équilibre entre filles et garçons m'apparut comme une évidence. Ce point est fondamental pour Charlie Watch qui basa le développement de sa collection sur une taille de boîtier de 37mm unisexe. Cette collection est aujourd'hui composée de plusieurs modèles animés par un mouvement à quartz Ronda à petite seconde ou à seconde centrale. Plusieurs couleurs de cadrans sont disponibles (blanc sablé, noir, bleu) ainsi que deux types de boîtier: en acier ou plaqué or ou noir.

La galerie des ambassadeurs:


L'esthétique des montres Charlie Watch est très classique avec des aiguilles feuille et de longs index appliqués. Deux détails contribuent à la définition de l'identité de la marque: la forme des cornes, fines et légèrement rétro et le logo, très présent sur le cadran. La cigogne évoque deux traits de caractère de la clientèle visée: sa jeunesse et sa mobilité. Si au départ, je trouvais ce logo trop grand, j'ai finalement changé d'avis trouvant qu'il apporte la seule véritable touche d'originalité du point de vue esthétique. Enfin, un large choix de bracelets est disponible et chaque montre peut être vendue dans un coffret comportant deux bracelets supplémentaires facilement interchangeables grâce à un système de pompes flash.

La montre photographiée est un prototype:


Simples et classiques, les montres Charlie Watch sont en quelque sort l'antithèse de la montre connectée qui nous bombardent d'informations et séduisent la clientèle visée à travers un discours très life style mettant en avant la quiétude et la sérénité de l'affichage traditionnel du temps. Mais toute marque se doit d'évoluer et Charlie Watch était dans l'obligation de proposer une montre automatique pour se donner une crédibilité horlogère et être présent sur un segment de prix supérieur.

La façon de présenter Initial, la première montre automatique de Charlie Watch est intéressante. Elle se veut une sorte d'initiation de la clientèle à la belle horlogerie, celle animée par des mouvements mécaniques. La notion d'initiation est valable aussi pour Charlie Watch qui effectue ses premiers pas dans cet univers bien différent de celui de la montre à quartz. Les contraintes, les prix, les pièces détachées ne sont pas les mêmes et cette première s'accompagne d'une élévation de la qualité des éléments constitutifs de la montre.


Du point de vue esthétique, Initial s'inscrit dans la lignée de la collection avec le cadran caractéristique de la marque à index fins et longs, le logo appliqué et les cornes caractéristiques. Cependant, des différences sautent rapidement aux yeux: la date fait son apparition tout comme un rehaut périphérique traduisant l'augmentation significative de la taille à 40mm. Compte tenu de la finesse de la lunette et la couleur du cadran, la montre apparaît plus grande qu'elle n'est ce qui la rend moins "mixte" que ces devancières à quartz.

Autre détail, amusant, celui-ci: le mot "Paris" apparaît sur le cadran pour donner un label plus prestigieux à Initial. Le mouvement est japonais et les pièces sont usinées en Chine mais comme la montre est dessinée et assemblée à Paris, après tout pourquoi pas? Il vaut mieux laisser l'enthousiasme s'exprimer. 


Initial est aujourd'hui proposée en pré-commande à un prix de 345 euros. Son  prix final sera de 395 euros ce qui est une augmentation significative par rapport aux tarifs habituels de la marque, autour de 150 euros. Cependant, cela reste raisonnable pour une montre automatique de petite série et dans ces conditions, le meilleur mouvement possible, à la fois en termes de fiabilité, de disponibilité et de compétitivité est le calibre Miyota 9015 d'une réserve de marche de 42 heures. Il anime Initial sans grand souci et il constitue même un gage de pérennité. En revanche, il n'est pas particulièrement joli (sa finition est on ne peut plus austère) et son diamètre est limité pour un boîtier de 40mm. Le guichet de date se retrouve donc un peu trop près du centre altérant légèrement l'équilibre du cadran. Heureusement, la forme du boîtier a été dessinée pour le rendre plus fluide et élégant et pour que le mouvement semble moins perdu. Il n'en demeure pas moins que j'aurais apprécié une finition sur la masse oscillante afin de la faire contraster avec les ponts et augmenter la qualité perçue. En l'état, le mouvement apparaît comme triste et brut. Compte tenu de l'objectif de la montre, le fond transparent est obligatoire car sinon, elle perdrait sa dimension "initiatique". La décoration est donc selon moi à revoir.

L'autre détail qui m'a posé problème est la taille de la couronne, trop petite pour mes doigts et difficile à tirer. Malgré tout, le design simple du cadran et sa grande trotteuse bleue m'ont plutôt séduit tout comme le rehaut qui apporte un effet de profondeur agréable. Je trouve que le bracelet en cuir de buffle bleu est celui qui se marie le mieux avec cette montre: il est suffisamment sombre pour être cohérent avec l'élégance revendiquée et sa couleur rappelle celle de la trotteuse.


Même si Initial n'est pas exempte de reproches et souffre de quelques pêchés de jeunesse, elle constitue cependant une jolie progression pour Charlie Watch, possédant des atouts pour lui permettre de séduire sa clientèle et l'inciter à rentrer dans le monde à part qu'est celui de l'horlogerie mécanique. Elle peut éventuellement toucher de nouveaux clients, plus âgés et plus sensibles au contenu horloger. Qui sait? Peut-être qu'un jour je trouverai sur le mur du showroom des photos  d'ambassadeurs ayant le même âge que moi! 

Merci à Ambroise pour son accueil au showroom de Charlie Watch.

Les plus:
+ une évolution intéressante pour la marque
+ le design simple et efficace du cadran
+ l'effet de profondeur apporté par le rehaut
+ un prix raisonnable pour une petite série

Les moins:
- la présentation du mouvement très austère
- la taille trop petite de la couronne
- une taille moins adaptée aux poignets féminins

Social Media for your luxury watch brand: retour sur le guide écrit par Jerome Pineau

Jerome Pineau a le sens du timing. Son guide des bonnes pratiques des Média Sociaux à l'attention des marques horlogères de luxe est en effet bienvenue pour un certain nombre d'entre elles. Il est en effet erroné de penser que l'explosion des médias sociaux, qui date pourtant de plusieurs années, a entraîné une véritable approche professionnelle du sujet par les marques. En 2015, je suis à titre personnel toujours interpellé par le manque de discernement et de maturité qui règne à propos des médias sociaux. Pour être franc, l'industrie horlogère, à de rares exceptions près, donne l'impression d'utiliser ces vecteurs de communication de façon contrainte et forcée ("nous devons être présents") plus qu'en application d'une véritable stratégie. Seule tirent véritablement leurs épingles du jeu les marques qui ont fondé leurs communications et leurs distributions exclusivement sur ces médias (SevenFriday par exemple) ou qui ont su en percevoir le véritable potentiel (MB&F me vient à l'esprit).

Bien entendu, Jerome Pineau n'a pas l'ambition d'être exhaustif et d'analyser chacun des thèmes qu'il présente en profondeur. Cependant, son guide d'une vingtaine de pages se révèle être très complet en abordant tous les aspects fondamentaux de la stratégie à l'égard des médias sociaux. Profitant de sa double expérience dans l'univers des marques technologiques et dans celui des marques horlogères comme Hublot, Marvin ou  Clerc, Jerome Pineau rappelle les principes incontournables de cette stratégie, les fondamentaux à respecter pour que le travail du Community Manager soit efficace.


D'ailleurs, le terme de Community Manager est-il approprié? J'ai personnellement rencontré ces dix dernières années peut-être 2 ou 3 véritables Community Managers dans l'industrie horlogère, c'est-à-dire des personnes qui sont capables de bâtir et d'animer une communauté. Les autres, sans vouloir les offenser, sont plus de simples pourvoyeurs de contenu sur les différents médias sociaux (comprendre: relai des communiqués de presse dupliqués sur Facebook, Instagram etc...), répondant de temps en temps aux questions en transmettant aux équipes concernées (commerciales, SAV). Cette différence est bien mise en lumière par Jerome Pineau, rappelant la distinction entre audience et communauté.

Jerome Pineau explique que son guide s'adresse avant tout aux marques de taille petite ou moyenne. La prudence l'a sûrement empêché d'écrire qu'il s'adresse aussi à celles de taille supérieure car ma vision est qu'aujourd'hui, ces grandes marques, à de rares exceptions près, sont autant voire même plus déboussolées que les autres face aux médias sociaux malgré des budgets de communication plus importants.

Pour moi, un véritable Community Manager doit aimer et connaître l'horlogerie et pas uniquement la marque pour laquelle il travaille. Evidence? Oui mais est-ce la réalité? Non bien évidemment. Et c'est la raison pour laquelle on peut être amené à lire des réponses des marques à côté de la plaque ou sans intérêt sur Facebook ou tout autre média social. Je suis de la même façon très surpris de voir que le contenu n'est absolument pas adapté aux médias. De nombreuses marques communiquent de la même façon que ce soit sur Facebook ou Instagram traduisant en cela une méconnaissance totale des médias.


Je vais prendre un exemple: une très grande marque a un compte Instagram qui ne fait que republier ses photos officielles. Un véritable festival sans intérêt puisque les followers ont déjà vu ces images 50 fois. Pendant un salon horloger (je ne cite pas lequel), cette marque s'est mise à publier des photos live des montres prises notamment par des blogueurs. Je me suis dit: enfin, ils commencent à comprendre Instagram et à sortir de la communication corporate lénifiante. Hélas, cela a duré 3 jours et le robinet d'eau tiède fut ouvert de nouveau. La personne qui avait pris cette initiative s'est-elle fait rappeler à l'ordre? Ce contenu moins contrôlé n'a-t-il pas effrayé? Je ne saurai jamais pourquoi cette idée, cet esprit d'ouverture furent tués dans l'oeuf. Mais tout cela traduit bien l'opposition voire même le paradoxe que vivent les marques: d'un côté des médias ouverts, qui vont vite et qui se basent sur le partage et l'échange d'information. De l'autre des marques qui veulent contrôler leurs communications au millimètre. Cela ne peut pas marcher ainsi.

C'est la raison pour laquelle le guide de Jerome Pineau prend tout son sens. S'il s'adresse aux Community Managers, il vise avant tout leurs managers et les CEO des marques qui en 2015, ne peuvent pas faire l'impasse de comprendre a minima les règles de fonctionnement de ces médias. J'espère que la lecture de ce guide leur donnera de nouvelles perspectives et les obligera à repenser leurs stratégies en termes de contenu et d'animation.

Le guide de Jerome Pineau est disponible en téléchargement à l'adresse suivante: