lundi 7 janvier 2013

Urwerk: UR-210

Une des montres les plus marquantes de la première décennie fut Opus V d'Harry Winston qui permit de donner un grand coup de projecteur sur le talent de Felix Baumgartner. Elle combinait le système d'heure vagabonde avec une grande aiguille des minutes rétrograde. A la fin de l'heure, l'aiguille se désolidarisait du plot qui l'accompagnait pour revenir instantanément à zéro et se positionner face au plot suivant. Inutile de préciser que le changement d'heure se ressentait lorsque la montre était portée puisque le grand mouvement rétrograde s'opérait sur quasiment toute la hauteur du cadran. Opus V fut bien plus qu'un projet commun avec Harry Winston: elle permit le développement d'idées qui furent par la suite reprises dans l'UR-201.

Jusqu'à peu, Opus V constituait un cas à part dans les créations de Felix Baumgartner car à l'exception notable de la montre de poche, l'UR-1001, aucune Urwerk n'utilisait une aiguille rétrograde pour l'affichage du temps. Que ce soit avec les satellites ou les plots, le temps chez Urwerk s'écoulait toujours de façon continue, sans rupture, presque paisiblement. Avec l'UR-210, tout change: l'aiguille rétrograde est de retour en occupant le rôle principal de la montre. Mais réduire l'UR-210 à une nouvelle interprétation d'Opus V serait une erreur: l'UR-210 profite de toutes les avancées techniques développées par Felix Baumgartner pour devenir une véritable synthèse du savoir-faire de la marque.

Si l'UR-110 proposait une graduation des minutes verticale, l'UR-210 récupère en revanche la graduation horizontale habituelle. La lecture du temps s'opère donc de façon similaire qu'avec n'importe quelle Urwerk UR-20x: le chiffre indiqué sur l'aiguille qui parcourt la graduation des minutes est celui de l'heure en cours. Il se trouve toujours en face de la minute qui est en train de s'écouler. A noter que sur l'UR-210, les chiffres des quart d'heures se détachent nettement permettant ainsi d'améliorer la rapidité de la lecture. Un propriétaire d'une UR-20x ne sera donc nullement dérouté par l'affichage. En revanche, tout change autour: aiguille rétrograde tri-dimensionnelle, forme du boîtier, complications... l'UR-210 renouvelle le concept de ses devancières tout en restant fidèle aux grands principes de la marque. C'est peut-être là la plus belle réussite de cette montre: elle propose un environnement inédit même si le style Urwerk demeure présent.

Le premier changement immédiatement palpable est la forme du boîtier. Le boîtier de l'UR-210 en titane et acier est plus géométrique, plus agressif du fait des décrochages latéraux de la lunette et colle parfaitement à l'esprit de la montre: une aiguille rétrograde apporte du dynamisme, le boîtier se met ainsi au diapason. La couronne occupe sa place habituelle au sommet du boîtier. J'ai toujours apprécié cette position qui permet de la remonter avec le pouce sans quitter la montre du poignet.


Puis l'aiguille centrale tri-dimensionnelle impose sa présence. Par son volume, sa largeur, elle devient l'actrice principale de l'UR-210. Alors que sur les UR-20x, les aiguilles rétractables situées au bout de chaque plot étaient relativement discrètes, Urwerk nous propose ici une démarche opposée. L'aiguille est non seulement unique mais elle englobe également chaque plot des heures les uns après les autres. Le plus surprenant demeure sa taille. Généralement, les aiguilles rétrogrades sont relativement petites compte tenu de l'énergie nécessaire pour actionner leur retour instantané et de la difficulté à les stopper net pour qu'elles repartent immédiatement. Urwerk a dû concevoir un système qui permet de palier les contraintes liées à la taille d'une telle aiguille (8mm de largeur, 22mm de longueur et 7mm de hauteur!). Ce système repose sur 3 éléments:
  • l'axe central est chassé sur rubis afin d'assurer la stabilité de toute la complication d'affichage. Il est accompagné d'un ressort cylindrique qui va générer la tension activant le mouvement rétrograde.
  • l'aiguille centrale, forgée en aluminium a été équilibrée par un contrepoids en laiton.
  • enfin, le mouvement rétrograde est régi par une double came coaxiale.
Incontestablement, cette aiguille constitue le clou du spectacle comme l'était l'aiguille, plus traditionnelle, d'Opus V.

Cette aiguille ne doit cependant pas cacher un autre atout de l'UR-210, plus discret, mais qui crée un lien fort entre la montre et son propriétaire. J'ai parfois regretté la présence de complications lentes ou peu utiles sur certaines UR-20x comme pouvait l'être l'odomètre horloger. Cette fois-ci, Urwerk, en sus de l'indicateur de la réserve de marche, fort pertinent, a rajouté un témoin d'efficacité du remontage.

Le saut de l'aiguille est impressionnant à observer:


A plusieurs reprises, Urwerk a installé dans certaines de ses montres le système à turbines qui permet de réguler l'efficacité du remontage afin d'augmenter ou de réduire la vitesse d'armage. En position "stop", le remontage automatique est bloqué et les montres ne peuvent être remontées que manuellement. En position "full", le remontage automatique fonctionne avec une pleine efficacité. En position "reduced", la vitesse d'armage est réduite.

Malgré l'intérêt d'une telle complication qui donne au propriétaire de la montre le sentiment de contrôler son comportement, il demeurait un doute quand à la position optimale à adopter selon les circonstances même si une personne à l'activité plutôt calme se doutait que la position "full" était la plus adéquate. C'est là où le témoin d'efficacité du remontage joue son rôle: il donne une indication si la position en cours est pertinente ou pas. Il mesure pendant les deux dernières heures le ratio entre le remontage du mouvement et la dépense d'énergie. En zone rouge, la montre perd de la réserve de marche tandis qu'en zone verte, elle en gagne. Il ne s'agit donc pas d'un dynamographe qui mesure la tension du barillet et qui suggère un remontage si cette tension ne se trouve pas dans la zone adéquate. Le témoin d'efficacité va ici suggérer l'efficacité du remontage à adopter en utilisant le sélecteur prévu à cet effet à l'arrière de la montre. Un compagnon idéal pour le système à turbines! Pour compléter le tableau, Urwerk a d'ailleurs travaillé sur l'esthétique du système le rendant plus attractif visuellement que sur les UR-202 lorsque la montre est retournée.

La base du mouvement demeure comme avec toutes les Urwerk automatiques un calibre Girard-Perregaux, fiable et performant en matière de remontage. Sa fréquence est de 4hz mais sa réserve de marche est un peu plus courte (39 heures) compte tenu de l'énergie requise par le module d'affichage. 

Il est temps de passer l'UR-210 au poignet... et les différences avec les UR-20x sautent immédiatement aux yeux! Le boîtier est encore plus épais (17,8mm à sa hauteur maximum) et imposant (43,8x53,6x17,8mm) mais sa forme ainsi que celle de la lunette lui donnent le sentiment d'être plus fluide que celui des UR-20x. La montre reste étonnamment confortable compte tenu de son gabarit. Cela est dû à l'efficacité du bracelet et à la façon dont il est positionné sur le boîtier: la montre ne bascule pas sur le poignet. Puis visuellement l'aiguille centrale attire immanquablement le regard.

En fait, je retrouve avec l'UR-210 une similitude avec Opus V qui n'existait plus depuis: le changement d'heure se sent uniquement par le mouvement qu'effectue l'aiguille. Sans même regarder le cadran, je sais qu'une nouvelle heure démarre! La lisibilité est en outre améliorée grâce à la graduation qui met en valeur les quarts d'heure. Enfin, les deux complications, situées au sommet du cadran restent relativement discrètes comme de coutume avec Urwerk.

Je fus donc très convaincu par cette UR-210 qui grâce à son aiguille rétrograde m'a permis de retrouver l'esprit d'Opus V tout en allant plus loin dans le concept. Si l'affichage du temps demeure fidèle à l'esprit de la marque, tout le contexte autour a été renouvelé ce qui rend l'UR-210 particulièrement attrayante. Felix Baumgartner, accompagné par le talent de designer de Martin Frei a su à travers cette UR-210 redonner un nouvel élan à son interprétation personnelle de l'heure vagabonde en cassant le côté paisible d'Urwerk grâce au comportement réactif de l'aiguille. Enfin, le témoin d'efficacité du remontage complète avec justesse le système des turbines: si l'intérêt du système du point de vue strict de l'utilité reste à démontrer, il permet de créer une interaction, un lien entre la montre et son propriétaire et rien que pour cela, il devient indispensable! 

L'UR-210 est disponible avec un boîtier acier-titane et avec également avec un revêtement noir.

Merci à l'équipe Urwerk pour son accueil lors de ma visite à Genève. 

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