mardi 27 décembre 2011

Ma sélection de l'année 2011

2011 s'achève, il est donc temps de revenir sur les nouveautés de cette année à travers ma sélection des montres qui m'ont le plus marqué, séduit. Il est évident illusoire de vouloir désigner une montre de l'année. Un tel exercice n'a selon moi aucun sens. Comment comparer une montre à trois aiguilles avec une Grande Sonnerie? Une montre à quelques centaines d'euros avec une de plusieurs centaines de milliers d'euros? Une montre à large diffusion avec une produite à quelques exemplaires? C'est pour cela que je préfère vous présenter mes coups de coeur, sans classement particulier si ce n'est celui de l'ordre chronologique.

Le SIHH 2011 a été plutôt sage avec une prise de risque très contrôlée de la part des marques et un retour au classicisme bon teint et aux complications "utiles" comme l'affichage des seconds fuseaux. J'ai trouvé la qualité d'ensemble de ce SIHH plutôt bonne mais il a quand même manqué trop de surprises et d'éléments excitants pour en faire un cru remarquable.

Cependant, une montre m'a particulièrement séduit par son originalité, son contenu horloger, son design. Il s'agit de la Millenary 4101 d'Audemars Piguet. Audemars a su enfin utiliser le potentiel du boîtier Millenary et le travail sur le mouvement est à la fois pertinent et séduisant esthétiquement.

Pour en savoir plus:
http://equationdutemps.blogspot.com/2011/12/audemars-piguet-millenary-4101-acier.html

Ma Lange préférée de l'année est incontestablement la Saxonia Thin. Lange s'aventure avec ce modèle dans le domaine de la finesse et de la simplicité. Le cadran est pur et le mouvement à remontage manuel dévoile bien plus d'éléments que les traditionnels mouvements à platine 3/4.

Pour en savoir plus:
http://equationdutemps.blogspot.com/2011/01/lange-sohne-saxonia-thin.html

Comme toujours, la Foire de Bâle présente un plateau bien plus hétéroclite que le SIHH: le sublime y côtoie le plus effroyable nanar. Dans ce maelström horloger, c'est surtout vers les indépendants que mon coeur a penché.

Comment ne pas citer cette superbe De Bethune DB25 Tourbillon fascinante par le contraste qu'elle crée entre sa seconde morte et la haute fréquence de son mouvement. J'y reviendrai dessus en détails.

J'ai eu de plus la chance de porter pendant plusieurs semaines l'Urwerk 202-S qui m'a charmé grâce à son design abouti, son affichage du temps réinterprétant avec bonheur le vieux concept de l'heure vagabonde et par le confort procuré par le bracelet. Une montre qui se remarque, qui se sent et qui provoque de fortes émotions.

Pour en savoir plus:
http://equationdutemps.blogspot.com/2011/08/urwerk-ur-202s.html

J'ai également beaucoup apprécié la One Hertz des frères Grönefeld par sa capacité à mettre au centre de notre attention cette grande trotteuse et par la présentation inhabituelle de son mouvement.

Pour en savoir plus:
http://equationdutemps.blogspot.com/2011/04/gronefeld-one-hertz.html

Comment ne pas souligner le talent de Eva Leube qui a littéralement subjugué tous les visiteurs du stand de l'AHCI grâce à la forme du mouvement et du boîtier de son Ari? Une montre d'une rare maîtrise.

Pour en savoir plus:
http://equationdutemps.blogspot.com/2011/04/eva-leube-ari.html

Harry Winston a présenté au cours de la même Foire une nouvelle collection visant à combler un trou dans son catalogue: la collection Midnight, plus fine, plus épurée tirant partie de l'élégance du boîtier Midnight. Parmi cette collection, c'est la Midnight Grande Date qui présente le meilleur compromis entre classicisme et caractère.

Pour en savoir plus:
http://equationdutemps.blogspot.com/2011/04/harry-winston-midnight-big-date.html

Les marques ont bien compris qu'il fallait occuper le terrain médiatique tout le long de l'année car la portée de la présentation d'un nouveau modèle au cours d'un des deux Salons majeurs pouvait être estompée du fait de la richesse de l'actualité. Difficile de faire entendre sa petite musique lorsque l'ensemble de l'orchestre joue. C'est la raison pour laquelle chaque mois est propice à la découverte de nouveautés. Et la fin de l'année fut très riche. Je retiendrais 3 montres qui, chacune dans leur domaine, ont agité le microcosme horloger et qui m'ont plu par leur audace.

La première est la LM1 de MB&F. Eh oui, Max Büsser a de nouveau réussi son coup en donnant une nouvelle impulsion créatrice et en inventant un nouveau concept: le rétro-néo! La LM1, c'est l'ovni tel qu'il aurait pu être conçu par les horlogers du XIXième siècle.

Pour en savoir plus:
http://equationdutemps.blogspot.com/2011/10/mb-legacy-machine-1.html

La deuxième est la Greubel Forsey GMT. Nombreux étaient ceux qui attendaient les deux compères au tournant. Inventer les Tourbillons les plus complexes, c'est bien. Mais finalement, allaient-ils être capables de réinterpréter une complication différente? La réponse est oui en donnant une nouvelle dimension, tant réelle avec la Terre sphérique que conceptuelle par la qualité de l'exécution, à la complication traditionnelle de l'affichage du second fuseau horaire.

Pour en savoir plus:
http://equationdutemps.blogspot.com/2011/12/greubel-forsey-gmt.html

La dernière est plus qu'une montre. C'est une histoire, c'est un hommage au travail difficile des horlogers indépendants en temps de crise. C'est aussi un message d'espoir dans la faculté qu'ont ces horlogers à rebondir, à mener à bien des projets réalisés dans des contextes délicats. Il s'agit de la Peter Speake-Marin Spirit Pioneer. Ce n'est sûrement pas sa montre la plus impressionnante mais c'est assurément la plus chargée d'émotions.


Enfin, je souhaiterais délivrer une mention spéciale à De Bethune pour sa DB10 réédition. Voici typiquement une montre que je n'attendais absolument pas. Lors de mon rendez-vous avec De Bethune pendant la folle semaine genevoise du début d'année, je fus cueilli par surprise en découvrant cette montre surprenante. Ce n'était pas son design qui était surprenant s'agissant d'une réédition. Mais c'était bien la démarche de De Bethune qui était inhabituelle. Comment ce véritable laboratoire d'idée avait-il pu se pencher sur son passé? Qu'importe! Le résultat est bluffant et envoutant. Tellement d'ailleurs que j'ai succombé aux attraits de cette DB10!

Pour en savoir plus:
http://equationdutemps.blogspot.com/2011/01/de-bethune-db10-reedition.html

J'ai évidemment oublié des montres évidentes dans cette sélection. Mais si elles ne sont pas apparues dans mon esprit en même temps que celles qui sont présentées, c'est bien parce que c'est avant tout mon coeur qui s'est exprimé au-delà de toute approche plus rationnelle. L'horlogerie est une histoire de passion avant tout.

dimanche 25 décembre 2011

Ludovic Ballouard: Upside Down cadran noir

Fin 2009, Ludovic Ballouard dévoila l'Upside Down, une montre à l'affichage du temps original et astucieux que je vous avais présentée dans cet article. La première Upside Down était disponible uniquement dans un boîtier platine de 41mm (puis en or rose) et avec un cadran en titane et des aiguilles en acier bleui.

Le choix de ces couleurs semblait logique: elles rendaient optimale la lecture du temps grâce au contraste entre l'aiguille des minutes et le cadran et à l'excellente visibilité du point qui sert de repère de l'heure en cours. N'oublions pas que l'Upside Down réinterprète le concept des heures sautantes et que toute la construction du mouvement a été pensée pour optimiser la rotation des disques des heures et afficher dans le bon sens le chiffre adéquat... avec son petit point en-dessous pour bien le mettre en valeur. C'est la raison pour laquelle, en cette fin d'année 2011, je fus surpris d'apprendre la sortie d'une déclinaison de l'Upside Down avec un cadran noir. Cette couleur de cadran allait-elle permettre de conserver la même qualité de lecture?

Ludovic Ballouard étant présent au Salon Belles Montres 2011, j'eus donc l'occasion de découvrir en détails ce nouveau cadran. Et je dois avouer que je fus surpris. Certes, le point de l'heure ne "saute" pas aussi spontanément qu'avec le cadran initial. Mais il se distingue suffisamment. Et puis une excellente surprise apparaît: les chiffres argentés sont légèrement en relief ce qui donne une petite touche de raffinement supplémentaire renforçant la qualité perçue. Du point de vue technique, le noir du cadran est obtenu en appliquant un revêtement de PVD sur les éléments en titane.

En fait, le cadran noir transforme subtilement l'Upside Down. Elle devient peut-être plus habillée dans cette livrée et sa taille (41mm) semble plus contenue. En retournant la montre, j'ai pu apprécier le souci du détail par la finition du mouvement adaptée au nouveau contexte. La fine couche d'or noir qui est apposée sur les ponts du mouvement et notamment sur le pont périphérique met en valeur non seulement les croix de Malte, les rouages, l'organe régulant mais également l'aspect poli des pièces en acier en créant de délicats effets de couleurs allant du gris au noir. A ce titre, l'Upside Down à cadran noir est plus cohérente que la première version dont la couleur du mouvement tranchait spectaculairement avec l'aspect sobre du cadran.

La finition initiale du mouvement et à sa droite, la finition en or noir:

Malgré mes craintes, j'ai trouvé cette déclinaison de l'Upside Down très séduisante car elle permet de dévoiler une facette plus élégante de cette montre inhabituelle. J'ai également apprécié la finition du mouvement que je trouve plus aboutie, non pas du point de vue qualitatif mais esthétique. A noter que l'Upside Down cadran noir est disponible en platine et en or rose.

Merci à Ludovic Ballouard pour son accueil pendant le Salon Belles Montres.

jeudi 22 décembre 2011

Harry Winston: Ocean Sport Chronograph

L'année 2011 fut chargée pour Harry Winston avec la présentation de deux collections majeures: la collection Midnight au cours de la Foire de Bâle et la collection Ocean Sport en fin d'année pendant le Salon QP à Londres.

Si la collection Midnight explore le thème de l'élégance et de la simplicité, la collection Ocean Sport a pour but de donner une touche plus sportive au catalogue de Harry Winston en présentant 4 modèles, 2 pour hommes et 2 pour femmes ayant en commun l'utilisation du même matériau pour leurs boîtiers: le Zalium.

Evidemment, ce n'est pas la première fois que le Zalium constitue le thème d'une collection puisque les différentes montres Project Z, au nombre de 6 actuellement, utilisent des boîtiers en cet alliage d'aluminium et de zirconium réputé pour sa résistance et sa légèreté. Mais j'ai envie de dire qu'à travers le caractère plus décontracté de la collection Ocean Sport, le Zalium trouve un contexte idéal pour son emploi.

Les deux montres phares de la collection Ocean Sport sont les deux chronographes. Si le modèle pour femmes semble plus classique dans l'environnement Hary Winston, le modèle pour hommes se distingue par un cadran plus inhabituel, en transparence, permettant d'apprécier le travail de squelettage effectué sur le module du chronographe.

Il est difficile de présenter cette Ocean Sport Chronograph sans la comparer avec un autre chronographe à boîtier Zalium: la Z2 Diver.

Les deux montres ont en commun le même diamètre de boîtier, 44mm mais elles évoluent en fait dans deux univers distincts. La Z2 Diver joue la carte du Sport Chic avec son cadran plein, sa date placée classiquement à 6 heures, sa lunette en platine, le Shuriken qui symbolise l'écoulement du temps et son organisation de cadran qui met en avant les deux compteurs dédiés à la fonction chronographe, celui des minutes et celui des heures se trouvant rassemblés en une sorte de zone de couleur qui contraste avec le reste du cadran. Zalium, platine, caoutchouc, la Z2 Diver définit son approche stylistique par le mélange des matériaux.

L'Ocean Sport Chronograph se situe dans une atmosphère à la fois plus sombre et plus radicale. Le caractère sombre provient essentiellement de la finition des index de la lunette, avec un revêtement DCL noir et des ponts du module de chronographe en ruthenium noir.

Contrairement à la Z2 Diver, la date est ici positionnée à 12 heures afin d'améliorer sa visibilité dans un contexte de cadran transparent. L'Ocean Sport Chronograph interprète différemment le compteur des heures. Sur la Z2, l'affichage est traditionnel avec une aiguille indiquant le temps écoulé. Ici, l'aiguille est fixe et le compteur tourne afin de positionner la graduation adéquate devant l'aiguille.

Le travail de finition du module est parfaitement exécuté et constitue l'atout principal de l'Ocean Sport Chronograph. Certes, le boîtier a légèrement évolué par rapport à celui de la Z2 Diver en étant plus anguleux (vous remarquerez la forme des éléments qui entourent la couronne) et en comportant des pièces de bout. Mais très vite, c'est le cadran qui attire les regards. L'effet de profondeur inhérent au module, le relief dû aux aux compteurs apposés sont très séduisants. J'ai cependant un regret: que le guichet de la date soit simple et pas double. En effet, en position zéro, l'aiguille du chronographe a tendance à masquer la date. La montre est en revanche très lisible grâce au bon contraste entre les aiguilles luminescentes et la finition sombre du module. Vous noterez l'absence du Shuriken, que l'on peut regretter, ici remplacé par une aiguille simple.

Cela note bien la volonté de Harry Winston de mettre en avant la structure du squelettage du module. Si la date avait été à double guichet, les deux disques de date auraient recouvert une partie du module. En étant simple, la date est affichée par le biais d'un anneau périphérique permettant de dégager le module. C'est un objectif similaire qui a conduit à supprimer le Shuriken qui aurait réduit la vision.

Le travail de squelettage du module:

La Z2 Diver est un chronographe modulaire (base GP3100 + module Dubois-Depraz), l'Ocean Sport Chronograph l'est tout autant. Cela présente ici l'avantage de positionner la partie chronographe côté cadran. Le fond du boîtier est plein. En revanche, et c'est pour moi une déception, le mouvement de base n'est plus le Girard-Perregaux mais un ETA2892. Rien de grave en soi car il s'agit d'un mouvement fiable. Cependant, il faut souligner que l'Ocean Sport chronograph perd un élément constitutif de l'exclusivité de la Z2 Diver. Pour des raisons d'image et de cohérence par rapport au reste de la gamme, je regrette ce choix.

En toute logique, les performances de la montre découlent de l'emploi de ce mouvement: la réserve de marche est de 42 heures et la fréquence de 4hz. La bonne surprise vient du déclenchement agréable des poussoirs grâce à leur forme très ergonomique qui en plus s'insère bien dans le design général de la montre.

Grâce à une boucle déployante astucieuse qui se règle grâce à un ardillon, l'Ocean Sport Chronograph se positionne bien sur le poignet, le bracelet caoutchouc la maintenant fermement. Mais comme toujours, la largeur du boîtier combinée à la longueur des cornes rendent cette montre peu adaptée aux petits poignets. La lunette unidirectionnelle se manipule très facilement grâce à sa forme qui permet de l'agripper aisément. Du fait du caractère fouillis du cadran et la graduation très partielle de la lunette, l'Ocean Sport Chronograph n'est pas la montre de plongée idéale. Ce n'est pas sa vocation mais une étanchéité de 200 mètres lui confère un côté très polyvalent.

L'Ocean Sport Chronograph est selon moi une évolution plutôt réussie de la Z2 Diver en lui insufflant une dose de style plus sportif, en réinventant la présentation du cadran et en donnant un côté plus anguleux au boîtier. J'aurais à titre personnel préféré la suppression totale de la date et le maintien de la base GP3100. Malgré cela, l'effet de transparence du cadran et le confort à l'usage rendent l'Ocean Sport Chronograph globalement séduisante même si je conserve une préférence pour la Z2 Diver.

Un grand merci à l'équipe Harry Winston de Londres.

mardi 20 décembre 2011

De Witt: Twenty-8-Eight Automatic

La Twenty-8-Eight Automatic est une montre très importante pour De Witt car constituant son entrée de gamme. Elle fut dévoilée en 2010 puis de nouvelles déclinaisons furent proposées en 2011, toutes en or gris ou en or rose.

L'élégance de la Twenty-8-Eight Automatic est basée sur sa simplicité (3 aiguilles sans date avec une trotteuse centrale) et sur la qualité du travail effectué sur le cadran et le boîtier. Parmi les différentes versions de la Twenty-8-Eight Automatic, une a particulièrement retenu mon attention: celle à boîtier en or gris et à cadran bleu.

Elle est sans aucun doute la plus originale du lot et sa couleur majeure se marie particulièrement bien avec la finition du cadran. Le boîtier Twenty-8-Eight est une sorte d'évolution adoucie du boîtier Academia: ce dernier se caractérise par des traits esthétiques très prononcés comme le dessin de la lunette qui rappelle celui d'un engrenage et les piliers le long de la carrure. La réussite des designers a consisté à conserver ses traits tout en les estompant subtilement. Le boîtier Twenty-8-Eight devient ainsi plus élancé (son épaisseur est de 10,3mm tout en conservant un diamètre généreux de 43mm), plus raffiné que l'Academia. Les piliers sont conservés mais ils sont plus fins et plus nombreux. La lunette rappelle plus l'engrenage qu'elle ne le dessine et ne provoque pas l'effet de volume de celle de l'Academia même si des détails en relief y sont apposés. La taille des cornes, très courtes, permet de contenir la perception de taille de la montre et autorise même des poignets plus modestes à pouvoir porter la montre.

Le cadran est composé de plusieurs parties. Le centre, en bleu clair, est décoré d'un guillochage en vaguelettes parfaitement réalisé. La section périphérique est en bleu foncé et présente un motif strié. Ces deux parties sont délimitées par une grande applique qui reprend le thème de la lunette. L'ensemble est harmonieux et cohérent. Les couleurs prennent de très beaux effets de lumière en se combinant. Le mélange bleu clair & bleu foncé transmet une sorte d'ambiance océanique qui n'est pas dénuée d'intérêt.

Afin de parachever le design du cadran, les chiffres plaqués rhodium ont été disposés de façon un peu étonnante. Les 4 principaux chiffres sont romains, les autres sont arabes. Généralement, je n'aime pas ce type de mélange. Et pourtant, sur la Twenty-8-Eight Automatic, cela passe presque naturellement.

Les aiguilles principales "glaive" apportent un contraste très satisfaisant avec le cadran rendant la lecture du temps aisée tout en se mariant avec les chiffres et l'applique centrale. Elles ont été légèrement évidées afin de les alléger visuellement.

Tout comme le boîtier, le cadran laisse une impression très favorable, celle d'une sophistication maîtrisée dans un contexte simple et d'une finition irréprochable. Confortable, très bien finie, élégante, cette Twenty-8-Eight Automatic a tout pour plaire. Tout... ou plutôt presque tout. Car il faut évoquer le mouvement. Certes, il ne provoque pas beaucoup d'inquiétude. Mais paradoxalement, c'est bien là le problème. Sous la terminologie DWT8AU se cache l'ETA 2892. Rendant d'abord hommage à De Witt qui, contrairement à d'autres, ne cache à aucun moment l'origine de son mouvement. Et, soyons honnêtes, parmi la cohorte de 2892 du marché, celui-ci est un des plus difficiles à reconnaître du fait du dessin du pont du remontage en pales d'hélice situé sous la masse oscillante qui a été conçue en interne. Lorsque la masse effectue sa révolution au-dessus de ce pont, cela crée un joli effet, comme une sorte de turbine en action. Ce ne sont les performances du mouvement qui provoque la déception. Elle vient du fait qu'il y a une sorte de décalage entre le haut niveau de réalisation de certaines parties de la montre et le côté non exclusif du mouvement.

"Qui peut le plus, peut le moins" est sûrement un des proverbes les plus faux dans l'horlogerie. De Witt le démontre d'une certaine façon. Concentré dans la réalisation de mouvements compliqués dont par exemple le Tourbillon à rotor périphérique, De Witt se retrouve dans la situation de proposer un mouvement de large diffusion dans sa montre simple. Je trouve cela dommage car ce n'est pas valorisant pour le produit qui pris dans sa globalité peut être considéré comme une approche réussie de la montre à 3 aiguilles habillée. Il n'en demeure pas moins que je fus séduit par la présentation du cadran et par le raffinement du boîtier laissant imaginer ce qu'aurait pu être le résultat avec un mouvement plus exclusif.

Je tiens à remercier l'équipe De Witt pour son accueil au cours du Salon Belles Montres 2011.

dimanche 18 décembre 2011

Peter Speake-Marin: Vintage Tourbillon Mark II

J'ai envie de vous reparler de cette montre suite à une rencontre avec son propriétaire il y a quelques semaines à Londres. Je vous l'avais déjà présentée lors de mon compte-rendu du Salon Belles Montres 2008 mais les conditions de lumière lors ce cette rencontre récente m'ont permis de prendre de bien meilleures photos de la montre.

La Vintage Tourbillon Mark II est un concentré des multiples facettes du talent de Peter Speake-Marin. Il s'agit d'un Tourbillon qui sait rester simple en apparence et qui dégage un charme irrésistible. Très fréquemment, l'enjeu classique auquel sont confrontés les horlogers avec une montre Tourbillon est d'arriver à rendre la révolution de la cage la plus visible possible. Dans un contexte traditionnel, immanquablement, les aiguilles survolent le Tourbillon ce qui peut gâcher le spectacle à certains moments de la journée.

En 2004, Max Büsser contacte Peter Speake-Marin pour développer un Tourbillon pour Harry Winston qui comporterait des éléments classiques tout en ayant une présentation plus contemporaine. Le Tourbillon ayant vocation à rejoindre la collection Excenter, le principe du cadran décalé inhérent à cette collection donne à Peter Speake-Marin la possibilité de dessiner un mouvement qui pourrait ainsi offrir en permanence le spectacle de son Tourbillon sans aucun élément perturbateur.

Le petit guichet sur le cadran est rouge, cela signifie que la réserve de marche est inférieure à 24 heures:

Peter Speake-Marin est parti du Tourbillon STT (Swiss Time Technology devenu depuis Dimier 1738) pour son projet et a retravaillé considérablement cette base. Il en résulte un Tourbillon à remontage manuel présentant deux caractéristiques originales: la première est la fréquence, relativement élevée pour un tel type de mouvement (4hz), la seconde est la réserve de marche de plus de 110 heures. Mais les détails inhabituels ne s'arrêtent pas là: le mouvement comporte deux affichages de la réserve de marche. A l'arrière, la réserve de marche est indiquée par un double jeu d'aiguilles qui parcourent deux arcs de cercle. Lorsque la première partie de la réserve de marche est épuisée (60 heures), la seconde aiguille se met en action pour les 50 dernières heures. Si la réserve de marche est inférieure à une journée, l'indicateur situé côté cadran intervient: un petit point de couleur situé dans le cadran passe du noir au rouge pour alerter le propriétaire de la montre que la réserve de marche s'épuise et qu'un remontage s'impose.

La réserve de marche est bel et bien inférieure à 24 heures (aiguille de gauche):

Ce sont évidemment les deux ponts du Tourbillon qui les premiers attirent l'oeil. Si le pont côté cadran est relativement fin afin de préserver le caractère hypnotisant du Tourbillon, il est plus épais à l'arrière. Des deux côtés, les ponts sont soutenus par des sortes de flèches volumineuses qui donnent beaucoup de caractère. Vous noterez la présence des diamants des deux côtés qui agissent en tant que contre-pivots. Evidemment, nous pensons à Lange qui utilise des diamants pour ses Tourbillons avec le même objectif. Et c'est logique. N'oublions pas que Max Büsser a toujours admiré l'oeuvre de Günter Blümlein et je suis sûr que le fait de retrouver les deux diamants de façons similaire sur ce mouvement est un hommage qu'il lui rend. Ce ne sont pas les chatons en or et les vis bleuies sur les ponts du mouvement qui prouveront le contraire! A noter que le mouvement ayant été développé en partenariat avec Harry Winston, il est exclusif à Harry Winston et à Peter Speake-Marin.

Le mouvement a un diamètre de 31,7mm, il occupe donc généreusement le boîtier de type Piccadilly de la Vintage Tourbillon Mark II (38mm de diamètre et 13,4mm d'épaisseur). J'aime beaucoup ce boîtier très particulier. Le rapport diamètre/épaisseur lui confère un côté déséquilibré mais qui contribue à sa personnalité. Les cornes, imposantes, sont longues si bien que la montre est plus destinée aux poignets habitués aux diamètres plus larges.


La Mark II est une série limitée de 25 pièces qui a succédé à la Vintage Tourbillon initiale. Elle se distingue de sa devancière par une finition perlée de la platine autour du cadran en émail et par les ponts gravés à l'arrière qui rendent la Mark II plus sophistiquée, peut-être plus raffinée.

L'univers esthétique de Peter Speake-Marin ne se résume évidemment pas au boîtier puisque nous retrouvons le cadran en émail ainsi que les aiguilles typiques de la Foundation Watch.

La Vintage Mark II est une montre envoutante au poignet. Je la trouve simplement belle et le spectacle offert par le Tourbillon, le pont poli et le diamant est vraiment magnifique. Il ne s'agit pas d'un Tourbillon complexe comme l'industrie horlogère a été capable de produire ses dernières années: il n'est ni double, ni volant, ni incliné, il effectue une rotation par minute. Mais cette simplicité combinée avec une qualité d'exécution sans faille et une originalité subtilement dosée font de la Vintage Mark II une des montres qui m'ont le plus impressionné. J'ai bien eu du mal à rendre cette montre à son heureux propriétaire que je remercie d'ailleurs chaleureusement par la même occasion.

dimanche 11 décembre 2011

Jean-Baptiste Viot: Chronomètre J-B.Viot à Paris

Je vous ai déjà présenté en détails le chronomètre conçu et fabriqué par Jean-Baptiste Viot à travers cet article il y a deux ans. Je souhaitais revenir dessus avec ces quelques photos prises au cours du Salon Belles Montres 2011. En effet, la montre photographiée utilise le boîtier définitif en or jaune ce qui n'était pas le cas lorsque j'avais rencontré Jean-Baptiste à la découverte de son prototype.

Avec du recul, son chronomètre me plaît toujours autant. Comme tout bon chronomètre, l'élément central est l'organe régulant et il est particulièrement mis en valeur des deux côtés. Comme vous le savez, la montre ne comportant pas de cadran, Jean-Baptiste Viot a particulièrement soigné la présentation du mouvement que ce soit côté "face" ou côté "arrière". J'utilise des guillemets car les ponts se trouvent des deux côtés, la platine étant réduite à sa plus simple expression. L'organe régulant est visible y compris de face permettant ainsi, même avec la montre au poignet de profiter des lentes oscillations du grand balancier. L'accessibilité à l'échappement est également facilitée.

A l'arrière, nous retrouvons le système de réglage grâce à la vis transversale ainsi que la finition en traits brouillés également visible côté "face".

Le boîtier a un diamètre de 38mm sur l'axe vertical et de 36mm sur l'axe horizontal, hors couronne. Rarement un mouvement aura aussi bien rempli un boîtier car son diamètre propre est de 32mm. En cohérence avec l'esprit de la montre, le boîtier a été conçu pour faciliter la vie de l'horloger qui devra intervenir dans plusieurs années: pérennité, facilité à réparer grâce à une conception adaptée et hommage à l'horlogerie traditionnelle furent les objectifs qui ont guidé les pas de Jean-Baptiste Viot dans sa démarche créatrice.

Vous noterez que la montre photographiée utilise un incabloc ce qui n'était pas le cas du prototype. Bien évidemment, le choix est laissé au client.

Enfin, Jean-Baptiste Viot tient face aux clients qui s'engagent à indiquer des délais de livraison réalistes. Ils peuvent sembler longs dans l'absolu mais ils seront respectés, c'est une honnêteté intellectuelle qui est à souligner à une époque où certains pensent plus à prendre les commandes qu'à les honorer. Et au bout de l'attente, c'est la récompense: le plaisir de porter une véritable montre d'horloger, créée à Paris et qui exprime toute la passion de Jean-Baptiste Viot pour l'horlogerie classique qu'il a la chance de pratiquer lorsqu'il oeuvre en tant que restaurateurs de pièces anciennes.

Merci à Jean-Baptiste pour son accueil au cours du Salon Belles Montres 2011.

Cacheux: Elephant Circus

L'Elephant Circus, c'est l'histoire d'un rêve qui devient réalité, d'une représentation virtuelle qui devient concrète. Il y a un peu plus d'un an, le designer lavallois Fabien Cacheux avait présenté la Galibier GT (comme Garde-Temps et Grand Tourisme), une concept watch inspirée par l'univers Bugatti et des supercars. Avec son affichage "régulateur", le cadran de la Galibier GT ressemblait au tachymètre de la voiture qui l'avait inspiré et la forme particulière du bracelet, en fer à cheval, rappelait la poignée des portes.

Des collectionneurs furent séduits par ce projet et contactèrent logiquement Fabien Cacheux pour connaître les modalités d'acquisition. Mais à ce moment-là, il ne s'agissait que d'une étude de style, certes très poussée mais qui restait purement virtuelle. Cependant, ces demandes rajoutées à la volonté de voir aboutir les idées qu'il avait exprimées ont poussé Fabien Cacheux à oeuvrer pour la production effective d'une montre issue de son propre travail de designer. Le processus était enclenché!

Le travail complexe du boîtier:

Fabien Cacheux s'est appuyé pour la partie technique sur le bureau d'étude de Mikaël Bourgeois reconnu pour sa création de pièces uniques commercialisées sous la marque MB Watches. Les différents éléments de l'Elephant Circus sont fabriqués et assemblés en Suisse y compris évidemment le mouvement qui est fourni par Technotime.

Lorsque j'ai découvert l'Elephant Circus, d'abord sans son bracelet, je fus immédiatement surpris par la qualité de fabrication et de finition du boîtier en or. C'est sans aucun doute l'atout majeur de la montre. Le système d'attache du bracelet qui permet de se passer d'une boucle, donne toute l'originalité à l'Elephant Circus par ailleurs relativement traditionnelle dans sa présentation de cadran. Il donne le sentiment que deux bélières se trouvent aux extrémités du boîtier renforçant en cela le côté "montre de poche". Les deux piliers qui soutiennent les mécanismes de fixation sont très subtilement finis. Les mécanismes de fixation comportent une sorte de couronne qui se tire afin de pouvoir insérer le bracelet. En la poussant, la couronne insère l'ardillon dans le trou du bracelet.

Le type de bracelet requis par l'Elephant Circus:

Compte tenu de la spécificité du système d'attache, le bracelet doit être réalisé sur mesure afin que sa taille corresponde parfaitement à celle du poignet du propriétaire de la montre, celui-ci pouvant en outre souhaiter que ce bracelet dépasse plus ou moins largement les mécanismes de fixation. La distance comprise entre chaque couronne de mécanisme est de 77mm ce qui contribue grandement au sentiment de taille de l'Elephant Circus!

C'est une des raisons qui expliquent ce nom pour le moins curieux:
  • Elephant car l'objet est volumineux et parce que, le bracelet dépassant de chaque côté, il semblent dessiner deux défenses autour du boîtier,
  • Circus car les complications évoluent sur le cadran tels des saltimbanques sur une piste de cirque.
La partie principale du boîtier est beaucoup plus raisonnable avec un diamètre de 42mm. Comme évoqué, la présentation du cadran est plus classique avec cependant une trait inhabituel: un affichage des quantièmes rétrograde entre une et deux heures. Vous noterez le poussoir à deux heures qui a pour but de régler la date. J'aime assez l'idée du poussoir car il donne du volume sur le côté droit de la montre dans un contexte très vertical. Evidemment, il évoque plus les chronographes monopoussoir qu'un réglage de date mais cela ne m'a pas choqué. A cinq heures se trouve l'indicateur de réserve de marche, très utile compte tenu des cinq jours de réserve de marche du mouvement. Enfin, le cadran a été ouvert à 9 heures afin de laisser apparaître le balancier. Je ne suis absolument pas fan de cette idée: cela n'apporte pas grand chose esthétiquement car le balancier est finalement plutôt caché par un pont perlé. En outre, c'est plus l'incabloc qui se détache qu'autre chose. Le cadran n'avait pas besoin de comporter cette animation supplémentaire du fait de la trotteuse centrale. Il est vrai que l'ouverture rééquilibre le cadran car les deux complications sont situées côté droit. Je pense cependant qu'un affichage des phases de lune, par exemple, aurait été plus judicieux et surtout plus agréable à l'oeil. Enfin, les contrepoids des deux aiguilles principales sont les C et X qui symbolisent la marque. Les aiguilles et les cadrans sont bien finies même si je n'ai pas senti le même aboutissement qu'avec le boîtier.

Le Technotime TT738-04. Les deux barillets sont visibles mais cachés ici par la masse oscillante:
En retournant la montre, nous découvrons le mouvement Technotime TT738.04 à double-barillet, d'une réserve de marche de 5 jours et d'une fréquence de 4 hz. Il ne s'agit pas d'un mouvement d'une beauté spectaculaire et la découpe des ponts est orientée vers l'efficacité et non pas vers l'esthétique. Fort heureusement, le diamètre propre du mouvement (30,4mm) fait qu'il occupe bien le boîtier rendant ainsi l'ensemble plutôt agréable à observer. La touche de fantaisie est apportée par la masse oscillante qui intègre tout comme les aiguilles, les C et X.

Coup de chance, le bracelet disponible correspondait à ma taille de poignet. J'ai donc pu essayer l'Elephant Circus. Après avoir fixé le bracelet d'un côté, je le fis de l'autre, une fois la montre mise au poignet (l'opération est relativement facile après avoir trouvé la bonne façon de procéder). L'absence de boucle donnait une drôle d'impression, comme si je portais un bracelet de force. Ce bracelet est une véritable bande de cuir donnant à ce propos de grandes possibilités de personnalisation.

La montre était bien positionnée et ne bougeait pas ce qui était positif. En revanche, il est illusoire de penser que l'Elephant Circus puisse passer sous une chemise du fait du système de fixation: c'est strictement impossible! L'Elephant Circus n'est pas inconfortable, elle se porte même sans souci mais j'aurais cependant la crainte de cogner les mécanismes de fixation avec un geste brusque car ils se trouvent dans des espaces qu'un poignet n'a pas l'habitude de devoir gérer.

L'Elephant Circus a un côté ostentatoire qui est clairement revendiqué: la montre est imposante, attire les regards et génère de la curiosité. Impossible si nous nous trouvons à proximité de rater un tel objet au poignet de son propriétaire.

Je fus donc clairement surpris par cette montre. A partir d'un contenu horloger somme toute classique, Fabien Cacheux a réussi à définir une montre au style unique qui n'a pas d'équivalent dans le paysage horloger. Elle ne correspond pas à mes goûts car j'aurais préféré d'autres solutions pour équilibrer le cadran et je me vois mal au quotidien avec une montre ne pouvant pas passer sous la chemise. Mais ce qui m'a en revanche séduit fut la démarche de son créateur, sa volonté d'aller au bout de ses idées et de les rendre tangibles. L'Elephant Circus est un objet radical qui provoquera des réactions de rejet mais aussi de fortes adhésions auprès de quelques collectionneurs à la recherche de montres ultra-exclusives du fait du nombre de pièces produites (11 au total numérotées de 0 à 10) et de leur design absolu.

Je tiens à remercier Fabien Cacheux pour le temps qu'il m'a consacré.

jeudi 8 décembre 2011

Grönefeld: GMT-06

Je vous avais déjà présenté en 2009 la GMT-06 qui fut la première montre des frères Grönefeld. Si je reviens dessus, c'est parce qu'au cours du Salon Belles Montres 2011, Bart et Tim Grönefeld nous ont fait la bonne surprise de dévoiler la paire d'aiguilles idéales pour cette montre Répétition Minutes. Détail direz-vous? Eh non car le choix ne fut pas si simple! Le problème initial provenait de l'absence de véritable cadran, la platine du mouvement jouant ce rôle. Le mouvement avait été travaillé pour que le Tourbillon et les deux marteaux soient visibles côté face. Compte tenu de l'architecture du mouvement (une ébauche Christophe Claret d'une réserve de marche de 48 heures et d'une fréquence de 2,5hz), le Tourbillon à deux heures se trouvait au premier plan tandis que la platine avait été plus profondément creusée pour faire apparaître les deux marteaux.

L'enjeu du design des aiguilles consistait donc à assurer une lisibilité de l'heure minimum sans gâcher la vue sur les deux complications. Une sorte de quadrature du cercle qui a conduit à plusieurs évolutions de ces aiguilles. La première version de la paire était composée d'une aiguille des heures plutôt large, pleine, combinée avec une aiguille des minutes plus fine et évidée. Puis l'année dernière, afin de renforcer la lisibilité, la couleur de l'aiguille des heures fut changée afin d'apporter un meilleur contraste par rapport à la platine. J'avais trouvé cette solution trop agressive visuellement.

Et enfin, cette année, la solution est trouvée: l'aiguille des heures est à son tour évidée mais son extrémité reste pleine. La couleur est plus harmonieuse car identique à celle de la partie périphérique du cadran. L'aiguille des minutes est maintenant pleine et affinée. Comme son extrémité présente le même traitement que celle de l'aiguille des heures, la paire est enfin cohérente et esthétiquement bien plus réussie que toutes les déclinaisons précédentes.

Ce choix permet selon moi de parachever cette montre très particulière. La GMT-06 se distingue par son boîtier volumineux aux cornes proéminentes et anguleuses. Ces cornes ont un double rôle. Du fait de leur forme, elles ont vocation à améliorer l'acoustique générale du boîtier. Et la corne supérieure gauche a été dessinée pour que le verrou puisse glisser sur une plus grande distance afin que le remontage du mécanisme de la répétition soit facilité.

Le travail sur le mouvement est excellent car il présente de l'intérêt des deux côtés. Côté face avec la vue sur les deux complications à l'oeuvre. Côté ponts avec un joli effet de volume et une finition irréprochable des détails. J'ai cependant un regret, j'aurais préféré que le pont principal sur lequel les noms des horlogers et de leur ville furent gravés ait été un peu plus allégé, dans la mesure du possible.

La montre est imposante au poignet du fait de son diamètre de 44mm mais surtout de la taille des cornes qui amplifient visuellement le gabarit. Les frères Grönefeld ont joué sur le caractère puissant du design afin de casser avec l'image traditionnelle de la montre Répétition Minutes, délicate et habillée. Et ce n'est pas le poids du boîtier en platine (également disponible en or rose, dans les deux cas dans des séries limitées de 10 montres) qui contredira cette démarche. C'est bien ce côté radical, pour ne pas dire excessif, qui me plaît dans cette GMT-06 car il crée une opposition entre le côté aérien du tourbillon, la magie des marteaux et la virilité du boîtier.

Merci aux frères Grönefeld pour leur accueil au cours du Salon Belles Montres 2011.

dimanche 4 décembre 2011

Greubel Forsey: GMT

Préambule: la montre photographiée est un prototype et comporte de nombreux détails qui seront revus pour la version définitive de la GMT. Par exemple, le disque des villes du prototype n'est utilisé qu'à titre indicatif.

Un des principaux événements du Salon Belles Montres 2011 fut la présentation au public de la toute dernière montre de Greubel Forsey, la GMT. J'étais, je dois l'avouer, très excité à l'idée de découvrir cette montre pour une raison toute simple. Connaissant la capacité de Greubel Forsey à concevoir les tourbillons les plus complexes, j'étais curieux de voir comment ils allaient évoluer sur un autre registre en interprétant une complication radicalement différente: les heures universelles combinées avec l'affichage d'un second fuseau horaire. L'exercice n'était pas si simple: ce n'est pas parce que l'on repousse les limites d'une complication aussi prestigieuse que le tourbillon que l'on est automatiquement à l'aise sur une complication que nous pourrions qualifier d'"utile" et de relativement répandu. Je me doutais bien qu'en se lançant dans un tel projet, ils allaient apporter une nouvelle dimension à la complication et je ne fus pas déçu.

La principale réussite de la GMT réside dans sa simplicité à l'usage malgré son apparente complexité. Les prouesses techniques contenues dans la montre sont au service du propriétaire de la montre et ont vocation à rendre la manipulation aisée.

Lorsque j'ai observé pour la première fois la GMT, le premier mot qui m'est venu à l'esprit est "logique". En effet, dans sa présentation, la GMT ne renie pas sa filiation par rapport à la Tourbillon 24 secondes. Certes, de nouveaux affichages apparaissent et le tourbillon change de place mais la forme du boîtier, l'ouverture dans la proéminence de gauche rappellent incontestablement cette prestigieuse devancière. Cependant, le tourbillon laisse le première rôle en laissant son espace dédié à un spectaculaire globe terrestre qui concentre tout notre attention.

Ce globe en titane est fondamental dans la GMT: il incarne la dimension poétique de la montre, il interprète l'affichage des heures universelles côté face, il démontre la maîtrise technique de Greubel Forsey. Ce globe pourrait d'abord être qualifié de "volant": il ne possède qu'un seul mécanisme de rotation au niveau du pôle sud afin de préserver la meilleure visibilité. Son but, à travers sa rotation dans le sens contraire des aiguilles est d'afficher le temps pour les fuseaux du globe grâce à une échelle équatoriale de 0 à 24h. Il s'agit donc bien d'un affichage à heures universelles puisque les 24 fuseaux sont lisibles instantanément, le pôle nord trônant au sommet de ce globe tri-dimensionnel.

Soyons clairs: par rapport à un cercle des villes d'une montre traditionnelle à heures universelles, la lecture n'est pas aussi aisée même si avec de l'habitude, nous retrouvons facilement notre zone favorite. L'ouverture sur le côté de la proéminence a deux objectifs, de rendre visible l'hémisphère sud et d'éclairer la zone du globe se trouvant dans les heures du jour (entre 6h et 18h). Cette interaction entre la "vraie" lumière et la représentation des heures du jour me plaît beaucoup.

Le globe est si captivant que nous oublions deux autres éléments essentiels situé côté face: le premier juste au-dessus du globe est tout simplement l'affichage du second fuseau sur 12 heures. Bien entendu, l'affichage jour&nuit de ce second fuseau s'opère par le globe. Ce petit cadran dédié au second fuseau est facilement lisible, logé à la gauche du cadran d'affichage principal. Pour passer d'une zone à l'autre, il suffit d'actionner le poussoir "à 10 heures" et l'aiguille se déplace par saut d'une heure.

A la droite du globe se trouve le second élément, la marque de fabrique de Greubel Forsey: le tourbillon incliné. Son déplacement entraîne l'ajout d'une seconde proéminence, à droite du boîtier. Il s'agit ici du tourbillon que nous retrouvons dans la Tourbillon 24 secondes. Il est donc incliné avec un angle de 25 degré et effectue une rotation complète toutes les 24 secondes. Sa cage, composée de 87 éléments ne pèse que 0,36 grammes. Cela semble classique car nous sommes dans l'univers Greubel Forsey mais dans n'importe quel autre contexte, une telle vitesse de rotation, une telle légèreté seraient exceptionnelles. Hasard ou pas, le pont du tourbillon en forme de sextant qui a succédé au pont traversant des premières 24 secondes me semble ici tout à fait adapté! Le globe et ce sextant me font penser à un hommage aux grands explorateurs.

Enfin, l'indicateur de réserve de marche, traditionnel, et la petite trotteuse, indispensable compte tenu de la vitesse de rotation du tourbillon, complètent le cadran.

Le programme est donc déjà copieux côté face mais il ne s'arrête pas là: en retournant la montre, nous découvrons un affichage de type Heures Universelles. Cet affichage semble "standard" mais il ne l'est absolument pas. Pour une raison très simple: il gère le fait que certaines villes passent à l'heure d'été et d'autres pas. Cette gestion est rendue possible par la présence de deux anneaux des heures, l'un au centre, l'autre à la périphérie et par l'utilisation de deux codes couleurs différents pour l'indication des villes de référence. Le système est d'utilisation très simple: les villes qui ne passent pas à l'heure d'été sont indiquées de façon plus sombre que les autres. Auquel cas, l'anneau des heures à utiliser est celui de la périphérie, le central étant dédié aux villes qui utilisent le système de l'heure d'été. C'est très astucieusement pensé même si la lecture des heures de l'anneau central nécessite une bonne paire de lunettes. Bien évidemment, le disque des villes est connecté au globe par la roue qui me fait penser à une rose des vents afin que le temps universel soit également correctement affiché sur le globe.

La finition des éléments est conforme aux standards élevés d'exigence et de qualité de Greubel Forsey: les platines et ponts en maillechort (ou en acier pour celui du tourbillon) sont superbement exécutés. Comme toujours j'apprécie le contraste entre le côté face de la montre, avec ses effets de volume, sa complexité, ses détails surprenants et le côté pile et sa finition grenée.

Les performances du mouvement, en dehors de celles liées à la complication, sont habituelles chez Greubel Forsey: une fréquence de 3hz, un double-barillet permettant un couple constant sur une plus longue période de la réserve de marche de 72 heures, un balancier d'un diamètre de 10mm à inertie variable avec vis réglantes et un spiral à courbe terminale de Phillips.

J'ai eu la chance de porter plusieurs Greubel Forsey et celle-ci se démarque du reste de la collection par l'organisation spécifique de son cadran et par le caractère presque discret du Tourbillon qui tend à s'effacer face au globe. Cependant, rapidement, le charme du tourbillon incliné agit et apporte son animation et son dynamisme au cadran. Car aussi poétique qu'il soit, l'affichage des heures universelles par le biais du globe reste une complication lente. Le tourbillon et le globe se complètent plus qu'ils ne s'opposent pour le grand plaisir de la personne qui a la chance de porter une telle montre superlative. Malgré sa spécificité, la GMT ne déroge pas à la règle des autres montres Greubel Forsey: la profondeur du côté face est magnifique me rappelant sous certains aspects la Double Tourbillon Technique ou l'Invention Pièce 2. Et le gabarit est lui conforme à l'esprit de la marque: la GMT est volumineuse et lourde (43,5mm de diamètre pour une épaisseur de 16,14mm) et même si la montre se positionne bien, elle n'est clairement pas faite pour les petits poignets.

C'est avec brio que le défi consistant à réinventer une complication traditionnelle de l'horlogerie fut relevé par Greubel Forsey: la représentation par le biais du globe des fuseaux horaires est envoutante et c'est vraiment au sens propre comme au sens figuré une nouvelle dimension qui est apportée à l'affichage des heures universelles. La qualité de l'exécution et la présence du tourbillon incliné font de cette GMT une des montres superlatives les plus marquantes de ces dernières années.

Un grand merci à l'équipe Greubel Forsey pour son accueil sur le stand au cours du Salon Belles Montres 2011.

Audemars Piguet: Millenary 4101 acier

Je me rends compte, la fin de l'année approchant que je n'ai pas présenté en détails une de mes montres préférées de l'année: la Millenary 4101 acier. Et pourtant, j'avais eu l'occasion de la découvrir lors du SIHH 2011 et j'avais été immédiatement séduit.

Mais pour en arriver à ce résultat, AP est parti de loin: je n'ai jamais vraiment aimé la collection Millenary sauf peut-être les pièces les plus compliquées mais dont les tarifs n'autorisent que le rêve. Et puis la 4101 est arrivée et ma perception a changé.

Un détail, mais d'importance, fait la différence: AP utilise enfin pleinement le potentiel représenté par la forme ovale du boîtier. L'univers Millenary demeure avec ses composantes traditionnelles: le cadran décalé sur la droite, les chiffres asymétriques, les aiguilles décentrées comme si tous ces éléments étaient virtuellement aspirés en dehors du boîtier. Mais la subtilité est que la partie gauche devient elle aussi fondamentale car occupée par l'organe réglant du mouvement. L'affichage du temps devient quasiment accessoire sur cette montre, le caractère hypnotisant du balancier à masselottes attirant immanquablement le regard.

La Millenary 4101 n'est pas seulement une réussite esthétique, c'est également une réussite technique. Lorsqu'elle fut présentée, nombreux furent ceux qui pensèrent que le calibre 4101 n'était qu'un 3120 à l'architecture modifiée, l'organe réglant passant côté cadran. Il n'en est rien puisque que seul le système de remontage a été conservé: pour le reste, le 4101 est un mouvement non seulement de conception nouvelle mais optimisé pour des meilleures performances en terme de précision, les principaux paramètres du balancier tels que l'inertie, l'amplitude, le facteur de qualité et la fréquence (4hz) ayant été ajustés dans ce but. Dans ce contexte, la taille du balancier n'est pas forcément la plus spectaculaire, la priorité étant les performances du mouvement. Cependant, elle permet d'apprécier les oscillations sans difficulté.

Le balancier est en effet très visible grâce au contraste entre sa couleur doré et celle du mouvement obtenu par un traitement de surface galvanique anthracite. Les côtes de Genève sont horizontales afin d'être en cohérence avec la forme du boîtier. Compte tenu des couleurs utilisées et du style de la décoration, ce sont bien les chiffres, les aiguilles et le balancier qui se distinguent au premier coup d'oeil. La finition de la partie face de la montre, composée du cadran, de l'organe réglant, de la platine est irréprochable. La présence de la dizaine de vis sur le côté gauche de la montre ne nuit pas à la beauté de la montre même si leurs têtes ne sont pas alignées. Elles contribuent à l'ambiance "technique" et à la décoration.

La Millenary 4101 est toute en relief, le cadran étant situé au premier plan, le balancier légèrement en retrait, suspendu par son pont traversant vertical. L'incabloc est relativement discret et ne jure pas avec le reste. La platine du mouvement est ouverte sous le balancier si bien que ce dernier semble flotter. Je pense que j'aurais préféré une platine totalement fermée afin de cacher éventuellement la chemise ou les poils sous le balancier lorsque la montre est au poignet. Rien de fâcheux cependant, l'ouverture, que nous découvrons en retournant la montre, reste discrète.

Compte tenu du positionnement de l'organe réglant, l'arrière de la montre semble un peu vide. Mais grâce aux finitions (perlage sur la platine principale, côtes de Genève sur le pont de la masse oscillante) et au traitement de surface, le rotor en or est bien mis en valeur.

La Millenary 4101 est imposante (47mm de largeur, 42mm de hauteur et 13mm d'épaisseur) mais cela ne se sent nullement pas au poignet. La forme du boîtier y est pour beaucoup car la haute reste raisonnable et l'épaisseur, compte tenu de la construction en relief, maîtrisée. Et puis, il fallait bien une telle taille pour profiter pleinement du spectacle offert par le balancier! Ce dernier, s'il touche quasiment le cadran, "respire" grâce à l'espace situé sur sa gauche. La lunette, relativement épaisse, maîtrise le sentiment de taille tout comme le traitement de surface, qui en obscurcissant la platine, donne un côté plus contenu.

Avec un prix de 19.500 euros TTC à décembre 2011, la Millenary 4101 acier constitue assurément un des meilleurs rapports qualité/prix chez Audemars Piguet: l'originalité de sa présentation qui n'est pas sans rappeler celle de la Seconde Morte, le travail effectué sur le mouvement, le caractère hypnotisant du balancier rendent cette Millenary extrêmement séduisante.

Plus qu'une nouvelle montre, la Millenary 4101 constitue la première étape d'une démarche plus ambitieuse: elle préfigure ce que seront les futures Millenary, avec complications. Audemars Piguet fonde beaucoup d'espoirs sur cette collection et cela se sent à travers le résultat obtenu avec cette 4101.

Merci à l'équipe Audemars Piguet France.