dimanche 29 juin 2014

Laurent Ferrier: Galet Micro-Rotor Cadran Opalin

Laurent Ferrier fait partie de ces très rares horlogers qui ont su bâtir des marques crédibles dans le haut du segment qui portent leurs propres noms et ce, en quelques années. Je vois plusieurs explications à cette réussite extrêmement rapide:
  • l'expérience et le parcours de Laurent Ferrier ont rassuré les collectionneurs et ont donné une légitimité quasi immédiate à la première collection,
  • l'esthétique classique et raffinée de chaque montre du catalogue a su séduire les amateurs d'horlogerie traditionnelle tout en définissant l'identité de la marque,
  • le contenu technique et innovant des mouvements est à la hauteur de leurs superbes finitions.
Une montre Laurent Ferrier, c'est comme un mélange de feu et de glace: le feu avec le pouvoir attractif des mouvements stimulé par leurs présentations spectaculaires, la glace avec un design sans heurt et d'une grande sobriété dont l'objectif est de renforcer le caractère intemporel de la pièce. La notion d'homogénéité me vient également à l'esprit quand il s'agit de décrire la globalité de l'offre de Laurent Ferrier. En effet, quelles que soient les montres du catalogue, de la Galet Classic (Tourbillon double spiral) à la Galet Micro-Rotor, en passant par la Galet Traveller (double fuseau horaire), elles partagent toutes la même rigueur dans la conception et la même qualité d'exécution. C'est la raison pour laquelle j'ai du mal à considérer la Galet Micro-Rotor comme une sorte d'entrée de gamme dans la collection. Elle est avant tout, au-delà de toute considération tarifaire, la montre sans complication qui se distingue par l'utilisation d'un calibre micro-rotor permet d'allier le remontage automatique avec la beauté de son architecture.


La Foire de Bâle de cette année donna l'occasion à Laurent Ferrier de présenter deux nouvelles déclinaisons du cadran de la Galet Micro-Rotor. Ces cadrans noir ou opalin se différencient de ceux aux fins index appliqués en or par la présence conjointe d'un chemin de fer de minuterie périphérique et des chiffres arabes en relief. C'est tout le style de la Galet Micro-Rotor qui est ainsi transformé. Elle passe de façon instantanée du statut de montre formelle et habillée à celui de montre plus versatile, à l'aise à la fois en costume ou avec une tenue plus décontractée. Mais à aucun moment, elle ne perd de son élégance.

Les deux nouveaux cadrans en argent massif, opalin à gauche, noir à droite:


Le détail qui m'a le plus impressionné est assurément la finition du cadran. La finesse des chiffres en relief est à proprement parler étonnante et je n'ose imaginer la taille microscopique de leurs pieds. Cette finesse est cependant requise pour être en cohérence avec le style de la marque et en harmonie avec la paire d'aiguilles qui conservent leur traditionnelle forme "sagaie". La police de caractère utilisée et le fait que l'orientation des chiffres évolue selon leurs positions sur le cadran contribuent au sentiment d'être en face d'une montre moins stricte que la Galet Micro-Rotor initiale. L'inspiration "vintage" du cadran est donc un choix heureux qui permet d'élargir  l'éventail esthétique de la Galet Micro-Rotor. Le cadran opalin a ma préférence par rapport au cadran noir. Il rend la montre plus lumineuse et j'apprécie la subtilité de cette couleur qui se marie avec bonheur avec le boîtier en or gris et qui pourrait également le faire avec le boîtier en or rose. Le cadran noir demeure toutefois très agréable à observer mais il tend à faire diminuer la taille perçue de la montre.


Les autres éléments de la Galet Micro-Rotor sont dans ce contexte conservés. Je retrouve ainsi avec plaisir les formes galbées et sobres du boîtier de 40mm, très confortable au porté et la couronne "boule" qui se manipule aisément et qui apporte sa touche de caractère. Et puis, comment ne pas évoquer le spectacle offert par le mouvement à micro-rotor qui provoque toujours les mêmes émotions?

Le mouvement FBN 229.01 est d'une grande beauté car il parvient à combiner l'excellence de ses finitions avec l'originalité de son architecture. En effet, malgré ce très bel hommage à l'horlogerie traditionnelle, il présente plusieurs détails surprenant sans oublier des caractéristiques techniques innovantes. Vouloir le réduire à une pure interprétation contemporaine des mouvements classiques serait une erreur. D'ailleurs, le choix d'un remontage automatique à micro-rotor prouve bien qu'à la base, l'ambition était d'aller au-delà de cet hommage. 


Le premier détail qui se remarque sur le mouvement est le pont du micro-rotor. La présence d'un tel pont est inhabituelle mais elle s'explique par la volonté de donner la meilleure stabilité possible au micro-rotor dont la masse oscillante en or agit de façon unidirectionnelle. Le choix s'est porté sur un mécanisme de remontage à cliquet au détriment d'un système à roulement à billes, jugé trop bruyant. La belle horlogerie doit être contemplée dans le silence! Enfin, pour renforcer la fiabilité du mécanisme, un système anti-chocs "silentbloc" complète le dispositif. Le pont du micro-rotor est non seulement beau à observer, il contribue également à la qualité perçue du mouvement et au sentiment de solidité.

Une autre caractéristique du mouvement est l'échappement en silicium à double impulsion directe au balancier. Cet échappement permet de faire correspondre le nombre d'impulsions à celui des alternances en donnant deux impulsions par oscillation, l'objectif étant d'améliorer le rendement du mouvement et l'efficacité au remontage en réduisant le couple nécessaire à l'armage du ressort du barillet.


Au-delà de ces éléments techniques et des performances propres du mouvement (une fréquence de 3hz et une réserve de marche satisfaisante de 72 heures), j'ai beaucoup apprécié le soin apporté aux finitions et le contraste esthétique entre le pont du micro-rotor et celui à double bras du balancier. La parfaite continuité des côtes de Genève sur les deux ponts principaux et la qualité des anglages témoignent de la qualité de l'ensemble. Ma seule réserve se situe au niveau des formes du pont inférieur situé entre le balancier et le micro-rotor que j'aurais aimé voir plus ambitieuses pour que les angles soient plus prononcés.


La Galet Micro-Rotor Cadran Opalin joue la carte de la discrétion et cela se ressent immédiatement une fois la montre mise au poignet. Mais discrétion ne veut pas dire timidité! Le diamètre de 40mm, la forme de la couronne et la longueur des cornes lui confèrent une certaine présence qui est la bienvenue. Sa sobriété, son raffinement et la présentation du cadran la rendent à l'aise en toute circonstance et c'est la raison pour laquelle je la considère comme une façon idéale de rentrer dans l'univers de Laurent Ferrier. Le prix (juste en dessous de 40K euros) étant légèrement plus accessible que celui de la Galet Micro-Rotor à index appliqués en or, il peut être un argument supplémentaire en faveur de cette montre dont le principal atout demeure l'intérêt esthétique et technique de son mouvement.

Les montres Laurent Ferrier sont disponibles en France chez Antoine de Macedo à Paris.

Merci à l'équipe Laurent Ferrier pour son accueil à Baselworld.

Les plus:
+ la très belle finition du cadran
+ le mouvement à la fois spectaculaire et efficace
+ une montre facile à vivre au quotidien (manipulation de la couronne, longue réserve de marche, confort au porté)
+ la discrétion et le raffinement de l'ensemble

Les moins:
- j'aurais apprécié que les formes du pont inférieur soient plus prononcées 

lundi 23 juin 2014

Cartier: Calibre Diver avec un bracelet alligator sur mesure

La Calibre Diver est d'une très grande importance pour Cartier car elle incarne sa première véritable incursion  dans le domaine des montres de plongée. La marque y fonde d'ailleurs de grands espoirs du point de vue commercial comme le prouve la couverture extrêmement large de la campagne de communication. La montre mérite cette ambition puisque je la trouve particulièrement réussie, le passage à un style résolument sportif convenant parfaitement au boîtier Calibre. La montre respire la qualité comme le prouve le comportement de la lunette unidirectionnelle qui se manipule avec le dosage adéquat, ni trop ferme ni trop doux. 


Mais avant d'être une montre de plongée, la Calibre Diver est avant tout une montre Cartier ce qui lui impose de conserver suffisamment d'élégance. C'est selon moi son point fort. Certes, son diamètre de 42mm ne passe pas inaperçu. Cependant, de façon paradoxale, la taille perçue est inférieure sur la Calibre Diver que sur la Calibre d'origine: le cadran noir et la largeur de la lunette contribuent à ce sentiment. Cartier a ensuite inséré ici et là de multiples détails qui apportent leur touche de raffinement comme par exemple le cabochon sur la couronne (un spinelle de synthèse facetté) ou les aiguilles glaive. Et contrairement à ce que son rendu laisse supposer, la lunette n'est pas en céramique mais en acier revêtu d'ADLC.


Le ratio diamètre sur  hauteur (11mm) demeure tout à fait satisfaisant si bien que la montre possède un aspect relativement élancé: malgré l'étanchéité considérablement améliorée (300 mètres), l'épaisseur du boîtier ne dépasse que d'1mm celle de la Calibre initiale. Tout a donc été conçu pour profiter pleinement du mouvement maison 1904-PS MC dont le double-barillet assure la régularité de marche.

La Calibre Diver est disponible depuis le mois de mai avec un caoutchouc noir tandis que la version à bracelet métal viendra plus tard dans l'année. Malgré son confort, j'ai souhaité remplacer le caoutchouc noir pour deux principales raisons: je porte rarement un bracelet noir et je voulais tester un bracelet plus élégant pour vérifier si la Calibre Diver se prêtait au jeu de cette transformation. J'ai choisi un bracelet alligator avec un tannage spécial gris qui a été réalisé par l'Atelier Thibot à Paris. Je suis très satisfait par le résultat car la montre, malgré son gabarit et son style, devient plus portable avec un costume. Le gris se marie avec bonheur avec le noir du cadran et les reflets de la lunette. Avec ce côté cossu, elle correspond ainsi peut-être plus à l'image que veut en donner Cartier à savoir une montre dont les performances correspondent à sa vocation mais dont l'objectif est de se retrouver principalement aux poignets des aventuriers urbains. En attendant, je trouve qu'il serait intéressant que Cartier propose d'autres couleurs pour ses bracelets caoutchouc afin de varier les plaisirs.


Si vous possédez une Calibre Diver et que vous souhaitez procéder à la réalisation d'un bracelet sur mesure, veillez à donner une épaisseur suffisante au niveau des cornes pour éviter qu'un espace disgracieux apparaisse entre le bracelet et le boîtier. Soyez donc vigilant dans la prise de mesure, la réalisation d'un tel bracelet n'est pas évidente.

dimanche 22 juin 2014

F.P. Journe: Octa ARS Titane

Lorsque la LineSport fut lancée en 2011, elle suscita un certain effet de surprise au sein du petit monde horloger car elle proposait des interprétations inattendues et décalées  du Centigraphe et de l'Octa Automatique Reserve. L'objectif de ces montres était de leur permettre d'accompagner leurs propriétaires en toutes circonstances y compris lors d'activités de loisir d'où l'utilisation d'un alliage d'aluminium à la fois pour le boîtier, le cadran et le mouvement. Extrêmement léger et résistant, cet alliage eut au moins deux vertus: celle de réduire considérablement le poids des montres et donc d'améliorer le confort au porté et celle d'apporter un renouveau esthétique au sein de la collection F.P. Journe. C'est bien ce dernier point qui provoqua le plus de débats car le rendu visuel des montres de la LineSport était fort éloigné de ce que la marque proposait habituellement à travers ses interprétations contemporaines de l'horlogerie classique.


Il n'en demeurait pas moins que malgré leur approche surprenante, le Centigraphe Sport et l'Octa Automatique Reserve Sport respectaient tous les critères de qualité et de finition de F.P. Journe et donnaient même l'opportunité de redécouvrir les mouvements sous un autre angle grâce à une décoration et à des matériaux mettant en valeur leurs architectures.

L'Octa Automatique Reserve Sport (ARS) ne pouvait pas être considérée comme une simple transposition de l'Octa Automatique Reserve dans ce contexte plus sportif et décontracté. En effet, deux détails fondamentaux les distinguaient: la présence d'un indicateur jour&nuit à 9 heures sur le cadran de l'Octa ARS et la rotation de 45 degrés de l'ensemble du mouvement. C'est la raison pour laquelle la couronne se retrouvait décalée à 4h30 et que le sous-cadran de la trotteuse se positionnait, de façon plus classique, à 6 heures alors que sur la montre classique d'origine, ce sous-cadran était décentré.


Après avoir exploré le potentiel de l'alliage d'aluminium et constaté les contraintes liées à son  usinage, François-Paul Journe eut le souhait cette année d'utiliser un autre matériau, certes toujours adapté à ce contexte particulier mais bien plus connu dans le monde horloger pour développer une nouvelle version de son Octa ARS: le titane Grade 5. Les atouts du titane sont connus et appréciés même si du point de vue strict de la légèreté, l'alliage d'aluminium demeure plus performant. L'Octa ARS Titane est donc moins radicale que la version aluminium  mais elle conserve toutefois la même aptitude à se rendre très peu perceptible au poignet. Son poids demeure en effet contenu (70 grammes avec la version à bracelet titane, 60 grammes sur la version à bracelet caoutchouc) et elle reste extrêmement agréable à porter. 


Le caractère hypoallergénique et résistant du titane permet également à la nouvelle version de l'Octa ARS de rester parfaitement dans la même lignée que sa devancière. Il serait cependant erroné de penser que tous les éléments en alliage d'aluminium furent remplacés par leurs alter-ego en titane. Si c'est le cas évidemment du boîtier, en revanche le mouvement reste identique à celui de l'Octa ARS initiale. Nous retrouvons ainsi le calibre 1300.3 d'une fréquence de 3hz et d'une réserve de marche de 5 jours. Il s'agit d'une évolution du mouvement automatique classique de la marque avec des ponts en alliage d'aluminium et un rotor en titane&tungstène. Il intègre bien entendu toutes les spécificités techniques de la génération des mouvements 1300: le rotor légèrement décentré, le balancier à 4 masselottes, le spiral plat, le porte-piton mobile, l'absence de raquette etc... Et malgré sa réserve de marche importante, il demeure relativement fin avec une hauteur de 5,70mm. 


J'apprécie beaucoup ce mouvement pour son efficacité au remontage et sa régularité de marche. Dans le contexte de l'Octa ARS, l'alliage d'aluminium permet, peut-être un peu paradoxalement, d'observer sa construction et son architecture de façon plus précise qu'avec le mouvement classique en or. Mais si du point de vue esthétique, aucune différence n'est à noter entre les mouvements des deux versions de l'Octa ARS, tel n'est pas le cas avec le rendu du boîtier. 

Le boîtier en titane est assurément d'un gris plus prononcé, plus sombre que celui en alliage d'aluminium. Ce changement de couleurs entraîne deux conséquences:
  • le contraste entre le boîtier et le cadran est plus faible et l'ensemble apparaît comme plus homogène,
  • les pièces en caoutchouc se fondent mieux dans l'esthétique de la montre et du bracelet ce qui n'est pas pour me déplaire.
A vrai dire, je préfère nettement visuellement l'Octa ARS Titane par rapport à la version en alliage d'aluminium. La question se pose alors sur la version à privilégier. Dans une logique de collection, la première montre me semble le meilleur choix: elle utilise le matériau initialement voulu par François-Paul Journe et son poids total de 53 grammes demeure une performance remarquable. Mais la nouvelle version m'apparaît plus aboutie et harmonieuse. Je la considère à ce jour comme la montre de la collection LineSport la plus convaincante. 


Merci à l'équipe de la boutique F.P. Journe de Paris.

Les plus:
+ la couleur du titane se marie harmonieusement avec les autres éléments de la montre
+ le rendu visuel et les performances du mouvement 1300.3
+ le confort au porté

Les moins:
- l'impossibilité d'échanger les types de bracelet
- la collection LineSport m'apparaît toujours comme un complément du catalogue et pas comme une de ses pierres angulaires

jeudi 19 juin 2014

Corum: Heritage Vintage Lingot

Corum fait partie de ces très rares marques qui ont la chance de posséder plusieurs montres iconiques. Ce constat est assurément bienvenu pour la marque à la clé car il lui donne raison d'espérer en cette période troublée marquée par une valse managériale. La Lingot n'est peut-être pas la plus connue des montres originales de Corum mais j'ai toujours trouvé qu'elle était parfaitement représentative de son image d'audace et de charme. Introduite dans la seconde moitié des années 70, la Lingot se distinguait par son style inimitable et sans retenue: une fois portée, la Lingot devait donner l'impression d'avoir un véritable petit lingot en or jaune au poignet. Le mimétisme était d'ailleurs renforcé par la présence du sceau d'UBS et par l'indication du poids du cadran qui variait entre 5 et 15 grammes selon les tailles du boîtier. Et pourtant, malgré ce thème un peu provocateur qui fleurait bon l'évasion fiscale et les valises traversant la frontière helvétique, la montre dégageait un certain raffinement notamment lorsqu'elle était animée par un mouvement à remontage manuel. Donnant la possibilité de manipuler un boîtier en or quotidiennement, la Lingot semblait ainsi sortir tout droit de l'esprit de Don Sallustre!


Il est intéressant de remarquer que les premières Lingot étaient sorties en période de crise comme si elles avaient été une sorte de talisman souhaitant l'exorciser. En tout cas, porter une Lingot était sûrement une façon d'afficher son optimisme et de croire en des futurs plus réjouissants. Comme par hasard, c'est toujours en période de crise que Corum nous présente la réédition de la Lingot et je trouve cette idée excellente surtout à une époque où le robinet d'eau tiède du politiquement correct est systèmatiquement ouvert. J'ai presque envie de dire que cette montre est un vrai bonheur pour clouer le bec aux bien-pensants et autres donneurs de leçons dont la France est le premier producteur mondial.


Maintenant, au-delà de son côté jouissif, que vaut vraiment cette nouvelle Lingot? Elle se distingue de ses devancières par une plus grande largeur (30mm vs 24mm pour la version à 40mm de hauteur). Elle s'apparentemaintenant plus à une montre rectangulaire et perd un peu de la forme particulière du lingot. C'est dommage d'autant plus que le sceau d'UBS (même si cela peut aisément se comprendre) a disparu. Demeure fort heureusement l'indication du poids du cadran (ici: 15 grammes) inhérente au concept de la montre.

En revanche, l'excellente nouvelle est le travail effectué par Corum qui améliore significativement la lisibilité. La taille élargie permet de positionner une sorte de rehaut qui sert de support à des index facilitant la lecture du temps. Car si les aiguilles bâton se détachent sans difficulté du cadran en or jaune, l'absence d'index sur les Lingot initiales n'a jamais favorisé la précision de l'affichage. Grâce à ces nouveaux repères, l'heure se lit au premier coup d'oeil et sans risque d'erreur.


L'autre point fort de cette nouvelle Lingot est la finition du boîtier. J'aime beaucoup les carrures cannelées et les formes subtilement galbées qui adoucissent la montre. 

L'Heritage Vintage Lingot (car tel est son nom précis)  est animée par le mouvement CO 082 d'une fréquence de 4hz et d'une réserve de marche de 42 heures. Il s'agit d'un calibre ETA2892 qui ne fait pas partie de mes mouvements préférés malgré sa fiabilité et sa large diffusion. En effet, je l'ai toujours trouvé paresseux au niveau du remontage automatique et je préfère dans la configuration d'une montre simple l'efficacité d'un ETA2824. Cependant, il n'y a rien de rédhibitoire puisque quelques tours de couronne effectués régulièrement font l'affaire... et cela permet de retrouver les sensations des Lingot à remontage manuel. Car je dois l'avouer: je regrette que Corum ait choisi un mouvement automatique pour une telle montre alors que la manipulation quotidienne de la couronne faisait partie du concept. La montre devient au bout du compte plus facile à vivre mais elle perd malheureusement une partie de son charme.


Le miracle permanent de la Lingot est que depuis une quarantaine d'années, son élégance prend le dessus sur son côté ostentatoire. C'est également le cas avec cette nouvelle mouture malgré la taille relativement importante pour une montre de forme. La montre se porte avec grand confort grâce à l'intégration du bracelet dans le boîtier, les cornes étant extrêmement courtes. Le bleu des aiguilles et des index casse le rendu "tout or" et finalement, c'est bien le sentiment de porter une montre raffinée qui prédomine. 

Je fus donc séduit par l'idée de la réintroduction de la Lingot et la réalisation est plutôt convaincante. Si la montre gagne en aspect pratique (lisibilité, calibre automatique), elle perd en revanche un peu de l'esprit des Lingot d'origine. Mais il ne faut pas bouder son plaisir! La Lingot est de retour et j'aime ce pied-de-nez au conformisme.


Merci à l'équipe Corum pour son accueil à Baselworld.

Les plus:
+ la finition du boîtier
+ la lisibilité accrue
+ le raffinement de l'ensemble
+ le confort au porté

Les moins:
- j'aurais préféré un mouvement à remontage manuel
- sa forme perd un peu en caractère en devenant plus proche de celle d'une montre rectangulaire traditionnelle

mardi 3 juin 2014

Patek Philippe: 5213G

La 5213G fait partie de ces montres qui expliquent pourquoi Patek Philippe occupe une place à part dans le segment de la haute horlogerie. Elle rassemble en effet avec beaucoup d'élégance et sans artifice inutile deux des complications préférées de la manufacture: le quantième perpétuel et la répétition minutes, le tout dans un boîtier officier qui prend ici tout son sens.

La grande force de Patek Philippe est d'être capable de proposer différentes approches stylistiques des mêmes complications. Dans ce contexte, la 5213G peut être considérée comme une évolution dans un boîtier rond de la 5013 (au boîtier tonneau) ou comme une version sans tourbillon de la 5016. Mais ce n'est pas tout! La 5213G se distingue par l'utilisation du module QP à quantième rétrograde alors que la 5074 propose la même combinaison de complications mais avec un affichage traditionnel des fonctions calendaires. Il est donc difficile dans ces conditions de ne pas trouver la montre qui répond parfaitement à ses attentes!


A titre personnel, je dois avouer que je n'ai jamais été un grand fan du système d'affichage à aiguille de quantième rétrograde. Le module propre du QP m'a toujours semblé peu à l'aise dans les boîtiers de taille importante et le guichet de l'année bissextile a tendance à mordre sur la graduation des quantièmes. Mais cet affichage a une grande vertu: il propose une petite trotteuse logée dans le sous-cadran ce qui anime le cadran et permet de visualiser un témoin de marche. La 5074 en revanche ne possède pas de trotteuse permanente.


L'aiguille rétrograde apporte incontestablement une touche d'originalité  dans l'organisation du cadran qui demeure très lisible. Les jours, les mois, les quantièmes, le cycle des 4 années, tout est accessible au premier coup d'oeil même si les deux aiguilles principales de type Breguet peuvent de temps en temps masquer l'aiguille des quantièmes (ce qui est d'ailleurs le cas sur les photos). La finition du cadran est excellente, les chiffres et index appliqués apportent beaucoup de raffinement mais j'apprécie encore plus les petits marqueurs en relief insérés dans la graduation périphérique toutes les 5 minutes.


Généralement à la peine dans des boîtiers qui dépassent un certain diamètre, comme par enchantement, le module QP  à quantième rétrograde semble ici  plus à l'aise alors que la montre propose un diamètre de 40,6mm. La raison de ce paradoxe est finalement assez simple. Le diamètre est suffisamment important pour positionner les chiffres appliqués et la graduation périphérique. Ainsi, visuellement, le cadran semble équilibré car les fonctions sont réparties plus harmonieusement.


Le boîtier en or gris mérite également une attention soutenue. S'agissant d'un boîtier officier, il s'ouvre grâce à une charnière qui permet de profiter du spectacle offert par le mouvement, notamment lorsque les marteaux entrent en jeu. La charnière est positionnée au niveau des cornes à 12 heures. Cette solution, très élégante, s'explique par la présence du verrou de la répétition minutes sur la carrure du boîtier. De plus, le boîtier a besoin d'être le plus homogène possible afin de définir le  contexte adéquat pour obtenir la meilleure qualité sonore lorsque le verrou est enclenché. Quoi qu'il en soit, le boîtier officier me semble idéal. La montre demeure d'une grande discrétion et seul un oeil averti notera la présence du verrou sur la carrure. L'heureux propriétaire de la 5213G peut ensuite ouvrir le fond du boîtier comme une boîte à musique. J'aime beaucoup cette petite interaction et l'idée de découvrir derrière le rideau un spectacle qui enchante les yeux et les oreilles!


Le calibre automatique R 27 PS QR, d'une fréquence de 3hz et d'une réserve de marche d'une quarantaine d'heures, est en effet une merveille visuelle dont plusieurs éléments clé se détachent au premier coup d'oeil:
  • le micro-rotor à la décoration subtile et précise
  • les marteaux et les gongs, prêts à entrer en action
  • la croix de Calatrava en or rose du pont de volant inertiel
Ce mouvement, malgré le cumul de complications, reste relativement fin avec une hauteur de 7,23mm ce qui permet à la 5213G de garder un style élancé malgré le double-fond. Mais toutes ces considérations seraient sans grande portée si le son de la répétition minutes était décevant. Or il est à la hauteur de mes espérances. Je considère cette 5213G comme une des montres les plus convaincantes sur cet aspect. Le son est régulier, pur et d'un volume tout à fait satisfaisant. Les deux timbres se distinguent nettement permettant de deviner l'heure sans aucune difficulté. Le film ci-après essaye de vous faire partager cette qualité sonore même si l'environnement dans lequel il a été tourné était un peu bruyant:





La discrétion de la 5213G s'apprécie une fois mise au poignet. Elle est le prototype de la montre égoïste. Derrière un style somme toute très classique, se cache une montre compliquée dont la complication la plus séduisante reste cachée et dont seul le propriétaire a connaissance. Elle témoigne en tout cas de l'excellence de Patek Philippe sur ce type de montres. Les finitions sont irréprochables et il suffit d'observer le guillochage de la masse oscillante pour noter l'écart (le gouffre?) qui existe par rapport à un calibre 240 de base. Reste la véritable maîtrise horlogère qui se cache dans le réglage de la répétition minutes: à l'écoute de chaque note, j'ai senti tout le soin apporté dans cette étape cruciale. La 5213G est bel et bien une pièce d'exception digne du prestige de la manufacture qui l'a créée.


Merci à l'équipe De Greef à Bruxelles.

Les plus:
+ le boîtier officier
+ la finition du cadran et du mouvement
+ le spectacle offert par le mouvement
+ la qualité sonore irréprochable

Les moins:
- je ne suis pas un fan de ce module QP notamment à cause du guichet des années qui empiète sur la graduation des quantièmes
- une réserve de marche un peu courte

dimanche 1 juin 2014

MB&F: LM101

Chaque nouvelle Horological ou Legacy Machine de MB&F est un événement et la LM101 ne déroge pas à la règle. Présentée en mai de cette année, elle suscita de très nombreux commentaires plus provoqués par son caractère raisonnable que par un véritable effet de surprise. En effet, la LM101 répond à un double objectif: tout d'abord de compléter la gamme des Legacy Machines avec un boîtier au diamètre plus contenu, ensuite de proposer une montre au tarif plus abordable que celui des autres Machines.


Dans l'absolu, la LM101, disponible en or gris et en or rose, présente de très nombreuses caractéristiques séduisantes. S'inscrivant dans la lignée stylistique de la collection initiée en 2011 avec la LM1, elle incarne avec bonheur une approche totalement opposée au néo-rétro: elle représente ce qu'aurait pu être une montre futuriste imaginée par un horloger de la fin du XIXième siècle. Elle est une sorte d'objet qui aurait eu toute sa place dans un roman de Jules Verne. Il faut l'avouer: la LM101 est sacrément convaincante dans cet esprit. Elle mélange une multitudes de détails qui rendent hommage à l'horlogerie classique comme les cadrans laqués, la platine soleillée ou le style décoratif du mouvement. Pourtant, comme ses devancières de la collection, la LM101 ne sent pas la poussière et redistribue tous ces éléments pour proposer un design original magnifié par le caractère hypnotisant du large balancier suspendu visible côté cadran. Je pourrais même affirmer que la LM101 est la plus originale des Legacy Machines du fait de sa présentation de cadran asymétrique.


Contrairement aux LM1 et LM2 qui respectent une parfaite symétrie, la LM101 se distingue par le décalage des arches du ponts et des sous-cadran comme si l'ensemble du cadran avait effectué une rotation de 45 degrés dans le sens des aiguilles d'une montre. La LM1 n'est donc pas surprenante car sa proximité esthétique avec les autres Legacy Machines est trop évidente pour donner ce sentiment. Mais l'équipe MB&F est arrivée à lui insuffler la dose d'originalité suffisante pour créer sa propre identité.

La LM101 à droite de la LM1:


Cette identité particulière de la LM101 est en effet indispensable compte tenu des objectifs qu'elle doit remplir. Du fait de sa taille plus petite, du retrait d'une complication par rapport à la LM1 et de son prix plus contenu, ce décalage esthétique évite à la montre d'être considérée comme une Legacy Machine au rabais. Je sens bien les difficultés rencontrées par Max Büsser dans la contexte: comment en effet ne pas donner l'impression de proposer une version "light" tout en étant capable de réduire significativement le prix de vente?

Le caractère hypnotisant du balancier demeure sur les deux versions de la LM101:


C'est sur ce point que la LM101 est la plus réussie: à aucun moment, elle ne provoque le sentiment d'être en face d'une montre qui a subi de nombreuses concessions. Les finitions sont à la hauteur des LM1 et LM2 que ce soit côté cadran ou côté mouvement. Les arches qui suspendent le balancier sont encore plus spectaculaires car leur inclinaison par rapport à la platine est plus prononcée, diamètre du boîtier oblige. Le balancier d'un diamètre de 14mm voit son rôle renforcé au centre du cadran car sa taille relative est supérieure à celle observée sur la LM1. La finition  des sous-cadran est toujours aussi soignée grâce à l'application de plusieurs couches de laque. Les aiguilles bleuies conservent quant  à elles tout leur charme.

La LM101 est disponible en or rose et en or gris:


Enfin, l'argument imparable qui prouve que la LM101 est bel et bien une Legacy Machine à part entière est qu'elle utilise pour la première fois un mouvement MB&F développé en interne. C'est la raison pour laquelle la référence à Jean-François Mojon n'apparaît plus sur les ponts du mouvement. En revanche, celle à Kari Voutilainen demeure puisque l'horloger finlandais a contribué à la définition de l'esthétique et à la réalisation des finitions du mouvement. 

Ce mouvement tri-dimensionnel (suspension du balancier oblige) présente côté ponts une architecture classique fidèle à l'esprit des calibres des autres Legacy Machine. La finition  irréprochable le rend très agréable à observer. Il l'est également du point de vue de l'utilisation car le remontage s'opère sans souci. Le rituel du remontage doit d'ailleurs être effectué quotidiennement compte tenu d'une réserve de marche de 45 heures. La fréquence de 2,5hz est volontairement basse pour rendre hommage à l'horlogerie traditionnelle et évidemment renforcer le caractère hypnotisant du balancier.


La LM101 est donc une montre parfaitement réalisée et l'objectif qui consiste à conserver un niveau de qualité d'exécution de finition similaire à celle des autres Legacy Machine est rempli.

Plus abordable tant du point de la taille que du prix tout en conservant les critères d'excellence de MB&F, la LM101 est-elle alors une montre irrésistible? Malheureusement, ce ne fut pas mon sentiment et je vois plusieurs raisons qui peuvent expliquer ma  relative déception.

Le point qui me dérange le plus est que pour la première fois j'ai le sentiment que Max Büsser répond à une demande du marché au lieu de susciter en priorité le désir, la surprise à travers l'expression de ses propres convictions. Au fond de moi, malgré toutes les explications sur la raison d'être de la LM101, je ne peux m'empêcher de penser que la collection Legacy Machine a été créée sur une base de boîtiers de 44mm. La hauteur maximum de la montre étant de 16mm, elle perd le côté élancé des LM1 et LM2 en semblant plus trapue. J'estime que le passage à un boîtier de 40mm n'apporte rien surtout dans le contexte de cet hommage aux belles montres de poche et que de fait, les 44mm sont bien plus adaptés. J'ai l'impression de me retrouver dans le même contexte qu'avec De Bethune lorsque des versions 40mm des DB25 ont été présentées. Si les Legacy Machines sont d'abord sorties en 44mm, c'est bien parce que cette taille est LA taille.


L'autre détail qui me chagrine est la disparition de l'indicateur de réserve de marche tri-dimensionnel inhérent au concept de la LM1 (et que déjà je regrettais sur la LM2). En devenant plus classique, cet indicateur n'apporte plus le côté interactif au propriétaire de la montre. Certes, lors du remontage, l'aiguille bouge mais la sensation n'est pas la même, elle devient maintenant presque banale. Et puis, cet indicateur n'est plus situé dans le prolongement des arches du pont. Ces arches se trouvent sans vis-à-vis si bien que la montre donne l'impression d'avoir une zone de vide sous le sous-cadran de l'heure. C'est un paradoxe car malgré leurs boîtiers plus grands, les LM1 et LM2 occupent harmonieusement leurs cadrans. Le retrait d'une fonction sur la LM101 se ressent incontestablement car le cadran ne m'apparaît plus aussi équilibré.



Enfin, le dernier point qui ne m'a pas convaincu est la présentation du mouvement. Malgré son excellence et la qualité des finitions, le mouvement de la LM101 est beaucoup trop fidèle à ceux des LM1 et LM2. C'est évidemment voulu pour les raisons évoquées plus tôt et pour respecter la cohérence de la collection. Mais Max Büsser n'a-t-il pas voulu trop bien faire sur ce point? Pour lancer son premier mouvement maison, n'aurait-il pas mieux valu adopter une décoration en rupture esthétique avec celles des calibres précédents pour mieux mettre en valeur cette réalisation maison? Car soyons clairs, le mouvement de la LM101 apparaît plus comme une déclinaison du mouvement de la LM1 que comme un développement propre. Je trouve cela dommage.


Ma perception de la LM101 est ainsi  mitigée. Si la LM101 ne souffre d'aucune critique dans sa réalisation, c'est bien au niveau de son propre raison d'être que se trouve le noeud du problème. Si je comprends les objectifs poursuivis par cette montre, je persiste à penser qu'elle n'apporte rien dans la logique de la collection. Les différentes machines m'ont tellement surpris ou séduits depuis de nombreuses années que je suis devenu extrêmement exigeants avec MB&F, peut-être plus qu'avec n'importe qu'elle autre marque. Or dans le cas précis de la LM101, je n'ai pas perçu le sens de son message en dehors de celui de ses objectifs commerciaux. Et c'est bien la première fois chez MB&F que la dimension stratégique de la marque prend le dessus sur l'histoire que raconte la montre. C'est ce qui m'empêche d'apprécier la LM101 comme une autre Machine.

Un grand merci à l'équipe MB&F pour son accueil à Baselworld.

Les plus:
+ une qualité d'exécution respectant les critères de la marque
+ la beauté des arches
+ le caractère hypnotisant du balancier
+ le premier mouvement maison ce qui est toujours un événement pour une jeune marque

Les moins:
- la taille plus contenue rend le rapport diamètre/épaisseur plus défavorable
- le cadran possède une zone vide face aux arches
- paradoxalement, la dimension "mouvement maison" n'est pas assez mise en valeur
- le message stratégique de la LM 101 se ressent bien plus que l'histoire qu'elle est supposée nous raconter