samedi 25 août 2012

Patek Philippe: 6102P

La Celestial 5102 qui fut présentée en 2002 au Salon de Bâle  est selon moi une des plus belles Patek Philippe contemporaine. Elle combine tout ce recherche l'amateur éclairé au sein d'une montre: un mouvement performant, un cadran d'une rare beauté, une complication astronomique certes inutile mais envoûtante, le tout  avec le savoir-faire de la plus prestigieuse des manufactures. Malheureusement, depuis quelques années, Patek Philippe a tendance à proposer des évolutions de la Celestial que je ne trouve pas forcément indispensables.

 Ainsi, la 5102PR combine  boîtier en or rose et lunette platine. Le rendu bicolore donne une impression étrange sans finalement apporter de la chaleur. Heureusement, le travail sur la carrure du boîtier est toujours aussi abouti. La 5106R est célèbre pour avoir été la  pièce unique vendue dans le cadre de la vente aux enchères caritative "Only watch" en 2009. Celle-ci est pour moi la plus difficile à apprécier. Si je ne peux pas reprocher à Patek Philippe la volonté de rajouter une complication (l'affichage des  quantièmes), le choix d'une lunette guillochée en grains de riz et avec index intégrés me semble en revanche hors de propos. La Celestial se caractérisant par un cadran extrêmement détaillé, une lunette lisse reste la meilleure solution. Quand à la paire d'aiguilles élargies, elle ne m'a jamais semblé d'une grande élégance.

La 5102PR et la 6104G:


Puis en 2010, la 6104G s'inscrit dans la lignée de la 5106R en confirmant l'entrée dans la collection permanente d'une Celestial avec affichage du quantième. La bonne nouvelle est l'application des recettes de la 5102. Malheureusement, la lunette sertie.

Heureusement, la meilleure évolution arrive cette année avec la 6102P. Cette fois-ci, la lunette est bien lisse et sans sertissage et de prime abord la Celestial retrouve sa pureté originelle. Cette montre est tout sauf une surprise. Elle était attendue et désirée du fait des promesses entrevues par la 6104G. Alors, la 6102P est-elle la Celestial ultime renvoyant aux oubliettes la 5102? La réponse est clairement non pour moi. La 5102 reste la référence absolue et je vais vous expliquer mes raisons.

En fait, ce qu'il faut bien comprendre avec la Celestial, c'est la dimension quasi-onirique du cadran. La Celestial ne propose pas seulement l'affichage de l'heure légale devant un ciel étoilé. La Celestial met en scène le ciel et les deux aiguilles deviennent presque accessoires. Les complications astronomiques sont les complications principales plaçant ainsi le propriétaire de la montre dans une autre dimension où le temps s'écoule très paisiblement. N'oublions pas que la Celestial est une montre "statique" du fait de l'absence de trotteuse et de la lente évolution de l'affichage des complications: les heures de passage de Sirius et de la Lune au méridien, les phases et mouvement angulaire de la Lune et évidemment, l'ellipse présente sur le cadran qui permet de délimiter la portion de ciel visible depuis Genève.

Toute l'ingéniosité de la Celestial réside dans l'utilisation conjointe de 3 disques en verre saphir. Le premier disque crée le fond du ciel grâce au verre saphir bleu. Il est animé par une roue à 279 dents. Le second disque est utilisé pour indiquer les phases de lune. Le troisième sert de support à la carte des étoiles et à Sirius. Sa roue possède 356 dents. Les points cardinaux S et N proches de l'ouverture du ciel de Genève sont utilisés pour déterminer l'heure de passage au méridien de Sirius et de la Lune. 


La Celestial, c'est un peu la face cachée de la Sky Moon Tourbillon qui devient visible dans un contexte plus abordable que ce soit du point de vue financier (si on compare le prix de la 5102 à celui de la 5002) ou du point de vue du rendu au poignet (la 5102 ayant une épaisseur d'un peu moins de 10mm contre plus de 16mm pour la Sky Moon Tourbillon).

Avec un diamètre de 43,1mm, la 5102 se situe évidemment parmi les plus imposantes Patek Philippe  contemporaines.  Pourtant, grâce à la beauté de son cadran, à la carte du ciel qui a bien besoin d'un tel diamètre pour une représentation optimale, elle demeure un modèle d'équilibre. La taille est la conséquence de la mise en oeuvre des complications et non l'inverse.

La 6102P ne m'a pas donné la même impression. Tout d'abord, j'ai du mal à percevoir l'adjonction d'une "complication utile" (selon le vocabulaire Patek) telle que l'affichage des quantièmes dans une ambiance plus propice aux voyages imaginaires dans les étoiles qu'à l'affrontement des dures réalités du quotidien. En soi, la date n'est pas si mal intégrée. Les quantièmes sont répartis à la périphérie du cadran et sont indiqués par le  biais d'une aiguille croissant. Cependant, ils ont tendance à restreindre visuellement le ciel. Cela est dû au poids esthétique des 31 nombres arabes comparés aux 12 index horaires romains de la première Celestial. La touche de rouge de l'aiguille des quantièmes n'est pas choquante mais je préfère la parfaite harmonie des couleurs de la 5102. L'autre conséquente de cette nouvelle complication est l'agrandissement du boîtier. Il est certes modeste puisque de moins d'un millimètre. Mais au final, les 44mm de diamètre du boîtier platine de la 6102P commencent à faire beaucoup pour une montre ayant vocation à être élégante et raffinée.


Le mouvement de la 6102P est le 240 LU CL C qui se distingue de celui de la 5102 par son épaisseur légèrement supérieure. Les performances sont donc identiques: une fréquence de 3hz, une réserve de marche de 48 heures. Son diamètre de 38mm inclut tout le module de complication. La base du mouvement est en revanche plus petite s'agissant du traditionnel et fiable 240. J'ai une grande confiance dans le 240, c'est un calibre qui m'a toujours séduit par son efficacité au remontage. En retournant la Celestial, quelle que soit la version, cette base semble un peu perdue dans le boîtier. Heureusement, l'architecture du mouvement à micro-rotor est très agréable à observer. Mais n'attendons pas non plus des différences fracassantes par rapport à une montre plus simple utilisant le 240: visuellement c'est la même chose. Le spectacle se déroule côté cadran...

La 6102P est incontestablement plus chargée que la 5102 lorsqu'elle est mise au poignet. La présence de l'aiguille supplémentaire et de l'anneau des quantièmes rend l'ensemble plus dense alors que la 5102 propose des respirations esthétiques  grâce à sa  plus grande simplicité. Je ne ressens donc ni le même charme ni la même harmonie. En revanche, la qualité de finition du cadran et du boîtier, la façon avec laquelle la lumière crée des reflets bleutés, la magie des complications demeurent. Dans ce domaine-là, la 6102P est digne de la 5102. A noter le poids supérieur de la 6102P dû au changement de métal du boîtier passant de l'or gris au platine.


La 6102P ne m'a donc pas fait oublier la 5102. En voulant la rendre plus complexe, je trouve que Patek a oublié que l'élément le plus important de la Celestial est le sentiment d'harmonie et de quiétude qui y règne. L'anneau des quantièmes altère cette harmonie même s'il demeure la façon la plus élégante d'intégrer un affichage de la date. Malgré ces reproches, la 6102P est l'évolution de la 5102 la plus satisfaisante car, contrairement à la Only Watch 2009, la lunette lisse et la finesse des aiguilles ont été préservées.

Merci à l'équipe Patek Philippe France.

mercredi 22 août 2012

BRM: Bombers US n°2

Bernard Richards nous propose à travers sa nouvelle collection Bombers de quitter le ras du bitume pour nous envoler dans les nuages. Alors que sa marque est intimement liée à l'univers de l'automobile, cette nouvelle collection apporte une diversification de style bienvenue tout en conservant les caractéristiques qui font de BRM un cas à part dans le petit monde horloger. En fait, malgré la thématique différente, je retrouve dans chacune des Bombers le style inimitable de la marque qui peut être défini  par l'approche radicale et colorée de son créateur. C'est sûrement la plus grande réussite de Bernard Richards: en très peu d'années, les montres BRM se reconnaissent au premier coup d'oeil alors que des marques plus établies recherchent encore leurs propres critères de différentiation. L'audace dont fait preuve Bernard Richards provoquent des réactions tranchées, à la fois d'adhésion ou de répulsion mais personne ne conteste la sincérité de sa démarche. Evitant soigneusement de créer des montres plus facile à aborder et donc à vendre, il répond en revanche aux attentes de sa clientèle fidèle, séduite par ce caractère entier.

Les Bombers suivent le même fil conducteur. Afin de répondre à la demande d'amis passionnés d'aviation qui souhaitaient pouvoir porter des montres inspirées par les appareils volants, Bernard Richards imagina plusieurs montres rendant hommage aux "warbirds", ces avions qui défendirent  avec bravoure le ciel de leurs pays pendant la seconde guerre mondiale.

Le choix des "warbirds" comme point de départ pour créer cette collection est extrêmement judicieux. Tout d'abord, ces avions possèdent un caractère mythique compte tenu des missions qui leur étaient confiées et du courage dont firent preuve leurs pilotes. Ensuite, ils symbolisent les progrès de l'aviation de l'époque, à travers l'évolution des formes, de la conception des carlingues, des moteurs ce qui leur confère une étrange beauté. Enfin, ils permirent l'émergence d'une forme d'art, le "Nose Art" qui même s'il existait déjà lors de la première guerre mondiale, connut un formidable essor lors des années 40. Ces peintures avaient notamment pour but de porter chance et de faire oublier ne serait-ce que pendant quelques instants les conditions périlleuses dans lesquelles se déroulaient les missions. Le "Nose Art" était d'une certaine façon une forme d'art naïf, à la fois très graphique, très coloré dont un des thèmes favoris était les courbes sensuelles et généreuses des pin-up. Bref, toutes ces raisons donnèrent à Bernard Richards la possibilité d'exprimer son talent et d'appliquer ses recettes habituelles. 

C'est bien évidemment les cadrans qui se remarquent d'abord. Selon les versions, ils reprennent les couleurs des cocardes des pays pour lesquels les "warbirds" combattaient (France, Japon, Royaume-Uni et Etats-Unis). Dans ce contexte, la version la plus intéressante est selon moi la Bombers US n°2 car non seulement le cadran profite d'un intéressant jeu de couleurs vives apporté par les différents symboles mais en plus, une jolie pin-up en sous-vêtements et jarretelles décore avec avantage son sommet... tout en chevauchant une bombe! Ce n'est rien d'autre que la "Miss Bombers" qui orne le cadran et après avoir observé et manipulé différentes versions, je dois avouer que la présence de la pin-up est un vrai plus car elle permet d'aller au bout de l'idée.

Il faut l'avouer, une Bombers n'est pas discrète et n'est pas faite pour cela. Alors, pin-up ou pas, cela ne change pas grand chose à ce niveau. Cependant, la pin-up apporte la touche définitive de folie, d'originalité et j'ai presque du mal à concevoir une Bombers sans. Et puis, peut-être pourra-t-elle porter chance au propriétaire de la montre?

Les aiguilles principales sont inspirées par les pales de l'hélice et en toute logique... se retrouvent avec la même longueur. Fort heureusement, la lecture de l'heure demeure aisée grâce à la touche de couleur au bout de l'aiguille des heures: leur taille identique n'est plus gênante. En revanche, leur épaisseur est plus problématique. Dans certains positions, elles empêchent de lire correctement les compteurs des minutes et des heures du chronographe. C'est alors à chacun de se forger sa propre opinion. Si la démarche décorative prévaut sur l'aspect fonctionnel, ce souci passe au second plan.

Le cadran et les aiguilles traduisent une montée de la qualité d'exécution. Il a souvent été reproché à Bernard Richards le côté relativement basique de certaines finitions. Je trouve sincèrement que des progrès sont à noter ici comme le prouvent notamment les chiffres du cadran qui sont peints sans défaut avec une légère touche de relief. La pin-up aurait pu être un poil plus détaillée mais le niveau de représentation suffit.

C'est cependant avec le boîtier que j'ai trouvé les progrès  les plus spectaculaires. Est-ce l'acquisition de machines plus performantes? Une nouvelle méthode de travail? En tout cas le boîtier en inox d'un diamètre de 45mm a un rendu vraiment bluffant comme l'indiquent la parfaite insertion des rivets (un beau clin d'oeil à la carlingue des "warbirds") et l'intégration réussie des cornes en forme de tubulure d'échappement. La version présentée possède un revêtement PVD noir que je trouve un peu hors propos. Je préfère nettement le boîtier en inox brossé plus conforme à l'esprit des avions dont la montre s'inspire.

Chaque Bombers est équipée d'un mouvement ETA7753 qui se reconnaît grâce aux positions des sous-compteurs. Le mouvement est donc fiable, facile à réparer compte tenu de large diffusion. Le chronographe est un peu dur à lancer et ce ne ne sont pas les poussoirs en forme conique qui simplifient les choses. Mais la taille importante de ces poussoirs et de la couronne colle idéalement au design de la montre et contribue à l'atmosphère ludique de l'ensemble. Vous noterez la couleur du poussoir supérieur qui rappelle celle des cheveux de la pin-up!

Le fond du boîtier est plein, ce qui d'ailleurs n'est pas très grave compte tenu du mouvement. Il est recouvert d'une plaque décorative en laque multi-couche qui soit avec un bouledogue soit avec une tête de mort entourés de bombes rappelle le contexte guerrier de ces avions. Là encore, la finition de la décoration est tout à fait acceptable et permet de parachever la cohérence d'ensemble de ces Bombers.

Les Bombers sont des montres confortables au poignet grâce à un poids maîtrisé et des cornes adaptées.  Le bracelet est assez rigide au départ compte tenu de son épaisseur. Je pense qu'il est inutile de préciser que les Bombers sont des montres qui se remarquent. Les multiples couleurs, le côté extrêmement proéminent des poussoirs, la forme et l'épaisseur du boîtier, tous ces détails agissent sur notre regard tel un aimant. Je pense qu'au final, c'est le principal intérêt de cette collection. Elle décoiffe, elle est excessive, elle n'est pas dénuée de défauts mais encore une fois avec Bernard Richards elle est cohérente dans sa démarche et originale dans le paysage horloger. Finalement ces Bombers ne s'adressent-elles pas aux mêmes personnes qui avaient été séduites par les Razzle Dazzle et Double Trouble de Max Büsser? Et en toute logique, la pin-up de Bernard Richards est bien plus abordable que celles de Max Büsser! Alors pourquoi ne pas monter dans le cockpit et se laisser transporter dans les cieux avec ces Bombers? Quant à Bernard Richards, il réussit de son côté un double pari, celui qui consiste à améliorer la qualité perçue et à sortir du pur univers automobile.  En cela, ces Bombers sont importantes dans le futur développement de sa marque.

Merci à l'équipe de Hall of Time à Bruxelles pour son accueil.

lundi 13 août 2012

C3H5N3O9: Experiment ZR012

Une des montres les plus marquantes des années 2000 fut sans aucun doute l'Opus V qui mit en lumière la créativité de l'horlogerie indépendante et qui définit une nouvelle approche stylistique basée sur un boîtier imposant aux formes sensuelles au service d'un affichage original de l'heure combinant heures vagabondes et sautantes. L'Opus V fut le fruit de la collaboration entre Max Büsser, alors à la tête de Harry Winston Rare Timepieces et Felix Baumgartner qui put, à travers ce projet, créer les bases des futures 20x d'Urwerk. Cette Opus fut la dernière de l'ère Max Büsser qui quitta à l'issue de cette aventure commune Harry Winston pour fonder sa propre marque: Max Büsser and Friends.

Urwerk et MB&F ont années après années contribué à secouer le cocotier horloger en présentant des montres innovantes et originales marquée par une très grande cohérence entre leur designs et les systèmes d'affichage. Chaque marque a évidemment suivi sa propre voie, Urwerk explorant et réinventant le thème de l'heure vagabonde avec une rare maîtrise tandis que MB&F privilégiait la répartition des fonctions dans deux zones distinctes insérées dans des boîtiers, tri-dimensionnels pour la plupart, afin de créer de véritables machines horlogères aux inspirations multiples.
Si leurs créations respectives ne peuvent être confondues, Felix Baumgartner et Max Büsser partagent une ambition commune qui consiste, à travers des projets sans compromis, à aller bien plus loin que la simple représentation du temps qui passe. Que ce soit chez Urwerk ou MB&F, il y a toujours des cinématiques particulières, des jeux d'aiguilles, de satellites ou d'autres éléments qui projettent leurs montres dans une dimension où la mécanique abandonne son statut de simple moteur de l'affichage du temps pour se hisser sur le devant de la scène. Imaginez que la machinerie des décors d'un théâtre incarne le rôle principal d'une pièce: c'est un peu l'idée que je retrouve chez Urwerk et MB&F.

Cette communauté d'esprit rendait donc possible une nouvelle collaboration entre Felix Baumgartner et Max Büsser même si leurs emplois du temps respectifs laissaient peu de disponibilités pour la mettre en oeuvre.
C'est ainsi que C3H5N3O9 est né. Cette formule chimique est assurément explosive puisque il s'agit de celle de la nytroglycérine. Mais elle est également le nom déroutant et imprononçable d'une plateforme horlogère portée par une véritable dream-team et dont l'idée fondatrice a été définie en 2008 par Felix Baumgartner et Max Büsser. L'objectif de la plateforme, un vrai laboratoire d'idées en fait, est de pouvoir proposer des pièces expérimentales qui ne seraient pas envisageables dans le contexte d'Urwerk ou de MB&F mais qui rassembleraient certaines caractéristiques de ces deux marques. Des montres de "synthèse" alors? Eh non, car ce serait justement le piège à éviter. Les pièces expérimentales crées dans le contexte de C3H5N3O9 doivent au contraire profiter du cumul des énergies propres à Urwerk et à MB&F s pour s'affranchir des contraintes inhérentes à celles des marques et pour explorer de nouvelles voies.

L'Experiment ZR012 est le premier bébé de C3H5N3O9. Rarement autant de bonnes fées se sont penchées sur un berceau. Imaginez un peu le plateau qui ferait rêver n'importe quelle marque! En sus des 4 mousquetaires de C3H5N3O9 (Felix Baumgartner, Martin Frei côté Urwerk, Max Büsser et Serge Kriknoff côté MB&F), Cyrano Devanthey, maître horloger chez Urwerk et Eric Giroud, le designer le plus courtisé de ces dernières années ont contribué de façon significative à la conception de cette montre qui atteint sa cible en rendant hommage à un moteur mythique: le moteur à piston rotatif Wankel. 
Très fréquemment, l'interaction entre les mondes horlogers et automobiles apparaît comme une évidence. Cependant, il n'y a jamais vraiment eu de lien technique fort entre l'automobile et l'horlogerie comme si une sorte de cloison étanche existait dans le domaine que paradoxalement ces deux mondes partagent: celui de la mécanique.

Certes, Richard Mille a fortement favorisé ce rapprochement grâce à l'emploi de nouveaux matériaux en provenance de la Formule 1 et à l'architecture tubulaire de mouvements inspirés par les châssis des voitures.

Mais c'est en toute discrétion, par le biais d'une montre confidentielle issue d'une plateforme horlogère que le véritable pont mécanique entre automobile et horlogerie est crée. L'Experiment ZR012 a basé son principe d'affichage sur le comportement des pistons rotatifs du moteur Wankel. Les heures et les minutes sont indiquées par le biais d'aiguilles positionnées sur des triangles de Reuleaux effectuant la même cinématique que les pistons Wankel.

Le grand triangle inférieur supporte 3 petites aiguilles qui permettent de lire les heures, de droite à gauche tandis que le triangle supérieur est utilisé pour l'affichage des minutes. C'est en analysant cet affichage particulier que les influences Urwerk et MB&F se ressentent.

Nous retrouvons un élément du principe des heures vagabondes cher à Urwerk avec le parcours de 3 aiguilles le long d'une graduation. Mais ce n'est pas tout. Chez Urwerk, la graduation sert à afficher les minutes, les heures étant indiquées par les satellites ou les plots. L'Experiment ZR012 transforme ce principe en s'inscrivant dans une démarche similaire à celle de MB&F qui vise à éclater l'affichage des heures et des minutes. Les heures et les minutes sont ainsi indiquées séparément: en toute rigueur, nous ne sommes plus en face d'une véritable montre à heures vagabondes puisque le chiffre des heures ne se déplace plus. L'Experiment ZR012 définit ainsi un affichage particulier porté par le déplacement des deux triangles de Reuleaux.
Le triangle qui se remarque le plus est évidemment le triangle supérieur, le second étant recouvert par la structure supportant l'affichage des minutes. Ce qui surprend le plus avec l'Experiment ZR012 est l'effet de volume qui émane “du cadran”: les éléments sont superposés, les graduations allégées afin de permettre à notre regard de plonger dans les entrailles les plus profondes y compris dans les rouages du triangle des heures. La forme du verre joue également un rôle important. Selon les angles, il évoque un moule à gâteau couronne! L'effet visuel est surprenant.

La principale difficulté technique a consisté à ce que les aiguilles, positionnées aux pointes des triangles puissent “lécher” de façon constante les graduations. Cyrano Devanthey développa un tel module d'affichage afin que les triangles suivent un parcours épitrochoïde pour permettre aux aiguilles d'être correctement placées face aux graduations. A ce titre, vous noterez la position de la principale vis du triangle supérieur qui, en toute logique, n'est pas centrale.

L'effet moule à gâteau couronne:

Le mouvement qui alimente le module d'affichage est à remontage manuel. Un Peseux 7001 comme pour les Urwerk 10x? Eh non, puisque sa fréquence est de 4hz. Le Jaquet des Urwerk 201 alors? Toujours pas compte-tenu de la réserve de marche. En fait, l'équipe de C3H5N3O9 est partie d'un calibre automatique Girard-Perregaux, utilisé et très apprécié à la fois par Urwerk et MB&F. Le rotor et le système de remontage automatique ont été retirés tandis que l'affichage de la réserve de marche a été rajouté. L'affichage est situé à l'arrière de la montre et est plutôt utile compte tenu de la réserve de marche de 39 heures. La couronne située à 12 heures est visée. A titre personnel, j'ai toujours apprécié sur les Urwerk de pouvoir tourner la couronne avec la montre au poignet en utilisant le pouce. Malheureusement, ce petit tic n'est pas possible avec l'Experiment ZR012.

Le film permet de visualiser le déplacement des triangles:




Tout le talent d'Eric Giroud a été nécessaire pour fluidifier les lignes du boîtier en zirconium qui possède des dimensions imposantes: 55 sur 44mm cornes non comprises. Pourtant, côté cadran, ce très respectable gabarit passe visuellement plutôt bien grâce à l'espèce de pare-choc qui casse l'uniformité et à la parfaite intégration des cornes. La carrure du boîtier évoque incontestablement la HM4 avec les cornes postérieures articulées.

L'Experiment ZR012 est impressionnante au poignet: dire que c'est un ovni horloger serait presque une banalité. Sa taille, sa forme, la profondeur du cadran et la présence des triangles attirent le regard et j'imagine aisément le désarroi des personnes qui essayeraient de lire l'heure dessus. D'ailleurs, cette lecture est très simple une fois que le principe est compris: les amateurs d'Urwerk se trouvent en terrain connu!
La montre est étonnante de confort et comme pour toutes les Horological Machine, cela est grandement dû à l'efficacité de la boucle déployante. L'Experiment ZR012 ne bouge pas même en secouant le bras! Les cornes articulées la positionnent également de façon optimale sur le poignet. Il ne reste donc plus qu'à profiter du parcours des triangles... et c'est là où j'arrive au reproche que je pourrais faire à cette pièce.

En fait, elle m'a crée une sorte de frustration. J'aurais tellement aimé que le parcours des triangles soit bien plus rapide afin de visuellement mieux percevoir la courbe épitrochoïde. Je pense que j'aurais été plus séduit par une montre combinant une heure vagabonde “traditionnelle” avec une trotteuse reprenant le principe du piston du moteur Wankel. Le mouvement plus rapide aurait été plus adapté à mon sens. Mais un tel choix aurait peut-être conduit à de fortes contraintes mécaniques liées au décentrage du triangle.

Malgré ce reproche, j'ai apprécié la réussite que constitue l'Experiment ZR012. Pas forcément en tant que montre en elle-même (à titre personnel, je préfère une UR-202 ou une HM3 Frog) mais en tant qu'aboutissement d'une approche commune menée au sein de C3H5N3O9. Ce travail collectif a permis d'explorer une nouvelle voie plutôt que de s'enfermer dans une sorte de synthèse entre deux styles. C'est un bien bel exploit du point de vue créatif qui à lui seul justifie la mise en oeuvre de cette plateforme horlogère.

L'Experiment ZR012 sera fabriquée en 12 exemplaires tout comme la future RG012, en or rose.

Merci à Ian Skellern.

mercredi 8 août 2012

Hublot: King Power Usain Bolt

9 secondes et 63 centièmes: telle est la performance réalisée par Usain Bolt lors de la finale du 100 mètres des Jeux Olympiques de Londres qui lui permit de conserver son titre de champion. Soyons honnêtes, le temps nécessaire à Hublot pour imaginer la montre dédiée au sprinter jamaïcain n'a pas dû être bien long non plus. Et pourtant! Dans la longue série des séries limitées de Hublot, cette King Power se distingue par quelques petits détails originaux qui en relèvent son intérêt.

Evidemment, le contenu horloger n'a pas bougé d'un iota par rapport à d'autres King Power telles que la Dwayne Wade ou la F1 India utilisant également le mouvement HUB4100. Je regrette d'ailleurs que Hublot n'ait pas dédié à un champion de la trempe de Bolt son mouvement Unico. Le HUB4100  est loin d'être un mauvais mouvement. Il s'agit après du 7750 à la sauce Lajoux-Perret et à ce titre, aucune mauvaise surprise n'est à craindre: il fonctionne sans souci et sa fiabilité n'est plus à prouver. Mais un mouvement plus exclusif aurait sûrement été plus conforme au formidable palmarès de Bolt.

Je perçois deux explications derrière ce choix. La première, évidente, est la volonté de mettre le prix en cohérence avec les autres séries limitées sur base HUB4100, plus abordables que celles utilisant l'Unico. Le public visé est peut-être moins fasciné par le contexte du mouvement que par exemple un fan d'un sport mécanique qui appréciera avec l'Unico la possibilité d'observer la roue à colonne côté cadran et qui sera ainsi  prêt à mettre une somme plus élevée pour acquérir la montre.

La seconde  est qu'un cadran plein se prête mieux au travail décoratif de Hublot et que dans ce contexte, le HUB4100 suffit amplement.

Le principal atout de cette King Power est que non seulement elle se reconnaît au premier coup d'oeil mais qu'en plus elle s'identifie très facilement au champion. Cela est dû au jeu de couleurs très particulier et au bracelet à l'aspect unique. Compte tenu du sentiment de puissance et d'explosivité développé par Usain Bolt, le boîtier King Power de 48mm de diamètre s'imposait de lui-même. Réalisé en céramique noire microbillée, il crée avec le cadran noir mat un ensemble homogène dont l'ensemble a pour but de mettre en valeur les détails colorés qui définissent le caractère de la montre et la personnalité à laquelle elle rend hommage. 

Le rehaut poudré d'or se distingue facilement: il symbolise évidemment le palmarès impressionnant de Bolt et ses multiples médailles d'or sur 100, 200 mètres ou sur le relais acquises depuis plusieurs années lors des Jeux Olympiques ou des championnats du Monde d'Athlétisme. Puis les compteurs des minutes et des heures mettant côte à côte leurs graduations jaunes et vertes rappellent avec le fond du cadran les couleurs du drapeau de la Jamaïque. Enfin, la trotteuse permanente à 9 heures est décorée par la fameuse silhouette de Bolt en train d'effectuer son geste fétiche. Cette silhouette étant en gris météore, elle reste relativement discrète, se fondant dans le noir du cadran.

 Elle se retrouve de façon beaucoup plus visible à l'arrière de la montre, sur le fond saphir qui dévoile le HUB4100 et son rotor noir. La silhouette bouche un peu  la vue mais comme le mouvement n'est pas d'une beauté stupéfiante, ce n'est pas bien grave.

Mais le détail que personne ne peut rater, qui saute aux eux, qui les éblouie presque, est le bracelet qui brille de mille feux. C'est à se demander même si la montre dans son ensemble n'est pas qu'un unique prétexte pour permettre d'arborer fièrement ce bracelet. Il faut dire que de la même façon qu'avec la King Power Manchester United qui comporte des bouts de pelouse d'Old Trafford, Hublot a tenu à apporter une touche intimement liée à Bolt. Le bracelet en caoutchouc noir est ainsi recouvert par le même cuir synthétique doré qui est utilisé pour ses chaussures. Bref, Hublot a trouvé le chemin pour que le cuir quitte les pieds pour se retrouver aux poignets. Cela va sans dire, ce bracelet est l'antithèse de la discrétion, rendant la montre ostentatoire. Et ce n'est pas le contraste avec le boîtier qui va atténuer cette impression! Mais il a une immense vertu: il permet à cette série limitée de franchement se distinguer des autres! Ici pas de petit détail qui change par rapport à une autre, la King Power Usain Bolt pétarade... et c'est cela qui finalement la rend cohérente avec le champion jamaïcain qui derrière tout son talent, toute la rigueur dont il fait preuve dans son entraînement, tout le travail qu'il fournit, possède un côté showman, voire exubérant qui lui permet encore plus facilement de séduire les foules et d'attirer les sponsors.


Enfin, je dois hélas vous le confirmer: la King Power Usain Bolt ne fait pas courir plus vite! Ou plutôt, ce que Hublot espère secrètement, c'est que les fans du sprinter se précipitent dans leurs boutiques favorites pour acquérir les 250 exemplaires de cette série limitée. En ce qui me concerne, je trouverai une autre occasion de faire du sport.

Merci à l'équipe de la boutique Chronopassion pour son accueil.

dimanche 5 août 2012

Strom Agonium: Memento Mori Diamonds

Mais quelle était donc la montre que portait Johnny Hallyday lors de son interview sur TF1 en juin dernier? Voyons, une montre au boîtier tonneau complexe, au cadran noir allant particulièrement bien à son poignet de rocker? Mais c'est une Daniel Strom bien sûr!

Daniel Strom est le fils d'Armin Strom, l'horloger suisse célèbre pour son talent aux multiples facettes  qui s'exprima pendant de très nombreuses années notamment dans l'art subtil du squelettage. Bon sang ne peut mentir et Daniel a choisi une voie similaire à celle de son père, celle de l'horlogerie. Cependant, si la dimension artistique demeure, le style de Daniel est radicalement différent de celui de son père comme le prouve une collection de montres au design unique, reconnaissable au premier coup d'oeil et fort éloignée du classicisme horloger.

En fait, Daniel Strom propose deux collections qui partagent un point commun: la forme tonneau des boîtiers. Mais c'est bien le seul.

La collection Strom Cruizer se veut plus abordable et s'adresse à un public plutôt large à la recherche de montres de caractère avec des mouvements à quartz ou automatiques. La collection Strom Agonium, dont est issue la montre de Johnny Hallyday, est celle qui nous intéresse plus particulièrement car elle se distingue par un travail esthétique extrêmement abouti sur un élément fondamental d'une montre et pourtant faisant peu fréquemment l'objet d'une telle sophistication: le boîtier.

 Amateurs d'Heroic Fantasy, d'Heavy Metal Progressif ou de Rock Gothique, des légendes nordiques et des combats contre les dragons, les montres de la collection Strom Agonium sont pour vous! Il suffit de quelques secondes d'observation du boîtier pour être plongé dans une atmosphère hors du temps, envoutante voire dérangeante sous certains aspects. La collection Strom Agonium est basée sur 3 modèles de base mais en fait seule l'imagination du client et le talent de Daniel Strom constituent les limites des possibilités de personnalisation qui sont proposées.

La première montre est la Memento Mori qui nous rappelle la brièveté de notre passage sur terre avec sa multitude de crânes décorant les éléments du boîtier. Le deuxième est la Draco et permet de porter près de soi y compris sur la boucle ardillon plusieurs créatures légendaires. Enfin, l'Angelus est la plus paisible de toutes et certains pourront y voir une sorte de porte-bonheur.

Quelque soit la montre, le thème abordé, le même sentiment prédomine: celui d'appréhender un incroyable travail artistique, plus que de décoration mais bien de sculpture du boîtier. Une montre de la collection Strom Agonium s'observe mais également se caresse afin d'en apprécier les détails, les volumes. Chaque millimètre carré de surface disponible est utilisé pour mettre en scène le thème et chaque élément est ainsi mis en cohérence. Ce qui m'a le plus séduit est cette parfaite cohérence entre les cornes, les carrures, la couronne qui fait que chaque détail est à sa place comme sur un décor de théâtre. Bien évidemment, le résultat est visuellement baroque voire excessif. Mais cet excès est un ingrédient indispensable à la réussite de ce design. Le cadran n'est pas en reste afin d'être en accord avec la dimension gothique du boîtier. La police de caractère des chiffres, la forme des aiguilles, la décoration de la partie centrale ne surprennent guère dans cet environnement et complètent idéalement le travail du boîtier. Il n'y aurait rien eu de pire si un décalage artistique s'était ressenti entre le boîtier et le cadran. Et cet écueil a été évité.

Daniel Strom propose une palette assez large de matériaux: argent, or rose, palladium et platine sont utilisés pour créer les boîtiers et des combinaisons entre matériaux peuvent être réalisées comme par exemple une couronne en or rose avec un boîtier en argent.

La montre que je vous présente est la Memento Mori Diamonds. Elle se caractérise par la présence de diamants dans les orbites des crânes: une façon discrète de donner un côté précieux à la montre et par le côté scintillant des pierres, d'animer les crânes qui semblent posséder un souffle de vie. Je ne vous cache pas que cette montre peut mettre mal à l'aise. En fait, j'ai souhaité la voir car elle m'évoque la crypte des Capucins de l'église de Santa Maria della Concezione à Rome. Tout comme dans la crypte, cette accumulation de crânes fascine, dérange, séduit ou provoque un sentiment de répulsion mais à aucun moment ne laisse indifférent.

La précision des détails est réellement bluffante et même si je ne m'imagine pas avec une telle montre au poignet pendant plusieurs jours, je ne peux que souligner la qualité irréprochable de l'exécution. 

Chaque modèle est dans la configuration heures-minutes-secondes centrales ce qui est une excellente décision. La seconde centrale anime le cadran et l'ajout de complications n'aurait rien apporté si ce n'est de la confusion. La lecture de l'heure reste tout à fait satisfaisante malgré la profusion de détails et après tout, la véritable complication n'est-elle pas la démarche artistique qui habille les boîtiers?

Dans ce contexte, le mouvement ETA2824 est clairement suffisant. Fiable, avec une bonne efficacité au remontage, il s'adapte sans souci au contexte de la collection Strom Agonium. Il y a un élément que j'ai trouvé amusant à l'usage: c'est la couronne en forme de crâne. Certes, ce n'est pas ce qu'il y a de plus pratique mais le fait de tirer une pièce ayant une telle forme n'est pas dénué d'ironie!

Evidemment, une fois portée, la Memento Mori dégage une présence unique. Le problème est que j'ai passé mon temps à tourner le poignet pour observer les crânes dans les moindres recoins sans oublier la boucle pour apprécier la finesse de l'ouvrage! J'imagine qu'avec le temps, le propriétaire s'habitue à un tel design et que la montre se fait un peu plus oublier afin d'adopter un porté un peu plus normal.


Je dois avouer que j'ai été très séduit par cette Memento Mori. Certes, je n'ai ni le look, ni l'état d'esprit pour l'acquérir et la porter quotidiennement mais force est de constater que Daniel Strom a su créer plus qu'un style, une atmosphère unique dans un paysage horloger qui a tendance à parfois trop ronronner ou à prendre peu de risques. En ce concentrant sur cette démarche artistique et en utilisant un mouvement sans souci, Daniel Strom propose ainsi des montres  attirantes et originales à une clientèle de niche sensibilisée aux thèmes abordés par la collection Strom Agonium.

Merci à l'équipe de la boutique Chronopassion.

samedi 4 août 2012

Breitling: Transocean Chronographe Unitime

Le mouvement chronographe de manufacture B01, dévoilé en 2009, constitue un pilier fondamental dans la stratégie de Breitling. Au-delà du renforcement de la légitimité horlogère, ce mouvement répond également à une logique industrielle qui doit donner à Breitling une plus grande indépendance vis-à-vis de ses fournisseurs  traditionnels dont évidemment le Swatch Group. Il permet aussi, à travers sa présence grandissante au sein de la collection de faire croître significativement le prix moyen des montres vendues pour positionner la marque dans un segment supérieur. Cette stratégie de montée en gamme est d'ailleurs soutenue par l'accélération de l'ouverture de boutiques en nom propre dont une, récemment, à Paris, sur la prestigieuse rue de la Paix.

Breitling n'avait donc pas le droit à l'erreur avec son mouvement. C'est la raison pour laquelle il se caractérise à la fois par des performances techniques appréciables (embrayage vertical, roue à colonne, dispositif d'autocentrage des marteaux de remise à zéro, réglage de la raquetterie facilitée, changement de date instantané sans risque de dommage etc...) mais également par une architecture  résolument contemporaine qui facilite les interventions et l'assemblage. Cet assemblage est lui-même optimisé, chaque mouvement étant posé sur une navette lui permettant de se déplacer d'un poste à l'autre tout au long du processus, alternant interventions des hommes et des machines. Breitling  met en avant cette approche industrielle, nécessaire compte tenu du nombre élevé de mouvements à produire et garante de l'homogénéité  de la qualité et de la fiabilité.

Le B01  a également été conçu pour facilement évoluer et accueillir des modules complémentaires. C'est ainsi qu'au cours de la Foire de Bâle de 2012 fut dévoilée la Transocean Chronographe Unitime, montre qui fait référence à la riche histoire de Breitling mais qui symbolise également sa nouvelle capacité à produire des calibres compliqués de manufacture.

Unitime est un nom qui résonne particulièrement aux oreilles des amateurs de Breitling puisqu'il incarna dans le passé toute une lignée de montres, aux vocations civiles ou militaires qui comportaient des complications permettant la lecture de l'heure sur plusieurs fuseaux. Les plus célèbres Unitime se reconnaissaient par leur lunette extérieure aux graduations particulières, le signe devant les chiffres indiquant le jour ou la nuit. Dans les années 50, Breitling avait produit des Unitime Heures Universelles qui reprenaient intégralement le système imaginé par Louis Cottier basé sur l'utilisation de deux anneaux indépendants, l'un avec les villes de référence des 24 fuseaux, l'autre avec les 24 heures. Ce système, d'une très grande ingéniosité, permet la lecture directe de l'heure dans chacun des 24 fuseaux. La seule manipulation que la complication exige est de positionner la ville du fuseau local en tant que ville de référence afin que les deux principales aiguilles affichent l'heure du lieu où le propriétaire de la montre se trouve. Lorsque cette manipulation est effectuée, grâce aux rotations des anneaux, tous les autres fuseaux se recalent automatiquement.

Dans mon esprit, 3 marques incarnent de nos jours la véritable complication des heures universelles:
  • Patek Philippe bien entendu pour son approche extrêmement pure et efficace par le biais de montres à deux aiguilles,
  • Girard-Perregaux pour sa capacité à avoir constitué toute une collection de montres autour de cette complication,
  • Et Vacheron Constantin pour sa Patrimony Traditionnelle Heures du Monde permettant l'affichage de 37 fuseaux  y compris les fuseaux décalés.
A cette prestigieuse liste, je pourrais rajouter aujourd'hui Breitling qui marque un grand coup avec la Transocean Chronographe Unitime. Grand est l'adjectif approprié car la montre se distingue par un impressionnant diamètre de 46mm. Et comme les cornes ne sont pas forcément courtes, les petits poignets devront passer leur chemin. Une des raisons de cette taille importante est le cumul de deux complications: le chronographe et les heures universelles. La présence des deux anneaux rend ainsi nécessaire l'utilisation d'un boîtier plus important. Je pense cependant que Breitling aurait dû essayer de contenir la montre autour de 43mm comme le fait Girard-Perregaux dans une configuration similaire afin de la rendre portable par un plus grand nombre. Le cadran y aurait gagné en équilibre: les compteurs et le guichet de date semblent un peu perdus en son centre.

L'Unitime n'est cependant pas dénuée d'atouts. Le premier atout est l'excellente qualité de finition, notamment au niveau du cadran. Les index et logo appliqués, la mappemonde, les différentes typographies sont tous parfaitement exécutés. Vous noterez sur l'anneau des fuseaux la présence de soleils qui prolongent la plage concernée par la ville de référence. Il s'agit bien sûr d'intégrer les décalages liés aux passages des heures d'été.

Le second atout est la facilité d'utilisation de la complication des heures universelles: point de poussoir un peu dur à faire fonctionner comme avec une Patek Philippe 5130, l'ajustement du fuseau local en tant que fuseau de référence s'effectue à la couronne en avant ou en arrière. Ceux qui se déplacent entre Londres et Paris et qui doivent appuyer 23 fois sur le poussoir pour se caler sur le bon fuseau savent de quoi je parle.

Le troisième atout est lié aux performances propres du mouvement B05, en fait une base B01 sur laquelle un module "maison" heures universelles a été greffé. L'Unitime possède ainsi un mouvement d'une fréquence de 4hz et d'une réserve de marche appréciable de près de 3 jours. Grâce à l'efficacité du système de date instantanée, le quantième s'ajuste automatiquement en avançant en cas de déplacement vers l'est ou en reculant vers l'ouest en fonction du nouveau fuseau local. A titre personnel, j'aurais préféré que la montre soit proposée sans guichet de date compte tenu de sa position. Mais il aurait été dommage de se priver de cette performance technique. A noter que Breitling a pris la bonne décision de mettre un fond plein puisque le mouvement aurait semblé trop petit pour la taille du boîtier.

Enfin, le dernier atout est  le service de "personnalisation" proposé par Breitling. La lunette des villes de référence disponible en plusieurs langues, le cadran en deux teintes (blanc polar ou noir), le boîtier en acier ou en or rose sans oublier un bracelet en acier tressé qui peut être utilisé avec le boîtier acier, tous ses éléments font qu'une palette assez large d'Unitime s'offre au choix de la clientèle. Dommage cependant qu'à ma connaissance, il ne soit pas possible de décorer le cadran avec une mappemonde différente privilégiant d'autres continents.

Au poignet, l'Unitime est une montre qui dégage une très grande présence compte tenu de sa taille, des poussoirs et de la complexité du cadran, la mappemonde attirant facilement le regard. Le bon côté du gabarit imposant est la lecture aisée des informations y compris celles positionnées sur les deux anneaux des heures universelles. Le verre saphir convexe contribue également fortement à cette excellente lisibilité. Vous noterez que le compteur des minutes du chronographe, gradué sur 30 minutes, est fidèle à ceux de la ligne Transocean en mettant en avant les 3 premières sections de 3 minutes. Malgré la taille, l'Unitime s'est révélée être confortable à mon poignet. C'est plus le rendu visuel qui est plus gênant pour un poignet de ma taille, les cornes ayant tendance à déborder. Il est clair que sur des poignets modestes, l'Unitime paraîtra inappropriée. Il est donc important de bien la tester avant de faire son choix.

Incontestablement, Breitling a frappé un grand coup avec la Transocean Chronographe Unitime. Elle témoigne du saut qualitatif de la marque et de la capacité du mouvement B01 à tracter des complications additionnelles. Montre performante et séduisante, elle rate cependant le sans faute à cause de sa taille XXL qui constitue un obstacle pour les poignets modestes ou les amateurs de pièces plus discrètes. 2 ou 3 millimètres en moins auraient permis de la rendre plus accessible sans nuire à la lisibilité. Malgré ce bémol, le bilan reste nettement favorable, la possibilité de changer la langue de l'anneau des fuseaux faisant pencher définitivement la balance du bon côté.

Merci à l'équipe de la boutique Breitling Paris.

vendredi 3 août 2012

François-Paul Journe: Octa Sport "Indy 500"

L'Octa Sport "Indy 500" est une montre qui suscite beaucoup d'interrogations, la première étant de comprendre pourquoi François-Paul Journe est parti dans un tel projet. Et pourtant, il s'explique très facilement. L'Octa Sport "Indy 500", série limitée de 99 pièces, a été réalisée pour célébrer la participation de Jean Alesi à la célèbre course automobile. Derrière cette célébration se cache tout simplement une histoire d'amitié entre deux hommes du sud-est de la France, réunis autour d'une même passion: celle des sports mécaniques.

Contrairement aux idées reçues, ce n'est pas la première incursion de François-Paul Journe dans cet univers particulier. Comptant Jean Todt parmi ses fidèles et principaux clients, c'est suite à une visite à Maranello que l'idée du Centigraphe Souverain a germé dans l'esprit de l'horloger. D'ailleurs, il existe une version du Centigraphe, uniquement sur commande, reprenant les codes couleurs de la marque au cheval cabré (aiguilles principales jaunes, cadran rouge) et portant le code "F" comme... Formula (désolé, vous avez perdu si vous avez pensé à autre chose). Par la suite, le Centigraphe a été décliné en version "lineSport", en aluminium, afin de répondre à la demande d'un client japonais, triathlète, qui souhaitait pouvoir pratiquer sa discipline avec une montre légère au poignet. Bref, tout cela pour expliquer que la vision d'un Journe produisant uniquement des montres habillées, aux métaux précieux est un peu réductrice même si évidemment l'approche classique de l'horlogerie demeurera toujours la pierre angulaire de la collection.

Je vous avais présenté en détails l'Octa Sport il y a quelques semaines. Je ne vais donc pas revenir en détails dessus puisque fondamentalement, l'Octa "Indy 500" n'en est qu'une évolution esthétique. Il est cependant important de rappeler que l'Octa de la lineSport se distingue par sa légèreté (53 grammes) obtenue grâce à un alliage d'aluminium utilisé à la fois pour le boîtier mais également pour les platines, ponts du mouvement et bracelet. Autre spécificité: une organisation du cadran particulière, une rotation de plusieurs degrés du mouvement par rapport à celui de l'Octa Automatique Réserve ayant été effectuée entraînant le positionnement de la couronne à 4 heures. Une complication a été rajoutée: un affichage jour&nuit pas forcément des plus utiles dans ce contexte. Enfin, le boîtier est élargi avec un diamètre de 42mm.

L'Octa "Indy 500" conserve évidemment toutes ces caractéristiques mais visuellement le résultat est décoiffant du fait de sa couleur dominante. L'alliage d'aluminium a été noirci si bien que le bracelet caoutchouc, le cadran, le boîtier ne forment pratiquement qu'un seul élément, résolument noir sur lequel se détachent très nettement les informations du cadran: chiffres, index et affichages.


Lors de sa première présentation, l'Octa "Indy 500" a beaucoup surpris par son design. Ce ne fut pas l'omniprésence du noir qui dérangea mais bien  le positionnement en alignement vertical de 3 logos dans la même zone du cadran qui provoqua les commentaires les plus acides. Il est vrai qu'à titre personnel, je trouve que ces 3 logos ne sont pas des plus heureux: ils alourdissent le cadran en occupant la place disponible et empêchent la montre de "respirer". De plus, ils rajoutent des couleurs (notamment le bleu et le jaune) qui jurent avec les couleurs  de base (noir, rouge et blanc).

Les 3 logos sont pourtant logiques dans l'esprit de la montre car ils symbolisent l'épreuve, le pilote et la voiture. C'est la raison pour laquelle, à l'écoute de la clientèle, François-Paul Journe a pris la décision, non pas de les supprimer définitivement, mais de rendre possible l'acquisition de l'Octa "Indy 500" sans les fameux logos. Le nombre de pièces produites au total reste le même (99, numérotées de 501 à 599) mais les clients ont dorénavant deux types de cadran disponibles.

La montre photographiée est une des premières Octa "Indy 500" sans logo. Même si je continue à préférer l'Octa Sport initiale, je dois avouer que dans cette livrée plus épurée, la dominante noire passe mieux. Il y a un détail que j'apprécie beaucoup dans la lineSport en général et dans cette Octa en particulier: il s'agit du rendu de l'alliage d'aluminium avec le mouvement. Les détails, l'architecture du mouvement semblent mieux se distinguer et le travail effectué sur le 1300.3, calibre d'une fréquence de 3hz et d'une réserve de marche de 5 jours, est bien mis en valeur. Une conséquence peut-être inattendue de cet alliage mais qui est la bienvenue.

 Au poignet, pas de différence avec l'Octa Sport: les 53 grammes rendent la montre très confortable et le bracelet caoutchouc est visuellement plus séduisant que le bracelet aluminium. Je ne vais pas vous dire que je suis sous le charme de cette Octa puisqu'elle ne correspond absolument pas à mes goûts et parce que je n'ai jamais été attiré par les montres légères, surtout dans ce segment de prix. J'aurais bien d'autres priorités au sein de la collection Journe avant de songer à m'intéresser à cette Octa "Indy 500". Cependant, le résultat, une fois les logos retirés, est plus convaincant que je pouvais l'imaginer. La ligne est fluide et les couleurs du cadran se marient plutôt bien. Le guichet jour&nuit me semble toujours aussi peu utile surtout avec sa forme en haricot. Mais cela ne constituera pas un détail rédhibitoire pour les collectionneurs recherchant une montre Journe adaptée à une activité plus sportive et au design inattendu. Maintenant, je dois avouer qu'après la présentation des montres de la lineSport de ces derniers mois, j'attends de nouveau François-Paul Journe de pied ferme sur son terrain de prédilection. Et une bonne surprise devrait arriver d'ici la fin de l'année 2012.

jeudi 2 août 2012

Audemars Piguet: Royal Oak Chronographe Leo Messi Platine

Le nouveau chronographe Royal Oak fut présenté au cours du SIHH 2012. Au-delà de l'augmentation de la taille du boîtier à 41mm, sa principale modification par rapport à la version antérieure est la présence d'aiguilles et d'index à facettes qui apportent de la subtilité sur le cadran.

La série limitée Leo Messi est la première déclinaison de cette nouvelle base et s'en démarque esthétiquement parlant assez nettement en renonçant à un des ingrédients qui ont fait la légende des Royal Oak: le motif "Grande Tapisserie". Bien évidemment, dans ce genre de situation, le monde se divise en deux. Certains vont applaudir, louant cette approche qui donne une nouvelle dimension à la Royal Oak grâce au cadran lisse. Et d'autres vont crier au scandale considérant le motif comme un élément indissociable de la Royal Oak.

En ce qui me concerne, je fais partie de la première catégorie et je vais vous expliquer pourquoi. Pour tout vous dire, la nouvelle version du chronographe m'avait relativement peu séduit il y a quelques mois du fait de l'élargissement du boîtier, le mouvement restant le même, le calibre 2385 à remontage automatique, autrement dit le Frédéric Piguet 1185. La montre perdait un peu d'équilibre, les compteurs et le guichet de date s'éloignant de la lunette. Or je considérais le chronographe antérieur, dans son boîtier de 39mm comme un modèle d'harmonie et un parfait exemple de la capacité de la  Royal Oak à intégrer des complications sans perdre la force de son design.

La série limitée Leo Messi s'accommode beaucoup mieux de cette nouvelle taille. Cela est dû à plusieurs détails qui définissent le caractère propre de ce chronographe un peu particulier dans la collection d'Audemars Piguet.

Disponible dans 3 boîtiers différents (acier, or rose et platine), dans chaque cas, il utilise un cadran satiné. La couleur sombre du cadran (anthracite pour l'or rose et l'acier, bleu foncé pour la platine) permet une meilleure intégration du guichet de date qui semble moins perdu sur le cadran. De plus, la finition satinée apporte beaucoup d'élégance, donnant de jolis reflets de lumière.

La façon dont les 3 sous-cadrans sont décorés contribue également à cette réussite: le cerclage argenté et satiné, au-delà du raffinement qu'il apporte renforce visuellement la présence de ces 3 sous-cadrans et tend donc à rééquilibrer le cadran.

Et puis, comment ne pas évoquer une des caractéristiques fondamentales de cette Royal Oak? La lunette tantale contraste légèrement avec le boîtier selon la façon dont la lumière éclaire la montre. Ce mélange de matériaux (j'allais utiliser le terme de "fusion" pourtant bien réel et fidèle à l'esprit d'Audemars Piguet mais qui est trop connoté maintenant) est l'apanage des Royal Oak Offshore, pas des Royal Oak. Pourtant, grâce à la cohérence des teintes, au très léger contraste entre le satiné sombre du cadran et le rendu de la lunette, l'utilisation de matériaux différents pour le boîtier et la lunette passe très bien dans le contexte de cette Royal Oak.

La lunette se détache nettement sur la version en or rose mais elle se marie bien avec la chaleur du boîtier. Elle s'insère de façon plus douce dans le design des versions acier et platine créant ainsi une sorte de petite touche de rupture tout en conservant l'homogénéité de l'ensemble. Le tantale est un  matériau lourd aux délicats reflets bleutés. C'est la raison pour laquelle parmi les 3 versions, ma préférée est sans conteste la platine. Le cadran satiné bleu profond se combine idéalement avec la lunette et le poids de la montre est très agréable à ressentir au poignet.

Le fond du boîtier est plein ce qui est peut-être dommage car malgré le contexte footballistique, c'est bien sur le territoire de l'élégance que cette montre joue. Ce n'est pas le moindre de ses paradoxes. Alors que nous pouvions nous attendre à une ROO particulière, la série limitée Leo Messi débouche, pour notre plus grand plaisir, sur une montre raffinée et peut-être même plus "black-tie" que le modèle qui a servi de base. Je trouve cette idée réjouissante alors que ces dernières années, le marché a vu des montres liées au ballon rond à la limite de la caricature dont une intégrant même des bouts de pelouse. C'est donc plus un hommage à la fantastique technique du joueur et à ses gestes, ses chevauchées uniques qu'à l'ambiance moins distinguées de certaines tribunes.

 La référence à Leo Messi est très discrètement insérée sur le fond du boîtier: même le plus irréductible supporter du Real Madrid pourra porter cette montre, en théorie, sans en faire une maladie!

Du point de vue mécanique, nous retrouvons donc le Frédéric Piguet 1185 qui se caractérise par sa grande finesse. Ce n'est évidemment toujours pas un mouvement maison mais contrairement aux différents calibres des Royal Oak Offshore,  il s'agit au moins d'un mouvement chronographe intégré. Sa fréquence est de 3hz et sa réserve de marche de 40 heures, un peu courte dans le contexte actuel.

Au poignet, la Leo Messi platine surprend par une répartition du poids très particulière, l'essentiel du poids étant concentré dans le boîtier alors que pour les montres à bracelet métallique, le poids est mieux réparti. Cette concentration m'est très agréable car j'aime sentir la lourdeur des métaux précieux. Cependant, une telle configuration ne va pas plaire à tout le monde et un test est indispensable pour bien apprécier le comportement et le confort au poignet.

Avec cette Royal Oak Chronographe Leo Messi, Audemars Piguet frappe un grand coup en faisant évoluer avec intelligence son chronographe vers une dimension plus habillée et subtile. Le cadran satiné, le cerclage argenté, la lunette tantale créent une atmosphère particulière qui rend cette série limitée très séduisante. En évitant de tomber dans le piège des références trop évidentes au ballon rond, Audemars Piguet a su ainsi définir une montre qui séduira un public bien plus large que celui purement des amateurs de football ou des fans du joueur.

La Royal Oak Chronographe Leo Messi est disponible en 500 exemplaires en acier/tantale, 400 en Or Rose/tantale et 100 en platine/tantale.

Merci à l'équipe de la boutique Audemars Piguet Paris.