dimanche 31 août 2014

Lange & Söhne: Grand Lange One Luminous

La Grand Lange One Luminous (à ne pas confondre avec la Lumen) fit partie du catalogue de Lange & Söhne entre 2004 et 2007. Il s'agit incontestablement d'une montre particulière dans l'histoire de la Manufacture saxonne. Au-delà du fait qu'elle est basée sur la diversement appréciée Grand Lange One de première génération, elle possède une finition de cadran qui n'existe plus dans la collection actuelle et qui lui confère un style plus sportif et décontractée que celui de n'importe quelle autre montre Lange. Et comme souvent dans l'horlogerie, l'histoire du vilain petit canard se répète. Tout ce qui apparaissait alors comme des défauts semble constituer des atouts aujourd'hui.


Je me souviens des réactions et des critiques lors de sa présentation en 2004. Non seulement elle reprenait le même type de cadran étrange que la Lange One "classique" avait inauguré l'année précédente mais en plus, l'harmonie de la montre icône de Lange n'était même plus préservée, Grand Lange One oblige: les sous-cadrans se chevauchaient et le double-guichet de grande date venait mordre sur la zone dédiée à l'affichage du temps. Un véritable sacrilège! Bref, tout ce qu'on n'aimait pas voir sur une montre Lange se retrouvait concentré dans cette Grand Lange One Luminous.

Le temps a passé et ces griefs demeurent. Mais voilà: une montre n'est pas qu'une agrégation de détails, c'est un tout et ce qui fait sa réussite, c'est la cohérence qui existe entre tous ses éléments. En l'observant de nouveau récemment, je suis arrivé à la conclusion que la Grand Lange One Luminous est une sacrée belle montre. Mieux que cela: une montre qui manque à la collection actuelle de Lange.


La Grand Lange One de première génération n'a jamais été véritablement appréciée pour les raisons évoquées précédemment. En fait, elle a symbolisé l'abandon d'un principe cher à Günter Blumlein: une nouvelle montre égale un nouveau mouvement. Or la Grand Lange One utilisait le même mouvement que la Lange One dans un boîtier plus important (41,9mm vs 38,5mm) entraînant donc la modification de l'équilibre du cadran. Ce qui surprend et peut même décevoir sur un cadran classique se transforme en revanche en avantage dans le contexte de la Luminous. 


La Luminous porte ce nom du fait de l'utilisation de chiffres, index et aiguilles luminescents y compris pour la zone dédiée à la réserve de marche. Si je mets de côté l'aspect pratique, cette caractéristique apporte une dimension décorative. Les traditionnels chiffres et index appliqués sont recouverts d'une couche de matière luminescente d'une couleur légèrement verte qui accentue l'effet de relief. La finition est exceptionnelle: rien ne bave, rien ne dépasse. De plus les graduations ont été redessinées et élargies ce qui transforme littéralement le cadran. Le travail le plus intéressant a été effectué sur la zone de la trotteuse qui comporte dorénavant l'inscription des dizaines et qui prend de l'importance visuellement parlant. C'est la raison pour laquelle l'organisation spécifique du cadran de la Grand Lange One devient intéressant: les sous-cadrans se coupant, les graduations sont mises en valeur et l'ensemble apparaît comme plus dynamique. Il faut un déséquilibre pour qu'un mouvement se crée: c'est ce qui se passe sur le cadran de cette Luminous.


Le cadran noir offre  évidemment un excellent contraste avec les chiffres et les aiguilles. Il s'agit d'un noir subtil que l'anti-reflet du verre peut faire tendre vers le bleu profond selon les conditions de lumière. Sa principale vertu est connue: grâce à cette dominante sombre, la taille perçue de la montre diminue ce qui est une très bonne nouvelle compte tenu du diamètre du boîtier en or gris de près de 42mm.

Comme évoqué ci-dessus, le mouvement qui anime cette montre est le même que celui de la Lange One classique, portant ici la référence L901.2. Je retrouve donc toutes ses caractéristiques, sa fréquence de 3hz, sa réserve de marche de 3 jours, le plaisir au remontage malgré les deux barillets et bien entendu, sa finition exemplaire. Vingt ans après sa première apparition dans une montre, il demeure une référence car s'avérant à l'usage irréprochable.


C'est en mettant la Grand Lange One Luminous au poignet que tout son intérêt devient perceptible. Elle se révèle être beaucoup plus polyvalente que l'on pourrait l'imaginer, à l'aise aussi bien le week-end qu'avec des tenues plus formelles. Elle arrive à combiner le style rigoureux de Lange avec une approche plus sportive, plus décontractée (accentuée par le bracelet en veau) comme si la Manufacture avait décidé pendant quelques instants de se lâcher un peu et de pousser les curseurs vers plus d'audace et d'originalité. Au bout du compte, c'est cette attitude qui me plaît et je regrette d'ailleurs qu'elle ne soit pas plus souvent au rendez-vous. Certes, il va de soi que je ne peux pas mettre cette montre au même niveau qu'un Datograph  ou qu'une Zeitwerk. Mais elle mérite beaucoup plus de considération qu'elle n'en a eu par le passé. Son style particulier pour une Lange lui donne pour toujours une place à part dans l'histoire contemporaine de la Manufacture.


Les plus:
+ l'originalité de la présentation du cadran
+ la finition de l'ensemble et plus spécifiquement du cadran
+ le plaisir procuré à l'usage par le mouvement L901.2
+ le confort au porté grâce à la souplesse du bracelet en veau

Les moins:
- le montre n'utilise pas un mouvement conçu pour elle

samedi 30 août 2014

Nomos: Metro

Nomos fait partie de ces marques qui possèdent une forte identité visuelle. Une montre Nomos est ainsi reconnaissable au premier coup d'oeil. Cependant, ce qui est considéré comme une force peut aussi s'avérer être un problème car le risque de l'emprisonnement styliste est réel. Ces dernières années, tout l'enjeu pour Nomos a consisté à faire évoluer l'esthétique des nouvelles montres tout en conservant ses principaux atouts: un design épuré, une certaine élégance, une intégration discrète des complications sur les cadrans sans oublier des boîtiers fins et agréables à porter. Dans ce contexte, Nomos a fait appel à des designers dont la mission était de secouer gentiment les principes de la Manufacture pour attirer de nouveaux clients sans décevoir les anciens. La Zürich fut un exemple marquant de cette approche. Sous l'impulsion de Hannes Wettstein, elle symbolisa une tendance à l'élargissement du boîtier (qui reste sous les 40mm de diamètre, pas de panique!) et une présence plus marquée des index et des aiguilles.


La Metro est le fruit d'une collaboration similaire avec Mark Braun. Cependant, ce qui est intéressant à observer, c'est qu'elle est radicalement différente de la Zürich, chaque designer apportant ta touche personnelle. Elle semble de prime abord plus conforme à l'univers traditionnel de Nomos: sa taille en premier lieu est plus contenue et plus habituelle (37mm) et l'organisation du cadran nous rappelle les Tangente Datum Gangreserve. Mais pour le reste, que de changements!

Le nom de cette montre provient de l'atmosphère générale dans laquelle elle évolue et qui lui confère un style résolument contemporain: la police de caractères des chiffres périphériques, les couleurs, la forme des aiguilles font penser à une charte graphique d'un plan du métro qui se doit d'être très lisible et facile à comprendre malgré l'entrelacs des lignes. Le cadran est à la fois d'une grande rigueur tout en étant coloré. Le mélange de détails rouge (réserve de marche, trotteuse) et vert clair (principaux index et zone de réserve de marche), tout en étant très doux, rehausse le caractère de la montre.


La graduation périphérique faite de points et d'indicateurs de 5 minutes devant lesquels se trouvent d'autres points colorés est l'élément qui tranche  le plus par rapport aux autres montres de Nomos. Au-delà de l'originalité qu'elle apporte, elle libère l'espace du cadran qui semble respirer sans contrainte. Les deux principales aiguilles contribuent aussi au charme de la Metro. Leur forme surprend même si leur finesse s'inscrit totalement dans le style Nomos. Elles remplissent parfaitement leur objectif puisqu'elles assurent une excellente lisibilité tout en restant en harmonie avec les  composantes du cadran.

La forme du verre incurvée mérite aussi une observation plus approfondie. Elle a été pensée pour mettre en valeur le cadran. En effet, selon l'inclinaison du poignet, les reflets de lumière qu'elle crée suivent le contour du cercle défini par les points verts et noirs situés face à la minuterie. J'ai beaucoup apprécié cet effet visuel qui donne parfois l'impression de la présence d'un relief sur le cadran.

Le boîtier en acier n'échappe pas non plus au changement car si je retrouve la finesse habituelle de Nomos (7,65mm), il se caractérise par des anses fil. Une fois de plus, le style de Nomos est renouvelé sans être perturbé.


Face à une telle évolution esthétique, la Manufacture se devait de proposer un mouvement à la hauteur. La Metro est ainsi équipée du mouvement maison DUW 4401 qui se distingue par son propre système d'échappement, le Swing System. Le Swing System témoigne des progrès réalisés par Nomos et sa volonté de gagner en indépendance en étant en mesure de produire en interne des pièces stratégiques. Côté ponts, le mouvement diffère peu d'un mouvement Delta ou Gamma. Il est présenté comme un calibre ayant un diamètre de 32,1mm y compris la bague d'encageage. Cette dimension est trompeuse car elle inclut aussi le disque de date. La vérité est que le diamètre réel, car tel que perçu en retournant la montre est de 23,3mm, celui du calibre Gamma qui ne possède pas d'affichage de date. Cela se ressent évidemment côté cadran du fait de la position de la trotteuse. Esthétiquement, ce n'est pas un souci puisque le guichet de date comble l'espace entra la trotteuse et la lunette. C'est plus problématique à l'arrière de la montre car le mouvement semble un peu perdu dans le boîtier. Il demeure cependant à l'usage très agréable puisqu'il se remonte sans souci. Sa réserve de marche de 42 heures impose un remontage quotidien rendant presque inutile l'indicateur côté cadran. Mais ce dernier agrémente avec bonheur le style de la montre et en devient indispensable.


J'ai pris beaucoup de plaisir à porter la Metro. Elle apporte véritablement un courant d'air frais dans l'offre de Nomos en cassant légèrement le style très pur de la marque. L'ouverture du cadran et sa clarté font augmenter la taille perçue si bien qu'elle semble plus proche des 38/39mm que des 37. Mais le plus séduisant demeure le travail de designer extrêmement abouti notamment sur le cadran. La Nomos Metro est une montre très contemporaine dont j'ai la certitude qu'elle restera intemporelle. En effet, l'absence d'artifices inutiles et sa parfaite intégration dans l'esthétique générale de la marque lui assurent une pérennité stylistique. Je la considère donc comme une véritable réussite.

Les plus:
+ un renouvellement esthétique tout en douceur mais réel
+ les détails du cadran
+ la forme du verre
+ le Swing System qui témoigne des progrès de la marque

Les moins:
- le mouvement côté ponts semble perdu dans le boîtier. Un fond plein aurait été plus judicieux.

dimanche 24 août 2014

MB&F: Starfleet Machine

Même si les explications sont multiples, il est tout de même paradoxal de constater que les montres font l'objet d'une créativité esthétique sans commune mesure avec celle des pendules et autre horloges alors que ces dernières possèdent des dimensions qui permettraient la mise en oeuvre de projets ambitieux. Ce constat est peut-être caduque maintenant grâce à la présentation cette année de la Starfleet Machine.


La Starfleet Machine est le fruit d'une approche commune entre MB&F et la manufacture L'Epée ce qui explique d'ailleurs pourquoi elle fait partie de la collection Performance Art. Conçue et imaginée par Max Büsser et son équipe, la Starfleet Machine est fabriquée et assemblée au sein d'une des plus anciennes et prestigieuses manufactures suisses de pendules. Seule une manufacture de ce niveau pouvait mener à bien et rendre concret le projet de MB&F.


Je dois avouer que j'ai été immédiatement séduit par cette impressionnante pendule. Deux principales raisons expliquent mon coup de coeur. La première raison est le sentiment de fluidité et de légèreté qu'exprime la pièce malgré ses dimensions fort respectables: une hauteur de 21cm et un diamètre de 29cm. Le coeur de la pendule est suspendu par un arc de cercle lui-même tenu par des arches dont la forme  esquisse une sphère. Ces trois arches, par leur finesse et leur style profilé apportent une dimension dynamique sans toutefois faire basculer l'ensemble dans une atmosphère purement agressive ou guerrière. La Starfleet Machine, malgré son contour sphérique suggéré n'est pas l'Etoile Noire même si elle sait se défendre comme je vous l'indiquerai plus tard. La mécanique de la Machine est ainsi situé en son coeur ce qui est un très joli symbole.

L'affichage du temps s'effectue grâce à un dôme:


La seconde raison de mon attrait est la cohérence de cette Starfleet Machine avec le reste de la collection de MB&F. C'est peut-être surprenant puisqu'elle évolue dans un registre que seule peut-être la MusicMachine avait abordé par le passé, celui de l'objet mécanique qui se pose sur une table. Mais en se plongeant dans les détails, dans les entrailles de la Starfleet Machine, je distingue très rapidement des éléments communs avec les Horological Machines. Un de ces éléments est assurément la forme des arches qui m'évoque les fameuses astérohaches qui constituent le lien entre toutes les Horological Machines et qui se retrouvent même, de façon plus discrète, sur les Legacy Machines! Un autre élément est l'affichage du temps qui se lit sur un dôme. Certes, le temps n'est pas réparti sur deux indicateurs comme cela arrive fréquemment sur les HM. Mais le dôme en lui-même et la façon dont les aiguilles épousent sa forme me font irrémédiablement penser à la HM3 et notamment à la Frog.


A vrai dire, et c'est là peut-être la principale explication de la réussite de cette Machine au-delà des raisons qui créent les coups de coeur immédiats, je pourrais passer des journées entières à observer tous les détails qui la composent. L'indicateur de réserve de marche a ainsi été imaginé comme une station radar avec son antenne parabolique et il s'intègre idéalement dans l'esthétique de la pièce. De même un travail particulier a été réalisé sur le mouvement qui anime la pendule. Il est basé sur celui qui équipe les Pendule Duel de l'Epée. Mais cette fois-ci, il a été positionné horizontalement, à plat, pour des raisons de design évidemment et aussi pour mettre le régulateur en avant. L'autre intérêt est que l'indicateur de marche, à l'origine les fameuses épées rétrogrades qui se croisent toutes les vingt secondes se retrouve également dans cette position. Les épées sont transformées en canon laser qui protègent le régulateur situé en-dessous.

Les animations de la Starfleet Machine:


Cette animation est magnifique à observer. Le mouvement des canons qui se rapprochent puis brutalement se séparent s'oppose à la cinématique régulière du régulateur et notamment du balancier avec son spiral et de la petite roue d'échappement située à l'extrémité du coeur de la Machine. Il est d'ailleurs amusant de constater que cette roue, minuscule lorsque comparée à la taille de la Starfleet en est peut-être la pièce la plus importante.

 

Le mouvement, d'une fréquence de 2,5hz possède une réserve de marche pratique et appréciable de 40 jours grâce à 5 barillets ce qui rend indispensable l'affichage de cette réserve. La pendule se remonte par le biais d'une clé ce qui nécessite de la retourner. Heureusement, les arches rendent cette manipulation sans risque car la pendule est alors positionnée de façon inclinée et bloquée. Les arches ne sont pas uniquement un élément décoratif! De plus, le régulateur est protégé grâce à un incabloc afin de fiabiliser l'opération et de pouvoir opérer tout transport sans crainte.

Combinant à la fois réussite visuelle et maîtrise technique, la Starfleet Machine est une pendule qui marque son temps. Pour les deux parties impliquées, elle possède des vertus incomparables. L'Epée profite de la couverture médiatique et du rôle de leader d'opinion de MB&F pour se retrouver sous les feux des projecteurs et rappeler les valeurs transmises par cette manufacture. L'intérêt pour MB&F est de pouvoir aller à travers un tel objet au bout de certains concepts créatifs grâce à ses dimensions. Véritable vaisseau amiral, j'imagine bien une flotte de HM3 graviter autour. En tout cas, mon sentiment est que la Starfleet Machine peut avoir une forte influence sur l'industrie de la pendule lors des prochaines années. Elle crée en mon sens une prise de conscience de la nécessité de donner une approche plus contemporaine à de tels objets qui apparaissent trop souvent comme surannés. Or une pendule demeure une pièce fondamentale des Arts Décoratifs et contrairement aux idées reçues, elle peut répondre aux attentes du monde contemporain de par la relation particulière qu'elle crée avec le temps qui passe.

Le remontage de la Starfleet Machine. Il n'est pas nécessaire de complètement la retourner:


La Starfleet Machine est disponible en deux versions ("light" et "dark") et en 175 exemplaires pour célébrer l'anniversaire de la création de la manufacture L'Epée.

Merci à l'équipe MB&F pour sa présentation de la Starfleet Machine à Baselworld.

Le coeur de la Starfleet Machine et l'endroit où s'insère la clé:


Les plus:
+ une réussite esthétique qui donne un sacré coup de jeune au concept de la pendule
+ le sentiment de légèreté et de fluidité que la Starfleet Machine procure
+ les performances du mouvement
+ les différentes animations (régulateur, indicateur de marche, réserve de marche)
+ la qualité de fabrication de la manufacture L'Epée

Les moins:
- le dur constat que je dois changer d'appartement avant de pouvoir penser à acquérir une telle pendule

lundi 18 août 2014

Rolex: Deepsea à cadran D-Blue

N'importe quel responsable marketing dirait que c'est une pure folie de présenter une nouveauté horlogère en plein mois d'août. Cependant, Rolex est une marque à part et peut se permettre des choix inconcevables pour d'autres. Et pourtant, c'est bien la première fois que Rolex dévoile une nouveauté en dehors de la période de Baselworld. Nouveauté est peut-être un bien grand mot car la Deepsea à cadran D-Blue n'est qu'une déclinaison d'un modèle existant. Mais une fois de plus, les raisonnements habituels ne s'appliquent pas à la marque à la couronne: quel que soit le bout par lequel on prend cette montre, elle apparaît comme un véritable événement.


A vrai dire, j'ai perçu cette présentation comme une piqûre de rappel de la part de Rolex. Face à une concurrence de plus en plus crédible et féroce, Rolex a souhaité remettre les pendules à l'heure, si j'ose dire. Au-delà de la très légitime célébration de la plongée de James Cameron en solitaire, cette Deepsea à cadran D-Blue a pour but de confirmer la suprématie de Rolex dans le domaine des montres de plongée. Grâce à son cadran D-Blue, elle symbolise aussi l'extrême diversité de cadrans que Rolex est en mesure de proposer dans sa collection.

Ce n'est pas un hasard que la Deepsea retrouve une nouvelle jeunesse maintenant. Hublot et d'autres ont eu tendance à plonger dans de telles profondeurs. Dans un segment technique tel que celui des montres de plongée, ces montres de l'extrême servent de démonstration du savoir-faire des marques. Elles donnent confiance à la clientèle car lorsqu'on est capable de flirter avec les 4.000 mètres de profondeur, cela crédibilise énormément les montres de plongée à l'étanchéité plus classique. Rolex se devait de réaffirmer sa position et d'une certaine façon, accompagner le retour de la Sea-Dweller qui s'est opéré il y a quelques mois à Baselworld.


Même si elle joue un rôle important du fait de son rayonnement sur l'ensemble de la collection, la Deepsea à cadran D-Blue a également la mission de redonner une nouvelle dynamique spécifique à la montre dédiée aux eaux profondes. Souvent perçue par les amateurs de la marque comme une sorte de Sea-Dweller body-buildée, elle n'a pas généré lors de sa présentation un fort sentiment d'adhésion. Elle suscita beaucoup de respect du fait de ses performances et de ses solutions techniques (architecture Ringlock System avec valve à hélium, fond du boîtier en titane, système de rallonge Glidelock, affichage Chromalight sans oublier la maille Fliplock etc...) mais son gabarit (44mm de diamètre) et la conviction qu'elle était peu adaptée à un usage quotidien la rendaient aux yeux de la clientèle moins polyvalente qu'une autre Rolex de plongée... et ainsi moins désirable.


Je ne dis pas que la Deepsea à cadran D-Blue corrige cette impression. Sa taille et son volume hors norme demeurent. Mais voilà: le nouveau cadran ainsi que le contexte dans lequel elle est dévoilée lui apportent une touche de magie et de glamour dont elle manquait peut-être au départ. Elle raconte enfin une histoire ce qui réchauffe son aspect clinique. La symbolique du cadran est très simple à expliquer: le dégradé simule la plongée dans les profondeurs... et donc dans l'obscurité. Ce dégradé est particulièrement bien réalisé et il donne une  touche de subtilité bienvenue. Mais l'élément le plus important est sûrement le Deepsea vert (la couleur du sous-marin de James Cameron). Cette ligne est loin d'être anodine. Certains regretteront qu'elle rende le cadran encore plus bavard qu'il ne l'était au départ. Cela ne m'a nullement dérangé. La ligne supplémentaire s'intègre bien et joue même un rôle décoratif. Et elle réaffirme la Deepsea comme une montre à part entière et pas comme une remplaçante de la Sea-Dweller précédente. C'est opportun dans le contexte de la sortie de la nouvelle Sea-Dweller. La Deepsea existe maintenant en tant que telle dans la collection et c'est une affirmation majeure de la part de Rolex.


La Deepsea à cadran D-Blue que j'ai photographiée n'était pas à ma taille. Cependant ayant par le passé porté une Deepsea "noire", j'ai pu apprécier le confort au porté ce qui est une constante chez Rolex. Le poids est bien réparti sur le poignet et le système de réglage du bracelet empêche la montre de bouger. Le problème de la Deepsea se situe plus par l'effet de volume saisissant qu'elle crée une fois mise au poignet. Pourtant un diamètre de 44mm n'est pas exceptionnel de nos jours. Mais la montre dégage aussi un sentiment de puissance. Le cadran D-Blue l'adoucit un peu et je me suis surpris à jouer avec les effets de lumière pour découvrir son échelle chromatique relativement large. Ce cadran est assurément une très jolie surprise car il rend la Deepsea moins radicale en apportant son côté raffiné (j'ose employer cet adjectif!) à une montre qui se singularisait auparavant surtout par ses performances techniques. Une petite digression esthétique ne fait donc pas de mal!

Les plus:
+ les performances de la Deepsea
+ le confort au porté malgré le gabarit
+ la fiabilité et la précision du mouvement 3135
+ la touche de subtilité apportée par le cadran D-Blue

Les moins:
- du fait de son rendu au poignet, la montre n'est pas esthétiquement aussi polyvalente que d'autres modèles de plongée de Rolex
- le cadran est très bavard même si ce n'est pas rédhibitoire dans ce contexte technique

dimanche 17 août 2014

Bulgari: Bulgari Roma Edition Limitée 130ième anniversaire en or gris

Bulgari ne pouvait que choisir la Bulgari Roma pour célébrer son 130ième anniversaire par le bais d'une montre en série limitée. En effet, c'est bien à Rome, d'abord Via Sistina puis Via dei Condotti, que Sotirio Bulgari démarra son activité après avoir quitté sa Grèce natale. La Bulgari Roma fait partie des montres cultes de la marque, se distinguant par sa lunette caractéristique et par son boîtier dont la forme est inspirée par le Colisée. La réédition de l'année dernière présentée dans le cadre d'une série limitée de 250 pièces, m'avait plutôt séduit mais je n'avais pas été totalement convaincu en raison notamment de la présence d'un guichet de date sur le cadran. Mais cette année, je fus très agréablement surpris: la Bulgari Roma revient et cette fois-ci avec un mouvement à remontage manuel et un cadran totalement préservé.


En fait, ce n'est pas une montre mais trois qui furent dévoilées à Baselworld pour célébrer cet anniversaire: deux en or rose avec des cadrans laqués noirs ou blancs et une en or gris avec un cadran laqué bleu. Chacune de ces versions est produite en 130 exemplaires, anniversaire oblige. Pour des raisons purement esthétiques, c'est la version en or gris qui m'a le plus attiré. Au-delà de sa discrétion, elle apporte surtout une véritable offre alternative par rapport à la série limitée de l'année passée, disponible en or rose.

Est-ce mon amour pour Rome? L'attrait du cadran bleu? La pureté du cadran? A vrai dire, je ne sais pas trop mais je considère cette Bulgari Roma en or gris comme une des montres les plus élégantes de ces dernières années. Bulgari a su éviter de nombreux écueils et chose surprenante, résister à la tentation de créer une montre plus facile à vendre. Car les faits sont là: la clientèle dans son ensemble recherche beaucoup plus fréquemment des montres animées par des mouvements automatiques et la présence de la date semble quasi indispensable. Cette nouvelle Bulgari Roma est donc plus une montre d'esthète et de collectionneur ce qui la rend encore plus désirable.


Sa réussite esthétique s'explique par le sentiment d'harmonie et de cohésion qui est généré par la combinaison des trois principaux éléments:
  • la lunette qui définit le caractère de la montre et qui apporte la touche d'originalité grâce aux grandes lettres qui la décorent,
  • la forme incurvée du boîtier qui donne un léger effet de volume et qui accentue le contexte raffiné,
  • et le cadran, d'un bleu profond et subtil, qui tout en étant très pur, ne sombre pas dans l'ennui grâce aux chiffres et index appliqués et à la trotteuse centrale.
La Bulgari Roma cuvée 2014 n'est pas seulement une belle montre. Son contenu horloger se montre aussi à la hauteur grâce au mouvement à remontage manuel de manufacture BVL 131M. Ce mouvement à deux barillets possède une réserve de marche intéressante de 3 jours et une fréquence de 4hz. Il est plutôt agréable à regarder même si la découpe des ponts aurait pu être un peu plus délicate. Sa finition est sans reproche, nette et sans bavure mais son rendu est un peu froid. Je pense qu'il aurait été peut-être plus judicieux de proposer un fond plein avec une jolie gravure commémorative d'autant plus que la taille du mouvement est un peu petite pour le boîtier. Il n'y a cependant rien de compromettant puisque le mouvement conserve suffisamment d'intérêt pour se laisser dévoiler.


Le charme de la montre agit instantanément une fois mise au poignet. Sa taille est idéale pour une montre habillée (39mm), son style est élancé compte tenu de l'épaisseur maîtrisée (7,15mm) et la trotteuse centrale anime joliment le cadran. Selon l'inclinaison du poignet, le bleu du cadran se rapproche du noir ou s'éclaircit: j'aime beaucoup ces effets de lumière qui contribuent à l'intérêt de la pièce.

Je fus donc totalement séduit par cette Bulgari Roma en or gris. La montre partait avec un a priori très favorable compte tenu de mon amour pour la cité éternelle... mais j'aurais pu être plus facilement déçu pour les mêmes raisons. Elégante et charmante, elle possède les petits détails qui lui permettent d'échapper au conformisme sans oublier le rituel du remontage quotidien qui crée une interactivité et un lien affectif avec son propriétaire. Seul finalement manque sur Paris le beau soleil romain pour me permettre de profiter pleinement de cette montre d'esthète.


Les plus:
+ la pureté du cadran
+ l'originalité du boîtier et de la lunette
+ l'utilisation d'un mouvement à remontage manuel
+ l'harmonie créée par le bleu du cadran combiné avec la couleur neutre du boîtier

Les moins:
- un fond plein commémoratif aurait peut-être été plus judicieux
- le prix est tout de même élevé (18.400 euros en 2014) et la concurrence féroce sur ce segment

samedi 16 août 2014

HYT: H1 Dracula DLC

L'heure de la maturité et de la consolidation est arrivée pour HYT. La collection 2014 de la marque qui maîtrise le fluide horloger se distingue par plusieurs déclinaisons de la H1 ce qui témoigne pas forcément d'un manque d'ambition, bien au contraire. J'y vois plutôt la certitude que la fiabilité de la H1 est atteinte et que HYT se laisse le temps de développer de futurs modèles dans la sérénité. Compte tenu des contraintes liées au contrôle du comportement du fluide, cette pose est bienvenue. Pour autant, ces déclinaisons sont très intéressantes à analyser puisqu'elles revendiquent une véritable ambition esthétique. Dans ce contexte, la plus originale est assurément la H1 Dracula DLC. Elle n'est pas la seule H1 à profiter du liquide rouge mais elle va au bout du concept en adaptant l'intégralité de la montre, y compris le bracelet, à cette couleur.


Je ne vais pas revenir en détails sur le fonctionnement de cette H1 puisqu'il est identique à celui de la montre initiale telle que je l'avais présentée il y a un certain temps dans cet article. La réussite de la H1 Dracula DLC réside dans l'harmonie des couleurs qui y règne, par ce mélange de noir et de rouge qui met en valeur la couleur la plus vive qui est idéalement positionnée.

Le rouge se retrouve ainsi logé aux endroits clé de la montre: la graduation de l'aiguille des minutes, la trotteuse permanente, l'indicateur de réserve de marche, la couronne et bien évidemment dans le liquide qui sert à l'affichage. Je rappelle brièvement que le temps est indiqué grâce au parcours de ce liquide coloré dans un tube capillaire qui contient aussi un liquide neutre. La lecture s'effectue de façon similaire qu'avec une montre mono-aiguille rétrograde. Le cadran auxiliaire des minutes n'apporte en soi aucune indication complémentaire, il permet juste l'affichage plus précis des minutes. Comme le liquide coloré progresse de façon continue, sa position entre deux index des heures donne une approximation des minutes écoulées.


Deux éléments contribuent à renforcer le rendu "sanguin" du liquide au-delà de sa  lente évolution dans le tube qui donne l'impression que sa consistance est visqueuse:
  • le contexte noir de l'ensemble et notamment du boîtier en titane sur lequel un revêtement DLC a été appliqué.
  • et surtout la couleur des nervures du bracelet.
C'est d'ailleurs ce point précis qui rend la montre si particulière. A vrai dire, le liquide semble dégouliner sur le bracelet, lentement et sûrement, s'échappant du boîtier par le haut et par le bas. L'effet est saisissant et j'ai rarement vu un bracelet cuir être aussi bien mis en scène. La question du remplacement de ce dernier se pose  lorsqu'il sera usé. Certes un bracelet caoutchouc noir est également livré mais il casse un peu le concept de la montre. J'espère donc qu'HYT a prévu des stocks de bracelets pour pouvoir répondre aux futures demandes des 50 clients de cette pièce.

Le sang s'échappe du boîtier...


La dominante noire a de plus une autre vertu: elle réduit comme de coutume la perception de la taille ce qui n'est pas superflu compte tenu du diamètre du boîtier de 48,8mm. Elle ne peut rien en revanche contre l'épaisseur de 17,9mm qui demeure incontournable une fois la montre mise au poignet. Cependant, la générosité du gabarit correspond bien à l'idée d'une montre qui évoque Dracula. Pour être terrifiant, il vaut mieux posséder un caractère imposant! En tout cas, le diamètre, quelle que soit la déclinaison de la H1, ne m'a jamais posé de problème puisque la montre est bien positionnée sur le poignet et ne bouge pas même en le remuant. Et puis, c'est l'effort à concéder pour profiter pleinement de la forme du tube capillaire et du spectacle offert par "la machinerie" des soufflets des réservoirs qui propulsent les liquides rouge et neutre dans un sens ou dans l'autre. Je retrouve aussi avec plaisir à l'arrière de la montre l'architecture inhabituelle du mouvement à remontage manuel développé avec Chronode dont le style se ressent dans la forme des ponts.

...et dégouline tout le long du bracelet:


La H1 Dracula DLC est ainsi une version fort convaincante de la première montre de HYT. Elle profite pleinement de la couleur du liquide et du prolongement créé par les nervures du bracelet pour créer une atmosphère particulière. Elle évite cependant d'être lugubre ou dérangeante. Au contraire, j'ai trouvé qu'il s'en dégageait une certaine énergie. Tout comme les vampires, la H1 retrouve une nouvelle jeunesse grâce à une petite cure de sang!

Merci à l'équipe de HYT pour son accueil à Baselworld.

Les plus:
+ une déclinaison cohérente de la H1
+ l'effet visuel créé par les nervures du bracelet
+ la réduction de la taille perçue compte tenu de la dominante noire
+ le plaisir de retrouver le mouvement exclusif développé par Chronode

Les moins:
- l'épaisseur demeure conséquente
- compte tenu du rôle joué par le bracelet cuir, il est important de ne pas perdre de vue son remplacement

mardi 12 août 2014

Equation du Temps sur Instagram

En attendant de revenir au rythme habituel des articles, j'ai réactivé le compte Instagram d'Equation du Temps. N'hésitez pas à le suivre car j'y publie fréquemment mes très nombreux wristshots... avec l'Instagram Touch bien entendu! Le compte n'a pas la même dimension que le blog car jouant sur la dimension visuelle uniquement. Cependant, il possède une vocation similaire: celle de vous faire partager ma passion pour l'horlogerie et de vous faire découvrir des montres d'exception. J'espère donc pour retrouver également sur Instagram!

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A très bientôt pour de nouveaux articles!

François-Xavier