mardi 24 février 2015

Lange & Söhne: 1815 "200th Anniversary F.A. Lange"

Ces derniers mois, les cadrans noirs reviennent en force chez Lange & Söhne: après la Lange One Tourbillon Handwerkskunst, la Langematik Perpetual en or gris, voici donc la 1815 "200th Anniversary F.A. Lange" qui propose un cadran de la même couleur. Cette montre en série limitée qui célèbre le deux centième anniversaire de la naissance de Ferdinand Adolph Lange répond au souhait de très nombreux amateurs de la marque qui regrettaient l'absence d'un cadran se distinguant par rapport aux cadrans argentés des 1815 en or de la collection permanente ou au cadran rhodié de la première série limitée platine.


Le cadran noir argenté de cette 1815 est une vraie réussite. A la fois profond et lumineux, il met en valeur la beauté simple de cette montre et la transforme esthétiquement. Elle apparaît comme plus contenue, plus subtile et j'apprécie particulièrement le contraste entre les aiguilles en or rhodié et le cadran.

Cette série limitée avait peu de chance d'être ratée car la 1815 40mm demeure, quelques années après sa première présentation, une des plus belles montres 3 aiguilles du marché. Grâce à sa taille et à ses proportions, élancée sans être fine, elle n'est pas dénuée de caractère et se révèle bien plus homogène et polyvalente qu'elle pourrait le suggérer. Son cadran à plusieurs niveaux est un modèle de raffinement qui comporte tous les ingrédients caractéristiques de la ligne 1815: le chemin de fer périphérique, les chiffres arabes, les marqueurs des quarts d'heure sans oublier le 6 partiellement recouvert par le sous-cadran de la trotteuse.


Mais la 1815 n'est pas seulement convaincante du point de vue esthétique: elle l'est également à l'usage grâce au plaisir que procure son mouvement  L051.1. Le remontage quotidien est une expérience très agréable grâce à la douceur de la manipulation de la couronne. La qualité de l'exécution se ressent dans les finitions mais également à travers ces petits gestes comme la mise à l'heure. 


Le mouvement L051.1 est décoré selon les standards de la marque et même si je peux regretter que la platine 3/4 recouvre certains éléments mobiles comme la roue de couronne ou le rochet, il n'en demeure pas moins un régal pour les yeux grâce notamment aux couleurs du maillechort, la raquetterie en col de cygne et la gravure du pont du balancier. Le mouvement L051.1 se distingue de celui de la première 1815 grâce à son diamètre plus important (30,6mm) mieux adapté à la taille de la montre et à la réserve de marche de 55 heures.

Belle, agréable au porter et à l'usage, proposant un cadran noir envoûtant, la 1815 "200th Anniversary F.A. Lange" a donc tout de la montre en série limitée parfaite. Je pourrais en rester là et célébrer sans restriction le grand retour du cadran noir dans le contexte de la 1815. Le problème est que justement, ce qui me satisfait avec des marques plus communes m'apparaît comme sujet à discussion avec ma manufacture préférée. En d'autres termes, je suis beaucoup plus exigeant avec Lange et ce d'autant plus quand on connaît ce que furent ses montres en série limitée dans le passé.


Car j'ai beau prendre la 1815 "200th Anniversary F.A. Lange" par tous les bouts, elle n'est après tout qu'une déclinaison de la 1815 platine existante avec comme unique changement la couleur du cadran. Le résultat est spectaculaire et magnifique certes. Mais il fut un temps, pas si éloigné, où une série limitée chez Lange était synonyme d'une nouvelle complication (1815 Kalenderwoche, 1815 Emil Lange) ou d'une approche esthétique vraiment différente (1815 Walter Lange et son fond cuvette, Langematik Anniversary et son cadran en émail). Dans le cas de cette toute dernière montre, Lange donne l'impression d'utiliser une recette déjà connue et éprouvée. D'ailleurs, la première 1815 a fini sa carrière avec un boîtier en or gris et un cadran noir. Je me retrouve donc face à un paradoxe. La 1815 "200th Anniversary F.A. Lange" est une montre magnifique mais décevante en tant que série limitée non pour ce qu'elle est mais pour ce qu'elle représente: une solution de facilité pour une manufacture au potentiel bien supérieur.


Merci à l'équipe de la boutique Lange de Paris.

Les plus:
+ la beauté du cadran noir, à la fois lumineux et profond
+ le plaisir de retrouver le mouvement L051.1
+ le diamètre de 40mm est plus adapté que celui de 38,5mm car le cadran réduit la perception  de la taille
+ une montre élégante mais polyvalente

Les moins:
- c'est une très belle montre... de collection permanente, Lange se doit de retrouver son audace passée en matière de série limitée.

lundi 23 février 2015

Breva: Génie 03

De prime abord, la Génie 03 semble être la montre la plus simple de Breva. Après tout, sa "complication" originale consiste en l'intégration d'un anémomètre que le propriétaire de la montre peut activer grâce à un poussoir. Certes, cette intégration n'est pas aisée mais les difficultés techniques inhérentes aux fonctions des Génie 01 et 02 qui dérivent de la mesure de la pression de l'air apparaissent comme plus ardues. Il serait cependant beaucoup trop réducteur de considérer la Génie 03 comme une Breva simplifiée. Tout d'abord parce qu'elle conserve ce qui fait la force de la marque, à savoir le jeu et l'interaction avec un élément naturel. Ensuite parce qu'elle utilise le premier mouvement entièrement développé en interne. Enfin, parce qu'elle recèle quelques surprises qui démontrent que la marque de Vincent Dupontreué gagne en maturité.


La force de la Génie 03 est également sa faiblesse. En incorporant l'anémomètre dans le boîtier, Breva réussit un joli tour de force car un tel instrument nécessite une certaine taille et des coupelles efficaces et opérationnelles. Lorsqu'il demeure logé dans son emplacement, il décore joliment la partie droite de la montre et ne dépasse quasiment pas du boîtier. L'inconvénient est qu'il réduit significativement la place dédiée à l'affichage du temps et à d'autres fonctions. La contrainte pour Breva fut donc de rassembler le maximum d'information sur le côté gauche de la montre ce qui peut s'avérer gênant pour les personnes qui portent la montre sur le poignet gauche.


Du point de vue fonctionnel, la mission est accomplie puisque la Génie 03 propose sur cette moitié de cadran, un sous-cadran dédié à l'affichage du temps avec une seconde centrale, un balancier apparent et un astucieux indicateur de réserve de marche. Malgré la concentration des informations, l'ensemble demeure lisible et surtout très animé! En sus du parcours de la trotteuse et des oscillations du balancier, se distingue le comportement de la roue d'échappement. Le sous-cadran surélevé met au premier plan les heures et les minutes qui deviennent facilement accessibles même en l'absence d'une graduation des minutes. Au-delà des animations, cette partie de la montre propose de jolis effets de profondeur et de relief qui contribuent à la réussite esthétique de l'ensemble. L'autre élément intéressant est la lecture directe grâce au ressort du barillet de la réserve de marche ce qui permet également de profiter de l'observation de l'impact du remontage à la couronne du mouvement.


La partie droite de la montre est donc dédiée au fameux anémomètre. Une fois dévissé, le poussoir à deux heures permet de l'activer en le faisant sortir de son emplacement. L'épaisseur de la montre passe alors à 23,5mm contre 17,5mm lorsqu'il est rangé. Le principe de l'anémomètre est simple: il mesure la vitesse du vent et l'affiche de façon instantanée lorsqu'elle est stabilisée. Grâce à cet instrument, la personne qui porte la Génie 03 peut lire directement sur la graduation sa vitesse de déplacement si elle est en mouvement ou tout simplement la vitesse du vent si elle est immobile. La plage de lecture est comprise entre 20 et 200 kilomètres à l'heure. Une fois la vitesse mesurée, une pression sur l'anémomètre permet de le ranger sans oublier pour des raisons de sécurité et pour éviter toute ouverture intempestive, de visser le poussoir.


L'arrière de la montre suit les courbes du cadran et propose un convertisseur des km/h en mph pour réconcilier le monde anglo-saxon avec le reste de la planète. Mais le plat de résistance est évidemment le micro-rotor qui symbolise au moins deux premières pour Breva. En effet, le mouvement BRE03.001 qui équipe la Génie 03 est non seulement le premier mouvement automatique utilisé par la marque mais également le premier intégralement développé en interne. Je rappelle que les précédents avaient été conçus avec Chronode, la société de Jean-François Mojon. Ce mouvement d'une fréquence de 4hz et d'une réserve de marche de 60 heures  recèle un potentiel très intéressant du fait de son architecture (balancier côté cadran, emplacement disponible pour des complications complémentaires) et de son efficacité au remontage qui peut être jugée grâce à l'indicateur de réserve de marche. Je suis par conséquent à peu près certain que je le retrouverai dans d'autres contextes. Breva possède dorénavant son mouvement de base exclusif. C'est une excellente nouvelle pour le développement de la marque.


La Génie 03 se démarque de ses deux devancières par son style plus sportif accentué par la présence de l'anémomètre. Ses dimensions sont cohérentes avec l'ensemble de la gamme de Breva et je retrouve ainsi le diamètre du boîtier en titane de 44,70mm. Seule l'épaisseur est légèrement supérieure du fait de la présence de l'instrument additionnel mais la différence n'est pas significative par rapport aux autres montres de la collection. Si le confort au porter est toujours au rendez-vous (à condition d'avoir le poignet à la taille adaptée), je suis moins séduit, comme sur la Génie 02, par les pièces de bout qui ont tendance, selon moi, à alourdir esthétiquement la montre. De plus, si le sous-cadran de l'affichage du temps n'est pas plus petit que sur les deux autres Génie, l'omniprésence de l'anémomètre réduit la perception de sa taille. La Génie 03 est ainsi plutôt déroutante au poignet  mais c'est ce qui fait son intérêt. Malgré son indication de l'heure classique, elle donne vraiment l'impression d'être une drôle de machine et c'est tout de même un sentiment très agréable à condition d'adhérer au concept.


Malgré ses imperfections, la Génie 03 apporte une nouvelle preuve du potentiel de Breva car elle introduit le mouvement de base qui constituera dans le futur un atout significatif pour la marque.

Les plus:
+ le premier mouvement entièrement développé en interne à micro-rotor
+ les animations de la partie gauche du cadran
+ l'indicateur de réserve de marche à lecture directe
+ l'anémomètre peut sembler anecdotique mais il offre une interaction avec un élément naturel

Les moins:
- l'anémomètre a tendance à écraser le cadran de sa présence
- les pièces de bout alourdissent l'esthétique de l'ensemble

dimanche 22 février 2015

Christophe Claret: Aventicum

L'Aventicum n'est sûrement pas la montre la plus compliquée du point de vue mécanique de la part de Christophe Claret. Elle est en revanche une des plus ambitieuses du point de vue esthétique et une des plus originales compte tenu du thème qu'elle aborde. Elle incarne également l'implication personnelle de Christophe Claret auprès du musée de la ville d'Avenches qui fut 2000 ans plus tôt la capitale de l'Helvétie romaine. A travers cette montre et son thème central (au sens premier comme au sens figuré), il souhaite donner un coup de projecteur sur la richesse du patrimoine du musée archéologique romain afin que ce dernier puisse démarrer la construction d'un nouveau bâtiment.  Il ne s'agit pas d'une simple posture de la part de l'horloger français puisque son engagement vis-à-vis du musée s'est déjà exprimée à travers le financement du tournage d'un film en 3D détaillant les plus belles pièces de ce patrimoine qui malheureusement, faute de place, demeure pour une très grande partie inaccessible au public.


Une des pièces majeures du musée d'Avenches est le buste en or massif de Marc Aurèle. Une telle oeuvre, dans cet état de conservation, est en effet extrêmement rare puisque la plupart des bustes en métal précieux furent fondus ou transformés. L'idée est donc venue chez Christophe Claret d'utiliser toute la dimension symbolique de ce buste pour en faire une montre rendant hommage au musée et de façon plus large, au monde antique. Un tel thème est rarement abordé dans l'horlogerie et il fallait tout le talent d'un Christophe Claret pour éviter de tomber dans le kitch. Si l'Aventicum est une montre réussie, c'est bien parce qu'elle met en scène les différents éléments qui la composent et que l'affichage du temps a été adapté à son contexte.


Tout le principe de l'Aventicum a été de rendre le plus spectaculaire possible la représentation du buste. L'original étant impressionnant et majestueux, Christophe Claret ne pouvait pas se permettre un rendu visuel décevant. Je retrouve ainsi dans l'Aventicum deux idées que j'avais observées chez De Bethune et Greubel Forsey mais cette fois-ci combinées pour un résultat spectaculaire: le dégagement de la partie centrale du cadran grâce à un affichage périphérique des heures et minutes utilisant deux disques et l'utilisation d'un jeu de miroir agrandissant de façon significative la petite sculpture de moins de 3 millimètres de haut et renforçant son aspect tri-dimensionnel. 

Je dois avouer que je fus très surpris par l'efficacité du mirascope qui est une sorte d'effet d'optique qui donne le sentiment que le buste surgit du cadran. Cet effet est de plus accentué par la forme convexe de la partie centrale. Imaginez une sorte de présentoir qui élèverait le buste: selon l'inclinaison du poignet, les conditions de lumière, le buste devient plus ou moins présent jusqu'à même nous convaincre qu'il se trouve au-dessus du cadran! Dans ce contexte, la ligne géométrique continue qui dessine un labyrinthe allant du T d'Aventicum jusqu'au buste décore joliment la montre tout en préservant sa cohérence esthétique.


L'autre satisfaction est que la lisibilité du temps demeure tout à fait acceptable. Ce type d'affichage par le biais de disques sur lesquels sont apposés les marqueurs correspond visuellement parlant à celui à aiguilles où seules leurs extrémités auraient été conservées. Il est donc important que les marqueurs soient facilement détectables et surtout qu'ils se distinguent nettement l'un de l'autre. C'est bien le cas grâce à leurs formes différentes et leurs lettres qui rappellent leurs fonctions. La difficulté en revanche est la puissance du mouvement qui est requise car la taille des deux disques périphériques fait que l'énergie nécessaire est plus importante qu'avec une paire d'aiguilles traditionnelles. C'est la raison pour laquelle le choix s'est porté sur des disques en fibre de carbone pour limiter cette consommation d'énergie. De plus, ils apportent une touche  contemporaine et étrangement, ils ne dénaturent pas l'ambiance antique de l'Aventicum.


Le double barillet du mouvement automatique, visible à travers le fond transparent, a de fait plus vocation à donner de la puissance et du couple qu'à véritablement augmenter la réserve de marche qui n'en demeure pas moins très acceptable avec une durée de 3 jours. Au-delà de ses performances, son intérêt est de rajouter une dimension ludique à la montre. La course de chars de Ben-Hur est en effet de retour! La masse oscillante possède un secteur de masse en saphir permettant ainsi par un procédé de métallisation haute définition de le décorer avec cinq chars  qui possèdent leurs propres numéros. En faisant tourner la masse, les paris peuvent être pris pour savoir lequel des cinq s'arrêtera devant la petite flèche de "Marc Aurèle": un clin d'oeil évidemment aux montres ludiques de Christophe Claret comme la Poker ou la Blackjack!


L'Aventicum est définitivement une montre intrigante une fois mise au poignet. La forme convexe, la décoration autour du buste et la faculté de ce dernier a plus ou moins se détacher sont autant d'éléments surprenants. Cependant, j'ai trouvé qu'un équilibre était trouvé  et la montre n'apparaît nullement comme un étrange ovni. L'atmosphère qui s'en dégage est cependant inhabituelle, comme si nous plongions dans une sorte de monde antique contemporain. C'est bien d'ailleurs cette atmosphère qui constitue le principal intérêt de l'Aventicum qui ne possède pas sinon de complication horlogère particulière. Attention cependant à son gabarit! Si le diamètre, rendu nécessaire par la construction du cadran, est imposant (44mm) mais tolérable, en revanche la forme du verre et l'épaisseur maximum (18,49mm) peuvent apparaître comme plus problématique. Mais ne serions-nous pas prêts à accepter cette contrainte pour profiter du buste d'un empereur romain dans toute sa splendeur? En tout cas, la maxime latine présente sur le fond du boîtier "Perfice omnia facta vitae quasi haec postrema essent" (qui pourrait se traduire par "Accomplis chaque acte de ta vie comme s'il devait être le dernier") m'a causé beaucoup moins d'interrogation car je la considère comme une très belle philosophie de vie!

L'Aventicum est disponible en deux versions: or rose et titane (68 exemplaires) et or gris et titane (38 exemplaires).

Les plus:
+ l'atmosphère particulière qui se dégage
+ l'impressionnant rendu visuel du buste
+ la lisibilité tout à fait correcte compte tenu du contexte
+ la dimension ludique et les performances du mouvement

Les moins:
- l'épaisseur maximum de la montre
- l'absence d'indicateur de marche côté cadran lui donnant un côté un peu inerte

jeudi 12 février 2015

Urwerk: UR-210S "Full Metal Jacket"

Avec sa grande aiguille rétrograde, l'UR-210 est peut-être la montre Urwerk la plus proche de l'esprit de l'Opus V, la montre icône de Harry Winston qui mit sous les feux des projecteurs le duo Félix Baumgartner & Martin Frei. Evidemment, des différences significatives existent entre les deux: l'aiguille parcourt dorénavant une graduation horizontale et les satellites des heures sont transportés, embarqués par l'aiguille alors qu'ils constituaient  sa base auparavant.

 
Malgré tout, les deux montres partagent un point commun fondamental qui est l'expérience sensorielle qu'elles provoquent. Lorsque la grande aiguille de l'UR-210 effectue son mouvement de retour instantané, le propriétaire de la montre perçoit, sans même jeter un coup d'oeil sur le cadran que le changement d'heure vient de s'opérer. L'UR-210 développe par la suite un concept cher à Félix Baumgartner: celui de l'interactivité qui renforce la dimension ludique de la montre. Grâce à son fameux témoin d'efficacité du remontage, elle propose un indicateur original qui incite à jouer avec le régulateur de remontage situé à l'arrière du boîtier. Ce n'est certes pas la première Urwerk qui présente un tel régulateur dont l'objectif est de moduler le pouvoir de remontage du mouvement automatique jusqu'à même être en mesure de l'annihiler. Mais l'UR-210 se distingue par son témoin qui traduit côté cadran l'impact de l'action du régulateur. 


Le boîtier est une véritable prouesse esthétique combinant des lignes extérieures plutôt douces et un rendu visuel de la lunette très géométrique créant ainsi un contraste et cassant le sentiment d'uniformité et de massivité qui pourrait exister compte tenu du gabarit de la montre. Il est le décor idéal pour mettre en scène l'affichage du temps qui réinvente les heures vagabondes. Les dimensions de l'aiguille la rendent omniprésente. Elle attire le regard et fait presque oublier la cinématique des satellites se trouvant en-dehors. L'UR-210 est donc pour moi, si je mets de côté l'EMC avec son concept particulier qui la positionne sur un plan différent, l'Urwerk la plus aboutie et qui met le mieux en valeur les idées et principes techniques et esthétiques de Félix Baumgartner et de Martin Frei.


Déjà, à la base, j'aime donc beaucoup l'UR-210. Et là, quelle belle surprise! A ce niveau-là, c'est plus qu'une cerise sur le gâteau. Il y a la dose de crème qui va avec. C'est le pur orgasme horloger. Martin Frei nous refait le coup de l'UR-202S en parachevant le design de la montre, en lui rajoutant un bracelet métal qui se marie idéalement avec les nouvelles teintes monochromes du cadran. Alors, je ne peux que répéter ce que j'avais dit à l'époque de l'UR-202S: la montre devient lumineuse, encore plus envoûtante et se paye même le luxe de gagner en confort et en lisibilité. 


De nouveau, Maspoli est de la partie et le résultat est à la hauteur de mes espérances. L'UR-210S, malgré son poids général conséquent, se positionne de façon ferme sur le poignet et grâce à une meilleure répartition du poids, évite de bouger de façon sensible même lorsque le bras effectue des mouvements rapides. Le bracelet n'est donc pas seulement beau: il est utile. Un détail important et inattendu contribue à la beauté de l'UR-210S: il s'agit du protège-couronne dont la forme semble prolonger les lignes de la lunette. C'est ce souci du détail, cette quasi-perfection  du point de vue de la cohérence esthétique qui me font littéralement succomber au charme de cette pièce. Elle peut sembler originale de prime abord, peut-être même excessive sous certains aspects. J'y vois pourtant la preuve d'une grande maturité et l'aboutissement d'une démarche horlogère et créatrice sincère initiée lors de la fondation d'Urwerk.

L'UR-210S est commercialisée dans le cadre d'une série limitée de 35 exemplaires.


Merci à l'équipe Urwerk pour son accueil pendant la Geneva Week 2015.

Les plus:
+ le bracelet Maspoli est de retour et parachève le design de l'UR-210
+ les teintes monochromes, plus lumineuses
+ le confort au porter
+ l'interactivité grâce au régulateur de remontage

Les moins:
- la montre parfaite n'existe pas et n'existera jamais alors je veux bien concéder que la réserve de marche peut être perçue comme trop courte (39 heures). Mais vous ne porteriez pas une montre pareille tout le temps?

mardi 10 février 2015

HYT: Skull Red Eye

J'ai l'habitude de dire que sur la H1 de HYT, le cadran dédié à l'affichage des minutes n'est finalement qu'une aide afin de les lire avec une meilleure précision puisque le parcours du liquide à travers le tube capillaire périphérique permet de les deviner. Lorsque le liquide se situe à la moitié de la distance entre deux index des heures, il est 30 minutes. La progression du liquide est similaire au comportement d'une grande mono-aiguille rétrograde. Finalement, avec les deux Skull (Red Eye et Green Eye), HYT est allé au bout du concept en s'affranchissant d'un affichage dédié aux minutes. Mais surtout, la jeune marque des hydro-horlogers tire profit de cette indication particulière du temps pour mettre en scène un immense crâne, très géométrique, situé au plein milieu du cadran.


Le problème des montres avec des crânes, c'est qu'on en a vu beaucoup. Trop d'ailleurs. La très grande majorité de ces montres se contente de placer un crâne ici ou là pour créer une fausse excitation et révéler le côté rebelle du client. Inutile de préciser que la mayonnaise ne prend généralement pas. La force de la Skull de HYT est d'utiliser le crâne, de jouer avec et d'en faire une partie prenante de l'affichage du temps. Cela change immédiatement toute la perception puisque le crâne n'est plus passif mais joue le rôle central au-delà de sa dimension esthétique.

Ainsi l'oeil de gauche est utilisé pour indiquer les secondes (en fait, une sorte de témoin de marche) et l'oeil de droite affiche la réserve de marche grâce à des disques mobiles. Mais la grande différence par rapport à la H1 est la forme du tube capilaire qui épouse les contours du crâne alors qu'elle était en arc de cercle sur la montre d'origine. Il ne s'agit pas d'une broutille. Compte tenu des coudes et des angles imposés au tube, il est beaucoup plus difficile d'assurer une progression constante et sans obstacle du liquide.


Je rappelle en effet que la partie la plus délicate dans la conception d'un tel affichage est une contrainte physique et pas purement mécanique. Les liquides (parler d'un seul liquide est une erreur puisque dans le tube circulent un liquide coloré et un liquide neutre) doivent se mouvoir sans se mélanger ni accrocher la paroi. C'est la raison pour laquelle le tube capillaire, déjà extrêmement difficile à usiner, subit l'adjonction de plusieurs couches d'un revêtement intérieur dont l'objectif est de permettre aux liquides de mieux glisser. Une véritable prouesse d'usinage que seules de très rares entreprises spécialisées sont capables d'accomplir.

Derrière une montre qui semble décalée, ludique, se cache l'expression de la maturité de HYT qui démontre, modèle après modèle, sa progression en matière de maîtrise des fluides. HYT s'appuie sur un élément de confiance pour animer la Skull avec le mouvement de la H1 développé avec Bruno Moutarlier et l'équipe de Chronode de Jean-François Mojon. J'aime beaucoup ce mouvement à la présentation très contemporaine où la patte Chronode se ressent dans l'architecture et la forme des ponts. Il est le véritable pendant du contenu du tube capillaire puisque il met en scène les deux réservoirs de liquide dont les hauteurs plus au moins compressées traduisent la progression des liquides.  D'une fréquence de 4hz, le mouvement à remontage manuel propose une réserve de marche de 65 heures ce qui est très raisonnable. Le verre saphir à l'arrière du boîtier est coloré de façon à retrouver la couleur de l'affichage du temps du côté cadran. Pourquoi pas mais je trouve que le mouvement perd en dimension spectaculaire du fait de cette couleur qui a tendance à l'uniformiser. 


Le moins que l'on puisse dire est que le crâne prend ses aises. Le boîtier, qui combine du titane avec un revêtement DLC noir et de l'or rose (le boîtier de la Skull Green est entièrement en titane), a un diamètre supérieur de plus de 2mm par rapport à celui de la H1! 51mm est évidemment une taille hors norme mais de façon surprenante, elle n'est nullement gênante à condition d'avoir le poignet adapté. Tout simplement parce le thème de la montre impose un tel gabarit et parce qu'elle se positionne bien sur le poignet. J'aime beaucoup le rendu visuel du crâne, qui est très géométrique. Le fait que les réservoirs soient situés en-dessous m'évoque également une grande ampoule. Une façon de mettre en lumière la capacité de HYT d'imaginer des montres surprenantes? Dans ce contexte esthétique inhabituel, la lecture de l'heure précise n'est pas la grande force de la Skull d'autant plus que la forme du tube est assez contraignante à ce niveau. Heureusement, les chiffres périphériques sont prolongés par des rayons qui rejoignent le tube. J'ai donc retrouvé le même niveau de précision de lecture qu'avec une mono-aiguille. Cependant, les amateurs  de lecture du temps à la seconde près passeront leur chemin. 


La Skull n'a pas vocation de toutes les façons à être une montre instrument. L'indication de l'heure est plus ici un prétexte pour animer un crâne loin d'être lugubre, et qui rarement aura trouvé un contexte aussi adapté. La Skull n'est donc pas pour moi une nième montre sur le thème du memento mori, j'y ai au contraire vu une certaine dose d'optimisme à travers la circulation du liquide coloré qui semble redonner vie à l'élément central du cadran.

Merci à l'équipe HYT.

Les plus:
+ une façon surprenante de renouveler la H1
+ l'intégration du crâne dans l'affichage du temps
+ le rendu visuel loin d'être lugubre et qui évoque plus la science-fiction
+ les performances du mouvement

Les moins:
- le verre saphir coloré qui a tendance à atténuer les finitions et la présentation du mouvement
- l'épaisseur, identique à celle de la H1, demeure élevée (17,9mm)
- la précision de la lecture du temps mais est-ce le véritable objectif d'une telle montre?

dimanche 8 février 2015

Audemars Piguet: Millenary Quadriennium

L'année 2015 sera incontestablement placée sous le signe de la Millenary pour Audemars Piguet. Si le SIHH 2015 s'est distingué par la présentation d'une collection de Millenary à remontage manuel à l'attention des femmes, les hommes ne furent pas oubliés grâce à la Quadriennium dévoilée quelques semaines plus tôt à Watches & Wonders.

Grâce à Audemars Piguet, je progresse en latin! Quadriennium signifie une période de 4 ans ce qui apporte une explication sur la spécificité du calendrier proposé par cette Millenary. Il s'agit en fait d'un calendrier bissextile que les amateurs de Breitling connaissent bien et qui nécessite un réglage une fois tous les 4 ans lors des années bissextiles. En effet, si le calendrier annuel nécessite un ajustement à la fin février de chaque année, si le calendrier perpétuel évite toute manipulation sauf dans des cas très précis (comme les années divisibles par 100 mais pas par 400 qui ne sont pas bissextiles), le calendrier bissextile gère le passage de février à mars de chaque année... sauf lors de l'année bissextile. Bien évidemment, pour les puristes, un calendrier bissextile ne peut être considéré au même niveau qu'un calendrier perpétuel. Cependant, je lui rends tout de même le mérite de permettre de découvrir une nouvelle complication dans le contexte de la ligne Millenary.


Sans surprise, la montre présente l'organisation habituelle des Millenary à organe réglant visible côté cadran. Le balancier et son pont vertical sont situés à gauche tandis que la partie droite est dédiée à l'affichage des fonctions. Le sous-cadran de la trotteuse ainsi que le balancier mordent sur le cadran principal ce qui renforce la similitude visuelle avec la Millenary Répétition Minutes. La montre est de fait extrêmement animée puisque les oscillations du balancier sont accompagnés par le mouvement de la roue d'échappement visible sous le pont et par le déplacement de la trotteuse.

Cette partie gauche de la montre est pour moi la plus réussie: le pont du balancier est majestueux tout en restant esthétiquement léger, l'incabloc est plutôt discret et les oscillations du balancier proposent un spectacle hypnotisant. Il est à ce stade important d'indiquer que la Millenary Quadriennium utilise l'échappement Audemars Piguet à double spiral fonctionnant sans lubrification et dont l'objectif est d'obtenir une meilleure régularité de marche. Le double spiral a pour but de compenser les écarts de comportement, un peu comme pourrait le faire un Tourbillon dans un autre contexte.


La partie droite m'a moins convaincu. Je retrouve la présentation habituelle du cadran Millenary avec l'axe des aiguilles décentré. Les chiffres romains sont ainsi plus grands à gauche qu'à droite. Ce qui donne du dynamisme à la Millenary 4101 apporte en revanche un peu de confusion dans le cas précis de la Millenary Quadriennium. Le problème en définitive est le rassemblement sur une zone relativement réduite des guichets des jours et des mois ainsi que de l'affichage par aiguille des quantièmes. Je touche ici le paradoxe de la montre. Pour une montre calendrier, quelle qu'elle soit, l'affichage le plus important doit être celui des quantièmes car tout le mécanisme est fait pour les indiquer avec justesse. Or l'affichage avec aiguille, même rouge, rend la lecture de ces quantièmes plus compliquée. Malgré tout, lorsqu'elle est observée dans son ensemble, il se dégage de la Millenary le sentiment d'être face à un design convaincant et original, supporté par une exécution de qualité comme le prouvent le cadran en émail  et les finitions irréprochables. C'est plus sur la dimension purement pratique que se situe le point faible de la montre.


L'organe réglant étant situé côté cadran, le mouvement côté ponts est évidemment plus statique ce qui n'empêche pas d'apprécier la singularité de son architecture et la décoration soignée. Les deux rochets mettent en évidence la présence d'un double barillet qui se devine côté cadran. Il confère à la montre une réserve de marche d'une semaine (pour une fréquence de 3hz) ce qui est une excellente nouvelle pour une montre calendrier à remontage manuel. J'apprécie également la forme du cliquet et  le contraste entre les lignes droites créées par les côtes de Genève et les éléments mobiles circulaires.

La Millenary Quadriennium est une montre qui impose sa présence au poignet. Plus encore que sa taille (47x42mm) similaire à celle de la 4101 ou de la répétition minutes, c'est sa forme qui lui donne l'impression d'avoir un gabarit imposant. Cependant, la taille demeure bien équilibrée et rien ne dépasse, les cornes étant très incurvées. La montre se porte ainsi sans souci étant bien positionnée sur le poignet. Du fait de son cadran très décentré, elle est en revanche bien plus indiquée pour ceux qui portent la montre sur le poignet gauche. 


J'ai donc au final un avis mitigé sur cette nouvelle Millenary. Ses forces sont évidentes: son style, son design, ses finitions, son animation côté cadran constituent des atouts considérables. En revanche, la lisibilité plutôt délicate des quantièmes vient gâcher un peu le plaisir surtout dans le contexte d'une montre calendrier.

Merci à l'équipe Audemars Piguet pour son accueil pendant le SIHH 2015.

Les plus:
+ un design réussi et très proche de celui de la Répétition Minutes
+ la qualité des finitions
+ le spectacle offert par le balancier
+ la longue réserve de marche (7 jours)

Les moins:
- la lisibilité du cadran et notamment des quantièmes
- la Millenary est-elle le contexte approprié pour une montre calendrier?

Lange & Söhne: Datograph Up & Down Or Rose

Sans grande surprise, la première déclinaison du Datograph Up & Down dévoilée au SIHH 2015 permet de retrouver la combinaison entre cadran noir et boîtier en or rose. Je rappelle que dans le contexte du premier Datograph, cette combinaison particulière porte le surnom de "Datograph Dufour" puisque le célèbre horloger indépendant est l'heureux propriétaire du chronographe qui symbolise le mieux l'excellence de la Manufacture saxonne.


Cette nouvelle version me donne l'occasion de revenir en quelques mots sur le Datograph Up & Down, assez régulièrement critiqué par les admirateurs de Lange qui lui préfèrent nettement le Datograph d'origine. Je trouve à titre personnel qu'il s'agit d'un mauvais procès. Il était temps en effet de trouver un successeur au chronographe qui marqua le segment de la haute horlogerie lors de sa présentation en 1999. Ce dernier apparaissait il y a quelques années comme trop petit, trop épais pour une nouvelle clientèle à la recherche d'une montre moins radicale, peut-être plus consensuelle. C'est ainsi que le Datograph Up & Down fut présenté avec une taille élargie à 41mm qui transforme le rapport diamètre/épaisseur de façon favorable en donnant un style plus élancé. Les chiffres romains furent éliminés afin de laisser plus respirer le cadran  et l'indicateur de la réserve de marche fit son apparition par le biais d'un très discret indicateur situé à 6 heures.


La volonté des designers de Lange à travers le nouveau Datograph était de préserver de façon obligatoire ce qui définit le mieux la rigueur toute germanique de l'approche stylistique du cadran. Un triangle équilatéral est ainsi dessiné par le double guichet de la grande date et les deux sous-compteurs blancs. Pour atteindre un tel résultat dans le contexte du boîtier élargi, Lange a veillé à conserver les proportions et c'est la raison pour laquelle la taille du double guichet a été agrandie. Un détail qui prouve l'attention et le soin portés aux détails. Ce triangle explique aussi pourquoi l'affichage de la réserve de marche demeure si discret.


Du point de vue mécanique, le Datograph Up & Down est équipé du mouvement L951.6 qui se distingue du mouvement du Datograph par sa réserve de marche étendue (60 heures vs 36 heures) et par l'utilisation du balancier à masselottes et du spiral maison. Esthétiquement quasi-identique au célèbre L951.1, c'est l'observation du balancier qui permet rapidement de faire la différence entre ces deux mouvements. Plus de 15 ans après sa présentation, le calibre chronographe à remontage manuel de Lange demeure la référence du marché tant du point de vue esthétique (quel effet de profondeur!) que du point de vue fonctionnel: il est très agréable à remonter et la sensibilité des poussoirs est parfaitement dosée. 


C'est donc avec plaisir que j'ai découvert cette nouvelle version du Datograph Up & Down. Le cadran noir permet de préserver la mise en valeur de la construction particulière du cadran. L'or rose apporte ses teintes chaleureuses mais la montre perd évidemment en discrétion du fait du fort contraste entre le boîtier et le cadran. C'est un point à considérer car la version platine est plus sobre à ce niveau. Comme souvent avec Lange, la montre demeure relativement lourde car une grande partie du poids provient du mouvement en lui-même. J'aime beaucoup cette sensation au poignet qui contribue à la perception de la qualité.


Ce Datograph Up & Down recèle en outre une nouveauté  importante pour Lange: le boîtier en or rose propose dorénavant une partie centrale brossée comme avec les autres matériaux de la marque. Cette alternance polie&brossée n'était pas disponible en or rose depuis le lancement de la marque en 1994 car il existait une crainte que l'alliage fût plus sensible à la corrosion. Depuis, les nombreux tests qui furent menés rassurèrent la manufacture sur la stabilité de l'alliage. Lange a peut-être péché par un excès de prudence mais il est difficile de leur en vouloir sur ce point. En tout cas, l'alliage en or rose demeure identique.

L'autre nouveauté qui impacte de façon transversale la collection est la disponibilité d'une boucle déployante à deux lames latérales qui remplace avantageusement celle présente dans le catalogue jusqu'à maintenant. J'étais obligé de l'inverser pour pouvoir porter la montre avec confort et je ne vais donc pas beaucoup la regretter. Attention cependant, le Datograph Up & Down en or rose est vendu avec une boucle ardillon.


Merci à l'équipe Lange pour sa disponibilité pendant le SIHH.

Les plus:
+ la touche de chaleur apportée par le boîtier en or rose
+ le mouvement, toujours aussi spectaculaire et agréable à l'usage
+ les finitions

Les moins:
- la version en or rose est plus ostentatoire que la version platine du fait du fort contraste entre le boîtier et le cadran

dimanche 1 février 2015

Mes montres d'indépendants préférées de la Geneva Week 2015

La tenue du SIHH donne l'opportunité à de nombreuses marques indépendantes d'organiser des présentations dans les hôtels de Genève afin de profiter de la présence des détaillants et des journalistes du monde entier. Ces présentations leur permettent de dévoiler les premières tendances de l'année et de recevoir dans un contexte finalement plus chic et décontracté qu'à Baselworld leurs interlocuteurs privilégiés. J'ai trouvé que l'attitude des marques indépendantes était finalement assez proche de celles du SIHH à savoir peu de prises de risque inutiles et beaucoup d'évolutions de montres connues. Le contexte économique est bel et bien là et pour les grands comme pour les petits, la prudence est de mise.

Cela ne veut pas dire que l'offre était inintéressante, loin de là. Tout d'abord, pour certains, l'année ne fait que commencer et les véritables nouveautés arriveront plus tard. Ensuite, j'ai déniché dans les différentes suites des hôtels  quelques pépites qui m'ont beaucoup plu.

Je vous propose donc ma sélection de mes montres d'indépendants préférées de la semaine genevoise.

Comme chaque année, De Bethune fait partie de la sélection même si je n'ai pas ressenti un coup de coeur similaire que l'année dernière au même hôtel des Bergues. Je pourrais vous parler de la DB28 GS qui marque le retour de la marque sur le créneau de la montre sportive. Mais il était pour moi impossible de résister au charme envoûtant de la DB25T Zodiac. Soyons clairs: du point de vue mécanique, elle n'apporte rien (mais elle offre déjà beaucoup!) par rapport à la DB25T présentée il y a quelques années. Mais quel cadran! Le ciel périphérique en titane poli et bleui est orné d'une douzaine de gravures en or massif qui symbolisent les signes du zodiaque.
Les contrastes, les reflets de lumière sont magnifiques et mettent en valeur la parfaite finition de chaque détail. Mais le plus beau demeure la cohérence entre cette représentation et le comportement de la trotteuse, à seconde morte, qui évoque les pendules de parquet. J'en oublie même le mouvement qui intègre un Tourbillon à 5hz. Une fois de plus, De Bethune marque les esprits!


Je me souviens très bien ce que disait Martin Frei lors de la présentation du bracelet métal à l'attention de l'Urwerk UR-202: "Avec ce bracelet (fabriqué par Maspoli), le design de l'UR-202 est enfin achevé". J'ai envie de dire: rebelote avec l'UR-210. De toutes les montres d'indépendants que j'ai eu la chance de porter ces dernières années, c'est peut-être UR-202S qui m'a laissé le souvenir le plus marquant. Je trouvais cette montre belle tout simplement. Elle offrait un cadre idéal à l'affichage de l'heure vagabonde. L'UR-210S "Full Metal Jacket" avec son bracelet de la même provenance et ses teintes monochromes me procure le même sentiment... avec le comportement rétrograde de la grande aiguille, qui n'est pas sans rappeler l'Opus V, en plus! Bref, je considère l'UR-210S comme une des plus belles Urwerk.


Depuis plusieurs années, Peter Speake-Marin oeuvre à construire une marque. Cette évolution s'accompagne d'ailleurs cette année par un partenariat plus étroit avec Vaucher. Mais chassez le naturel, il revient au galop! La Jumping Hours, pièce unique, est une nouvelle démonstration de sa créativité et de son talent. La lecture de l'heure ou plutôt des heures n'est pas aisée car reposant sur les petites aiguilles qui affichent l'heure en cours dès que les minutes rentrent dans les quarts d'heure qui y correspondent (l'aiguille supérieure saute d'abord au début de la nouvelle heure, puis la deuxième à l'entrée du second quart d'heure etc...). N'étant pas entourées d'une graduation, les aiguilles nécessitent une petite gymnastique intellectuelle pour apprécier l'heure en cours. Mais qu'importe! La montre est fascinante et l'absence de cadran (la platine supérieure le remplace) donne à l'ensemble un rendu technique et poétique bienvenu. Une des plus belles surprises de la semaine.

La LM1 Platine fut dévoilée en fin d'année dernière. Elle n'avait donc pas le même caractère de surprise que les autres montres que je découvrais pour la première fois. Cependant, une MB&F n'est jamais une pièce anodine et ce fut un véritable plaisir que d'observer la beauté du cadran bleu d'une teinte différente de celle de la LM1 Xia Hang. Et puis, la LM1 demeure pour moi la plus belle des Legacy Machine: le grand balancier suspendu est hypnotisant, les deux cadrans offrent un affichage d'un second fuseau horaire déconnecté du premier... La LM1 Platine est selon moi la plus belle version de cette superbe montre, à la fois classique et originale.


Quelques semaines après une déclinaison de la GMT de Kari Voutilainen, je ne pensais pas retrouver des chiffres Art déco dans un contexte différent mais tout aussi convaincant. Laurent Favre présentait au sein de la WAG à Genève l'A.Favre & fils 10.3 portant le surnom très évocateur de "Gatsby". A défaut d'années folles, c'est une véritable démesure horlogère que la Gatsby nous propose: double balancier, absence de cadran, chiffres suspendus, finitions exceptionnelles, cette montre est une véritable démonstration du talent de Laurent Favre. Un vrai spectacle de cabaret tant j'ai eu du mal à arrêter de l'observer!


La marque Breva tire son nom d'un vent qui souffle autour du Lac de Côme... il devenait donc logique qu'une montre de la collection s'accompagnât d'une complication dont la vocation est de mesurer la vitesse du vent. L'heureux propriétaire d'une Genie 03 peut donc, en activant un poussoir, faire surgir un anémomètre et mesurer, une fois stabilisée, la vitesse du vent... ou de son propre déplacement. La complication peut prêter à sourire mais elle ancre Breva dans un segment du marché que peu de marques occupent. De plus, la Genie 03 propose le premier mouvement, à micro-rotor, entièrement développé par la marque ce qui est un signe de maturité. Alors, derrière le côté ludique et interactif de la complication, je vois à travers la Genie 03 une marque en progression.

L'anémomètre est de sortie:


Enfin, je souhaitais terminer cette sélection avec le ravissant cadran en émail cloisonné de la Laurent Ferrier Traveller. Les montres de voyage ont toujours la vocation de faire vagabonder au moins notre esprit. La Traveller étant une montre à double fuseau, elle n'a pas forcément le même pouvoir imaginatif qu'une montre à heures universelles. C'était sans compter sur ce cadran réalisé avec une parfaite maîtrise qui nous propose une exploration de plusieurs continents du globe. L'inspiration Patek se ressent mais la taille de la partie décorée et l'intégration des guichets donnent à la montre un charme légèrement suranné mais incontestable.


Comme toujours, d'autres montres auraient mérité de faire partie de cette sélection mais les prochains articles me donneront l'opportunité de les présenter tout comme de revenir avec plus de détails sur celles-ci.