dimanche 30 septembre 2012

Quelques phases de lune marquantes

Le 30 septembre 2012 est jour de pleine lune. Le calendrier me donne l'opportunité de vous présenter une petite sélection des montres à affichage des phases de lune qui ces derniers mois m'ont marqué, séduit par leur originalité et leur charme. La complication a peu d'utilité si ce n'est qu'elle peut éventuellement apporter des explications sur nos changements d'humeur! En revanche, elle permet de décorer les cadrans, de leur donner une touche de poésie ou de mystère grâce à un très large éventail de représentations graphiques ou de méthodes d'affichage.

1) Phases de lune classiques: Patek 5205

Voici une représentation on ne peut plus simple mais qui est totalement cohérente avec l'organisation rigoureuse du cadran de cette Patek Calendrier Annuel. Dans le cadre d'une montre relativement compliquée, la simplicité de cet affichage est de bon aloi évitant de surcharger le cadran tout en lui donnant un soupçon de légèreté.


2) Phases de lune compliquées: Patek 6102P

Non seulement la Celestial affiche les phases de lune mais elle indique aussi l'heure de passage de la Lune au méridien ainsi que son mouvement angulaire. La montre propose un décor quasiment onirique qui magnifie totalement le parcours de notre satellite.





3) Phases de lune précieuse: De Bethune DB25s Joaillerie

La Lune tri-dimensionnelle  de De Bethune se pare de 44 diamants et de 44 saphirs bleus pour devenir un astre qui illumine le cadran. Jamais la Lune n'a été aussi précieuse.

 

4) Phases de lune précises: Moser Perpetual Moon

Moser joue sur un registre différent avec un affichage à la précision redoutable (une divergence d'une journée tous les 1027 ans) et un système de correction ne perturbant pas le fonctionnement de la montre grâce à un accouplement à ressort enroulé. Une belle performance technique la classant parmi les plus précises, au même titre qu'une 1815 Emil Lange. Cependant, elle ne possède pas le charme incomparable de cette dernière.




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5) Phases de lune les plus énigmatiques: MOONMACHINE

Quand Stepan Sarpaneva rencontre Max Büsser, le résultat ne peut être que décoiffant! La Lune énigmatique, à l'âme nordique, de Stepan Sarpaneva prend une nouvelle dimension dans le contexte sensuel et tout en rondeur d'une HM3 utilisant l'affichage de la Frog. La MOONMACHINE est surprenante, déroutante et séduisante.



6) Phases de lune qui jouent à cache-cache: De Grisogono OtturatOre

L'OtturatOre rassemble 4 montres en une: libre au propriétaire de cette pièce au design très particulier, d'afficher ou non les phases de lune! Une pression sur le poussoir et une nouvelle complication apparaît grâce à un très ingénieux mécanisme de rotation du cadran. Attention cependant à ne pas rater la pleine lune, ce serait dommage!



Cette sélection ne se veut nullement exhaustive mais comme vous pouvez le constater, il suffit de quelques pièces pour appréhender l'extraordinaire diversité du traitement de cette complication. C'est d'ailleurs tout cela l'intérêt de l'horlogerie: les chemins empruntés pour atteindre un objectif sont multiples et variés et chaque solution a sa pertinence. Seuls l'imagination et le talent des créateurs et des horlogers définissent les limites du champ des possibles.

Rado: HyperChrome Chronographe XXL


Incontestablement, Rado est depuis plusieurs années une des marques les plus dynamiques au sein du Swatch Group. Pionnière dans l'utilisation de la Céramique depuis 1986, sa vocation innovante et sa capacité à utiliser des nouveaux matériaux étaient devenues au fil du temps moins perceptibles du fait d'une concurrence plus présente sur ces thèmes. C'est la raison pour laquelle la marque a considérablement travaillé depuis la fin des années 2000 pour revenir sur le devant de la scène. Ainsi, l'année 2011 a été marquée par la double-présentation d'un boîtier céramique extra-plat et du Ceramos, un matériau associant céramique et alliage de métal.

La Foire de Bâle 2012 apporte une nouvelle preuve de cette ambition avec l'introduction d'une nouvelle collection, l'HyperChrome, caractérisée par l'utilisation de boîtiers en céramique monocoques obtenus grâce à un procédé de moulage par injection. Concomitamment, Rado fait évoluer sa collection caractérisée par le poids croissant des montres mécaniques représentant dorénavant 50% du catalogue contre 40% il y a encore peu de temps. En d'autres termes, Rado crée les éléments qui vont favoriser sa montée en gamme.


L'hyperChrome Chronographe XXL est donc une excellente représentation de ce que veut devenir Rado aujourd'hui, une marque qui joue sur ses forces (matériaux, style épuré) tout en corrigeant ses faiblesses en modernisant son design et en utilisant un mouvement automatique.

Ce dernier n'est guère surprenant s'agissant d'un 2894-2, le mouvement chronographe modulaire d'ETA. Je regrette que Rado n'ait pas porté son choix sur un  mouvement intégré d'autant plus qu'ETA n'en manque pas. Cependant, ce n'est pas très grave dans ce contexte car que ce soit le calibre de base (un 2892-2) ou son module, ils fonctionnent sans souci. Le revers de la médaille est que le spectacle proposé par le fond saphir ne diffère pas de celui d'une montre 3 aiguilles. Il permet malgré tout d'apprécier le rotor noirci en forme d'ancre "Rado" qui agrémente joliment le calibre.

L'intégration des poussoirs:

 Le principal atout de cet HyperChrome Chronographe XXL se trouve évidemment ailleurs. Et il suffit de quelques secondes pour comprendre que le boîtier en céramique haute technologie constitue sa pierre angulaire, au sens propre comme au sens figuré.

En tant que boîtier monocoque, il devient d'abord la véritable structure de la montre, ne présentant aucune aspérité notamment au niveau des cornes. Sa dureté de 1.250 vickers lui confère une excellente résistance aux rayures. Cette performance est la bienvenue car les parties susceptibles d'être griffées sont nombreuses: les carrure, cornes, lunette sont exposées du fait du diamètre (45mm) et de l'épaisseur du boîtier. La moindre égratignure apparaîtrait comme une balafre dans ce contexte très épuré. L'utilisation de la céramique prend ici tout son sens.

 Le boîtier est ensuite une véritable réussite esthétique à la fois puissant du fait de son épaisseur et élégant grâce à sa fluidité et à son galbe. Le bracelet prolonge les courbes du boîtier par la pièce de bout du milieu tout en étant très mobile et confortable. Les poussoirs et la couronne sont parfaitement intégrés et ne provoquent aucune rupture du design. Malgré la dominante noire de cette version (qui existe également en blanc), Rado a intelligemment évité de succomber au "all-black"  pour maintenir un certain raffinement. La couleur des poussoirs en céramique et de la couronne en acier inoxydable rappelle ainsi les index, les aiguilles et les cerclages du cadran créant une jolie harmonie d'ensemble.

Le cadran s'inscrit dans la même démarche en proposant un style dépouillé sans tomber dans l'extrême simplicité. Compte tenu de la taille de la montre, les designers ont souhaité préserver un certain équilibre en agrandissant au maximum les compteurs. Les graduations sont réduites à leur plus simple expression et seuls les chiffres supérieurs sont représentés. Le très léger relief des index et des cerclages apporte la touche d'élégance. La date est si discrète qu'elle a tendance à disparaître. J'en viens même à me demander s'il était pertinent de la maintenir. Visuellement, l'effet d'équilibre du cadran est réussi car le diamètre du module chronographe semble adapté à celui du boîtier.

Malheureusement, une concession de taille a dû être faite pour arriver à un tel résultat: le compteur des heures coupe le sous-cadran de la trotteuse permanente, ce qui n'est pas gênant, et celui du compteur des minutes ce qui l'est beaucoup plus. Il existe une zone dans laquelle la lecture des minutes écoulées est impossible ou tout du moins approximative. J'aurais nettement préféré que le compteur coupé soit celui des heures, au final moins utile que celui des minutes.

Sans aucune hésitation, c'est la version noire de ce chronographe qui remporte mes suffrages. Le noir correspond bien à la forme et au gabarit du boîtier et contient la perception de la taille. Le contraste entre les cerclages et la couleur dominante donne du caractère à la montre. La version blanche est plus sage et plus discrète. Je dois aussi avouer que j'associe dans mon esprit très facilement le noir à Rado et un peu moins le blanc.


L'HyperChrome Chronographe symbolise clairement les objectifs poursuivis par Rado: un design contemporain dépoussiérant singulièrement l'image de la marque, l'emploi de matériaux innovants et une ambition mécanique plus affirmée. Certes, une partie de l'aspect fonctionnel a été sacrifiée sur l'autel de l'esthétique mais en l'occurrence, le résultat est convaincant. Cette montre s'adresse donc à une clientèle attirée principalement par ce style clinique et raffiné tout en souhaitant profiter d'un mouvement automatique.

Merci à l'équipe Rado France pour la présentation.

mardi 25 septembre 2012

IWC: Portugaise Remontage Manuel Acier Cadran Argenté

La Portugaise Remontage Manuel s'inscrit dans la lignée de la série limitée F.A.Jones et de la 1939 de la collection Vintage présentées il y a quelques années pour rendre hommage à la Portugaise d'origine. Grâce à sa sobriété et à son élégance, elle est assurément une des plus belles réussites récentes d'IWC et ce y compris dans sa version acier.

Son principal atout est la beauté et l'équilibre de son cadran. Reprenant les codes habituels de la Portugaise, il séduit par sa pureté et pas les discrets détails qui en relèvent la présentation. Nous retrouvons ainsi la minuterie chemin de fer, les aiguilles feuille et les index et chiffres appliqués. Ces derniers apportent la petite touche de relief qui contribue à la qualité perçue de l'ensemble.

Les éléments qui servent à la lecture du temps (index, chiffres et aiguilles) créent une belle harmonie de couleurs grâce à l'utilisation de l'or. Je dois avouer que le contraste entre l'or et le cadran argenté est très élégant. Du fait de l'aspect clair du cadran, la Portugaise Remontage Manuel donne l'impression d'être plus grande dans cette version que dans celle à cadran noir. L'entraxe des aiguilles permet un positionnement idéal du sous-cadran de la trotteuse rarement vu dans la production récente sur une montre de cette dimension (44mm de diamètre). La graduation de ce sous-cadran est de type  chemin de fer en cohérence avec la minuterie principale. Il cache une petite coquetterie en affichant un très subtil "60" rouge qui est à peine perceptible. Il donne donc une petite touche de peps au cadran sans en altérer la pureté. 

Equilibré, bien fini, élégant, le cadran atteint-il le sans-faute? Malheureusement, à titre personnel, j'ai un regret le concernant. J'aurais nettement préféré retrouver un style d'écriture du "IWC Schaffhausen" similaire à celui de la Portugaise Jubilé de 1993 qui avait été produite pour les 125 ans de la marque. Avec une telle police de caractère, le cadran aurait été parfait à mon sens. Cependant, un peu paradoxalement, je le préfère à celui de la Jones car il ne mélange pas les polices. J'ai toujours pensé que la combinaison des deux polices sur le cadran de cette dernière était un peu étrange.

Le mouvement de la Portugaise Remontage Manuel provient, sans surprise, de la famille des calibres 98000. Le 98295 qui équipe cette montre présente l'architecture typique de cette lignée qui puise son inspiration dans les calibres de montres de poche. Sa nomenclature évoque évidemment le célèbre calibre 98 mais à titre personnel, j'ai du mal à voir le rapprochement puisque les mouvements de la famille 98000 n'y ressemblent pas, ni de près, ni de loin.

Le 98295 reste un mouvement très agréable à regarder grâce à une jolie découpe des ponts et à la queue de raquette surdimentionnée. J'aime notamment l'effet de volume qu'il propose ainsi que la possibilité de clairement voir la roue d'ancre. Sa finition est tout à fait correcte même si les anglages restent sommaires. L'incabloc au niveau de la raquetterie n'est pas des plus heureux esthétiquement parlant mais il est difficile de s'en passer. Le remontage est agréable ce qui est un bon point puisque du fait d'une réserve de marche de 46 heures, cette activité est quotidienne. La fréquence est de 2,5hz ce qui séduira les amateurs de basse fréquence. Même s'il n'est pas aussi fascinant que le calibre 9828 de la Jubilé (qui lui descendait véritablement du 98), il n'en demeure pas moins un mouvement de qualité et surtout tout à fait adapté au contexte de la montre qui l'héberge.

Entre les deux versions de la Portugaise Remontage Manuel, je n'ai aucune hésitation: c'est la version à cadran argentée que je préfère et de loin. Elle me semble plus raffinée et moins stricte que la version à cadran noir dont l'extrême sobriété pour ne pas dire austérité peut lasser sur la durée. Même si j'aurais préféré que le bracelet soit positionné plus près du boîtier, cette Portugaise reste confortable y compris pour les poignets modestes. Si un diamètre de 44mm peut surprendre pour une montre habillée, les codes de la Portugaise font qu'il passe sans aucun souci. Il permet au contraire de profiter du bel équilibre du cadran.

Je ne vais pas vous dire que la Portugaise Remontage Manuel est du même niveau que la Portugaise Jubilé de 1993. Cette dernière est à mon avis proche de la perfection grâce à la magie de son mouvement et le charme de son cadran. Elle restera pendant de longues années encore la référence de la montre 3 aiguilles chez IWC. Il n'empêche que cette dernière Portugaise, dans un autre contexte, propose un design des plus agréables, surtout dans sa version à cadran argent et un contenu horloger solide tout en restant fidèle à l'esprit de la collection. Elle constitue peut-être la façon la plus astucieuse de rentrer dans l'univers d'IWC.

Merci à l'équipe de la boutique IWC de Paris.

dimanche 23 septembre 2012

Audemars Piguet: Royal Oak Tourbillon Squelette

Le 40ième anniversaire de la Royal Oak ne pouvait être célébré  qu'à travers des pièces exceptionnelles. C'est la raison pour laquelle les deux montres qui furent choisies pour témoigner de cette étape importante dans l'histoire d'Audemars Piguet partagent une approche contemporaine du squelettage de leurs mouvements qui met en valeur la qualité et la maîtrise des finitions. La Royal Oak Squelette Extra-Plate, la "plus simple" des deux, joue cependant sur un registre plus traditionnel de par la présentation du mouvement qui reste relativement dense. L'architecture du mouvement 5122, qui découle du 2120, explique évidemment en très grande partie ce choix, la zone décorée étant délimitée par l'anneau des quantièmes. La Royal Oak Tourbillon Squelette explore une voie différente, celle du squelettage aéré à l'extrême qui donne l'impression que seuls quelques rouages ont la faculté d'animer la montre. Cette sensation est évidemment due à la technique décorative qui libère le maximum d'espace mais aussi à l'architecture du mouvement, ici dans une version à remontage manuel mais dont une version automatique est prévue dans le futur. De fait, l'espace qui est visible sur la partie gauche du cadran sera dédié au système de remontage. Mais restons dans le présent!

Avec du recul, la Squelette Extra-Plate m'a laissé un petit goût de déception car l'anneau de date m'a semblé enfermer le mouvement dans des limites trop exigües: la partie squelettée est engoncée et j'aurais apprécié plus d'espace, plus de liberté pour que le talent artistique des horlogers s'exprime. A ce titre, la Tourbillon Squelette est plus convaincante, le mouvement occupant quasiment tout l'espace disponible: il "respire" et la complication qui l'accompagne, ici un Tourbillon, n'apparaît plus comme une contrainte mais bien comme un atout.

Visuellement, pour les raisons évoquées précédemment, la montre peut paraître légèrement déséquilibrée puisque la partie droite est bien plus remplie que la partie gauche. Et pourtant, il se dégage de cette Royal Oak un sentiment d'harmonie lié à la cohérence entre la légèreté du squelettage et la délicatesse de la révolution du Tourbillon.

Le Tourbillon a plusieurs atouts. Il anime évidemment le cadran. Mais du fait de son caractère attractif, il estompe le barillet pourtant très présent à 12 heures. Puis il permet de dégager totalement la vue sur la roue d'ancre qui est toujours fascinante à observer. J'aurais peut-être préféré un pont plus léger ou même un Tourbillon volant mais il ne faut pas oublier que la montre s'inscrit dans le contexte d'une Royal Oak et qu'à ce titre,  une construction plus pérenne est à privilégier. Les lignes droites du pont du Tourbillon se fondent d'ailleurs bien avec le design géométrique du boîtier de la Royal Oak.

Au centre du cadran, la roue des heures et à un degré moindre la roue de minuterie se détachent. Leurs couleurs combinées avec celle du balancier et du barillet permettent de créer une sorte d'axe vertical à l'aspect chaleureux qui contraste avec les couleurs plus neutres des autres éléments. Du fait de l'utilisation d'or, cet axe apporte la touche luxueuse à l'ensemble.  Afin de faciliter la lecture de l'heure, une zone périphérique sert de support aux graduations et aux index. Elle reste relativement fine afin de laisser une ouverture de cadran suffisante.

La qualité de la finition s'apprécie d'abord dans l'observation de la montre dans sa globalité. Rapidement grâce aux éléments qui s'intègrent parfaitement les uns avec les autres, aux effets de volume et à la finesse du squelettage, cette qualité devient encore plus tangible.  Enfin, le nombre (pour ne pas parler de profusion) d'angles rentrants et leur parfaite exécution finissent de convaincre: cette Royal Oak Tourbillon Squelette fait partie de ces pièces d'exception où la finition va bien au-delà du pur aspect décoratif: elle devient le principal centre d'intérêt tout en restant subtile et discrète, loin des effets tape-à-l'oeil. La présentation contemporaine du squelettage et le rendu anthracite sont un régal à observer tout en mettant en valeur les autres composants. Une finition appréciable et subtile tout en restant discrète nécessite un sacré sens du dosage et c'est tout à l'honneur de l'équipe qui a travaillé dessus d'être arrivé à une telle maîtrise.

Le mouvement côté ponts présente un spectacle similaire: le pont du Tourbillon  reste toujours présent, les roues ainsi que le rochet semblent se mélanger avec la finesse du squelettage pour tisser une sorte de toile d'araignée. Le nombre total d'angles entrants serait de 110 et je dois avouer que l'idée de les compter ne m'a même pas traversé l'esprit. Côté ponts, ce nombre semble effectivement impressionnant et ce constat m'a suffit largement! Il ne s'agit pas de créer des difficultés pour le plaisir d'en rajouter. Ces angles entrants dessinent les motifs du squelettage qui le rendent si cohérent avec la lunette octogonale et les aiguilles "spatule" de la Royal Oak, en d'autres termes, avec les traits caractéristiques du style Genta.


Une petite aiguille est située près du rochet: il s'agit d'un indicateur de réserve de marche intelligemment positionné de ce côté du mouvement. Sa présence est bien utile puisque la réserve de marche est proche des 3 jours. Le tout nouveau mouvement 2924 possède une fréquence de 3hz et se caractérise par sa grande finesse (4,46mm) permettant de maîtriser la hauteur du boîtier, fidélité à Genta oblige! De façon surprenante, cette finesse ne nuit pas aux effets de reliefs et de profondeur ce qui apporte une nouvelle preuve de la qualité du travail de squelettage.

Comme de coutume avec ce type de montre, c'est au poignet que la Royal Oak Tourbillon Squelette prend sa véritable dimension. En fait, elle aime jouer avec les oppositions. Opposition entre la géométrie du boîtier de 41mm et les entrelacs du squelettage. Opposition entre le poids du platine et la délicatesse du Tourbillon. Opposition entre les espaces de la partie gauche du cadran et la compacité de la partie droite. La Royal Oak Tourbillon Squelette séduit par son animation de cadran et par sa beauté tout simplement. Elle est incontestablement digne de l'anniversaire qu'elle célèbre. Arriver à prouver que 40 ans plus tard, le dessin de la Royal Oak est toujours aussi contemporain, qu'il a conservé toutes ses facultés d'adaptation aux complications, aux techniques de décoration, c'est peut-être là le meilleur hommage qu'Audemars Piguet pouvait rendre à Gérald Genta par le biais de cette montre superlative et envoutante.

La Royal Oak Tourbillon Squelette est vendue dans le cadre d'une série limitée de 40 exemplaires, tous réalisés avec des boîtiers platine.

Merci à l'équipe Audemars Piguet pour son accueil pendant le SIHH 2012.

samedi 15 septembre 2012

Roger Dubuis: Excalibur 42mm Automatique

La collection Excalibur est sans aucun doute depuis de nombreuses années la plus représentative du style audacieux et baroque de Roger Dubuis. Les boîtiers au diamètre de 45mm qui se caractérisent par la lunette cannelée, les protèges-couronne et les 3 cornes sont les écrins parfaitement adaptés pour héberger les mouvements les plus extravagants et les plus techniquement aboutis de la Manufacture genevoise. Une montre Excalibur se reconnaît au premier coup d'oeil, associant puissance et raffinement dans un contexte frôlant l'exubérance. 

Si certains clients restent attirés par la beauté des mécanismes de la collection, il n'en demeure pas moins que ces derniers temps le marché a évolué. Le climat général lié  à la crise, s'il n'a pas freiné les ventes du segment de la haute horlogerie, a cependant conduit à un retour de la demande vers des pièces plus classiques et moins ostentatoires. Parallèlement, le centre de gravité du marché s'est déplacé vers la Chine. Or la clientèle chinoise recherche des montres aux diamètres plus contenus, mieux adaptés à ses poignets que les boîtiers aux hormones des années 2000.

Fort de ce constat et s'inscrivant dans la refonte de son catalogue, Roger Dubuis a crée un certain  événement lors du SIHH 2012 en présentant une version 42mm de l'Excalibur. Pour être franc, je fus personnellement très surpris par ce choix car dans ma tête, c'était la collection Monégasque, dévoilée l'année précédente, qui avait pour but de représenter l'offre classique et d'entrée de gamme de Roger Dubuis par le biais des modèles acier, la collection Excalibur restant dans la dimension plus exclusive que ce soit en termes de design que de mouvement. J'avais tort car l'Excalibur 42mm Automatique joue sur plusieurs tableaux à la fois, n'hésitant pas à marcher sur les plates-bandes de la Monégasque tout en conservant certaines caractéristiques propres aux Excalibur.

L'Excalibur 42mm Automatique existe en 4 versions: or rose ou acier, cadran satiné soleil sur fond gris ou argent. Elle ne renie nullement ses origines puisque le boîtier peut être considéré comme une version sage du traditionnel boîtier Excalibur. Comme le nom de la montre l'indique, il perd 3mm ce qui constitue une différence notable. La lunette cannelée est moins marquée et les protèges-couronne ont disparu. En revanche, les 3 cornes demeurent très présentes et constituent le lien le plus évident avec l'Excalibur 45mm. Les designers ont réalisé un excellent travail sur ce boîtier car ils ont obtenu une sorte d'équilibre entre l'inspiration de l'Excalibur d'origine et la recherche d'un classicisme et d'une fluidité des lignes. Il est élégant tout en possédant une petite touche d'originalité.

Le cadran est lui aussi fidèle à la collection avec ses chiffres romains allongés qui occupent une très grande partie de la surface. Comme toujours, le XII est plus ramassé afin de laisser l'inscription du nom de la marque. Si je compare ce cadran avec celui de l'Excalibur 45mm Automatique, je peux observer également des changements. Le rehaut devient extrêmement discret, en très légère surélévation par rapport à la partie principale du cadran. Les chiffres du sous-cadran de la trotteuse ont été retirés afin d'épurer au maximum le design. La forme des aiguilles est identique et renforce l'identité de la montre.

L'Excalibur 42mm Automatique possède un autre point commun avec sa grande soeur et malheureusement c'est un détail que j'apprécie moins. Il s'agit de la position du sous-cadran bien trop proche du centre de la montre. Les bases des aiguilles "mordent" d'ailleurs dessus. Certes, dans le contexte d'une montre 3 aiguilles, c'est moins grave qu'avec un chronographe et ce d'autant plus que le sous-cadran est à 9 heures. Mais je trouve que la montre aurait gagné en équilibre avec un sous-cadran mieux positionné. La recette miracle n'existe pas si ce n'est celle qui consiste à réduire la taille du boîtier. C'est le mouvement qui commande ce positionnement et avec un boîtier de 42mm, l'écueil ne pouvait être évité.

Justement, il est temps de parler du mouvement car il constitue la pierre angulaire de la stratégie de Roger Dubuis autour des Excalibur 42mm. Afin de maîtriser le prix de vente, notamment celui de la version acier, Roger Dubuis a équipé cette montre d'un mouvement aux coûts de fabrication inférieurs à ceux du  RD77. Cela ne veut pas dire que le RD620 est  un mouvement au rabais bien au contraire. Son architecture est aussi appréciable avec son micro-rotor et la jolie forme des ponts. Seule la présentation de l'organe régulant est en retrait selon moi par rapport au RD77. Son épaisseur est légèrement supérieure (4,5mm vs 4mm). La bonne nouvelle est que les performances sont aussi bonnes (fréquence de 4hz) pour ne pas dire meilleures sous certains aspects (une réserve de marche de 52 heures contre 42 heures pour le RD77). La qualité de fabrication demeure comme le certifie le poinçon de Genève. La finition est discrète, sobre et sans reproche. J'aurais cependant aimé un micro-rotor avec une présentation plus avantageuse, la concentration des inscriptions sur la masse oscillante ne le valorisant pas.

Un des grands atouts de l'Excalibur 42mm est son confort. Les cornes sont courbées et épousent parfaitement le poignet. C'est au porté que le cadran satiné soleil s'apprécie le plus car il capte facilement la lumière  et crée de beaux reflets dans sa version fond argent. La version fond gris est plus subtile, plus discrète. Les chiffres se fondent alors plus dans le cadran jusqu'à presque s'estomper. Le choix entre les deux couleurs de cadran est important car esthétiquement, elles provoquent des perceptions très différentes. J'ai ici une préférence pour le cadran fond argent, plus dynamique et qui fait plus ressortir le dessin des chiffres romains.

Avec l'Excalibur 42mm Automatique, Roger Dubuis a souhaité présenter une montre 3 aiguilles au tarif ajusté tout en conservant les principaux attraits de la marque: un mouvement automatique à micro-rotor, un boîtier possédant un soupçon d'originalité, un cadran aux chiffres caractéristiques. Malgré quelques défauts comme la position du sous-cadran, le bilan de cette Excalibur 42mm Automatique est très positif car le contenu horloger demeure solide pour un prix très attractif dans la version acier, autour de 13.000 euros, le tout accompagné du Poinçon de Genève et du COSC! Avec la Monégasque Acier, elle constitue donc le moyen le plus économique de rentrer dans l'univers de Roger Dubuis. A ce titre, elle s'adresse aux amateurs à la recherche d'une montre de haute horlogerie au tarif contenu et qui souhaitent éviter de tomber dans le classicisme absolu. Je ne peux que saluer la démarche de Roger Dubuis qui propose dans son catalogue deux montres différentes d'entrée de gamme en acier  respectant les critères de qualité de la Manufacture.

Merci à l'équipe Roger Dubuis pour son accueil pendant le SIHH 2012.

lundi 10 septembre 2012

Cartier: Calibre Grande Complication

Depuis plusieurs années, Cartier fait monter en puissance son pôle horloger en déployant de considérables moyens humains et financiers. Cette ambition s'exprime dans tous les segments de la collection d'une montre simple à 3 aiguilles jusqu'à une montre de haute horlogerie cumulant 3 complications majeures. La Calibre Grande Complication symbolise à cet égard la dimension la plus aboutie de la démarche de Cartier car témoignant d'une très grande maîtrise des complications et de la décoration du mouvement développé par Renaud et Papi.

Le point d'orgue de la Calibre Grande Complication est évidemment ce mouvement 9436 MC qui anime tout autant qu'il décore la montre. Il est également utilisé par Cartier dans la version Rotonde de la Grande Complication et plus récemment dans la montre de poche. Dans le dernier cas, son orientation a été modifiée afin que la couronne se retrouve à midi, au niveau de la bélière. La conséquence est que le Tourbillon reprend un emplacement plus traditionnel à 6 heures. Car telle est la spécificité du calibre 9436 MC dans le contexte de la Calibre ou de la Rotonde: le Tourbillon occupe toute la partie gauche du cadran afin de libérer la partie opposée pour la dédier à l'affichage des informations calendaires et du chronographe.

Je trouve cette idée bienvenue pour ceux qui portent la montre au poignet gauche. Les informations les plus utiles au quotidien (le quantième et le compteur des minutes du chronographe) peuvent être lues en soulevant discrètement la chemise. Le sous-cadran supérieur est dédié à l'affichage du mois tandis que le sous-cadran inférieur cumule l'affichage de la réserve de marche et de celui des jours de la semaine. Le secteur qui relie les deux sous-cadrans supérieurs est consacré à l'indication de l'année bissextile par le biais de courbes dont le nombre apparent, telle une spirale, informe sur le rang de l'année dans la période de 4 ans. Je dois avouer que j'aime beaucoup cette organisation de cadran, à la fois très originale, rationnelle et emprunte de modernité. Malgré la présence du chronographe, l'ensemble reste très lisible. La compteur pouvant porter à confusion est celui des minutes du chronographe et des quantièmes mais heureusement l'aiguille des quantièmes se distingue par sa forme et la couleur rouge de sa terminaison. D'ailleurs, les trois aiguilles du calendrier (quantièmes, mois et jours) sont similaires afin de faciliter la lecture.

Les polices de caractères des chiffres et des lettres sont totalement conformes au style de la Maison: en quelques années, Cartier a réussi à se forger une identité visuelle propre ce qui n'est jamais une mince affaire. Il suffit d'observer une graduation ou un mot pour reconnaître la provenance de la montre. Mais incontestablement, l'élément qui ancre la Grande Complication dans l'univers Cartier est le pont du Tourbillon qui est à la fois "logo" et élément du mouvement. Ce pont impressionnant suspend le Tourbillon et crée un bel effet de profondeur. Certes, dans le contexte de cette montre à la présentation très complexe, le Tourbillon semble un peu engoncé. Cependant, la vue est suffisamment dégagée pour en profiter.

La Grande Complication n'a pas à proprement parler de cadran: les sous-cadrans et la graduation périphérique sont positionnés juste au-dessus du mouvement mais ne sont pas ouverts. Cette approche à mi chemin entre le cadran plein et la transparence totale permet de préserver une bonne visibilité tout en entrevoyant la délicatesse du mouvement et la finition de son squelettage.

Le spectacle proposé en retournant la montre est tout bonnement stupéfiant. La finition à la main, extrêmement soignée, reste discrète mettant ainsi en avant la très grande beauté de l'architecture du mouvement. Ce dernier est composé de 457 pièces ce qui est raisonnable compte tenu du nombre de complications. Le mouvement apparaît presque comme de la dentelle, seul un très discret pont au premier plan permet l'inscription de sa référence et de son numéro. Sa fréquence est de 3hz et sa réserve de marche de 8 jours ce qui est très appréciable dans le contexte d'une montre QP: elle peut ainsi être laissée une semaine sans avoir besoin de la régler de nouveau. Pour un QP à remontage manuel, une longue réserve de marche est quasiment indispensable.


En revanche, cette réussite visuelle est un peu gâchée par l'écart entre le diamètre propre du mouvement (33,8mm) et celui du boîtier en platine (45mm). Cet écart est peu perceptible côté cadran grâce au rehaut incliné et à la graduation. Malheureusement, il apparaît clairement en retournant la montre et le contraste entre le côté délicat du mouvement et la largeur de la lunette  n'est pas des plus agréables à observer. Le boîtier Calibre, que je trouve de façon générale très réussi me semble plus à l'aise avec des montres moins sophistiquées où son caractère très masculin peut s'exprimer sans risquer de se trouver en décalage avec une complication subtile. Le boîtier Calibre est également très épais (18,7mm) et c'est finalement plus cette hauteur qui m'a gêné que le diamètre. Heureusement, le chronographe fonctionne grâce à un monopoussoir ce qui allège esthétiquement la carrure droite de la montre. La  couronne à pans en platine, ornée d'un saphir facetté, apporte la touche d'élégance.  Le caractère imposant de l'ensemble est d'autant plus dommage que j'ai la conviction qu'une approche plus mesurée était possible. A cet égard, le boîtier Rotonde est beaucoup mieux adapté au raffinement du mouvement 9436 MC grâce à sa moindre épaisseur (16,25mm tout de même) et son diamètre plus contenu (43,5mm). Cependant, je préfère la présentation des compteurs de la version Calibre  à celle de la Rotonde.

Dire que la Calibre Grande Complication a une forte présence au poignet est un doux euphémisme. La montre impressionne par son épaisseur et par la complexité du cadran. Elle évite cependant le piège des détails ostentatoires. L'harmonie des couleurs adoucit son caractère et comme indiqué précédemment, l'ensemble des informations demeure très lisible. Le confort est préservé grâce à la forme des cornes et à leur courbure. La couronne se manipule aisément et ce quelque soit sa fonction.

La Calibre Grande Complication, commercialisée dans le cadre d'une série limitée de 25 pièces, m'a fortement impressionné par la qualité de ses finitions, par l'approche décorative du mouvement toute en subtilité et en retenue et par l'affichage intelligent et original des informations. Cependant, le sans-faute n'est pas atteint puisque Cartier a malheureusement cédé à un de ses pêchés mignons : la taille imposante du boîtier. C'est finalement la raison qui me fait pencher pour la version Rotonde car elle permet de mieux concilier la délicatesse du mouvement avec le boîtier qui l'héberge.

Merci à l'équipe de Cartier UK pour son accueil pendant le Salon QP 2011 à Londres.

samedi 8 septembre 2012

Bell&Ross: Vintage WW1 Chronographe Monopoussoir

Le Chronographe Monopoussoir présenté par Bell&Ross lors de la Foire de Bâle 2012 symbolise à bien des égards la tendance poursuivie par la marque depuis quelques années. S'il ne possède pas le design original de la Vintage WW2 Régulateur, il profite de la même façon d'une esthétique "néo-rétro" inspirée par les montres militaires. De plus, il s'inscrit dans la même volonté de diversification de la provenance des mouvements. Travailler avec des nouveaux fournisseurs permet en effet à Bell&Ross de réduire sa dépendance vis-à-vis d'ETA même si à ce stade, l'impact est plutôt marginal. Mais le plus important est que cela donne également à Bell&Ross une plus grande liberté dans sa démarche créatrice. Grâce à cet accès à une gamme plus large de mouvements, de nouvelles complications sont rajoutées, les boîtiers sont agrandis, les cadrans sont retravaillés avec un moindre risque de déséquilibre dû aux entraxes ou autres contraintes des mouvements ETA.

Le Chronographe Monopoussoir est disponible en deux versions. La version Héritage propose un cadran brun avec des chiffres, index et aiguilles luminescents. La version Ivory joue un registre plus élégant avec un cadran ivoire, des sous-compteurs blancs et des aiguilles bleuies. Chaque version a son charme même si à titre personnel, je préfère la version Héritage, plus en accord à mon goût avec l'inspiration militaire. Mais quelque soit la version, je considère cette montre comme la représentante la plus intéressante de la collection WW1. En effet, la complication me semble parfaitement adaptée au style du boîtier.

Le boîtier en acier poli conserve les caractéristiques inhérentes à la collection WW1:  un diamètre imposant de 45mm, un entre-corne plutôt réduit afin de créer un joli effet visuel rétro et des anses à fil qui contribuent à donner du caractère. Le cadran est un modèle d'équilibre: la taille des compteurs et leur position font qu'à aucun moment, la montre ne semble "loucher" comme cela peut être le cas avec de telles tailles. La lisibilité est dans ce contexte excellente même si la graduation des secondes du chronographe ne comporte aucune représentation des xièmes de seconde intermédiaires. D'un autre côté, cela allège considérablement le design et ne choque pas ici. Les aiguilles feuille bleuies combinées au cadran ivoire me font immanquablement penser aux premières Bell&Ross Vintage en or même si à l'époque, les aiguilles étaient plus épaisses.

La couronne et le poussoir sont au diapason du boîtier: leurs tailles sont ainsi idéales afin de conserver des proportions harmonieuses vis-à-vis du boîtier. Le poussoir est relativement dur pour enclencher le chrono et plus souple lors de l'arrêt et de la remise à zéro. Clairement, ce ne sont pas les sensations d'une Lange mais il n'y a rien de rédhibitoire non plus, la taille du poussoir permettant de facilement appuyer dessus.

Le fond du boîtier est plein comme de coutume avec les WW1 et ne permet pas d'observer le mouvement. Ce dernier mérite cependant de s'y attarder quelques instants.  Il s'agit d'un mouvement automatique Lajoux-Perret 8142 1 MPC créé exclusivement pour Bell&Ross. Il est donc adapté aux dimensions du boîtier grâce à son entraxe expliquant l'équilibre du cadran. De toutes les façons dans l'horlogerie, il n'y a pas de secret. Lorsque les mouvements sont adaptés au contexte des montres qu'ils animent, l'esthétique suit. Que ce soit avec ce Lajoux-Perret ou avec le Dubois-Depraz de la WW2 Régulateur, Bell&Ross montre un peu plus d'ambition en termes de contenu horloger avec des mouvements moins "passe-partout". La comparaison avec l'ETA 2894-2 (le traditionnel mouvement chronographe modulaire sur base 2892-2) peut être cruelle. Non pas en termes de performances mais d'implications côté cadran. Si vous prenez une Vintage Chronographe, même avec un boîtier plus petit (41mm), le cadran ne procure pas le même sentiment d'équilibre, les compteurs étant plus proches du centre de la montre. Et rien que pour cela, le Chronographe Monopoussoir témoigne d'un pas en avant qualitatif chez Bell&Ross.

Le Chronographe Monopoussoir s'inscrit dans la lignée des autres montres de la collection WW1 en étant confortable malgré le diamètre important du boîtier. Les anses à fil jouent ici un rôle très important en diminuant la perception de la taille. Attention cependant à une différence entre les deux versions: le cadran clair de l'Ivory rend la montre plus grande alors que les teintes sombres de l'Héritage lui donnent un aspect plus contenu. Si le boîtier est irréprochable, je ne peux pas en dire autant au niveau du poussoir. Sa taille fait qu'il est quasiment systématiquement au contact de la peau lorsque le poignet se relève. Je conseille donc fortement le test au porté en bougeant le poignet dans toutes les positions. Certains trouveront cette sensation, cette présence profondément agaçante et d'autres s'en ficheront comme moi. Mais il est important de forger sa propre opinion sur le sujet avant d'acquérir la montre.

En dehors de ce bémol, le Chronographe Monopoussoir présente un bilan positif grâce à l'utilisation d'un mouvement adapté et à une belle réussite esthétique d'ensemble. Il représente une voie que doit suivre Bell&Ross même si la contrepartie est l'augmentation de l'étiquette: les prix sont compris entre 5.500 euros (Héritage) et 5.950 euros (Ivory) à la rentrée 2012 soit un écart supérieur à 2.000 euros par rapport à d'autres chronographes du catalogue! L'avenir de Bell&Ross peut se situer alors dans la coexistence de deux niveaux de prix: l'un, plus abordable, pour sa clientèle traditionnelle et un autre, plus élevé, pour une clientèle recherchant un produit au design plus abouti et au contenu horloger plus solide.

Merci à l'équipe Bell&Ross pour son accueil pendant la Foire de Bâle.

jeudi 6 septembre 2012

Un atelier d'initiation avec Girard-Perregaux

Girard-Perregaux m'a fait une belle surprise il y a quelques jours en me proposant de participer à un atelier d'initiation à l'horlogerie organisé dans le cadre de l'étape parisienne de la tournée mondiale des Jeunes Horlogers. Au-delà du réel plaisir que m'a procuré cette expérience, il est intéressant de revenir quelques instants sur la stratégie poursuivie par Girard-Perregaux et de façon plus large par PPR.

Elle repose sur deux axes: les produits et la communication. En termes de produits, le potentiel de Girard-Perregaux est réel. Il s'agit d'une des plus belles manufactures horlogères suisses possédant un très large éventail de complications disponibles: montres simples, chronographes, QP, Calendrier Annuel, Répétition Minutes, Heures Universelles, Tourbillon simple, Tourbillon bi-axial etc...  Malheureusement, elle n'est pas perçue comme telle par le public ce qui est fort dommage. Les raisons de cette situation sont multiples mais incontestablement, Girard-Perregaux a souffert d'un manque de visibilité et de l'absence d'une véritable montre icône au sein de la collection. Le paradoxe est que la première personne à avoir mis en oeuvre le véritable concept de manufacture, c'est-à-dire le regroupement sous un même toit des différents corps de métiers de l'horlogerie fut Jean-François Bautte qui écrivit les premières lignes de l'histoire de Girard-Perregaux.

Photos de la tournée des Jeunes Horlogers:

A titre personnel, je trouve que la plus grande force de Girard-Perregaux réside dans la qualité des mouvements de base comme le 3300 ou le 4500 qui animent les différentes complications. Ce sont des mouvements fins qui possèdent un remontage automatique très efficace. Ils équipent d'ailleurs régulièrement des montres d'horlogers indépendants comme chez Urwerk ou Mb&F ce qui prouvent qu'ils sont à l'aise pour tracter des complications complexes. Et puis, comment ne pas évoquer la beauté des Tourbillons sur 3 ponts? Que ce soit dans un contexte classique sur ponts d'or ou plus original sur ponts saphir, le Tourbillon Girard-Perregaux séduit par sa grande élégance et son raffinement.

En revanche, Girard-Perregaux manque peut-être aujourd'hui d'un mouvement chronographe intégré et d'un mouvement à remontage manuel simple qui renforceraient significativement à mon avis l'offre en matière de calibres.

Il est évident que l'arrivée de Dominique Loiseau va apporter une nouvelle impulsion permettant le développement de projets ambitieux. Le timing est en plus excellent, les travaux de Baselworld laissant un peu plus de temps pour préparer la collection 2013.

En termes de communication, la tâche est grande mais la nouvelle orientation se fait déjà sentir grâce à la tournée des Jeunes Horlogers. Il est intéressant de noter que Girard-Perregaux joue deux cartes en même temps de façon très subtile: celle du vénérable Maître horloger avec Dominique Loiseau, ce qui séduit fortement les marchés matures très attachés à la tradition comme le Japon. Et celle de la nouvelle génération qui prouve que l'avenir de la Manufacture est en train de se construire et que de nouvelles idées vont germer. Je suis certain que cette façon de communiquer, axée sur les métiers de l'horlogerie permettra à Girard-Perregaux d'améliorer sa notoriété sans tomber dans les travers de certains qui à force de vouloir créer le buzz de façon permanente donnent l'impression de ne vouloir privilégier que les messages au détriment des produits.

Quand à l'exposition itinérante "L'Art de marquer le temps", elle permet grâce à la présentation d'une sélection de pièces en provenance du Musée de revivre la très riche histoire de la Manufacture et de rappeler la contribution de Girard-Perregaux à l'innovation horlogère et à la chronométrie. La dimension didactique de l'exposition la rend passionnante à parcourir. Chaque grande période de la Manufacture, au-delà des montres qui la symbolisent particulièrement par leurs contenus horlogers et leurs démarches artistiques, est reliée au contexte historique, scientifique et artistique de l'époque. De même un parallèle permanent est fait avec l'évolution stylistique et technique d'un autre produit manufacturé: la chaise. Tout est donc réuni pour comprendre qu'une Manufacture horlogère ne fonctionne pas en vase clos mais bien dans un environnement qui l'influence.

Les commentaires éclairés de Willy Schweizer, conservateur du Musée Girard-Perregaux sont toujours appréciés:


Une très belle Heures Sautantes:


Une vue d'ensemble de l'exposition. Vous noterez que son transport est facilité par les grands éléments mobiles sur roulettes:


Lorsque Horlogerie et Art ne font qu'un:


Il est évident que l'exposition s'inscrit dans la même stratégie de reconquête et de gain de visibilité  de la part de Girard-Perregaux. Et dans ce contexte, elle constitue un outil précieux.

A l'issue de la visite de l'exposition, je me suis rendu avec les autres participants à l'atelier afin de participer au cours d'initiation horlogère. Le constat est simple: tant que nous n'avons pas manipulé les outils, même pour effectuer des tâches extrêmement simples pour un horloger, nous ne pouvons pas comprendre les difficultés inhérentes à la pratique d'un tel métier et les qualités qui y sont requises.

L'établi est prêt à accueillir l'élève:

Le cours consiste à démonter et à remonter certaines pièces du mouvement 4500 choisi pour son diamètre important (30,6mm). La masse oscillante et le système de remontage automatique ont été retirés afin de pouvoir directement s'attaquer aux ponts, à l'ensemble de l'organe régulant et au train de rouages. Le démontage est une chose, le remontage en est une autre. Je pense que mon plus grand moment de souffrance a été la pose de l'ancre. A vrai dire, rien ne fut simple! Mais quelle satisfaction de voir le mouvement reprendre vie à la fin de cours! Au cours de l'étape parisienne, l'équipe Girard-Perregaux a accueilli de nombres passionnés de tous les âges qui purent ainsi, en enfilant la blouse et en manipulant les brucelles  appréhender le fonctionnement d'un mécanisme  et imaginer ce que peut être le travail d'un horloger au quotidien. J'ai grandement apprécié cet atelier pour ces raisons et pour l'ambiance conviviale qui y régnait.

Le mouvement 4500 sans son mécanisme de remontage automatique:


Il faut ensuite songer à remonter toutes ces pièces!


Poser une pièce sans bouger celles qui sont déjà installées n'est pas une mince affaire:


Le mouvement fonctionne de nouveau, je peux sourire!




Girard-Perregaux possède donc à travers la tournée des Jeunes Horlogers, l'exposition  et l'atelier d'initiation itinérants des vecteurs d'image cohérents qui soutiennent totalement l'objectif qui consiste à remettre la Manufacture sur le devant de la scène. L'implication de PPR est réelle et se ressent dans les moyens mis en oeuvre. François-Henri Pinault rappella ses derniers jours sa volonté de faire de Sowind (Girard-Perregaux et JeanRichard) un pôle horloger fort et crédible capable de secouer les codes de la haute horlogerie suisse. Cette implication de long terme est évidemment une excellente nouvelle pour Girard-Perregaux qui se voit attribuer des moyens qui lui permettront, je l'espère, de se positionner de façon durable et visible parmi les plus belles manufactures suisses.

Merci à l'équipe Girard-Perregaux pour son accueil pendant l'événement organisé chez Christie's.

dimanche 2 septembre 2012

Harry Winston: Ocean Tourbillon Grande Date

Décidément, les équipes de Harry Winston aiment jouer avec le Tourbillon afin de créer des montres qui mettent en valeur le caractère hypnotisant de la complication. La collection Histoire de Tourbillon a même été créée exclusivement autour de ce thème. Si cette dernière privilégie une approche complexe avec des designs audacieux, la collection Ocean se veut plus classique en proposant des Tourbillons plus simples dans un contexte élégant sans être formel. L'Ocean Tourbillon (ou Z3 en Zalium) puis  l'Ocean Tourbillon GMT (ou Z5 en Zalium) ont ainsi été les premières représentantes à Tourbillon de cette collection.

L'Ocean Tourbillon Grande Date se veut beaucoup plus ambitieuse du point de vue esthétique. Elle ne peut pas être considérée comme une simple déclinaison d'une Ocean Tourbillon avec une nouvelle complication, la grande date. En effet, un travail particulier a été effectué afin de totalement dégager le Tourbillon et de permettre  une plongée visuelle spectaculaire vers la cage. En un sens, l'Ocean Tourbillon Grande Date adopte une démarche opposée à celle de ses devancières. Ces dernières se caractérisent par des ponts imposants qui entourent totalement le Tourbillon et qui semblent presque le contenir dans un espace limité. Avec l'Ocean Tourbillon Grande Date, les ponts supérieur et inférieur sont fins, aériens, de même taille. Ils suspendent de façon plus discrète le Tourbillon qui flotte dans l'espace, suspendu grâce à cette structure très légère. Ce sentiment aérien est renforcé par l'effet de totale transparence qui existe dans la partie inférieure dédiée au Tourbillon. Le résultat est vraiment convaincant faisant immanquablement penser à un Tourbillon volant tout en conservant  les ponts de chaque côté.

Afin de poursuivre le même objectif d'allégement visuel, les designers ont remplacé l'habituelle trotteuse qui se trouve au-dessus du Tourbillon par le shuriken. C'est un choix judicieux car non seulement la trotteuse ne sert pas à grand chose (le Tourbillon effectuant une rotation par minute), mais en plus elle a tendance à boucher  la vue sur la rotation de la cage. La présence du shuriken dont l'animation se marie bien avec celle du Tourbillon rajoute en outre un signe distinctif des montres Harry Winston. Ce n'est pas le seul car cette Ocean Tourbillon Grande Date regorge de détails qui évoquent d'autres modèles de la collection.

L'élément le plus caractéristique est évidemment le boîtier Ocean avec ses protèges-couronne dont la forme reprend celle de l'entrée de la boutique de New-York. Le boîtier en or gris ou en or rose est comme de coutume très imposant avec un diamètre de 45,6mm et ses cornes proéminentes. Cependant, il est plutôt bien adapté au contexte de la montre car il permet de libérer de l'espace autour du Tourbillon. Il s'agit d'un boîtier aux traits très affirmés, l'épaisseur de la lunette, la taille des cornes et des protèges-couronne lui conférant un style puissant et un soupçon ostentatoire, surtout dans sa version en or rose. Le contraste entre ce côté très masculin et la délicatesse du Tourbillon m'évoque d'une certaine façon  Histoire de Tourbillon 1 avec ses deux Tourbillons flottants et son boîtier aux dimensions généreuses.


La partie supérieure de la montre est dédiée aux fonctions horaires. Le temps est affiché par le biais d'un sous-cadran excentré, typique du style Harry Winston, dont le diamètre a été agrandi au maximum. C'est la raison pour laquelle il est légèrement coupé au-dessus du Tourbillon . Il empiète également sur la zone dédiée à la grande date mais à partir de ce problème, les designers ont créé une opportunité. Le sous-cadran se trouve au tout premier plan tandis que la grande date se situe au second plan. Cet effet donne du volume au cadran et évite un sentiment de platitude qui aurait été malvenu compte tenu de la profondeur de la partie inférieure de la montre.

La façon dont les deux chiffres de la grande date sont reliés entre eux évoque l'Ocean Dual Time même si du point de vue technique, le système n'est pas le même. Alors que sur l'Ocean Dual Time, la grande date est affichée par le biais de deux disques,  l'Ocean Tourbillon Grande Date utilise le système à croix de 4 chiffres pour les dizaines et à disque pour les unités. Les deux chiffres ne sont pas à la même hauteur mais ce n'est pas gênant compte tenu du style en relief du cadran. Le poussoir situé sur la carrure droite du boîtier sert au réglage rapide de la date.

Mais le détail le plus inattendu de cette montre ne se cache ni au niveau du cadran, ni au niveau de la zone du Tourbillon mais bien entre les deux. Au-delà de l'espace qui a été dégagé pour profiter de la révolution du Tourbillon, une ouverture située sous le cadran rend visible la construction verticale du mouvement. Rappelez-vous  la publicité Panerai avec la montre coupée en deux: l'Ocean Tourbillon Grande Date joue sur le même registre mais cette fois-ci, avec un mouvement qui fonctionne.

Le spectacle proposé côté cadran est donc à la hauteur de l'ambition grâce aux différentes animations et à la construction sur plusieurs niveaux. L'est-il également côté mouvement?

Le moins que l'on puisse dire est que le mouvement nous en met plein les yeux. Rubis, vis bleuies, effets en relief, formes des ponts originales, présence d'une complication: tous ces éléments se mélangent pour créer une atmosphère luxuriante. Si la qualité de l'exécution est irréprochable, je pense qu'un style plus discret n'aurait pas nui. La beauté du Tourbillon rend superflu ce côté excessif. Une approche plus discrète aurait peut-être même permis de mieux apprécier le Tourbillon côté ponts.

L'indicateur de réserve de marche est cependant bien utile compte tenu des 110 heures de fonctionnement prévues une fois le mouvement complétement remonté. Ce mouvement d'une fréquence de 4hz provient de chez Dimier comme c'était déjà le cas pour les Ocean Tourbillon précédentes. Son origine explique donc en partie le côté baroque de la décoration.

Comme je l'indique souvent, une Harry Winston Ocean doit toujours être testée avec soin compte tenu de la forme et de la dimension du boîtier. Je considère la taille de mon poignet comme le minimum pour en profiter pleinement. Et ce serait dommage de se priver du fascinant ballet proposé par le Tourbillon! Il concentre le regard et sa délicatesse fait oublier le contexte imposant dans lequel il évolue. Les poils du poignet sont hélas visibles mais la taille de la cage rend leur présence en arrière-plan moins perceptible. La création d'un tel défi à la gravité ne se fait pas sans contrainte. Il est clair que j'aurais préféré une surface pleine à l'arrière mais le résultat n'aurait sûrement pas été aussi réjouissant.

Cette toute dernière Ocean Tourbillon est selon moi la plus aboutie de la collection grâce à la pleine exploitation du potentiel visuel généré par le Tourbillon. La grande date est dans ce contexte presque anecdotique et je me demande même si le résultat sur une base sans complication n'aurait pas été encore plus spectaculaire. La possibilité qui nous est offerte de littéralement rentrer dans le mouvement est également un plus appréciable. En revanche, le côté excessif de la décoration du mouvement aurait pu être atténué afin d'être plus en harmonie avec la délicatesse du Tourbillon. Mais malgré ce bémol, l'Ocean Tourbillon Grande Date reste une belle réussite grâce au soin apporté aux détails et  à la parfaite intégration du mouvement Dimier dans le contexte Harry Winston.

L'Ocean Tourbillon Grande Date est disponible en or rose ou en or gris, avec un cadran argent ou anthracite soit 4 références. Chaque référence est produite en série limitée de 25 pièces chacune plus 5 pièces serties par configuration soit 120 montres au total.

Merci à l'équipe Harry Winston pour son accueil pendant la Foire de Bâle 2012.