mercredi 29 janvier 2014

Les 4 montres les plus séduisantes du SIHH 2014

Le SIHH 2014 fut très raisonnable. Mais il fut loin d'être ennuyeux! Malgré une part importante des nouvelles collections réservée à des évolutions, des retouches de modèles existants, certaines marques sont arrivées à tirer leur épingle du jeu en présentant des pièces résolument séduisantes, prêtes à susciter l'intérêt des collectionneurs avides de nouveautés surprenantes. 4 montres m'ont ainsi particulièrement attiré grâce à leur originalité, leur charme ou leur exécution sans faille.

La Richard Lange Quantième Perpétuel "Terraluna" fait partie de cette sélection. Elle est la première Lange à proposer l'affichage d'une complication côté mouvement. Et quel affichage! La "Terraluna" met en scène une Lune qui se déplace sur un ciel parsemé de plus de 2.000 étoiles. Ce disque céleste combine donc plusieurs complications pour notre plus grand plaisir: l'affichage des phases de lune (avec la précision de la fameuse 1815 Emile Lange soit un écart d'un jour au bout de 1.058 années), la position de la Lune par rapport à la Terre et au Soleil (symbolisé par le balancier), l'indicateur jour&nuit sans oublier un affichage, certes approximatif, de l'heure des 24 fuseaux de l'hémisphère nord.

Le cadran nécessite un temps d'adaptation car l'affichage de type "régulateur" combiné avec les données du quantième perpétuel n'est pas d'une simplicité biblique mais la montre mérite cet effort! Le mouvement possède une réserve de marche de 14 jours dont l'indicateur est positionné de façon très discrète sur le cadran. Heureusement, un système à force constante permet à la montre de conserver d'excellentes performances chronométriques malgré la puissance délivrée par les deux barillets.

Un cadran surprenant qui nécessite une période d'adaptation:



Le disque céleste est une véritable merveille qui donne presque envie de porter la montre à l'envers!


La Richard Lange Quantième Perpétuel "Terraluna" est une pièce imposante  mais la dimension poétique de sa complication astronomique lui donne beaucoup de charme!


Nous changeons d'univers avec la Manufacture qui est la spécialiste des mouvements ultra-fins: Piaget. Avec l'Altiplano 900P, Piaget fait bien plus que d'afficher une performance remarquable en matière de finesse. L'architecture du mouvement permet  de définir un design beaucoup plus audacieux et ancre l'Altiplano dans une dimension contemporaine insoupçonnée. A la fois classique et originale, l'Altiplano 900P a de fortes chances de préfigurer une nouvelle tendance esthétique chez Piaget.

Malgré la finesse du boîtier, le cadran possède une profondeur surprenante: 


La montre possède le même pouvoir de séduction en or rose:


La présence au poignet est étonnante pour une montre de 38mm de diamètre:


Cartier fut une des marques les plus créatives de ce SIHH. Je pourrais vous parler de plusieurs Rotonde compliquées qui furent d'excellentes démonstrations des capacités techniques de la Manufacture. Cependant, c'est la Tank Louis Cartier Squelette Saphir qui remporta mes suffrages. Légère, élégante, aérienne, le charme de cette montre est irrésistible. Je retrouve toute la distinction du style Cartier dans cette interprétation esthétique et mécanique actuelle.

Le contraste entre la forme circulaire du pont principal et la forme rectangulaire du boîtier est une réussite esthétique:


La Tank Louis Cartier Squelette Saphir est aussi belle derrière que devant, le balancier semblant flotter dans l'air: 


 La montre procure un plaisir incomparable grâce à son élégance et à sa délicatesse:
 
 

Année après année, Van Cleef & Arpels réussit le tour de force de présenter une pièce qui figure parmi les montres préférées des visiteurs du Salon. Il y a incontestablement un esprit indéfinissable, quelque chose de magique chez Van Cleef & Arpels qui aboutissent à la création de montres qui racontent des histoires et où l'affichage du temps devient presque secondaire. L'heure d'ici & l'heure d'ailleurs fait partie de cette catégorie. Est-ce la simplicité de son cadran? L'utilisation astucieuse des deux guichets? Le contraste entre la pureté du cadran et la complexité du mouvement? Quelle qu'en soit la raison, l'heure d'ici & l'heure d'ailleurs m'a immédiatement séduit par son approche iconoclaste de l'affichage du deuxième fuseau.

Le nom de la montre fait partie de la décoration du cadran:


Derrière la simplicité esthétique du cadran se cache toute la complexité du mouvement développé par Jean-Marc Wiederrecht:


Les 42mm de diamètre et la grande ouverture du cadran lui confèrent une grande présence au poignet sans nuire à son raffinement:


D'autres montres auraient sûrement mérité de rentrer dans cette sélection mais à chaque fois que j'ai réfléchi à la composition du quatuor majeur du Salon, les mêmes pièces sont revenues! Et quand le coeur s'exprime, il est difficile de trouver des raisons objectives qui pourraient remettre en cause cette sélection. J'aurai évidemment l'occasion plus tard de revenir en détails sur ces montres.

dimanche 26 janvier 2014

Les 4 montres les plus intelligentes du SIHH 2014

Mais qu'est-ce qu'une montre intelligente? Ce n'est sûrement pas la plus innovante, la plus désirable, la plus fascinante. En revanche, elle est souvent la plus importante d'une collection car une mission spécifique lui est assignée. Elle incarne une orientation stratégique de la marque et vise une réussite commerciale dans son segment. Elle est la conséquence d'une froide analyse du marché afin de répondre aux attentes exprimées par les détaillants. C'est assurément la montre la plus difficile à créer car le succès n'est jamais certain. L'intelligence de conception se trouve donc l'adéquation entre le résultat et les aspirations des clients finaux.

En analysant les nouveautés du SIHH 2014, j'ai perçu 4 montres qui me semblent correspondre à cette définition et qui, dans leurs segments respectifs, auront un rôle commercial crucial à jouer.

La Cartier Calibre Diver est une évolution en montre de plongée de la Calibre présentée il y a 4 ans. La qualité perçue, le soin apporté aux détails et le parfait équilibre entre élégance et puissance font de cette Calibre Diver une montre très convaincante. Il ne s'agit nullement d'une plongeuse de salon puisqu'elle respecte  la norme ISO 6425 définissant les critères de la montre de plongée. Cependant, étant à peine plus épaisse que la montre d'origine, cette Calibre Diver a de fortes chances de devenir la Calibre de référence pour la clientèle séduite par sa polyvalence. J'ai ainsi particulièrement apprécié le rendu de sa lunette unidirectionnelle, son confort au porté sans oublier l'efficacité du mouvement de manufacture 1904MC.

La lunette unidirectionnelle possède un revêtement noir ADLC et contribue à la qualité perçue:


Le bracelet caoutchouc positionne efficacement la montre sur le poignet, le bracelet métal sera disponible plus tard dans l'année:


Le cabochon bleu  inscrit la Calibre Diver dans l'univers de Cartier:


L'influence de Jérôme Lambert commence à se faire sentir chez Montblanc même si évidemment les développements marqués de son empreinte viendront plus tard. La nouvelle ligne Héritage a ainsi fait beaucoup parler d'elle grâce notamment à son Calendrier Perpétuel en acier vendu au prix attractif de 10.000 euros. L'objectif est d'attirer une clientèle classique qui souhaite acquérir une complication prestigieuse sans se ruiner. Derrière cet objectif, se cache la volonté de poursuivre inlassablement la construction de la crédibilité horlogère de Montblanc.

Le boîtier d'un diamètre raisonnable de 39mm, la présentation traditionnelle du cadran ne sont évidemment pas d'une folle audace esthétique mais la prise de risque devait être limitée:


Les coûts de production sont également contrôlés comme le prouve la décoration sommaire du mouvement de base, le Sellita SW300 qui anime le module QP (sûrement en provenance de chez Dubois-Depraz):


La montre est cependant réalisée avec soin et saura attirer la clientèle visée par le prestige de la complication et son esthétique sans aspérité:


Audemars Piguet n'avait pas le droit à l'erreur en faisant évoluer le chronographe 26170, un des best-sellers de la marque. Les nouvelles références apportent les petites touches de nouveauté qui rendent le chronographe Royal Oak Offshore 42mm plus séduisant tout en restant très proche des versions antérieures. Les différences sont à vrai dire subtiles (fond saphir pour observer le mouvement, couleur du disque de quantième, céramique noire pour les poussoirs et couronne, forme du bracelet, contraste du cadran etc...) mais elles parviennent à apporter des améliorations esthétiques certaines tout en rassurant les détaillants: le chronographe Royal Oak Offshore demeure quasiment le même et fort heureusement. Audemars Piguet ne pouvait pas prendre de risque. Evolution sans révolution, la mission est accomplie! 

Une des mes versions préférées, celle en acier à cadran ardoise:


Le mouvement (une base de manufacture, le 3126 avec un module chronographe Dubois Depraz) est visible grâce au fond saphir:


Les 42mm de diamètre se portent sans souci:


La dernière montre de cette sélection est la Jaeger-Lecoultre Grande Reverso Night&Day. Cette montre, c'est une vraie révolution culturelle! Il y avait déjà eu la Reverso Grande Automatic et je mets volontairement de côté la Squadra. Mais c'est la première fois qu'une Reverso "simple" est équipée d'un mouvement automatique.  Malgré son statut d'icône horlogère, le remontage manuel de la Reverso peut constituer un frein à l'acquisition pour des personnes peu attirées par le rituel de la manipulation quotidienne de la couronne.

La montre ne fait preuve d'aucune audace, sa complication additionnelle (un affichage 24 heures) n'est guère enthousiasmante mais la finition du cadran est soignée et les proportions demeurent élégantes. Voici donc une montre qui présente peu d'intérêt pour les collectionneurs mais qui n'aura aucune difficulté à se vendre grâce à son côté pratique et à l'image de la Reverso. C'est très bien joué de la part de Jaeger-Lecoultre!

Un cadran proprement réalisé qui favorise une excellente lisibilité:


Les proportions demeurent harmonieuses:


La taille de la montre est relativement importante mais elle demeure agréable au porté:


La volonté de présenter cette  sélection de 4 montres est loin d'être anodine. Au moment où nous parlons de montres d'exception, de grandes complications et de matériaux innovants, j'ai souhaité rappeler que les pièces les plus importantes se cachent souvent parmi celles qui semblent les plus sages, les moins audacieuses. Il ne faut oublier que c'est le succès de ces montres qui permettent de financer le développement de celles qui nous feront rêver et qui garantissent la pérennité des marques.

dimanche 12 janvier 2014

JEANRICHARD: Terrascope Racing Métro 92

Sous l'impulsion de marques comme Hublot ou Audemars Piguet, le football est devenu ces dernières années beaucoup plus présent dans la stratégie de communication des marques horlogères: partenariats avec des fédérations, avec des clubs, avec des joueurs, célébrations de compétitions particulières, les exemples ne manquent pas. En revanche, malgré son image positive et ses valeurs si souvent louées, le rugby ne semble pas susciter le même intérêt. Le rugby n'a évidemment ni l'impact médiatique ni le rayonnement géographique d'une envergure comparable à celle du football mais les raisons qui expliquent une telle situation peuvent se trouver ailleurs. Le rugby met en avant la dimension collective du jeu, le goût pour l'effort, le sens du sacrifice sans oublier, à de très rares exceptions près, la discrétion de ses acteurs. Ces principes sont, il faut l'avouer, éloignés des objectifs de communication de nombreuses maisons qui recherchent une visibilité, une notoriété  rapidement accessible et une dimension de glamour que le rude combat des paquets d'avants sur un terrain boueux ne pourra jamais incarner. Ainsi, il y a quelques mois, seule la montre Endurer Chronosprint All Blacks de Bulgari me venait à l'esprit comme exemple récent d'une montre émanant d'un acteur important de l'horlogerie de luxe ayant un rapport avec l'univers du rugby.


Cette Endurer Chronosprint n'est dorénavant plus la seule (à ma connaissance) à occuper un tel créneau puisque la JEANRICHARD Terrascope Racing Métro 92 est devenue à la fin de l'été 2013 la montre officielle du célèbre club de rugby parisien fondé en 1882 dans le cadre d'une série limitée de 130 pièces. Pour JEANRICHARD, ce partenariat tombe à pic et met en lumière le travail effectué par Michele Sofisti qui vise à donner une identité propre à la marque.

Pendant de nombreuses années, la cohabitation entre Girard-Perregaux et JEANRICHARD semblait un peu étrange et peu optimisée du fait de l'absence d'une frontière clairement établie entre les deux marques. Dans certains cas, elles pouvaient même se retrouver en concurrence, la dimension "manufacture" de JEANRICHARD pouvant se confronter à celle de Girard-Perregaux. Fort heureusement, l'articulation entre les deux marques a été revue et leurs collections et objectifs propres se sont considérablement écartés. Si Girard-Perregaux continue d'incarner la tradition horlogère, le classicisme et l'innovation technique propres aux manufactures les plus prestigieuses, JEANRICHARD s'adresse dorénavant plus à une clientèle à la recherche de montres polyvalentes aux tarifs  contenus et moins préoccupée par la dimension exclusive des mouvements.


De fait, en dehors de la ligne 1681, la collection JEANRICHARD utilise des calibres en provenance de sociétés extérieures à Sowind. La Terrascope Racing Métro 92 est par exemple animée par le mouvement JR60 d'une fréquence de 4hz et d'une réserve de marche d'une quarantaine d'heures qui n'est autre que le Sellita SW200.

L'image véhiculée par le rugby et notamment par la Racing Métro 92 est finalement  cohérente avec la nouvelle stratégie de JEANRICHARD. La marque profite de l'absence de ses confrères de cet univers rugbystique pour se positionner de façon particulière dans le concert horloger et gagner en notoriété en France sans avoir besoin d'une projection médiatique délirante compte tenu de la production limitée. De plus, le design de la Terrascope, modèle emblématique de JEANRICHARD, est un mélange de puissance (44mm de diamètre et 12,6mm d'épaisseur) et de subtilité (le boîtier coussin est complété par une lunette ronde afin de jouer avec les formes) comme toute équipe de rugby qui se respecte!


Cette édition limitée se distingue par le blason du club à 6 heures qui s'intègre joliment sur le cadran noir mat malgré sa taille plutôt imposante. L'aiguille à  pointe rouge, caractéristique du style Terrascope m'évoque plus un affichage GMT mais il s'agit bel et bien de la trotteuse. Elle anime le cadran efficacement grâce à sa couleur. L'ensemble est très bien fini et j'apprécie notamment la qualité du blason, les longs index appliqués et l'alternance entre les parties polies et satinées.  La lisibilité est optimale grâce à la taille des aiguilles et leurs formes distinctes.

Pour être en conformité avec son esprit de montre de baroudeur et l'étanchéité de 100 mètres, le fond du boîtier est plein ce qui est une bonne nouvelle car le mouvement, malgré son efficacité n'est pas d'une beauté étourdissante. Malheureusement, la Terrascope Racing Métro 92 reprend le fond habituel et j'aurais aimé retrouver un fond spécifique à cette série limitée. C'est du côté du bracelet que se trouve le détail qui lui est propre. La montre arbore en effet un bracelet en cuir de veau "shrunk" avec des coutures bleu ciel Racing Métro. Ce bracelet habille avec justesse la montre et c'est un vrai plaisir que de retrouver ce rappel du blason sur les coutures.


Malgré sa taille et son gabarit, la Terrascope Racing Métro 92 se porte sans souci grâce aux cornes extrêmement courtes: la montre occupe donc généreusement le poignet sans déborder ce qui est agréable. Elle est accompagnée d'une boucle déployante plutôt bienvenue dans ce contexte sportif. Le blason du Racing Métro se démarque nettement en occupant l'intégralité de la zone entre l'axe des aiguilles et l'index. La date est en revanche beaucoup plus discrète, presque invisible à 3 heures ce qui ne me dérange pas. La Terrascope Racing Métro 92 est donc très agréable à porter et elle a presque tendance à faire oublier sa taille du fait de son ouverture de cadran limitée. J'ai donc apprécié cette montre qui, même si elle n'apporte pas grand chose de nouveau par rapport à une Terrascope de la collection permanente, fait un joli clin d'oeil à un sport très rarement abordé par les marques horlogères.

Les +:
+ une réalisation soignée
+ la Terrascope est une bonne base sport chic pour une montre dédiée au monde du rugby
+ le confort au porté et une excellence lisibilité
+ le joli blason appliqué et le bracelet à couture bleu ciel

Les -:
- le fond plein aurait mérité une décoration plus en rapport avec le thème de la série limitée
- l'équipe du Racing Métro est à la peine au cours de cette saison... mais JEANRICHARD n'y peut rien!

lundi 6 janvier 2014

julien Coudray 1518: JC 1588 Sport

Un événement d'importance s'est déroulé lors du dernier Salon Belles Montres 2013 à Paris: la naissance d'une montre. Profitant de l'emplacement qui était dédié à sa marque, Fabien Lamarche installa son établi et assembla pour la première fois sous les yeux des visiteurs fascinés  sa toute dernière création: la JC 1588 Sport.


Cette montre méritait bien une telle attention et une car elle symbolise bien plus qu'une nouvelle collection pour julien Coudray 1518. Elle est à la fois la première montre du catalogue avec un mouvement automatique et également la première à s'aventurer sur des territoires plus sportifs et plus décontractés. Bien évidemment, cette création n'est pas fortuite: elle répond à la demande croissante des clients de la marque pour des montres qui pourraient les accompagner en toute circonstance, même le week-end dans un contexte beaucoup moins formel que celui des autres montres de la collection. La tâche pour Fabien Lamarche et son équipe n'était pas simple car l'objectif consistait à concilier les caractéristiques attendues pour ce type de pièce (légèreté, confort au poignet, homogénéité) avec le contenu horloger incarnant julien Coudray 1518 (un mouvement de manufacture mettant en valeur le travail des artisans, une fabrication excluant toute laque ou tout dépôt chimique, un design inspiré par l'horlogerie classique... pour ne pas dire par l'horlogerie blésoise du XVIième siècle). Un tel exercice de style s'apparentait donc à un grand écart!


Le résultat est tout simplement étonnant. J'ai rarement vu une montre aussi particulière malgré son affichage du temps traditionnel. Habituellement, le steampunk puise son inspiration dans l'ère victorienne, dans le développement des machines à vapeur et l'industrialisation. Imaginez un steampunk dont les racines se trouveraient  plutôt dans la Renaissance: la JC 1588 Sport en serait une parfaite représentation!


La JC 1588 Sport existe principalement en trois versions: soit totalement en titane, soit en titane et or, soit titane et platine. Dans chacun des cas, elle se distingue par son bracelet mobile à boucle déployante double d'un grand confort, par son boîtier de caractère, par son cadran à cartouches et par ses aiguilles évidées. Je retrouve donc plusieurs éléments du style de la marque:
  • les cartouches bombés sont cette-fois ci en titane sur lesquels des chiffres romains extrudés apportent leur touche de relief,
  • le rehaut en titane ou en or reprend la même graduation des minutes que celui des montres classiques et fait converger le regard vers le centre du cadran,
  • l'indicateur de service dans la partie supérieure du cadran, juste au-dessus des axes des aiguilles, prévient le propriétaire de la montre que le temps de la révision est venu en faisant apparaître une goutte d'huile en or émaillé après 4 années de fonctionnement,
  • et tout comme la Classica 1548, aucun nom de marque n'est apposé sur le cadran. Un vrai symbole d'exclusivité et surtout, un signe de raffinement.
En revanche, de nombreuses différences sont également perceptibles. La couronne vissée est ainsi protégée par un protège-couronne proéminent. Le boîtier a été particulièrement travaillé afin de proposer  des formes originales et géométriques. J'apprécie la forme des parties inférieures et supérieures du boîtier qui est en cohérence avec le motif des maillons centraux du bracelet. La lunette prolonge les graduations grâce à des encoches qui matérialisent les segments de 5 minutes. Les aiguilles bleuies évidées (étrangement non luminescentes pour une montre sport), à la fois fines et larges, se lisent sans difficulté grâce au contraste qu'elles donnent par rapport au cadran. Enfin, le travail effectué sur la partie centrale du cadran (en titane ou en or) apporte beaucoup de dynamisme au design.


Tous ces éléments finissent par cohabiter pour définir cette dimension rétrofuturiste qui définit la JC 1588 Sport. Le design peut provoquer des sentiments opposés car il se situe loin des approches conformistes. C'est ce qui me plaît dans la démarche de Fabien Lamarche: cette montre ne ressemble en rien à une montre existante et elle arrive même à renouveler le style julien Coudray 1518 sans perdre l'essence de la marque.


Au-delà de cette nouvelle approche esthétique, c'est bien côté mouvement que se situe la principale évolution. La JC 1588 Sport est donc la première julien Coudray 1518 automatique, animée par un calibre de manufacture d'une réserve de marche supérieure à 55 heures. Le calibre automatique a au moins deux vertus: la première d'être adapté au contexte de la montre, la seconde de donner une nouvelle occasion à Fabien Lamarche de personnaliser la montre à travers la masse oscillante. La JC 1588 Sport reprend en effet des codes de l'univers automobile qui se manifestent à l'observation du mouvement. Ce dernier est fini selon les critères de qualité de la marque: la forme des ponts permet d'apprécier l'exécution des anglages et  de la décoration des surfaces. Un drapeau à damier se dévoile sur la platine mais c'est bien la plaque d'immatriculation positionnée sur la masse oscillante qui constitue le clou du spectacle. Les inscriptions sur cet insert réalisé en or massif 18 carats et en émail grand feu sont laissées au libre choix du propriétaire de la montre qui pourra donc demander à ce qu'une représentation de sa propre plaque d'immatriculation soit apposée sur la masse oscillante. Un détail qui rapproche encore plus les mondes de l'automobile et de l'horlogerie! En tout cas, je fus séduit par la présentation des mouvements des prototypes, moins démonstratifs qu'à l'accoutumé et qui mettent bien en valeur le rotor.


Le test au poignet était dans ce cas précis encore plus important qu'avec une montre classique de la collection. Car l'ambition derrière cette montre n'avait de sens que si le confort au porté était au rendez-vous. C'est heureusement le cas grâce à la légèreté de la pièce et à son bon maintien sur le poignet. Le bracelet est très efficace et d'une excellente flexibilité. La JC 1588 Sport dégage une belle présence, non pas  à cause de son diamètre (les 41mm demeurent une taille raisonnable pour une montre sport aujourd'hui) mais par le design de son cadran qui intrigue par ses éléments classiques et originaux à la fois. 


Je considère donc la JC 1588 Sport comme une montre réussie car elle propose quelque chose de nouveau dans l'univers horloger. Son aspect rétrofuturiste peut déranger et surprendre. Il est inutile de le nier: elle demeure d'un abord plutôt difficile compte tenu de ce mélange subtil d'audace et de tradition. En tout cas, elle remplit sa mission en accompagnant son propriétaire tout au long de ses activités et en respectant les principes de d'exécution de la marque. En ce qui me concerne, ma montre préférée du catalogue julien Coudray 1518 demeure la Classica 1548 et je ne me vois pas acquérir la JC 1588 Sport en premier. Elle me donne le sentiment d'être plus une montre de complément pour un collectionneur qui apprécie déjà à travers les pièces classiques le travail de Fabien Lamarche et de son équipe.


Un grand merci à Fabien Lamarche pour le temps qu'il m'a consacré pendant le Salon Belles Montres 2013.

Les plus:
+ le premier mouvement automatique chez julien Coudray 1518
+ la qualité de l'exécution
+ le confort au poignet 
+ la personnalisation de la masse oscillante

Les moins:
- un design rétrofuturiste qui peut dérouter
- les aiguilles non luminescentes

dimanche 5 janvier 2014

Hublot: Classic Fusion Shawn Carter

Pour commencer l'année sur une note légère et musicale, je vous propose de revenir sur la Classic Fusion Shawn Carter qui fut dévoilée lors du dernier trimestre 2013.  Elle est le fruit du partenariat entre Shawn Carter, plus connu sous son nom d'artiste "Jay-Z" et Hublot qui trouve ainsi l'occasion de faire évoluer esthétiquement la Classic Fusion à remontage manuel. Ce partenariat dont l'initiative revient principalement à Shaw Carter peut surprendre car ce dernier semblait plus proche des univers de Rolex ou d'Audemars Piguet. Cependant, un indice aurait dû nous mettre la puce à l'oreille: le mot de Hublot était prononcé en 2011 dans le duo avec Kayne West "Otis", les deux compères arborant fièrement leurs montres dans la Maybach désossée pour l'occasion. Quoi qu'il en soit, deux années plus tard, la Classic Fusion Shawn Carter est présentée dans le cadre d'une série limitée de 250 exemplaires en céramique noire et de 100 exemplaires en or jaune avec une commercialisation initiale dans le magasin éphémère dédié à l'univers de l'artiste chez Barneys à New-York. Les montres sont dorénavant disponibles au sein de plusieurs boutiques Hublot dans le monde.


La Classic Fusion Shawn Carter se caractérise par l'utilisation pour la première fois de l'or jaune dans le contexte particulier de cette montre à remontage manuel et par l'ouverture sur le cadran qui symbolise une étoile en expansion, logo de l'artiste: pour le reste, elle est fidèle aux caractéristiques propres de la Classic Fusion 45mm et c'est la raison pour laquelle nous retrouvons le mouvement HUB1300. Incontestablement, c'est la version en or jaune qui est la plus intéressante. Elle est plus vive, plus lumineuse, évidemment moins discrète mais au moins elle semble plus cohérente avec la personnalité de Jay-Z, tout du moins avec les représentations habituelles de son domaine musical de prédilection. De plus, grâce à son style élancé, sa finesse, elle conserve une certaine dose d'élégance. La version en céramique noire mérite une certaine attention, mettant en valeur l'utilisation de la céramique noire. Cependant, dans chacune des versions, la lisibilité n'est pas optimale. Les aiguilles contrastent peu avec les couleurs des cadrans aux finitions satinées et l'ouverture n'agit pas non plus en faveur d'une lecture du temps idéale. Le logo et le nom de la marque ont été retirés pour laisser la place suffisante à l'étoile. En revanche, une inscription discrète "Shawn Carter by Hublot" est insérée au sommet du cadran, entre les index appliqués.


La forme de l'ouverture en étoile se marie bien avec le style Classic Fusion et le choix du boîtier 45mm est judicieux permettant de profiter pleinement du design particulier du cadran. Vous noterez le discret arc de cercle qui délimite la zone dédiée à la trotteuse, légèrement décentrée, et elle aussi plutôt difficile à distinguer.


La véritable bonne nouvelle liée à la Classic Fusion Shawn Carter est l'utilisation de la base à remontage manuel. Elle permet donc de retrouver le mouvement HUB1300 qui fait partie des calibres Hublot au contenu horloger solide. Développé en partenariat avec La Joux-Perret, ce mouvement se distingue par sa finesse (2,9mm) et sa longue réserve de marche (90 heures). J'apprécie particulièrement sa présentation et sa finition avec les effets d'ensoleillage sur les ponts. Ses couleurs s'adaptent en fonction de la version de la montre. Le remontage est plutôt agréable, la couronne se manipulant sans souci.


Le test au porté ne fait que confirmer mon impression initiale: grâce à ses couleurs plus chatoyantes, à ses reflets et au sentiment de dynamisme qu'elle procure, c'est bien la version en or jaune qui est la plus attirante. J'ai en revanche été moins séduit par celle en céramique noire. A la base, je ne suis pas un grand fan des montres noires mais j'ai trouvé, malgré un joli boîtier, que la décoration du cadran ressortait moins.


De toutes les façons, quel que soit le bout par lequel je la prends et même en tenant compte de ses qualités, elle est loin d'être une priorité pour tous ceux qui veulent profiter du mouvement HUB1300 ou du caractère élancé du boîtier. La Classic Fusion Squelette est ainsi bien plus réussie esthétiquement et la Classic Fusion à cadran plein est de son côté, plus lisible. La Classic Fusion Shawn Carter s'adresse avant tout aux admirateurs de Jay-Z qui seront plus sensibles à son esthétique et à son cadran particulier. Ils risquent cependant d'être surpris par le remontage manuel qui demeure plutôt réservé à des passionnés d'horlogerie.


Merci à l'équipe de la boutique Chronopassion pour son accueil.

Les plus:
+ le plaisir de retrouver le boîtier élancé de la Classic Fusion à remontage manuel et le mouvement HUB1300
+ la décoration du mouvement
+ le rendu lumineux de la version en or jaune, de loin la plus intéressante

Les moins:
- la version en céramique noire est plus triste, plus fade
- la Classic Fusion Squelette est tout de même bien plus passionnante

mercredi 1 janvier 2014

Très bonne année 2014 !

Je ne vais pas vous délivrer un grand discours ni faire preuve d'une très grande originalité mais en ce premier jour de l'année, c'est avec grand plaisir que je adresse tous mes meilleurs voeux de santé, bonheur et prospérité! Evidemment, si vous pouviez compléter ce programme par quelques acquisitions horlogères, cela ne ferait aucun mal bien au contraire. Mais si l'achat de montres demeure un plaisir qui peut paraître futile, il n'en demeure pas moins que cela fait beaucoup de bien au moral de porter un joli objet au poignet lorsqu'on est passionné.

Malheureusement, l'augmentation constante des prix est un paramètre à prendre à considération ce qui nous oblige à être de plus en plus sélectifs dans nos choix. Les marques devraient aussi intégrer ce constat dans leurs raisonnements car même si mon analyse ne se base sur aucune statistique fiable, j'ai tout de même pu constater qu'en décembre, les boutiques à Paris étaient loin d'être pleines. Lassitudes des clients? Trop de boutiques à Paris? Des prix trop élevés? Un sentiment d'insécurité grandissant? Un peu tout cela sûrement. Paris est loin de représenter le monde entier mais comme les indicateurs en Asie ne sont pas forcément excellents non plus et ce depuis plusieurs mois, le temps est venu pour cette industrie horlogère haut de gamme de se pencher sérieusement et rapidement sur sur sa stratégie en termes de collections, de prix et de distribution. Certains ont déjà agi en présentant des produits d'appel aux tarifs plus contenus. Mais est-ce suffisant? En tout cas, le SIHH 2014 donnera très rapidement les premiers indicateurs sur les tendances de la nouvelle année.

Le blog poursuivra bien entendu sur la même ligne éditoriale avec des revues de montres que j'ai pu voir, photographier et manipuler. Je ne chasserai pas les scoops, j'ai toujours tendance à penser que publier un article sur une montre qui vient d'être dévoilée 10 minutes plus tôt n'est pas un exercice pour moi. Les sites sur ce créneau ne manquent pas non plus. Je préfère prendre le temps de la réflexion d'autant plus que très fréquemment, les sentiments initiaux peuvent évoluer. 

N'hésitez d'ailleurs pas à m'écrire pour m'adresser vos remarques et suggestions, elles seront les bienvenues.

Très belle année 2014!