samedi 31 août 2013

Zenith: Pilot Type 20 GMT

Zenith a profité de Baselworld 2013 pour construire une gamme complète de montres Aéronef Type 20 au sein de la collection Pilot. Initiée l'année précédente par la pièce la plus emblématique animée par le mouvement historique de montre de poche 5011, la gamme comporte dorénavant un large spectre de complications sans oublier des boîtiers de tailles très différentes. Si je mets de côté le boîtier très imposant de la montre initiale (57,5mm de diamètre), deux boîtiers sont disponibles: l'un de 40mm utilisé par les montres les plus simples, l'autre de 48mm qui héberge l'ensemble des complications. 


Même si la version 40mm m'a séduit par sa qualité de fabrication, elle demeure finalement petite, non pas dans l'absolu, mais dans le contexte spécifique du style Aéronef Type 20. Je me suis alors posé la question de savoir quelle serait la montre la plus représentative et la plus convaincante de la gamme. Très rapidement, mon choix s'est porté sur la Type 20 GMT. A vrai dire, il ne fut guère difficile à faire car il s'appuie sur des arguments qui me semblent quasiment évidents.


La taille de 48mm du boîtier est à la base un sacré défi pour Zenith car la manufacture ne possède pas des mouvements contemporains très grands. D'ailleurs, l'Elite 693 qui anime la Type 20 GMT n'a que 25,6mm de diamètre. Arriver à loger un mouvement dans un boîtier 22mm plus grand sans que le cadran soit déséquilibré n'est pas une tâche aisée et la Type 20 GMT s'en sort très bien sur cet aspect précis. Le sous-cadran de la trotteuse est évidemment proche du centre de la montre mais l'écart par rapport à la lunette permet d'inscrire le chiffre luminescent dans son intégralité. Paradoxalement, c'est la version 40mm qui semble plus souffrir de la position de la trotteuse. Les 12 chiffres sont affichés sans contrainte et cet ensemble crée un bel équilibre. La finition du cadran et des aiguilles est excellente et constitue un des principaux atouts de cette montre.


La complication GMT possède deux vertus. La première vertu est que le second fuseau étant indiqué grâce à une aiguille qui parcourt une graduation périphérique, son affichage ne nuit pas à l'équilibre du cadran. De plus, la flèche rouge de l'aiguille  apporte une jolie touche de couleur qui casse un peu la rigueur militaire du cadran. La seconde vertu est que la complication est en totale cohérence avec l'esprit de la montre. Quoi de mieux en effet qu'une complication qui invite au voyage, à la découverte de pays situés dans d'autres fuseaux pour compléter une montre liée à l'aviation? Cohérente et parfaitement intégrée, la complication GMT me semble donc idéale dans ce contexte. Je dois avouer que je n'ai pas eu le même sentiment avec le calendrier annuel et le Tourbillon chronographe. S'il fallait exprimer une critique, elle se situerait plutôt au niveau de la graduation de l'affichage du second fuseau. Si l'aiguille est très lisible, la graduation l'est beaucoup moins d'autant plus qu'elle n'affiche que les heures impaires. La volonté de Zenith, fort louable, était de rendre la graduation la plus discrète possible. La contrepartie est que la lecture du second fuseau prend un peu de temps et qu'il faut veiller à tenir compte des index centraux matérialisant les heures paires. En revanche, le réglage est d'une simplicité biblique grâce au poussoir situé sur la carrure gauche du boîtier. Sa forme allongée lui permet de s'intégrer parfaitement dans le design de la montre et rend son utilisation agréable.


Le mouvement Elite 693, d'une fréquence de 4hz et d'une réserve de marche d'une cinquantaine d'heures est précis et fiable. La complication est totalement maîtrisée par la manufacture, se retrouvant également dans la Captain Dual Time. Zenith a fait le choix heureux d'un fond plein qui permet de cacher la petitesse du mouvement et de profiter de la très belle gravure des instruments d'aviation. Elle est peut-être une des plus jolies gravures industrielles de ces dernières années, surprenant par sa finesse et la beauté du motif.

Au bout du compte, la vraie question réside dans le confort au porté: avec un diamètre de 48mm, la Type 20 GMT peut-elle être une montre adaptée aux poignets du plus grand nombre? Très étonnamment, malgré son gabarit corpulent (l'épaisseur approche les 16mm), la montre s'est bien positionnée sur mon poignet. La largeur et l'épaisseur du bracelet la maintiennent bien et la forme des cornes plongeante en leurs extrémités améliore le confort. Les cornes ne sont pourtant pas si courtes ce qui fait que la montre débordera irrémédiablement sur les petits poignets pour lesquels la version 40mm est mieux indiquée. En revanche la taille de 48mm est plus dans l'esprit de la gamme et correspond mieux à son esthétique.


La Type 20 GMT existe en deux versions. Celle en acier rentre de façon permanente dans la collection tandis que la version titane DLC est commercialisée dans le cadre d'une série limitée de 500 pièces. J'ai une nette préférence pour la première car je ne suis pas sous le charme des montres noires. La version titane DLC a toutefois de l'intérêt: outre le changement de matériaux, elle semble plus contemporaine que son alter ego en acier et le côté "all black" lui donne un aspect un peu plus contenu. Cependant, le boîtier acier est  très séduisant et il positionne la Type 20 GMT à un niveau tarifaire très compétitif, à 6.000 euros TTC à la rentrée 2013.


Equilibrée malgré son gabarit, embarquant une complication cohérente avec son contexte et proposée à un prix attractif, la Type 20 GMT possède de sérieux atouts qui font d'elle la montre la plus pertinente pour rentrer dans cette gamme et profiter de cette esthétique si caractéristique proposée par une manufacture historique.

Merci à l'équipe Zenith pour son accueil à Baselworld 2013.

Les plus:
+ un cadran équilibré malgré la taille du mouvement
+ la finition du cadran et des aiguilles
+ une complication cohérente avec l'esprit Aéronef Type 20
+ un mouvement de manufacture éprouvé

Les moins:
- la taille ne conviendra pas à tous les poignets
- la lecture du second fuseau n'est pas aisée du fait d'une graduation périphérique discrète

dimanche 25 août 2013

Lange & Söhne: Zeitwerk Handwerkskunst

Je ne vais pas faire durer le suspense inutilement: la Zeitwerk Handwerkskunst est une des plus belles Lange & Söhne contemporaines. Grâce à son approche décorative particulière, elle réussit à mettre en avant le talent des artisans qui ont travaillé à son embellissement avec minutie et maîtrise. Il ne s'agit cependant pas que d'une prouesse esthétique. L'extrême raffinement de la finition et le soin apporté aux plus infimes détails ont également une influence sur des aspects précis du mouvement L043.4 qui anime la Zeitwerk Handwerkskunst.


La Zeitwerk, plus encore que la Richard Lange Tourbillon Pour le Mérite qui fut l'objet d'un traitement similaire précédemment, est assurément la montre idéale pour accueillir la gravure tremblée du cadran. Elle propose en effet une grande surface autour du "time bridge" (la zone qui rassemble les différentes fonctions horaires (heures, minutes et secondes). Elle offre aussi un contexte favorable compte tenu de l'affichage alternatif du temps. Du fait de l'affichage digital des heures et des minutes, la gravure tremblée ne nuit nullement à la lecture du temps. Le contraste entre le gravure et le "time bridge" demeure même s'il n'est évidemment pas aussi marqué qu'avec la Zeitwerk en or gris. Du point de vue du contraste chromatique, la Zeitwerk Handwerkskunst se situe entre la Zeitwerk en or gris et celle en platine. Elle est bien entendu plus subtile que les autres versions grâce aux reflets de lumière que crée la gravure tremblée. La texture est vraiment unique en son genre, à la fois très fine et granulée. Elle s'apparente presque à une sorte de laine et le résultat est visuellement spectaculaire sans être baroque.

Pour obtenir une telle décoration, le graveur utilise un burin spécialement dédié à ce type de finition en effectuant des mouvements précis dans toutes les directions. Il opère une sorte de chorégraphie qui contrairement à ce que le cadran laisse supposer n'est nullement aléatoire. C'est au contraire un travail qui nécessite une très grande application afin que le rendu granulaire soit parfaitement homogène.


La gravure tremblée n'est pourtant pas le seul élément remarquable présent sur le cadran. Il y a un mot qui me vient immédiatement à l'esprit lorsque j'observe la Zeitwerk Handwerkskunst, c'est celui de relief. Je retrouve certes les effets de profondeur habituels de la Zeitwerk liés aux guichets du "time bridge". Mais la Zeitwerk Handwerkskunst va beaucoup plus loin. Toute la partie supérieure du cadran, dédiée à l'affichage de la réserve de marche et au nom  de la marque, donne l'opportunité au graveur d'exécuter un véritable travail non pas de gravure mais quasiment de sculpture. Les lettres, l'indicateur de réserve de marche et son contour apparaissent ainsi en relief pour nettement se détacher de la gravure tremblée sans qu'aucun effet de couleur ne soit rendu nécessaire. Cette partie supérieure du cadran est d'une rare beauté et témoigne du talent du graveur car chaque lettre, chaque caractère sont d'une rare finesse et parfaitement réalisés. Incontestablement, ces éléments en relief propulsent la Zeitwerk Handwerkskunst dans la dimension des montres d'exception car, au-delà de leur délicatesse et de leur élégance, ils sont esthétiquement en cohérence avec le contour sur-élevé du "time bridge" tout en sublimant la gravure tremblée.


Lange & Söhne ne pouvait pas se contenter de travailler uniquement le cadran. Le mouvement se devait également d'être présenté différemment pour distinguer encore plus nettement la Zeitwerk Handwerkskunst des autres Zeitwerk. La marge de manoeuvre semblait pourtant plus limitée compte tenu du côté éminemment spectaculaire du mouvement des Zeitwerk. Et pourtant, l'objectif est atteint grâce à des techniques décoratives similaires à celles appliquées sur le cadran. La Manufacture ne s'est pas arrêtée en si bon chemin car elle a poussé le souci du détail jusqu'à changer les matériaux de l'ancre et de la roue d'ancre.

En observant le mouvement L043.4 pour la première fois, plusieurs changements sautent aux yeux. Le plus évident est le remplacement des traditionnelles Côtes de Glashütte par une surface granuleuse qui donne un nouvel aspect au maillechort. Tous les caractères présents sur les ponts sont gravés à la main et le rendu est très différent de ce que nous observons habituellement chez Lange. C'est moins "parfait", moins de mots sont présents, les caractères sont plus grands et cela donne beaucoup de charme. Sur le barillet, le nom de la marque est de nouveau gravé en relief.



Puis, les ponts du balancier et de l'échappement se dévoilent. Ces deux ponts proposent une décoration similaire  avec une gravure tremblée comme base  parachevée par une finition particulière. Le pont du système de force constante est mis en valeur par une finition polie "noir" qui donne un éclat supplémentaire grâce aux détails qui captent la lumière. Tous ces ponts se détachent nettement de l'ensemble du mouvement et élargissent la palette des techniques décoratives mises à contribution. C'est bien là le point le plus important: Lange fait cohabiter plusieurs de ces techniques pour notre plus grand plaisir sans que l'ensemble ne soit surchargé ou ne devienne baroque. N'oublions pas que l'attrait principal du mouvement réside dans son architecture. Si une décoration trop démonstrative l'avait reléguée au second plan, cela aurait été fort dommage. Malgré la qualité supérieure de la finition, toute la complexité du mouvement et ses caractéristiques techniques demeurent bien perceptibles.

D'ailleurs, Lange & Söhne a profité de cette évolution du mouvement  pour fabriquer l'ancre et de la roue d'échappement  en or 18 carats. Le changement de matériau a pour objectif notamment de rendre hommage aux traditions horlogères de la Manufacture au XIXième siècle. Il améliore aussi la résistance aux champs magnétiques. Toujours dans la même logique de perfectionnement du mouvement, les palettes de l'ancre, légèrement incurvées, ont été serties pour réduire la friction avec la roue d'échappement. Je pense que le sertissage  a du sens, au-delà de la dimension précieuse qu'il donne, compte tenu de l'utilisation de l'or.



Finalement, cette approche esthétique, la mise en oeuvre des différentes techniques décoratives et les petits plus qui ont été apportés au mouvement auraient été bien inutiles si la magie n'avait pas opéré une fois la montre mise au poignet. La Zeitwerk Handwerkskunst est une montre au charme irrésistible qui séduit par la façon dont elle capte la lumière, par ses plus infimes détails, par la mise en scène qui existe autour de l'affichage. Elle propose des reflets que seule la gravure tremblée peut créer et plus d'une fois notre regard se pose sur les caractères en relief pour apprécier la perfection de leur ciselage. De plus, j'apprécie particulièrement les couleurs qu'elle propose, beaucoup plus discrètes et apaisantes que celles de la Richard Lange Tourbillon Pour le Mérite équivalente. La gravure tremblée du cadran en or gris se marie idéalement avec le boîtier en platine et le rendu du "time bridge".



Une Zeitwerk "classique" est déjà une montre fascinante. Son affichage digital qui saute parfaitement à la soixantième seconde apporte la preuve de l'intelligence et de la rigueur de la conception du mouvement. Lange & Söhne a profité de son expertise sur la force constante acquise lors du développement de la Lange 31 jours pour concevoir le mouvement de la Zeitwerk et répondre aux exigences de l'affichage, notamment en matière de consommation d'énergie. L'énergie requise et la stabilité du fonctionnement recherchée font d'ailleurs que la réserve de marche est limitée à 36 heures.

Lorsqu'une Zeitwerk est sublimée comme c'est le cas ici, la perfection n'est pas loin d'être atteinte. J'apprécie en tout cas toujours autant le volume de la montre avec son diamètre de 41,9mm et son épaisseur de 12,6mm. Compte tenu de son boîtier en platine et de l'utilisation des matériaux précieux, son poids se ressent fortement au poignet. Je considère que cela fait partie du plaisir. Le remontage nécessite toujours une petite période d'accoutumance du fait de la position de la couronne mais cette dernière se manipule bien. J'observe toujours sinon le léger décalage du guichet des unités des minutes, intervenant quelques secondes avant le saut, qui indique que le mouvement est en train d'armer le système de passage à la minute suivante. Enfin, s'il fallait un argument supplémentaire pour être convaincu, il suffit de retourner la montre et d'apprécier la beauté du mouvement qui, sans tomber dans le travers de l'ostentatoire, arrive à combiner diverses techniques décoratives pour nous offrir un spectacle d'une rare beauté.


Lange & Söhne  trouve avec la Zeitwerk Handwerkskunst une superbe représentante de son savoir-faire: nous connaissions déjà la maîtrise technique de la Manufacture, la montre nous propose de découvrir et d'apprécier une dimension moins connue, celle qui à travers les gestes et le talent des artisans donne une âme à la mécanique et un statut d'oeuvres d'art aux garde-temps.

La Zeitwerk Handwerkskunst est commercialisée dans une série limitée de 30 pièces uniquement disponibles au sein des boutiques Lange. Mais au moment où j'écris cet article, je doute fortement qu'il en reste encore une de disponible.

Merci à la Boutique Lange de Paris.

Les plus:
+ une finition superlative
+ la discrétion des couleurs
+ le charme de la décoration du mouvement
+ la Zeitwerk offre un cadre idéal pour un tel exercice

Les moins:
- la courte réserve de marche

samedi 24 août 2013

Tissot: T-Complication Squelette

Tissot profita de la Foire de Bâle 2013 pour célébrer dignement son 160ième anniversaire grâce à une nouvelle collection large et ambitieuse qui symbolise la dynamique dans laquelle la marque  du Swatch Group souhaite s'inscrire. Réputée pour ses volumes de production et sa capacité à occuper différents segments stylistiques, Tissot manque peut-être aujourd'hui d'une image plus convaincante concernant le contenu horloger de sa gamme. Certes, l'appui du Swatch Group lui permet de profiter du sérieux de son processus industriel et de la fiabilité des mouvements ETA mais jusqu'à peu, les modèles mécaniques manquaient un peu d'audace pour être vraiment séduisants.

Tissot prit conscience de l'importance de renforcer son offre en matière de montres mécaniques à la fois pour le développement de son chiffre d'affaires (le prix moyen est évidemment plus élevé) mais aussi pour l'image positive qui rejaillit sur le reste de la collection.



C'est la raison pour laquelle au sein des collections T-Classic et plus spécifiquement T-Héritage, les montres mécaniques  deviennent un vecteur important de communication afin de rappeler l'ancrage historique de Tissot dans l'industrie horlogère suisse.

La montre T-Complication Squelette s'inscrit dans cette démarche tout en ayant des objectifs plus  entreprenants du point de vue esthétique. Cette T-Complication Squelette est donc une montre avec une double mission: celle de rappeler que Tissot est capable de produire des montres avec un contenu horloger solide et celle de proposer un produit au design plus contemporain, se démarquant de la vague néo-rétro portée par la collection T-Héritage.



Cependant, la tâche n'était pas simple pour Tissot. Elle était même dangereusement délicate. Outre le fait qu'une montre squelette peut très facilement paraître ringarde, le marché de ce type de montre basée sur le mouvement Unitas est encombré par une multiplicité d'acteurs divers et variés qui proposent dans une fourchette de prix très large une palette de style allant  du baroque vieillot et coloré au design actuel, épuré et monochrome. L'enjeu pour Tissot consistait donc à trouver sa propre voie.

Je pense sincèrement qu'ils y sont arrivés grâce à une présentation intéressante du mouvement. Certes, la montre ne révolutionne pas l'offre horlogère et quel que soit le bout par lequel on le prend, un Unitas reste un Unitas soit un mouvement à remontage manuel à basse fréquence, au diamètre important, fiable mais vu et revu.

L'astuce pour Tissot a consisté à créer une découpe du mouvement dont la forme est inspirée par une roue à cinq rayons. Cet effet esthétique donne une jolie dynamique sur le "cadran" tandis que le rendu très géométrique confère à l'ensemble un style actuel.  Le nom de la marque est indiqué sur une excroissance de la lunette interne périphérique située entre deux et trois heures. C'est une bonne idée car le mouvement s'offre ainsi à notre regard quasiment intégralement. Même la trotteuse est discrètement apposée, sur un des cinq rayons.


Afin de préserver la lisibilité, Tissot a fait le choix d'utiliser des aiguilles de type glaive évidées dont les bouts sont luminescents. Leurs formes acérées combinent bien avec celles du mouvement et leur couleur bleu apporte le contraste suffisant pour une bonne lecture du temps. La lunette interne sert de support aux index si bien que dans l'ensemble, malgré l'aspect complexe, limite fouillis de la montre, l'heure se lit sans difficulté. Un dernier point souligne le souci du détail: la couleur des principaux index reprend celle des aiguilles afin de créer une harmonie bienvenue.

Le mouvement côté ponts a été travaillé de façon similaire même si au final le résultat est moins original que le côté face. L'ensemble est très proprement réalisé et j'apprécie notamment la façon dont le rochet et la roue de couronne ont été évidés, rappelant la dynamique de la roue à cinq rayons. L'Unitas de cette Tissot possède sa réserve de marche standard de 48 heures et se remonte aisément grâce à une couronne nervurée.

Le boîtier de 43mm en acier est cohérent avec la présentation du mouvement. C'est d'ailleurs plus que de la cohérence mais un vrai lien qui existe comme le prouve la forme des cornes qui reprend celle des rayons. Cette idée est vraiment une réussite car de façon instantanée, la T-Complication Squelette apparaît dans sa globalité comme aboutie et bien pensée.


Le diamètre conséquent du boîtier ne s'oublie pas une fois la montre mise au poignet puisque les cornes, très présentes, accentuent la perception de la taille. Cependant, Unitas oblige, il aurait été dommage de ne pas profiter des dimensions généreuses du mouvement. La T-Complication Squelette n'est pas une montre squelette dans le sens traditionnel du terme qui correspond à un travail d'évidage d'un mouvement plein. L'Unitas qui équipe cette Tissot a été usiné tel quel mais le résultat est très convaincant dans ce contexte de conception industrielle. Malgré la taille, le mouvement est très plaisant à observer des deux côtés et surtout la montre donne l'impression d'avoir une approche esthétique pérenne, à la fois contemporaine et classique, évitant le risque d'être très rapidement démodée.

Le prix de 1.470 euros de la Tissot T-Complication Squelette se situe plutôt dans la fourchette haute des montres équivalentes. Cependant, rares sont celles qui présentent un travail aussi abouti et une telle cohérence d'ensemble. Tissot a donc rempli sa mission en présentant une montre qui peut fièrement servir de porte-drapeau de sa nouvelle ambition horlogère.

Les plus:
- la découpe du mouvement côté face qui donne un style très dynamique
- le rappel entre les rayons du mouvement et les cornes
- le nom de la marque discrètement positionné sur le côté

Les moins:

- j'aurais préféré que les aiguilles soient intégralement évidés

mercredi 21 août 2013

Harry Winston: Ocean Tourbillon Jumping Hour

Décidément, Harry Winston aime jouer avec les Tourbillons. Un an après la sortie de l'Ocean Tourbillon Big Date, Harry Winston récidive autour du même thème avec l'Ocean Tourbillon Jumping Hour. Les deux montres partagent en effet le même objectif, celui de rendre le Tourbillon le plus aérien et le plus spectaculaire possible. Cependant, la toute nouvelle déclinaison possède les petits plus qui la rendent encore plus séduisante que sa devancière.



La recette semble pourtant identique avec la même organisation de cadran (la partie inférieure dédiée au Tourbillon et la partie supérieure consacrée à l'affichage du temps et à la complication), le même boîtier de 45,6mm et la même base de mouvement en provenance de chez Dimier. Et pourtant, les évolutions esthétiques qui sont apportées à l'Ocean Tourbillon Jumping Hour lui permettent de proposer un effet tri-dimensionnel encore plus spectaculaire. Il y a deux raisons qui peuvent expliquer l'attraction qu'elle exerce sur notre regard.

La première raison est due à l'affichage. Contrairement à l'Ocean Tourbillon Big Date qui utilisait deux sous-cadrans, l'Ocean Tourbillon Jumping Hour n'en utilise qu'un seul. Ce cadran étant  positionné à 12 heures, Harry Winston put ainsi travailler sur la zone périphérique en proposant un traitement similaire à celui du Tourbillon. L'espace libéré permet de créer une structure qui soutient le sous-cadran par 4 ponts évidés. Ces ponts étant obliques et légèrement inclinés, ils contribuent à l'impressionnant effet de relief: le sous-cadran est non seulement  au premier plan mais il semble sur le point de sortir de la montre telle une soucoupe volante au décollage! Le style épuré du sous-cadran est également un atout dans ce contexte. Grâce au système des heures sautantes, Harry Winston s'affranchit de la présence d'aiguilles. Les heures sont indiquées par le biais d'un guichet placé entre le logo de la marque et la graduation des minutes. Les minutes sont sont affichées par une très discrète flèche rouge qui parcourt la graduation. Je dois avouer qu'il faut parfois un peu de temps pour la retrouver mais ce système permet de rendre le guichet parfaitement lisible à n'importe quel moment.


La seconde raison qui explique cette réussite esthétique est bien entendu le traitement du Tourbillon. La façon dont il est présenté au sein de l'Ocean Tourbillon Big Date est réellement superbe, semblant flotter dans l'espace. Les ponts du Tourbillon de chaque côté de la montre sont parallèles afin de donner l'impression que le vide a été totalement fait autour. La démarche est différente avec l'Ocean Tourbillon Jumping Hour. Si nous retrouvons les 4 ponts évidés, ils ne sont plus parallèles. L'espace est donc plus occupé et ce d'autant plus qu'une délimitation circulaire a été insérée à la périphérie du Tourbillon. Cette délimitation crée avec la forme du sous-cadran une sorte de 8 qui plaira assurément à la clientèle asiatique! J'aime personnellement beaucoup cette forme qui pour moi symbolise l'infini, un clin d'oeil bienvenu compte tenu du Tourbillon qui flotte dans l'air.



Au niveau strict du Tourbillon, le résultat est peut-être moins impressionnant qu'avec l'Ocean Tourbillon Big Date. Alors que la première montre propose une partie pleine et une partie vide pour jouer avec ce contraste, la seconde adopte la solution de l'homogénéité  esthétique sur l'intégralité du cadran. Ainsi, malgré un Tourbillon qui est confiné dans une zone plus restreinte, l'ensemble devient plus spectaculaire visuellement grâce à un effet de relief qui joue dorénavant avec l'ensemble des éléments alors qu'il n'était pratiquement réservé qu'au Tourbillon auparavant.  Incontestablement, l'Ocean Tourbillon Jumping Hour  m'apparaît plus réussie que sa devancière malgré les qualités de cette dernière. Ce n'est pas uniquement dû à cet effet de relief. Elle semble aussi plus légère, plus aérienne... comme si finalement elle allait totalement au bout du concept qui était entrevu avec l'Ocean Tourbillon Big Date.



Ce sentiment prédomine d'ailleurs en retournant la montre. Malgré une architecture de mouvement similaire, la décoration de la nouvelle montre m'a paru plus aboutie. Ce ne sont pas les quelques ajourements et ouvertures qui me conduisent à cette réflexion. Ils restent relativement discrets et ne marquent pas un pas décisif par rapport au mouvement antérieur. L'astuce a consisté à utiliser un traitement DLC noir pour les platines et ponts inférieurs afin de mettre plus en valeur les éléments supérieurs du mouvement. Les ponts de l'aiguille de l'indicateur de réserve de marche et des rouages se détachent nettement tout comme la partie dédiée au Tourbillon. De même, la lecture de l'indicateur de réserve de marche devient plus aisée et les vis bleuies, omniprésentes, deviennent plus discrètes. Finalement, sans grand changement dans la présentation du mouvement, Harry Winston arrive à le rendre encore plus agréable à regarder grâce à cette approche plus subtile. Les finitions demeurent au même niveau, c'est-dire excellentes. J'apprécie toujours autant la forme des ponts, les volumes et le style contemporain du mouvement. Ce dernier possède des performances appréciables avec une fréquence de 4hz et une réserve de marche de 110 heures obtenue grâce à 2 barillets en série.



C'est un vrai régal que de porter cette Ocean Tourbillon Jumping Hour. Certes, il faut faire un effort pour profiter du spectacle magnifique proposé par le montre. En effet, le boîtier de 45,6mm en or gris ou en or rose ne s'adresse pas à tous les poignets compte tenu de son gabarit, malgré une épaisseur  contenue à 13,2mm. Mais le jeu en vaut la chandelle! Cette taille permet de profiter à la fois de la révolution dégagée du Tourbillon, de son flottement dans l'air et de la suspension du sous-cadran.



La vitesse de révolution de la cage du Tourbillon est standard avec un tour complet effectué en 60 secondes. Le petit shuriken qui est utilisé comme indicateur de marche est toujours présent sur le Tourbillon et c'est une façon discrète d'insérer cet élément indissociable du style Harry Winston. Le Tourbillon conserve son caractère hypnotisant et pourtant, au final, le plaisir vient essentiellement du sentiment de légèreté esthétique que la montre procure. La structure basée sur les ponts évidés qui suspendent les éléments clé, Tourbillon et sous-cadran, surprend et séduit. Plus qu'une montre, l'Ocean Tourbillon Jumping Hour apparaît comme une construction architecturale extrêmement poussée tel un ouvrage d'art. Et c'est bien ce point qui au final explique pourquoi elle constitue une avancée incontestable par rapport à sa devancière. Je peux vous le confirmer: une fois au poignet, il est pratiquement impossible de la quitter du regard car son pouvoir de séduction est irrésistible.



L'Ocean Tourbillon Jumping Hour est  disponible en 100 exemplaires en or gris et 200  en or rose sans oublier 20 pièces supplémentaires serties.

Merci à l'équipe Harry Winston pour son accueil pendant la Foire de Bâle 2013.

Les plus:
+ une véritable prouesse esthétique qui dégage un sentiment de légèreté
+ l'effet quasiment en trompe-l'oeil du sous-cadran proéminent
+ le système d'heures sautantes, idéal dans ce contexte
+ la longue réserve de marche

Les moins:
- le diamètre imposant du boîtier ne s'adresse pas à tous les poignets
- la flèche des minutes n'est pas très visible

mardi 20 août 2013

Peter Speake-Marin: Triad

Dévoilée à la Foire de Bâle 2013, Triad est une montre très importante pour Peter Speake-Marin car elle symbolise le point de départ de sa nouvelle collection qui porte le nom prometteur de "Mechanical Art". A travers les caractéristiques de Triad, nous arrivons à deviner les objectifs poursuivis et les idées incarnées par les futures composantes de cette collection. J'ai la conviction que c'est le meilleur de Peter Speake-Marin qui s'y retrouvera à travers une approche qui combinera intérêt mécanique, originalité et émotion. Ce ne sera certes pas la première fois que Peter Speake-Marin arrivera à jouer avec l'ensemble de ces ingrédients mais j'ai le sentiment qu'auparavant la démarche artistique prenait le pas sur la particularité mécanique.


C'est là tout l'intérêt de Triad: au-delà du chemin qu'elle trace pour l'avenir de la marque, elle se caractérise par une véritable mise en scène d'une partie des éléments mécaniques qui la composent. Cette mise en scène n'est pas anodine car elle conduit immanquablement à une réflexion sur le temps qui passe, sur les différentes étapes de la vie... Triad est donc bien plus qu'un affichage original du temps, elle incite aussi à se poser des questions. C'est presque une montre philosophique!

Je dois avouer que Peter Speake-Marin m'avait montré un prototype l'année précédente et même si j'avais été séduit par le jeu des roues sur le cadran, je n'avais pas à ce moment-là perçu les idées, les concepts qu'elle était sensée incarner. La version finale ne laisse pas la place à la moindre hésitation. En la découvrant, je fus immédiatement transporté dans l'univers singulier de Peter Speake-Marin.


Triad (Triade en français) signifie un ensemble de 3 éléments intimement liés entre eux. En musique, il s'agit d'un accord de 3 notes et cette définition est rappelée sur la lunette interne. Considérons chaque paire d'aiguilles comme une note de musique et cet ensemble de 3 notes crée une représentation, une harmonie qui décore le côté face de la montre. Je ne peux utiliser le terme de cadran car il n'y en a point. Ce sont ces aiguilles, ces roues sans oublier le symbole central cher à Peter Speake-Marin, jouant ici le rôle de trotteuse, qui remplacent le cadran. A la limite, la lunette interne reprend la fonction de repère du cadran en portant les 4 chiffres romains situés aux points cardinaux de la montre. L'ironie est que ces chiffres ont finalement peu d'utilité si ce n'est de rappeler que les paires d'aiguilles, même si elles ne sont pas directement liées à eux, sont orientées de façon traditionnelle. Pour les 3 indicateurs, midi est bien positionné à la verticale et l'axe 3-9 heures est strictement horizontal. Ce rappel n'est pas incongru car les 3 paires d'aiguilles dessinent un triangle équilatéral oblique autour de la roue de la trotteuse.


Incontestablement, la magie opère. Tout d'abord ce sont les roues dorées, la roue centrale en or qui se remarquent. Puis les roues situées en arrière plan. Cette structure crée un effet de relief surprenant qui se détache nettement de la plaque rhodiée. Les aiguilles en acier bleui semblent être animées par une machine étrange digne de l'imagination d'un Jules Verne. Puis la question fondamentale se pose: à quoi sert ce triple affichage du temps?

De façon très simple, j'ai envie de dire que la synchronisation des aiguilles forme un ballet lent mais toujours harmonieux. Le résultat est tout simplement beau et fascinant. Heureusement, la roue centrale apporte sa dynamique qui permet d'animer le cadran sinon l'ensemble aurait pu paraître un peu trop inerte.

Mais c'est en poursuivant la réflexion que tout l'intérêt de l'affichage apparaît. Il nous interpelle sans cesse en nous rappelant que la vie est composée de trois étapes majeures: la jeunesse, le maturité, la vieillesse. A moins qu'il ne s'agisse des 3 moments de la journée, le matin, l'après-midi, le soir... N'est-elle pas la représentation de n'importe quelle période temporelle qui est toujours composée d'un début, d'un milieu et d'une fin? La montre ne rappelle-t-elle pas que dans le passé, le présent ou l'avenir, le temps s'écoule toujours de la même façon? A vrai dire, chacun y trouvera sa propre définition en fonction de sa culture, de ses perceptions, de ses sentiments. Mais je pense surtout qu'au final, Triad doit nous amener à réfléchir sur la façon dont nous utilisons notre temps. 


Pour atteindre un tel objectif conceptuel, il faut que la qualité de l'exécution soit au rendez-vous. Elle l'est grâce à une finition irréprochable des éléments qui composent le cadran. Grâce aux différentes couleurs, à l'effet de profondeur provoqué par les niveaux successifs et au plaquage au rhodium qui apporte son éclat, Triad est avant tout esthétiquement réussie même si je trouve que la lunette interne aurait gagné à être moins "bavarde".

Le boîtier Piccadilly propose des dimensions équilibrées avec un diamètre de 42mm pour une épaisseur de 13mm. Ni trop fine, ni trop épaisse, Triad est bien proportionnée. J'ai en revanche été moins convaincu par l'utilisation de la lunette en or rose combinée avec le boîtier en acier. Certes, elle apporte de la chaleur et elle combine idéalement avec les roues du cadran. Cependant, n'étant pas un fan absolu des montres bicolores, j'aurais préféré l'utilisation d'un boîtier totalement en or rose.


Le mouvement qui équipe Triad est connu puisqu'il s'agit de l'Eros 2, un mouvement TechnoTime entièrement usiné pour répondre aux spécificités définies par Peter Speake-Marin. Il possède donc les caractéristiques habituelles de cette famille de mouvement avec une fréquence de 4hz et une réserve de marche appréciable de 120 heures. Je retrouve avec plaisir la masse oscillante caractéristique avec ses trois branches, de nouveau un clin d'oeil au chiffre 3. Même s'il ne possède pas la noblesse d"un SM2, il s'agit d'un mouvement fiable et performant qui est bien adapté au contexte de Triad.

Triad est une montre qui prend toute sa dimension une fois mise au poignet. Les 3 paires d'aiguilles fascinent, intriguent, interpellent et finissent par séduire. L'avantage est que, quel que soit le poignet, il y a toujours un affichage du temps situé près de la lunette. La lecture n'est certes pas d'une très grande précision compte tenu de la taille des aiguilles et de l'absence d'index. Mais qu'importe! Cette triple approximation fait partie du charme de la montre qui se porte avec confort par ailleurs. Attention cependant à la taille des cornes: Triad possède un gabarit plus important qu'une montre de diamètre équivalent.


Avec Triad, Peter Speake-Marin débute de façon magistrale sa nouvelle collection. Plus qu'une simple prouesse mécanique, Triad nous conduit à une réflexion sur le temps qui passe et sur son utilisation. N'est-ce pas là la plus belle des complications?

Merci à Peter Speake-Marin et à son équipe pour leur accueil pendant la foire de Bâle 2013.

Les plus:
+ le lent ballet des 3 paires d'aiguilles qui définit tout le caractère original de Triad
+ la beauté de la mécanique visible côté face
+ les finitions
+ la longue réserve de marche du mouvement

Les moins:
- une lunette interne trop "bavarde"
- le choix d'un boîtier bicolore