dimanche 23 mars 2014

Lange & Söhne: un petit retour sur la Lange One

La Lange  One va bientôt fêter ses 20 ans, faisant partie de la collection de la renaissance de Lange & Söhne qui fut dévoilé en octobre 1994. Je souhaite à travers ces quelques lignes rendre hommage à cette montre qui eut une grande influence sur le segment de la haute horlogerie. Essayons de comprendre pourquoi!

Raison n°1: sa grande originalité esthétique

Il faut se replacer dans le contexte de l'époque. Les visiteurs de la foire de Bâle qui venaient voir les collections IWC et JLC étaient surpris lorsque Günter Blümlein sortait de sa petite malette une montre à cadran décentré et à grande date avec un cadran parfaitement organisé. Et je ne parle même pas de l'approche décorative du mouvement: anglages parfaits, platine 3/4, rubis dans des chatons en or, pont du balancier gravé, col de cygne, ce qui nous semble aujourd'hui une incarnation habituelle de l'horlogerie traditionnelle allemande était clairement étonnant au milieu des années 90. Et n'oublions pas que des multiples couleurs de cadran furent disponibles dans le passé comme le champagne, le bleu, le noir, le blanc, l'anthracite même si aujourd'hui le cadran argenté prédomine.


Raison n°2: une montre destinée aux collectionneurs

Günter Blümlein avait tout compris. Il savait que pour créer une marque de haut niveau, il fallait démarrer au sommet. Il est impossible de faire changer de segment une marque. C'est la raison pour laquelle, parmi les 4 montres initiales de la collection contemporaine de Lange se trouvaient le Tourbillon Pour le Mérite, le premier Tourbillon à chaîne-fusée dans une montre-bracelet et la Lange One. La clientèle visée était celle des collectionneurs qui avaient besoin de voir des idées nouvelles à l'époque, l'horlogerie indépendante n'étant pas encore entrée dans son âge d'or. La Lange One, par son originalité maîtrisée, son exécution sans faille, son mouvement à remontage manuel ne pouvait que séduire les collectionneurs et ainsi lancer la marque Lange & Söhne sur les bons rails.

Raison n°3: elle a crédibilisé l'horlogerie allemande

Il faut de nouveau se placer au milieu des années 90: l'horlogerie de luxe ne se conjuguait alors qu'au mode suisse. Le renaissance de Lange puis de Glashütte Original, l'une au sein de Mannesmann, l'autre de façon indépendante, créèrent un fort regain d'intérêt pour cette horlogerie allemande de haut niveau qui très vite se distingua par des finitions irréprochables et des contenus horlogers solides. Si par la suite, au début des années 2000, les deux marques rejoignirent des grands groupes horlogers (Richemont et Swatch Group), elles surent conserver avec fierté leur caractère allemand répondant ainsi à une attente de la clientèle souhaitant voir une autre interprétation de l'horlogerie. La Lange One a fortement contribué à cette montée en puissance en étant le porte-drapeau du style et de la qualité de fabrication d'une manufacture allemande. Le paradoxe dans cette histoire est que le système de grande date, symbole de Lange, et l'architecture du mouvement conduisant à la présentation du cadran de la Lange One sont des brevets Jaeger-Lecoultre. Mais nous savons tous que lorsque les statuts de Lange furent déposés en 1990, Günter Blümlein n'avait pas d'autre choix que de s'appuyer sur les forces du pôle horloger de Mannesmann et donc sur Jaeger-Lecoultre et IWC.


Raison n°4: elle a secoué le segment de la haute horlogerie

Ce segment avait tendance à  singulièrement ronronner et l'arrivée d'un nouveau challenger crédible, venant en outre d'un autre pays, a obligé des marques comme Patek, Vacheron ou Audemars-Piguet à se remettre plus en question. Je me souviens d'une anecdote racontée par un ancien d'une très grande marque suisse à la sortie, non pas de la Lange One mais du Datograph en 1999 à Bâle. Sa réaction face à ses collègues fut la suivante: "Rangeons nos merdes, Lange a sorti le Datograph". Cela peut sembler excessif mais cette réaction traduit l'impact positif de l'arrivée d'un Lange voire également quelques années plus tard du développement de l'horlogerie indépendante: tout le monde s'est mis au travail pour répondre aux collectionneurs de plus en plus sollicités et les marques établies ont arrêté de ne vivre que sur leurs acquis.

Raison n°5: elle a peu évolué durant toute sa vie, devenant ainsi une sorte de repère

Certes Lange a sorti de multiples versions de la Lange One avec des tailles et des complications différentes. Des modèles sont loin d'être indispensables. Mais la Lange One d'origine, celle de 1994, demeure au catalogue et de façon quasiment inchangée! Le mouvement a légèrement changé et la différence véritablement notable par rapport à la toute première montre est le fond transparent. Mais pour le reste, tout est préservé dont la parfaite organisation du cadran. Cette stabilité, cette permanence au sein de la collection lui a permis de devenir la véritable base de la collection de Lange.


Raison n°6: c'est une montre facile à vivre

La Lange One a été pensée pour un usage quotidien et pour éviter de devenir une sorte de pièce de musée qui ne sortirait qu'à de trop rares occasions. Tout a été conçu pour simplifier la vie de son propriétaire: un remontage manuel d'une grande douceur, une réserve de marche de 3 jours qui autorise un voire deux oublis de remontage quotidien, une grande date pour un affichage clair des quantièmes qui se règle avec un poussoir latéral, un indicateur de réserve de marche lisible, aucun chevauchement d'information... et si la grande réussite de la Lange One est d'avoir fait comprendre qu'une montre de Haute Horlogerie pouvait être une montre de tous les jours?


Je pourrais trouver d'autres raisons qui expliquent le succès et le prestige de la Lange One. Elle a incontestablement favorisé le développement de Lange et positionné la marque au somment de la pyramide horlogère. C'est une grande force pour Lange que de posséder dans sa collection une montre icône. Mais c'est également une faiblesse. Lors de ses premières années, Lange a présenté, selon moi, 4 montres d'exception: la Lange One, le Tourbillon pour le Mérite, le Datograph et la 1815 Emil Lange. Il fut par la suite difficile de conserver un tel rythme d'autant plus que les collectionneurs sont restés extrêmement exigeants vis-à-vis d'une marque qui les a tant séduits et qui est restée modeste dans sa production (aux alentours de 5.000 montres par an). Le challenge pour Lange qui d'ailleurs existe depuis plusieurs années est d'arriver à se renouveler, à retrouver la créativité et l'audace des premières années, à séduire des nouveaux clients sans décevoir les anciens. C'est une alchimie extrêmement délicate à trouver mais je suis sûr que les équipes en place sauront relever ce défi.

Merci à l'équipe de la boutique Lange de Paris.

mardi 18 mars 2014

Zenith: Pilot Type 20 GMT 1903

La collection Pilot et plus spécifiquement la Type 20 GMT 48mm, sont en train de devenir pour Zenith une inépuisable source d'inspiration. Il faut avouer que la GMT contient tous les ingrédients pour devenir une sorte de porte-drapeau de la marque: un design caractéristique qui reste assez classique malgré son audace, une taille adéquate (le diamètre de 48mm est peut-être celui qui correspond le mieux au style de la montre), une complication utile (le second fuseau) et un certain équilibre de cadran malgré les dimensions mesurées du calibre Elite 693.


La série limitée 1903 s'inscrit dans la lignée de la Baron Rouge, une édition limitée de 500 pièces qui se caractérise par son boîtier en titane avec un revêtement DLC noir. Le même boîtier est repris dans le contexte de la 1903 mais du fait de la modification de trois éléments d'importance, c'est tout l'aspect de la montre qui se trouve transformé.

La première modification est la finition des chiffres. Ces derniers subissent un double traitement: tout d'abord une couche d'Old Radium est appliquée puis par la suite une couche de SuperLuminova. Cette combinaison explique le rendu particulier des chiffres qui apparaissent comme vieillis avec une patine certes artificielle mais non dénuée de charme. Et comme leur luminescence demeure,  le résultat est d'une rare efficacité. La finition est irréprochable puisque les contours des chiffres sont nets et sans bavure. La couleur des chiffres se retrouve sur les aiguilles qui font l'objet d'un traitement similaire. Au final, ces chiffres et aiguilles se marient idéalement avec la couleur du bracelet et créent un ensemble harmonieux... ce qui n'était pas gagné d'avance avec une montre d'un diamètre de 48mm au design singulier.


Le bracelet... parlons-en! Car c'est lui qui propulse la 1903 dans une autre dimension. Le bracelet "de force" en Nubuck donne beaucoup de caractère à une montre qui à la base n'en manque pas... Non seulement il agrandit la taille et l'épaisseur perçues mais il contribue à l'atmosphère néo-rétro de l'ensemble. Il est clair qu'au poignet, avec ce bracelet, la montre dégage une présence littéralement phénoménale tout en conservant le confort requis: maintenue de partout, la montre ne bouge pas d'un millimètre même en secouant le bras! Il est évident qu'un tel bracelet peut être lassant mais il est après tout facile de le remplacer. Mais pourquoi au final se priver d'un tel élément? La Baron Rouge serait alors la montre toute indiquée et quitte à aller sur la 1903, autant profiter de tout ce qui fait son charme. En retournant le bracelet, se dévoile une très belle surprise: le logo des instruments d'aviation Zenith marqué à chaud dans toute sa splendeur! Ce logo est si grand qu'il occupe toute la longueur du bracelet sans oublier l'intégralité de la partie centrale.


La troisième modification par rapport à la Baron Rouge concerne le fond du boîtier. La décoration reprend de nouveau le logo des instruments d'aviation tout en mettant en scène le premier vol motorisé des frères Wright en décembre 1903. 110 ans plus tard, Zenith fait revivre la scène et rend ainsi hommage à ces quatre vols de quelques dizaines de mètres qui marquèrent le point de départ d'un nouveau moyen de transport: l'aviation était née.


De façon plus terre à terre si je peux dire, au-delà de l'intérêt de la décoration, le fond plein a l'immense vertu de cacher le mouvement. Non pas qu'il ne soit pas digne d'intérêt bien au contraire: l'Elite 693 est un excellent mouvement de manufacture, à la fois fiable et précis et aux performances respectables (une fréquence de 4hz et une réserve de marche de 50 heures). Mais il est définitivement trop petit pour un boîtier de 48mm. Saluons le travail des designeurs: cela ne se ressent pas trop côté cadran même si évidemment, l'emplacement de la trotteuse trahit cette situation. A l'usage le mouvement demeure très agréable, le poussoir latéral permettant le réglage du second fuseau matérialisé par l'aiguille à flèche rouge. Attention cependant à la lecture de l'heure de ce second fuseau compte tenu de la très discrète graduation périphérique qui peut induire en erreur.


La Pilot Type 20 GMT 1903 est au final une montre particulièrement réussie car elle va au bout des idées initiées avec la Baron Rouge. Profitant du design caractéristique de la Type 20 GMT et assumant avec fierté son style néo-rétro grâce à ses chiffres et aiguilles vieillis et à son bracelet, elle arrive à faire preuve d'une belle originalité et d'une personnalité affirmée sans sombrer dans le délirant. Si à titre personnel, ma préférée demeure la version acier, la 1903 m'a séduit par sa cohérence d'ensemble.


Merci à l'équipe Zenith pour son accueil.

Les plus:
+ une version à forte personnalité de la Pilot Type 20 GMT
+ la finition des chiffres et des aiguilles
+ l'impressionnant bracelet
+ une complication cohérente avec l'esprit de la montre

Les moins:
- la très discrète graduation du second fuseau rend sa lecture difficile
- le mouvement est petit pour le boîtier

dimanche 16 mars 2014

Lange & Söhne: Lange One Tourbillon Calendrier Perpétuel "Handwerkskunst"

Après la Zeitwerk et la Richard Lange Tourbillon, la Lange One Tourbillon Calendrier Perpétuel est la troisième montre de Lange & Söhne à faire l'objet de l'approche décorative nommée "Handwerkskunst" qui mobilise un large éventail de techniques artisanales pour réaliser des finitions à la main.

Cependant, contrairement aux deux montres précédentes, la Lange One Tourbillon Calendrier Perpétuel se distingue par un style décoratif de cadran plus poussé. Le cadran en or blanc est certes embelli par le travail de tremblage caractéristique des montres "Handwerkskunst" mais ce travail est cette fois-ci accompagné de gravures en relief qui renforcent l'aspect baroque de l'ensemble. Les volutes qui décorent les points de la Zeitwerk et de la Richard Lange Tourbillon sont gravées côté cadran en profitant de chaque espace disponible.


Le résultat est éminemment spectaculaire puisque le relief des volutes et l'aspect laineux du tremblage se mélangent pour créer un rendu visuel unique à l'attention d'une montre qui à la base se caractérise par des performances mécaniques de haut niveau. Cependant, je dois avouer que je n'ai pas ressenti avec cette troisième livrée "Handwerkskunst" la même émotion que précédemment. J'y vois plusieurs raisons à cela.


La première, évidente, est que l'effet de surprise s'estompe. Finalement, ces 3 montres ont été présentées dans un laps de temps relativement court et j'ai tendance à penser que cette série limitée arrive trop tôt pour la Lange One Tourbillon Calendrier Perpétuel. Dévoilée lors du SIHH 2012, cette pièce est actuellement produite au compte-gouttes et il m'aurait semblé logique d'accorder plus de temps au déploiement de la version de la collection permanente avant de solliciter de nouveau les collectionneurs avec une édition limitée.

La deuxième est inhérente au côté démonstratif de la décoration: le travail est remarquablement exécuté et témoigne de la parfaite maîtrise des artisans saxons. Cependant, la combinaison de tous ces effets donne une impression de surcharge qui finit, selon moi, par nuire à la mise en valeur de la décoration.


La troisième est liée au choix de la montre. La Lange One Tourbillon Calendrier Perpétuel est une montre compliquée qui présente une organisation de cadran originale dont l'anneau des mois périphérique en est un des principaux éléments caractéristiques. Tirant avantage du cadran décentré de l'affichage de l'heure typique des Lange One, la Lange One Tourbillon Calendrier Perpétuel propose une excellente lisibilité des fonctions calendaires y compris de celle qui est la plus importante pour une montre à calendrier perpétuel: l'affichage des quantièmes par le biais d'une grande date à double-guichet. Or la décoration devient presque intrusive dans ce contexte et rajoute de la sophistication à une montre qui a trouvé dans sa version initiale le parfait équilibre entre complexité et harmonie.

Il serait dommage d'en rester à ce sentiment de profusion d'effets décoratifs qu'une église baroque ne renierait pas car en même temps, la Lange One Tourbillon Calendrier Perpétuel "Handwerkskunst" contient plusieurs détails qui rendent la montre plus subtile qu'elle n'y paraît.


L'exemple le plus marquant est assurément la finition de la grande date: les chiffres sont peints à la main d'une couleur bleu délicate qui se marie avec bonheur avec les autres rappels de la même teinte sur la cadran comme par exemple le disque de l'affichage des phases de lune ou l'indicateur jour&nuit. J'aime beaucoup ce traitement des chiffres qui embellit considérablement l'ensemble et qui adoucit la complexité de la décoration.

La finition du mouvement contribue aussi à rehausser l'intérêt de la Lange One Tourbillon Calendrier Perpétuel "Handwerkskunst". Contrairement au cadran, le mouvement tire profit des décorations spécifiques sans paraître surchargé. La gravure du tourbillon et de la masse oscillante, la solarisation des trois ponts de train de roues, le polissage noir du côté supérieur de la cage du tourbillon mettent ainsi en valeur l'architecture et la profondeur du calibre automatique L082.1. Et bien évidemment, comme tout Tourbillon chez Lange, celui de cette montre possède au moins un contre-pivot en diamant (un seul dans ce cas précis puisque le Tourbillon n'est pas visible côté cadran). La présentation du mouvement est pour moi la grande force de cette édition limitée: le mouvement initial était déjà le symbole de l'excellence de la manufacture saxonne, celui de la version "Handwerkskunst" arrive à le sublimer tout en préservant une certaine subtilité décorative.


Au bout du compte, une grande partie de l'attrait provoqué par la pièce est dû au plaisir de retrouver, dans un contexte différent, toute l'intelligence de conception technique du mouvement L082.1 et l'efficacité de l'affichage des informations. Malgré une épaisseur contenue (12,2mm) et un diamètre équivalent à celui de la Lange One Timezone (41,9mm), la montre combine 2 complications prestigieuses de façon optimale. Côté cadran, le Calendrier Perpétuel est la complication majeure: le Tourbillon n'est pas visible afin de laisser tout l'espace nécessaire à l'affichage des données calendaires. C'est en un sens l'organisation du cadran de la Lange One Daymatic que nous retrouvons avec un affichage inversé par rapport à la Lange One traditionnelle et l'indicateur des jours de la semaine qui remplace celui de la réserve de marche. La grande date saute impeccablement à minuit et le grand anneau périphérique des mois fait de même en effectuant au moment requis une rotation de 30 degrés. L'enjeu pour Lange a été de maîtriser la consommation de l'énergie nécessaire à la rotation de cette pièce d'envergure sans troubler la chronomètrie. La fréquence du mouvement est de 3hz et sa réserve de marche, peut-être un peu courte pour un Calendrier Perpétuel, est d'une cinquantaine d'heures. Ceci dit, le réglage du calendrier est aisé grâce aux poussoirs encastrés qui permettent à la fois d'avancer collectivement ou d'ajuster individuellement les données.

Côté mouvement, le Tourbillon, malgré la masse oscillante centrale, reprend le dessus et apporte sa magie pour renforcer la beauté du calibre. Il est important de noter que le calibre est équipé d'un stop-Tourbillon qui permet ainsi d'arrêter la trotteuse et donc de régler la montre avec précision.


Comme je pouvais m'y attendre, la Lange One Tourbillon Calendrier Perpétuel "Handwerkskunst" dégage une forte présence au poignet du fait de sa décoration qui attire l'oeil et qui, paradoxalement, intrigue par son originalité malgré son hommage à la tradition revendiqué. La montre est lourde du fait de son boîtier en platine et du poids propre du mouvement. Elle nécessite donc un bon positionnement sur le poignet pour être portée avec confort. Une fois par mois, à minuit, la combinaison de la rotation de l'anneau périphérique et du saut de la grande date est perceptible lorsque la montre est portée: ce sentiment est très agréable et fait partie du charme de la pièce.

La Lange One Tourbillon Calendrier Perpétuel "Handwerkskunst" est évidemment une montre superlative qui arrive à cumuler intérêt et performance techniques avec prouesses décoratives. Cependant, je dois avouer que je ne fus pas aussi séduit qu'à l'accoutumé en raison du caractère trop démonstratif de son cadran qui finit par alourdir visuellement une montre équilibrée à la base. Fort heureusement, la décoration subtile du mouvement et le charme des chiffres bleus peints de la grande date arrivent à compenser ce sentiment.


La Lange One Tourbillon Calendrier Perpétuel "Handwerkskunst" est disponible dans les boutiques Lange dans le cadre d'une série limitée de 15 pièces.

Les plus:
+ le plaisir de retrouver l'efficacité de l'organisation du cadran de la Lange One Tourbillon Calendrier Perpétuel
+ le saut instantané de la grande date et de l'anneau des mois
+ la décoration subtile du mouvement
+ les chiffres bleus peints à la main de la grande date
+ la facilité de réglage des fonctions calendaires

Les moins:
- la décoration du cadran alourdit considérablement le style de la montre
- la réserve de marche de 50 heures est un peu courte
- la présentation de cette montre, lors de Watches & Wonders 2013, me semble prématurée  compte tenu des livraisons limitées du modèle initial

mercredi 12 mars 2014

F.P. Journe: Chronomètre Souverain Cadran Or

Ce qui est appréciable avec François-Paul Journe, c'est qu'il n'hésite pas à revisiter ses classiques. Pourtant, l'exercice peut être dangereux car il y a toujours le risque de décevoir si l'évolution n'est pas à la hauteur de la réussite de l'original. Et lorsque la montre concernée est une base de la collection, la marge d'erreur est extrêmement faible.

Pourtant, il s'est attaqué au Chronomètre Souverain en présentant pendant la semaine du SIHH à Genève un nouveau style de cadrans en or. Le Chronomètre Souverain est, je le rappelle, une montre fondamentale dans sa collection. Elle n'est pas à proprement parler l'entrée de gamme puisque à ce niveau d'exécution, cette connotation est inappropriée. Elle est certes la plus abordable mais surtout la plus simple avec son mouvement à remontage manuel et pour unique complication, en dehors de la trotteuse décentrée, l'affichage de la réserve de marche. Or nous savons tous qu'il est extrêmement difficile de réaliser une montre simple de haute horlogerie car la spécificité d'une complication n'est pas là pour la tirer vers l'excellence. Une montre simple dans ce segment est réussie lorsqu'elle arrive à transmettre, malgré ses fonctions réduites à l'essentiel, tous les critères d'excellence et l'absence de compromis de la manufacture dont elle provient.


C'est le cas du Chronomètre Souverain qui, au-delà de sa réalisation soignée conforme aux standards de qualité de la manufacture, incarne un certain nombre d'idées chères à François-Paul Journe pour atteindre la meilleure précision possible. Le mouvement à remontage manuel 1304 se caractérise par son double-barillet pour un couple optimal, par un organe régulant particulier (un balancier à 4 masselottes, une absence de raquette, un spiral plat etc...) et par une fréquence à 3hz qui est un bon compromis entre consommation de l'énergie, précision et régularité de marche. Mis en valeur par une décoration raffinée et subtile, le mouvement 1304 présente une découpe des ponts qui isole l'organe régulant et qui dévoile légèrement les deux barillets: ce spectacle, finalement plutôt original pour une montre classique, est un vrai régal pour les yeux.


Cependant, la nouveauté ne se situe pas côté mouvement: en modifiant la présentation et le style des cadrans, François-Paul Journe apporte un nouveau dynamisme à son Chronomètre Souverain. Réalisés en or, ces nouveaux cadrans se distinguent par l'absence de guillochage de la partie centrale, par la finesse des chiffres et par le très jolie contraste entre la base en opalin argenté grainée et les détails en relief. Je fus particulièrement séduit par la qualité et la précision du rendu des chiffres qui arrivent à conserver toute leur finesse malgré l'effet de relief.


La suppression du guillochage central entraîne deux conséquences: la première est que la montre semble plus pure et plus grande que son équivalente de même taille de la version initiale. La seconde est qu'elle met plus en valeur l'affichage de la réserve de marche et le sous-cadran décentré.


Cette nouvelle animation de cadran est disponible dans des boîtiers en or rouge ou en platine et dans les deux dimensions habituelles à savoir 38 ou 40mm. Dans chaque cas, la couleur des détails et des aiguilles est mise en cohérence avec celle du boîtier. Les aiguilles sont en argent rhodié et le cadran est en or gris pour la version platine. Les aiguilles et le cadran sont en or rouge pour la version en or rouge.


Incontestablement, c'est cette dernière que je préfère: plus chaleureuse, offrant plus des contrastes plus forts, elle s'accommode mieux selon moi du style plus dépouillé. En fait, je trouve la version platine trop discrète même si elle conserve le caractère séduisant des nouveaux cadrans en or. Dans tous les cas, cette évolution du Chronomètre Souverain présente un intérêt certain car elle arrive à créer une rupture esthétique nette par rapport au modèle d'origine. Comme souvent, il suffit de quelques détails pour transformer une montre. François-Paul Journe nous en fait une nouvelle fois la démonstration.


Merci à l'équipe F.P. Journe pour son accueil à Genève.

Les plus:
+ le plaisir de retrouver le Chronomètre Souverain et son mouvement 1304
+ la parfaite exécution des cadrans en or et particulièrement des chiffres en relief
+ la disponibilité des deux tailles de boîtier

Les moins:
- la version platine manque un peu de punch selon moi

dimanche 9 mars 2014

Olivier Jonquet: Elie

La démarche d'Olivier Jonquet fait partie de ces jolies histoires de passionnés d'horlogerie qui, un jour, décident de passer à l'acte en créant leurs propres montres. La passion ne suffit pas, il faut généralement une étincelle qui crée l'envie de s'investir dans de tels projets extrêmement chronophages et consommateurs d'énergie. Pour Olivier Jonquet, elle s'est produite lors d'une brocante dans sa ville d'Avignon. Il y trouva une montre à boîtier coussin des années 20/30 qui le charma instantanément. L'idée était entrée dans sa tête: pourquoi ne pas imaginer une montre qui reprendrait les codes esthétiques relativement courants de cette époque en les remettant au goût du jour pour les rendre conformes aux attentes d'une clientèle d'aujourd'hui? C'est ainsi qu'il se lança dans l'aventure avec à la base deux principes fondamentaux à suivre:
  • que la montre incarne une certaine idée de l'élégance tout en ayant une touche d'audace... comme ces montres des années 30 qui faisaient preuve d'imagination et de créativité en période de crise,
  • que la très grande majorité des composants soit d'origine française.

Grâce à son épouse qui a travaillé au sein d'un département Achats d'une entreprise, Olivier Jonquet put constituer dans un délai relativement court son réseau de fournisseur afin que sa montre puisse passer du stade de croquis à celui de la concrétisation. Deux années furent nécessaires pour passer des premières esquisses   à la présentation des deux prototypes ce qui est une excellente performance pour quelqu'un qui ne naviguait pas auparavant dans cette industrie. Il faut dire qu'il fut soutenu par un certain nombre de sous-traitants français, dont la plupart travaillent pour de très grandes marques, convaincus par la sincérité de la démarche.


La montre d'Olivier Jonquet s'appelle "Elie" comme le prénom de son fils. Je dois avouer qu'elle m'a séduit par sa simplicité, son élégance et son raffinement. Elle ne révolutionne absolument rien tant du point de vue esthétique que technique. Mais l'ensemble est soigné et paradoxalement... relativement original dans le paysage horloger d'aujourd'hui. Même si ce type de boîtier "coussin carré" m'évoque les Rolex Oyster des années 30 et toute une kyrielle de montres similaires de la même époque, il se retrouve assez peu dans les collections actuelles des marques. Evidemment, les boîtiers Radiomir de Panerai ou Terrascope de JEANRICHARD me viennent à l'esprit mais leurs tailles et leurs designs plus "sport" s'éloignent de l'esprit du boîtier de l'Elie. En revanche, je vois plus de points communs avec le boîtier Carré Cambré de Dubey & Schaldenbrand qui de plus utilise le même système d'anses.


Cependant, la caractéristique du boîtier de l'Elie qui explique en grande partie sa personnalité et son charme est son rendu plat et subtilement adouci et arrondi à ses extrémités. Le verre saphir ne dépasse pas et visuellement l'ensemble est fluide et élancé pour une épaisseur de 9mm.

La couronne contribue aussi à la réussite esthétique: elle se veut discrète du fait de sa forme "punaise" qui lui évite de devenir trop proéminente. Elle est cependant suffisamment grande pour une bonne manipulation et pour que le remontage soit agréable. Elle porte le logo de la marque (en fait les initiales stylisées d'Olivier Jonquet) mais, heureuse surprise, une fois la montre mise au poignet, c'est le seul endroit où ce logo est visible. En effet, le cadran est vierge de toute inscription et je dois avouer que ce détail, qui témoigne de l'humilité de son créateur, n'est pas anodin. La montre gagne encore plus en pureté et en raffinement.


Ce cadran est évidemment un élément clé de l'Elie.  Réalisé en émail blanc, il met en valeur les chiffres et les aiguilles bleuies Breguet qui dessinent le temps de façon très lisible. J'aime beaucoup la combinaison entre ces chiffres et les aiguilles: selon la lumière, le bleui des aiguilles devient noir ou nettement bleu, créant ainsi de jolis effets avec les chiffres qui eux-mêmes, possèdent une couleur subtile. La minuterie est composée de traits et de points qui font office de marqueurs des 5 minutes. Le secteur de la trotteuse est gradué de façon similaire mais sur cette zone, j'aurais supprimé les points. L'emplacement du sous-cadran, un peu trop proche du centre, indique que le diamètre du mouvement est relativement modeste. Mais d'un autre côté, cela permet de préserver le 6 du cadran qui est ainsi affiché dans son intégralité.


L'origine du cadran n'est pas française: c'est une petite entorse au principe suivi par Olivier Jonquet mais elle était rendue obligatoire pour des raisons de coûts et de délais. En revanche, les aiguilles, le boîtier, le verre, le bracelet sont bien conçus en France... sans oublier le mouvement!

Le mouvement à remontage manuel est un France Ebauche FE 233/69, un calibre simple, basique et fiable à 3hz qui trouve son origine dans le Cupillard 233 des années 50. Sa finition est sommaire, seul le perlage des ponts vient apporter une touche décorative. La bague d'emboîtage est en métal ce qui est un plus pour la qualité du produit. Sa réserve de marche d'une cinquantaine d'heures est largement suffisante dans le contexte d'un remontage manuel quotidien. Car au-delà de son esthétique, l'Elie se veut une montre qui symbolise un art de vivre: Olivier Jonquet n'imaginait pas un mouvement automatique pour sa pièce. Le propriétaire de la montre doit ressentir le plaisir du remontage qui donne vie au mécanisme: une sorte de cohérence entre l'esthétique et la nature du mouvement qui est la bienvenue. 70 mouvements FE 233/69 ont ainsi été achetés. 50 équiperont les montres dont la fabrication est prévue et les 20 mouvements restants seront dédiés au SAV et aux pièces détachées. Les mouvements sont entièrement nettoyés, réglés, huilés et remontés au sein d'un atelier dans le Haut-Doubs avant le processus d'assemblage.  A noter que l'inscription "Swiss" est apposée sur le mouvement à côté de la roue de couronne car il fut à l'époque assemblé en Suisse alors que les composants étaient usinés en France.


Le mouvement n'est pas visible car le fond du boîtier est plein ce qui n'est pas un problème ici pour les raisons exposées plus tôt. Pour observer le mouvement, il faut donc dévisser ce fond. Cependant, il y a une autre raison qui impose cette manipulation: le changement du bracelet. Compte tenu du système à "anses fil", il n'y a malheureusement pas d'autres moyens que de dévisser le fond puis les anses. Mais au bout de l'effort... le réconfort!


Les trois bracelets adaptés au boîtier de l'Elie ont été spécifiquement créés par l'Atelier Thibot: en sus du bracelet  en cuir de veau noir fourni avec la montre, deux autres bracelets pourront être achetés: l'un en caïman couleur chocolat pour une plus grande élégance, l'autre en cuir vintage de cartouchière de la seconde guerre mondiale pour le côté rétro. Si je ne suis pas un grand fan du bracelet d'origine (je n'aime pas les bracelets noirs), les deux autres bracelets m'ont en revanche beaucoup plu et la montre gagne en présence et en qualité perçue lorsque l'un des deux y est installé.


Deux finitions de boîtier sont disponibles: satinée ou brillante. Après avoir porté les deux montres, ma préférence va vers la finition satinée, plus discrète. Mais dans les deux cas, le plaisir demeure identique. Grâce à sa taille idéale (38mm de hauteur et de largeur hors couronne), l'Elie arrive à dégager un sentiment d'équilibre tout en accrochant l'oeil grâce à l'originalité de sa forme. La pureté du cadran, l'absence de marque visible et le confort au porté rendent cette montre très attirante et je la sens à l'aise à la fois avec une tenue décontractée ou dans un contexte plus formel.


L'Elie d'Olivier Jonquet est le joli aboutissement d'une projet personnel. Son look néo-rétro n'occulte pas sa propre personnalité et la qualité de fabrication des éléments souligne le soin apporté aux détails. Cependant, la partie n'est pas encore jouée pour Olivier Jonquet: pour que le processus de fabrication des 50 montres prévues soit lancé, il faut que le nombre de souscription atteigne un seuil. Pour commander une montre et donc soutenir la concrétisation du projet, il suffit de se connecter sur le site prévu à cet effet qui apporte tous les renseignements nécessaires: http://www.montres-oj.com/commande/. Olivier Jonquet prendra sa décision en octobre à l'issue de cette période de commande. Alors, êtes-vous prêt à travers votre engagement à participer à la fabrication d'une montre française?

Merci à Olivier Jonquet, son épouse et à l'Atelier Thibot pour la présentation des deux prototypes.

Les plus:
+ un design néo-rétro élégant et des dimensions harmonieuses
+ l'absence d'inscription sur le cadran
+ le remontage manuel cohérent avec l'esprit de la montre
+ la qualité des deux bracelets optionnels

Les moins:
- le mouvement, basique, est petit pour le boîtier
- le changement de bracelet impose de dévisser le fond puis les anses

samedi 8 mars 2014

Hublot: King Power Paris Saint-Germain

Savez-vous à quoi reconnaît-on un grand club européen de football? A son palmarès? A son effectif? A la renommée de son entraîneur? Mais vous n'y êtes pas du tout! C'est à sa montre officielle! Pas besoin donc d'attendre une éventuelle victoire en Champion's League! Depuis la présentation  en février de sa montre officielle réalisée par Hublot, le Paris Saint-Germain a d'ores et déjà rejoint le groupe très fermé des clubs qui possèdent leurs propres séries limitées King Power. Le Paris Saint-Germain se trouve ainsi sur le même plan que Manchester United, la Juventus de Turin ou le Bayern de Munich... en attendant d'espérer pouvoir concurrencer ces prestigieuses équipes sur le terrain. 


La recette employée par Hublot pour définir la montre du Paris Saint-Germain est similaire à celle employée avec les autres pièces officielles. Elle consiste à combiner un boîtier King Power de 48mm, un cadran "squeletté", un chronographe à deux aiguilles centrales avec un totalisateur de 45 minutes et des touches de couleurs qui évoquent celles du logo du club lui-même apposé à 3 heures. J'ai la conviction que le temps nécessaire à la création de cette montre n'a pas dû excéder la durée d'un match tellement Hublot maîtrise cet exercice. Encore faut-il que le résultat soit convaincant. 


En toute franchise, cette King Power Paris Saint-Germain est peut-être la plus réussie du lot. Tout simplement parce que la combinaison des couleurs du club (bleu, blanc et rouge) se marie plutôt bien avec la céramique noire micro-billée du boîtier. Alors que la King Power Juventus de Turin donnait une drôle d'impression avec son mélange noir et blanc, alors que les versions Manchester United et Bayern Munich étaient définitivement trop rouges, la King Power Paris Saint-Germain m'a semblé sur cet aspect là équilibrée. Car pour le reste, avec son diamètre de 48mm, elle demeure un sacré morceau au poignet. Heureusement, la couleur de la céramique permet de réduire légèrement la perception de la taille... mais tout cela est bien relatif. Maintenant, il faut savoir ce que l'on veut: j'ai tout de même un peu de mal à imaginer Zlatan avec une montre de gringalet. Et puis, on peut faire confiance à Hublot sur le sujet: grâce au bracelet caoutchouc et à l'efficacité de la boucle déployante, la montre se positionne impeccablement sur le poignet et ne bascule jamais.


Malgré le "squelettage" du cadran et une graduation du totalisateur des minutes un peu tarabiscotée, les informations demeurent lisibles. Il y a un détail que j'apprécie sur ces King Power footballistiques: c'est la façon dont le chronographe opère avec les deux aiguilles centrales (qui se distinguent l'une de l'autre facilement) et son totalisateur de 45 minutes bien dans l'esprit de leur contexte. Le mouvement est sans surprise le HUB4245, en fait un 7750 usiné et modifié par Hublot ce qui explique ses performances traditionnelles: une fréquence de 4hz et une réserve de marche de 42 heures. Sa finition est correcte, sans plus, seule la masse oscillante en métal lourd, évidée et traitée avec une finition noire donne un peu de punch: je pense qu'un fond plein avec une gravure évoquant le club aurait été plus appropriée.


Les joueurs du Paris Saint-Germain sont en terrain connu avec Hublot puisque Nasser Al-Khelaïfi leur avait offert il y a quelques mois une montre pour les récompenser du titre de champion de France. Reste à savoir maintenant si les fans, même fortunés, vont vouloir imiter les joueurs en achetant une montre de la même marque puisque avec un prix pour cette King Power de 19.400 euros, le tarif est très élevé et étonnant pour des personnes qui ne suivent pas forcément l'actualité horlogère. Ceux qui en revanche connaissent les subtilités (et les excès!) de cette industrie ne seront pas surpris puisque le prix se situe dans le même ordre de grandeur que ceux des autres versions, les écarts s'expliquant par les matériaux différents des boîtiers.


Alors à qui peut bien s'adresser cette montre car j'ai un peu de mal voir un fan français du Paris Saint-Germain se positionner dessus? Je pense au bout du compte que cette montre joue un rôle important de communication pour Nasser Al-Khelaïfi en rappelant à ses compatriotes l'implication du Qatar dans le club parisien. Je vois finalement plus des qatari l'acheter. Pour Hublot, l'opération est également pertinente: surfant sur la notoriété croissante du Paris Saint-Germain qui passe du statut de grand club national à celui d'acteur majeur au niveau européen, la présentation de la montre et de façon plus large la signature du partenariat avec le club  permettent à Hublot de gagner en visibilité en France et au Qatar. Bref, une opération stratégique rondement menée! 


En tout cas, en ce qui me concerne, même si pour les raisons expliquées précédemment, la King Power Paris Saint-Germain n'est pas la pire du lot, je trouve qu'Hublot a bien mieux à proposer à des tarifs similaires voire inférieurs. Cela tombe bien, je suis supporter des Girondins de Bordeaux (oui, c'est dur à vivre parfois) et donc je n'ai vraiment aucune incitation à succomber au charme imposant et coloré de cette pièce. J'espère que Nasser Al-Khelaïfi s'en remettra.


La King Power Paris Saint-Germain est disponible dans le cadre d'une série limitée de 200 pièces et est vendue avec un écrin imposant contenant un maillot du club avec les signatures de l'ensemble des joueurs.

Merci à l'équipe de la boutique Hublot de la Place Vendôme pour son accueil.

Les plus:
+ les couleurs du club combinent bien avec la céramique noire microbillée
+ les deux aiguilles centrales du chroographe
+ le confort au porté malgré le diamètre du boîtier

Les moins:
- un fond plein aurait été plus indiqué
- le jardinier du Parc des Princes est déçu: Manchester United a droit à des index avec des brins d'herbes et pas le Paris Saint-Germain!
- je n'en dis pas plus, je n'ai pas envie de me faire zlataner

mardi 4 mars 2014

Urwerk: UR-210Y

J'avais déjà présenté en détails l'UR-210 mais la nouvelle version de cette montre, l'UR-210Y (qui se prononce "Upsilon") me donne l'opportunité de revenir dessus. Soyons clairs, l'UR-210Y se distingue de ses devancières avant tout par le fort contraste entre la couleur jaune de l'affichage du temps et l'ambiance obscure qui la caractérise. A la rigueur, l'utilisation d'un bracelet textile, ce qui est une grande première pour la marque, est aussi à noter. Je retrouve donc une combinaison de couleurs qu'Urwerk a utilisée par le passé et qui symbolise la charte graphique de la marque. L'UR-210Y, qui porte le doux surnom de "Black Hawk" est à ce titre l'archétype de la montre Urwerk: sombre, agressive et douce à la fois et à la forme de boîtier audacieuse qui sert de support à une réinterprétation futuriste du vieil affichage des heures vagabondes.


Mais elle est plus que cela encore. Elle incarne aussi un des axes majeurs de la démarche créatrice de Felix Baumgartner, Martin Frei et de leur équipe: l'interactivité. Derrière cette apparence très technique digne d'un vaisseau spacial, se cache une montre extrêmement ludique dont la principale force est de permettre à son propriétaire d'influencer son comportement. L'homme dirige encore la machine! Finalement, le message d'Urwerk reste optimiste!


L'observateur attentif de l'horlogerie indépendante sait pertinemment que ce n'est pas la première fois qu'Urwerk permet d'augmenter ou de réduire l'efficacité du remontage automatique grâce aux turbines qui fonctionnent comme certains freins de camion en chassant l'air d'une chambre. Et il a raison: le système existe depuis l'UR-202 ce qui ne nous rajeunit pas! Mais voilà: grâce au petit indicateur situé au sommet du cadran à gauche, il est possible d'observer l'efficacité du remontage durant les deux dernières heures et par là même de savoir s'il est pertinent ou pas de jouer avec les turbines. Si l'aiguille de cet indicateur se trouve sur la zone rouge, l'efficacité du remontage est insuffisante et la montre perd de la réserve de marche. Dans la zone verte, l'efficacité est optimale et elle permet de remonter la réserve de marche dont l'affichage se trouve exactement en face de ce fameux indicateur. La manipulation du petit levier qui agit sur les turbines a donc une conséquence visible sur le cadran ce qui est un petit plaisir egoïste.


L'autre atout de l'UR-210 est son affichage du temps. Grâce à sa grande aiguille rétrograde des minutes, j'ai retrouvé l'esprit de l'Opus V d'Harry Winston. Si je mets à part la montre de poche, l'UR-1001, toutes les Urwerk se caractérisent par le mouvement continu des aiguilles situées au bouts des satellites. Toutes... sauf l'UR-210! J'aime cette aiguille qui occupe une partie considérable du cadran, qui attire le regard et qui rend presque secondaire les satellites des heures. Et puis... quel plaisir de voir (et sentir!) le mouvement rétrograde sec et instantané de cette aiguille majestueuse. Le challenge pour Felix Baumgartner fut d'ailleurs de préserver le comportement stable du mouvement et sa chronométrie malgré le pic de consommation d'énergie dû au saut violent de l'aiguille.


L'avantage de la couleur dominante de l'UR-210Y est qu'elle réduit la taille perçue du boîtier. Ce n'est pas du luxe compte tenu des dimensions de la montre (43.8mm x 53.6mm x 17.8mm)! Mais le bracelet textile fait également son effet: bien plus souple que le bracelet cuir, il contribue grandement au confort au porté. Et puis la force incontestable de cette version est sa lisibilité. Le bout de l'aiguille, les graduations des minutes, les chiffres des heures sur les satellites, tous ces éléments ressortent nettement de jour... comme de nuit grâce au Superluminova. Le dernier point à noter au sujet de l'UR-210Y est que la grande aiguille devient plus discrète. Le jeu des couleurs fait que le chiffre de l'heure reprend l'avantage par rapport à l'aiguille des minutes alors que c'était plutôt l'inverse.  Au bout du compte... l'UR-210Y n'apporte pas grand chose par rapport aux autres versions mais elle n'en demeure pas moins une évolution intéressante de cette montre particulière chez Urwerk. 


Merci à l'équipe Urwerk pour son accueil pendant la semaine du SIHH 2014.

Les plus:
+ le plaisir de retrouver la grande aiguille rétrograde
+ l'interactivité entre l'homme et la machine
+ la lisibilité
+ le bracelet textile efficace

Les moins:
- l'épaisseur demeure importante

dimanche 2 mars 2014

Montblanc: Meisterstück Heritage Calendrier Perpétuel

L'événement pour Montblanc lors du SIHH 2014 était la présentation de la toute nouvelle collection Meisterstück Heritage qui incarne une orientation stratégique importante pour la marque. Le choix du nom de cette collection n'est pas anodin: le terme Meisterstück fait évidemment référence à la célèbre ligne de stylos et il rappelle que Montblanc compte bien jouer sur tous les tableaux pour développer son chiffre d'affaires. Instruments d'écriture, horlogerie, maroquinerie, ces trois piliers de l'activité de Montblanc devront d'ici quelques années contribuer à parts égales aux revenus de la société. L'objectif est d'être en mesure d'équiper le segment de clientèle visé par toute une gamme de produits qui se complètent: en rentrant dans une boutique Montblanc, le client doit pouvoir accéder à l'intégralité de l'univers de la marque, chaque pilier favorisant le développement des deux autres. Dans ce contexte, l'impulsion dynamique du pôle horloger joue un rôle clé car sa part dans le chiffre d'affaires, situé autour de 25% aujourd'hui, va croître.


La collection Meisterstück Heritage va devenir le principal vecteur de cette ambition. Elle se distingue par une approche stylistique élégante et épurée, par des mouvements simples et efficaces et par des prix mesurés. Plus raffinée que la collection Star, plus consensuelle que la collection Rieussec, plus classique que la collection TimeWalker, plus abordable que la collection Villeret, la nouvelle collection vise une clientèle à la recherche de montres discrètes et très classiques, moins marquées par des éléments de style Montblanc comme peuvent l'être les montres Star, le tout à des prix raisonnables.

La Meisterstück Heritage Calendrier Perpétuel en est peut-être sa représentante la plus symbolique compte tenu du prestige de sa complication et de ses prix extrêmement compétitifs: 10.000 euros dans sa version acier et 16.900 euros dans sa version en or rose. Cependant, l'attractivité des prix a peu d'intérêt si le produit n'est pas séduisant. C'est la raison pour laquelle Montblanc a travaillé avec soin certains détails de cette montre.


Le boîtier d'un diamètre de 39mm est simple et confortable grâce à la forme très incurvée des cornes. Sa lunette fine conduit à une large ouverture de cadran si bien que la montre a une taille perçue supérieure. Même si la taille demeure raisonnable, la diamètre propre du module calendrier perpétuel donne l'impression que les différents sous-cadrans sont proches du centre. Les designers ont donc travaillé pour réduire cet effet visuel peu agréable en allongeant les index et en insérant le douze romain, une constante et un signe distinctif de la collection, au sommet du cadran. Le cadran argenté à motif ensoleillé, légèrement bombé, apporte grâce à ses reflets du dynamisme et de l'animation ce qui pallie le manque d'un indicateur de marche comme une trotteuse. L'organisation du cadran est on ne peut plus traditionnelle avec les mois et les années dans le sous-cadran supérieur, les jours et les quantièmes dans les deux sous-cadrans intermédiaires et les phases de lune dans le sous-cadran inférieur. La lecture des informations est tout à fait acceptable, la finesse des aiguilles empêche de cacher trop d'informations du cadran. J'apprécie que Montblanc ait conservé les mêmes index et aiguilles plaqués or quelque soit le boîtier. Dans la version en acier, ces index et aiguilles apportent de la chaleur à une montre qui aurait été trop austère sinon.


Le fond du boîtier est équipé d'un verre saphir qui permet d'observer le calibre de base. Il s'agit d'un calibre Sellita SW300 qui anime le module calendrier perpétuel en provenance de chez Dubois Dépraz. Ce clone de l'ETA 2892-A2 est réputé pour sa fiabilité et propose des performances habituelles (une fréquence de 4 hz et une réserve de marche de 42 heures). Sa finition est propre mais sommaire. Je pense que Montblanc aurait peut-être dû mettre plus en valeur la masse oscillante pour améliorer la qualité perçue ou carrément faire le choix du fond plein. Il est vrai que commercialement parlant le fait de rendre le mouvement visible est un plus. 


La Meisterstück Heritage Calendrier Perpétuel est une montre qui se porte avec confort grâce à son bon positionnement sur le poignet. Les proportions du boîtier sont idéales pour une montre habillée et le rapport diamètre sur épaisseur (10,27mm) est très équilibré. Elle possède un certain charme qui provient en grande partie de son style discret et légèrement suranné. Cependant, il est inutile de lui trouver une quelconque once d'originalité: elle n'en a pas. Ce n'est pas son propos. Son rôle est de proposer cette complication habituellement réservée à des montres plus onéreuses dans un contexte simple et sans faute de goût. Les amateurs d'audace et de prises de risque passeront leur chemin mais d'un autre côté, le grand classicisme qu'elle dégage lui assure une dimension intemporelle. Cette Meisterstück Heritage Calendrier Perpétuel, à l'image de l'ensemble de la collection, a donc les moyens d'atteindre son objectif en jouant la carte de la discrétion: même le nom de la marque, positionné en bas du cadran semble suivre le même principe.


Merci à l'équipe de Montblanc pour son accueil pendant le SIHH.

Les plus:
+ une finition de cadran soignée
+ les éléments plaqués or disponibles pour la version acier
+ une complication Calendrier Perpétuel disponible à un prix de 10.000 euros
+ une esthétique intemporelle

Les moins:
- la taille du module rend les sous-cadrans trop proche du centre
- la finition sommaire du calibre de base: un fond plein aurait été plus adapté