mardi 31 janvier 2012

Hublot: King Power Maradona

Rappelez-vous, en 2010, Hublot avait présenté la King Power Maradona afin de célébrer le partenariat qui venait d'être signé avec le "Pibe de Oro". En 2012, Hublot remet le couvert avec cette fois-ci la King Power Maradona.

Les amateurs à la fois de Hublot et de football ne seront pas dépaysés par cette King Power. Elle reprend les codes de la Manchester United, les brins de pelouse en moins. Il faut dire que la réputation sulfureuse de l'ambassadeur aurait sûrement conduit à des traits d'humour faciles et il valait mieux s'abstenir de tendre une perche.

Personnalité à l'image controversé, Maradona n'en conserve pas moins une aura quasi inégalée dans un univers footballistique trop lisse de nos jours. C'est donc tout bénéfice pour Hublot qui obtient avec un tel partenariat un gain de notoriété dans certains pays notamment en Amérique Latine.

La King Power Maradona reprend les codes couleurs de l'Albiceleste dans un contexte finalement plus aérien que celui de la Bing Bang grâce au cadran semi-ouvert dont la découpe du squelettage est identique à celle de la Manchester United. Le bleu ciel et le blanc se marient bien et contrebalancent la noirceur du boîtier en céramique microbillé. Vous noterez que les deux poussoirs reprennent également les couleurs du maillot argentin grâce aux caoutchoucs surmoulés. La date est très discrètement insérée à 4 heures et a tendance à se faire oublier.

Malgré la finition particulière du cadran, la lisibilité reste tout à fait acceptable grâce à la finition noire des éléments du mouvement. La signature de Maradona est apposée sur la partie inférieure du cadran et est strictement identique à celle présente sur la Big Bang.

C'est la spécificité du mouvement HUB4245, il propose un totalisateur des minutes à aiguille centrale, la graduation sur 45mm étant située sur le pourtour du cadran. Il s'agit en fait d'un 7750 retravaillé. Sa fréquence est donc de 4 hz tandis que la réserve de marche se situe autour de 42 heures. De fait, nous ne regrettons pas que le mouvement ne soit pas visible côté rotor. Nous retrouvons sur la glace du fond le même logo Maradona décalqué que sur la Big Bang.

Comme avec la Manchester United, le boîtier de 48mm de la King Power Maradona se porte avec confort à condition d'avoir une taille de poignet suffisante pour éviter le ridicule... visuellement parlant. Les sensations sont en tout point identiques que la "Red Devil"!

La cible de clientèle est donc similaire à celle de la Manchester United... enfin, pour ce qui concerne l'amour du football. Car comme Maradona n'a pas laissé de très bons souvenirs en Angleterre, ce ne sera peut-être pas si évident de trouver un amateur avec la King Power Maradona dans les travées d'un stade anglais! En tout cas, à titre personnel, je préfère nettement cette King Power à la Big Bang que je trouvais trop triste.

La King Power Maradona est une série limitée de 500 pièces en céramique microbillée noir et de 200 pièces en King Gold 18K.

lundi 30 janvier 2012

Urwerk: UR-110 RG

Je vous avais présenté l'UR-110 l'année dernière. L'UR-110 peut être considérée comme une montre de synthèse symbolisant la maîtrise technique et esthétique d'Urwerk. C'est une sorte de croisement entre une 10x et une 20x, le tout en proposant une cinématique des plots et une orientation de la lecture du temps nouvelles. Une des caractéristiques originales de l'UR-110 dans le contexte d'Urwerk est la présence sur "son cadran" d'un trotteuse très discrètement logée au second plan.

Les UR-110 du millésime 2011 ont des boîtiers titane/acier, avec ou sans revêtement Altin (Aluminium, Titane, Nitride) sans oublier une édition limitée de 12 pièces au boîtier traité au Zirconium-Nitride et vendue uniquement auprès de la fine fleur des détaillants: Chronopassion, Marcus, The Hour Glass et Westime.

Cette dernière montre propose une évolution esthétique intéressante en créant une sorte de contraste entre la partie supérieure du boîtier à la couleur "or pâle grené" et les autres éléments, en titane noir.

Avec la version en or rose, Urwerk va au bout du concept et donne une nouvelle dimension, cette fois-ci plus précieuse et plus chaleureuse. A titre personnel, je trouve que l'UR-110 se prête moins à l'exercice qu'une 10x par exemple. Je pense que cela est dû à l'asymétrie du boîtier et à son gabarit. Le boîtier de l'UR-110 est une véritable réussite en matière de design. Malgré sa taille, il présente des lignes fluides, pour ne pas dire aérodynamiques et ce côté très dynamique mais pas dénué de sensualité (l'UR-110 est une montre qui se caresse, oui, oui!) me semble plus favorable à des couleurs plus neutres ou sombres. C'est évidemment une question de goût et cela ne diminue en rien le plaisir que j'ai eu à porter cette montre. L'UR-110 RG est certes moins discrète et les dimensions du boîtier accentuent cet effet. Mais son confort reste intact et la couleur plus vive de la minuterie et des chiffres des plots rend la montre plus lumineuse.

La partie au contact de la peau demeure en titane. Les turbines n'ont pas ici de rôle fonctionnel comme avec une 202 ou 203:

L'UR-110 RG s'adresse donc aux collectionneurs qui souhaitent concilier les courbes originales du boîtier avec le caractère précieux du matériau. Le contraste entre l'or rose et l'atmosphère sombre m'apparaît ici comme étant trop prononcé mais d'un autre côté, il met en valeur la complexité et la subtilité de cette partie supérieure qui semble avoir été conçue avec l'aide de tests en soufflerie.

Un grand merci à l'équipe Urwerk pour son accueil au Four Seasons de Genève au cours de la semaine du SIHH 2012.

dimanche 29 janvier 2012

Alpina: Heritage Pilot

C'est une évidence, Alpina n'a pas l'objectif avec cette Heritage Pilot de présenter une innovation horlogère majeure. Mais j'ai souhaité vous en parler car il s'agit d'une montre intéressante à plusieurs égards et importante pour la marque.

Tout d'abord, elle puise son inspiration dans une montre d'aviateur que la marque proposait dans les années 20. Elle rappelle donc le passé d'Alpina, maison fondée en 1901. Elle rappelle aussi l'importance qu'avait cette production particulière à vocation militaire et sert de vecteur d'image pour la collection "Aviation" contemporaine. L'Alpina d'aujourd'hui n'ayant rien à voir avec l'Alpina d'antant (la marque fut rachetée en 2002 par le Groupe Frédérique Constant), ce lien avec le passé ne fait pas de mal et permet de créer un trait d'union entre différentes époques.

L'Heritage Pilot reprend les codes de la montre d'origine: un mouvement à remontage manuel, un boîtier à fond cuvette d'un diamètre de 50mm, un logo à police caractéristique et des chiffres appliqués. C'est bien ce respect qui me séduit et qui fait l'intérêt de cette montre par ailleurs très classique dans son exécution.

Le cadran est particulièrement réussi car malgré la taille imposante, il évite de sombrer dans l'ennui. Cela est dû à un bon équilibre, la taille des chiffres, index et du logo étant adaptée. Le logo apporte la touche d'originalité grâce à sa très jolie police, fidèle à celle du logo original, qui renforce le côté "néo-rétro". Les cercles positionnés dans la minuterie symbolisent les 12 heures et rompt la monotonie du chemin de fer. Enfin, les aiguilles feuille combinent parfaitement avec le cadran.

Le boîtier en acier ne souffre d'aucune critique, il est très proprement fini. La taille et la forme de la couronne facilitent le remontage. Le petit ergot situé sous la couronne permet d'ouvrir le fond. La charnière est insérée côté gauche de façon très discrète ce qui est un très bon point. Une fois le fond ouvert, le mouvement se dévoile. Il s'agit d'un classique Unitas 6498 réglé par les horlogers d'Alpina. Il est très simplement décoré et c'est un soulagement: Alpina a évité de tomber dans le syndrome de la décoration "sapin de Noël" qui aurait été malvenue dans ce contexte. Cependant, je ne suis pas trop fan de la couleur sombre apposée sur le rochet et la roue de couronne.

Le caractère imposant de l'Heritage Pilot se ressent au poignet sans aucun doute. Ce n'est pas une raison de poids mais bien de diamètre et de longueur de cornes. Si le poignet est adapté, la montre évite le ridicule car sa taille est cohérente avec son esprit et son design. En revanche, les petits poignets devront impérativement l'éviter, la forme des cornes ne laisse pas beaucoup d'espoir pour eux.

J'ai vu si fréquemment des montres de pilote "néo-rétro" folkloriques (et ce n'est pas cette année que cela va se calmer...) que j'ai été séduit par la simplicité qu'elle dégage et par sa cohérence.

L'Heritage Pilot est commercialisée dans le cadre d'une série limitée de 1.883 pièces, nombre qui rappelle la date de fondation de l'Union Horlogère qui déposa la marque Alpina 18 ans plus tard.

Merci à l'équipe Alpina pour son accueil lors du GTE 2012.

jeudi 26 janvier 2012

Greubel Forsey: Tourbillon 24 secondes Contemporain

Au cours du SIHH 2012, Greubel Forsey a dévoilé une belle surprise avec ce Tourbillon 24 secondes Contemporain. Il ne s'agit nullement de la montre la plus compliquée de la collection mais elle m'a fortement séduit par son apparente simplicité... et peut-être parce que sous certains aspects, elle m'a rappelé l'Opus 6 de Harry Winston.

Un peu secrètement, j'espérais une montre de ce type chez Greubel Forsey, une montre qui allierait à la fois la beauté du Tourbillon 24 secondes et un design plus épuré qui la mettrait encore plus en valeur. Et c'est le cas ici: l'heure devient presque prétexte et s'efface derrière le caractère hypnotisant du Tourbillon.

Contrairement à l'Opus 6 qui proposait un affichage original du temps, il est ici présenté dans sa forme la plus traditionnelle par le biais de deux majestueuses aiguilles qui survolent une platine tri-dimensionnelle en titane bleui par une oxydation spécifique. Ne cherchez pas le cadran: il n'y en a pas. Les index sont insérés dans une sorte de couronne en saphir tandis que le 12, unique repère, semble lui aussi flotter. Toute cette approche esthétique basée sur le bleu royal et sur les effets de lumières apportés par l'utilisation du saphir donne une légèreté, un côté aérien à la Tourbillon 24 secondes Contemporain.

La partie supérieure (côté droit) ne sert qu'à afficher discrètement le nom de la marque et la réserve de marche. L'essentiel du spectacle se situe dans la partie inférieure (côté gauche).

L'Opus 6:

Grâce à cette mise en scène idéale, le Tourbillon incliné à 25 degrés et qui effectue une rotation complète en 24 secondes focalise totalement notre attention. Si sur l'Opus 6, son pont était relativement présent, ici il devient presque invisible grâce là encore à l'utilisation du saphir. L'idée est simple et bienvenue. Evidemment, ce Tourbillon n'est pas nouveau pour tous ceux qui suivent avec attention Greubel et Forsey mais le fait de le voir évoluer dans un contexte inhabituel lui confère une nouvelle dimension. Vous remarquerez la graduation des 24 secondes autour qui n'a pour but que de nous rappeler la célérité de la rotation. La trotteuse se trouve au-dessus du Tourbillon, les secondes étant indiquées par une petite aiguille rouge, peut-être la seule touche de couleur qui rompt l'harmonie de l'ensemble.

Le caractère hypnotisant du Tourbillon:



Le mouvement côté ponts est également une réussite. L'idée a été de créer une sorte de contraste entre les ponts en maillechort grenés très géométriques et les immenses roues. Nous retrouvons la même ambiance chromatique que le côté face du cadran avec la platine en titane bleui qui se découvre sous les ponts et les roues. Le résultat est visuellement magnifique et sous un certain aspect donne un sentiment erroné: non, contrairement à cette apparente simplicité, le mouvement qui anime la montre est complexe même si le Tourbillon concentre l'essentiel de l'excellence technique mise en oeuvre. Les performances du mouvement, d'une fréquence de 3 hz et d'une réserve de marche de 72 heures, sont évidemment cohérentes avec celles des autres Tourbillons 24 secondes.

Le Tourbillon 24 secondes Contemporain est une montre imposante au boîtier platine, d'un diamètre de 43,5mm et d'une épaisseur de 15,2mm. Cependant son esthétique portée sur la légèreté visuelle a une influence positive sur le ressenti au poignet... C'est sûrement paradoxal mais le côté aérien du Tourbillon, des index, du "12" font presque oublier le poids du platine. Le seul regret peut-être est que la partie supérieure droite du côté face semble un peu vide. L'Opus 6 y consacrait l'affichage du temps et sous cet angle-là semblait un peu plus équilibrée.

Mais ce détail s'oublie bien vite à l'observation de Tourbillon dans cet univers de saphir et de titane bleui. Il y un côté apaisé dans ce Tourbillon 24 secondes et très vite je me suis laissé embarqué dans cette ambiance de légèreté et de quiétude. Une réalisation remarquable de la part de Greubel Forsey commercialisée dans le cadre d'une série limitée de 33 pièces.

Un grand merci à l'équipe Greubel Forsey pour son accueil pendant le SIHH 2012.

dimanche 22 janvier 2012

Audemars Piguet: Royal Oak Squelette Extra-Plate

2012 correspondant au 40ième anniversaire de la Royal Oak, il était logique que la nouvelle collection d'Audemars Piguet se déclinât autour de son modèle phare. Au sein de cette collection, une montre est plus spécifiquement dédiée à la célébration de cet anniversaire: la Royal Oak Squelette Extra-Plate. J'ai souhaité vous la présenter car elle est une de mes montres préférées du SIHH 2012.

La présentation de la Royal Oak Squelette sur base du mouvement 3120 en 2010 avait séduit le public par la modernité de son guillochage et la grande qualité de son exécution. Le travail sur le mouvement était cohérent avec le design de la Royal Oak et mieux que cela, il le magnifiait. Cette montre donnait par la même occasion un grand coup de vieux à la Royal Oak Squelette créée sur la base du boîtier et du mouvement de la Jumbo. Son style de décoration, très baroque, renforçait un côté très délicat, très précieux que je trouvais un peu inapproprié dans le contexte Royal Oak.

Et puis, en 2012, la Royal Oak Squelette Extra-Plate est dévoilée. Elle peut être décrite très simplement: imaginez que les techniques de squelettage appliquées sur le 3120 sont mises en oeuvre sur le mouvement 2121, vous obtenez alors le mouvement 5122 qui équipe cette Royal Oak.

Le résultat est tout bonnement stupéfiant. Si du fait de sa construction contemporaine, le 3120 se prêtait peut-être relativement plus facilement à l'exercice, le 2121 est beaucoup plus difficile à dominer. Ce mouvement mythique de l'horlogerie qui se caractérise par sa fréquence inhabituelle (2,75hz), son barillet suspendu, sa finesse (3,05mm) est à la base tout en subtilité. Les équipes de l'atelier de squelettage du Brassus ont donc adapté leur travail afin de préserver ce côté délicat, de respecter les lignes directrices de son architecture et de conserver sa complication: l'affichage de la date.

Cet affichage n'est pas anodin car sur le 3120 squeletté, la date avait disparu. Ici, son maintien est dû au respect de deux principes:
  • le premier est la fidélité à la Royal Oak de 1972. Dans ce contexte, la date ne pouvait pas être supprimée
  • le deuxième est esthétique. Du fait de son architecture, le 2121 possède un anneau de date "périphérique" autour de la platine principale du mouvement tel un effet miroir avec le rotor qui côté ponts, semble englober la partie centrale de l'arrière du mouvement. Le retrait de la date aurait déséquilibré le rendu visuel de la montre côté cadran par rapport au côté pont.
L'anneau de date en saphir et celui périphérique des index servent de lien entre le boîtier en platine d'un diamètre en toute logique de 39mm et le mouvement.

Les équipes de finition s'en sont données à coeur joie. Côté cadran, j'ai renoncé à compter le nombres d'angles rentrants. A ce niveau là, c'est de la véritable dentelle horlogère. Côté ponts, le contraste entre la masse oscillante en or et les détails du mouvement crée un spectacle enchanteur. L'arrière du mouvement peut être décrit comme un mélange entre d'un côté une sorte de toile d'araignée obtenue en évidant les ponts et de l'autre, les rouages, éléments du mécanisme. Le balancier à masselottes se distingue lui-aussi très bien du fait de la couleur anthracite dominante sur les éléments du mouvement. Cette couleur obtenue par traitement galvanique confère lisibilité, modernité et beauté à la montre.

Les étapes de finition tels que le polissage, le satinage etc... sont évidemment réalisés à la main et font preuve d'une rare maîtrise. Bref, cette Royal Oak Squelette Extra-Plate est une vraie merveille.

En découvrant la montre, j'ai initialement regretté que la décoration traditionnelle du rotor n'ait pas été conservée. Et puis à la réflexion, je pense que son côté ici plus géométrique, plus anguleux, sûrement plus sobre, est le bienvenu face à un mouvement extrêmement travaillé. Je pense que la conjonction des deux aurait été excessive visuellement parlant. En revanche, la remarque demeure valide pour la nouvelle Jumbo mais c'est une autre histoire.

Au poignet, la magie opère totalement. Car contrairement à la Royal Oak Squelette sur base 3120, tout ce qui fait l'élégance de la Jumbo est préservé: la finesse du boîtier, le rapport diamètre/épaisseur qui donne un côté élancé, l'absence de trotteuse. La version sur base 3120 est également magnifique mais joue sur un autre registre, plus sport avec une ouverture de cadran qui laisse le mouvement "plus" respirer. Sur base 2121, la Royal Oak Squelette se transforme en montre ultra élégante et un peu plus repliée sur elle-même du fait de l'anneau de date qui contient la partie centrale. Ce sont donc clairement deux montres très différentes qui se complètent plus qu'elles ne s'opposent. Le confort au porté est au rendez-vous grâce à une petite entorse à la fidélité à la Royal Oak d'origine (mais c'est pour la bonne cause): la boucle déployante a un fermoir à double sécurité que nous retrouvons aussi sur la nouvelle Jumbo.

La Royal Oak Squelette Extra-Plate m'a envouté et m'a réconcilié avec le squelettage sur base 2120/2121. En appliquant cette approche esthétique contemporaine sur ce calibre historique, les équipes d'Audemars Piguet ont défini la Royal Oak idéale pour célébrer cet anniversaire. Mais seulement 40 élus auront la chance de posséder ce bel hommage, la montre étant éditée dans une série limitée.

Un grand merci à l'équipe Audemars Piguet pour son accueil sur le stand au cours du SIHH 2012.

dimanche 8 janvier 2012

Seiko: Grand Seiko Edition Limitée 130ième anniversaire

Au cours du Salon de Bâle 2011, Seiko a dévoilé 3 versions (or jaune, platine et acier) d'une Grand Seiko spécialement créée pour célébrer le 130ième anniversaire de la marque. Pour renforcer le caractère symbolique de cette célébration, Seiko s'est appuyé sur deux de ses principales forces: le respect des traditions et l'innovation.

Le respect des traditions se manifeste à travers l'esthétique de cette Grand Seiko qui reprend fidèlement le design du modèle d'origine datant de 1960, l'innovation à travers le développement d'un tout nouveau calibre à remontage manuel, le 9S64.

Version Or jaune:

La Grand Seiko 130ième anniversaire est en dehors de toute tendance, d'un classicisme absolu. A une époque où, insensiblement, les diamètres augmentent ou tout du moins se stabilisent après une forte poussée de croissance, Seiko ose sortir une montre d'un diamètre de 35,8mm. Cela peut sembler minuscule de nos jours mais il ne faut pas oublier qu'il s'agissait à une époque pas si lointaine de la taille standard de la montre simple et habillée.

La présentation du cadran est épurée, raffinée et surtout parfaitement réalisée: malgré sa simplicité, le cadran est loin d'être ennuyeux. Les index, relativement longs et logo appliqués donnent du relief au cadran et se marient parfaitement avec les aiguilles Dauphine. Ces dernières sont d'une grande beauté avec une finition terminale courbée afin qu'elles puissent effleurer les indications du cadran. La trotteuse centrale anime le tout et conserve la même couleur que les index et les deux aiguilles principales dans les versions en or jaune et platine. Elle se distingue des autres éléments dans la version acier en étant bleuie ce qui permet de distinguer au premier coup d'oeil la montre en acier de celle en platine.

Version Platine:

Le boîtier évolue dans le même contexte de discrétion avec des cornes courtes et courbées pour améliorer le confort et préserver la cohérence esthétique de l'ensemble. La couronne est un peu proéminente mais elle permet une meilleure manipulation lors du remontage. Le fond du boîtier est plein et reprend le même motif pour les 3 versions: le lion Grand Seiko ainsi que le n° de série limitée de la montre, x sur 130 pour les versions or et platine, x sur 1300 pour la version acier.

Le fond de la version Platine:

La touche d'originalité provient du verre saphir anti-reflet dont la forme en dôme évoque celle d'un verre minéral.

Cadran, boîtier, verre, tous ces éléments sont réalisés en soin comme une observation attentive peut le prouver. Par exemple, j'apprécie beaucoup la façon dont les cornes sont intégrées dans le boîtier ainsi que la qualité du polissage.

Le mouvement 9S64, qui se remonte avec douceur, utilise deux alliages brevetés. Le Spron510 (la poésie de Seiko...) est dédié au ressort du barillet et lui permet d'être plus fin et donc plus long. La conséquence est une réserve de marche fort respectable de 3 jours pour un mouvement de 4hz. L'autre alliage, le Spron610 est utilisé pour le spiral et lui confère des propriétés anti-magnétiques et de résistance aux chocs. Tout l'organe régulant est nouveau car la roue d'échappement et l'ancre ont été spécialement développés pour le 9S64. Le diamètre du mouvement est de 28,4mm, il occupe donc généreusement le boîtier même si cela ne se voit pas. Ce n'est d'ailleurs pas un grave problème car le 9S64 n'est pas d'une beauté fracassante. A vrai dire, je le trouve plutôt laid. Orienté vers l'efficacité et les performances, son rendu visuel est austère et sa découpe des ponts peu flatteuse. Ses qualités sont ailleurs. Seiko s'engage sur une précision comprise entre -3 et +5 secondes par jour ce qui est tout à fait correct. Je suis sûr, connaissance la qualité de réglage des Grand Seiko qu'une fourchette plus resserrée serait possible. Mais ce sont la prudence et la modestie japonaises qui s'expriment.

Version acier:

Au poignet, la Grande Seiko 130ième anniversaire surprend d'abord par sa taille contenue puis notre regard s'y habitue grâce à la bonne ouverture de cadran. Une fois le retour à ce diamètre "classique" digéré, le charme de cette montre tout en discrétion agit. La forme du verre, la finition des index et des aiguilles s'apprécient. Le logo "Grand Seiko" passe très bien car les deux grandes lettres gothiques G et S ne sont pas utilisées. Seules demeurent les petites lettres et heureusement.

La montre se porte avec un grand confort du fait de sa taille et de son poids, y compris en platine. Je regrette d'ailleurs que Seiko n'ait pas cherché à plus différencier les versions acier et platine. Du fait de sa trotteuse bleuie, je me demande même si la version acier n'est pas la plus désirable des deux. C'est pourtant celle en or jaune que je préfère, cette couleur étant adaptée à l'esthétique classique et à la taille contenue.

Version acier au poignet:

Il est évident que cette Grand Seiko s'adresse à un public très particulier en dehors du Japon: celui des amateurs de la marque qui ne sont pas effrayés par le fait de mettre plusieurs milliers d'euros dans une marque identifiée par ses montres de grande diffusion. Et pourtant la qualité intrinsèque des Grand Seiko est reconnue par les connaisseurs. Compte tenu de leur faible volume de production, de leur qualité irréprochable, elles offrent un contenu horloger consistent pour un prix raisonnable. Mais il n'est pas simple pour Seiko de combler le déficit d'image dans ce segment. Pour se faire, je pense que Seiko aurait intérêt à travailler autant l'esthétique des mouvements que leur aspect technique. C'est dommage car la Grand Seiko 130ième anniversaire, avec son approche intemporelle et son mouvement innovant est une montre très séduisante.

Je tiens à remercier l'équipe Seiko pour son accueil lors du salon de Bâle 2011.

samedi 7 janvier 2012

De Bethune: DB25T

J'ai souhaité démarrer la nouvelle année avec une des montres qui m'ont le plus marqué en 2011: la De Bethune DB25T.

Pour bien comprendre la démarche de Denis Flageollet, il faut considérer De Bethune non pas comme une marque traditionnelle qui fait bouger à petites touches ses collections au fil du temps mais comme un laboratoire d'idées focalisé vers un objectif: que la technique soit véritablement au service de la chronométrie. C'est la raison pour laquelle, au gré des innovations, des brevets, une solution technique, et donc le modèle qui la supporte, peuvent considérablement évoluer dans un court laps de temps. Ce foisonnement a pu troubler les collectionneurs qui semblaient perdus face à une telle dynamique créative. Mais De Bethune a su réagir en structurant son catalogue autour de collections plus lisibles.

Ainsi, les différentes DB25 deviennent le coeur de la collection classique. A la base, la DB25 était une montre à deux aiguilles et à affichage de la réserve de marche caractérisée par un boîtier élancé aux cornes évidées et un mouvement comportant plusieurs brevets De Bethune. Depuis, différentes complications ont été dévoilées (phases de lune, QP) jusqu'à la présentation de la DB25T (T comme Tourbillon) début 2011.

La DB25T a pour objectif de réinterpréter le concept de régulateur en cumulant les effets de 3 spécificités techniques qui la composent:
  • La haute fréquence du mouvement (5hz) dont le but est d'améliorer les performances chronométriques
  • La vitesse de rotation du Tourbillon (2 rotations par minute) afin de le rendre plus efficace
  • L'affichage par le biais d'une seconde morte (ou sautante pour conserver le vocabulaire De Bethune) qui est la meilleure façon d'afficher de façon optimale la précision.
A première vue, la DB25T semble être une sorte de croisement esthétique entre la DB25 "simple" (la minuterie et les chiffres romains, l'affichage de la réserve de marche à 12 heures) et la DB25L "bleue" (le ciel étoilé). Cependant, 2 détails marquent une différence notable:
  • la forme des aiguilles, clairement de type et non plus d'inspiration Breguet
  • et surtout la présence et le comportement de la grande trotteuse centrale
Comme de coutume avec De Bethune, la finition du cadran est parfaitement exécutée, l'anneau en argent des heures et des minutes contrastant magnifiquement avec le ciel en titane bleui parsemé d'étoiles en or. Certes, la présence du ciel étoilé paraît moins évidente que dans le contexte de la DB25L mais il apporte l'originalité nécessaire à ce type de montre d'apparence classique.

L'affichage de la réserve de marche est ici plus traditionnelle avec l'indication par une aiguille du nombre de jours restants. Cet affichage est gradué jusqu'à 5 jours alors que la réserve de marche est annoncé pour une centaine d'heures: la volonté sûrement pour De Bethune de bien distinguer la réserve de marche effective et le nombre de jours pendant lequel le mouvement fonctionnera avec la précision requise. Le nom de la marque est inscrit au-dessus de l'indicateur de réserve de marche au lieu d'être en-dessous sur la DB25 "simple".

Les aiguilles lisent le temps avec élégance, contrastent suffisamment avec le ciel étoilé et sont en harmonie avec l'anneau en argent. Mais c'est bien la trotteuse qui capte notre regard de par la façon dont elle se déplace. Ce saut seconde par seconde a quelque chose de captivant. Cela peut paraître étonnant de faire ce genre de commentaire. La moindre montre à quartz propose une trotteuse qui ne bouge qu'une fois par seconde. Mais dans le contexte d'une montre mécanique, ce saut régulier ne s'observe pas de la même façon. J'ai toujours eu le sentiment qu'une trotteuse à seconde morte n'avait pas le même comportement que celle d'une montre à quartz. Il y a une sorte de léger tremblement, un sentiment de délicatesse qui n'appartiennent qu'aux montres mécaniques.

Le boîtier (en or gris ou en or rose) a comme de tradition avec De Bethune un diamètre imposant: 44mm. La DB25T n'en demeure pas moins parfaitement équilibrée, voire aérienne. Tout d'abord, les cornes évidées contribuent à alléger le dessin. Ensuite la partie centrale du cadran, plus sombre, réduit la perception de taille. Enfin, l'épaisseur maîtrisée (10mm) lui confère un côté très élancé.

La trotteuse suggère un mouvement particulier: il est temps de le découvrir.

Le mouvement DB2109 est très fidèle au style De Bethune dans sa présentation avec cet immense pont triangulaire survolant les deux barillets. Mais il y a quelque chose de magique dans ce mouvement: je pourrais parler des finitions, irréprochables. Des effets de lumière que le mouvement provoque. Mais en procédant ainsi je resterais dans la description "standard" des mouvements de De Bethune et nous ne percevrions pas l'intérêt particulier du DB2109.

Le côté magique du DB2109 est dû à la cohabitation entre deux éléments rapides (la haute fréquence du balancier et la rotation de la cage du Tourbillon) et deux éléments lents (l'immense double ancre à quatre palette et la double roue en or associée à la trotteuse sautante). Le mouvement en fonctionnement crée un spectacle unique, ébouriffant et hypnotisant. Si les éléments liés à la seconde morte sont au premier plan, le Tourbillon donne plutôt un effet de profondeur comme une sorte de puits. Et puis comment ne pas évoquer le décalage flagrant entre l'esthétique classique du cadran et l'architecture on ne peut plus contemporaine du DB2109? Ce décalage est pour moi un élément très séduisant de cette DB25T. Evidemment, du fait de la vitesse de rotation du Tourbillon et de la fréquence de 5hz, l'optimisation du poids de la cage était un enjeu crucial: le Tourbillon silicium-titane se trouve ainsi dans une cage de 50 composants dont le poids cumulé ne dépasse pas les 0,18g, une légèreté record.

Au poignet, le confort de la DB25T ne surprend guère les habitués de la collection classique de De Bethune. En revanche, la trotteuse anime un cadran que nous pouvions trouver trop inerte sur les autres DB25. Car telle est la grande force de la DB25T. Le déploiement technique a pour but premier la quête de la meilleure précision mais il n'est pas démonstratif: il s'efface derrière les détails que l'oeil perçoit en premier: la trotteuse qui se déplace sur le cadran comme sur une scène étoilée et le choc entre deux univers, celui de la vitesse de l'organe réglant et celui de la lenteur du système de la seconde morte. Encore une fois, Denis Flageollet et l'équipe De Bethune ont tapé au milieu de la cible en définissant, avec cette DB25T, de nouveaux horizons horlogers.

Un grand merci à l'équipe De Bethune pour son accueil au cours du salon QP à Londres.

lundi 2 janvier 2012

Très bonne année 2012 !

Chers lecteurs, ce début d'année va être riche en actualité du fait des dates rapprochées du SIHH et de Baselworld. Je ne vais évidemment pas changer la recette que j'applique depuis les premiers jours du blog. Ici, ni envolée lyrique sur une montre virtuelle, ni recopiage de communiqués de presse, je ne m'exprimerai que sur des montres que j'aurai eu l'occasion de manipuler et de photographier. Bref, du concret et surtout un point de vue personnel!

En attendant de découvrir les nouveautés de l'année 2012, je vous adresse ainsi qu'à vos proches, tous mes meilleurs voeux pour cette nouvelle année, qu'elle vous apporte santé, bonheur, prospérité et pour oublier un peu la crise, de jolies montres au poignet! Dans une période morose, un peu de futilité peut faire beaucoup de bien...