dimanche 30 octobre 2011

Hublot: King Power Red Devil

Je sais très bien ce que vous allez me dire: et voilà la xième série limitée de la part de Hublot d'autant plus que celle-ci est la troisième (!!!) consacrée à Manchester United. Mais comment font-ils pour ne pas saturer eux-mêmes? Et qu'est-ce qui me pousse à vous en parler?

Soyons clairs d'entrée de jeu: cette montre ne rentre pas dans le panthéon horloger. Cela ne veut pas dire pour autant qu'elle n'est pas intéressante. En effet, pour une fois, le thème du football est bien exploité jusqu'à s'immiscer dans des détails inattendus. Et puis, avec grande intelligence, Hublot a su définir une montre qui sait particulièrement bien caresser dans le sens du poil le fan de Manchester United. Tout est réuni pour que ce fan, s'il a les moyens de se payer une montre d'un tel prix, ne puisse résister à son appel.

Quelle est la formule magique? Elle est très simple finalement. Il s'agit de donner à l'acquéreur potentiel le sentiment qu'avec cette King Power il ne va pas porter une simple montre dédiée à son équipe favorite mais qu'il aura un véritable fragment de Manchester United au poignet. Quoi de plus symbolique pour un club de football que sa pelouse? Et c'est ainsi que chacune de ces King Power Red Devil arbore des index dans lesquels ont été insérés de véritables brins de la pelouse d'Old Trafford! L'idée peut paraître tout autant loufoque que géniale mais au moins, elle frappe les esprits. Bien entendu, une couche de laque spéciale recouvre ces brins d'herbe afin que leur couleur soit pérenne. Remarquez, si leur couleur avait changé au fil du temps, cela aurait été un renouvellement du concept de "patine"...

Mais réduire cette King Power Red Devil à sa décoration aux couleurs du club et à ses index particuliers serait une erreur. La spécificité horlogère de la montre est d'avoir un chronographe à deux aiguilles centrales (secondes + minutes), qui, ambiance footballistique oblige, peut mesurer jusqu'à 45 minutes. Du fait de l'aiguille des minutes centrales, la graduation est située sur le pourtour du cadran. Les deux aiguilles se distinguent bien ce qui évite toute confusion. L'aiguille des minutes est la plus courte tandis que celle des secondes se remarque par sa flèche rouge. La place ainsi libérée sur le cadran est occupée par le logo du club, le diable avec son trident. La date est logée juste sous le diable, de façon très discrète. Même si elle est correctement intégrée, je pense que j'aurais préféré la montre sans.

Le mouvement est le HUB4245 basé sur un Valjoux 7750 et qui, outre ses deux aiguilles centrales, se caractérise par une réserve de marche élargie (72 heures), une ancre et une roue d'échappement en silicium. Sa fréquence est bien entendu de 4hz. Le mouvement n'est pas visible à l'arrière de la montre car le logo complet du club recouvre le fond. Mais en l'occurrence, ce n'est pas très grave car côté cadran, la finition "Aerobang" a été privilégiée. Le HUB4245 est semi-squelettée créant ainsi des ouvertures dans le cadran sur la platine. De prime abord, tout cela ressemble à un joyeux fouillis. Mais étonnement, la montre reste très lisible car la platine et les ponts ont subi un traitement galvanique noir renforçant le contraste avec les aiguilles. Les ouvertures créent du volume et donnent du caractère à la montre, bien plus passionnante que d'autres séries limitées. Je pense sincèrement que la finition "Aerobang" se marie parfaitement au style Hublot et cette Red Devil en est la preuve.

S'agissant d'une King Power, le boîtier a un gabarit XXL avec un diamètre de 48mm. La montre fait cependant plus petite qu'elle n'est car l'ouverture du cadran est très mesurée. L'épaisseur de la lunette, la forme du boîtier permettent à Hublot de jouer sur les matériaux. Le boîtier et la lunette sont en céramique noire microbillée, les couronne et poussoirs en acier recouvert de PVD noir et les parties latérales en résine composite noire. Les deux poussoirs sont ensuite recouverts de caoutchouc noir ou rouge. Une harmonie des couleurs est respectée et l'ensemble est proprement réalisé même si je trouve que la finition n'est pas exceptionnelle.

Le bracelet en caoutchouc noir respecte les mêmes codes avec une ligne rouge en son centre. Son efficacité n'est plus à démontrer. Le grand atout des montres Hublot reste leur confort et la King Power Red Devil ne déroge pas à la règle: malgré sa taille, la montre se positionne très bien sur le poignet, la forme du boîtier imposant au bracelet la courbure adéquate.

Pour avoir vu de nombreuses séries limitées de Hublot, dont la plupart n'apportait pas grand chose, je considère que cette King Power Red Devil se distingue du lot. Certes, cela reste une montre à prix élevé et dont le mouvement est basé sur le 7750. Mais le soin apporté aux détails, le chronographe à deux aiguilles centrales et la cohérence de son design avec l'univers du ballon rond la rendent sans aucun doute plus intéressante que d'autres. Et puis la première cible de clientèle reste le fan fortuné du club... s'il hésitait encore malgré tous les appels du pied (sans jeu de mot) fait par cette King Power, le certificat d'authenticité signé par Sir Alex Ferguson devrait définitivement le convaincre de succomber.

La King Power Red Devil est disponible dans le cadre d'une série limitée de 500 montres en céramique microbillée (cf photos) et de 250 montres en King Gold 18K (or rose).

Merci à l'équipe de Hall of Time à Bruxelles.

samedi 29 octobre 2011

Cartier: Rotonde Heures Sautantes

La Rotonde Heures Sautantes fait partie de ces montres qui ont l'air faussement simple. Elle tire profit d'un affichage du temps particulièrement bien pensé afin de permettre une vision totale et permanente du guichet des heures y compris lors de leurs sauts. En effet, un des problèmes réguliers des montres Heures Sautantes est le chevauchement par l'aiguille des minutes du guichet des heures à la soixantième minute, juste au moment où l'heure saute. Evidemment, les horlogers ont défini une multitude de systèmes corrigeant ce problème: répartition des fonctions horaires sur le cadran, affichage alternatif des minutes (par guichet ou par aiguille rétrograde), aiguille des minutes évidée etc...

L'avantage de la solution proposée par Cartier, inspirée par une montre de poche des années 20, est qu'elle combine l'affichage traditionnel des minutes, l'originalité des heures sautantes tout en respectant les codes esthétiques de la marque. Ainsi, et c'est très rare dans un tel contexte, l'heure est indiquée par le biais de chiffres romains. Et comble du raffinement: la signature secrète de Cartier a bien été maintenue dans la diagonale du "V" du "VII"... comme de coutume.

En fait, cette montre me plaît beaucoup et c'est une de mes préférées de la Collection Haute Horlogerie. Il y a différentes raisons à cela.

Tout d'abord, son diamètre reste "contenu": 42mm. C'est une taille très respectable mais mesurée lorsqu'on la compare avec celle des autres montres de la collection. Elle est ici idéale car préservant l'élégance de la montre et permettant au cadran d'être suffisamment grand pour respirer.

Ensuite le travail de finition sur le cadran est très bien exécuté. Ce cadran est le plus bel atout de cette Rotonde. Sa partie centrale propose un guillochage de couleur ardoise sur lequel est apposé une grille argentée satinée. Cette grille dessine des sortes d'index virtuels, inutiles mais qui décore efficacement le cadran et lui donne un joli effet de volume. L'anneau sur lequel est positionnée la flèche des minutes est en aluminium tout comme celui qui supporte les heures afin d'alléger les parties mobiles. Le cadran est loin d'être monotone combinant harmonieusement divers effets décoratifs.

Enfin, Cartier a privilégié un mouvement à remontage manuel, fin et spécifiquement dédié à cette Rotonde. Le mouvement 9905 MC a une fréquence de 4hz et une réserve de marche, plutôt généreuse de 65 heures. Sa présentation est correcte et détail amusant, sa décoration est totalement dans le style de la "Collection Privée" avec les ponts frappés par un motif au logo de Cartier. Je ne trouve pas ce mouvement particulièrement beau et il semble un poil petit pour le boîtier. En revanche, il n'est pas dénué d'atouts. Il est très agréable au remontage et sa réserve de marche permet de laisser la montre le week-end sans avoir besoin de la remettre à l'heure. Mais surtout, il est techniquement intéressant car Cartier a amélioré le système d'heures sautantes en utilisant deux roues en étoile conjointes. L'avantage par rapport au système traditionnel à roue unique est de dissocier le stockage de l'énergie (lié à une roue) de l'affichage via le disque des heures (lié à l'autre roue). Ainsi, le disque des heures a un comportement stable (il ne tremblote pas comme cela peut arriver avec des montres similaires), il saute instantanément à la soixantième minute et surtout l'énergie requise par le saut est moindre ce qui est positif pour le comportement du mouvement.

La Rotonde Heures Sautantes ne s'adresse pas aux amateurs de cadrans animés. En dehors du saut une fois par heure, seule la discrète flèche des minutes se meut en parcourant la périphérie du cadran. La montre est donc relativement inerte même si cela ne nuit pas à son charme. Car justement, elle dégage un charme certain grâce à sa taille équilibrée, à la présentation du cadran et à ce grand chiffre romain qui se transforme toutes les heures. Le boîtier "Rotonde", élancé et l'élégante couronne perlée à cabochon sont de plus parfaitement adaptés à la complication. En fait, cette Rotonde donne l'impression d'être au croisement entre deux collections, une sorte de passage de témoin entre la Collection Privée et la Collection Haute Horlogerie et c'est justement cette place à part qui la rend si séduisante.

La Rotonde Heures Sautantes est déclinée en deux versions, en or gris et en or rose avec la même finition de cadran dans les deux cas. C'est pour cela que ma version préférée est celle en or rose car plus chaleureuse et apportant un contraste plus fort entre le cadran et le boîtier.

Merci à l'équipe de la Boutique Hall of Time à Bruxelles.

lundi 24 octobre 2011

MB&F: Legacy Machine 1

Nous nous demandons systématiquement comment Max Büsser va arriver à nous surprendre avec sa prochaine création. Il était clairement difficile de faire plus radical que la HM4 et c'est une des raisons qui ont poussé Max Büsser à explorer un autre territoire: celui de l'hommage à l'horlogerie traditionnelle. Mais chassez le naturel et il revient au galop, cette LM1 comporte tous les ingrédients qui rendent une montre MB&F si spéciale.

Dans un sens, la HM4 a préfiguré la LM1 avec son mouvement à remontage manuel et son affichage traditionnel de l'heure. Je me souviens même d'avoir regretté cet affichage sur la HM4 le trouvant un peu trop... décalé par rapport au style déjanté du boîtier. Avec la LM1, je ne peux pas formuler le même reproche: cet affichage se trouve comme un poisson dans l'eau dans ce contexte plus assagi.

Assagi est un terme trop fort finalement car avec la LM1, Max Büsser et son équipe (dont font partie Jean-François Mojon et Kari Voutilainen, excusez du peu!) ont défini un nouveau style. Alors que certains surfent sur la vague du néo-rétro (la réinterprétation actuelle de grands classiques du passé), ils ont préféré concevoir une montre que je qualifierais de rétro-néo (l'exécution d'une montre contemporaine telle qu'elle aurait pu être imaginée il y a un siècle).

C'est la raison pour laquelle cette LM1 séduit, surprend car elle se situe à un endroit où très peu d'autres montres peuvent légitimement se trouver.

En fait, Max Büsser est un sacré malin ou alors il possède de sacrées antennes réceptrices: il arrive à anticiper les tendances, l'évolution des goûts des collectionneurs et malgré le temps de développement inhérent à ce type de produit, il présente cette LM1, fin 2011, pile poil au moment où la clientèle de ce segment de prix recherche des produits rassurants tout en leur garantissant la touche particulière de la marque. Cloner Patek à travers une montre ultra-clssique n'aurait eu aucun intérêt puisque la marque qui réussit le mieux à faire du Patek... reste Patek.

Lorsque la montre fut présentée il y a quelques semaines, j'ai été séduit au premier coup d'oeil.

Puis les jours ont passé et j'ai commencé à changer d'avis. Malgré l'originalité de la démarche, j'ai trouvé la LM1 moins personnelle que les HM précédentes. Je savais pertinemment que ce n'était pas le cas car le projet de la LM1 fut clairement défendu en interne par Max. Cependant c'était ma perception car elle m'était apparu au fil des jours comme une montre de synthèse plus que comme une montre à identité propre.

J'y voyais deux types de synthèses, une positive et une qui l'était moins.

La synthèse positive était le point de rencontre entre l'horlogerie traditionnelle (le mouvement), l'horlogerie créative (la position de l'organe réglant) et l'horlogerie innovante (les deux cadrans à affichage indépendant).

La synthèse qui trouvait moins grâce à mes yeux était ce cocktail d'ingrédients finalement connus. Le dôme et le balancier côté cadran? Impossible de ne pas penser à Beat Haldimann. Les deux cadrans? L'évocation du chronomètre à résonance de Journe vient à l'esprit. Un cadran pris de façon individuelle me rappellait aussi celui du tourbillon de Peter Speake-Marin. Quand au mouvement, j'avais l'impression, que ce soit dans la découpe des ponts ou dans la police de caractère utilisée d'observer un mouvement d'une montre de poche américaine.

Il fallait donc que je la voie pour pouvoir savoir de quel côté mon coeur allait pencher, celui de l'hommage déroutant et séduisant ou celui du cocktail trop évident pour être réussi.

Et finalement, mon coeur penche vers le côté positif même si je dois avouer que ce ne fut pas aussi simple.

Malgré quelques détails qui ne m'ont pas convaincu, la LM1 dégage un charme irrésistible et c'est bien cela l'essentiel. Quels sont les éléments qui contribuent à cette réussite?
  • Le balancier suspendu apporte beaucoup du fait de sa position et de son diamètre (14mm). Mais très vite, de façon très surprenante, c'est le ballet de la roue d'échappement et de l'ancre, situées entre les deux arches qui soutiennent le balancier qui attire l'oeil. Le balancier a même tendance à s'estomper face aux mouvements de ces deux petites pièces qui sont rarement aussi clairement visibles.
  • La réserve de marche "érectile" est originale même si, soyons clairs, je ne l'ai pas trouvé aussi pratique qu'un affichage traditionnel.
  • Les deux cadrans laqués et légèrement bombés sont superbes et donnent l'impression d'être en porcelaine. Les chiffres y sont parfaitement intégrés.
  • Ils sont apposés sur la platine du mouvement qui avec sa finition en rayons de soleil provoque d'impressionnants effets de lumière. La lunette intérieure n'est pas en reste car selon l'éclairage, elle se transforme en anneau lumineux.
  • Le boîtier, malgré son diamètre (44mm pour une hauteur de 16mm) est très confortable grâce à la forme des cornes qui tombent rapidement pour mieux épouser le poignet.
  • Et puis comment ne pas évoquer le mouvement où tout le talent de Kari Voutilainen s'exprime? Et si finalement c'était cela la plus grande réussite de cette LM1, d'avoir permis au talent de concepteur de Jean-François Mojon et à celui de finisseur de Kari Voutilainen de cohabiter, chacun magnifiant le travail de l'autre? Est-ce utile d'indiquer que le mouvement a une fréquence de 2,5hz? Il suffit de le voir et de considérer le diamètre du balancier pour en déduire qu'il ne pouvait pas en être autrement.
Nous pourrions décrire longuement la LM1 mais finalement un terme peut la résumer. C'est celui de cohérence. Et elle est due au fil conducteur qui unit tous ces éléments: le concept de courbe: courbe des arches qui maintiennent le balancier, courbe des ponts du mouvement, courbe du dôme, courbe des cadrans. Et une fois rassemblés, tel un puzzle, la LM1 apparaît comme un vrai objet horloger en trois dimensions, en volume, ce qui fait la particularité de chaque Machine en provenance de MB&F. Petit détail amusant: lorsque j'observais cette LM1, j'avais le sentiment d'y voir une tête de Hibou Grand Duc. Y-a-t-il un petit clin d'oeil à la JWLRYMACHINE à travers cette LM1?

Dans ce contexte, quels sont les reproches qui peuvent être faits à la LM1? Tout d'abord, la montre a le défaut d'une de ses qualités: l'architecture du mouvement qui positionne l'organe réglant côté cadran. Le mouvement, malgré sa beauté, est quasi inerte et peut créer une frustration à ce niveau. L'absence de balancier donne même une drôle d'impression. Ensuite, le fait que le second cadran soit indépendant du premier est certes séduisant mais finalement assez peu pratique dans l'optique d'une utilisation en tant que second fuseau. Et l'absence d'un indicateur jour&nuit est rédhibitoire. A ce titre, j'aurais imaginé, plutôt qu'un indicateur de réserve de marche, une sorte d'affichage jour&nuit avec un soleil qui se lève. Cela aurait donné un vrai plus fonctionnel à la montre alors que l'indicateur de réserve de marche s'avère inutile ici, la montre devant être remontée tous les jours de toutes les façons (la réserve de marche est de 45 heures). Le second cadran doit donc être plus considéré comme une sorte de chronographe heures&minutes à disposition. Enfin, la position des couronnes n'est pas des plus pratiques (seule celle de droite sert au remontage) mais cela ne nuit pas grandement au plaisir du remontage.

Les reflets du cadran et de la lunette intérieure:

La LM1 n'est donc pas une montre parfaite et c'est tant mieux. La perfection est ennuyeuse. Et les défauts se retirent sur la pointe des pieds face à l'univers envoutant proposé par Max Büsser et ses compagnons de projet. La LM1 n'a pas provoqué en moi des réactions tranchées comme n'importe quelle autre Machine a pu le faire par le passé, elle ne m'a pas dérangé (HM2 Sage Vaughn), elle ne m'a pas balancé un gros coup de poing dans la figure (HM1), elle ne m'a pas fait rire (HM4 Panda), elle ne m'a pas attiré par sa sensualité (Frog) mais elle a diffusé en moi un sentiment d'oeuvre aboutie, réfléchie au charme peut-être moins perceptible de prime abord mais sûrement plus pérenne. Avec la LM1, Max Büsser et son équipe entament un nouveau chapitre dans l'histoire de MB&F qui s'annonce fort prometteur car il est certain que chaque collection permettra d'alimenter la créativité de l'autre.

La version en or gris, plus sage, moins lumineuse:

La LM1 est à ce jour disponible en deux boîtiers, en or rose ou en or gris avec une finition de cadran légèrement différente.

Un grand merci à Charris pour le temps qu'il m'a consacré.

dimanche 16 octobre 2011

François-Paul Journe: Octa UTC

Avec l'Octa UTC, François-Paul Journe souhaite apporter une dimension supplémentaire aux montre affichant les heures d'au moins deux fuseaux différents et qui indiquent aussi le second fuseau horaire auquel elles font référence. Pour faire simple, nous rencontrons deux types de montres qui correspondent à cette description:
  • Les montres dites à heures universelles qui permettent d'avoir une lecture directe du temps sur les 24 fuseaux horaires (voire même plus avec notamment la Vacheron Constantin Patrimony World Timer). Elles se caractérisent par la présence d'un anneau des fuseaux autour du cadran qui permet la lecture instantanée de l'heure pour chaque fuseau
Une montre Heures Universelles, la Patek 5130:


  • Les montres à double fuseau "complexes" qui outre l'affichage de l'heure locale et de l'heure de domicile indiquent, généralement dans un guichet (par exemple la Harry Winston Z5) ou par de nouveau l'anneau des fuseaux (la Lange 1 Timezone) la référence du second fuseau.
Une montre double fuseau permettant l'affichage de la référence du second fuseau, la Lange 1 Timezone:


Vous comprenez donc qu'à travers le descriptif de ces montres, quelque soit le système utilisé, l'écart qui existe entre des villes de deux fuseaux reste immuable. Si vous prenez une Word Timer de Patek, vous aurez par exemple constamment 3 heures d'écart entre Paris et Dubai et 6 heures entre Mexico et Londres.

Or cet écart peut évoluer du fait du passage aux heures d'été. Tout d'abord, tous les pays ne sont pas dans ce système. Ensuite, il existe des pays qui changent d'heure à des dates différentes. Le décalage horaire entre deux villes de fuseaux différents peut fluctuer plusieurs fois dans l'année.

L'objectif de l'Octa UTC est justement de permettre à la fois l'affichage des fuseaux de référence mais également de pouvoir gérer les fluctuations des décalages. L'astuce? Elle est simple finalement. L'Octa UTC donne une "liberté" au second fuseau de référence en lui permettant d'être à +1/0/-1 par rapport à l'écart "classique" avec le fuseau de l'heure de domicile. Les 24 fuseaux ne sont pas affichés à travers un guichet ni un anneau des villes mais par le biais d'une projection du Globe divisée en fuseaux horaires. Afin de facilité la lecture, les fuseaux sont indiqués par succession de couleurs. L'utilisateur doit bien maîtriser la couleur de son fuseau de domicile et celle du fuseau du pays qui l'intéresse car, autant le dire tout de suite, la lisibilité n'est pas le point fort de cette zone de la montre. Retrouver la France dans ce monde coloré de quelques mm de diamètre relève de l'examen ophtalmologique... mais avec de la pratique, on peut s'y habituer. En ce qui me concerne, j'utilise la partie centrale de l'Afrique, de couleur marron, comme repère pour la France. Mais cela surprend beaucoup au départ.

Lorsque nous prenons possession de l'Octa UTC pour la première fois, nous devons initialiser le fuseau de domicile. Grâce à un petit outil, nous actionnons le poussoir à 4h00 pour que le bon fuseau soit aligné. Puis si nous nous déplaçons, nous utilisons la couronne en position 1 pour que le fuseau où nous nous rendons soit positionné en face du zéro: l'aiguille en or affiche donc automatiquement le temps local par le biais d'un cadran 24 heures (attention à bien lire les chiffres correspondant à cette aiguille et non pas les chiffres principaux).

Imaginons maintenant que vous habitez Paris, que vous voyagez à Tokyo mais que la France soit passée à l'heure d'été (elle avance d'une heure) alors que le Japon ne l'a pas fait. Si vous positionnez le Japon sur "0", vous êtes dans la situation "normale". Or du fait du passage, vous devez positionner le fuseau du Japon sur +1 car le décalage horaire s'est réduit. Ainsi, vous aurez bien les 7 heures d'écart entre les deux pays. Imaginons qu'une semaine plus tard, le Japon passe également à l'heure d'été: vous remettez le Japon sur "0" et l'écart repasse à 8 heures.

Changeons de sens. Vous habitez Tokyo et vous vous rendez à Paris. Même situation, la France passe à l'heure d'été mais le Japon ne bouge pas. Vous positionnez le fuseau de la France sur -1 et vous aurez les 7 heures d'écart au lieu des 8.

En fait, la montre s'adresse avant tout à des personnes ayant une parfaite connaissance des pratiques horaires du pays visité. Car si vous ne savez pas si le pays passe à l'heure d'été et le cas échéant, quand il le fait, vous ne pourrez pas ajuster le fuseau. L'Octa UTC ne gère pas évidemment automatiquement cette problématique mais elle vous donne la possibilité de le faire.

François-Paul Journe a utilisé l'organisation traditionnelle des cadrans Octa pour insérer cette complication: le cadran horaire décentré libère ainsi un espace pour l'affichage du système des fuseaux tout en maintenant la date et l'indicateur de la réserve de marche. Fidèle à ses principes, la complication est logée dans le même espace afin de préserver la finesse du boîtier. Le mouvement 1300 servant de base, l'Octa UTC présente le même rendu visuel en la retournant que d'autres Octa. Nous retrouvons en toute logique les performances traditionnelles du 1300 avec une fréquence de 3hz et une réserve de marche de 5 jours. La finition du mouvement est elle aussi conforme à nos attentes et réalisée avec soin.



L'originalité réside dans les détails du cadran que ce soit par le biais de la représentation du Globe utilisant une projection de Peirce Quincuncial (l'hémisphère nord est situé au centre alors que l'hémisphère sud est réparti à la périphérie) ou de l'aiguille en or du second fuseau et de sa graduation associée.

Comme toute Octa, l'UTC se porte avec grand confort car épousant parfaitement le poignet que ce soit dans sa version 38 ou 40mm. Le boîtier est disponible soit en platine soit en or rouge.

Innovante, réinterprétant la complication de l'affichage des deux fuseaux avec le standard de qualité Journe, l'Octa UTC a tout pour séduire. Cependant, il y a un signe qui ne trompe pas: j'ai commencé l'article en décrivant longuement la complication. Car si elle est astucieuse, elle nécessite une certaine gymnastique intellectuelle car le positionnement du second fuseau en +1/0/-1 se fait en fonction de plusieurs paramètres: heures d'été ou pas, second fuseau situé à l'est ou à l'ouest du fuseau de référence. Compte tenu de sa complexité, il y a finalement plusieurs cas de figure. Soit le client finit par ne plus se préoccuper de l'heure d'été et il conserve le second fuseau sur zéro. La montre fonctionne comme une Dual Time à écarts constants. Soit il gère vraiment le changement d'heure mais il ne le fera que sur son second fuseau de préférence car la lisibilité du globe permet difficilement de jongler entre différentes zones. Soit il ne rentre pas dans l'esprit de la complication et préfèrera une Octa plus simple proposant un contenu horloger similaire, le cachet d'aspirine en moins.

L'Octa UTC m'a donc provoqué un sentiment mitigé. Je salue l'idée de faire bouger les décalages horaires sur une échelle de deux heures. Je reconnais la qualité du travail et cette faculté à insérer une nouvelle complication dans cet infime espace situé entre le cadran et le 1300. Mais pour profiter de l'intérêt de la complication, il faut à la fois connaître les passages aux heures d'été des pays et également lire sans difficulté la représentation des fuseaux. Ces deux contraintes font qu'une Dual Time simple, sans représentation de la référence du second fuseau, donnera la même liberté à l'utilisateur. Et une montre Heures universelles sera plus lisible. Certes, il n'y aura plus le plaisir d'avoir une complication inhabituelle au poignet. Mais le côté pratique, sur une montre de voyages, est primordial. Quoi qu'il en soit, que nous soyons séduits par la complication ou totalement réfractaire à son fonctionnement, François-Paul Journe aura de nouveau imaginé une montre suscitant le débat.

samedi 15 octobre 2011

Dietrich: Night Blue Silver

Emmanuel Dietrich est un designer qui a exercé son talent dans des domaines très divers comme l'ameublement, le matériel médical, le champagne et plus récemment dans la joaillerie et l'horlogerie. En 2010, il prit la décision de créer sa propre marque de montres. Ses efforts se concrétisent à la rentrée 2011 avec la présentation des premiers modèles de sa collection. Sa ligne directrice est de définir des montres qui sont dédiées à des activités particulières mais partageant en commun un design épuré.

La Night que je vous présente a pour vocation d'être la montre élégante de soirée. En la découvrant, très rapidement deux remarques me viennent à l'esprit:
  • j'ai le sentiment d'évoluer en terrain connu
  • le cadran me semble être l'élément le plus réussi.
Emmanuel Dietrich a choisi une voie que je trouve un peu surprenante. Pour définir sa montre élégante, il est parti d'un mouvement Unitas 6498 qui impose automatiquement plusieurs contraintes qui sont la taille et l'épaisseur du boîtier. De fait, la Night (dans sa version Blue Silver en photos) est une montre relativement imposante avec un diamètre de 42mm et une épaisseur de 10,9mm. Après tout, pourquoi pas, ce n'est pas la première fois que nous voyons une montre de cette taille dans ce créneau. Dans ce cas, cela doit être contre-balancé par une certaine finesse dans l'exécution.

Or la Night ne joue pas vraiment cette partition. Certes, la finition du boîtier est tout à fait correcte et les cornes sont bien dessinées. Certes, la Night peut faire preuve d'une certaine subtilité grâce aux effets de lumière sur le cadran, les aiguilles et les index en or. Certes le contraste entre le registre de la petite seconde au cerclage diamanté et la couleur principale du cadran donne une touche d'originalité. Certes, l'ensemble reste équilibré car les proportions sont respectées. Certes, la Night se porte avec confort et son bracelet est d'une belle qualité. Et pourtant l'ensemble, malgré des détails intéressants, présente une lourdeur visuelle que je trouve peu compatible avec la destination affichée de la Night.

Je pense sincèrement que compte tenu de l'objectif, une montre avec un boîtier plus petit, plus fin équipée par exemple d'un mouvement de type Peseux 7001 aurait été plus appropriée.

En retournant la montre, grâce au fond saphir, nous pouvons observer le mouvement Unitas. Il ne présente aucune particularité dans son traitement si ce n'est sa finition noircie. Nous retrouvons les sempiternelles vis bleues à fente blanche inhérentes à cette catégorie de décoration de l'Unitas. J'en profite pour faire un aparté: il faudra qu'un jour les marques réalisent que ces vis ne sont pas valorisantes (à titre personnel, je les trouve laides) et qu'il vaut mieux une finition discrète plutôt que de tomber dans ce gimmick horloger. Les vis, elles sont bleuies et pas bleues et doivent s'insérer dans un contexte approprié. Si ce n'est pas le cas, l'abstention est la meilleure attitude.

En soi, l'Unitas 6498 ne génère aucun reproche: il est fiable, joli à observer, adapté à la taille du boîtier et d'une diffusion large rassurant sur la pérennité de la montre. Je regrette qu'aucun effort particulier n'ait été fait par exemple au niveau de l'organe réglant: c'est l'Unitas dans sa livrée standard du point de vue technique qui nous est proposé ici.

Et c'est quelque chose qui me chagrine beaucoup. Car le prix de vente, proche de 4.500 euros dans la version à boîtier acier me semble totalement prohibitif compte tenu de ce que la Night propose comme contenu. Un design épuré, sans défaut et quelques bonnes idées ne peuvent suffire à ce niveau de prix. Je comprends tout à fait le problème des jeunes marques qui se lancent dans de petites séries: les prix des pièces détachées sont élevés, bien plus que ce que l'on peut imaginer. Mais hélas, le prix de vente ne se détermine pas par les coûts des pièces et de production. Le prix de vente est déterminé par le marché et le marché dit que dans ce segment de montres à calibre Unitas, à finition égale, distribuées par un détaillant "physique", le prix se situe à la moitié dans la fourchette haute. Et malheureusement, il est difficile d'échapper à une telle équation.

Je pense sincèrement qu'avec du recul, Emmanuel Dietrich étoffera sa collection avec des modèles présentant une meilleure adéquation entre le prix et la perception de la clientèle. Je le souhaite car j'ai trouvé dans cette Night des idées qui mériteront d'être poursuivies avec d'autres vecteurs. Je trouve que le concept de montres adaptées à un moment de vie est intéressant et d'ailleurs, l'autre création d'Emmanuel Dietrich, la Snow, en tire profit.

Je tiens à remercier l'équipe de la Boutique Xavier Pénichot à Paris pour son accueil.

Lange & Söhne: 1815 Automatique

La 1815 Automatique a traversé la collection Lange comme un éclair entre 2004 et 2007. Il s'agit donc d'une montre relativement rare qui sous certains aspects, préfigure ce que sera la nouvelle 1815 à remontage manuel.

L'originalité de cette montre, qui lui donne une place spéciale dans l'histoire de Lange est qu'elle demeure à ce jour la seule 1815 à remontage automatique car étant équipée du mouvement Sax-O-Mat L921.2.

Il faut se replacer dans le contexte de 2004. En cette année, Lange retire du catalogue la Langematik simple reconnaissable à son grand chiffre 12 au sommet du cadran, à ses aiguilles luminescentes et à ses index appliqués. En revanche les Langematik à grande date demeurent. Le rôle de la 1815 Automatique est finalement de remplacer la Langematik simple en proposant un design qui reprend les codes esthétiques plus traditionnels de Lange: index typiques, chemin de fer, chiffres arabes peints, aiguilles en acier bleuie et cadran en argent.

La 1815 Automatique semble peu se différentier de la version à remontage manuel d'alors. Cependant, au premier coup d'oeil, nous pouvons les distinguer sans problème puisque la 1815 Automatique possède un cercle intérieur sur son cadran marquant ses deux principaux niveaux. De plus les inscriptions Sax-O-Mat et Zero Reset sont rajoutées autour de la petite seconde. L'inscription Zeo Reset coupe d'ailleurs le chemin de fer, peut-être qu'il aurait été plus judicieux de ne pas l'indiquer afin de le préserver. Il n'y a cependant rien de choquant puisque cela reste discret.

Le boîtier de la 1815 Automatique a un diamètre de 37mm soit 1,1mm de plus que la 1815 Manuelle. Cet agrandissement de boîtier est tout à fait logique car correspondant à la taille usuelle de boîtier permettant d'accueillir la mouvement L921.2 d'un diamètre de 30,4mm. L'épaisseur du boîtier est de 8,2mm soit 0,7mm de plus que la Manuelle: la 1815 Automatique reste donc extrêmement équilibrée car respectant les proportions.

C'est un vrai plaisir de retourner la montre et d'apprécier la construction du L921.2 avec son rotor 3/4 caractéristique. Sa finition est magnifique avec ce rotor en or alourdi à sa périphérie par un demi-anneau en platine, le soin apporté aux détails, le décor des ponts et les éléments de décoration typiques de la marque. Sa fréquence est de 3hz et sa réserve de marche de 46 heures.

Au poignet, le petit millimètre de différence par rapport à la 1815 Manuelle se ressent car elle fait incontestablement plus grande. Cependant, sa taille contenue lui permet de rester dans l'univers des montres très élégantes alors que la nouvelle 1815 Manuelle, d'une taille de 40mm, est sur un registre plus homogène. A l'usage, le Sax-O-Mat est un mouvement très agréable, à la très bonne capacité de remontage automatique, qui se remonte également très agréablement à la couronne et qui facilite la mise à l'heure de la montre grâce au Zero Reset.

La 1815 Automatique sortira du catalogue Lange en 2007 lors du retrait de l'ensemble de la collection 1815. Lange ressent à ce moment-là la nécessité de rationaliser son entrée de gamme, trop de lignes cohabitant dans le même segment de prix: 1815, Saxonia (qui fut arrêtée l'année précédente), Langematik... cela apportait un message confus.

La nouvelle collection Saxonia, dévoilée en 2007 devient la collection d'entrée de gamme de référence, la 1815 refaisant ensuite son retour en 2009 avec un tout nouveau mouvement à remontage manuel et dans un segment de prix plus élevé. Si la Saxonia de 2007 permet de prolonger l'utilisation du mouvement L921-2, malheureusement ce dernier disparaît du catalogue dans sa version simple sans complication additionnelle en 2011 puisque la Saxonia Automatique est dorénavant équipée d'un mouvement à rotor central afin notamment d'améliorer la réserve de marche. C'est un grand regret pour moi car le L086.1 n'a pas le charme du Sax-O-Mat.

Avec son boîtier (légèrement) élargi et son cadran à trois niveaux, la 1815 Automatique donne quelques petits indices sur ce que sera plus tard la nouvelle 1815 Manuelle. Grâce à sa combinaison unique style 1815 - mouvement Sax-O-Mat, elle représente une originalité dans la collection Lange. Elle constitue donc, avec la Langematik simple, une très belle façon d'acquérir un mouvement Sax-O-Mat à un prix raisonnable, ce dernier demeurant un des plus beaux mouvements automatiques contemporains.

Merci au propriétaire de cette 1815 Automatique en or rose.

dimanche 9 octobre 2011

Van Cleef & Arpels: Complication Poétique De la Terre à la Lune

Au cours du SIHH 2011, Van Cleef & Arpels a présenté au sein de la collection des Complications Poétiques la montre à double affichage rétrograde "Cinq Semaines en Ballon" inspirée par l'univers de Jules Verne. Plusieurs mois après, Van Cleef & Arpels propose de nous élever encore plus pour entamer un voyage vers le satellite de la Terre avec sa nouvelle montre "De la Terre à la Lune".

Ceux qui ont suivi avec attention l'événement "Only Watch" de cette année verront immédiatement que la montre est très proche du modèle unique qui a participé à la vente aux enchères à but caritatif de la fin septembre et dont le résultat fut tout à fait satisfaisant, dépassant l'estimation initiale (215.000 euros versus une fourchette comprise entre 100 et 150.000 euros).

La différence fondamentale entre la montre unique et la montre que je vous présente est que pour la première, la décoration du cadran se prolonge sur la lunette renforçant le contraste entre les couleurs de la Lune et de la Terre.

Je dois avouer que la "Cinq Semaines en Ballon" m'a un peu déçu malgré son double-affichage rétrograde car j'ai trouvé la présentation du ballon trop présente sur le cadran, écrasant par sa couleur et sa taille les autres éléments décoratifs y compris l'ancre et l'oiseau qui servent à indiquer le temps. En revanche, je suis totalement séduit par cette "De la Terre à la Lune" car son cadran est tout simplement somptueux et envoutant.

Du point de vue mécanique, nous nous retrouvons en terrain connu: la montre est équipée exactement du même système d'affichage que la "Cinq Semaines en ballon". La base des deux montres inspirées par Jules Verne est un calibre à remontage manuel, le Jaeger-Lecoultre 846, qui sert à tracter le module d'affichage double-rétrograde développé par Agenhor, la société de Jean-Marc Wiederrecht. La réserve de marche est de 30 heures et la fréquence de 3hz. La taille de la montre (d'un diamètre de 42mm) pourrait justifier l'emploi d'un mouvement peut-être plus adapté qui permettrait d'allonger la réserve de marche même si 30 heures suffisent pour un remontage quotidien. Cependant cela aurait un impact sur la hauteur du boîtier. En effet, le module est placé à côté du JLC 846 grâce à la largeur mesurée de ce dernier. Un mouvement plus grand obligerait à placer le module au-dessus et donc à épaissir le boîtier.

Revenons sur le cadran. La petite fusée sert à indiquer les minutes tandis que l'étoile filante indique les heures. Ce choix peut surprendre, la fusée se déplaçant plus vite que l'étoile. Mais à la réflexion, il est logique: la fusée symbolise le déplacement continu tandis que le contraste entre le déplacement très lent et le mouvement brusque et rétrograde de l'indicateur des heures rappelle le côté soudain de l'étoile filante. J'en profite pour apporter une précision: les heures ne sont pas sautantes, l'étoile elle-aussi se déplace de façon continue, sauf évidemment lors du retour "à zéro". Nous pourrions également remarquer que la fusée se déplace de la Lune vers la Terre au fil des minutes contrairement au titre du roman de Jules Verne. Mais le mouvement rétrograde la réexpédie instantanément vers l'astre à la soixantième minute.

En fait, tout le charme de la montre réside dans la parfaite harmonie entre les deux éléments mobiles et le décor merveilleux qui leur est consacré. Une des techniques utilisées pour créer le cadran est celle de l'émail champlevé qui consiste à placer la poudre d'émail dans les cavités creusées dans le support. Le résultat ainsi obtenu est plus précis. Van Cleef & Arpels a également apposé de fines bordures métalliques pour souligner les contours.

Le cadran est réalisé en marqueterie de jade noire et d'agate orange. Vous noterez les très beaux effets de relief et l'originalité apportée par les météorites autour de la Lune. J'ai vraiment trouvé le résultat saisissant et ce ciel étoilé m'a semblé bien plus passionnant à observer que le ciel nuageux de la "Cinq Semaines en Ballon".

La "Cinq Semaines en Ballon":

Le boîtier en or gris est disponible avec ou sans sertissage de diamants ronds ou baguettes. Je considère sa taille comme idéale. Les 42mm permettent de donner plus de place aux artisans pour qu'ils s'expriment et d'accentuer les effets de volume. Sa forme est très classique, sans surprise. On pourrait regretter qu'il ne soit pas plus audacieux mais je pense que la volonté est avant tout de mettre en avant le spectacle offert par le cadran. La couronne est ornée d'un cabochon d'agate. Le fond du boîtier est plein ce qui est une bonne chose compte tenu de la forme et de la taille du JLC 846. Cela permet par la même occasion de découvrir une jolie gravure reprenant les thèmes du cadran. La montre est numérotée laissant donc le mystère sur le nombre total de pièces produites...

Je suis donc sous le charme de cette montre qui s'inscrit dans une démarche de Van Cleef & Arpels plus large qui vise à rendre hommage à ce roman de Jules Verne. La présentation simultanée des quatre cadrans extraordinaires dédiées aux constellations mythiques dans le cabinet "De la Terre à la Lune", de la montre Timeless "De la Terre à la Lune" et de cette nouvelle Complication Poétique prouve bien que ce thème a fortement inspiré la célèbre Maison de la place Vendôme... pour notre plus grand plaisir car le résultat combine avec bonheur originalité, poésie et maîtrise des métiers d'arts.

Un grand merci à l'équipe Van Cleef & Arpels de la Boutique "Le Temps Poétique" de la Place Vendôme.

samedi 8 octobre 2011

Corum: Grand Précis

La Grand Précis est une montre qui surprend lorsque nous la comparons avec les autres modèles composant la collection actuelle. Mais c'est oublier que Corum s'était distingué en 1957, deux années seulement après la création de la marque, par la présentation d'une pièce classique qui constitue la version d'origine de cette montre.

Corum profite à la fois de la vague néo-rétro et de la volonté de puiser son inspiration dans sa riche histoire pour dévoiler la nouvelle Grand Précis "cuvée 2011" dans le cadre d'une série limitée de 150 pièces (100 en or rose, 50 en or gris) basée sur le même mouvement. Cette démarche a été rendue possible grâce à un stock de 175 mouvements Anton Schild 1130 que Corum avait conservé: 150 sont donc utilisés pour la fabrication des montres, 25 restent à disposition pour les pièces détachées.

Je ne vais pas vous raconter qu'il s'agit du mouvement à remontage manuel le plus extraordinaire ni le plus exclusif. Il s'agit d'un mouvement répandu qui fut utilisé par de nombreuses marques. Dans le contexte de la Corum, il est utilisé dans sa version Incabloc. Il est très agréable à regarder grâce au côté très géométrique des ponts, notamment celui de la roue de centre qui traverse l'intégralité du mouvement. La taille de son balancier est relativement importante ce qui me plaît. L'Anton Schild 1130, qui porte ici la référence CO162 a une fréquence basse de 2,5hz et une réserve de marche de 38 heures qui peut sembler courte selon les standards actuels mais évidemment suffisante pour une montre qui se remonte quotidiennement. L'accent est de toutes les façons porté sur la régularité de fonctionnement. Corum a eu l'excellente idée de décorer le mouvement de façon très sobre afin de préserver l'état d'esprit de la montre d'origine et de rester en cohérence avec ses origines. Un côté plus démonstratif aurait semblé hors de propos.

La Grand Précis d'aujourd'hui a conservé tous les traits de design de la montre initiale. Cependant, une concession a été faite pour la rendre plus actuelle: le boîtier a été élargi de 2,5mm pour atteindre dorénavant un diamètre de 38,5mm. Le cadran est à la fois simple et raffiné: les index et la clé Corum appliqués apportent un petit relief et se combinent parfaitement avec les aiguilles Dauphine. Les deux traits horizontaux et verticaux en coupant le cadran en 4 parties le rendent moins monotone. A noter que les deux aiguilles comportent une très discrète ligne de Superluminova. Sa présence ne nuit absolument pas à l'élégance de l'ensemble.

Les cornes du boîtier sont longues et contribuent à donner un caractère un peu plus affirmé à la Grand Précis. Du fait du positionnement du bracelet, la montre fait plus grande qu'elle n'est au poignet, cette sensation étant renforcée par la finesse de la lunette. Il est intéressant de remarquer que la clé Corum attire facilement le regard lorsque la montre est portée: je considère ce logo appliqué comme un des plus réussis du marché. Nous pourrions regretter la taille du nom "Corum" sur le cadran. Cet aspect ne m'a nullement dérangé, j'ai trouvé au contraire que cela le "meublait".

Quel est donc mon sentiment sur cette Corum? Je n'avais pas pu la voir lors de la foire de Bâle et je dois avouer que j'étais depuis très pressé de la découvrir car en photos, la Grand Précis me séduisait beaucoup. Je dois avouer que je ne fus pas déçu: c'est une montre qui dégage beaucoup de charme, et, c'est un peu paradoxal, en reprenant tous les codes de la montre d'origine, elle présente une certaine originalité dans le concert des montres 3 aiguilles en or actuelles (traits se croisant, la forme des cornes, le Superluminova sur les aiguilles). Le mouvement est en-deçà du standard d'exclusivité d'une montre d'une Manufacture classique à prix équivalent, c'est une évidence. Cependant l'AS 1130 remplit parfaitement son office, il est à la fois joli à regarder et son remontage est très agréable. De ce point de vue, il n'est pas critiquable. Et puis, à titre personnel, j'ai toujours une attirance pour les montres à basse fréquence.

Je considère donc que Corum a revisité cette montre avec réussite en évitant de tomber dans les pièges de la décoration "sapin de Noël", en maîtrisant sa démarche et en respectant l'esprit de la montre d'origine. Il est amusant de constater que telle qu'elle est, emprunte d'un classicisme sans faille et d'un grand raffinement, elle se positionne en tant qu'ovni dans la collection Corum. C'est une montre qui s'adresse avant tout à une clientèle désireuse de s'orienter vers une pièce élégante en provenance d'une marque moins "évidente" que les traditionnels acteurs du secteur. L'amateur de son côté préférera toujours la montre d'origine ou une montre contemporaine à la Grand Précis de 1957 pour profiter de l'AS 1130.

Un grand merci aux équipes de la Boutique Dubail Place Vendôme à Paris et de Corum France.