lundi 30 avril 2012

Bell&Ross: Vintage WW2 Bomber Régulateur

Et si cette Vintage WW2 était la Bell&Ross la plus convaincante de ces dernières années? C'est en tout cas celle qui présente le contenu le plus original. Fidèle à sa stratégie visant à revisiter l'histoire des montres militaires, la Vintage WW2 est inspirée par les montres d'observation utilisées par les navigateurs des bombardiers de la seconde guerre mondiale. Elle reprend donc certains codes de l'instrument de mesure de référence, un chronographe pur dont le cadran était principalement dédié à l'affichage des minutes par le biais d'une unique aiguille centrale.

Afin de retrouver l'esprit de cet instrument, Bell&Ross a choisi un affichage du temps de type "régulateur", les aiguilles des heures et des secondes se retrouvant dans leurs sous-cadrans spécifiques alignés verticalement.



Le premier détail que j'ai remarqué est la lunette crantée à la forme très particulière. Cette lunette a un rôle fondamental pour la Vintage WW2. Du point de vue fonctionnel, son rôle est mineur compte tenu de l'utilisation prévisible de la montre. Mais sa dimension ludique et l'originalité de sa forme, reprenant de façon quasi-identique les courbes de la lunette de l'instrument d'origine, définissent l'essentiel de la personnalité de la Vintage WW2. Cette lunette se manipule très aisément et comme le boîtier a une dimension imposante (49mm), elle donne fréquemment l'envie d'être tournée pour une raison ou une autre. Les maniaques veilleront cependant à toujours remettre la flèche rouge exactement au-dessus de l'index de la 60ième minute.

Mais la lunette ne fait pas tout: si la Vintage WW2 sort du lot au sein de la collection Bell&Ross, c'est bien parce que la montre dans son ensemble reste cohérente. L'affichage met en valeur la grande aiguille des minutes qui rend les deux autres aiguilles presque accessoire. Les chiffres et index couleur sable combinés au cadran noir renforcent l'atmosphère militaire et s'insèrent joliment dans l'ambiance chromatique de la montre: le boîtier est vieilli grâce à une finition en canon de fusil et le bracelet cuir semble lui aussi avoir traversé le temps. Vous l'avez reconnue, c'est la recette de l'Airborne II qui est réutilisée ici.



La taille du boîtier aurait rendu le positionnement de la couronne oignon striée à 3 heures problématique car s'appuyant sur le poignet dans certaines positions de ce dernier. Bell&Ross a fait le choix de la déplacer à 9 heures en faisant pivoter de 180° le mouvement automatique Debois-Depraz. La conséquence est que la répartition des fonctions du cadran est elle-aussi inversée: la petite seconde se retrouve au sommet et l'heure à la base. Ce n'est pas un problème car dans l'esprit d'un "régulateur", dans sa signification première d'horloge de référence d'une grande précision qui servait au réglage des montres, les fonctions mises en avant étaient les minutes et les secondes. Certes, cela fait belle lurette que la notion de "régulateur" s'est transformée dans l'esprit des amateurs d'horlogerie pour seulement définir les montres dont les aiguilles des heures et des minutes n'ont pas le même axe. Mais finalement, le fait de retrouver les secondes au sommet est un clin d'oeil bienvenu. En revanche, la position inférieure de l'aiguille des heures peut surprendre à l'usage. 

Une montre de 49mm de diamètre n'est jamais simple à porter. Afin de la rendre plus confortable, Bell&Ross a mis en place des attaches de bracelet mobiles. Ces attaches s'adaptent sans souci au poignet et du fait de l'absence de véritables cornes, la Vintage WW2 a plus le rendu d'une montre de 45mm de diamètre que de 49mm. Je pense même que cette taille est plus ici un atout qu'un problème: la démesure fait partie de son esprit compte tenu des dimensions des instruments des navigateurs.



Je dois avouer que de façon générale je n'aime guère les montres à affichage de type "régulateur". Je trouve la lecture de l'heure malaisée sans que cela apporte une dimension ludique. Or Bell&Ross a réussi son approche avec cette Vintage WW2: du fait de son inspiration, l'affichage du temps prend ici tout son sens car mettant en valeur l'aiguille centrale des minutes. La forme de la lunette, la cohérence de l'ensemble et la personnalité qu'elle dégage font que je considère cette Vintage WW2 comme étant le point d'orgue de la collection 2012 de Bell&Ross.

Merci à l'équipe Bell&Ross pour son accueil pendant le Salon de Bâle.

François-Paul Journe: Octa Sport

L'Octa Sport est la deuxième représentante de la collection Linesport qui fut initiée lors du premier semestre 2011 avec le Centigraphe Sport que je vous avais présenté dans cet article. Si un chronographe se prête naturellement à l'exercice qui consiste à donner un aspect plus "sport" à une montre existante par l'utilisation de nouveaux matériaux, par l'emploi de couleurs moins classiques, je dois avouer que j'étais relativement circonspect en apprenant qu'une Octa allait aussi être déclinée dans cette collection. 

Même si dans l'ensemble, cette Octa Sport m'a moins séduit que le Centigraphe Sport  du fait d'une moindre cohérence entre les complications et le style, je fus quand même agréablement surpris par le résultat. 



La démarche poursuivie par François-Paul Journe avec l'Octa Sport reste la même: si de façon traditionnelle, François-Paul Journe vise à proposer des mouvements à l'épaisseur contenue et ce, quelles que soient les complications, l'objectif de la collection Linesport est la légèreté et la résistance pour une utilisation différente afin que les montres puissent accompagner leurs propriétaires  lors de leurs activités sportives. Cet objectif n'est pas innocent car répondant à une demande croissante de la clientèle frustrée d'être obligée de poser ses montres classiques la plupart du temps le week-end ou en vacances.

La solution qu'apporte François-Paul Journe est l'utilisation quasi systématique d'un alliage en aluminium y compris pour le mouvement. Cet alliage est aussi dur que l'or rose avant traitement anti-allergique et anti-corrosive et aussi dur que la céramique après. Pour que François-Paul Journe en vienne à abandonner ses platines et ponts en or, cela en dit long sur sa volonté d'atteindre le meilleur résultat possible. Et ce résultat se mesure en grammes:  55 grammes pour le Centigraphe Sport et 2 grammes de moins pour cette Octa Sport. 



Si le Centigraphe Sport possède une organisation de cadran similaire à celui du Centigraphe Souverain, ce n'est pas le cas avec l'Octa Sport. Certes, elle ne cache nullement son ascendance "Octa" mais si nous la comparons avec une Octa Automatique Réserve, les différences apparaissent très vite. L'ensemble du mouvement de l'Octa a effectué une rotation de plusieurs degrés: la petite seconde se retrouve à six heures, la grande date à 1 heure, la réserve de marche à 10h30 (et conséquence logique: la couronne est déplacée à 4 heures). Et puis, la surprise est l'adjonction d'une complication: l'affichage jour&nuit à 9 heures par le biais d'un guichet en forme de haricot. Du point de vue fonctionnel, je ne perçois pas l'intérêt de cette complication surtout dans un tel contexte et sans second fuseau. Cet affichage a cependant plusieurs vertus: il équilibre le cadran, il apporte une touche de couleur supplémentaire et il met en valeur le nom de la marque située juste en dessous. Alors, à la réflexion, il devient difficile d'imaginer l'Octa Sport sans. Compte tenu du diamètre du boîtier (42mm), soit 2mm de plus que le grand boîtier de l'Octa, les affichages sont visuellement plus proches du centre. Mais là non plus, ce détail n'est pas vraiment gênant.

Les couleurs présentes sur le cadran sont identiques à celles du Centigraphe Sport: gris, rouge et blanc créent un ensemble à la fois harmonieux et en rupture avec la collection Octa.



Le mouvement 1300.3 se distingue des mouvements traditionnels Journe par l'utilisation de l'alliage en aluminium. Le rendu n'est certes pas aussi valorisant que celui des mouvements en or. Mais la qualité de la finition demeure et le nouveau matériau permet de mieux apprécier certains détails que l'or avait tendance à estomper par son côté précieux. Les performances sont on ne peut plus classiques pour un mouvement automatique Journe: fréquence de 3hz, 120 heures de réserve de marche, balancier à 4 masselottes etc... A noter que la masse oscillante est alourdie par un segment en tungstène.

L'Octa Sport existe en deux versions: soit avec un bracelet caoutchouc, soit avec un bracelet en alliage. Je regrette l'impossibilité de passer d'un bracelet à l'autre. Mais cela est dû au type de maillon intermédiaire utilisé sur la pièce de bout qui n'est pas le même selon le bracelet. Avec le bracelet en alliage, ce maillon peut effectuer une rotation de 15° afin que la courbure du bracelet soit optimale.

Le bracelet en alliage est d'une extrême souplesse grâce aux bouts évidés des maillons, aux éléments en caoutchouc armé qui s'insèrent parfaitement et aux pièces de fixation en titane. Le confort est surprenant, le bracelet semblant épouser les moindres contours du poignet. La contrepartie de cette souplesse est un rendu esthétique plutôt moyen, les maillons ayant tendance à faire des vaguelettes liées à leur mobilité. 



Le bracelet caoutchouc est de ce point de vue beaucoup plus convaincant même si l'Octa Sport s'ajuste alors moins bien au poignet. Je sens bien que l'Octa Sport a été conçue avec le bracelet en alliage et que le bracelet caoutchouc est venu après. Mais  au moins, il répond à certaines critiques formulées et apporte une alternative.

L'Octa Sport m'a donc globalement séduit même si ce n'est pas un coup de coeur. Je trouve que le Centigraphe, du fait de sa vocation, est plus adapté à cette évolution "Sport". Mais l'Octa Sport recèle quelques surprises comme l'organisation du cadran inhabituelle chez Journe et l'adjonction d'une complication. La première montre automatique de la collection Linesport est donc plus ambitieuse qu'elle n'y paraît. Au final, la vraie question que se poseront les futurs acquéreurs sera celle du type de bracelet à privilégier car le choix est malheureusement définitif.

mercredi 25 avril 2012

Hublot: All Black Skull Bang

S'inscrivant dans la tradition des montres spécialement réalisées pour la boutique Chronopassion, la All Black Skull Bang est une série limitée de 100 exemplaires imaginée par Laurent Picciotto et que Hublot a concrétisée. La All Black Skull Bang reprend un thème cher au célèbre détaillant, celui du rock'n'roll avec la présence du crane sur le cadran et la dominante noire. Bref, la Skull Bang a vocation à se retrouver au poignet d'un guitariste pour l'accompagner dans de longs riffs!

La base de la Skull Bang est une Classic Fusion 45mm. Les principaux intérêts de cette base résident dans le côté élancé du boîtier et dans le changement de l'anneau de date qui est effectué sur le calibre Sellita SW300 afin que l'équilibre du cadran soit préservé malgré le diamètre imposant.



La Skull Bang conserve donc ces caractéristiques mais évidemment sa présentation particulière devient son principal atout. Je dois avouer que la finition du boîtier est sans conteste très convaincante grâce à l'alternance de parties polies et brossées de céramique noire. La carrure est ainsi particulièrement réussie tout comme l'effet visuel rendu par la lunette et les vis en titane.

Malgré la noirceur ambiante (tant au sens propre que figuré), la lisibilité est conservée car les aiguilles apportent de façon un peu surprenante un contraste suffisant avec le cadran. J'aime le graphisme du crane car il n'est ni trop complexe ni trop stylisé. Selon l'angle de la lumière, il devient plus au moins visible. Il est également repris sur le fond du boîtier ce qui est une bonne chose: le Sellita SW300 n'étant pas d'une beauté fracassante, autant le cacher avec un thème en cohérence avec celui de la montre.



Au poignet, la Skull Bang m'a laissé une drôle d'impression. Elle est certes très confortable comme le sont régulièrement les Hublot. Mais c'est le sentiment qui se dégage du cadran qui à titre personnel me dérange. Car contrairement par exemple à une Bell&Ross Airborne qui s'inspire clairement d'une thématique militaire, le design  de la Skull Bang a plutôt tendance à évoquer un Memento Mori que l'ambiance rock'n'roll dont je parlais au début. Et c'est un message plutôt sur la fatalité du temps qui passe que j'ai perçu au détriment du côté décalé. Il manque peut-être la petite touche de folie pour à la fois rendre la montre vraiment originale (les cranes et le All Black ne sont plus aujourd'hui des effets de style rares) et pour lui donner un côté plus joyeux qui serait le bienvenu. Par exemple, un petit diamant sur le crane histoire de redonner une touche d'optimisme! 



La Skull Bang s'adresse selon moi peut-être plus aux amateurs mélancoliques qu'à ceux à la recherche d'exubérance. Un résultat que je trouve paradoxal connaissant la personnalité de Laurent Picciotto mais qui constitue une nouvelle façon pour lui de nous surprendre.

Merci à l'équipe de Chronopassion pour son accueil.

mardi 24 avril 2012

Badollet: Ivresse

Une de mes coups de coeur de l'année 2011 fut Ari de Eva Leube, une montre qui proposait une vue spectaculaire sur son mouvement incurvé. Je ne m'attendais pas en 2012 à connaître une surprise similaire même si la pièce qui fut présentée par Badollet au cours de la Foire de Bâle 2012 est radicalement différente. J'aurais dû me douter qu'un projet d'envergure se tramait chez Badollet. En décembre dernier, pendant le Salon Belles Montres, j'avais en effet croisé Eric Giroud qui m'avait chaudement recommandé de prévoir la visite du stand Badollet à la Foire de Bâle. Connaissant sa créativité et sa capacité à secouer le cocotier, je ne pouvais qu'être intrigué et excité à l'idée d'en savoir plus.



Quelques mois plus tard, le voile est levé et Ivresse, car tel est son nom, s'est offerte aux regards des visiteurs. Et inutile de faire durer le suspens, je fus grandement séduit par sa beauté, sa cohérence, sa modernité intemporelle. Je place cette montre sur mon podium personnel de Bâle 2012.

Ivresse, c'est tout d'abord le résultat d'une démarche créatrice peu fréquente. Alors que très souvent, le designer doit se plier aux contraintes liées à la construction du mouvement, Eric Giroud s'est senti totalement libre dans la création lui permettant d'exprimer des idées qui lui sont chères: la pureté des lignes, la subtile simplicité, l'harmonie des couleurs, la sensualité des courbes. 



Nous parlons souvent du design classique comme étant le seul pouvant être réellement intemporel reléguant trop fréquemment l'originalité des créations contemporaines au rang des phénomènes éphémères. Et pourtant, à aucun instant avec Ivresse, nous n'avons un tel sentiment. Ivresse est résolument contemporaine et également capable de résister aux effets de mode:
  • de par sa taille d'abord: 53,8mm sur 30mm, la dimension est imposante. Cependant elle ne se ressent absolument pas grâce au bombé du boîtier en platine et la relative épaisseur de la lunette.
  • de par la couleur de son cadran brossé ensuite: d'un bleu profond, elle évoque plus un appareil high tech qu'une pièce mécanique traditionnelle.
  • de par l'approche minimaliste du cadran: Eric Giroud a supprimé tout détail superflu afin de se concentrer sur l'essentiel, la lisibilité et la pureté adaptant la démarche similaire à celle d'un Philip Glass en musique contemporaine. Point de trotteuse. Point de chiffres, seuls de très discrets traits et points en creux dessinent la minuterie du cadran. Point de nom de marque, le griffon est apposé sur le cadran tel un bouton. Le bombé du cadran ainsi que la façon dont le cercle de métal y est inséré donnent un bel effet de volume alors que peu d'éléments pouvaient à la base y contribuer. 
  • de par la sensualité de ses courbes enfin. Ivresse est, plus qu'une autre une montre tactile. Elle se caresse y compris lorsqu'elle est mise au poignet pour apprécier pleinement la fluidité de ses lignes. 
Ivresse, c'est ensuite l'expression d'un grand talent horloger, celui de David Candaux qui travailla précédemment chez Jaeger-Lecoultre. La contrepartie de l'originalité de  la démarche créatrice est que c'est au tour de l'horloger de subir un très grand nombre de contraintes, la plus délicate étant évidemment liée à la forme du boîtier. David Candaux a su relever le défi en construisant un mouvement ébouriffant à la fois complexe et d'une grande beauté, totalement cohérent avec le design de la montre.



La simplicité apparente d'Ivresse est trompeuse car en retournant la montre, nous découvrons un mouvement non seulement courbé mais à la forme inhabituelle qui presque pudiquement, met en scène un Tourbillon volant dont le pont dessine le symbole de l'infini. Le temps est évidemment infini mais le symbole en lui-même démontre que la notion de courbe se retrouve dans les moindres détails. 



Le tourbillon volant n'est pas le seul élément remarquable car tel un effet miroir, le rochet en bronze est visible sous le système de remontage à cliquets en acier. La difficulté d'un mouvement avec une telle forme est la transmission entre les éléments. C'est la raison pour laquelle il utilise des pignons spécifiques qui autorisent l'architecture incurvée. Ce mouvement, à la finition irréprochable (le pont du tourbillon et le système de remontage du barillet sont d'une très grande netteté), à la belle mise en scène, aux contrastes de couleurs mettant en valeur les deux parties clé est aussi performant car ayant une réserve de marche de 5 jours.



Mettre Ivresse au poignet est une expérience unique. Tout d'abord, l'absence de corne surprend et nous ne savons pas si le boîtier possède un godron ou une lunette. Le bracelet grâce à sa couleur et à sa parfaite intégration prolonge le cadran. Le confort d'Ivresse est idéal grâce à la courbure du boîtier et très vite la taille s'oublie. C'est peut-être là la plus grande réussite du design d'Eric Giroud: la montre se fond sur le poignet tel un bracelet...



Réussite technique et visuelle, Ivresse est incontestablement une des pièces remarquables et remarquées de la Foire de Bâle 2012, son prix de 180.000 CHF hors taxes n'ayant pas constitué un frein dans la prise de commande. Elle marque évidemment une étape importante pour le développement de Badollet qui y trouve un vecteur d'image fort. Mais plus que cela, Ivresse constitue pour moi une définition de ce que doivent être les canons esthétiques des montres contemporaines en inscrivant l'originalité dans la pérennité grâce à un mélange subtil d'audace et de pureté.

Enfin, notons qu'Ivresse a également son pendant féminin, lui aussi en courbes... mais qui effectuent  une rotation complète autour du poignet puisqu'il s'agit d'un bracelet en or gris de 18 carats composé de 40 bandes serties  de diamants et de saphirs créant un majestueux arc en ciel de couleurs.


Un grand merci à l'équipe Badollet, à Philippe Dubois et à Eric Giroud pour leur accueil.

dimanche 22 avril 2012

Kari Voutilainen: 2-Eight

Lorsque Kari Voutilainen présenta la Vingt-8 au tout début de l'année 2011, elle fut immédiatement saluée par l'ensemble de la communauté horlogère car marquant une étape importante dans la trajectoire de l'horloger finlandais. En effet, la Vingt-8 permit de découvrir le calibre 28. Il s'agit d'un mouvement entièrement maison (contrairement à celui de l'Observatoire qui était basé sur le Peseux 260) se caractérisant par l'utilisation de deux roues d'échappement à impulsion directe sur le balancier, par un spiral à courbes Breguet et Grossmann, une basse fréquence (2,5hz) et un balancier au diamètre imposant (près de 14mm) à 4 masselottes. Sa réserve de marche est d'une cinquantaine d'heures.

Le calibre 28 fait partie de ses mouvements dont la beauté provient avant tout de son architecture, les finitions, exceptionnelles, mettant en valeur les caractéristiques techniques. Ainsi, l'organe régulant est complètement dégagé afin d'obtenir une vue spectaculaire sur le balancier, le spiral et les deux roues d'échappement qui se distinguent sans problème grâce à leur couleur.

Le pont du balancier à la fois long et fin est l'élément qui se remarque en premier. Il magnifie le balancier dont la taille lui permet d'occuper une place importante sur la superficie du mouvement. Il s'agit d'une véritable construction tri-dimensionnelle puisque plusieurs niveaux s'offrent à notre regard. D'abord le pont du balancier, puis la platine avec le rochet et la roue de couronne puis la roue de centre puis le balancier etc... jusqu'à arriver au clou du spectacle: le comportement des deux roues d'échappement. Cette plongée dans le mouvement nous permet également d'apprécier le contraste entre les pièces en acier (comme les vis), en or rose (comme les roues) et la platine en maillechort.



Ce sont bien les principales idées qui guident Kari Voutilainen qui se retrouvent rassemblées dans le calibre 28: la basse fréquence, le balancier sur-dimensionné, le spiral à courbes Breguet et Grossmann pour la régularité de marche, l'efficacité de l'organe régulant et une consommation d'énergie maîtrisée grâce aux deux roues d'échappement. 

La Vingt-8 dont le design reprend les codes du Chronomètre "Observatoire" (aiguilles de type Breguet, cornes caractéristiques, alternance de guillochages sur le cadran, chiffres appliqués etc...) a un boîtier de 39mm, un mm de plus que l'Observatoire.



Mais Kari Voutilainen sait parfaitement que pour de nombreux collectionneurs, 39mm constituent un diamètre trop important pour une montre élégante et habillée. C'est cette volonté de proposer un modèle à taille plus réduite combinée à une approche esthétique plus délicate (pour ne pas dire féminine) qui l'ont conduit à dévoiler la 2-Eight.

La 2-Eight utilise un boîtier de 37mm et se distingue de la Vingt-8 par l'absence de trotteuse et par une présentation de cadran différente avec un guillochage en rayons de soleil sur un anneau entourant un centre en nacre. Les chiffres arabes (de nouveau 12 - 3 -9) se font plus discrets. Je dois avouer que j'aime beaucoup ce cadran. Il possède un côté très précieux et la nacre se marie idéalement avec les finitions périphériques. Selon la lumière, il crée de très beaux reflets qui le rendent lumineux. Les aiguilles sont plus belles que jamais.

Le calibre 28 est de nouveau utilisé et se retrouve dans un boîtier parfait pour son diamètre. Il y a une sorte d'opposition entre l'aspect du cadran, tout en subtilité, et l'imposant couple pont/balancier. Cette disparité donne beaucoup de caractère à la 2-Eight, un peu comme si derrière une carrosserie fragile se cachait un moteur d'une grande puissance.



La couleur du bracelet de la montre prise en photos renforce le côté féminin de la 2-Eight. Cependant, je la considère comme parfaitement mixte: après avoir posé un bracelet plus neutre, les traits du design habituels de Kari Voutilainen ressortent comme les cornes et la couronne qui pour cette dernière est plus proéminente que sur la Vingt-8. Elle contribue fortement au plaisir que procure la 2-Eight car remonter le calibre 28 est une expérience inoubliable. C'est doux et ferme à la fois car la puissance du mouvement se sent.

Evidemment, la 2-Eight a une moindre présence au poignet que la Vingt-8. Mais très vite, ses détails pleins de charme comme la nacre du cadran et la beauté des aiguilles nous rappellent que pour une montre élégante, ce n'est pas la taille qui compte mais bien la qualité de l'exécution. Et rien que pour cela, nous pouvons remercier Kari Voutilainen pour ce rappel presque salutaire!

Un grand merci à Kari Voutilainen pour son accueil pendant la Foire de Bâle 2012.

samedi 21 avril 2012

Lange & Söhne: Saxonia Thin Or Gris

Comme nous pouvions nous y attendre, suite à la présentation de la Saxonia Thin en Or Rose en 2011, Lange a dévoilé lors du SIHH 2012 une version en Or Gris de sa montre à deux aiguilles.

Très brièvement, puisque je vous l'avais décrite en détails précédemment, la Saxonia Thin occupe une place à part chez Lange car abordant un thème peu mis en avant par la marque jusqu'alors: la finesse du boîtier. Compte tenu de son diamètre relativement important (40mm) et de sa faible épaisseur (5,9mm), la Saxonia Thin  est une montre très élancée et très pure. Son cadran se distingue par l'originalité des index et par l'absence de trotteuse.



Afin de limiter sa hauteur, le mouvement L093.1 présente une architecture différente de celle des autres mouvements simples à remontage manuel de Lange. En effet, dans le cas de la Saxonia Thin, la platine 3/4 n'occulte pas certains éléments qui sont habituellement recouverts: le cliquet, le rochet et la roue de couronne. Le résultat est ainsi visuellement plus attractif selon moi car moins frustrant tout en conservant les qualités intrinsèques d'un mouvement Lange: douceur au remontage, finition irréprochable et décoration suivant la tradition saxonne. A noter la réserve de marche de 72 heures s'inscrivant dans la tendance générale qu'a Lange à les augmenter. La Saxonia Thin peut donc être laissée le week-end et reprise sans avoir besoin de la remettre à l'heure.

J'aime beaucoup la version en Or Rose car la chaleur du métal contre-balance efficacement le côté très épuré du cadran.



Qu'en-est-il exactement avec la version en Or Gris? Le moins que l'on puisse dire, c'est que Lange a joué pleinement la carte de la discrétion. La montre dans sa globalité se retrouve dans une ambiance de couleurs neutres qui renforce sa sobriété. La lecture de l'heure demeure aisée même si les aiguilles se détachent visuellement moins que sur la Saxonia Thin en Or Rose. J'apprécie d'ailleurs ce subtil contraste entre les aiguilles et le cadran.

Montre d'une rare élégance, la Saxonia Thin répond parfaitement à l'attente d'une clientèle à la recherche d'une pièce à la fois discrète, très bien finie et au contenu horloger de qualité. En cela, Lange ne s'est pas trompé. Cependant, je ne peux m'empêcher de penser qu'il y avait ici une formidable occasion de faire preuve d'un peu plus d'audace.

Tous ceux qui connaissent Lange depuis la renaissance de la marque se souviennent de l'éventail de cadrans disponibles et notamment des cadrans bleus qui équipaient les premiers modèles. La 1815 36mm avait par exemple connu un cadran bleu en début de carrière et l'avait terminée avec un cadran noir.



La Saxonia Thin en Or Gris, par sa taille, par l'esthétique de son cadran se prêterait parfaitement à un cadran sombre. J'y verrais plusieurs avantages: cela casserait le côté trop sage, la perception de taille serait réduite et la différence avec la version en Or Rose deviendrait manifeste. Je l'imagine souvent avec un cadran bleu profond et j'aimerais sincèrement que Lange ose sortir de temps en temps de son crédo du cadran argenté, sûrement le plus consensuel, le plus intemporel mais qui dans certains cas peut sembler trop raisonnable pour être vraiment passionnant. 

Néanmoins, mon souhait ne doit pas occulter les qualités propres de cette Saxonia Thin en Or Gris qui demeure une montre d'un grand raffinement.

Merci à l'équipe Lange pour son accueil au cours du SIHH 2012.

dimanche 1 avril 2012

Peter Speake-Marin: Serpent Calendar

La Serpent Calendar est une montre d'une grande importance pour Peter Speake-Marin car elle incarne la nouvelle stratégie qu'il met en place et qui avait été initié avec la montre Tourbillon & Répétition Minutes "Renaissance". Concrètement, il s'agit pour lui d'adopter plus une démarche de marque que celle d'un horloger indépendant en bâtissant une collection fondée sur des montres peut-être moins radicales que par le passé et aux tarifs plus ajustés. Tout l'enjeu va consister maintenant pour lui d'être capable de maintenir à la fois cette approche raisonnable avec un côté plus exclusif nécessaire pour répondre aux attentes de sa clientèle traditionnelle. Mais je n'ai pas beaucoup d'inquiétude sur ce sujet compte tenu des projets en cours.

Ce fut avec grand plaisir que j'ai retrouvé sur cette Serpent Calendar la fameuse aiguille Serpentine qui était également dédiée à l'affichage des quantièmes sur la Piccadilly d'origine. Cependant, elle est ici beaucoup plus courte car la graduation des quantièmes n'est plus située à la périphérie du cadran mais en son centre. C'est peut-être dommage de ne pas profiter de la Serpentine en version longue mais en contrepartie, la montre est plus lisible et le cadran est plus équilibré. Les informations semblaient un peu tassées sur la Piccadilly.

Contrairement à la Piccadilly, le cadran n'est pas en émail mais laqué. Il est construit en deux niveaux, la partie dédiée aux chiffres romains et à la minuterie étant surélevée par rapport à la zone centrale. Cet effet de volume apporte une touche de raffinement et sépare plus nettement l'affichage des quantièmes du reste. Le symbole de Peter Speake-Marin, la roue manivelle d'un tour d'horloger est apposé dans la zone centrale. Même si sa taille est relativement réduite, notre regard ne peut l'éviter. Il complète joliment le cadran sans trop l'encombrer.

Les aiguilles reprennent les formes typiques de celles de la Foundation Watch, la fameuse montre de poche à cadran excentré et à Tourbillon qui fut la première oeuvre magistrale de Peter Speake-Marin. J'aime beaucoup leurs formes et spécialement celle de l'aiguille des heures. Cette dernière a grosso modo la même longueur que la Serpentine ce qui à certains moments rend la lecture du quantième un peu difficile. La Serpent Calendar n'est pas une montre épurée comme nous pourrions l'imaginer: son cadran comporte peu de zones dégagées et ce d'autant plus que la grande trotteuse l'anime intégralement ce qui est loin de me déplaire.

Le boîtier marque lui aussi l'évolution du style de Peter Speake-Marin: comme avec la Renaissance, il reprend les principaux éléments traditionnels de celui des Piccadilly mais avec un côté plus élancé. Je trouve que c'est une vraie réussite car il s'adoucit sans perdre trop de caractère: les cornes typiques, la couronne, la lunette sont préservées. Le rapport diamètre/hauteur est plus élevé grâce à une épaisseur maîtrisée de 12mm. Peter Speake-Marin a conservé l'idée de proposer la montre en deux tailles, 38 ou 42mm. L'ouverture de cadran dans chaque cas est la même, seule l'épaisseur de la lunette diffère. Attention cependant à ces tailles car la longueur des cornes fait qu'une 38mm est suffisante pour la grande majorité des poignets. Je trouve aussi cette version plus élégante car la finesse de la lunette est pour moi plus compatible avec le caractère habillé de la montre. Disons que je conçois plus la 42mm en acier et la 38mm en or rose comme sur les photos. Acier et or rose sont ainsi les deux matériaux disponibles. La présence de l'acier est une très bonne nouvelle car permettant de proposer un prix d'appel au printemps 2012 de 12.800 CHF pour la version 38mm ce qui est raisonnable pour une montre Speake-Marin.

Nous pourrions penser de prime abord que la Serpent Calendar embarque une évolution du SM2 avec l'affichage des quantièmes. Ce n'est pas du tout le cas comme le prix de vente le laisse supposer et le nouveau mouvement, EROS 1, contribue fortement à la stratégie de Peter Speake-Marin. Comme il aime les références à Londres, c'est la statue qui trône au milieu de Piccadilly Circus qui a donné son nom au calibre. Il n'est pas un mouvement "maison" comme l'est le SM2 et il permet ainsi de contenir le prix de la Serpent Calendar. EROS 1 a une fréquence de 4hz et une réserve de marche de 120 heures. Il a été conçu par TechnoTime suivant les spécifications définies par Peter Speake-Marin. Vous noterez qu'il reprend la forme caractéristique de la masse oscillante mais qu'il laisse une vue plus importante sur les éléments du mouvement. Il n'est certes pas aussi beau que le SM2 mais j'apprécie le contraste entre la masse et les ponts ainsi que le style de décoration. Les ponts ont été dégagés autour de l'organe régulant pour mieux profiter du balancier. C'est très proprement exécuté et agréable à observer.

La Serpent Calendar est disponible en 4 versions: deux tailles et deux matériaux comme précisé précédemment. Avec mon poignet de 17,5cm, la version 38mm suffit amplement. J'ai ainsi beaucoup apprécié le charme de la version or rose qui grâce à la couleur de son boîtier dégage une chaleur qui se combine parfaitement avec les aiguilles et le cadran. La version acier est évidemment plus neutre mais elle n'en demeure pas moins très convaincante surtout en tenant compte de son prix d'appel. Peter Speake-Marin a su avec intelligence maîtriser les coûts de production (cadran laqué, mouvement externe etc...) sans diminuer la qualité perçue afin de proposer une montre au contenu solide à un tarif abordable. C'est la raison pour laquelle je considère cette Serpent Calendar comme un excellent moyen de rentrer dans l'univers de Peter.

Merci à Peter et à Olivier pour leur accueil pendant la Foire de Bâle 2012.

Zenith: Pilot Aéronef Type 20

En dévoilant la Pilot Aéronef Type 20 lors de la Foire de Bâle 2012, Zenith poursuit deux principaux objectifs. Le premier consiste à nous inviter à un voyage dans le passé afin de redécouvrir la riche histoire de la Manufacture et son lien avec celle de l'aviation. Le second a pour but de donner un coup de projecteur sur la collection Pilot, initiée en 2011 avec la Pilot Chronographe et qui se renforce en 2012 avec l'adjonction de nouveaux modèles: la Pilot Big Date Special, la Pilot Doublematic et donc cette Pilot Aéronef Type 20 qui, contrairement aux autres, est vendue dans le cadre d'une série limitée de 250 exemplaires.

Il faut avouer que le choix de la Pilot Aéronef Type 20 comme vecteur d'image est on ne peut plus judicieux. Dans un concert horloger de plus en plus formaté, la présentation de cette montre hors norme, au gabarit à proprement parler délirant peut être interprétée comme un geste d'une folle audace. Zenith a intelligemment fait monter la pression au fil des derniers mois afin de préparer le terrain. Je pus ainsi découvrir cette montre comme tous ceux qui visitèrent la suite réservée par Zenith au Kempinski pendant la semaine du SIHH. Mais l'embargo était de mise. Puis les premières photos furent dévoilées lors du Gala de bienfaisance de l'association Smiling Children au cours duquel une Pilot Aéronef Type 20 fut mise aux enchères. Enfin, la montre fut officiellement présentée à Baselworld où sa démesure a suscité curiosité, interrogation et intérêt auprès des visiteurs.

Prenez n'importe quelle montre d'un diamètre aussi imposant (57,5mm) et vous la trouverez ridicule. Mais avec la Pilot Aéronef Type 20, jamais un tel sentiment effleure notre esprit car le diamètre est cohérent avec les sources d'inspiration qui ont conduit à sa création et parce qu'il est guidé par le diamètre propre du mouvement. Elle est un hommage aux différentes Zenith qui ont accompagné les pionniers des premiers heures de l'histoire de l'aviation comme la Zenith de Louis Blériot qui se trouva à son poignet lorsqu'il fut le premier à traverser la Manche aux commandes d'un avion, la Zenith de Léon Morane qui fut le premier pilote à voler à plus de 100km/h, la Zenith montre de bord Type 20 qui équipa un grand nombre d'avions à la fin des années 30 et dans les années 40. Ces montres étaient des instruments de mesure dont la fiabilité, la résistance, la précision n'étaient pas seulement requises mais bel et bien exigées compte tenu de leurs usages. Montres bracelet ou montres de bord, ces Zenith partageaient en commun l'utilisation de chiffres et d'aiguilles "cathédrale" luminescents et d'une petite seconde. La Pilot Aéronef Type 20 reprend ces codes y compris dans la police de caractère des chiffres mais en y rajoutant une fonction que permet le mouvement 5011K: l'affichage de la réserve de marche.

Le cadran, malgré ses racines historiques n'est pas dénué d'originalité. Le 5011K étant à la base dédié aux chronomètres de marine et aux montres de poche, la couronne étant dans le contexte d'une montre bracelet déplacée à 3 heures, la petite seconde se retrouve à 9 heures. Le sous-cadran de la réserve de marche est plus proche de l'axe des aiguilles que celui de la trotteuse. La montre n'est donc pas symétrique comme le prouve le fait que le "3" du cadran est totalement préservé alors que le "9" est partiellement "rogné". Cela donne une impression un peu bizarre que les montres de poche ou chronomètres de marine utilisant le 5011K n'ont pas. Car pour ces derniers, l'axe des registres est vertical et la taille des sous-compteurs plus petite. Peut-être Zenith aurait-il eu intérêt à réduire légèrement les sous-compteurs?

La finition des aiguilles et des chiffres est irréprochable: rien ne bave, l'exécution est parfaite. Les chiffres et la graduation de la réserve de marche apportent une touche de relief qui contribue à la réussite de la finition du cadran. Mon regret réside dans la couleur de l'aiguille de la réserve de marche dont le rouge jure un peu avec l'ambiance générale du cadran. Un peu plus de discrétion aurait été préférable selon moi.

L'emploi du titane pour le boîtier peut sembler étonnant de prime bord. Mais il est logique. Tout d'abord il allège la montre ce qui compte tenu de ses dimensions est plus que bienvenu. Et puis la montre de bord était elle-même réalisée en alliage léger, alors pourquoi pas? La couronne crantée a la taille idéale pour une manipulation aisée (remontage et mise à l'heure) et s'intègre parfaitement dans le design de la Pilot Aéronef Type 20. Malheureusement, comme avec le cadran, il y a un détail que j'apprécie peu: c'est la plaque sur la carrure rappelant le n° de la série limitée. Là encore, une approche plus raffinée aurait été appréciable.

Le clou du spectacle est évidemment le mouvement 5011K. J'ai presque envie de dire que l'inscription "chronometer" (pourquoi en anglais d'ailleurs alors que "réserve de marche" est écrit en français?) et la certification COSC sont superflues. L'observation du 5011K prouve qu'il fut conçu pour des performances chronométriques optimales qui furent d'ailleurs récompensées: le diamètre impressionnant du balancier, la basse fréquence (2,5hz), la raquette à double flèche, le porte-piton mobile etc... Le mouvement respire l'intelligence de conception. Si les 250 mouvements requis pour la série limitée proviennent de stocks, il ne faut pas oublier que la période de production du 5011K fut longue et que Zenith le proposait encore récemment à la demande. Nous ne sommes donc pas dans la situation d'un vieux mouvement sortant de la naphtaline, nettoyé et vaguement décoré. La finition du mouvement est sobre et raffinée: j'aime beaucoup la décoration du rochet et de la roue de couronne, la continuité des Côtes de Genève et les anglages très propres. Mais la beauté du mouvement vient avant tout de son architecture, de sa taille et de l'effet de profondeur au niveau de l'organe régulant. Le balancier, le spiral, la raquette créent une sorte de construction tri-dimensionnelle fort agréable pour notre regard, le 5011K ayant une hauteur de 10mm.

Evidemment, une montre de 57,5mm de diamètre ne se porte pas comme n'importe quelle autre. La Pilot Aéronef Type 20 est épaisse, excessive malgré les efforts de Zenith (forme des cornes, utilisation du titane) pour améliorer sa portabilité. Mais le sujet n'est pas là. Personne n'envisage de porter au quotidien un tel engin. Ce n'est pas son objectif. Une telle montre ne se juge donc pas selon les critères habituels. Elle a été conçue pour permettre à un public plus large que celui des stricts amateurs de montres de poche ou des chronomètres de marine de profiter du 5011K. Sa cible est avant tout constituée de collectionneurs, amoureux de la marque, attirés par le mouvement et ses performances chronométriques. En ce sens, la Pilot Aéronef Type 20 est une réussite car elle permet cet accès plus simple au 5011K.

Elle n'est cependant pas exempte de reproches car les détails agaçants qu'elle comporte (l'asymétrie prononcée du cadran, la couleur rouge un peu vive, la plaque sur la carrure, le mélange anglais&français) sont bien réels. Mais finalement ils pèsent peu dans la balance face à l'intérêt que suscite le mouvement. Le succès qu'a rencontré la pièce lors de sa présentation prouve bien que c'est avant tout le plaisir de profiter d'un mouvement mythique lié à sa dimension chronométrique qui l'a emporté face à toute autre considération.

Merci à l'équipe Zenith pour son accueil pendant la Foire de Bâle 2012.