dimanche 30 juin 2013

Greubel Forsey: Double Tourbillon Asymétrique

Le Double Tourbillon Asymétrique n'est pas à proprement parler une montre qui symbolise une avancée technique pour Greubel Forsey car elle réinterprète un de leurs thèmes favoris, le Double Tourbillon 30°. Cependant, elle mérite beaucoup d'attention car la façon dont le Double Tourbillon est mis en valeur tranche avec les autres montres de la collection que ce soient les Technique, Historique, Vision, Secret ou même l'Invention Pièce 1.

Je considère le Double Tourbillon Asymétrique comme une sorte de montre de synthèse qui arrive à combiner avec succès le caractère envoûtant du comportement du Double Tourbillon avec le positionnement décalé spécifique aux différents Tourbillons 24 secondes. L'idée est  extrêmement séduisante car le Tourbillon 24 secondes, qui se distingue déjà  par sa vitesse de rotation et par son inclinaison semble entrer dans une autre dimension du fait de son emplacement particulier. Le Double Tourbillon ne peut donc que profiter d'un tel atout mais encore faut-il que la réalisation soit à la hauteur de nos espérances et que la magie soit au rendez-vous. Après tout, les idées qui semblent les plus évidentes peuvent être les plus difficiles à concrétiser.


Le Double Tourbillon Asymétrique n'est pas une simple transposition du Double Tourbillon dans le contexte esthétique du Tourbillon 24 secondes. Si la montre est au final une réussite, c'est grâce à plusieurs éléments concrets qui, une fois combinés, définissent son caractère propre.

Le premier élément est le style plus épuré  du cadran qui tranche radicalement avec les Historique et Technique. Je retrouve d'une certaine façon la simplicité des Vision et Secret tout en possédant le soupçon d'originalité supplémentaire. Cette originalité se manifeste à travers l'indicateur sectoriel par disque de la réserve de marche dont le travail esthétique est extrêmement abouti afin de l'insérer dans le design global du cadran. L'aiguille rouge rappelle la trotteuse tandis que la décoration de la zone qui lui est dédiée, symbolisée par 3 arcs de cercle de couleurs différentes, crée une sorte de point d'équilibre par rapport à l'excroissance du boîtier diamétralement opposée. L'Asymétrique a beau être... asymétrique, elle n'en demeure pas moins équilibrée et cette zone de réserve de marche, grâce à sa très subtile proéminence y contribue. J'apprécie également la taille réduite du sous-cadran de la trotteuse qui permet de libérer de l'espace autour de la zone du Tourbillon. La trotteuse parcourt donc une graduation classique ce qui n'est pas le cas du Tourbillon 24 secondes qui, du fait de la taille du sous-cadran utilise une double-graduation et une aiguille bipale. 


Le deuxième élément est la taille de l'ouverture du cadran qui permet de profiter pleinement de l'évolution du Double Tourbillon. Il ne s'agit évidemment pas d'une grande nouveauté puisque Greubel Forsey a l'habitude de pratiquer de telles ouvertures. Son large contour dévoile de façon ample et spectaculaire le Double Tourbillon sans que la trotteuse ne vienne le survoler.

Le troisième élément est l'utilisation d'un pont de Tourbillon à bras unique qui malgré son épaisseur, me donne l'impression d'être moins présent visuellement que le pont à double bras du Tourbillon 24 secondes ou de la GMT. 

Le quatrième élément est l'intégration réussie de l'excroissance: elle se ressent, elle déforme les lignes du boîtier mais elle n'est nullement choquante car elle ne provoque pas de cassure esthétique. Elle permet grâce à son ouverture latérale d'observer le Double Tourbillon dans le sens de la hauteur ce qui prend tout son sens compte tenu du ballet des deux cages. La lumière diffusée par cette ouverture améliore également la visibilité du spectacle lorsqu'il est observé de façon traditionnelle, les yeux face au cadran.

Le dernier élément qui parachève la réussite de la pièce est l'architecture du mouvement côté ponts. Je suis très sensible à ce type de construction qui propose une platine périphérique dont les avancées concentriques forment les ponts. Les deux barillets se distinguent clairement tout comme leurs impressionnants rubis.Les performances du mouvement sont, sans surprise, conformes aux standards de Greubel Forsey: une réserve de marche de 72 heures et une fréquence de 3hz. Les deux barillets, à rotation rapide, sont en série et l'un d'entre eux est équipé d'un ressort à bride glissante pour éviter les surtensions.


Je pourrais évidemment parler longuement des finitions  du Double Tourbillon Asymétrique mais malgré leur caractère exceptionnel, elles sont dans les critères traditionnels de Greubel Forsey. Il y a toutefois un point qui me séduit imparablement. C'est le contraste entre le style du cadran, faussement simple, rempli de détails, de légers effets de relief, de décrochages, de cerclages, qui joue avec les différentes teintes de gris et l'esthétique du mouvement à l'arrière de la montre qui fait la part belle au maillechort grené et aux imposants barillets. J'ai presque l'impression d'avoir deux mondes qui s'opposent avant de finir par se rejoindre: celui de la délicatesse côté cadran et celui de la puissance côté mouvement.

Tous ces détails, cette qualité d'exécution n'ont de sens que si au final, le Double Tourbillon est véritablement sublimé par sa présentation  inhabituelle et sa position excentrée. En la mettant au poignet, je découvre finalement ce qui fait la grande force de cette montre. Toute la magie habituelle du Double Tourbillon est conservée: grâce à  l'inclinaison de 30° du Tourbillon intérieur, aux vitesses de rotation des deux cages (une révolution par minute pour la cage intérieure, une toutes les 4 minutes pour l'extérieure), au diamètre du balancier supérieur à 10mm, le spectacle proposé est toujours aussi hypnotisant. Mais il va encore plus loin!


En effet, le Double Tourbillon n'est pas exactement le même que celui des autres montres. La cage extérieure a été retournée. Elle se retrouve au premier plan ce qui rend le jeu des rouages qui l'anime particulièrement visible. Observer le Double Tourbillon Asymétrique permet de profiter à la fois de l'évolution de l'organe régulant mais également de la rotation propre de la cage externe sans que la vision du Tourbillon intérieur ne soit altérée. Un vrai régal pour les yeux car même si la cage extérieure est plus lente, sa vitesse de rotation est suffisamment rapide pour être perceptible. C'est incontestablement  le plus de la montre car pour le reste, j'ai vraiment eu l'impression de me retrouver en terrain connu. Le diamètre du boîtier (43,5mm) et son épaisseur (16,13mm) sont ainsi fidèles à ceux des autres Double Tourbillon et le plaisir de porter une montre lourde demeure. La taille et le poids de la pièce ne conviendront pas à tous les poignets mais ces caractéristiques font partie du style Greubel Forsey.


Le Double Tourbillon Asymétrique est une montre qui m'a beaucoup plu car Robert Greubel et Stephen Forsey ne sont pas contentés d'appliquer la recette du Tourbillon 24 secondes au Double Tourbillon comme le prouve le retournement de la cage extérieure. L'apparente simplicité du cadran confirme aussi l'évolution vers une approche stylistique plus épurée que j'apprécie.

Le Double Tourbillon Asymétrique, qui fut présenté en avril 2013, est commercialisé dans le cadre d'une série limitée de 11 pièces en or gris et de 11 pièces en or rouge.

Merci à Stephen Forsey pour le temps qu'il m'a consacré.

lundi 24 juin 2013

Gustafsson & Sjögren: Winter Nights Edition Purists

Patrick Sjögren, l'horloger et Johan Gustafsson, le coutelier, se sont rencontrés en 2007 et très vite, ils décidèrent de combiner leurs talents pour produire des montres qui mettraient en valeur leur passion partagée pour l'artisanat traditionnel scandinave.

Depuis plusieurs années les montres Gustafsson & Sjögren (GoS) se caractérisent par leur approche esthétique unique fondée sur les multiples possibilités de motifs et de décorations qu'offre l'acier damassé. Partant d'une base horlogère sans complication, Gustafsson et Sjögren travaillent les cadrans, les boîtiers et les aiguilles pour nous proposer un résultat surprenant qui parvient à nous transporter dans un univers nordique mystérieux, envoûtant et presque mélancolique. Le plus difficile dans ce genre de démarche est de trouver la bonne alchimie. Il y a un subtil chemin à trouver entre le sentiment de ne pas aller assez loin dans l'originalité et le style démonstratif lourd. La grande force de Gustafsson et Sjögren est d'avoir réussi à l'emprunter car le dosage des différents éléments décoratifs est parfait, chaque composant rentrant en harmonie avec les autres.


La collection Nordic Seasons qui revisite les quatre saisons à travers de spectaculaires jeux de couleurs et dont chaque modèle est produit en 5 exemplaires a donné un coup de projecteur mérité sur les montres GoS. La façon dont les aciers damassés du boîtier et du cadran cohabitent, le contraste entre leurs couleurs du cadran et le rendu neutre du boîtier,  entre le motif central et celui de la lunette, la touche de relief apporté par les aiguilles, les index et l'indicateur de marche, tous ces détails contribuent au sentiment de se trouver face à une montre  fidèle à l'objectif que ses créateurs veulent atteindre.


La Winter Nights Edition Purists s'inscrit dans la lignée de la collection Nordic Seasons tout en allant encore plus loin dans l'ambition esthétique en s'attaquant franchement à la décoration du mouvement. En effet, la Winter Nights semble de prime abord très proche d'une Nordic Seasons. Je retrouve ainsi avec plaisir le boîtier d'une diamètre de 45mm, l'anneau des index qui me fait penser à une couronne médiévale, la forme agressive et pourtant élégante des aiguilles et l'indicateur de marche, que je n'ose appeler trotteuse qui n'est pas sans évoquer le shuriken d'Harry Winston... Incontestablement, je suis en terrain connu. Et pourtant, en retournant la montre, quel changement radical!

Grâce à l'utilisation d'un mouvement exclusif développé par Martin Braun et Patrick Sjögren, la Winter Nights Edition Purists propulse GoS dans une nouvelle dimension, celle où une cohérence totale se crée entre la mécanique et l'esthétique.


Le mouvement GoS caliber 1 possède des caractéristiques similaires à l'Unitas de la collection Nordic Seasons: un diamètre de 36mm, une basse fréquence (2,5hz) et une réserve de marche de 72 heures. Ce n'est donc pas vraiment du point de vue des performances pures que se situe la plus-value du mouvement même s'il est toujours appréciable d'un posséder un avec une certaine exclusivité et que son contenu horloger, Martin Braun oblige, est solide. A vrai dire, son principal atout est la liberté d'intervention qu'il donne à Johan Gustafsson. La platine principale et les ponts en acier damassé donnent l'impression de former une platine 4/5. Leurs motifs rappellent bien entendu ceux se trouvant du côté face de la montre tout en étant différents. Leur continuité apporte la preuve du soin apporté aux détails. Vous noterez que la forme particulière de l'indicateur de marche est reprise sur le rochet tel un rappel du cadran. Les dents du rochet et de la roue de couronne ont été revues. Enfin, Johan Gustafsson a même réussi à rendre discret l'incabloc ce qui n'est pas une mince affaire. J'apprécie beaucoup la beauté de ce mouvement, à la fois simple dans son architecture mais complètement magnifié par sa décoration inhabituelle et raffinée.


Si la montre dans son ensemble incarne parfaitement l'artisanat traditionnel, quelques détails trahissent la conception contemporaine du mouvement. Tout d'abord, l'indicateur de réserve de marche, symbolisé par une aiguille très discrète est situé sur la platine du mouvement. Aucune graduation n'a été apposée afin de profiter pleinement de l'acier damassé. Ensuite, l'ancre et la roue d'ancre sont en silicium.

D'autres différences plus subtiles existent entre la Winter Nights Edition Purists et ses devancières de la Nordic Seasons: l'épaisseur légèrement supérieure du boîtier (12,5mm vs 11mm) et la couronne un poil agrandie pour faciliter sa manipulation.


En revanche, un élément fondamental n'a pas changé: c'est tout simplement la beauté de la montre une fois mise au poignet. Le motif rappelant le grain du bois semble s'animer en fonction de la lumière, la lunette séduit par sa subtilité et la couronne se détache de l'ensemble grâce à sa couleur plus soutenue. Je comprends mieux comment Gustafsson et Sjögren ont réussi à trouver le parfait équilibre. La simplicité de la montre sert de cadre idéal à l'expression de leurs talents et évite tout effet baroque malvenu. Malgré la complexité du motif du cadran, les aiguilles, les index et l'indicateur de marche en or se distinguent nettement et la lisibilité de la montre demeure tout à fait satisfaisante. Tout le reste n'est qu'un magnifique mélange de formes, de couleurs, la Winter Nights devenant une sorte de kaléidoscope.

La Winter Nights Edition Purists est personnalisable:


Jamais finalement les réalisations respectives de Gustafsson et Sjögren n'ont été aussi imbriquées.  Le plus grand atout de la Winter Nights Edition Purists est de permettre cette fusion tout en conservant le même plaisir visuel provoqué par le cadran et la lunette. Je fus séduit par l'harmonie des couleurs, par la chaleur de l'or qui rehausse tout en douceur les teintes du cadran, par le diamètre imposant du boîtier, rendu nécessaire pour profiter pleinement des décorations, par l'originalité esthétique du mouvement... Simple et complexe à la fois, surprenante mais raffinée, la Winter Nights Edition Purists est selon moi une des montres les plus artistiquement abouties de ces dernières années. Dommage qu'elle ne soit disponible que dans le cadre d'une série limitée de 10 exemplaires!

Merci à Patrick Söjgren pour son accueil pendant la Foire de Bâle.

dimanche 23 juin 2013

Lange & Söhne: Lange 1 Timezone "Concorso d'Eleganza Villa d'Este"

Depuis 2012, Lange & Söhne fait partie des parrains du Concours d'Elégance de la Villa d'Este, un des événéments les plus exclusifs au monde. A ce titre, la manufacture saxonne a le privilège de créer la récompense remise au vainqueur du Concours: une Lange 1 Timezone en or gris spécialement adaptée au contexte de l'événement.


Il ne faut pas voir l'implication de Lange dans le Concours comme une énième démonstration des liens qui peuvent exister entre les mondes de l'horlogerie et de l'automobile. D'ailleurs, Lange ne commercialise aucune montre profitant de ce parrainage. L'ambition est ailleurs. Tout d'abord, le prestige du Concours, considéré comme le plus beau rassemblement de véhicules historiques, correspond bien à l'image d'exclusivité et de raffinement que veut transmettre Lange. N'oublions pas que dans le paysage horloger actuel, Lange demeure une marque jeune, ayant présenté sa première collection contemporaine en 1994. Donc tout ce qui contribue à fortement ancrer le positionnement de la marque au sommet de la pyramide du luxe est favorable. Ensuite, cette implication permet à Lange d'être en contact direct avec une clientèle à la fois très aisée et discrète. Une salle au sein de la Villa d'Este est  aménagée pour  présenter  la collection complète ainsi que la montre du vainqueur. Sa visite propose une véritable plongée dans l'univers de la manufacture et permet d'observer la précision des gestes du maître-graveur.


Je me suis demandé l'année dernière quelles étaient les raisons du choix de la Lange 1 Timezone comme montre dédiée au Concours d'Elégance. Je pensais qu'un chronographe comme le Datograph aurait été peut-être plus adapté à cet univers de véhicules historiques dont certains avaient été conçus pour participer à des compétitions. Mais finalement, la Lange 1 Timezone s'avère aussi logique. Après tout, la progression dans la mesure du temps a été rendue nécessaire par le développement des voyages et l'augmentation des distances à parcourir. Une montre qui incite aux voyages et aux longs déplacements, qui matérialisent les fuseaux horaires, est donc cohérente avec un tel rassemblement de véhicules.

La gravure qui orne le fond du boîtier:



La Lange 1 Timezone n'est pas une montre à heures universelles comme la présence de l'anneau des villes de référence pourrait le laisser supposer. Profitant de l'architecture du cadran de la Lange 1 d'origine, elle est en fait ce que j'appellerais une montre à deux fuseaux complexe. Elle accompagne  idéalement les personnes qui voyagent fréquemment ou qui travaillent avec des contacts situés dans un autre fuseau et qui ont besoin de connaître instantanément l'heure de l'endroit où ils se trouvent et celle de leur pays d'origine. Le poussoir additionnel sur la carrure gauche permet de déplacer l'anneau des villes et ainsi de changer la ville de référence face au repère situé à 5 heures dans le sous-cadran de droite. Automatiquement, l'heure affichée dans ce sous-cadran s'ajuste en fonction des déplacements de l'anneau. Chaque affichage (heure locale, heure de référence) est accompagné d'un indicateur jour&nuit. Quand à la trotteuse,  expulsée de son positionnement initial par le second fuseau, elle trouve une nouvelle place à l'intérieur du sous-cadran principal, à 6 heures.

Le boîtier à charnière permet de profiter du mouvement de la Lange 1 Timezone qui se reconnaît au premier coup d'oeil:


L'anneau des villes a évidemment un impact sur la taille du boîtier qui avec un diamètre de 41,9mm possède les mêmes dimensions que celui de la première Grande Lange 1.

3 éléments permettent de distinguer la Lange 1 Timezone du Concours du modèle de la collection permanente:
  • Como a remplacé Berlin comme ville de référence du fuseau GMT+1
  • la montre est équipée d'un boîtier à charnière
  • le fond du boîtier est orné de la gravure du blason du Concours d'Elégance avec l'année de sa création (1929)  et celle où le  propriétaire de la montre remporte le trophée. C'est ce dernier détail qui différencie les montres qui seront remises pendant toute la durée du parrainage avec le Concours.
 

La gravure a été exécutée par Peter Lippsich qui se devait d'être présent pour expliquer tous les efforts nécessaires à la maîtrise de son art.


Vous noterez ci-après la subtile disparité de teinte entre le cadran de la version platine (à gauche) et celui de  la version en or gris. L'autre différence est l'utilisation d'aiguilles luminescentes sur la version en or gris.


A défaut de pouvoir porter la montre du vainqueur, je vous propose une photo devant le lac de Côme avec la Lange 1 Timezone platine au poignet:


La Lange 1 Timezone dédiée au Concours d'Elégance de la Villa d'Este est une montre à la hauteur de l'événement grâce à son excellente qualité d'exécution et au plus apporté par le boîtier à charnière. Cette remarque me fait penser que Lange a peu utilisé un boîtier similaire, une seule autre montre me venant à l'esprit en dehors des commandes spéciales, la 1815 Walter Lange. Je pense que Lange aurait intérêt à l'utiliser un peu plus fréquemment compte tenu de son potentiel.

Je vous propose maintenant quelques photos qui décrivent l'atmosphère qui règne autour de ce spectaculaire rassemblement de véhicules prestigieux.

Les véhicules sont positionnés dans le parc de la Villa d'Este afin  que les invités puissent les découvrir de près  et discuter avec leurs propriétaires:


La parade débute en début d'après-midi et c'est d'une quarantaine de voitures, classées dans différentes catégories qui se présentent face au jury:


Le vainqueur de la catégorie "Best of Show" décerné par le Jury fut Ralph Lauren grâce à sa Bugatti 57 SC Atlantic Coupé:


Le choix fut sans surprise, tous les observateurs s'attendant à un tel succès compte tenu du caractère exceptionnel de la Bugatti. Cependant, j'ai regretté le côté un peu trop évident du nom du vainqueur. De plus, Ralph Lauren a une façon très clinique de concevoir sa collection de voitures anciennes. Elles semblent toutes flambant neuves et l'absence d'une véritable "patine" peut surprendre. 

La question est de savoir si le poignet de Ralph Lauren abandonnera les montres qui portent son nom sur leurs cadrans au profit de la Lange 1 Timezone. Je lui conseille vivement d'effectuer ce changement!


D'autres véhicules méritaient selon moi d'attirer tout autant l'attention du jury pour la catégorie "Best of Show" comme cette magnifique Lamborghini 350 GTV de 1963:


En tant que fan d'Amicalement Votre, je ne pouvais pas rater l'Aston Martin de Brett Sinclair!


Le plateau rassemblait de véritables ovnis comme cette Lancia Sibilo! Comme quoi, il n'y a pas que dans l'horlogerie que nous pouvons rencontrer de drôles de machines!


Pour plus de détails sur les véhicules du Concours 2013, je vous invite à visiter le lien suivant sur PuristSPro qui contient mon compte-rendu complet:

Je tiens  à remercier chaleureusement l'équipe de Lange & Söhne pour son invitation qui m'a permis d'assister à cet événement exceptionnel.


mercredi 19 juin 2013

Breguet: 5277

Le cru 2013 de Breguet est à mon humble avis de très bonne qualité en  proposant avec la même réussite un éventail de montres plus ou moins compliquées. La montre que je préfère dans cette nouvelle collection est après réflexion, la référence 5277. Elle réunit en effet tout ce que je recherche dans une montre Breguet: l'esthétique caractéristique, de jolies finitions, un intérêt mécanique certain et le soupçon d'originalité qui la distingue d'autres montres équivalentes.


La pierre angulaire de la 5277 est la réserve de marche. A vrai dire, tout tourne autour. Du point de vue horloger d'abord. Le mouvement 515DR à  remontage manuel comporte une innovation  développée conjointement par Breguet et  Nivarox. Le ressort du barillet utilise un nouveau type d'acier inoxydable qui permet dans un volume donné d'augmenter la réserve de marche. Compte tenu des propriétés de l'alliage, Breguet et Nivarox ont pu réduire significativement le diamètre de la bonde et ainsi placer un plus grand nombre de tours d'enroulement en respectant la taille du barillet. L'autre vertu de l'alliage est son comportement constant au fur et à mesure que le ressort se dévide. Ainsi,  la stabilité du couple est  maintenue même après un certain écoulement de la réserve de marche. Le fait de s'appuyer sur les propriétés de l'alliage simplifie la tâche de Breguet qui n'est pas obligé d'associer à son mouvement un système de type force constante pour obtenir un résultat analogue. J'espère donc que Breguet communiquera par la suite sur les performances chronométriques du mouvement en fonction du niveau de réserve de marche afin d'étayer sa démonstration. Il n'y a aucune raison de ne pas leur faire confiance sur le sujet puisque l'alliage a la vocation d'être déployé plus largement au sein de Swatch Group ce qui est un signe de confiance.

Le barillet seul ne fait pas la réserve de marche et bien évidemment, un soin particulier a été apporté sur l'organe régulant. Au delà de l'échappement à ancre en ligne, Breguet a, comme de coutume dorénavant, utilisé son spiral en silicium pour réduire la consommation en énergie. Je dois avouer que l'idée de trouver du silicium dans une montre Breguet m'est toujours un peu difficile mais petit à petit elle fait son chemin dans ma tête. Je suis moins choqué aujourd'hui que je ne le fus. Mais ce n'est pas encore l'adhésion totale.


Tous ces efforts combinés permettent d'atteindre une réserve de marche de 96 heures pour une fréquence de 4hz alors que la montre propose une taille très raisonnable (38mm de diamètre). Une telle réserve de marche est intéressante car le propriétaire de la montre peut la laisser lors d'un week-end prolongé et la récupérer sans avoir besoin de la régler de nouveau ce qui est appréciable. Pour le reste du temps, c'est évidemment moins utile puisque le remontage quotidien demeure presque un rituel avec une montre aussi élégante et plaisante à manipuler.

Le mouvement 515DR est du point de vue visuel assez réussi avec des formes de ponts tarabiscotées mais non dénuées d'intérêt. Cependant, astucieusement, Breguet a escamoté quelques difficultés et j'aurais aimé trouver un ou deux angles franchement rentrants alors que la forme des ponts en était presque une invitation. Dommage de ne pas être allé jusqu'au bout des intentions. La décoration du mouvement, discrète et raffinée, colle parfaitement à l'esprit de la montre. Il n'y a donc aucun reproche à faire à ce niveau.


La réserve de marche, ou plutôt son indicateur, joue ensuite un rôle esthétique important. Il zèbre  le cadran en dessinant un arc de cercle, telle une virgule, dans le quart supérieur droit. Alors que certaines marques seraient tombées dans le classicisme ennuyeux, la Breguet 5277 devient d'un coup plus excitante! Le 96 au bout de l'indicateur ne choque même pas. C'est un nombre intéressant composé de deux chiffres symétriques et qui se lit à l'endroit et à l'envers. C'est là toute la magie de Breguet: chaque élément pris indépendamment fleure bon le côté le plus traditionnel de l'horlogerie: les aiguilles bleuies à pomme évidée, le cadran en or guilloché avec le motif clous de Paris sur sa partie centrale, les chiffres romains... Et pourtant, elle ne fait nullement vieillotte et elle est même emprunte d'une certaine modernité grâce à l'asymétrie du cadran.

Le diamètre de 38mm peut sembler petit selon les standards d'aujourd'hui. Il est cependant parfait dans ce contexte. Tout d'abord, la lunette est extrêmement fine si bien que l'ouverture du cadran est similaire à celle de montres plus grandes. Ensuite, la 5277 étant relativement fine (8mm), un plus grand diamètre l'aurait déséquilibrée. Puis demeure l'incontournable contrainte de la taille propre du mouvement. Avec ce diamètre, la présentation du cadran devient presque idéale et je sens bien que la position de l'axe de la trotteuse ne laisse par forcément beaucoup de marge pour un agrandissement sans risque de casser l'harmonie visuelle.


La 5277, que ce soit en or rose ou en or gris, m'a beaucoup plu une fois mise au poignet. J'aime son cadran, l'absence de date, la virgule de la réserve de marche et le charme habituel du boîtier avec ses cannelures latérales. Comme évoqué précédemment, la taille perçue est supérieure au diamètre réel et j'ai très rapidement succombé à ses attraits convaincants. J'aurais certes apprécié un peu plus de risques au niveau de la découpe des ponts du mouvement mais au final, Breguet a réussi dans son entreprise: la 5277 est une montre simple, élégante sans être ennuyeuse  et qui a en plus le bon goût de proposer une taille en cohérence avec sa destination. 

Merci à l'équipe Breguet pour son accueil pendant la Foire de Bâle 2013.

mercredi 12 juin 2013

Mondaine: Stop2Go

Amateurs de locomotives, passionnés d'aventures ferroviaires et lecteurs de la Vie du Rail, cette montre est pour vous! Mondaine a présenté au cours de Baselworld 2013 une des pièces les plus ludiques de la Foire. Elle est certes animé par un mouvement à quartz mais pas par n'importe lequel. Grâce au comportement de sa trotteuse, la Stop2Go permet d'assouvir le fantasme de tout spécialiste des chemins de fer suisses car elle reproduit presque fidèlement le comportement des 3000 horloges des gares helvétiques. 


Si vous observez attentivement une de ces horloges en attendant votre train (qui est supposé arriver à l'heure assurément), vous remarquerez que la trotteuse effectue une pause de 2 secondes à zéro avant de reprendre sa course. Cette pause est rendue nécessaire pour resynchroniser chaque horloge qui est alimentée électriquement. Mais alors, compte tenu de cet arrêt, comment fait-elle pour correctement afficher le temps? L'astuce est simple: la trotteuse effectue un tour complet de cadran en 58 secondes si bien qu'elle redémarre parfaitement une fois la minute précédente écoulée.


Mondaine, fournisseur de la montre officielle des Chemins de Fers Fédéraux depuis 1986, se devait après tant d'années de répondre à l'attente des personnes fascinées par cette suspension du temps. Car il y a, quand on y pense, une dimension quasiment surréaliste dans cette trotteuse. Alors que par définition le temps ne s'arrête jamais, les suisses mettent en pratique une horloge qui se fige 2 secondes par minute comme si elle devait reprendre sa respiration!

Pour arriver à un tel résultat, Mondaine utilise un mouvement à quartz spécialement conçu à cet effet. Cependant, j'imagine pour des raisons de consommation de la pile, la trotteuse ne possède pas la fluidité de celle de l'horloge d'origine. Mais après tout, qu'importe! En effet, Mondaine a fait réduire le pas de la trotteuse pour que l'arrêt soit nettement perceptible. Et bonne nouvelle: l'aiguille des minutes avance bien d'un saut juste avant la reprise du parcours de la trotteuse.

L'animation des aiguilles respecte bien l'arrêt de la trotteuse et le saut de l'aiguille des minutes:

 
Le design du cadran de la Mondaine Stop2Go est sans surprise et la taille du boîtier de 41mm permet de bien profiter de l'animation des aiguilles tout en conservant un gabarit raisonnable. L'originalité esthétique se situe au niveau de la couronne dont la forme s'insère parfaitement dans les courbes du boîtier. Le travail du designer Martin Drechsler se ressent dans ces détails qui rendent le boîtier plus subtil que d'habitude pour une montre de ce prix. J'apprécie notamment la façon dont les cornes sont intégrées dans le boîtier, telles un prolongement de la carrure. La manipulation de la couronne nécessite une petite habitude pour mettre la montre à l'heure car selon la position, le défilement des aiguilles est plus ou moins rapide.


La Mondaine Stop2Go n'est évidemment pas une montre de haute horlogerie et n'a pas d'autres prétentions que d'apporter une originalité bienvenue et attendue par les amateurs de la marque. Cependant, sa réalisation est soignée et elle possède un pouvoir de séduction que peuvent lui envier certaines montres bien plus coûteuses. L'utilisation du quartz prend ici tout son sens en permettant de faire profiter  de cette animation si particulière à un tarif qui reste raisonnable (358 euros). Alors, êtes-vous prêt à monter à bord du train suisse? Je dois avouer que je suis bien prêt à composter mon billet!

Merci à l'équipe Mondaine pour son accueil.

lundi 10 juin 2013

Haldimann: H11

Derrière son côté timide, Beat Haldimann est un sacré malin qui arrive à créer l'événement quasiment systématiquement à chaque Foire de Bâle. Nous l'avions laissé avec la H9, montre qui poussait la coquetterie à masquer l'affichage du temps, entraînant de fortes interrogations de la part des observateurs et collectionneurs. Le concept pouvait être perçu comme génial ou désespérant mais finalement, une sacré dose d'ironie se cachait derrière cette montre. Et l'ouïe devenait le sens majeur car il fallait coller la montre contre l'oreille pour en profiter.


En 2013, voici Beat Haldimann de retour et évidemment, il explore une nouvelle dimension de son talent tout en s'adaptant à certaines réalités économiques du marché en proposant une montre dont le prix se situe en-deçà de ces oeuvres précédentes. La H11 est une montre très pure qui se positionne  à l'opposé de la H9 car extrêmement lisible et véritablement conçue pour donner l'heure. Mais elle est également aux antipodes de la H1 car le mouvement semble construit à l'envers. Alors que sur la H1, le tourbillon central volant hypnotise le regard au point de faire oublier la paire d'aiguilles, sur la H11, ce sont les aiguilles qui reprennent le dessus au premier coup d'oeil. Elles sont les uniques éléments qui parcourent le cadran.


En revanche, alors que la H1 se montre discrète côté mouvement, la H11 dévoile tout son pouvoir de séduction une fois retournée. Le balancier central, magnifié par l'approche minimaliste et la sobriété de la décoration, devient l'acteur majeur de cette montre finalement beaucoup plus complexe qu'elle n'en a l'air.

Car si la H9 a suscité de l'incompréhension voire des ricanements, personne n'a oublié le formidable talent d'horloger de Beat Haldimann et son approche artisanale poussée à l'extrême. La H11 peut être considérée comme une montre à deux aiguilles ultime qui derrière un cadran dépouillé cache un mécanisme sophistiqué. La tâche qui consiste en effet à cumuler une paire d'aiguilles centrales avec un balancier lui-même central n'est pas aisée.


La H11 propose donc deux types de spectacle: l'un paisible, celui de l'affichage du temps côté cadran avec la lente évolution des aiguilles nullement perturbées par une trotteuse. L'autre, beaucoup plus dynamique, qui met en scène, outre le couple balancier & spiral, la roue d'échappement, l'ancre et le train de rouages. Dans cet environnement d'une rare sobriété, le pont central apporte son effet de relief sans masquer le balancier. Cet ensemble me fait penser à une sorte de lecteur de disques vinyles! La roue de couronne, le rochet, le cliquet et son ressort sont en revanche beaucoup plus traditionnels.

La finition du mouvement est similaire à celle du cadran, en reprenant un style "frappé" qui casse la monotonie et qui décore élégamment la platine. Côté cadran, les deux aiguilles aux extrémités évidées puisent leur inspiration dans les aiguilles d'une montre de poche réalisée par des lointains ascendants de Beat Haldimann à la fin du XVIIIème siècle. Elles constituent une nouvelle approche esthétique qui impliquera les autres montres de la collection puisque ces nouvelles aiguilles équiperont dorénavant les H1 et les H2.


Le diamètre du boîtier en platine est de 39mm. Certains détails donnent un petit supplément de caractère bienvenu comme la couronne en oignon et le rehaut légèrement incliné. La lunette est relativement épaisse mais heureusement, la pureté du cadran, sa couleur  et l'inclinaison du rehaut permettent à la H11 de conserver une taille perçue raisonnable.


La H11 est une montre jouissive à plus d'un titre. Outre la joie de porter une montre d'artisan, le fait que derrière cette apparente simplicité se cache un organe régulant délicat et enchanteur que seul le propriétaire de la montre a le loisir d'observer doit assurément décupler le plaisir. Un plaisir très égoïste qui va à l'encontre des H1 et des H2 qui se dévoilent à quiconque pose le regard sur elles. L'état d'esprit de la H11, toute en discrétion et en retenue est peut-être plus fidèle au caractère de son créateur.

Merci à Beat Haldimann pour son accueil à la Foire de Bâle.

dimanche 9 juin 2013

Artya: Son of Sound chronographe

C'était du côté du stand Artya que se trouvait une des montres les plus délirantes présentées à la Foire de Bâle 2013. Même si je suis habitué aux surprises avec Yvan Arpa, je dois avouer qu'il a réussi à m'étonner avec sa nouvelle ligne Son of Sound. Elle se distingue tellement du reste de la collection Artya qu'elle aurait presque méritée d'être développée au sein d'une marque dédiée. Après tout, s'il y a une activité qu'apprécie Yvan Arpa, c'est bien celle qui consiste à lancer des nouveaux projets.

Que ce soit par la forme du boîtier, par la façon d'afficher le temps, par les techniques décoratives, par les mouvements, tout finalement se distingue d'une Artya "traditionnelle" (si j'ose dire...). Son of Sound est une collection de montres qui rend hommage à la musique, au rock pour être plus précis. Si elle ne sollicite malheureusement pas l'ouïe (peut-être que cela viendra par la suite, je le souhaite), en revanche d'autres sens sont mobilisés comme la vue et le toucher.


La montre la plus représentative de la collection est l'édition UK chronographe qui se caractérise par son cadran en marqueterie de bois. Mais chaque version propose un boîtier en forme de tête de manche de guitare. Pour coller encore mieux à l'esprit recherché, les poussoirs évoquent les mécaniques et 4 cordes sont représentées sur le cadran. Le résultat est spectaculaire, déroutant et finalement séduisant pour peu que l'on puisse être attiré par des pièces originales et de caractère.

Yvan Arpa n'a pas fait dans la demi-mesure et c'est tant mieux. Le boîtier d'une largeur de 42mm impressionne par sa taille et par ses formes. Les 4 poussoirs sont positionnés sur les carrures incurvées et sont heureusement tous opérationnels. Car il ne faut pas se tromper: la Son of Sound est peut-être la montre la plus ambitieuse mécaniquement parlant chez Artya.


2 types de montres existent dans la collection: la première propose un double affichage rétrograde des minutes et des heures. La seconde est un chronographe avec date tel que vous pouvez le découvrir sur les photos.

L'heure est affichée par le biais du guichet supérieur, le plus important, tandis que la date apparaît dans le guichet inférieur. La grande aiguille est dédiée à l'indication des minutes. Les autres éléments sont dédiés au chronographe et à la trotteuse permanente. Je ne vais pas tourner autour du pot longtemps. La Son of Sound n'est pas une montre instrument. L'absence de graduation, de minuterie rend la lecture des informations, y compris celles du chronographe, très imprécise pour ne pas dire impossible. Mais est-ce vraiment l'essentiel ici?


A vrai dire, j'ai surtout le sentiment que la complication du chronographe est un prétexte pour jouer avec les poussoirs comme le ferait un guitariste avec les mécaniques de sa guitare. Les 4 poussoirs sont dédiés au réglage de la date, de l'heure, au lancement et arrêt du chronographe et à sa remise à zéro. Cela en fait donc 2 qui peuvent être manipulés à loisir! Il ne faudrait pas s'en priver car la sensation provoquée par l'activation de ses poussoirs est peut-être ce qu'il y a de plus jouissif à l'usage de cette montre.

Le mouvement qui équipe la Son of Sound chronographe  a été développé conjointement par Concepto et SC2, l'usine de composants horlogers qui appartient à Yvan Arpa. Ses performances sont classiques puisque le chronographe Concepto s'inspire du 7750, à savoir une fréquence de 4hz pour une réserve de marche de 48 heures. Il se distingue partiellement  à travers un fond transparent dont le verre est décoré par des motifs évoquant la musique. A noter que ce mouvement s'appelle Woodstock: ce serait à désespérer si nous n'arrivions pas à saisir l'univers dans lequel Yvan Arpa souhaite nous plonger!


L'intérêt de la Son of Sound chronographe est l'émotion qu'elle procure lorsqu'elle est mise au poignet. Il faut oublier sur le champ les raisonnements rationnels de lisibilité, d'aspect pratique, d'organisation de cadran même si elle ne pose pas de problème majeur en termes de confort grâce à la large boucle qui la maintient correctement. Elle est là pour évoquer le rock, les solos de guitare et les salles de concert et elle y arrive grâce à sa cohérence d'ensemble et à certains choix esthétiques judicieux et assumés.

La version UK n'est pas non plus dénuée d'intérêt du point de vue strictement décoratif. Le cadran en marqueterie est réussi et donne un côté qualitatif à l'ensemble. Les éléments appliqués, notamment les cordes en or, apportent aussi une touche de raffinement qui rehausse l'intérêt du cadran.  Evidemment, le gabarit de la montre, son style osé et son côté peu pratique ne séduiront absolument pas les amateurs de pièces classiques. La cible visée par Yvan Arpa n'est pas là: la clientèle qui sera plus sensible à une telle approche est celle des musiciens qui souhaiteront avoir une sorte d'évocation permanente de leur instrument favori au poignet. Le potentiel de personnalisation que la Son of Sound devrait d'ailleurs susciter quelques commandes particulières!

Merci à Yvan Arpa et à son équipe.

Julien Coudray: Classica 1548

La Classica 1548 fut présentée lors de la Foire de Bâle 2013. Il s'agit d'une montre importante dans le développement de la marque julien Coudray. Même si elle partage plusieurs points communs esthétiques avec la Manufactura 1528, elle symbolise cependant une orientation stylistique nouvelle de la part de Fabien Lamarche. En effet, grâce à son approche plus épurée et moins démonstrative, la Classica 1548 témoigne d'une plus grande maturité qui met mieux en valeur la qualité du travail des artisans qui oeuvrent au sein de la Manufacture.

Le premier élément qui surprend lors de la prime en main de la  Classica 1548 est l'absence du nom de la marque sur le cadran. Je pense que c'est une très bonne idée. Ce n'est évidemment pas un reniement: que ce soit dans l'architecture du mouvement ou dans la construction du cadran, je retrouve les idées directrices de Fabien Lamarche qui visent à réinterpréter de façon contemporaine la tradition horlogère française du XVIième siècle. De plus, le logo de la marque demeure à la place d'un cartouche du cadran à 8 heures. Le retrait du nom a une vertu. A une époque où les fausses légendes et les histoires montées de toutes pièces fleurissent dans l'horlogerie, un "1518" apposé sur le cadran peut être mal perçu et créer le risque de mettre sur le même plan l'approche sincère de la marque et celles, plus opportunistes, d'autres acteurs.


J'ai envie de dire que le cadran suffit en lui-même. Il est extrêmement rare de nos jours de voir une telle construction en 13 pièces. Au dessus de la couche en or massif émaillé, les cartouches bombés en émail grand feu, délicatement soulignés par leurs contours en or, définissent une composante essentielle du style julien Coudray. La finition du cadran est magnifique grâce à la combinaison de différents effets. J'apprécie par exemple beaucoup le travail effectué sur le chemin de la trotteuse.

Malgré sa pureté et sa simplicité, à aucun moment le cadran n'engendre l'ennui. Cela est dû aux multiples effets de relief: les cartouches bien sûr mais également le rehaut incliné sur lequel est gravée la minuterie. Mais l'élément que je préfère chez julien Coudray est la paire d'aiguilles grises au liseré bleui. Je suis invariablement sous le charme de ces aiguilles subtiles et raffinées qui se marient idéalement avec le cadran.


Une autre constante de julien Coudray que je retrouve sur le cadran de la Classica 1548 est le guichet d'indicateur de service qui devient une sorte de signature de la manufacture. Au bout de 4 ans de fonctionnement, une goutte d'huile en or émaillé apparaît dans le guichet pour signaler que le temps de la révision est arrivé. La montre photographiée est un prototype et l'emplacement définitif du guichet sera plus proche du sommet du cadran qu'il n'est sur les photos.

Le diamètre du boîtier en or ou en platine est de 43mm soit 4mm de plus que la Manufactura 1528. La montre respire donc mieux car je trouve la taille de la Manufactura un peu petite du fait de l'utilisation des cartouches qui réduisent la taille perçue. Une taille de 43mm peut sembler importante pour une montre élégante à 3 aiguilles mais elle me semble ici presque idéale compte tenu de la taille contenue de la partie centrale du cadran et de la forme très incurvée des cornes.


Si la Classica 1548 traduit une évolution esthétique, c'est bien côté mouvement que les principaux changements se manifestent. Que ce soient en termes d'architecture, de performance ou de décoration, le calibre JC 1548 tranche radicalement avec le JC 1528. Visuellement, il séduit plus facilement en étant plus ouvert, permettant ainsi de dégager 3 ponts dans la partie inférieure, à gauche de l'organe régulant. Ces 3 ponts supportent 3 roues dont la roue d'échappement qui se distingue nettement. Du fait de leurs hauteurs croissantes de la droite vers la gauche, ils forment une sorte d'escalier qui crée un sympathique effet de relief. Le balancier en titane et en or se remarque au premier coup d'oeil grâce à ses couleurs. L'ensemble du mouvement est très agréable à observer car, balancier à part, ses teintes sont très homogènes et ses courbes plaisantes. 


La décoration est  plus légère que sur le JC 1528 tout en conservant les mêmes critères de rigueur et d'excellence dans l'exécution des tâches de finition. Cette légèreté a un immense atout: en donnant une dimension visuelle plus simple au mouvement, elle met finalement en valeur des détails qui avaient tendance à être estompés par le côté baroque de la décoration du JC 1528. Je ne retiendrais qu'un seul exemple: les anglages s'apprécient mieux sur le JC 1548 car la discrétion des gravures permet de libérer de l'espace à proximité des bords des ponts et de la platine. La forme des ponts contribue également à ce sentiment.

L'utilisation du titane pour le balancier, d'un échappement original et d'un double barillet permettent de significativement augmenter la réserve de marche du JC 1548 par rapport à son alter ego à 3 aiguilles. En effet, la réserve de marche dépasse la centaine d'heures tout en conservant la fréquence de 4hz, Fabien Lamarche s'engageant en outre sur la stabilité de la précision sur cette centaine d'heures. Ce comportement stable est obtenu par la façon dont les 2 ressorts de barillet se dévident. Chaque barillet effectue un tour alternativement si bien qu'ils agissent tous les 2 de façon homogène et de concert.

Les différences entre le JC 1528 à gauche et le JC 1548 à droite:


L'autre avancée technique du nouveau mouvement est la présence d'un stop seconde avec retour à zéro. Lorsque la couronne est tirée, la trotteuse se fige à 12 heures afin de permettre un réglage précis de l'heure. Une fois la couronne poussée, la trotteuse redémarre.

Comme je l'ai déjà évoqué précédemment, les 43mm de diamètre ne m'ont nullement dérangé, bien au contraire. Le design traditionnel de la Classica 1548 trouve une dimension plus contemporaine grâce à cette taille élargie et à la pureté du cadran. Malgré son poids (le même matériau que le boîtier est utilisé pour le mouvement), la Classica 1548 se porte avec beaucoup de plaisir, les cornes épousant parfaitement le poignet. Plus encore que les cartouches, ce sont les aiguilles qui me fascinent. Le subtil liseré bleui dessine le temps sur les éléments du cadran avec élégance. Lorsqu'elle utilise un métal neutre comme le platine ou l'or gris, la Classica 1548 dégage un sentiment de discrétion qui me plaît beaucoup.


Je considère la Classica 1548 comme la montre la plus aboutie au sein de la collection julien Coudray. Grâce à une approche stylistique plus épurée et moins démonstrative, le design gagne en maturité et en raffinement. Le mouvement est très convaincant tant du point de vue technique qu'esthétique. La Classica 1548 est donc une réussite qui laisse entrevoir un très beau potentiel de développement pour la marque de Fabien Lamarche.


Merci à l'équipe julien Coudray pour son accueil.