mercredi 15 juillet 2015

Ulysse Nardin: Classico Manufacture

Ulysse Nardin fait partie de ces grandes marques qui demeurent relativement méconnues en France malgré un large éventail de complications disponibles dans le catalogue. L'intégration au sein de Kering fera sûrement évoluer cette situation et d'ailleurs l'ouverture récente d'un nouveau point de vente chez Bucherer Paris contribuera à cette meilleure visibilité pour notre plus grand plaisir. En effet, Ulysse Nardin est une marque qui mérite d'être mieux appréciée car chaque année, elle veille à nous surprendre tant du point de vue esthétique que mécanique. Sa réputation auprès des collectionneurs est avant tout fondée sur sa capacité à innover et à proposer des complications traitées de façon unique. Je pense évidemment à la Freak qui reste, près de 15 ans après sa première présentation, un ovni dans le paysage horloger. La Sonata a de son côté dépoussiéré les montres réveil tandis que la Moonstruck a incarné l'affichage des phases de lune le plus complexe et précis en faisant jouer les différents astres, Terre, Lune et Soleil entre eux. S'appuyant sur l'inventivité et la créativité mécanique de Ludwig Oechslin, Ulysse Nardin est une des très rares manufactures à posséder plusieurs icônes horlogères et un style non dénué de caractère.


En revanche, son point faible est la concentration d'une partie significative de sa clientèle en Russie, un pays qui n'a pas été épargné par les turbulences monétaires comme nous le savons. C'est dans ce contexte que s'inscrit la sortie de la Classico Manufacture. Cette montre, qui peut apparaître comme presque anodine dans le concert de complications qu'offre Ulysse Nardin, joue au contraire un rôle très important.

En devenant la première montre de la collection Classico à utiliser un mouvement développé et produit en interne, la Classico Manufacture vise à élargir la présence géographique de la marque en s'adressant à des marchés plus attirés par des pièces simples mais au contenu horloger solide. Elle vise également à donner une nouvelle impulsion à la collection Classico qui, il faut bien l'avouer, vit dans l'ombre de la collection Marine, véritable point d'entrée actuel dans l'univers de la marque. 

La Classico Manufacture est avant tout une jolie réussite esthétique. Pourtant, il n'est généralement pas aisé de dessiner une montre à trois aiguilles se détachant de la masse. Ulysse Nardin s'est appuyé sur ses fondamentaux en partant du boîtier de 40mm de la Classico Automatic. J'aime beaucoup ce boîtier en or rose, simple de prime abord mais qui possède suffisamment de caractère pour éviter de sombrer dans l'ennui grâce à ses cornes qui créent une légère rupture par rapport à la lunette. Cette dernière, fine et inclinée, fluidifie les lignes du boîtier tout en agrandissant l'ouverture du cadran. La hauteur du boîtier de 9,6mm lui assure des proportions harmonieuses. La montre n'est ni trop fine, ni trop épaisse.

Le cadran est disponible en deux teintes, bleu ou ivoire. J'ai une nette préférence pour la première car au-delà de mon éternel attrait pour le bleu, cette dominante plus sombre réduit la perception de la taille. La finition du cadran est irréprochable avec les index, chiffres romains et logo appliqués qui donnent une petite touche de relief et améliorent la qualité perçue. Je retrouve sinon la paire d'aiguilles habituelles de la collection avec leur Superluminova qui combine avec les points lumineux situés derrière les index et les chiffres. Même si je ne nie pas leur aspect pratique, je préfère pour ce type de montre l'absence de toute luminescence. 


La première différence fondamentale avec la Classico Automatic apparaît alors: la trotteuse centrale est remplacé par une trotteuse à 6 heures. La seconde différence est l'emplacement du guichet de date. Les designers ont incontestablement bien travaillé car le mouvement est clairement trop petit pour le boîtier, trahi par l'écart entre le guichet et la lunette. Mais à partir de ce problème, ils ont créé une opportunité. Le guichet est inséré à l'intérieur de la zone délimitée par un très fin cercle en or. Devenant partie intégrante du secteur de la trotteuse, ce guichet ne choque pas et contribue même à apporter un soupçon d'originalité. Le disque des quantièmes blanc contraste un peu fortement sur la version à cadran bleu mais il est au moins nettement lisible et il casse l'uniformité de la couleur dominante.

L'intérêt majeur de cette montre par rapport à la Classico Automatic demeure son mouvement. En l'équipant du calibre UN-320, Ulysse Nardin fait enfin preuve de plus d'ambition dans cette collection. S'il possède, contexte Ulysse Nardin oblige, un spiral et un échappement à ancre en silicium, il profite également des capacités de la manufacture à développer des fonctionnalités pratiques au quotidien. Ainsi, la date est réglable en avant ou en arrière ce qui est un excellent point et un stop-seconde est aussi disponible. En  revanche, je fus moins séduit par sa réserve de marche de 2 jours que je trouve un peu courte pour un mouvement récent.

La finition du mouvement est soignée mais très nettement dominée par le rendu de la masse oscillante. Son architecture est intéressante avec de jolies découpes de ponts et un pont de balancier traversant. J'ai tendance à trouver le style décoratif de la masse oscillante un peu Rococo et j'aurais aimé un peu plus de subtilité compte tenu du contexte de la montre. Mais je ne vais pas me plaindre alors que je vois des rotors d'une tristesse absolue dans des montres de prix équivalents.


La Classico Manufacture dégage un sentiment convaincant une fois mise au poignet. Certes, elle ne provoque pas les mêmes sensations qu'une Sonata ou autre Moonstruck. La simplicité de la montre joue sur un autre registre, celui du raffinement et de l'élégance. La mission est remplie côté cadran et j'ai pu apprécier le confort du boîtier et les petits détails comme le cercle autour du secteur de la trotteuse. La taille de 40mm est peut-être un peu trop grande pour une montre habillée et c'est la raison pour laquelle ma préférence va vers le cadran bleu qui lui donne un aspect plus contenu. Le côté pratique du mouvement de manufacture fait définitivement pencher la balance du côté positif et j'espère que cette montre permettra à Ulysse Nardin de donner une nouvelle dynamique à sa collection Classico.

Les plus:
+ la première montre Classico avec un mouvement de manufacture...
+ ... qui apporte un vrai plus du point de vue pratique avec la date réglable dans les deux sens
+ la présentation et la finition du cadran
+ le confort du boîtier

Les moins:
- une taille un peu grande pour une montre habillée
- la décoration de la masse oscillante un peu trop démonstrative
- la réserve de marche un peu courte

mardi 14 juillet 2015

Thirsty: Vintage Soda

En ce jour de fête nationale, je souhaitais donner un petit coup de projecteur sur un projet français. Oublions donc pendant quelques instants la haute horlogerie et les grandes complications et penchons nous sur une petite montre à quartz qui n'a comme seule prétention  que de proposer un style fun et décontracté à la portée de tous. Thirsty est une jeune marque créée en 2012 par la famille Attias et qui se caractérise par un packaging pour le moins original: les montres sont vendues dans de petites bouteilles qui peuvent être réutilisées pour y mettre des bonbons ou ranger des pièces de monnaie. Après la première collection de montres colorées en plastique, les Fruit Juice, David Attias a décidé d'aller au bout du concept en imaginant la ligne des Vintage Soda.


Quoi de plus logique en effet pour du soda de se retrouver en bouteille? Les Vintage Soda sont une gamme complète de montres inspirées par le graphisme des bouteilles et des capsules des boissons des années 50 ainsi que par les montres vintage. Cette double inspiration se ressent tout d'abord dans la taille et la forme du boîtier d'un diamètre de 36mm, couronne non comprise. Cette taille peut sembler petite selon nos critères actuels mais l'ouverture du cadran de 34mm est suffisante et la montre, une fois mise au poignet, donne l'impression d'être plus grande. De plus, David Attias voulait créer une montre unisexe et je pense finalement que la taille est bien ajustée compte tenu de cet objectif.


Le boîtier en acier 316L d'un rendu monobloc est courbé et plutôt fluide  malgré son épaisseur qui n'est pas anodine. Mais cette hauteur est rendue nécessaire pour donner l'effet de profondeur du cadran. Ce dernier est ce qui fait la véritable originalité de la montre. Il met en scène le design de la capsule centrale qui remplace la trotteuse. Ce disque d'un diamètre de 18mm effectue donc une rotation complète en une minute et anime joliment le cadran. Compte tenu de sa taille non négligeable, il occupe une partie importante du cadran et comme ce dernier est complété par un rehaut incliné supportant la minuterie, la place dédiée aux aiguilles est plutôt réduite.


C'est peut-être le principal reproche que je formulerais à l'encontre de l'esthétique des Vintage Soda. L'aiguille des heures dépasse à peine le disque central et si la lecture du temps demeure aisée lorsque les aiguilles sont éloignées l'une de l'autre, les choses deviennent un peu plus compliquées lorsqu'elles sont proches. Le fait de ne pouvoir observer que les extrémités des aiguilles nécessite au départ un petit effort pour lire l'heure avec précision. Heureusement, leurs formes respectives permettent de distinguer les heures et les minutes sans souci. 


Il serait cependant dommage de s'arrêter à ce détail car pour le reste, le cadran est dans son ensemble joliment fait avec cet effet de profondeur accentué par le rehaut et le disque central rotatif dont l'esthétique nous prolonge immédiatement dans l'ambiance colorée de cette Amérique au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale.

L'intérêt esthétique des montres Vintage Soda est accentué par le nombre de combinaisons possibles: 6 capsules sont disponibles dont deux s'accompagnent de boîtiers particuliers  noirs ou dorés. Puis une gamme complète de bracelets en cuir, Nato ou en métal permet d'apporter la touche finale à la montre. Le système de retrait du bracelet grâce à des pompes flash  rend ces changements extrêmement simples.


Les Vintage Soda sont animées par un mouvement Miyota à quartz suffisamment puissant pour animer le disque central bien plus lourd qu'une traditionnelle trotteuse. Le boîtier est usiné à Hong-Kong et les montres sont assemblées au même endroit.

Alors, même si ces montres sont fort éloignées de mon univers, je les ai trouvées agréables à porter, suffisamment décalées sans tomber dans le grand guignol et bien adaptées à des poignets masculins comme féminins. Leur côté frais et décontracté est finalement bien à l'image d'un bon soda! Cependant pour que cette petite montre devienne une réalité commerciale, elle doit trouver la mise de fonds initiale nécessaire à son développement. C'est la raison pour laquelle une campagne de crowdfunding a été lancée sur Indiegogo. Si la campagne réussit, le prix public conseillé d'une Vintage Soda se situera à partir de 169 euros.


Pour en savoir plus et participer à la campagne de financement:

Merci à David Attias.

dimanche 12 juillet 2015

Audemars Piguet: Ladies Millenary 2015

De nombreux observateurs pensent que l'avenir des marques horlogères passe par la clientèle féminine. Une chose est sûre: chez Audemars Piguet, on fonde beaucoup d'espoir sur ces dames pour rendre la collection Millenary plus visible. La preuve en est donnée avec cette toute nouvelle ligne de montres qui a fait l'objet d'une impressionnante soirée de lancement en juillet à Paris. La Millenary et les femmes, ce n'est pas une histoire nouvelle mais cette fois-ci, Audemars Piguet a fait preuve de plus d'ambition et je dirais même, d'audace, pour dévoiler 3 montres que j'ai trouvé particulièrement séduisantes.

En fait ce trio, animé par le mouvement 5201, est le pendant de la 4101. Et de la même façon qu'avec la 4101 Audemars Piguet avait enfin exploité le potentiel du boîtier ovale de la Millenary, ces Ladies Millenary profitent de ses caractéristiques pour proposer un design original et séduisant. Attention cependant: les Ladies Millenary ne sont pas une adaptation à la va-vite de la 4101 dans un contexte féminin. Elles sont le résultat du développement d'un mouvement spécifique à remontage manuel qui joue un rôle clé dans leur esthétique. Lors de leur présentation au cours du SIHH 2015, j'avais émis de forts doutes quant à l'intérêt des femmes pour une montre à remontage manuel. Elles sont certes de plus en plus attirées par les mouvements mécaniques mais dans mon esprit, ce sont les calibres automatiques qui ont leur préférence. Mais finalement, ce raisonnement est peut-être erroné et elles prendront sûrement beaucoup de plaisir à remonter la montre quotidiennement. 


Quotidiennement? Peut-être pas au bout du compte car les Ladies Millenary jouent avec beaucoup de conviction le rôle de la montre accessoire que l'on porte dans des circonstances particulières. Raffinées, originales voire intrigantes, elles représentent le point de rencontre entre 3 univers pratiqués par Audemars Piguet tout au long de son histoire:
  • celui des montres de forme ovale ou elliptique,
  • celui des montres précieuses et joaillères,
  • et celui des montres squelette.


Pour adapter le boîtier Millenary aux poignets féminins, Audemars Piguet a revu sa taille et son épaisseur. Si les proportions demeurent similaires avec une largeur de boîtier de 39,5mm (vs une largeur de 47mm pour le boîtier masculin), la Ladies Millenary est en revanche plus élancée car son épaisseur est réduite de façon significative (9,8mm vs 13mm). Cette finesse obtenue grâce à l'utilisation d'un mouvement à remontage manuel contribue grandement à la réussite du design. Et malgré cette finesse, l'effet de profondeur inhérent à la Millenary 4101 se retrouve également dans ce contexte. L'idée qui consiste à positionner le balancier et son pont vertical côté cadran est un coup de génie. L'organe régulant occupe alors toute la partie gauche tandis que le cadran excentré et la trotteuse se retrouvent à droite. La forme ovale du boîtier est ainsi harmonieusement remplie tout en donnant un style très dynamique due aux nombreuses animations (balancier et trotteuse) et au décentrage du cadran. L'évocation des montres squelette provient bien entendu du balancier et de l'ouverture qui se trouve derrière. 

La dimension précieuse et joaillère se manifeste par les cadrans en nacre blanche, la couronne sertie d'un saphir cabochon rose ou bleu et les diamants sertis. Deux montres, en or gris ou en or rose, combinent un cadran en nacre blanche avec le sertissage de la lunette et des cornes. Dans ce cas, 116 diamants taille brillant sont utilisés. La troisième montre en or gris va plus loin dans le sertissage puisque le boîtier et la boucle sont recouverts de 438 diamants ainsi que l'anneau périphérique du cadran entourant la partie nacrée qui nécessite 136 diamants supplémentaires. Le sertissage du cadran est véritablement impressionnant car les diamants jouent avec les chiffres romains pour s'insérer dans les moindres espaces.


Contrairement à ce que nous pourrions croire, le mouvement 5201 n'est pas un 4101 amputé du remontage automatique. Sa réserve de marche plus courte ( une cinquantaine d'heures vs soixante pour le 4101), ses dimensions plus réduites et surtout sa fréquence revue à la baisse (3hz vs 4hz) apportent la preuve du travail dédié à ce mouvement. J'imagine que la taille du barillet a diminué fortement ce qui explique aussi la nécessité de réduire la fréquence. Le remontage est agréable (il valait mieux dans ce cas précis!) et la finition côté cadran très satisfaisante. Elle l'est également côté ponts mais le rendu assez austère, lié à l'absence du balancier et aux grandes zones perlées, gâche un peu le plaisir. Un fond plein avec une ouverture sous le balancier aurait peut-être été une meilleure solution. Mais après tout, pourquoi priver les amatrices d'horlogerie de la vue sur la roue de couronne et le rochet? Et comme Audemars Piguet a eu la présence d'esprit de libérer les espaces autour des éléments du rouage, la décision de rendre le mouvement visible à l'arrière de la montre est peut-être la bonne.

De toutes les façons, c'est au poignet que tout se passe. Et les Ladies Millenary font mouche! Du fait de leur forme ovale et élancée, elles offrent une forte présence au poignet tout en restant raffinées et élégantes. Leur caractère original font, selon moi, qu'elles ne seront peut-être pas la montre du quotidien même si le mouvement est taillé pour. En revanche, il est difficile de trouver une montre féminine plus stylée. Il est vrai que j'apprécie beaucoup la 4101 et j'ai tendance à imaginer que les femmes apprécieront de la même façon le mouvement 5201 et son balancier visible en permanence. J'espère donc que le remontage manuel ne représentera pas un obstacle et que cette collection de 3 montres rencontrera le succès auprès de la clientèle féminine. 


Les plus:
+ une réussite esthétique
+ l'animation côté cadran qui combine à la fois les oscillations du balancier et la révolution de la trotteuse
+ la finition des cadrans
+ l'audace d'Audemars Piguet qui n'hésite pas à proposer une montre à remontage manuel

Les moins:
- l'arrière de la montre avec ses grandes zones perlées est un peu triste

Lange & Söhne: Saxonia 35mm

Le restylage en ce début d'année de la collection Saxonia de Lange & Söhne  réserva une petite surprise avec la présentation de la version à remontage manuel dans un boîtier d'un diamètre de 35mm, disponible à la fois en or rose et en or gris. Je dois avouer que je ne m'attendais pas à une réduction de taille aussi significative sur ce modèle bien précis puisque la version précédente possédait un diamètre de 37mm. Et 2mm d'écart, c'est énorme. Evidemment, ce choix n'est pas le fruit du hasard et répond à plusieurs objectifs de la part de la manufacture saxonne. Ils peuvent être résumés comme suit:
  • Lange & Söhne s'inscrit dans la tendance générale d'un retour à des diamètres plus raisonnables pour les montres habillées simples,
  • Le catalogue manquait d'une référence unisexe à petite taille et cette Saxonia comble le vide,
  • La collection Saxonia devient mieux structurée avec plusieurs tailles de disponibles pour les montres simples: cette référence à 35mm, la Saxonia Automatique à 37mm et la Saxonia Thin à 40mm,
  • La montre répond à l'attente de marchés comme celui de la Chine où des pièces mieux adaptées aux petits poignets et plus discrètes sont demandées.

Si je prends en considération nos critères  habituels, une telle taille semble inappropriée. Il est difficile de concevoir une montre habillée en-dessous des 37mm qui semblent aujourd'hui être le diamètre minimum. Et pourtant! Grâce à sa lunette relativement fine, ses longs index et sa minuterie plus affirmée, elle possède suffisamment de présence au poignet pour ne pas être ridicule. Je retrouve d'ailleurs, dans un contexte esthétique différent, les sensations que me procurent la première 1815 avec un diamètre de 35,9mm.


A ce propos, la Saxonia 35mm utilise le même mouvement, le calibre L941.1, que cette 1815. Comme son numéro l'indique, il fait partie de la première génération de mouvements de Lange, celle antérieure aux années 2000 et dont la version avec date se retrouve dans la Saxonia de 1994. J'aime beaucoup ce calibre, d'une rare douceur au remontage et très agréable au quotidien. Sa fréquence est de 3hz et sa réserve de marche de 45 heures est certes courte par rapport aux mouvements développés plus récemment mais elle est suffisante. En tout cas, la réduction du boîtier a une vertu: le calibre L941.1 retrouve une taille de boîtier plus appropriée compte tenu de son propre diamètre de 25,6mm. Cela se ressent immédiatement côté cadran avec un aspect plus équilibré qu'avec la version antérieure de 37mm.


La finition du mouvement suit bien entendu les standards élevés de la marque. Même si la platine 3/4 cache une grande partie des pièces mobiles, il est très agréable à observer car sa taille mesurée, les inscriptions et les vis bleuies dans les chatons en or réduisent significativement les zones uniquement décorées par les côtes de Glashütte. 


Une fois mise au poignet, la Saxonia 35mm révèle son charme. Sa taille n'apparaît plus comme un obstacle mais bien comme un atout. Le cadran est à la fois harmonieux et correctement rempli, évitant les parties vides. Son épaisseur de 7,3mm, ni trop fine, ni trop épaisse pour une montre de 35mm rend le boîtier bien proportionné. Pour tout vous dire, j'ai pris plus de plaisir à porter cette Saxonia que la Saxonia Thin que je trouve pour plusieurs raisons un peu terne à la longue. Et en horlogerie, il vaut mieux une montre plus petite mais bien équilibrée qu'une montre plus grande avec des portions sans intérêt particulier. J'ai certes l'habitude de porter la 1815 36mm mais tout amateur de montres habillées simples devrait se convaincre qu'un diamètre de 35mm leur est tout à fait adapté. Après tout, cette taille était couramment pratiquée il n'y a pas si longtemps et je remercie Lange pour ce rappel.


Les plus:
+ une taille adaptée à la vocation de la montre et à son mouvement
+ le nouveau style Saxonia qui apporte plus de caractère au cadran
+ le plaisir d'utilisation au quotidien du mouvement L941.1
+ la finition soignée du mouvement

Les moins:
- la réserve de marche est un peu courte selon les standards actuels

Patek Philippe: 5905P

5905P. Rarement une référence Patek Philippe aura eu un numéro aussi bien adapté. Car à bien la considérer, la 5905P est un savant mélange entre la 5960 à laquelle elle succède et la 5205 dont elle puise une partie de son inspiration. Elle démontre également que Patek Philippe considère la complication du calendrier annuel comme utile et suffisamment digne d'intérêt pour continuer à lui rajouter une fonction de chronographe. En effet, les marques qui combinent ces deux complications sont très rares. En sus de Patek Philippe qui démarra cet exercice de style avec la 5960, Zenith et Carl.F.Bucherer me viennent à l'esprit sans oublier Breitling dans le contexte d'un calendrier bissextile. La présentation d'une nouvelle montre Calendrier Annuel Chronographe est donc un événement et cette 5905P ne déroge pas à la règle.


Si la 5960 demeure dans le catalogue par le biais du modèle acier dévoilé en 2014 et de la version à lunette sertie (la 5961P), la version platine laisse tout de même sa place à la 5905P dans un contexte esthétique différent. En fait, la 5905P adopte une démarche presque opposée à celle qui a guidé à la création de la 5960. Cette dernière incarnait l'arrivée du mouvement chronographe automatique de manufacture et se distinguait par sa répartition des affichages du cadran pour le moins originale. Si nous étions habitués aux guichets "en éventail" de la partie supérieure dédiés aux données calendaires, le monocompteur des minutes et des heures occupant toute la zone inférieure était en revanche beaucoup plus inattendu. Il expliqua une grande partie du succès de la 5960 même si à titre personnel, je n'ai jamais été séduit par son côté pratique et sa lisibilité. Le cadran était complété par un très discret indicateur de réserve de marche juste sous le guichet des quantièmes et un affichage jour&nuit dans le monocompteur. A la fois contemporaine et d'apparence plus décontractée, la 5960 occupait une place à part dans la collection.

La 5905P fait un peu table rase de toutes ces considérations. Exit le monocompteur et l'indicateur de réserve de marche. Exit la couleur du monocompteur qui contrastait avec le fond du cadran. Exit les poussoirs champignon remplacés par des poussoirs rectangulaires plus cohérents dans ce contexte. La priorité est de revenir dans une ambiance plus classique et d'améliorer la lisibilité de l'ensemble. De fait, la mission est accomplie. Le compteur inférieur est maintenant entièrement dédié aux minutes rendant ainsi leur lecture plus simple et plus précise. Le retrait de l'indicateur de réserve de marche aère le cadran qui devient plus élégant mais par la même occasion, plus impersonnel.

L'affichage jour&nuit, utilisé pour régler le calendrier annuel est toujours présent dans le compteur:


Je touche ici tout le paradoxe lié à cette montre. En épurant le style et en corrigeant quelques reproches faits à l'égard de la 5960, Patek Philippe a peut-être poussé le curseur trop loin en proposant une montre certes irréprochable mais avec moins de caractère que celle à laquelle elle succède. Le jeu en valait-il la chandelle? Après tout, le catalogue comporte déjà de nombreuses références très sages. Mais en y réfléchissant bien, tout s'éclaire. La 5905P réaffirme le savoir-faire de Patek Philippe dans les montres calendrier - chronographe tout en mettant en valeur l'originalité et le côté moins formel de la 5960/1A qui semble se situer dorénavant à des années lumière. Il était donc important pour Patek Philippe de créer cette distance tant esthétique que du point de vue des fonctions. En proposant dans sa collection une montre audacieuse et une autre beaucoup plus sage autour des complications du calendrier annuel et du chronographe, Patek Philippe prouve une fois de plus l'extrême diversité de son catalogue.

Bien évidemment, le retrait de complications par rapport à la 5960 ne peut être considéré comme satisfaisant du point de vue du contenu horloger. J'avoue que l'indicateur de réserve de marche me manque plus que le totalisateur des heures car je l'ai toujours trouvé très pratique avec la 5960 et particulièrement bien intégré sur le cadran. Certains utilisaient même le monocompteur comme affichage d'un second fuseau horaire en lançant le chronographe au bon moment. Ce n'est dorénavant plus possible. En tout cas, 5960 ou 5905P, demeure le problème de l'absence de la trotteuse permanente fort utile en tant qu'indicateur de marche. Ceux qui veulent profiter de l'animation apportée par la trotteuse doivent faire tourner le chronographe en permanence. 


Il ne faut cependant pas réduire la 5905P à une évolution très sage et habillée de la 5960.  Elle profite du boîtier de la 5205 pour gagner en subtilité et en modernité. La plus grande réussite de la 5205 est selon moi son boîtier qui est une merveille de fluidité avec ses cornes ajourées et sa lunette concave. Ce boîtier conserve toute sa magie dans le contexte de la 5905P malgré l'augmentation de la taille (42mm de diamètre contre 40mm pour la 5205). Une telle taille pourrait faire peur aux amateurs de Patek Philippe qui ont une préférence pour les diamètres traditionnels. Mais c'est justement l'intérêt d'un tel boîtier. L'ouverture du cadran est maîtrisée sans qu'une lunette épaisse n'alourdisse le dessin. La 5905P apparaît ainsi plus petite qu'elle n'est une fois mise au poignet. Son épaisseur (14,03mm) qui n'est pourtant pas anodine ne choque nullement grâce aux courbes du boîtier et au rôle, une fois de plus primordial, de la forme de la lunette.


Sans surprise, la 5905P est animée par le calibre CH 28-520 QA 24H composé d'un mouvement de base, le chronographe automatique et le module du calendrier annuel. Le module étant plus large que le mouvement de base, il assure une présentation de cadran équilibrée. Je retrouve sinon les caractéristiques et performances habituelles du CH 28-520 à savoir un balancier Gyromax, un spiral Spiromax, une fréquence de 4hz, une réserve de marche comprise entre 45 et 55 heures et un chronographe flyback à roue à colonne et à embrayage vertical. Il est comme toujours très joliment présenté, sans effet inutile. J'aime beaucoup la continuité des côtes de Genève circulaires qui se marient avec celles de la masse oscillante. Les légers effets de profondeur sont aussi agréables à observer et l'ensemble, à défaut d'être véritablement spectaculaire, est soigné et raffiné.

La 5905P, disponible en deux versions à cadran laiton bleu ou noir, est au bout du compte une montre séduisante. Une première analyse pourrait faire regretter l'abandon de fonctions par rapport à la 5960 et l'adoption d'un style sans risque. Heureusement, le sublime boîtier de la 5205 reprend du service dans ce contexte plus grand et plus épais et donne incontestablement une autre dimension à la 5905P. Je l'ai trouvée en revanche moins polyvalente que sa devancière du point de vue esthétique, tendant nettement plus vers un style formel alors que la 5960 reste à l'aise en toutes circonstances.



Les plus:
+ le boîtier, magnifique, dont les courbes font oublier la taille et l'épaisseur de la montre
+ la lisibilité du cadran
+ l'efficacité du mouvement CH 28-520 QA 24H, très agréable au quotidien
+ la cohérence esthétique de l'ensemble qui donne l'impression d'être face à une 5205 élargie

Les moins:
- le retrait de deux fonctions (l'indicateur de réserve de marche et le totalisateur des heures) par rapport à la 5960
- l'absence de trotteuse permanente
- un style moins polyvalent que celui de la 5960

dimanche 5 juillet 2015

Audemars Piguet: Chronographe Royal Oak Edition Limitée Italie 26326ST

Le SIHH 2015 réserva aux amateurs d'Audemars Piguet une petite surprise qui resta fort discrète jusqu'à sa présentation officielle plusieurs mois plus tard: la sortie de deux séries limitées du Chronographe Royal Oak qui ne se distinguent que par leurs jeux de couleurs différents et par les matériaux du boîtier.

La première série limitée de 200 exemplaires met en scène des nuances de gris (si on peut dire!) avec un boîtier en titane et célèbre la 17ième course hippique Audemars Piguet Queen Elizabeth II Cup à Hong Kong. La seconde, éditée en 500 exemplaires, utilise en revanche, autour d'un boîtier en acier, la couleur favorite de nos voisins transalpins pour fêter l'exposition universelle de Milan et rendre hommage de façon plus générale à un pays amoureux des Royal Oak: l'Italie.


La référence à l'Italie se retrouve en divers endroits. Au-delà du bleu de la zone périphérique et des sous-cadrans, les couleurs du drapeau italien sont très discrètement apposées sur les marqueurs des 10 minutes du compteur des minutes du chronographe. A peine perceptibles lorsque la montre est portée, ces petites touches sont cependant très agréables car elles permettent de rappeler l'élément de contexte sans la faire tomber dans le piège du folklore. L'élégance est donc préservée! Les couleurs du drapeau sont également utilisées pour décorer l'écrin qui bien entendu se pare intégralement de bleu.

Je dois avouer que je n'ai jamais été un grand admirateur de la référence 26320ST qui sert de base à cette série limitée. Avec son diamètre de 41mm, je l'ai toujours trouvée un peu grande pour être véritablement raffinée et surtout le positionnement du guichet de date trahit le diamètre réduit (26,2mm) du mouvement AP 2385 qui l'anime. 15mm entre le diamètre du mouvement et celui du boîtier, c'est beaucoup et ce qui semblait équilibré avec le boîtier précédent de 39mm de la référence 25860ST l'est beaucoup moins ici.


Et puis, quelques détails transforment comme par magie ce problème en atout. L'élément le plus important est assurément la zone périphérique colorée. Si je mets de côté son intérêt esthétique et le rappel qu'elle crée avec les sous-cadrans, elle joue un rôle important dans le retour à l'équilibre des proportions. La zone centrale du cadran demeurant en blanc, le guichet de date apparaît dorénavant plus proche de la lunette. L'ouverture du cadran se réduit et ce dernier gagne immédiatement en harmonie. Les dimensions du boîtier, dans ce contexte, n'apparaissent plus comme une contrainte mais au contraire comme une aubaine. Avec un ratio diamètre (41mm) sur épaisseur (11mm) relativement élevé, ce Chronographe Royal Oak apparaît comme élancé puisque la taille perçue est réduite par rapport à la référence 26320ST, pourtant d'un gabarit analogue. Il suffit parfois d'une petite évolution pour que la perception globale d'une montre change radicalement et cette édition limitée en est une nouvelle démonstration.


L'incontournable mouvement AP 2385 reprend sans surprise du service et je dois avouer que c'est un vrai plaisir pour moi. Bien évidemment, je préférerais qu'Audemars Piguet utilise un mouvement de manufacture pour animer ses chronographes automatiques mais mon coeur balance  nettement en faveur d'un calibre intégré et à roue à colonne comme l'est ce Frédéric Piguet 1185 par rapport à la  structure modulaire (AP 3120 + module Dubois Depraz) des Royal Oak Offshore. Sa finesse, son confort à l'usage le rendent particulièrement adapté à cette montre. Sa fréquence est de 3hz et sa réserve de marche d'une quarantaine d'heures est un peu courte selon les standards actuels. Mais rien de bien grave puisqu'il présente une excellente efficacité au remontage.

Le fond du boîtier plein comporte une seule petite originalité: l'inscription "Limited Edition" et son numéro. J'aurais apprécié un effort décoratif supérieur sur ce fond afin que la série limitée se distingue plus nettement encore de la montre de la collection permanente. Même si la partie centrale du fond est toujours aussi jolie, une gravure ou tout autre élément distinctif auraient été bienvenus. 


Heureusement, le bracelet en caoutchouc bleu demeure une véritable particularité dans l'univers des Chronographes Royal Oak puisque cette montre, ainsi que la Queen Elizabeth II Cup sont les premières à utiliser un tel matériau depuis la série limitée City of Sails. Un bracelet Alligator bleu est également fourni dans le set. J'aime beaucoup ce bracelet caoutchouc car il est très agréable à porter. Au départ, il donne une impression étrange puisque le poids de la montre semble presque entièrement concentré dans le boîtier. Mais cette sensation disparaît une fois mise au poignet. En revanche, la boucle déployante ne m'a pas laissé la même impression. Se positionnant mal sur le poignet, j'avais deux solutions: soit la retourner mais auquel cas le bracelet ressortait vers l'avant soit utiliser une boucle ardillon. J'ai opté pour la boucle ardillon car cela demeure la solution la plus confortable pour mon poignet. Le changement valait la peine car l'édition limitée Italie possède un charme incomparable. Ces touches de bleu, ces effets de contraste entre les sous-cadrans et le motif "Grande Tapisserie", le style élancé de l'ensemble sont un régal pour les yeux. Alors, même si j'aurais aimé un peu plus d'audace dans le traitement du fond du boîtier, je considère cette série limitée comme une réussite. Raffinée, élégante avec une petite touche sportive due à son bracelet caoutchouc, elle est digne d'une création italienne!


Les plus:
+ la finition du cadran et ses touches de bleu
+ la zone périphérique en bleu qui rééquilibre le cadran
+ la taille du boîtier donnant un style très élancé
+ le confort du bracelet caoutchouc
+ l'écrin est une fois n'est pas coutume très réussi

Les moins:
- j'aurais apprécié plus d'audace dans le traitement du fond du boîtier
- la réserve de marche un peu courte
- la boucle déployante n'est pas des plus confortables

Ressence: Type 1 V Genesis

2015 est décidément une année propice aux célébrations pour les marques indépendantes créatives. Après les 10 ans de MB&F, voici le cinquième anniversaire de la marque de Benoît Mintiens, Ressence. Le jeune designer belge profite de l'occasion pour observer le chemin parcouru en rendant hommage aux premiers prototypes. Cependant, il serait erroné de penser que c'est un retour à la case départ, bien au contraire! Car la Type 1 V Genesis, malgré son approche esthétique particulière, demeure avant tout une véritable Type 1 soit l'incarnation de l'aboutissement de la réflexion et du travail de Benoît Mintiens tant du point de vue esthétique que du point de vue technique. 


Les amateurs d'horlogerie indépendante se souviennent sans difficulté des Type 100x qui constituaient le point de départ de la marque. Les Type 1 d'aujourd'hui semblent très proches de ces montres initiales car le système d'affichage du temps, fondé sur une conception satellitaire et qui bannit l'usage de la moindre aiguille est partagé par les deux modèles. Et pourtant, que d'évolutions durant ces cinq années! Un point fondamental les distingue et symbolise à lui tout seul l'objectif à atteindre pour Benoît Mintiens: la suppression de la couronne.

Tant que ses montres continuaient à utiliser cette couronne, il ne pouvait être satisfait car une sorte d'intermédiaire existait entre elles et leurs propriétaires. Or il souhaitait avant tout une interaction totale, un lien direct. Le processus de création des Type 1 répond à sa logique de designer industriel, où la forme n'a pas qu'un seul but esthétique, mais également un rôle fonctionnel. La disparition de la couronne s'inscrit dans la même démarche que celle qui a conduit à éliminer les aiguilles. C'est l'horlogerie traditionnelle  qui est bousculée par une telle approche. Le client éprouve de nouvelles sensations à l'utilisation d'une Type 1 et c'est le but recherché.


La lecture du temps, malgré son caractère original, n'est guère difficile à maîtriser. L'élément central est le disque des minutes qui porte les autres disques de l'affichage, dédiés à la seconde, aux heures et aux jours de la semaine. Ce disque dominant, en évoluant dans le temps et en effectuant sa révolution complète en une heure, change la position des affichages sur le cadran. Ce dernier est donc en perpétuelle évolution et tout comme un visage, la montre semble exprimer des émotions changeantes.


Même si cela s'explique du point de vue esthétique et fonctionnel (la minute est peut-être l'indication la plus importante d'une montre), il y a également une raison technique au rôle joué par le disque des minutes. Le mouvement est en effet composé de deux parties. La base, un mouvement ETA2824 ne sert qu'à alimenter le module d'affichage, le ROCS1 (Ressence Orbital Convex System) qui concentre toute l'ingéniosité de Benoît Mintiens. L'intérêt horloger de la montre provient donc de ce module qui est animé par l'axe des minute du calibre de base. En effet, l'ETA2824 est ici réduit à sa plus simple expression et toutes ses autres fonctions ont été retirées. A noter que compte tenu de la consommation d'énergie requise par le module, la réserve de marche du mouvement est de 36 heures, en-deçà des standards de l'ETA2824.

Le réglage de la montre, que ce soit la mise à l'heure ou son remontage, nécessite en revanche de l'habitude et l'absence de couronne est déroutante au départ. Heureusement, des indications (et un conseil!) se trouvent inscrits à l'arrière. La couronne est remplacée par une roue dentée qui interagit  sur le mouvement directement positionné sur le fond du boîtier. Une fois la façon de procéder bien comprise, j'ai pu apprécier de pouvoir remonter le mouvement en mettant la montre à l'heure.


L'ensemble du cadran est légèrement courbé afin de créer cette sensation de parfaite homogénéité et d'intégration des éléments, épousant la forme du verre saphir. Cette cohérence esthétique n'est pas simple à obtenir puisqu'elle a obligé à incliner les axes et les roues dentées et à courber les planches. Mais le jeu en valait la chandelle puisque la façon dont le cadran accompagne le verre jusqu'au bord de la montre, qui ne possède pas à proprement parler de lunette, donne un effet spectaculaire et améliore la visibilité.

La spécificité de la Type 1 V Genesis est son style de finition qui évoque... l'absence de finition. Ne pas faire de finition du tout, c'est facile. Mais appliquer une finition qui donne un côté brut est beaucoup plus délicat. Ainsi, le rendu du cadran grené combine avec les index creusés sans Superluminova et les indicateurs galvanisés des disques pour définir une atmosphère très particulière amplifiée par l'utilisation d'un bracelet en veau barenia non traité. J'aime beaucoup le contraste entre la texture du cadran et les effets de profondeur des chiffres et index périphériques. De même, le boîtier en titane comporte encore des traces d'usinage. Mais je rassure sur ce point: la montre n'apparaît jamais comme mal finie. Cette démarche esthétique ne manque pas finalement de charme et de raffinement. Un peu paradoxal certes mais sur ce point, il y a un monde entre le rendu de la Type 1 V Genesis et celui d'un prototype qui aurait été rapidement terminé pour être présenté sur un salon.


Cette Type 1 particulière est donc fascinante à porter. Elle est dotée d'une grande présence sur le poignet du fait de sa très grande ouverture de cadran et de son diamètre de 42mm. Possédant des proportions équilibrées, ni trop fine, ni trop épaisse (13mm), elle se porte avec confort grâce à la souplesse du bracelet et l'intégration des anses à fil qui le positionne près du boîtier. Son cadran intrigue beaucoup et son apparence plus radicale la rend plus difficile à apprécier qu'une Type 1 de la collection permanente. Benoît Mintiens ne s'y est pas trompé: s'adressant avant tout aux passionnés de sa marque voulant retrouver l'esprit des premiers jours, elle est éditée dans le cadre d'une série très limitée de 5 exemplaires. Les collectionneurs voulant découvrir Ressence le feront plus aisément avec une autre Type 1 sans oublier l'étonnante Type 3 car leurs finitions plus élaborées les rendent plus simples à apprécier.

Merci à Benoît et à Gaëtan pour leur accueil à Bâle.

Les plus:
+ l'originalité de l'affichage du temps à la fois astucieux et facile à maîtriser
+ la cohérence entre l'approche esthétique et l'utilisation au quotidien
+ le calibre de base, simple et fiable
+ la conception du module d'affichage
+ la présence et le confort au poignet

Les moins:
- une réserve de marche un peu courte
- une édition réservée aux passionnés de la marque, plus difficile à apprécier compte tenu de son style décoratif