lundi 28 octobre 2013

HYT: H2

Dans le monde de la littérature, l'écueil du second roman est souvent évoqué. Je pense qu'une analogie peut-être faite avec celui de l'horlogerie. Pour les nouvelles marques qui ont présenté des premières montres marquantes, innovantes, il est très difficile de passer à la seconde montre. Comment conserver cette dynamique, comment continuer à susciter de l'intérêt auprès des collectionneurs alors que l'effet de surprise ne sera forcément plus le même?

HYT s'est retrouvé dans cette position après avoir créé l'événement avec la H1 et son affichage du temps basé sur le mouvement d'un fluide à l'intérieur d'un tube capillaire. Considérée comme une clepsydre du XXIième siècle, la H1 provoqua de nombreux commentaires et réactions compte tenu des nombreux obstacles techniques qu'il fallut relever pour obtenir un tel résultat, et arrivant à convaincre tant du point de vue technique qu'esthétique.


La H2 se devait donc de répondre à plusieurs interrogations. Sa mission consistait à s'inscrire dans la même démarche que sa devancière pour poursuivre la création de l'identité de la marque tout en proposant un contenu suffisamment différent. Elle avait également pour but de répondre à des remarques faites sur la H1, notamment sur la pérennité du comportement du fluide.

En découvrant la H2, aucun doute n'est possible: la montre provient bien de chez HYT tant l'air de famille avec la H1 est incontestable. Les éléments communs sont multiples: le gabarit du boîtier (48,8mm de diamètre et 17,9mm d'épaisseur), le tube capillaire en arc-de-cercle parcouru par le liquide et qui sert à l'affichage des heures, la présence des deux réservoirs à soufflet (certes inclinés) en bas du cadran. Mais au bout du compte... tout change à l'intérieur du cadran.

En fait, c'est l'intégralité de l'animation du cadran qui a été revue. Si le liquide poursuit son parcours de 6 heures à 6 heures avant d'effectuer un mouvement rétrograde, de nouvelles fonctions font leur apparition et surtout, l'affichage des minutes est modifié. Le passage de la H1 à la H2 me semble similaire à celui observé chez Urwerk, des UR202/203 à la UR210. L'aiguille des minutes gagne en importance et occupe presque le premier rôle alors que c'était loin d'être le cas sur la H1. Elle attire le regard car de par sa forme, sa taille, elle se détache nettement des autres détails du cadran.


Cette aiguille est centrale. Nous pourrions alors nous attendre à ce qu'elle suive le même comportement que le liquide en adoptant un mouvement rétrograde. Fort heureusement, HYT fit le choix d'une animation distincte. L'aiguille longe la discrète graduation de façon presque traditionnelle. Cependant, au lieu d'éviter l'imposant "6" du cadran, elle l'effleure grâce à un saut instantané qui lui permet d'aller directement du 30 de droite au 30 de gauche. La graduation est donc légèrement différente de celle d'une montre classique puisque qu'elle n'occupe pas l'intégralité du pourtour du cadran. Elle nécessite une petite habitude pour lire l'heure avec précision: heureusement, les index des minutes correspondent bien à ceux des heures (le 15 est bien en face du 3, le 20 en face du 4) puisque les deux graduations forment des arc-de-cercles d'un même angle. L'effet pervers de ce système est que notre regard a tendance à comparer la position du liquide avec la graduation des minutes ce qui est perturbant.

Cette impressionnante aiguille centrale ne doit pas nous faire oublier la présentation du cadran qui est bien plus complexe et détaillé que celui de la H1. Incontestablement il se dégage de la H2 une atmosphère technique très contemporaine, à la limite du fouillis alors que la H1 donne l'impression d'être beaucoup plus ordonnée. Les deux montres ne jouent pas sur le même registre. La construction de la H1 souligne le rôle des réservoirs à soufflet et met en valeur le parcours du liquide tout en préservant la lisibilité: l'aiguille des minutes est simple à appréhender. La H2 joue sur les effets de relief, les éléments des mécanismes apparents, sur les affichages additionnels pour rendre le cadran plus animé et donner une impression de volume plus saisissante. Cependant ce que la montre gagne en spectacle, elle le perd peut-être en efficacité. Il y a à mon sens trop de démonstration ce qui finit par perturber le sens du principal message: le temps est affiché grâce à un liquide comme les clepsydres des temps anciens. 


Il serait pourtant dommage de rester sur cette impression car le cadran de la H2 est un régal à observer pour tout amateur de mécanique élaborée et emmêlée.  Le balancier apparent  suspendu à une arche, les rouages et parties mobiles des complications qui se dévoilent tel un mouvement squelette sans oublier les deux réservoirs inclinés, tous ces composants finissent par donner l'impression d'être en face d'une machine étrange et fascinante à la fois.

Les deux complications additionnelles consistent en l'affichage de la position de la couronne (H= réglage de l'Heure, N= position Neutre, R=Remontage) et de la température du fluide. Lorsque la montre est portée, la température du fluide doit se trouver dans la plage qui assure un comportement optimal. Il ne faut pas oublier que les propriétés du liquide sont influencées par sa température et que le risque de fractionnement ou de mélange n'est jamais à exclure. Cet affichage est tout de même un peu stressant même s'il est très discret: concrètement, que faire si par malheur l'aiguille affiche une zone de température inappropriée? Je ne sais pas répondre à cette question.


L'affichage de la position de la couronne est une complication qui porte la signature de Renaud&Papi. En effet, alors que le mouvement de la H1 avait été développé avec Chronode,  Renaud&Papi apporte son expertise pour proposer une architecture de calibre et des caractéristiques distinctes. La réserve de marche atteint les 8 jours ce qui est une excellente performance compte tenu de l'énergie nécessaire au fonctionnement des soufflets des réservoirs. La fréquence diminue en revanche en passant de 4 à 3hz. Au-delà de l'augmentation de la réserve de marche, j'imagine que ce choix est guidé par l'atteinte d'une fiabilité optimale.

A titre personnel, j'ai une préférence pour le rendu esthétique du mouvement de la H1 lorsque la montre est retournée. C'est évidemment dû à l'organisation du mouvement de la H2 qui privilégie la visibilité d'un maximum d'éléments côté cadran. L'austérité de l'arrière de la H2 n'occulte heureusement pas un détail qui a son importance: grâce à une astucieuse ouverture des barillets, ces derniers servent d'indicateur de réserve de marche (low à gauche, high à droite), un affichage fort utile pour une montre à remontage manuel à longue réserve de marche.


Le confort au porté de la H2 est similaire à celui de la H1, les gabarits étant similaires. Le boîtier en titane est léger et son revêtement DLC noir tente de diminuer la taille perçue. En revanche, malgré les similitudes avec la H1, la H2 ne provoque pas les mêmes sentiments. La présentation presque rationnelle de la H1 laisse place ici à une multitude de détails qui captent le regard. Le paradoxe de cette montre est finalement la présence de cette grande aiguille des minutes alors qu'à la rigueur, la position du liquide entre deux index des heures fournit une indication des minutes, un peu comme une montre monoaiguille. L'ensemble est spectaculaire, excellemment fini car la H2 donne plus de possibilités de travailler à ce niveau que sa devancière. Cependant, je préfère la H1 pour son côté plus brut et plus pratique. En outre, j'apprécie particulièrement la découpe des ponts et le style très contemporain du mouvement de la H1 alors que la H2 concentre quasiment tout son intérêt côté cadran. En un sens, la H1 m'apparaît comme plus équilibrée et homogène.

Malgré ces réserves, j'ai apprécié la volonté affichée par HYT de poursuivre dans la démarche initiée par la H1 tout en proposant des nouveautés dans le contenu horloger. Le choix d'un motoriste différent est une excellente idée car malgré un contexte similaire, la dimension mécanique est renouvelée. Maintenant, j'attends HYT sur d'autres pistes d'utilisation du liquide: l'affichage des heures a été réalisé deux fois, pourquoi ne pas impliquer le liquide dans une complication spécifique ce qui créerait une façon originale et nouvelle de l'aborder?

La H2 est commercialisée dans le cadre d'une série limitée de 50 exemplaires par modèle. Seule la version titane DLC noir a été présentée à ce jour mais 3 autres modèles sont prévus pour une durée de production totale de 4 ans.

Merci  à l'équipe de HYT pour son accueil à Baselworld 2013.

Les plus:
+ malgré un contexte similaire, HYT arrive à renouveler son approche
+ les détails du cadran, ses effets de profondeur et son rendu très mécanique
+ la réserve de marche élargie
+ la touche Renaud&Papi 

Les moins:
- la complexité du cadran distrait le regard et fait perdre l'essentiel, le parcours du liquide
- l'aiguille centrale des minutes n'apporte finalement aucune amélioration de la lisibilité
- l'arrière de la montre n'est pas aussi convaincant malgré l'astucieux affichage de la réserve de marche

dimanche 27 octobre 2013

Hublot: Classic Fusion Jeans

Si la vie moderne semble très éloignée de la représentation que nous avons du Far West avec ses grands espaces, ses longues chevauchées et ses lieux mythiques, force est de constater qu'elle comporte elle aussi son lot d'aventures quotidiennes! La Classic Fusion Jeans a finalement pour but de rappeler qu'au fond de nous sommeille le cowboy de notre enfance avec sa débrouillardise et son esprit entreprenant qui nous permettent d'affronter toutes ces épreuves.

La Classic Fusion Jeans est le nouveau fruit du partenariat entre Laurent Picciotto et Hublot qui ont déjà eu l'occasion de collaborer ensemble avec la Skull Bang. C'est une montre qui peut sembler anecdotique de prime abord mais je lui ai cependant trouvé plusieurs points d'intérêt et plus important encore, un certain charme.


En premier lieu, il s'agit d'une série limitée qui utilise la Classic Fusion, dans ses versions 42 et 45mm, comme base. La Classic Fusion n'a pas été utilisée si souvent que cela dans le cadre d'éditions particulières et elle évite donc le phénomène de "déjà vu". Disponible en deux tailles, elle s'adresse indifféremment aux grands ou aux petits poignets, aux hommes ou aux femmes.


Hublot, fidèle à sa stratégie et sa communication fondée sur la fusion des matériaux, a précédemment présenté une collection "Jeans" utilisant de la toile de jean pour les cadrans et bracelets. Cependant, cette collection est élaborée à partir d'une base Big Bang et les compteurs du chronographe ont tendance à réduire l'impact visuel de la toile de jean sur le cadran. Le choix de la Classic Fusion me semble plus judicieux car la surface du cadran permet de mieux apprécier la texture particulière du matériau. Il existe une très jolie interaction entre la toile et les index et la combinaison entre ces éléments les met respectivement en valeur. Le choix d'un disque de date rouge est bienvenu car sans cette touche de couleur, le cadran risquait de tomber dans une trop grande uniformité et donc d'être ennuyeux.

Les deux versions côte à côte:


Le boîtier "Classic Fusion" en titane qui alterne les parties polies et satinées est bien fini et agréable à porter dans ses deux versions, y compris la 45mm. Cependant, je ne suis pas convaincu par les oreilles de la lunette en résine composite noire. J'aurais préféré une autre couleur car le bleu et le noir ne font généralement pas bon ménage du point de vue esthétique, à mes yeux tout du moins. En revanche, les vis en or de la lunette apportent une touche de raffinement tout en rappelant la couleur de la surpiqûre du bracelet.

La décoration sur la gauche rappelle l'atmosphère de la montre:


Le bracelet contribue grandement à la réussite esthétique de la montre. Je pense même que la Classic Fusion Jeans est une des très rares montres avec peut-être la Tattoo DNA de Romain Jérôme où le bracelet devient le critère de choix principal. Réalisé en caoutchouc noir (j'aurais là aussi préféré une autre couleur), il est comme de tradition avec Hublot très agréable à porter et d'un grand confort. Egalement recouvert d'une toile de jean, il crée ainsi avec le cadran une continuité esthétique qui place instantanément la Classic Fusion Jeans dans une autre dimension, celle où horlogerie et mode se rencontrent. La surpiqûre joue le même rôle que le disque de date: elle renforce le style en reprenant un détail important de l'ornement des jeans tout en réduisant le risque d'engendrer de la monotonie.

La jolie finition du bracelet:


Le mouvement qui équipe la Classic Fusion Jeans est le Sellita SW300. S'agissant d'un clone du 2892, nous retrouvons donc des performances similaires avec une réserve de marche de 42 heures pour une fréquence de 4hz. Le mouvement est visible à travers un fond transparent. Le spectacle n'est pas d'une beauté étourdissante même si j'apprécie le rotor évidé. L'essentiel est ailleurs de toutes les façons. La série limitée comporte une petite décoration latérale qui rappelle le contexte "jeans" de la montre. A noter cependant qu'avec la version 45mm, Hublot utilise un disque de date élargi afin  que le guichet soit correctement positionné sur le cadran: un souci du détail et de l'équilibre qui est apprécié.

La version 45mm:


Après avoir mis les deux versions au poignet, je n'ai plus aucune hésitation: j'ai une nette préférence pour la version 45mm. En effet, l'ouverture du cadran étant limitée compte tenu de l'épaisseur de la lunette, la version 42mm manque de surface pour pleinement profiter de l'originalité visuelle apportée par la toile de jean. Et comme dans les deux cas les montres se portent avec confort grâce à la boucle déployante très efficace, je pense que la version 45mm est à privilégier lorsque le poignet le permet.

Grâce à cette Classic Fusion Jeans, Laurent Picciotto et Hublot présentent une montre plus convaincante que la collection Big Bang Jeans. Elle prouve par la même occasion que la Classic Fusion peut se prêter au jeu des évolutions esthétiques originales et que le mariage entre les codes de l'horlogerie et ceux de la mode est possible. Sa simplicité met en valeur la texture de la toile de jeans et lui confère une dimension sport-chic. J'ai donc trouvé de l'intérêt dans cette Classic Fusion Jeans, surtout dans sa version 45mm, plus adaptée au contexte du matériau principal.

La version 42mm:


La Classic Fusion Jeans est disponible exclusivement à la boutique Hublot St Honoré (Chronopassion), de Paris en 25 exemplaires pour chaque taille.

Merci à l'équipe de Chronopassion pour son accueil.

Les plus:
+ l'originalité du cadran et du bracelet grâce à l'utilisation de la toile de jean
+ l'élégance du boîtier Classic Fusion
+ les petits détails comme la surpiqûre et le disque de date rouge qui rehaussent le résultat
+ le confort au porté

Les moins:
+ la couleur noire du caoutchouc du bracelet et de la résine des oreilles de la lunette
+ la version 42mm me semble trop petite pour profiter de la texture du cadran

mardi 22 octobre 2013

Harry Winston: Midnight Monochrome Automatique

Au fil du temps, la collection Midnight a trouvé sa place au sein du catalogue Harry Winston en incarnant sa ligne élancée et élégante. Une des premières montres de cette collection fut la Midnight Automatique qui définit les éléments de style qui allaient être repris de façon régulière par la suite. Le boîtier Midnight d'un diamètre de 42mm apportait en effet une nouvelle dimension à Harry Winston en étant aussi raffiné que le boîtier Premier tout en étant d'un abord plus facile. Lorsqu'elle fut présentée à Baselworld en 2011, la Midnight Automatique me séduisit par sa simplicité et sa délicatesse que je trouvais cohérentes avec l'esprit de la marque. Cependant, au fond de moi, un doute demeurait: s'agissant d'une montre à cadran inerte, sans trotteuse, n'allait-elle pas être un peu ennuyeuse sur le long terme malgré ses jolies finitions de cadran?


Je pense que Harry Winston prit conscience de ce risque et en même temps du potentiel constitué par la surface du cadran. La lunette du boîtier étant relativement fine, l'ouverture et la pureté du cadran fournissent une surface importante permettant l'expression de décorations alternatives apportant la touche d'énergie et d'originalité dont la montre a besoin. C'est la raison pour laquelle la Midnight "Blue" à boîtier en or gris fut dévoilée ensuite. Les reflets de lumière créés par le cadran bleu sont magnifiques. Ils animent le cadran en fonction du mouvement du poignet et font totalement oublier l'absence de la trotteuse. Le cadran bleu a une autre vertu: du fait de sa couleur sombre, il réduit la perception de la taille ce qui dans le contexte d'une montre épurée de 42mm de diamètre n'est pas inutile.

La Midnight Monochrome Automatique, qui fit sa première apparition à Baselworld 2013, s'inscrit dans la même démarche en allant plus loin dans l'audace esthétique. Afin de casser l'aspect lisse et peut-être trop sage du cadran, Harry Winston conçut une plaque à effet ardoisé qui transforme littéralement le style de la Midnight Automatique.


Grâce à son grain particulier et irrégulier, le cadran engendre une sorte de paradoxe qui explique en très grande partie le charme unique de cette montre. En effet la Midnight Monochrome Automatique fait cohabiter un boîtier en or gris demeurant très classique dans sa présentation avec un cadran beaucoup plus singulier. Harry Winston a cependant trouvé le dosage parfait: l'originalité de l'effet ardoisé ne tombe pas dans l'excentricité et son rendu reste toujours dans les limites des critères de raffinement de la marque. De nouveau, ce sont les reflets de lumière qui transforment, modifient l'aspect du cadran qui devient plus ou moins sombre selon l'inclinaison du poignet. Les irrégularités peuvent apparaître nettement comme pratiquement s'effacer.

L'effet ardoisé est mis en valeur par la simplicité de la Midnight Monochrome Automatique. Les index et le logo appliqués sont suffisamment discrets pour éviter de surcharger le cadran. Les aiguilles Midnight sont toujours aussi belles, à la fois fines et de caractère. Peut-être que mon seul véritable regret réside au niveau du guichet de date. Dans un tel contexte, peut-être aurait-il mieux valu le retirer pour que la surface soit entièrement dédiée à l'effet ardoisé. Sa présence n'est cependant pas choquante même si un disque de date sombre aurait été préférable.


Sans aucune surprise,  je retrouve en retournant la montre le même mouvement qu'avec les autres versions de la Midnight Automatique. Le calibre Girard-Perregaux GP3300 est un mouvement fiable et efficace d'une fréquence de 4hz et d'une réserve de marche de 45 heures. J'apprécie son efficacité au remontage et sa décoration simple qui correspond bien à l'esprit de la montre. En revanche, il est toujours d'un diamètre contenu (26,2mm) et il semble donc perdu dans le boîtier. Un fond plein aurait été sûrement une meilleure option.

La couleur sombre de l'effet ardoisé permet de réduire la perception de la taille:


La Midnight Monochrome Automatique est une montre qui, une fois le premier effet de surprise passé, parvient à séduire par son originalité maîtrisée. La texture de l'effet ardoisé se révèle être une décoration audacieuse et adaptée au contexte d'une montre élancée et habillée.  Grâce à ce nouveau cadran, la Midnight Automatique dégage une nouvelle énergie et devient une pièce beaucoup plus animée que ne l'est la version originale grâce aux reflets de lumière qu'elle provoque. Elle s'adresse à une clientèle qui recherche une montre classique mais qui possède en même temps le soupçon de caractère qui lui évite de tomber dans un style trop rigide.

Merci à l'équipe Harry Winston pour son accueil à Baselworld 2013.

Les plus:
+ l'originalité et l'élégance du cadran à effet ardoisé
+ la finesse du boîtier Midnight
+ l'efficacité du mouvement GP3300

Les moins:
- le guichet de date semble ici superflu
- un fond plein aurait été le bienvenu malgré la jolie masse oscillante en or





dimanche 20 octobre 2013

Cartier: Tank Louis Cartier extra-plate

La Tank Louis Cartier extra-plate fut dévoilée lors du SIHH 2012 en même temps que  la Tank Anglaise. Il est pourtant difficile  de trouver deux Tank aussi opposées! Si la Tank Anglaise présente un style plutôt massif du fait de ses imposants brancards dont l'un englobe la couronne, la Tank Louis Cartier extra-plate évolue dans un registre totalement différent en adoptant un style élancé et raffiné. Je fus immédiatement attiré par cette montre que je trouvais être très fidèle à l'esprit de la collection. Lorsqu'il y a quelques mois, un ami bruxellois me proposa de porter pendant une journée sa propre montre, je ne pus refuser une telle opportunité. Une année après sa présentation, dans le contexte d'un test en condition, la Tank Louis Cartier extra-plate allait-elle conserver son pouvoir de séduction?

La caractéristique qui surprend le plus en découvrant et en manipulant cette montre pour la première fois est son extrême finesse. Le boîtier en or rose possède en effet une hauteur de 5,1mm ce qui dans l'absolu est déjà une excellente performance. Cependant, ce sentiment de faible épaisseur est accentué par les autres dimensions du boîtier. Avec une largeur de 34,92mm (couronne comprise) et une longueur de 40,40mm, la Tank Louis Cartier extra-plate arbore un gabarit relativement important et un style résolument élancé pour une montre de forme ce qui se ressent par la présence au poignet qu'elle dégage.  Elle évite fort heureusement l'écueil de la lourdeur esthétique. Les brancards sont fins, plats et arrondis en leurs extrémités, allégeant visuellement le design et contribuant ainsi au raffinement de la pièce. L'entrecorne est relativement important mais le bracelet en cuir en alligator semi-mat se marie parfaitement avec le boîtier grâce à son aspect plat. Le bracelet possède d'ailleurs une forme assez particulière car l'écart entre l'entrecorne et la largeur de la boucle est relativement significatif.

La taille du boîtier et le rapport entre largeur et longueur ont un impact sur le cadran. Ce dernier respecte évidemment tous les canons esthétiques de la collection Tank: les chiffres romains habituels avec la signature secrète de Cartier se trouvant dans le V du VII, la minuterie centrale en chemin de fer avec le marquage plein des 5 minutes, les aiguilles glaive en acier bleui qui dessine le temps sur un fond grené argenté. En revanche, taille oblige, Cartier dut écarter les chiffres du bord du cadran et je trouve cette zone périphérique vide un peu trop importante à mon goût. Malgré cette remarque, le cadran demeure équilibré grâce à la parfaite cohérence entre les formes de la minuterie, du bord des chiffres et du boîtier. J'ai la conviction qu'avec une taille légèrement inférieure, la Tank Louis Cartier extra-plate aurait frôlé la perfection en arborant un cadran mieux rempli. En tout cas, l'absence de guichet de date est un soulagement: la pureté et l'équilibre du cadran sont préservés.

Un élément joue un rôle très important dans la réussite de cette montre. Il s'agit de la couronne qui, ornée d'un saphir, apporte à la fois beaucoup de délicatesse et un côté précieux. Malgré sa forme pointue, elle se manipule aisément grâce aux petits picots qui facilitent le remontage et la mise à l'heure. Cette couronne était à vrai dire, non pas une source d'inquiétude à proprement parler mais un point à vérifier impérativement: la montre étant à remontage manuel, sa prise en main se devait d'être facile et confortable. Ce doute fut balayé et même si je ne possède pas des doigts de fée, la couronne ne m'a posé aucun souci.

A vrai dire, le comportement de la couronne est grandement facilité par la qualité et le caractère éprouvé du mouvement à remontage manuel qui équipe la Tank Louis Cartier extra-plate. Le calibre 430MC provient en effet d'une maison qui maîtrise parfaitement la conception des mouvements extra-plats: Piaget. Le 430MC est le nom dans le contexte Cartier du 430P de Piaget qui se caractérise par sa grande finesse (2,1mm), son stop-balancier, sa fréquence de 3hz et sa réserve de marche de 43 heures. Cette réserve de marche impose un remontage manuel quotidien qui s'effectue avec douceur. 

 Incontestablement, le rituel quotidien qui consiste à redonner de l'énergie au mouvement procure beaucoup de plaisir et contribue au charme de cette montre. De par son style, son esthétique, sa destination, la Tank Louis Cartier extra-plate ne pouvait être animée que par un mouvement à remontage manuel et le 430MC est un calibre idéal dans ce contexte. Le diamètre propre de ce mouvement rond étant réduit (20,5mm) et afin d'obtenir la meilleure finesse de boîtier, le fond plein s'imposait tant du point de vue esthétique que de celui du respect de l'esprit de la montre. Le fond est cependant plutôt agréable à observer grâce notamment aux huit vis latérales qui le fixent sur la partie centrale du boîtier. La partie arrière de la montre permet aussi d'apprécier de façon plus précise les lignes du design de cette Tank et le rôle joué par les brancards qui apportent à la fois du caractère en étant proéminents et de la douceur grâce à leurs extrémités arrondies.


J'ai parlé précédemment de la forme particulière du bracelet plat qui renforce l'élégance de la montre malgré la taille importante de l'entrecorne. La bonne surprise le concernant est l'utilisation d'une boucle ardillon au détriment de la boucle déployante qui est livrée notamment avec la Santos Dumont équivalente à remontage manuel. C'est pour moi une excellente nouvelle. Tout d'abord, je pense qu'une boucle ardillon est plus conforme à l'atmosphère dégagée par cette montre raffinée et habillée. Ensuite, je la trouve particulièrement réussie. Sa forme est subtile, évoquant le "C" de Cartier tout en conservant une certaine délicatesse. Elle apporte donc une petite touche de style plus arrondi, plus sensuel auprès d'une Tank Louis Cartier extra-plate qui demeure très géométrique. De plus, elle suffit à maintenir avec efficacité la montre sur le poignet  compte tenu de la largeur du bracelet et du poids mesuré du boîtier.


La Tank Louis Cartier extra-plate m'accompagna donc pendant une journée entière à Bruxelles.  J'ai pu immédiatement apprécier son confort, son élégance, sa lisibilité et au-delà sa capacité à être une véritable montre de tous les jours. Même s'il s'agit d'une montre à "cadran inerte" car elle ne possède pas de trotteuse, elle évite sans problème le piège de l'ennui. En effet, la finition du cadran et sa pureté, la présentation du boîtier et de la couronne lui donnent le supplément qualitatif qui la positionne parmi les montres classiques à remontage manuel à l'intérêt certain. La position centrale de la minuterie et sa forme rectangulaire obligent à une courte période d'accoutumance pour lire l'heure avec précision mais une fois cette étape passée, la lisibilité devient optimale. Le confort au poignet et la douceur du remontage facilitent grandement son usage au quotidien.


A l'usage, elle m'a semblé plus polyvalente que je ne l'imaginais du fait de sa taille  et de son entrecorne importants pour une montre de forme. Elle est à l'aise à la fois avec  une tenue très formelle ou avec des habits plus décontractés. Je parle évidemment d'une polyvalence esthétique et non pas de condition d'utilisation car l'étanchéité n'est que de 20 mètres. J'ai donc pris beaucoup de plaisir à la porter et mes premiers sentiments à son égard furent confirmés par ce test: la Tank Louis Cartier extra-plate est une montre très réussie qui parvient à être bien plus qu'une déclinaison haut de gamme et qualitative de la Tank, mais une pièce faite pour un usage quotidien qui accompagne son propriétaire avec élégance et raffinement la semaine et le week-end. Je la considère comme une des Tank actuelles les plus convaincantes et la meilleure façon  de rentrer dans l'univers haute horlogerie de Cartier. Son prix, observé en Octobre 2013 est de 11.800 euros soit nettement moins que ceux des deux modèles de la collection Cartier évoluant dans le même segment et utilisant le même mouvement, la Santos Dumont Grand-Modèle et la Ronde Louis Cartier 42mm qui sont proposées à des prix supérieurs à 14.000 euros.

Merci à Nicolas de la boutique Hall of Time à Bruxelles.


Les plus:
+ un boîtier élancé d'une grande élégance
+ la pureté du cadran
+ la jolie boucle ardillon fidèle à l'esprit de la montre
+ le plaisir du remontage du mouvement 430MC

Les moins:
- du fait de sa taille importante pour une montre de forme, la zone périphérique du cadran semble un peu vide

lundi 14 octobre 2013

Patek Philippe: 5196P

Je souhaite revenir sur une montre très connue, la Calatrava 5196P car elle constitue à mes yeux une excellente démonstration du savoir-faire de Patek Philippe avec ses forces... et ses faiblesses.

La 5196P est avant tout une montre radicalement différente des 5196 en or. C'est une des facettes du talent de Patek Philippe: alors que quasiment toutes les marques auraient proposé la même présentation pour se concentrer sur les modifications de couleurs selon les matériaux, Patek Philippe redessine entièrement le cadran pour mettre en valeur la palette de gris et le subtil jeu chromatique rendu possible par l'aspect neutre du boîtier. Les index appliqués et la très discrète graduation du sous-cadran de la trotteuse sont ainsi remplacés par des chiffres arabes en relief et par une délimitation plus nette de la zone dédiée à l'aiguille des secondes. Les cadrans lisses, argentés ou opalins des versions en or laissent leur place à un cadran composé de plusieurs zones. Même les aiguilles ont été modifiées, les fines aiguilles feuille succédant aux aiguilles dauphine. Seule finalement la minuterie périphérique demeure.


Au-delà de la beauté des chiffres appliqués qui apportent un effet de relief  harmonieux, le charme du cadran provient sans aucun doute de l'interaction entre les diverses zones qui le composent. En effet, chaque zone possède son propre reflet de gris et je dois avouer qu'il est impossible de rester insensible à la façon dont ces teintes se mélangent, s'opposent ou cohabitent. La partie sur laquelle les chiffres sont apposés se distingue élégamment car elle contraste doucement avec la zone périphérique de la minuterie et le disque interne du cadran, devant ainsi une sorte d'anneau qui entoure la portion centrale elle-même délimitée par un ravissant cerclage. Le sous-cadran de la trotteuse redevient un élément visible sur la 5196P alors qu'il se devine pudiquement par ses graduations sur les versions en or. Sa couleur plus claire et surtout la présence des dizaines renforcent sa présence sur le cadran.


Cet effet de style est important car il permet de masquer un des problèmes inhérents à cette montre: la taille trop petite du mouvement qui l'anime. Le calibre 215PS ne possède en effet qu'un diamètre de 21,9mm soit plus de 15mm de moins que celui du boîtier (37mm). La trotteuse se retrouve donc trop proche du centre du cadran malgré les dimensions somme toute raisonnables de la montre. Patek Philippe a choisi deux méthodes pour rendre ce déséquilibre moins visible:
  • sur les montres en or, le sous-cadran devient presque invisible
  • sur la montre en platine, il est au contraire renforcé pour bien montrer qu'il ne mord pas sur le 6 du cadran, l'intégralité des chiffres étant préservée. A partir d'un problème, Patek Philippe crée une opportunité.
Ces deux solutions esthétiques apportent une nouvelle preuve du talent des designers de la Manufacture. Elles fonctionnent toutes les deux et la taille modeste du calibre a tendance à être oubliée quelle que soit la version de la 5196. Il ne faudrait cependant pas que Patek Philippe s'endorme sur ses lauriers. Les artifices esthétiques ne durent qu'un temps et il faudra bien qu'un jour Patek Philippe dévoile un mouvement simple à remontage manuel d'un diamètre plus conforme à ceux des boîtiers contemporains. En attendant, malgré la petite couronne, le calibre 215PS se remonte avec douceur et ses performances sont tout à fait acceptables avec une fréquence de 4hz pour une réserve de marche de 44 heures. Il n'est bien entendu pas visible pour des raisons esthétiques évidentes. Si le calibre en lui même est très agréable à observer grâce à sa finition et à sa jolie découpe des ponts, le découvrir perdu au fond du boîtier n'aurait pas été un spectacle d'une grande réjouissance surtout pour une Manufacture de ce niveau. Le fond plein était la seule solution qui s'imposait et Patek Philippe n'a pas hésité.

La 5196P à gauche de la 5196G:


Contrairement aux premiers sentiments qu'elle procure, la 5196P n'est pas uniquement une montre habillée. Ses couleurs neutres, l'organisation du cadran, les chiffres appliqués et sa finesse la rendent très polyvalente. Elle est à l'aise  aussi bien avec un costume qu'avec une tenue plus décontractée. A vrai dire, je la trouve bien plus convaincante sur ce plan que la 5196G qui, du fait de sa grande sobriété, semble presque uniquement dédiée à un contexte formel. En comparant ces deux montres qui évoluent dans des palettes chromatiques similaires, la réussite du design de la 5196P apparaît presque comme une évidence. Tout en demeurant une montre classique, elle semble plus audacieuse, plus dynamique que sa petite soeur en or gris.

Mettre la 5196P au poignet procure un très grand plaisir grâce notamment aux reflets de lumière qu'elle crée et à la façon subtile et délicate avec laquelle les chiffres se détachent du cadran. Le poids est supérieur aux versions en or mais la finesse du boîtier rend cette différence peu perceptible. La montre se porte avec confort comme de tradition avec les Calatrava.


Les atouts de la 5196P en font peut-être la Calatrava à 3 aiguilles la plus aboutie de la collection actuelle de Patek Philippe. Cette superbe réussite ne doit toutefois pas faire oublier à Patek Philippe que le 215PS n'est pas éternel. J'attends avec impatience un successeur à ce calibre: une marque d'un tel prestige ne peut se contenter en 2013 d'un mouvement qui, malgré ses qualités, n'est visiblement plus à sa place dans les boîtiers contemporains.

Les plus:
+ un des plus beaux cadrans de montre à 3 aiguilles
+ le jeu subtil des couleurs neutres
+ la discrétion de la montre et sa polyvalence
+ parfaite pour un usage quotidien du fait de son confort et du plaisir au remontage

Les moins:
- il serait temps que Patek Philippe propose un successeur au 215PS qui n'est plus adapté aux boîtiers contemporains

dimanche 13 octobre 2013

Tissot: Heritage Prince Mechanical

La collection Heritage a pour but de revisiter les modèles phares de Tissot qui ont jalonné sa longue et riche histoire. La Tissot Heritage Prince en constitue assurément une des meilleures représentantes, puisant son inspiration dans la montre banane de 1916.

Rarement une montre aura aussi bien porté son nom! Du fait de la forme du boîtier, rectangulaire, longue et incurvée, la montre banane d'origine se caractérisait par sa propension à épouser le poignet de son heureux(se) propriétaire. Il faut rendre cet hommage à Tissot: l'esprit de la montre d'origine est fidèlement conservé à travers cette réédition. Contrainte du marché oblige, la Tissot Heritage Prince est proposée essentiellement avec un mouvement  quartz afin de contenir le prix de vente dans le segment habituel de la marque. Mais fort heureusement, des déclinaisons à remontage manuel et à boîtier en or sont également disponibles.


La version que je préfère est sans nul doute celle à cadran champagne/doré. La montre m'a séduit presque immédiatement grâce à sa couleur dominante qui se marie parfaitement avec l'or du boîtier. Compte tenu de son style Art Déco revendiqué et assumé, l'omniprésence de l'or, accentuée par la couleur du cadran passe sans souci à condition de ne pas être dérangé par ce côté un peu ostentatoire. Mais finalement, ce sont les chiffres arabes qui me plaisent le plus. Insérés entre l'ovale interne et le rectangle du boîtier, ils remplissent avec élégance et originalité le cadran. Leurs tailles différentes apportent une belle dynamique tandis que les 6 et 12 dominent de par leur présence et leur hauteur. Cette dynamique est importante pour la montre car il ne faut pas oublier qu'elle ne possède pas de trotteuse: un cadran trop sobre ou plus rigoureux aurait engendré l'ennui.

Les aiguilles poire indiquent le temps avec sobriété compte tenu de leurs petites dimensions. L'aiguille des heures suit la graduation de l'ovale interne qui améliore la lisibilité tandis que l'aiguille des minutes flirte avec le boîtier au niveau de l'axe médian horizontal.


Le boîtier contribue aussi à l'originalité de l'ensemble. Voici donc un intéressant paradoxe. Le design de la Tissot Heritage Prince approche le siècle d'existence mais il se distingue nettement dans le contexte d'aujourd'hui. L'aspect le plus surprenant est le décalage entre la largeur (26,8mm) et la longueur (49mm) du boîtier. Difficile de faire plus allongé: la Tissot Heritage Prince est à l'offre horlogère ce que le Chili est à la mappemonde! Sa forme incurvée est indispensable dans ce contexte afin que la montre puisse être portée avec confort ce qui est d'ailleurs le cas. Les courbes sont à la fois prononcées et douces. La très bonne surprise provient du verre hésalite puisque ce dernier suit la même forme que le boîtier tout en étant très légèrement surélevé: il favorise la qualité perçue de la montre. Enfin, la couronne en oignon peut sembler esthétiquement hors contexte évoquant plus une montre miliaire qu'une pièce élégante. Je trouve au contraire qu'elle se marie bien avec le boîtier en apportant son caractère tout en facilitant le remontage manuel.


La largeur mesurée du boîtier et sa forme incurvée rendent obligatoire l'utilisation d'un mouvement à remontage manuel de petit diamètre. C'est donc l'ETA 2660 qui remplit la mission d'animer la Tissot Heritage Prince. Il s'agit d'un mouvement basique et sans particularité si ce n'est son diamètre inférieur à 18mm. Sa réserve de marche de 45 heures est toutefois correcte pour une fréquence de 4hz compte tenu de la taille du calibre. Il se remonte sans souci grâce à la forme de la couronne.


Le prix autour de 3.000 euros se situe au-delà des prix habituels pratiqués par Tissot. Cependant, il peut se justifier car la montre ne manque pas d'atouts comme la jolie finition du boîtier en or et bien entendu, l'atmosphère très originale qu'elle dégage une fois mise au poignet. La Tissot Heritage Prince ne passe pas inaperçue et malgré son côté un peu voyant, son charme "rétro" finit par agir. Je la considère comme une des Tissot les plus réussies de ces dernières années car elle possède finalement peu d'équivalentes dans l'offre horlogère actuelle.

Merci à l'équipe Tissot pour son accueil à Baselworld 2013.

Les plus:
+ un style "rétro" Art Déco assumé et bien restranscrit
+ la finition du boîtier en or et du verre
+ une montre singulière dans le paysage horloger actuel
+ le plaisir de retrouver un mouvement à remontage manuel dans ce contexte

Les moins:
- un côté un peu ostentatoire
- le prix, même s'il demeure cohérent, est élevé par rapport au reste de la collection de Tissot

mardi 8 octobre 2013

Girard-Perregaux: Traveller Phase de Lune et Grande Date

L'arrivée d'un nouveau boîtier est toujours un événement pour une manufacture. Il marque le début d'une collection et incarne une orientation stratégique. Le boîtier Traveller remplit ainsi plusieurs objectifs pour Girard-Perregaux. Grâce à ses lignes prononcées et fluides, il a pour but de donner une dimension plus contemporaine au style de la marque. A la fois élégant et puissant, il se veut également plus homogène que d'autres boîtiers qui sont  très habillés (Vintage 1945 ou 1966) ou carrément sportifs (Hawk). Enfin, il est plus consensuel que le boîtier Laureato qui fut considéré comme étant d'un abord difficile.


En découvrant pour la première fois le boîtier Traveller, je fus surpris par son aspect tout en rondeur, galbé, que les cornes longues et courbées accentuent. Cette rondeur ne veut pas dire mollesse bien au contraire. Le dynamisme est bien présent comme le prouve par exemple le protège-couronne qui s'inscrit dans le prolongement des cornes. L'ensemble est élancé grâce à un rapport diamètre (44mm) sur épaisseur (12,10mm) plutôt élevé. Le diamètre est assurément imposant et comme la lunette est relativement fine, Girard-Perregaux dut travailler avec soin le design des cadrans pour contenir leurs ouvertures dans des dimensions raisonnables. Ainsi, la Traveller Phase de Lune et Grande Date, l'une des deux premières montres qui profitent du nouveau boîtier possède un impressionnant rehaut incliné qui permet de contrôler cette ouverture et de conserver un certain degré de raffinement. Quand à l'autre montre, la ww.tc (heures universelles et chronographe), le disque des villes de référence des fuseaux joue le même rôle, l'effet de profondeur en moins.

Grâce à la forme des cornes, la montre se porte avec confort  à condition d'avoir le poignet suffisamment grand. Lorsque c'est le cas, le boîtier est bien maintenu et la montre ne bouge pas ce qui est un très bon signe. Le boîtier est donc bien né mais encore faut-il que les montres qui l'accompagnent dans ses premiers pas en soient dignes. Son nom évoque les voyages, les déplacements. Je ne fus guère surpris parmi les premières complications de la ligne Traveller d'y retrouver les heures universelles qui, mieux que n'importe quel autre affichage, nous font voyager dans la tête en parcourant les 24 fuseaux horaires.


Le lien est moins évident avec une montre qui propose une grande date et les indicateurs de réserve de marche et des phases de lune. Mais après tout, pourquoi pas? La Traveller Phase de Lune et Grande Date nous propose un autre voyage, moins terre à terre, un déplacement  onirique matérialisé par la lente évolution d'une lune majestueuse sur un ciel étoilé. Il ne faut pas se tromper: l'affichage des phases de lune est bien la complication majeure de cette montre! Le rehaut incliné donne l'impression que nous plongeons dedans et la taille de la zone qui lui est dédiée est la plus importante du cadran.

Girard-Perregaux a dessiné avec beaucoup de soin ce cadran. Il présente une organisation plutôt originale avec la grande date (toujours aussi parfaite) au-dessus des deux indicateurs. La forme de celui de la réserve de marche rend le cadran asymétrique et plus séduisant. J'aime beaucoup la forme très contemporaine des aiguilles et les index et le logo appliqués qui apportent leur touche de relief à un cadran qui n'en manque pas. Je pense sincèrement que Girard-Perregaux a réussi à créer un design de cadran plus actuel tout en gardant ses principes de discrétion et d'élégance. Je le trouve particulièrement bien adapté au contexte du boîtier Traveller.


Les connaisseurs de Girard-Perregaux ont reconnu à travers cette Traveller Phase de Lune et Grande Date une combinaison de complications déjà présentée par le passé dans la collection avec la Laureato Evo 3. Sans surprise, le mouvement qui anime la montre est le mouvement GP3300 qui alimente le module d'affichage des complications. Le GP3300, d'une fréquence de 4hz et d'une réserve de marche de 46 heures minimum est un de mes mouvements automatiques préférés. Il est à la fois fin et performant grâce à une bonne efficacité au remontage. J'ai pu l'apprécier dans d'autres contextes (chez Genta par exemple ou avec des montres d'indépendants) et il s'est toujours comporté de façon fiable. En revanche, il est un peu petit pour le boîtier. Module oblige, cette caractéristique n'est pas visible côté cadran ce qui est bien l'essentiel. Mais elle est plus perceptible à l'arrière de la montre même s'il n'y a rien de choquant. Le mouvement en lui-même est bien fini, étant décoré avec soin et discrétion. Je suis moins séduit par la masse oscillante que je trouve trop basique.  Au bout du compte, je me demande si le fond plein n'aurait pas été la meilleure solution même si les contraintes commerciales imposent de rendre visible le mouvement.

Le cadran noir diminue la perception de la taille. En revanche, la lune se détache moins:


Cette réserve n'atténue cependant pas le bilan qui reste très positif. Avec cette Traveller Phase de Lune et Grande Date, Girard-Perregaux a défini une montre qui donne un bon coup de modernité à sa collection tout en conservant les forces de la manufacture. La ligne Traveller est donc bien née, espérons maintenant que les futures montres sauront aussi bien tirer profit du boîtier. Pour cela, la taille des mouvements devra également suivre pour s'adapter au mieux à son diamètre.


La Traveller Phase de Lune et Grande Date est disponible avec un boîtier en acier et avec des cadrans argenté ou noir.

Les plus:
+ un nouveau boîtier au design fluide et élégant
+ la présentation du cadran
+ la beauté de l'affichage des phases de lune
+ l'efficacité du mouvement GP3300

Les moins:
- la taille n'est pas adaptée  à tous les poignets
- la finition de la masse oscillante n'est pas très valorisante

Merci à l'équipe Girard-Perregaux pour son accueil à Baselworld 2013.

dimanche 6 octobre 2013

Lange & Söhne: 1815 up/down

Il serait faux de penser que Lange a appliqué la même recette en 2013 avec la 1815 up/down que plusieurs années auparavant lors de la sortie de la première 1815 avec affichage de la réserve de marche.

En 1997, la 1815 up/down, malgré la présence d'un sous-cadran supplémentaire et le décalage du sous-cadran dédié à la trotteuse, demeurait dans la droite lignée de la 1815 simple à trois aiguilles utilisant le même boîtier de 35,9mm de diamètre et surtout la même base de mouvement. Cependant, elle était légèrement plus épaisse compte tenu d'une hauteur de mouvement supérieure de 0,5mm.

Le rouge du bas de la réserve de marche apporte une petite touche de couleur:


En 2013, Lange présente une 1815 up/down qui se démarque en revanche nettement de la version trois aiguilles. Certes, l'appartenance à la famille 1815 ne se dément pas. Je retrouve ainsi avec grand plaisir les chiffres arabes et les aiguilles Alpha en acier bleui qui brodent le temps en parcourant la très élégante minuterie chemin de fer du cadran argenté. Cependant, très vite, deux différences fondamentales apparaissent: le diamètre de la montre est plus petit que celui de la version trois aiguilles (39mm vs 40mm) et le mouvement L051.2 ne présente pas la même architecture que le L051.1 de la 1815 simple.

Le trio des 1815 up/down, chaque version utilisant des aiguilles en acier bleui:


L'aspect plus contenu du boîtier n'est pas son unique particularité: il présente une différence esthétique singulière. Alors que de façon traditionnelle, la lunette et la carrure forment une continuité, dans le cas de la 1815 up/down, il existe un léger décrochage au niveau de la lunette. Je dois avouer que je fus un peu surpris au départ, cette caractéristique m'apparaissant presque comme un accroc aux principes de Lange. Malgré tout, elle permet de réduire l'ouverture du cadran et de donner un sentiment d'équilibre à l'ensemble. Elle est donc bienvenue.

La plus grande force de cette montre est assurément la beauté de son cadran qui arrive à combiner son style très classique et symétrique avec une petite touche de fantaisie: le bas de la réserve de marche est ainsi indiqué en rouge. Compte tenu de l'effet miroir qui existe entre les deux sous-cadrans, cette couleur casse la grande rigueur toute germanique du cadran tout en préservant son raffinement. 

Le mouvement se dévoile nettement plus que n'importe quel autre à platine 3/4 traditionnelle:


L'indicateur de réserve de marche prend ici tout son sens car la réserve de marche est en hausse par rapport à la version 3 aiguilles en atteignant les 72 heures, soit la même que la plus célèbre Lange possédant un affichage similaire: la Lange One.

Cette augmentation de la réserve de marche est un indice qui tend à prouver  que le mouvement L051.2 ne dérive pas nécessairement du L051.1 comme sa référence pourrait le laisser supposer. En retournant la montre, le doute n'est plus permis: le L051.2 diffère nettement du mouvement de la 1815 trois aiguilles. Avec son rochet et sa roue de couronne apparents, il évoque d'ailleurs un autre mouvement qui possède également une réserve de marche de 72 heures: celui de la Saxonia Thin. C'est là toute l'astuce pour Lange. En inscrivant le L051.2 dans la même démarche que celle du L093.1 de la Saxonia Thin, réputé pour sa finesse, la manufacture saxonne arrive à conserver pour la 1815 up/down un mouvement aux diamètre et épaisseur similaires de celui de la 1815 trois aiguilles malgré les 57 composants supplémentaires du mécanisme de la complication additionnelle. Equipé d'un balancier à vis et d'un spiral maison, le mouvement L051.2 possède une fréquence de 3hz, comme très souvent chez Lange.

La version en or jaune:


Il est assurément très agréable à observer. Il se dévoile plus que ceux à stricte platine 3/4 et se distingue de celui de la Saxonia Thin par les chatons en or supplémentaires et évidemment par le système de remontage différent du fait de la complication additionnelle. La finition est fidèle aux standards de Lange et l'exécution des anglages, des côtes de Glashütte, de la décoration des roues est sans faille et qualitative.

En revanche, compte tenu de sa similarité avec le mouvement de la Saxonia Thin, son remontage n'est pas aussi agréable que de tradition chez Lange. Il est en tout cas moins doux qu'avec la 1815 trois aiguilles. Il s'agit d'un point que j'avais remarqué avec la Saxonia Thin qui est sûrement dû à la structure du mouvement et à la forme du ressort du barillet, plus plat mais plus large pour concilier finesse et performance. Je fus déçu à ce niveau, non pas que la montre soit délicate à remonter, bien au contraire, mais parce que je ne retrouve pas les sensations auxquelles Lange m'avait habitué.

La version en or gris:
 

La 1815 up/down est une montre incontestablement très séduisante une fois mise au poignet. Elle est équilibrée, d'une grande élégance et classique sans être ennuyeuse. Elle est selon moi, une des plus jolies montres simples de Lange et le rapport diamètre/épaisseur de son boîtier est proche de la perfection. De plus, le diamètre de 39mm rappelle qu'une montre classique gagne finalement en charme et en impact lorsque sa taille demeure contenue. Je suis ainsi très satisfait de voir que Lange n'a pas hésité à repasser sous les 40mm pour une de ses montres simples. La 1815 up/down est ainsi une belle réussite et seule véritablement la sensation au remontage l'empêche d'atteindre le sans-faute.

La version en or rose:
 

La 1815 up/down en disponible en or jaune, en or rose et en or gris mais pas en platine.

Merci à l'équipe Lange&Söhne pour son accueil pendant le SIHH 2013.

Les plus:
+ la présentation très équilibrée du cadran
+ les proportions idéales du boîtier
+ la beauté du mouvement et sa finition
+ la réserve de marche de 72 heures

Les moins:
- la sensation au remontage, décevante pour une Lange