mardi 29 septembre 2015

De Grisogono: New Retro

Et si la De Grisogono New Retro était la plus belle montre de Baselworld 2015? Je ne suis pas loin de le penser en tout cas. Je suis totalement sous le charme de cette montre au style unique et dessinée de main de maître par Fawaz Gruosi. Une chose est certaine en tout cas: son nom a été choisi avec beaucoup de soin. La New Retro ne doit pas selon moi être comprise comme une nième déclinaison de la tendance Neo Retro que les marques nous proposent avec plus ou moins de succès depuis des années. Le Neo Retro, c'est une réinterprétation d'aujourd'hui d'un classique ou d'une approche stylistique du passé, en d'autres termes, une remise au goût du jour d'une recette qui a fait ses preuves. Et moins il y a de prises de risque, mieux c'est. La New Retro est basée sur un autre concept, presque opposé. Dans l'esprit, cette montre veut devenir une sorte de représentation idéale de ce que serait la montre "vintage" de l'avenir, c'est à dire la montre d'aujourd'hui observée dans plusieurs décennies. A ce titre je la considère comme une projection vers le futur et absolument pas comme une montre tournée vers le passé.


Car, j'ai beau l'observer et la manipuler, malgré son atmosphère très Art déco, elle me semble bien plus inspirée par le design industriel que l'on pourrait retrouver dans certaines calandres de voiture que par une tendance esthétique horlogère antérieure. C'est la tout le talent de Fawaz Gruosi: la New Retro est une montre résolument contemporaine et imprégné de l'univers de De Grisogono. Cet univers se manifeste à travers de nombreux détails:
  • le boîtier de forme, cette fois-ci un rectangle horizontal, que l'on a vu à de très nombreuses reprises comme avec l'Uno, la Meccanico DG ou l'Otturatore,
  • la couronne à 12 heures déjà utilisée dans le contexte de la FG One Jump Hour,
  • le cadran qui va à l'essentiel avec des chiffres prédominants et des aiguilles dauphine,
  • et bien entendu une taille imposante avec une largeur de 50mm, une hauteur de 44mm et une épaisseur de 12mm.
 

Il est intéressant d'analyser de plus près cette taille. A la lecture de ses dimensions, le gabarit de la montre apparaît  impressionnant, à la limite du portable. Et pourtant, la montre se porte sans difficulté et parvient même à dégager un sentiment de raffinement et de grande élégance. Plusieurs raisons expliquent cette sensation. La première est que la montre se déploie dans le sens horizontal, facilitant ainsi son confort au porter. La deuxième est la façon dont les godrons convergent vers le bracelet et qui allège considérablement l'esthétique de la montre. Les cornes, relativement courtes et incurvées apportent aussi leur contribution au confort et à la fluidité visuelle. Enfin, la dernière raison est peut-être celle qui est la plus fondamentale et qui explique en grande partie la réussite du design de la New Retro: c'est la forme du verre.


Le verre joue ici un double rôle: non seulement il donne une touche aérienne à la montre mais, grâce à sa forme qui se prolonge sur les côtés en initiant la carrure, il englobe littéralement le cadran et l'illumine. J'aime beaucoup cet effet de style qui plonge la New Retro dans une atmosphère très contemporaine qui m'évoque, d'une certaine façon, celle des téléphones portables et autres objets technologiques du quotidien.

Les chiffres du cadran se trouvent d'ailleurs près des bords comme pour mieux capter la lumière. Forme de la montre oblige, les 6 et 12 ont été retirés pour obtenir un rendu contraire à ce qui se pratique habituellement et accentuer l'impression de largeur de la montre. Le cadran est disponible en plusieurs teintes: noir, blanc cassé et vert vintage, la couleur assurément la plus intéressante et originale du lot.


Le parti-pris de Fawaz Gruosi fut d'épurer le cadran ce qui explique la prédominance des chiffres. La montre est en ce sens sans compromis car combien aurait été tenté de mettre la sempiternelle date qui gâche tout? La New Retro ne propose aucune complication, ni date, ni trotteuse et cette simplicité, qui tranche avec le design plutôt complexe du boîtier, est la bienvenue.  Seule entorse à cette règle: le blason de la marque au centre du cadran, peu discret mais conforme au style De Grisogono.


La New Retro est animée par le mouvement DG 10-01. Il s'agit en fait d'un calibre ETA2824 très joliment décoré avec une masse oscillante en or évidée et une finition noircie. L'effet visuel du cadran  est repris côté mouvement en utilisant un verre présent sur toute la largeur de la montre et qui se prolonge sur la carrure. Rarement un ETA2824 aura été aussi spectaculaire et dans ces conditions je m'en contente aisément. Car bien entendu, je peux regretter qu'une montre d'un tel prix (26.900 euros en or et 14.100 euros pour la version en acier PVD noir) utilise un mouvement de large diffusion sans exclusivité. Mais voilà: c'est un mouvement fiable avec une très bonne efficacité au remontage (bien meilleure que le 2892) et facilement réparable. Alors compte tenu de sa présentation très avantageuse, le choix de ce mouvement sans souci m'a semblé pertinent.


L'essentiel est ailleurs. Car la grande force de la New Retro est l'émotion qu'elle crée une fois mise au poignet. Il s'agit véritablement d'une montre de contrastes aimant jouer avec les oppositions. Elle est à la fois puissante, imposante mais aussi raffinée et élégante. Elle est également simple dans son affichage du temps et complexe dans la construction du boîtier. Elle est enfin très énergique et originale du fait de sa forme rectangulaire horizontale mais aussi douce compte tenu des courbures des verres. Le cocktail fonctionne incontestablement et dans ce contexte, la position de la couronne à douze heures est le détail qui parachève la réussite du design. Cette couronne assure la parfaite symétrie. Elle explique aussi la raison de l'utilisation d'un mouvement automatique. Dans mon esprit, un mouvement à remontage manuel aurait été parfait pour une montre habillée à deux aiguilles. Cependant, la position de la couronne rend sa manipulation plus délicate, ayant quelques difficultés à la tirer et à la faire tourner. Le mouvement automatique devient alors la solution la plus raisonnable et la plus adaptée.


La New Retro est donc pour moi la parfaite démonstration du talent de Fawaz Gruosi. Toutes les explications, les descriptions de cette montre semblent bien vaines car il suffit de la porter pour comprendre la force de son design et la créativité dont elle fait preuve. Je la considère tout simplement comme une des plus belles montres deux aiguilles du marché.


Merci à l'équipe de la boutique De Grisogono de Paris.

Les plus:
+ un design remarquable magnifié par la forme des verres
+ un affichage réduit à sa plus simple expression
+ le confort au porter grâce au bon maintien du bracelet
+ la présentation du mouvement: rarement un ETA2824 aura été aussi spectaculaire!

Les moins:
- la couronne plutôt difficile à manipuler
- le prix élevé... mais c'est la rançon d'une certaine exclusivité et la beauté n'a pas de prix! 

dimanche 27 septembre 2015

Girard-Perregaux: 1966 Edition Limitée 150ième anniversaire du Printemps

Afin de célébrer cette année son 150ième anniversaire, le Printemps proposa à certaines marques horlogères présentes dans ses magasins de réaliser des montres en série limitée marquant cet événement. Girard-Perregaux répondit présent et saisit l'opportunité pour dévoiler une version de la 1966 qui décoiffe.

En fait, pour être plus précis, Girard-Perregaux réalisa deux montres: l'une féminine d'un diamètre de 30mm avec une lunette sertie et des diamants utilisés comme index, l'autre masculine qui part de la base de la 1966 automatique d'un diamètre de 38mm. Les deux partagent un point commun qui en fait tout leur charme et leur intérêt: un cadran rouge vif.


Rarement un changement de cadran aura autant transformé l'esprit d'une montre. La 1966, particulièrement dans ses versions 3 aiguilles, est le symbole de la montre classique habillée, à la fois simple et raffinée. Joliment exécutée, je peux cependant lui trouver un côté un peu trop formel, pour ne pas dire trop tranquille. Fort heureusement, ce cadran rouge la secoue et lui apporte dynamisme et énergie. Ce cadran est une véritable réussite. Au-delà de sa couleur, il crée de multiples reflets accentués par son côté légèrement bombé et l'effet satiné soleil qui prédomine. Allant du rouge très vif au rouge sombre, c'est un véritable arc-en-ciel fondé sur une unique couleur de base qui nous est offert. Je me suis interrogé sur la raison de l'utilisation d'une telle couleur. Elle constitue un hommage aux fleurs qui symbolisent le Printemps et au bout du compte, le rouge est idéal dans ce contexte. Le rythme d'un grand magasin est fait de mouvements, d'effervescence et la vivacité du rouge me rappelle bien les affluences du samedi après-midi!

J'avais cependant des doutes sur la combinaison créée entre ce cadran et le boîtier en or rose. Est-ce que deux teintes vives allaient cohabiter alors qu'à titre personnel, j'aime beaucoup les cadrans qui contrastent fortement avec les boîtiers. C'est une bonne surprise car la réponse est positive. La chaleur de l'or rose se mélange bien avec le rouge et la montre est étonnamment vive sans être agressive ni exubérante. Le choix d'utiliser le boîtier de 38mm me semble judicieux. L'ouverture du cadran est importante car la lunette est fine et le boîtier de 41mm aurait été trop grand compte tenu de la couleur dominante.


Si  la montre est esthétiquement réussie, je pense que le résultat aurait été encore plus convaincant et abouti si Girard-Perregaux avait osé procéder à deux modifications. Le guichet de date, surtout avec ce fond blanc me semble inutile et de plus, il gâche un peu le plaisir en cassant l'harmonie du cadran. L'autre élément qui me gêne est le maintien du fond transparent qui permet d'observer le mouvement 3300. Ce mouvement, d'une fréquence de 4hz et d'une réserve de marche de 46 heures n'est certes pas désagréable à observer. Il est simplement décoré mais avec soin. En revanche, son diamètre de 25,3mm est un peu petit pour le diamètre de 38mm et cela se voit. Le choix d'un fond plein aurait été plus judicieux selon moi. Le risque commercial d'oser cacher le mouvement et de retirer la date était bien faible. En effet, cette série limitée est bel et bien très... limitée! Imaginez donc: seulement deux montres sont disponibles par version! Une se trouve dans le magasin Haussmann, l'autre se trouve dans celui du Carrousel du Louvre. Mais je ne vous dis pas quel magasin a la numéro 1!


Malgré ces deux bémols, bien réels, j'ai pris du plaisir à porter cette 1966 et ce d'autant plus que son confort au porté demeure irréprochable. Je n'imaginais d'ailleurs pas une telle capacité à se transformer et cette dose d'énergie lui va à ravir. Grâce à ce cadran dynamique, la 1966 trouve un souffle nouveau qui me permet de la considérer sous un angle différent. J'espère donc que cette série limitée donnera des idées à Girard-Perregaux sur la façon de donner du peps à sa montre classique.

Merci à l'équipe du Printemps.

Les plus:
+ un cadran dynamique qui donne un nouveau style à la 1966
+ la finition du cadran
+ le confort au porté
+ l'efficacité au remontage du calibre 3300
+ une vraie série limitée!

Les moins:
- un guichet de date pas indispensable qui casse un peu l'harmonie du cadran
- un fond plein aurait été préférable

SevenFriday: V-Series

SevenFriday ne peut plus maintenant être considérée comme une nouvelle marque, étant installée dans le paysage horloger depuis plusieurs années. Se distinguant par sa singularité et sa stratégie de distribution et de communication basée sur les médias sociaux, l'enjeu pour SevenFriday est  de trouver une nouvelle dynamique pour poursuivre sa lancée et pérenniser la marque. C'est dans ce contexte que vient d'être dévoilé le nouvel opus de la collection: la V-Series. 

Cette nouvelle série est en fait la troisième et il est intéressant de remarquer que chacune des séries a symbolisé une progression pour SevenFriday:
  • la P-Series, à l'affichage du temps classique, se distingua avant tout par son design original,
  • la M-Series proposa un affichage alternatif, fondé sur l'utilisation de disques mais qui reprenait un concept utilisé relativement fréquemment dans les années 70,
  • enfin la V-Series marque l'arrivée d'un affichage exclusif et unique en son genre.

Cette progression s'est faite tout en bâtissant et en conservant ce qui est le plus difficile à acquérir: une identité de marque. Pour SevenFriday, au-delà de l'approche esthétique particulière basée sur la forme du boîtier "carré arrondi" reconnaissable au premier coup d'oeil et sur un cadran à l'atmosphère technique, cette identité s'est également développée sur l'utilisation d'un calibre automatique Miyota et d'une production en Chine, le tout permettant d'obtenir des prix de vente attractifs. La cible visée par la marque a toujours été une clientèle plus orientée vers le design et le lifestyle que vers le contenu horloger et la provenance des éléments constitutifs de la montre.


Je pense qu'il va falloir dorénavant trouver une nouvelle qualité à cette clientèle: celle d'aimer le calcul mental. Car telle est la principale caractéristique de la V-Series: basées sur des affichages des secondes et des heures qui n'occupent qu'un segment du cadran, les 2 montres de la V-Series, la V1-01 (celle en photo) et la V1-02 proposent à leurs propriétaires une petite gymnastique intellectuelle pour lire l'heure.

Oubliez l'aiguille des minutes: ces dernières se lisent comme sur n'importe quelle autre montre traditionnelle. La singularité se trouve donc au niveau du secteur supérieur droit de 120 degrés dédiés aux heures. Elles se lisent grâce à la combinaison de deux éléments: le disque rotatif central comportant les 3 inscriptions suivantes: 0+, 4+ et 8+ et la graduation entre 0 et 4 qui intègre également l'affichage des quarts d'heure. L'effort à effectuer est d'additionner le chiffre du disque rotatif avec celui de la graduation qui se trouve en face. Sur la première photo, le 8+ est quasiment en face du 3ième quart de l'heure 0. Il est 8+0 = 8 heures. L'affichage jour/nuit précise s'il s'agit une heure de la journée ou de la nuit. Dans ce cas précis, il est 8 heures du soir. L'aiguille des minutes est en face de la 41ième graduation. Il est 8h41. Enfin, le principe des heures se retrouve avec les secondes. Nous sommes dans la 40+10 = 50ième seconde.


Etrangement, ce ne sont pas les heures et les secondes qui m'ont posé problème. Très rapidement, l'astuce est comprise et leur lecture devient presque naturelle. J'ai finalement été plus troublé par les minutes, pourtant le seul affichage traditionnel! En effet, l'absence de repère (la graduation périphérique ne comporte aucun chiffre) et la design  du cadran, totalement décalé, font que j'ai eu tendance à me tromper de quelques minutes. C'est là le paradoxe: l'originalité prend le pas sur le classique, notre cerveau intègre la nouveauté et connaît alors une difficulté avec l'aiguille habituelle. J'imagine cependant qu'avec le temps ce problème s'estompe et n'oublions pas que les graduations des quarts sur le secteur supérieur droit apporte aussi une aide. L'aiguille des minutes devient presque optionnelle. 

J'ai beaucoup aimé la finition du cadran et ses différents niveaux donnant un sentiment de profondeur qui contribue à la qualité perçue. J'ai été moins séduit en revanche par l'ouverture sur le mouvement qui n'apporte pas grand chose selon moi.


La finition du boîtier en acier est elle aussi excellente pour le prix de la montre. Sa forme est impressionnante, plus rectangulaire par rapport aux deux séries précédentes avec les deux décrochages latéraux sur la carrure gauche. La lunette supérieure brossée permet d'adoucir le côté un peu brillant et clinquant. Car, il ne faut pas oublier que le gabarit de la V-Series est, tout comme celui de ces devancières, impressionnant: 44,3 x 49,7mm! Heureusement, la montre demeure relativement fine avec une épaisseur totale de 11,3mm. Comme en plus une montre de forme a tendance à apparaître plus grande qu'une montre ronde, je vous laisse deviner l'impression visuelle qu'elle dégage. Vous pouvez de toutes les façons faire le test via le site de SevenFriday qui permet l'impression d'une montre à taille réelle pour une simulation d'un test au porté. Le bracelet relativement rigide au début m'en empêché d'être totalement convaincu par le confort une fois mise au poignet. La boucle avait du mal à être centrée et la montre avait la fâcheuse manie de basculer. Avec l'assouplissement du bracelet, le confort doit s'améliorer grâce à une meilleure position de la montre sur le poignet.


Une fois n'est pas coutume, un des points les plus intéressants se trouve sur le fond plein du boîtier. Une infographie rappelle l'origine des éléments constitutifs de la montre. La fabrication chinoise tout comme l'origine japonaise du mouvement sont fièrement affichées. J'aime beaucoup cette démarche gentiment décomplexée dans un monde horloger qui reste très secret sur la véritable poids de tel ou tel pays dans le prix de fabrication des montres. L'originalité du message de SevenFriday se retrouve donc aussi dans ce souci de transparence.

La V-Series m'a au bout du compte globalement convaincu en allant plus loin dans l'affichage alternatif du temps que les séries précédentes. La qualité de fabrication est réelle et le rendu visuel impactant. En revanche, compte tenu de la taille et de la forme du boîtier, elle s'adresse à des personnes qui souhaitent porter une montre peu discrète et qui ont le poignet adapté.

Merci à l'équipe de SevenFriday France.

Les plus:
+ un affichage du temps original et exclusif
+ une évolution du style de la marque tout en gardant ses fondamentaux
+ la qualité de l'exécution
+ l'infographie au fond du boîtier

Les moins:
- le confort au porté lorsque le bracelet est trop raide
- l'ouverture du cadran sur le mouvement, pas indispensable
- l'affichage alternatif des heures et minutes trouble un peu la lecture des minutes, pourtant traditionnelle

dimanche 20 septembre 2015

Zenith: Elite Ultra Thin Lady Moonphase

La Zenith Elite Ultra Thin Lady Moonphase fut présentée par Zenith en 2011, symbolisant le retour de l'ambition de la marque vers une clientèle féminine. Déclinée en 14 versions différentes, elle fait partie de la catégorie très rare des montres qui proposent l'indication des phases de lune sans que les quantièmes soient affichés. A vrai dire, j'ai toujours été fasciné par ces pièces qui remplacent une complication utile (la date) par une complication dont on a du mal à percevoir l'intérêt pratique au quotidien. Mais c'est oublier qu'une montre n'est pas qu'un objet utile. C'est avant tout un vecteur de plaisir et d'émotions et la Lady Moonphase est en ce sens une véritable réussite.


La plus grande force de cette Zenith est son équilibre et ses proportions harmonieuses. Logée dans un boîtier d'un diamètre de 33mm, la montre semble cependant plus grande grâce à la généreuse ouverture du cadran due à la finesse de la lunette. Mais surtout, le cadran surprend par sa présentation et la qualité de ses finitions.

S'il est intégralement composé d'éléments classiques (affichage des phases de lune, sous-cadran de la trotteuse, aiguilles dauphine, zone centrale guillochée, chiffres romains), il n'en possède pas moins un soupçon d'originalité. Deux éléments y contribuent:
  • son organisation avec un sous-cadran de trotteuse séparé de celui de l'indication des phases de lune et qui la rend la montre asymétrique,
  • les deux types de guillochage qui cohabitent.


L'asymétrie du cadran, provoquée par la présence de la trotteuse à 9 heures, est une excellente idée. Elle apporte une touche d'originalité et d'énergie sans dénaturer le classicisme de la montre. De plus, la lisibilité en est améliorée puisque la trotteuse ne survole pas le disque des phases de lune. Ce dernier est mis en valeur à la fois par le joli bleu du ciel qui égaye le cadran et par le guillochage en rayons de soleil de la partie inférieure du sous-cadran. J'aime beaucoup cette décoration qui se marie parfaitement avec les étoiles et qui crée un contraste avec le guillochage de type clou de Paris de la zone centrale.

Les chiffres romains fins et longs complètent le design du cadran et contribuent au côté raffiné de l'ensemble. A noter que Zenith a fait le choix de ne dessiner aucune minuterie sur le cadran. Cela l'allège incontestablement même si la lecture précise des minutes devient moins évidente. Enfin, les aiguilles dauphine dessinent le temps avec beaucoup d'élégance.


La position des deux sous-cadrans proches de la lunette prouve en tout cas que la taille du mouvement est adaptée au boîtier. J'ai souvent reproché à Zenith, notamment avec le calibre El Primero, d'utiliser des boîtiers trop grands pour le diamètre du mouvement. Dans le cas de la Lady Moonphase, ce problème n'existe pas car le diamètre propre du calibre Elite 692 qui l'anime est de 25,6mm, suffisant pour un boîtier de 33mm. Ce calibre est visible à travers le fond transparent et il offre un joli spectacle. Certes, sa finition est simple pour ne pas dire austère et j'aurais aimé quelques détails plus valorisants comme par exemple une masse oscillante plus décorée. Mais rien que de la voir occuper un boîtier cohérent avec son diamètre me réjouit. Et n'oublions pas que la force de ce mouvement demeure ses performances. Fiable et possédant une excellente efficacité au remontage, il est le compagnon idéal de cette montre avec une fréquence de 4hz et une réserve de marche d'une cinquantaine d'heures.

Compte tenu de son équilibre et de sa taille perçue supérieure, la version en acier et à cadran argenté telle que présentée sur les photos, pourrait tout à fait être portée également sur un poignet masculin. Je la considère d'ailleurs de mon point de vue comme une montre mixte et j'ai même tendance à la préférer à son alter-ego masculin, l'Elite Moonphase, qui intègre une grande date dans un boîtier de 40mm... pour le compte bien trop grand pour le mouvement.


Mais ne perdant pas de vue sa vocation première de montre féminine, j'ai eu la chance de pouvoir demander à Macha, la co-fondatrice du blog de mode et de lifestyle What-to-Where, de me donner son avis sur la Lady Moonphase qui est sa montre quotidienne. Elle apprécie son confort au porté et sa présence au poignet plus importante que sa taille laisse supposer. Je dois avouer que la montre lui va parfaitement et c'est là tout l'intérêt de la complication de l'affichage des phases de lune qui apporte, au-delà de la décoration du cadran, une touche de poésie bienvenue. Enfin, du fait de son épaisseur maîtrisée (moins de 9mm), la Lady Moonphase offre un style relativement élancé idéal pour un poignet féminin.


Classique et originale à la fois, la Lady Moonphase s'avère être très convaincante grâce à sa cohérence d'ensemble, son joli cadran et son contenu horloger. Elle est selon moi une des plus belles réussites de ces dernières années de la part de Zenith, conservant tout son charme initial 4 ans après sa sortie.


Un grand merci à Macha pour sa disponibilité lors de sa venue à Paris.

Les plus:
+ la présentation du cadran
+ la cohérence de la montre avec un boîtier adapté au mouvement
+ la touche poétique apportée par l'indicateur des phases de lune
+ la présence au poignet malgré la taille contenue

Les moins:
+ la finition du mouvement, un peu austère

Corniche: Heritage 40

Corniche est une marque créée en 2013 à Stockholm par un amateur de montres anglo-suédois, et deux de ses amis. Elle constitue un parfait exemple d'une tendance de plus en plus présente dans l'industrie horlogère: l'émergence de marques, créées par des personnes travaillant dans d'autres secteurs, qui proposent des montres agréables à porter, aux styles affirmés et qui communiquent et se vendent avec des prix raisonnables à travers les réseaux sociaux.

Corniche profite ainsi d'un compte Instagram très suivi et extrêmement alimenté (plus de 1.100 photos publiées depuis l'ouverture du compte) pour définir son identité et l'atmosphère qui se dégage de sa collection. Elle parvient à réconcilier grâce à cette parfaite maîtrise en matière de communication deux paramètres qui semblent pourtant opposés: d'un côté une image soignée et raffinée, de l'autre un prix extrêmement attractif.


Il faut dire que le créateur de Corniche connaît bien la chanson... travaillant pour un site de streaming musical. Alors que les marques horlogères établies ont toujours des difficultés à utiliser avec pertinence les réseaux sociaux, à trouver le ton juste et le contenu adéquat, Corniche s'est forgé rapidement grâce à sa première montre, la Mistral 40, un joli succès d'estime auprès des amateurs utilisant Instagram. Il faut avouer que le compte de la marque est réglé comme une horloge. En l'observant de près, j'ai remarqué que les photos suivent quasiment tout le temps la même séquence: une photo de la montre mise en scène - une photo de la montre au poignet - une photo évoquant l'univers de la marque. Il ressort ainsi de cette méthode simple mais redoutable le sentiment d'appréhender une marque clairement de son temps qui s'adresse aux clients plus sensibles aux thématiques d'art de vivre qu'à celles de la pure horlogerie. Et mieux que cela: Corniche parvient à transmettre une image de luxe, d'élégance et d'exclusivité, le tout baignant dans un environnement évoquant la Côte d'Azur, pas celle des excès cannois ou tropéziens mais celle plus sereine des pins maritimes et des criques.


L'exploit n'est pas mince car la nouvelle montre de Corniche, l'Heritage 40 s'inscrit dans la lignée de la précédente avec un prix de vente autour de 320 euros. C'est bien là tout la talent de Corniche qui arrive à donner  au propriétaire de la montre le sentiment de posséder une pièce luxueuse et exclusive malgré son prix. Le vieux principe du niveau de prix qui contribue à la perception de la qualité est ici battu en brèche et Corniche, ainsi que toutes ces nouvelles marques au profil similaire, préfèrent insister sur le style que sur des critères qui semblent être de nos jours moins pertinents pour aborder la clientèle plus lifestyle: celui du lieu de fabrication ou l'origine du mouvement par exemple.

Faut-il vraiment s'en étonner alors que les véritables amateurs d'horlogerie savent pertinemment que les marques jouent en permanence avec les limites du swiss made et de la notion de manufacture? Les nouvelles marques rangent ces concepts au placard et se focalisent sur l'essentiel: l'émotion que la montre provoque.


Bien entendu, la stratégie de communication n'est valable que si le produit est convaincant. Si les retours des premiers clients sur les réseaux sociaux s'avèrent négatifs, c'est tout le business plan qui s'effondre puisque l'effet boule de neige ne peut avoir lieu. Je dois avouer que Corniche, pour une montre d'un tel prix, a fait mouche. Le design de l'Heritage 40 découle de celui de la Mistral 40 avec des index appliqués qui remplacent les chiffres romains. La combinaison du chemin de fer de la minuterie avec les aiguilles Alpha anodisées bleu (étrangement nommées Dauphine sur le site de Corniche) n'est pas sans rappeler le design de Lange & Söhne, toute proportion gardée. La qualité perçue du cadran en céramique est excellente et est renforcée par les jolis index appliqués. Leur longueur permet également de bien remplir le cadran ce qui n'est pas inutile. 

En effet, l'Heritage 40, comme nous pouvions le deviner, utilise un boîtier d'un diamètre de 40mm disponible soit en acier, soit en acier plaqué or. Cette taille est relativement importante pour une montre deux aiguilles mais le cadran reste très équilibré.


L'absence de trotteuse a deux vertus. La première est esthétique. Le cadran apparaît comme plus épuré et surtout, le sous-cadran de trotteuse aurait sûrement été placé trop près du centre compte tenu de la taille. La seconde est véritablement stratégique. Personne, à moins de coller la montre contre l'oreille, n'est capable de deviner le type de mouvement qui l'anime. Car telle est la spécificité de l'Heritage 40 ou de la Mistral 40: elles utilisent un mouvement Miyota 2025 à quartz. Ce qui peut poser un problème pour les amoureux de l'horlogerie mécanique est au bout du compte anodin pour la clientèle visée. Ce calibre, en provenance d'un fabricant sérieux, est fiable et propose des performances honnêtes avec une durée de la pile estimée à 3 ans et un écart de précision de 20 secondes par mois. 

Demeure cependant le revers de la médaille: l'absence d'un témoin de marche comme la trotteuse peut être problématique dans le contexte d'une montre à quartz. De plus, le cadran peut paraître trop inerte surtout dans le contexte d'un boîtier de 40mm. C'est à ce niveau une question de goût, un choix entre pureté et animation.

Le test au porté s'est révélé être concluant. Grâce à sa taille et à la présentation du cadran, l'Heritage 40 offre une belle présence au poignet et son design simple et élégant fait mouche. L'épaisseur du boîtier demeure très mesurée ce qui donne à l'ensemble un style élancé. J'ai apprécié également la finition du boîtier, l'alternance entre les parties polies et brossées et la décoration du fond avec la jolie représentation d'un pin. En revanche, le choix de l'utilisation d'une boucle déployante ne m'a pas semblé judicieux. Cette boucle papillon standard oblige à conserver une largeur de bracelet importante et alourdit le rendu visuel général. De plus, une simple boucle ardillon aurait été plus fidèle à l'esprit d'élégance et de raffinement de la montre. 


Cette Heritage 40, disponible en 4 versions différentes, n'en demeure pas moins une réussite esthétique. Elle procure du plaisir grâce à sa réalisation d'une très grande qualité pour son prix et se révèle être fidèle à l'atmosphère définie par la marque. J'espère maintenant que Corniche osera une incursion dans le monde des montres mécaniques pour gagner en reconnaissance auprès des amateurs d'horlogerie.

Les plus:
+ un style simple et élégant
+ un cadran d'une grande pureté à la présentation soignée
+ la finition du boîtier
+ le prix attractif pour une montre qui fait de l'effet une fois mise au poignet

Les moins:
- l'absence de témoin de marche sur une montre à quartz
- la boucle déployante qui semble hors contexte

dimanche 13 septembre 2015

Quelques photos prises en compagnie de Lange & Söhne au cours d'une balade parisienne

Il y a quelques jours, j'ai eu la chance de passer une journée en compagnie de Lange & Söhne dans Paris afin de suivre les pas de Ferdinand-Adolph Lange. En effet, entre les années 1837 et 1841, F.A.Lange effectua plusieurs séjours à Paris, à Londres et en Suisse pour compléter sa formation et rencontrer non seulement les horlogers mais également les scientifiques de renom. Cette balade parisienne donna l'occasion à un photographe professionnel, Thomas Déron, de prendre de nombreux clichés des montres en notre possession. Voici une sélection de ces clichés qui permettent d'apprécier son talent ainsi que les lignes séduisantes des pièces en provenance de la manufacture saxonne.

Cabaret Or Rose:


La Cabaret n'est malheureusement plus dans le catalogue de la marque. Elle était une des montres préférées de Günter Blümlein qui aimait son style Art Déco et ses proportions. La présence de la grande date dans ce boîtier rectangulaire lui donne beaucoup de caractère. Elle se distingue également par un mouvement de forme à remontage manuel qui dérive du mouvement de l'Arkade, une des 4 montres de la collection de la renaissance.


Lange One Daymatic Or Rose:



La Lange One Daymatic est une montre singulière dans la collection. Elle fut non seulement la première Lange One Automatique mais elle propose un cadran inversé (date à gauche, cadran de l'heure à droite) par rapport à la présentation traditionnelle de la Lange One. L'indicateur de la réserve de marche a été remplacé par un affichage des jours de la semaine.

Zeitwerk Striking Time Or Gris: 


La Zeitwerk Striking Time est la première montre depuis la renaissance de la marque qui sonne. Lorsque la fonction est enclenchée, elle joue au passage une note au changement d'heure puis une autre note à chaque quart d'heure. Une jolie façon d'accompagner les sauts de l'affichage digital.  La  fonction additionnelle profite de la puissance du mouvement de la Zeitwerk. Cette montre permit à Lange de progresser dans le développement de la future Zeitwerk Répétition Minutes. La forme des gongs est ici circulaire tandis que sur la Répétition Minutes, ils suivent dans la partie inférieure du cadran les contours du Time Bridge.

Lange One Daymatic Or Rose:




Zeitwerk Striking Time Or Gris:


Lange One Daymatic Or Rose:



Cabaret Or Rose et Lange One Daymatic Or Rose:


Lange One Daymatic Or Rose:


Un grand merci à l'équipe Lange & Söhne et à Thomas Déron pour cette superbe journée.

samedi 12 septembre 2015

Retour sur la 2ième édition de Chantilly Arts & Elégance Richard Mille

Incontestablement, Chantilly Arts & Elégance Richard Mille devient un événement incontournable de la rentrée. Remettant au goût du jour la grande tradition des Concours d'Elégance, le rassemblement pour la deuxième année consécutive dans le Domaine de Chantilly de véhicules de collectionneurs et de clubs, sans oublier les concepts-car, confirma le succès de la première édition. Car cet événement est bien plus qu'un pur événement automobile. Organisé autour d'ateliers et d'animations et profitant d'un cadre prestigieux, il parvient à susciter l'adhésion de tous les participants et visiteurs, quel que soient leurs centres d'intérêt. Au bout du compte, l'Art de Vivre, le style et le raffinement sont mis en valeur par le superbe et crédible plateau de véhicules de collection.

L'ambition de l'organisateur, Peter Auto, est de donner à Chantilly Arts & Elégance Richard Mille le même rayonnement que Pebble Beach ou que le Concorso d'Eleganza de la Villa d'Este. Cet objectif est sur la bonne voie comme le prouve l'intérêt croissant des collectionneurs du monde entier. Malgré l'éloignement, certains n'hésiteront pas à participer à une telle manifestation. La part grandissante des collectionneurs étrangers dans le plateau sera donc un excellent indicateur à l'avenir de son influence réelle

En tout cas, ce que j'apprécie beaucoup dans l'organisation est qu'il s'agit d'un événement accessible au public ce qui lui donne également une dimension de partage et de véritable passion. Une passion n'a de sens que si elle est partagée et Chantilly Arts & Elégance Richard Mille ne l'oublie pas.

Dans ce contexte, l'implication de Richard Mille en tant partenaire majeur et ce, dès la première édition s'avère judicieuse. Je pourrais évoquer longuement les liens qui existent entre l'automobile et l'horlogerie. Mais pour Richard Mille, l'intérêt va bien au-delà de cette relation.

Tout d'abord, la marque horlogère fait partie intégrante du nom de l'événement et son rôle en tant que partenaire est clairement visible dans le Domaine de Chantilly. Richard Mille y gagne donc en notoriété et en reconnaissance de la marque.

Ensuite, Richard Mille est perçu, à raison, par les amateurs d'horlogerie comme une marque innovante qui bouscule les codes en jouant avec des nouveaux matériaux et des designs audacieux. La connexion avec le monde des véhicules historiques ancre Richard Mille dans un territoire dans lequel il est moins présent: celui de la tradition et de l'histoire. C'est donc particulièrement bien joué pour une marque récente.

Enfin, l'événement offre à Richard Mille une proximité avec une clientèle à potentiel. Mais j'ai sciemment indiqué cette opportunité en dernier car l'engagement de Richard Mille, celui de l'homme et non de sa marque, aux côtés de Patrick Peter, est sincère et passionné. C'est avant tout l'ambition de contribuer au succès de Chantilly Arts & Elégance et de partager avec le public la même passion pour l'automobile classique et l'Art de Vivre à la Française qui guida son choix. Le plaisir qu'ont eu les 13.500 visiteurs de l'édition de cette année lui apporte la plus belle des récompenses. 

Je souhaite vous faire partager quelques photos prises au cours de l'événement qui ne traduisent que partiellement son atmosphère.

Le cadre merveilleux du Château: 


La visibilité de la marque:


La présence des Clubs se manifeste par la grande diversité des véhicules:


Les appartements Richard Mille dans le Château du Duc d'Enghien:



Les traditionnels wristshots de la journée. Honneur aux femmes avec la RM 007!


Un classique de la marque, la RM 005:


Je dois avouer que j'ai un faible pour la RM 016:


Rarement un tourbillon aura été aussi bien intégré dans un cadran, la RM 017:


Je suis moins sensible à la RM 039 Aviation:


La plateau des véhicules de collection était impressionnant tant en quantité qu'en qualité.







Un coup de projecteur était donné sur les Citroën DS et SM pour célébrer le 60ième anniversaire de la DS:








Je souhaite remercier l'équipe Richard Mille pour son invitation à l'événement. Vivement la prochaine édition de Chantilly Arts & Elégance Richard Mille!