lundi 26 mars 2012

Artya: la montre de 12 kilos

Yvan Arpa agace ou séduit mais ne laisse jamais indifférent et c'est bien le plus important. Il faisait déjà preuve d'une très grande audace au sein des précédentes marques dans lesquelles il officia mais j'ai l'impression que son imagination extrêmement fertile n'a plus de limite au sein d'Artya. Artya lui donne une très grande liberté créatrice, le concept inhérent à la marque définissant un cadre d'expression extrêmement large. Ce qui compte le plus est l'expression de l'artiste qui se manifeste sur le cadran, sur le boîtier, sur le bracelet et le travail horloger vient après. Même si l'éventail de complications commence à s'élargir avec l'adjonction récente d'un QP, le Tourbillon ayant été de son côté présent dès les premières pièces, la grande majorité des montres sont des 3 aiguilles. L'affichage du temps n'est ici qu'un prétexte ou plutôt une base sur laquelle s'exprime le créateur, telle une toile.

Les territoires explorés sont nombreux passant de la Pop Music à l'électronique, des armes blanches aux armes à feu, de l'électricité à la foudre, des matériaux originaux comme le papier, du bois aux plus insolites ou inattendus comme la rouille des agrafes du dossier qu'Yvan Arpa constitua dans le cadre du procès contre Romain Jérôme ou dles cendres du même dossier... Bref, la seule règle est qu'il n'y a pas de règle.

A une époque où de nombreuses marques s'engagent dans l'extrême légèreté (je parle du poids des montres et pas des prix qui ont plutôt tendance à s'alourdir), Yvan Arpa et son acolyte pour l'occasion Christian Pauchon proposent non sans dérision d'aller à contre-courant en dévoilant la montre la plus lourde du monde: 12 kilos. J'ai presque envie de dire que je comprends leur démarche. A titre personnel, lorsque l'étiquette s'envole, j'ai envie de sentir ce que je porte à mon poignet. Une montre de quelques dizaines de grammes est très dérangeante car je ne sens rien: elle pourrait tomber du poignet sans m'en rendre compte. Et l'emploi à l'extrême de nouveaux matériaux conduit parfois à une qualité perçue peu en relation avec le nombre de chiffres du prix.

La dérision ici est double: non seulement le poids est hallucinant mais la méthode pour l'obtenir n'a nécessité aucun travail de R&D contrairement aux longues études pour gagner chaque petit gramme. La montre est tout simplement insérée dans un bloc de béton... le message est clair: vous passez des années à effacer quelques malheureux petits grammes, nous Yvan Arpa et Christian Pauchon, en quelques minutes, nous vous rajoutons 12 kilos. Comme si ce n'était pas tout, le cadran de la montre contient également du béton. Et puis... quelle vanité de vouloir rendre le temps si léger! Le temps qui passe peut être très pesant et devient chaque jour plus lourd à porter!

Cette montre devient ainsi une véritable Excalibur à aiguilles... peut-être que la personne qui arrivera à la séparer de son bloc de béton deviendra le nouveau roi du monde horloger! Un tel poids comporte aussi d'autres avantages: la montre pouvait être tranquillement laissée sur la table sans surveillance, personne n'allait envisager une seule seconde de partir avec.

Vous comprendrez aisément qu'une fois n'est pas coutume, je ne vous proposerai pas un wrist-shot...

Merci à Yvan Arpa et à son équipe pour leur accueil pendant la Foire de Bâle.

dimanche 25 mars 2012

Derek Pratt: Chronomètre Remontoir d'égalité

C'est dans les couloirs de Baselworld que j'ai découvert une des pièces les plus émouvantes de la Foire de 2012. Grâce à Ian Skellern, j'ai pu voir l'état d'avancement de la montre portant le nom d'un des plus grands horlogers anglais contemporains et pourtant méconnu, Derek Pratt qui disparut en 2009.

Cette montre a une place importante dans le paysage horloger actuel, au même titre qu'une Roger Smith ou qu'une Philippe Dufour car elle fait vivre les idées de Derek Pratt et sert également de passage de témoin aux générations futures d'horlogers. Derek Pratt put en effet définir le mouvement et le design de la pièce avant son décès. Pour expliquer en quelques mots ce que représente Derek Pratt dans l'horlogerie contemporaine, il est important de rappeler qu'il construisit des montres de poche pour Urban Jürgensen, qu'il travailla sur l'échappement co-axial de George Daniels ainsi que sur la réplique du fameux chronomètre de marine H4 de John Harrison. Derek Pratt a au cours de sa carrière apporté sa forte contribution à la création de pièces historiques de l'horlogerie. Derek Pratt incarnait une certaine conception de l'horlogerie, loin des paillettes et du business, tout en discrétion avec un seul objectif: la quête de la meilleure chronométrie.

Le projet de la montre portant son nom repose sur deux horlogers américains bien connus dans le petit monde de l'horlogerie:
  • Ron DeCorte, célèbre pour ses articles extrêmement fouillés qui furent publiés à la fois sur Internet et dans les plus prestigieux magazines horlogers
  • et Stewart Lesemann qui travailla chez Vianney Halter et qui fit partie des "friends" de Max Büsser pour la HM1.
La montre "Derek Pratt" est assemblée à la main par Stewart Lesemann suivant les spécifications qui furent validées en son temps par Derek Pratt.



Le mouvement à basse fréquence se distingue par deux barillets suspendus, un remontoir d'égalité et une seconde morte. Il dégage un étonnant effet de profondeur due notamment à la hauteur des barillets qui rarement ont été aussi présents visuellement. Cette mise en valeur des barillets n'est pas sans rappeler le mouvement de la montre de poche Tourbillon réalisé par Derek Pratt pour Urban Jürgensen.

La montre photographiée est un prototype fonctionnel mais la finition du mouvement n'est pas terminée et le boîtier, tout comme la couronne (mise rapidement pour la Foire) seront revus. Le diamètre du boîtier est de 41mm et la montre proposera un cadran en émail qui permettra de parfaitement apprécier le comportement de la seconde morte.

Je tiens à remercier Ian Skellern de m'avoir permis de découvrir ce prototype qui permet de faire perdurer les idées d'un horloger de grand talent. Bien évidemment, j'espère un jour avoir l'occasion de voir la montre définitive.

Hublot: Big Bang Ferrari

Les Big Bang Ferrari étaient fortement attendues car elles constituaient deux événements: la première démonstration du partenariat exclusif signé entre Hublot et Ferrari et la première utilisation du Magic Gold, le fameux nouveau matériau qui a fait tant couler d'encre lors de sa présentation. Et il ne fallait pas que ces grandes premières occultent d'autres particularités comme le nouveau boîtier et le mouvement Unico. En fait, deux Big Bang Ferrari furent dévoilées à Baselworld 2012 puisqu'une version en Titane accompagnait la Magic Gold.

Mais derrière tout cela, la seule vraie question est la suivante: tous les projets communs entre une marque horlogère et Ferrari finissant immanquablement par un fiasco commercial, Hublot va-t-il échapper à cette fatalité?

Pour éviter cette issue, Hublot a réuni au sein des Big Bang Ferrari tout son savoir-faire: cadrans transparants, fusion des matériaux, esthétique reprenant quelques codes de l'univers automobile etc... pour un résultat marquant une évolution du style Big Bang. Les Big Bang Ferrari revendiquent principalement leur côté Hublot tandis que les rappels à la marque au cheval cabré se font plus discrets. C'est peut-être cela le secret de la réussite: attirer à travers ces nouvelle Big Bang des acquéreurs potentiels plus passionnés par Hublot que par Ferrari.

En découvrant ces montres, plusieurs détails m'ont sauté aux yeux comme le nouveau boîtier et l'absence de trotteuse permanente.

Le nouveau boîtier n'est pas seulement un simple élargissement (45,5mm) du boîtier Big Bang. Il est aussi plus subtil que le précédent et l'intégration du poussoir de changement rapide du bracelet est réussie. Mais pour le reste, les amateurs ne seront pas dépaysés. Les poussoirs en titane du chronographe sont allongés, rappelant les pédales automobiles. Ils fluidifient la ligne, devenant presque des protèges-couronne. Partenariat oblige, le poussoir de retour à zéro est affublé d'un Ferrari rouge. Située sur le côté, cette inscription est finalement peu visible lorsque la montre est portée comme si Hublot avait souhaité cette discrétion.

Le cadran est plutôt convaincant et constitue un des principaux attraits des Big Bang Ferrari: le saphir permet une vue spectaculaire sur l'Unico et sur les chiffres appliqués qui semblent flotter. La finition de l'Unico renforce le côté technique du design. Du fait de sa construction "modulaire" (plus qu'un mouvement chronographe, l'Unico est un mouvement de base appelé à tracter de multiples complications), la roue à couronne est située côté cadran ce qui est un point positif ici. L'anneau des dates est bien intégré et le quantième s'affiche très discrètement malgré sa couleur jaune dans le compteur des minutes.

Nous touchons là les spécificités des Big Bang Ferrari: elles ne possèdent pas de trotteuse permanente tandis que le compteur des minutes permet de mesurer jusqu'à 60 minutes. L'absence de trotteuse est due à la présence du cheval cabré côté gauche du cadran. Le cheval, tout en relief est particulièrement réussi et bonne nouvelle, il tend à s'estomper compte tenu de son faible contraste par rapport au mouvement.

Du fait de la construction du mouvement, les parties intéressantes étant situées côté cadran, l'arrière des Big Bang Ferrari n'est pas des plus passionnantes. Ceci dit, la bonne idée a été d'imaginer un rotor en forme de jante qui anime joliment ce fond. Et l'Unico reste bien plus agréable à regarder, du fait de sa découpe très contemporaine qu'un 7750.

L'autre atout des Big Bang Ferrari est leur confort, spécialité de la maison. Malgré l'augmentation de la taille, elles se positionnent parfaitement sur le poignet. La version Magic Gold ne présente pas à proprement parler de différence sensible en termes de poids. Il faut dire que si le Magic Gold a le droit de s'appeler "Gold" du fait du respect de la proportion d'or pur requise, en revanche, la densité du matériau est moindre que l'or traditionnel. A volume égal, un boîtier Magic Gold contiendra moins d'or qu'un boîtier en or traditionnel.

Je fais être franc avec vous: si la version Titane m'a plu par ses couleurs neutres, par l'harmonie entre la finition du mouvement et le boîtier, je fus en revanche déçu par la version Magic Gold. J'ai l'impression qu'une véritable montagne a été faite autour de ce matériau, pour quoi finalement? Pour un rendu très proche du Cermet de la Bullet Bang. Ce n'est pas un problème en soi, cette dernière étant peut-être ma Hublot préférée. Mais j'ai ressenti une sorte de fossé entre le message, la communication et la réalité. Que le Magic Gold ait des propriétés intéressantes et pertinentes pour un boîtier de montre, soit. Mais concrètement qu'est-ce que ce matériau apporte par rapport au Cermet? Je n'ai toujours pas de réponse claire dans mon esprit à ce sujet. A titre personnel, j'aime beaucoup l'or, surtout l'or rose. En tant qu'amateur d'or, je ne considère pas ce Magic Gold comme un nouvel "or inrayable". Je le considère comme un autre matériau n'ayant ni la densité, ni la chaleur, ni les reflets de l'or. Bref, quelque chose de différent mais qui ne mérite pas dans ma perception le qualitatif d'or. Vous l'avez compris, c'est la version Titane qui a remporté mes suffrages à la fois pour ses mérites propres et pour la déception due au Magic Gold.

S'attaquer au concept d'une montre Ferrari n'est pas chose aisée. Afin d'éviter la sortie de piste, Hublot a joué de façon très discrète la carte Ferrari: les deux Big Bang apportent bien des éléments liés à l'atmosphère des voitures italiennes mais évitent d'en rajouter afin que la cible de clientèle soit plus orientée vers celle de Hublot que vers celle de Ferrari. Car, grâce à leur cadran saphir, au mouvement Unico et au nouveau boîtier, elles peuvent séduire plus largement les amateurs de Hublot y compris ceux qui ne se sentent pas concernés par les courses automobiles.

La Big Bang Ferrari Magic Gold est vendue dans le cadre d'une série limitée de 500 exemplaires tandis que la version Titane est produite à 1000 exemplaires.

Merci à l'équipe Hublot pour son accueil pendant la Foire de Bâle 2012.

samedi 24 mars 2012

Nomos: Zürich Blaugold

De prime abord, Zürich est un drôle de nom pour une montre résolument fière d'être allemande. Mais il n'a pas été choisi au hasard: la Nomos Zürich est le point de rencontre entre la conception horlogère allemande et la création suisse. En effet, elle fut dessinée par le designer suisse originaire de Zürich Hannes Wettstein.

La Zürich est une montre très convaincante car elle réussit à dépoussiérer les codes Nomos tout en conservant ses principales forces. Pendant de très nombreuses années, Nomos a basé son esthétique sur le style "Bauhaus" tel qu'il fut utilisé lors de la conception d'un cadran qui a équipé plusieurs montres dans les années 30: un design épuré, une petite seconde à 6 heures, une alternance entre chiffres à la typographie caractéristique et index, des aiguilles bâton dont le but est de simplement afficher le temps avec efficacité. Ce style fut repris sans modification par Nomos pour son modèle phare, la Tangente mais fut également décliné avec l'Orion (sans chiffres), avec la Ludwig (chiffres romains), avec la Tetra (boîtier carré). Il existait une cohérence esthétique entre toutes ces montres qui pouvait, dans un certain sens, conduire à une redondance. Nomos a senti le danger et a présenté une montre au design plus sport, plus décontracté: la Club. Mais restait à redéfinir la montre qui allait jouer la carte de l'élégance dans cette stratégie de différentiation: tel est le but de la Zürich.

La Zürich se distingue de ses devancières par quelques détails qui peuvent sembler anodins mais qui mis bout à bout forment un ensemble cohérent et de rupture avec le style "Bauhaus". Ces détails sont l'épaisseur des index et des aiguilles, la forme de la couronne et des cornes et la complexité du boîtier, le tout avec une finition revue à la hausse. Par exemple, les index appliqués donnent un côté plus cossu, plus raffiné. Leur épaisseur et celle des aiguilles équilibrent le design du fait de la taille du boîtier (39,7mm) et de la finesse de la lunette. La couronne est plutôt inhabituelle car elle n'est pas en contact direct avec la carrure du boîtier: un élément prolonge le boîtier pour la rejoindre afin de créer une sorte de lien stylistique. Le boîtier en lui-même est bien plus subtil que celui des Tangente grâce à son très léger galbe . Enfin, les cornes sont finement rattachées au boîtier, un très léger espace comme une sorte de rainure, étant créé entre eux. Les cornes sont proéminentes mais demeurent élégantes. Attention cependant: leur longueur agrandit nettement la taille perçue de la montre qui fait bien plus imposante que son diamètre.

Plus ambitieuse esthétiquement, la Zürich l'est également mécaniquement avec son mouvement automatique maison, l'Epsilon. Il ne s'agit certes pas d'un premier prix de beauté mais sa conception est très intelligente et sa finition soignée surtout lorsqu'il se retrouve dans le contexte de la Zürich (L'Epsilon fut d'abord conçu pour la Tangomat). Les ponts sont finis en or noir et mettent en valeur la roue de couronne, le rochet ainsi que les vis. La masse oscillante se distingue mieux créant un joli effet visuel. Lorsque nous retirons la masse oscillante , son architecture reste proche de celle de l'Alpha qui reprend le pointage du Peseux 7001. Evoluant en territoire connu, l'Epsilon est un mouvement fiable, à la fréquence de 3hz et à la réserve de marche de 43 heures. Son diamètre est de 31mm mais il englobe la partie recouverte par la masse oscillante. De fait, l'entraxe est similaire à celui de l'Alpha. La petite seconde semble alors un peu trop proche du centre, c'est peut-être le reproche principal que je peux faire à la Zürich.

Au cours de la Foire de Bâle 2012, Nomos a présenté deux déclinaisons de la Zürich: la Braungold et la Blaugold. C'est cette dernière qui a attiré toute mon attention. Nomos a régulièrement utilisé des cadrans de couleurs, le style épuré de la maison se prêtant bien à l'exercice. Mais le bleu utilisé sur la Zürich est profond et intense. Il provoque de très beaux reflets conférant à la montre originalité et élégance.

Le prix de la Zürich Blaugold se situe, au printemps 2012, juste en dessous des 3.000 euros. Il s'agit d'un prix conséquent pour tous ceux qui connaissent la maison Nomos depuis des lustres. Mais dans l'absolu, le prix reste "raisonnable" compte tenu de la qualité du travail, de l'exclusivité du mouvement et de la beauté de la montre tout simplement. Cette Zürich Blaugold fut pour moi une des plus belles surprises de Baselworld 2012.

Un grand merci à l'équipe Nomos pour son accueil et le temps qu'elle m'a consacré.

Grönefeld: One Hertz Platine, Fire et Ice

Les frères Grönefeld ne se sont pas arrêtés en si bon chemin avec la One Hertz qui fut unanimement saluée en déclinant de nouvelles versions. Je vous avais présenté cette montre en détails dans cet article en soulignant ses particularités:
  • un mouvement à l'architecture spécifique (2 barillets, 2 trains de rouages, une seconde morte indépendante) et à la présentation originale (les ponts sont périphériques comme les pétales d'une fleur).
  • un design mettant en valeur la seconde morte, reléguant de façon presque anecdotique l'affichage de l'heure dans un discret sous-cadran
  • de jolis effets de relief sur le cadran, la graduation de la seconde morte survolant le reste du cadran
Le mouvement de la One Hertz:


Au cours de la Foire de Bâle 2012, Bart et Tim Grönefeld ont présenté deux évolutions de la One Hertz. La première est purement esthétique avec la version Platine. Cette dernière conserve exactement la même organisation de cadran avec la réserve de marche située dans le secteur de la seconde morte. La beauté de cette montre, pour moi la plus réussie du lot, réside dans l'ambiance chromatique du cadran. Le bleu, couleur dominante se fond particulièrement bien avec l'aspect neutre du boîtier. Selon l'inclinaison, le bleu s'assombrit ou s'éclaircit, l'effet étant renforcé par la finition circulaire des principaux sous-cadrans. La One Hertz Platine, série limitée de 12 exemplaires, est la plus élégante de la collection et celle qui peut-être a la taille perçue la plus réduite même si évidemment, le diamètre demeure le même (43mm).

One Hertz Platine:


3 versions à boîtier Titane furent présentées, chacune dans une série limitée de 30 pièces. Je ne m'étends pas sur la One Hertz Titanium qui n'est pas forcément la plus intéressante car reprenant exactement l'organisation du cadran d'origine avec des couleurs que j'ai trouvées un peu tristes. Les Titanium Fire et Ice sont en revanche plus passionnantes car créant une rupture par rapport aux autres modèles de la collection.

One Hertz Fire:


Elles se distinguent par le changement d'emplacement de la réserve de marche qui quitte le sous-cadran de la seconde morte pour s'y retrouver au-dessus, à la place de la plaque "Grönefled". L'inscription One Hertz se déplace également pour occuper le centre du sous-cadran principal créant ainsi une sorte de pont sur le cadran. Le design des graduations a été revu et la réserve de marche ressemble dorénavant à une sorte de jauge. Les Titanium Fire et Ice sont plus graphiques, plus contemporaines. La Fire avec son contraste de couleurs plus fort est la plus originale et la plus "décontractée". L'Ice est plus raffinée et j'y apprécie notamment la mise en valeur des aiguilles. Elle peut légitimement disputer la palme de l'élégance à la One Hertz Platine tout en jouant un registre différent.

One Hertz Ice:


Avec ces différentes versions, les frères Grönefeld apportent la démonstration que la One Hertz possède une certaine capacité de transformation lui permettant d'évoluer dans des univers différents. La Titanium Ice et la Platine furent celles qui séduisirent le plus par leur charme et leur subtilité.

Un grand merci à Bart et Tim Grönefeld pour leur accueil.

dimanche 18 mars 2012

De Bethune: DB27 Titan Hawk

La DB27 Titan Hawk s'inscrit dans la démarche que la DB10 avait initiée l'année dernière et qui consiste pour la Manufacture de L'Auberson à proposer des modèles au prix plus accessibles. Si la DB10 avait été commercialisée dans le cadre d'une série limitée, la DB27 rentre dans le catalogue afin de devenir l'entrée de gamme officielle.

Mais, vous l'imaginez bien, une entrée de gamme chez De Bethune demeure une montre exceptionnelle que bien d'autres marques aimeraient être en mesure de proposer. Contrairement à la DB10 qui symbolisait un retour en arrière, tel un coup d'oeil dans le rétroviseur, la DB27 Titan Hawk est on ne peut plus actuelle et se fond sans difficulté dans le reste de la collection. Je dois avouer que cette situation me satisfait pleinement. La DB10, par son esthétique d'un des premiers modèles de De Bethune, par son mouvement particulier qui rend hommage à l'horlogerie traditionnelle, demeure une véritable étoile filante ayant traversé le ciel de De Bethune en 2011. La DB27 Titan Hawk ne ressemble en rien à la DB10 si ce n'est la complication, l'affichage de la date par aiguille centrale, que les deux montres partagent.

En fait, la grande réussite de De Bethune en créant la DB27 est d'être arrivé à conserver, dans un contexte tarifaire plus raisonnable, à la fois les principales lignes esthétiques qui caractérisent la marque aujourd'hui et les brevets majeurs développés par Denis Flageollet (ce qui n'est pas le cas de la DB10).

Ainsi, le calibre S233 qui équipe la DB27 Titan Hawk comporte le double barillet autorégulateur, le balancier annulaire en silicium et en or gris avec la courbe terminale plate et le système triple pare-chute de protection de l'organe régulant. La roue d'échappement est en silicium tandis que le rotor est en titane et en métal lourd. Le descriptif montre bien ce respect des brevets. Mais il indique aussi que quelques compromis ont été faits afin de maîtriser les coûts de production comme l'emploi de l'or gris pour le balancier et du métal lourd sur le rotor, dans les deux cas à la place du platine. Qu'importe après tout, l'essentiel est préservé, à savoir l'ingéniosité de l'architecture du mouvement. Et puis, comment ne pas évoquer la beauté du balancier annulaire lorsqu'il fonctionne? Comme je l'indique souvent, j'ai l'impression de voir un reflet sur de l'eau. Il est tellement envoutant que De Bethune a dessiné le fond du boîtier pour que la seule partie visible soit l'organe régulant et son pont. Cela peut créer une certaine frustration mais en ce qui me concerne, cela ne m'a pas dérangé. Le calibre S233 propose les performances traditionnelles des mouvements de la marque à savoir une fréquence de 4hz et une réserve de marche de 6 jours.

Le boîtier de 43mm de diamètre a été réalisé en Titane grade 5 avec un effet poli miroir. Il est selon moi ce qui fait changer la DB27 de dimension. En effet, il est équipé des fameux berceaux à ressorts qui améliorent le confort... et surtout qui donnent cette originalité esthétique, cette fluidité dans le design et qui permettent de raccrocher la DB27 au reste de la collection. Le boîtier est lumineux sans tomber dans le clinquant et contribue à conférer beaucoup de présence à la DB27.

Le cadran est également fort bien réalisé grâce aux différents niveaux, aux reliefs, au guillochage microlight qui n'est pas sans rappeler celui de la DB25 Titane et à la forme des aiguilles. Les deux aiguilles principales ne nous surprennent pas: elles ont déjà été utilisées sur la DB25. En revanche, l'aiguille des quantièmes décoiffe littéralement. Sur la DB10, l'indication du quantième se faisait par une petite aiguille discrète. Ici, elle devient le centre d'intérêt, occupant tout le diamètre du cadran central, sa base élargie apportant un effet décoratif bienvenu. Attention toutefois à ceux qui n'aiment pas les montres "inertes": la DB27 n'a pas de trotteuse. Mais les fans des DB25 ne seront pas chagrinés par une telle nouvelle.

La DB27, pour les raisons évoquées précédemment, se porte avec grand confort malgré sa taille. C'est une constante chez De Bethune. Les berceaux sont ici dans leur version courte et contiennent la perception de la taille. L'aiguille des quantièmes attire le regard mais la lecture de l'heure n'est nullement gênée.

Avec la DB27 Titan Hawk, De Bethune réussit un exercice difficile qui consiste à définir une entrée de gamme crédible permettant de proposer à un tarif plus accessible les principaux atouts de la marque. La DB27 est une montre d'une grande qualité d'exécution comme le prouvent la finition du boîtier, l'harmonie du cadran et l'utilisation du balancier annulaire. En étant moins radicale que certaines pièces plus onéreuses de la collection, elle permettra peut-être à un public de collectionneurs plus classiques dans leur approche de franchir le pas et de découvrir l'univers de De Bethune.

Merci à l'équipe De Bethune pour son accueil pendant la Foire de Bâle 2012.

samedi 17 mars 2012

Sarpaneva: Korona K0

Après deux années d'améliorations, de modifications, Stepan Sarpaneva a dévoilé la version finale de la K0 lors de la Foire de Bâle 2012. Je me souviens très bien du prototype initial et le moins que je puisse dire est que l'attente valait le coup. En effet, les 3 déclinaisons de la K0 sont à la fois beaucoup plus équilibrées, plus présentes... bref plus convaincantes que la toute première approche proposée par Stepan.

Il faut dire que l'exercice n'était pas simple. Pour plein de raisons, la création de la K0 était risquée: il s'agissait de définir une montre à 3 aiguilles (et donc sans l'affichage des phases de lune si intimement lié à la démarche de Stepan) dont la vocation "sportive - de plongée" était éloignée de celles des Korona qui ont précédé.

La mission est accomplie car Stepan a réussi à faire cohabiter son style avec le côté pratique de la montre, la K0 étant étanche à 300 mètres. Ce n'est pas parce que la montre émane d'un horloger indépendant et qu'elle comporte un certain nombre d'originalités que sa fonctionnalité doit être mise de côté.

Et c'est justement dans ce domaine précis où sa patte d'horloger de talent s'est exprimée: il a retravaillé le mouvement et adapté le boîtier afin que tous les réglages (mise à l'heure et déplacement de la lunette interne) se fassent intégralement à la couronne. La K0 est donc une montre simple à utiliser, sans devoir manipuler une deuxième couronne qui risquait de casser la fluidité du design.

Car la K0 est une réussite esthétique. Ce n'est certes pas ma Korona favorite préférant le charme mystérieux et envoutant des K3 par exemple. Mais nous y retrouvons bien les détails qui permettent de définir la touche si personnelle de Stepan.

Le boîtier de 46mm possède la forme typique des Korona. Cette taille peut sembler impressionnante mais la montre fait plus petite qu'elle n'est au poignet: les cornes sont très courtes et très incurvées, s'estompant une fois la montre portée. L'ouverture du cadran est limitée compte tenu de la forme du boîtier et de la présence de la lunette interne. De plus la taille des index a été revue, tout comme celle des aiguilles si bien que le cadran semble plus petit. L'épaisseur de 11,32mm reste relativement contenue et ne choque point (à noter l'épaisseur de 2,5mm du verre).

Autre élément incontournable: le rendu "grillagé". Il aurait pu alourdir visuellement le cadran dans ce contexte précis de montre à vocation sportive mais il s'intègre bien grâce au jeu de couleurs. De plus, le cadran reste très épuré grâce au retrait des chiffres des minutes qui étaient utilisés sur le prototype initial.

Les index et les aiguilles apportent une lisibilité maximum tout comme le bout élargi de la trotteuse. Le traitement anti-reflets du verre est efficace. La lunette interne se règle donc à la couronne et du fait du "Sarpaneva" indiqué sur cette lunette, je me suis amusé à la faire tourner afin que ce nom se retrouve à différents endroits sur le cadran: cela modifie l'esthétique de la montre et selon l'humeur, nous pouvons le placer sur le côté, ou à douze heures etc...

La couronne est maintenant positionnée à 4 heures profitant du renforcement du boîtier: un choix plus qu'heureux car sa position sur le prototype initial à 3 heures était moins convaincante.

Le mouvement reste le fidèle Soprod A10 que Stepan maîtrise totalement. Il n'y a pas de surprise à attendre à ce niveau: le mouvement est certes pas exclusif mais fiable et sans souci. Stepan l'a évidemment retravaillé pour intégrer la lunette interne ainsi que son système de réglage via la couronne. En termes de performances, il propose comme d'habitude une fréquence de 4hz et une réserve de marche de 42 heures.

3 déclinaisons de la K0 sont disponibles, l'une à boîtier acier, les deux autres à boîtier acier avec un revêtement DLC noir. La version acier propose un cadran avec des tons gris et bleus. Il s'agit de la version la plus lumineuse, sûrement la plus facile à porter. Les versions DLC sont plus radicales: soit le bleu devient plus présent sur le cadran, soit le gris l'emporte. C'est bien cette dernière qui constitue ma K0 préférée car j'y retrouve l'ambiance mystérieuse et mélancolique propre à Stepan.

En retournant les montres, nous découvrons son côté malicieux: plutôt que de vouloir numéroter de façon presque artificielle sa production, il rappelle avec le "One of the Few" qu'il n'y aura pas pléthore de K0 de disponibles. Et j'interprète le "Ruler of Water" comme un clin d'oeil ironique vers tous ceux qui affublent leurs montres (et particulièrement de plongée) de superlatifs frisant le ridicule.

J'ai donc été séduit par cette K0 finale, bien plus en tout cas que la version initiale. Même si ce n'est pas vers cette Korona que je dirigerais, je trouve que la qualité de l'exécution et l'intégration réussie du style de Stepan Sarpaneva dans ce contexte plus fonctionnel lui confèrent certains atouts.

Un grand merci à Stepan Sarpaneva pour son accueil pendant la Foire de Bâle.

vendredi 16 mars 2012

Urwerk: UR-110 TTH et ST

Décidément, en ce début d'année 2012, l'UR-110 inspire beaucoup l'équipe Urwerk. Après la version en or rose présentée pendant la semaine du SIHH, les visiteurs de la Foire de Bâle eurent l'occasion de découvrir deux nouvelles déclinaisons.

Les différences sont cette fois-ci plus subtiles car le contraste de couleur qui existait avec l'UR-110 RG n'est plus de mise. En revanche, chacune de ces deux nouveautés comporte une caractéristique particulière la distinguant de l'autre et la rendant séduisante pour une raison qui lui est propre.

L'UR-110 ST (comme Stripes) est une montre sensuelle. Rappelez-vous la carrure striée du boîtier de l'UR-110 originale. L'UR-110 ST propose une sorte de continuité esthétique, un prolongement en décorant sa lunette de façon similaire.

L'UR-110 ST:

Et immanquablement, en portant l'UR-110 ST, je n'ai pas pu m'empêcher de la caresser pour sentir sous les doigts ses stries, ses fines rainures. Un sentiment fort agréable rarement éprouvé avec une montre au poignet!

L'UR-110 TTH (comme Tantalum Hull) propose une démarche opposée. La lunette n'est cette fois-ci pas allégée mais bel et bien alourdie par l'utilisation du tantale. La couleur du tantale, très légèrement bleutée crée une sorte de décalage par rapport à la couleur du boîtier en titane. La lunette ressort donc visuellement alors qu'elle avait tendance à se fondre avec l'UR-110 ST. L'augmentation du poids de l'UR-110 TTH n'est pas pour me déplaire, appréciant tout particulièrement les montres lourdes.

L'UR-110 TTH:

Mais ce n'est pas tout. La lunette en tantale est plus épaisse que la lunette habituelle. Cette épaisseur a conduit à un travail esthétique particulier qui a été réalisé afin de mettre en valeur les vis de la lunette. Vous remarquerez donc que sur l'UR-110 ST, elles se font discrètes et ne dépassent pas la lunette afin de ne pas jurer avec les rainures. En revanche sur l'UR-110 TTH, elles se retrouvent au premier plan et constituent l'élément décoratif majeur. Je dois avouer que j'aime beaucoup l'effet visuel qu'elles procurent, elles deviennent comme des étoiles dans le ciel.

La forme de la lunette en tantale. Vous noterez les trous dédiés aux vis:

Du point de vue mécanique, ces deux UR-110 ne proposent aucune modification par rapport aux versions précédentes et sont donc toujours équipées d'un mouvement dont le module d'affichage du temps qui joue sur le parallélisme des satellites est tracté par un calibre automatique GP.

Les deux lunettes n'ont pas la même épaisseur:


Entre les deux montres, mon choix s'est porté sur l'UR-110 TTH grâce à son jeu de couleurs plus subtil, à son poids plus imposant et à l'attrait esthétique des vis. Mais je conçois tout à fait que l'on puisse préférer l'UR-110 ST, l'alternance de sensations que procurent les rainures et le verre en caressant la montre est son atout majeur.

Un grand merci à l'équipe Urwerk pour son accueil au cours de la Foire de Bâle 2012.

MB&F: HM4 Thunderbolt RT

Max Büsser aime maîtriser son propre calendrier horloger. Il évite de présenter ses nouveautés majeures à Baselworld car elles risqueraient de ne pas avoir la résonance suffisante dans le brouhaha de la Foire. Il préfère a contrario choisir des moments dans l'année plus calmes médiatiquement parlant afin que les nouvelles Machines aient la projection et la couverture qu'elles méritent.

Cela ne veut pas dire que Max Büsser boude la Foire, bien au contraire: l'événement reste incontournable et permet un contact avec le public toujours appréciable pour une marque moins connue que les poids lourds du marché. Mais il y a un temps pour tout et Baselworld est la période consacrée à la présentation d'évolutions de modèles existants. Ainsi, nous découvrîmes il y a quelques jours cette HM4 Thunderbolt RT qui est une série limitée de 18 exemplaires de la dernière Horological Machine.

Ce n'est pas la première fois que la HM4 subit une changement puisqu'en fin d'année dernière les Razzle Dazzle et Double Trouble furent dévoilées. Ces dernières comportaient des modifications esthétiques importantes comme la présence de rivets sur "la carlingue" et bien entendu les pin-ups peintes à la main. Ces modifications renforçaient la dimension ludique de la Machine en allant au bout du concept de l'avion miniature au poignet.

La HM4 Thunderbolt RT joue a priori sur un tout autre registre qui peut paraître surprenant de prime abord: celui de l'élégance.

En apprenant que la HM4 allait se parer d'un boîtier Or Rose - Titane, je fus on ne peut plus circonspect. Comme l'or rose, matériau particulier s'il en est, est plutôt dédié à la montre fine et habillée, comment allait-il s'intégrer dans un tel contexte à la fois original et volumineux?

Et en fait, cela fonctionne très bien. Oh certes, cette Thunderbolt RT n'est pas ma HM4 préférée, son histoire, les idées qui ont conduit à la création de la HM4 font que je persiste à penser qu'une couleur moins chaleureuse est préférable. Mais l'or rose se fond finalement sans difficulté pour deux raisons:
  • la première est que la complexité du boîtier, aux formes radicales et l'alternance des matériaux (parties polies, brossées, verre, titane) empêchent le sentiment d'être en face d'une accumulation d'or. Aussi étonnant que cela puisse paraître, l'ensemble reste relativement discret pour une montre en or d'un tel gabarit.
  • la seconde est que la couleur de l'or en elle-même combinée à cette forme de boîtier n'est pas sans évoquer celle du cuivre. Et c'est alors le côté "Steampunk" de la montre qui ressurgit.
Pour le reste, nous sommes en terrain connu: nous retrouvons la HM4 Thunderbolt dans toute sa splendeur avec la vue spectaculaire sur "son moteur" à remontage manuel, son affichage du temps... surprenamment classique, l'efficacité de sa boucle déployante et son boîtier proprement délirant.

Au bout du compte, la Thunderbolt RT se retrouve à un endroit où elle n'aurait pas dû être: attendue du côté de l'élégance (qu'elle n'abandonne évidemment pas), elle se retrouve plutôt dans un univers "à la Jules Verne" et crée ainsi une sorte de lien plus direct avec la LM1. Tout cela me donne à penser qu'une version en bronze de cette HM4 (mais avec le boîtier à rivets) aurait été jouissive. La HM4 serait devenue alors une sorte de Gefica tri-dimensionnelle!

La HM4 Thunderbolt RT sera produite à 18 exemplaires et constitue une des dernières occasions de revoir la HM4 dont le nombre total de pièces sera de toutes les façons très limité.

Merci à Max et à Charris pour leur accueil pendant la Foire de Bâle 2012.

dimanche 4 mars 2012

219: Kukulkan GMT

Depuis toutes ces années, j'ai rarement rencontré un créateur aussi habité par son projet que Jean-Marc Bosque. Il faut dire que pour ce passionné d'histoire pré-colombienne le thème de sa collection de montres était tout choisi, l'année 2012 approchant: la Kukulkan GMT rend hommage au Dieu serpent à plumes qui est supposé apparaître le 21 décembre afin de marquer la fin d'un cycle du temps Maya, le cinquième et qui par la même occasion symbolisera le début du sixième cycle. Les Mayas avaient un système complexe de la mesure du temps ayant une capacité à mesurer à la fois des cycles courts ou extrêmement longs. Le 21 décembre 2012 est la date fatidique d'un changement de cycle long et certains l'ont interprétée comme celle de la fin du monde. Mais ne s'agirait-il pas plutôt de la fin d'un monde? Reste à savoir lequel.

De toutes les façons, que je croie ou pas à la fin du monde, je comprends la totale implication de Jean-Marc Bosque dans son projet. S'attirer les bonnes grâces du serpent à plumes, cela peut toujours être utile et puis, quitte à disparaître le 21 décembre 2012, autant vivre les derniers mois de son existence sans se poser trop de questions. Les Business Plans sur 5 ans ne vont servir à rien puisque la marque a pour vocation à disparaître à la fin du cycle Maya.

Mais vous allez me dire: que vais-je donc faire de ma montre Kukulkan GMT? Qui va s'en occuper ensuite? L'alternative est finalement très simple:
  • vous mourrez le 21 décembre, la question ne se pose plus
  • vous survivez... alors vous apprécierez d'apprendre que le mouvement qui équipe la montre est un Valgranges A07.171, mouvement relativement répandu, fiable et qui est utilisé par des marques comme Longines ou Glycine.
Comme le mouvement Valgranges le laisse supposer, la Kukulkan GMT possède un diamètre imposant de 47mm. Cette grande taille est justifiée par l'iconographie pré-colombienne présente côté cadran et sur le fond du boîtier en acier.

Le cadran est structuré en 3 parties. Le rehaut supérieur sert de support à la numérotation Maya qui marque les 12 heures. La graduation située sur le fin anneau contre le rehaut est utilisée par l'aiguille GMT. Si vous voulez rester totalement dans l'esprit de la montre, calez cette aiguille sur le fuseau horaire du Mexique, cela pourra être utile, et n'y toucher plus. Enfin la partie centrale comporte une représentation du serpent à plumes en train d'avaler le logo de la marque. Je dois avouer que le "219" a été bien dessiné puisqu'il s'intègre parfaitement dans l'approche stylistique de l'ensemble.

Le fond du boîtier est un hymne à la conception du temps des Mayas. La partie centrale représente le symbole de la Mort tel que gravé sur un bas-relief retrouvée dans l'ancienne cité Maya de Chichen Itza. Elle est entourée par le cercle des 20 jours du calendrier Tzolkin. Ce calendrier de 260 jours (13 x 20) est supposé avoir été créé par les Olmèques. Cette durée était associée à celle de la grossesse et de la pousse du blé sous ces latitudes. Chacun de ces 20 jours est représenté par un glyphe lié à une divinité, un animal, un objet sacré. C'est donc cette combinaison entre le symbole de la Mort et le calendrier Tzolkin qui décrit l'arrivée prochaine du serpent à plumes. Le rendu du fond, obtenu par traitement chimique est spectaculaire et selon moi, est bien plus convaincant que le cadran. Il y a un aspect vieilli bien réalisé qui contribue au côté impressionnant de ce fond.

Même si les heureux propriétaires de la Kukulkan GMT ne pourront la porter que pendant quelques mois, Jean-Marque Bosque a pensé à leur confort (pas la peine d'en rajouter en cette ultime ligne droite avant la fin du monde, la situation est suffisamment pénible...). Afin de contrebalancer les 47mm de diamètre, les cornes ont été raccourcies au maximum épousant de façon très satisfaisante le poignet. Les petits gabarits devront quand même passer leur chemin mais la montre semble plus contenue qu'elle n'est.

La Kukulkan GMT n'est évidemment pas la montre la plus éblouissante que j'ai pu voir ces derniers temps puisque son contenu horloger est on ne peut plus classique. Mais une montre ne se résume pas qu'à son mouvement. Jean-Marc Bosque a réussi à créer autour de ses montres, et notamment celles qui sont serties avec des émeraudes, une sorte d'ambiance unique grâce à un message que l'on pourrait qualifier d'iconoclaste ou de loufoque mais assurément décalée et jusqu'au-boutiste. Serpent à plume ou pas, la marque a vocation à disparaître le 21 décembre. Ce n'est pas une lubie, si Jean-Marc Bosque avait eu le projet de la faire perdurer, cela aurait prouvé qu'il ne croyait finalement pas aux messages des Mayas. Et comme cela ne suffisait pas, une rumeur laisse entendre qu'une montre Kukulkan sera sacrifiée au même endroit où se pratiquaient les sacrifices humains, en étant jetée dans un grand puits sacré. Tout ce que nous pouvons espérer est que le sacrifice ne sera pas vain et que le serpent à plumes nous laissera en paix. Croisons les doigts.

Audemars Piguet: Royal Oak Offshore Diver Carbone Forgé

C'est au cours du SIHH 2010 que la Royal Oak Offshore Diver entra de façon permanente dans la collection Audemars Piguet à travers sa version Acier.

Deux années plus tard, Audemars Piguet propose une nouvelle déclinaison de cette montre en utilisant un de ses matériaux fétiches, le Carbone Forgé. La Diver Carbone Forgé reprend tous les codes de la Diver Acier de 2010:
  • un boîtier de 42mm de diamètre et d'une épaisseur de 13,75mm
  • l'échelle de plongée définie par le rehaut interne qui tourne de façon unidirectionnelle grâce à la couronne à 10 heures
  • le contraste entre l'aiguille des heures et celle des minutes
  • l'utilisation du mouvement maison 3120
  • la protection de ce mouvement par une cage anti-magnétique
  • le motif du cadran en "Méga Tapisserie" noir
  • l'étanchéité de 300 mètres
  • un bracelet caoutchouc avec une boucle ardillon.
Cependant, le changement de matériaux pour le boîtier et la lunette ainsi que l'utilisation de nouveaux codes couleurs transforment considérablement la destination de la Diver. La Diver Acier, malgré sa taille, son style, joue une partition proche de celle de la montre sport-chic se retrouvant plus souvent en soirée au Yacht-Club qu'au fond des mers.

La Diver Carbone Forgé a incontestablement un rendu beaucoup plus radical, brut. C'est évidemment lié à l'aspect du boîtier qui de par son côté mat, non homogène, évoque plus une matière high-tech que luxueuse. La lunette en céramique noire apporte un subtil décalage visuel avec le boîtier.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'aiguille des minutes, la graduation des 15 premières minutes ainsi que le repère de la trotteuse sautent aux yeux. En utilisant cette couleur jaune à la limite de l'agressivité compte tenu de son fort contraste avec les couleurs obscures des autres éléments de la montre, Audemars Piguet a souhaité renforcer la lisibilité de ces paramètres clé. Ce mélange de jaune et de noir évoque certes l'Aquatimer d'IWC mais est cohérent avec le chronographe Offshore Carbone Forgé présenté l'année dernière qui proposait les mêmes thèmes de couleurs.

Au poignet, la montre se porte avec grand confort grâce à sa légèreté et à l'efficacité du bracelet et de sa large boucle ardillon. La Diver Acier l'était déjà, ce n'est donc pas une grande surprise.

La Diver Carbone Forgé est pour moi une évolution intéressante de la Diver car elle me semble être la montre idéale pour l'utilisation d'un tel matériau qui apporte légèreté et originalité esthétique. Je ne suis pas fan de son aspect et il me semble inapproprié pour d'autres Audemars Piguet se situant dans un registre plus cossu. Ce n'est pas le cas ici et c'est ce qui rend cette Diver plutôt réussie.

La Diver Carbone Forgé a été présentée au cours du SIHH 2012 mais du fait d'une production au compte-goutte ne sera pas disponible dans les boutiques avant la fin de l'année voire début 2013. L'attente va être très longue pour les amateurs de cette Audemars Piguet particulière.

Merci à l'équipe de la boutique Audemars Piguet de Paris.