mercredi 31 août 2011

Hublot: Classic Fusion Silverstone

Une des forces de Hublot est de proposer ses collections avec des diamètres de boîtier différents permettant ainsi à tous les poignets de trouver la montre leur correspondant au mieux. Dans ce cadre, la ligne Classic Fusion est disponible en 38, 42 et 45mm.

La Classic Fusion est une collection d'importance chez Hublot car, sans renoncer au style propre de la maison, elle évolue dans un territoire plus élégant et moins radical que celui des Big-Bang. S'agissant d'une montre à 3 aiguilles, elle constitue dans ses versions les plus simples à boîtier acier le ticket d'entrée dans l'univers Hublot. Elle est aussi une sorte de trait d'union entre le Hublot de Carlo Crocco et celui de Jean-Claude Bivert. Le travail sur le boîtier n'est pas inintéressant, la Classic Fusion est une montre relativement élancée et le mariage entre le côté formel et la touche "sportive" est plutôt réussi tout comme l'alternance entre parties polies et satinées.

Je souhaitais vous présenter cette Classic Fusion Silverstone 45mm de diamètre car elle comporte une petite caractéristique qui souligne le souci du détail chez Hublot. Il ne s'agit pas d'une performance technique qui va bouleverser l'univers de l'horlogerie mais elle mérite d'être mise en avant.

Quelque soit le diamètre, la Classic Fusion automatique utilise le même mouvement, le Sellita SW300 qui est en fait un clone de l'ETA 2892. Ce choix montre le souci d'indépendance de Hublot par rapport au Swatch Group. Utiliser le même mouvement dans un boîtier de 38mm ou de 45mm n'est pas sans conséquence: si le guichet de date est bien positionné dans la version 38mm, sans modification du mouvement, il aurait semblé trop éloigné de la lunette avec la version 45mm.

C'est la raison pour laquelle Hublot a revu le SW300 en lui ajoutant un module de date maison afin que la Classic Fusion de taille XL présente un rendu visuel similaire à celui des tailles inférieures. C'est un détail certes mais combien de marques proposent des calibres de taille similaire dans des boîtiers élargis sans ce type de changement? Le résultat côté cadran est souvent déplorable car le fait que le calibre nage dans le boîtier saute aux yeux.

C'est évidemment le cas aussi avec cette Classic Fusion Silverstone mais au moins, cela n'apparaît pas côté cadran. On peut alors se demander si le fond saphir était vraiment indispensable: le mouvement reste un Sellita et n'est pas pas d'une beauté éblouissante. Un fond plein, surtout avec cet Or rouge 5N m'aurait semblé plus approprié. Mais comme toujours, les contraintes commerciales font que mouvement doit être visible même s'il ne présente aucun intérêt particulier.

Sans aucun doute, la partie la plus réussie est le cadran: le gris Silverstone "soleil" crée de jolis reflets lumineux et il se marie parfaitement avec le boîtier en Or rouge. L'autre atout est le confort de la montre, une constante chez Hublot.

Le prix est en revanche totalement prohibitif (+ de 16.000 euros de mémoire) pour une montre, certes au boîtier imposant en or mais qui embarque un mouvement loin d'être exclusif pour ne pas dire courant. Or dans ce segment de prix, on accède à des marques présentant un autre contenu horloger. Mais est-ce vraiment un sujet de préoccupation pour la clientèle visée par Hublot à travers cette Classic Fusion? Je ne le pense pas et c'est pour cela que la fixation du prix a été subtilement dosée...

Merci à l'équipe de la Boutique Hall of Time à Bruxelles.

lundi 22 août 2011

IWC: Portofino Remontage Manuel 8 jours

Cela a pris un peu de temps mais IWC a compris qu'il fallait restructurer la collection Portofino et surtout lui redonner une nouvelle ambition. L'entrée de gamme, c'est toujours un sujet sensible car il permet aux amateurs de découvrir une marque et en cas de satisfaction, d'évoluer vers des modèles plus onéreux. La marge d'erreur est réduite.

Mais pour séduire cette cliente de plus en plus difficile à capter du fait de l'offre pléthorique dans ce segment, il faut arriver à créer des produits différenciant par rapport à la concurrence. Et c'est ainsi qu'au cours du SIHH 2011, IWC a présenté sa nouvelle collection Portofino composée de 3 modèles:
  • une montre trois aiguilles
  • un chronographe
  • et une montre à remontage manuel à 8 jours de réserve de marche.
Une quatrième fut présentée, à double fuseaux horaires, mais sa livraison a été repoussée à une date ultérieure.

Sans aucun doute, du fait du travail de design effectué sur ces 3 montres, le dépoussiérage est réussi même si les petits poignets regretteront que la montre la plus petite, la trois aiguilles, atteigne les 40mm de diamètre.

Du point de vue horloger, la Portofino 8 jours se situe bien au-dessus du lot car utilisant, contrairement aux deux autres, un mouvement maison. Mais elle est également plus aboutie du point de vue esthétique car proposant une présentation de cadran originale chez IWC alors que le reste de la collection est beaucoup plus dans le conformisme.

Le grand atout de cette montre est de conserver un certain équilibre malgré une taille de boîtier importante (45mm). Le mouvement, le 59210, a été défini spécifiquement pour cette Portofino si bien que les différentes indications sur le cadran (trotteuse, date, indicateur de réserve de marche) se répartissent bien. Rarement on voit une date sur une montre de 45mm effleurer la lunette ou une petite seconde si bien placée.

C'est l'indicateur de réserve de marche qui donne la touche d'originalité et qui justifie la taille du boîtier: la montre aurait quand même semblé inutilement imposante sans. Avec sa forme en arc de cercle, il est à la fois discret et dynamique. La finition du cadran noir est simple et propre, les index et chiffres apportant un léger relief bienvenu. Dommage que le cadran ardoise, plus subtil, ne soit réservé qu'au boîtier en or rose. Les boîtiers acier sont disponibles avec deux versions de cadran, noir ou argenté. Comme de coutume, la version "sombre" semble plus petite que la version "claire" et c'est une des raisons qui me font préférer le cadran noir: avec un diamètre de 45mm, il vaut mieux éviter tout ce qui amplifie le sentiment de taille.

Le mouvement 59210, d'une fréquence de 4hz, à barillet unique malgré sa réserve de marche de 8 jours, n'est pas d'une beauté fracassante. Malgré des découpes de ponts en courbes et en arches, il est d'un aspect plutôt austère car dévoilant peu d'éléments. Le bon point est que les côtes de Genève verticales se prolongent bien. En revanche, le balancier fait tout petit dans son coin et le rubis au dessus du barillet semble s'être égaré. Il faut dire que le diamètre du barillet doit bien représenter 40% du diamètre du mouvement. D'un autre côté, le 59210 a la grande vertu d'être conçu spécifiquement pour la montre et cela se voit: il occupe généreusement le boîtier ce qui est très appréciable. A noter l'utilisation d'un spiral Breguet et la présence d'un stop-seconde.

Le remontage est tout à fait correct pour une montre à gros barillet ( contrairement à la Portofino Phases de lune de la collection Vintage, la couronne est ici agréable à manipuler). Malgré la longue réserve de marche, il est conseillé d'effectuer la manipulation tous les jours. Même si IWC a limité la réserve de marche à 8 jours pour préserver la précision (la montre pourrait tourner pendant 9 jours), je ne sais pas si nous pouvons nous attendre à des performances satisfaisantes au bout de 4 ou 5 jours de marche sans remontage.

La Portofino est surprenante au poignet: grâce à la forme des cornes, elle reste tout à fait portable. C'est une montre à la belle présence mais qui ne sombre pas dans le ridicule. Son épaisseur de 12mm est idéale pour une telle taille de boîtier et renforce le sentiment d'équilibre. De ce point de vue là, IWC a fait mouche: pour ceux qui recherchent une montre à la fois imposante mais qui sait rester élégante, la Portofino 8 jours est tout à fait crédible.

Enfin, cette Portofino me donne l'occasion de parler d'un élément que j'évoque rarement: le bracelet Alligator. Ce dernier est fabriqué par Santoni et son aspect patiné casse le côté légèrement froid de la montre. Une très bonne initiative en l'occurrence!

Cette Portofino 8 jours n'est pas parfaite, j'aurais ainsi préféré un peu plus d'initiative dans la présentation du mouvement à l'aspect un peu trop "industriel". Elle réussit cependant à rester équilibrée et raffinée malgré son gabarit: c'est sans conteste la Portofino la plus intéressante que j'ai eu l'opportunité de voir depuis bien longtemps.

Merci à l'équipe de la boutique Hall of Time à Bruxelles.

samedi 20 août 2011

RGM: Pennsylvania Tourbillon

La démarche de Roland Murphy, dont les initiales composent le nom de sa marque, est fort respectable. A travers RGM, il souhaite produire des montres américaines de qualité pour rendre hommage au rôle majeur qu'ont joué les Etats-Unis dans le développement de l'industrie horlogère. Les Etats-Unis furent une place forte de l'horlogerie que ce soit pour les volumes de production ou pour la qualité des pièces. Il ne reste pratiquement plus rien de ce glorieux passé et ce ne sont pas les pseudo marques américaines d'aujourd'hui telle Hamilton et Waltham, au Swiss Made généreusement attribué, qui vont entretenir cette flamme.

Il faut au contraire des projets personnels comme ceux de Roland Murphy ou de Scott Devon pour redonner une certaine crédibilité à l'horlogerie américaine. Si Scott Devon nous propose une vision très californienne de son produit avec une communication très axée sur les belles poupées, les gros cubes et l'originalité du produit, nous rentrons dans une dimension totalement opposée avec Roland Murphy.

La Manufacture RGM est basée dans la petite ville de Mount Joy, en Pennsylvanie, un des 13 états fondateurs. Cette localisation n'est pas le fruit du hasard. Mount Joy est situé dans le comté de Lancaster, le comté historique d'Hamilton dans lequel fut produite la toute dernière montre de la marque sur le sol américain à la fin des années 60. Roland Murphy veut nous faire passer le message d'un retour aux sources, aux fondamentaux. J'ai presque envie de dire que c'est une certaine vision de l'Amérique, un patriotisme qu'il exprime à travers ses créations horlogères.

Au fil du temps, et c'est une des grandes fiertés de Roland Murphy, il a pu réintégrer au sein de la Manufacture la production d'un certain nombre de pièces, de boîtiers qui étaient sous-traités auparavant en Europe.

Mais tant que les différents modèles RGM continuaient à être équipés de bases ETA, un sentiment d'inachevé demeurait dans son esprit. Et c'est ainsi qu'est née la collection American Made qui a pour but de présenter des montres utilisant des mouvements conçus et produits aux Etats-Unis.

La collection est actuellement composée de 3 types de mouvements:
  • la reprise d'anciens mouvements Hamilton (921,923 ou 945) retravaillés et emboîtés dans la RGM222 au diamètre de 41mm.
  • le mouvement maison 801
  • et le tout premier Tourbillon américain de série construit à partir du 801.
Mais revenons quelques instants sur le 801. Lors de sa présentation en 2008, nombreux furent ceux ont douté de la provenance maison de ce mouvement compte tenu de sa similitude avec l'Unitas. C'est un débat similaire qui fut ouvert avec le 98290 d'IWC. Mais j'ai envie de dire: mêmes causes, mêmes effets.

Inspirés par d'anciens calibres américains, le 801 est la réinterprétation actuelle de ces très classiques mouvements. Ce mouvement de 16 lignes a une fréquence de 2,5hz. La quasi totalité de ses composants est fabriquée aux Etats-Unis, le balancier, le spiral et les rubis étant en revanche sous-traités en Suisse.

Le calibre 801:

Son aspect traditionnel et les choix techniques et esthétiques faits par Roland Murphy lui confèrent finalement une certaine originalité dans les détails lorsqu'on le compare avec un mouvement à remontage manuel contemporain:
  • le rochet et la roue de couronne ont des dentures en dents de loup
  • le cliquet a 7 dents
  • la forme des ponts est superbe, notamment celle du pont de la roue de centre
L'organe réglant ne présente en revanche pas d'originalité particulière et peut-être que c'est un regret dans ce contexte. On peut égaler disserter sur la nécessité ou pas de l'incabloc, je trouve qu'il "jure un peu" visuellement compte tenu de la présentation d'ensemble du mouvement.

Le 801 est pour moi un très bel hommage aux anciens beaux mouvements américains. Mais avec la Pennsylvania Tourbillon, Roland Murphy a voulu franchir une étape supplémentaire en concrétisant ce qu'aucune marque américaine n'avait réalisé auparavant: une montre Tourbillon fabriquée en série. Pour marquer cet événement, une sorte de sceau est apposé sur le mouvement: un T comme Tourbillon dans une clé de voute, la Pennsylvanie étant surnommée "the Keystone State".

La filiation du mouvement est directe avec le 801 même si, évidemment, son architecture a été revue. Le grand pont de la roue de centre a été remplacé par un pont tout en courbes et en harmonie avec les deux autres ponts. Le passage de la roue de centre au-dessus du rochet, la hauteur des ponts donnent un très joli effet de volume que la qualité de la finition, irréprochable ne fait que renforcer.

Le cadran est lui aussi tout en relief grâce au pont du Tourbillon, l'affichage du temps surélevé, les roues visibles et le contraste entre le guillochage et les plaques vissées. Sa décoration est en cohérence avec celle du mouvement, tout en classicisme avec un soupçon de baroque. Roland Murphy a réussi son dosage évitant de basculer dans le rococo.

La cage du Tourbillon effectue une rotation par minute. Même si je trouve que le pont cache un peu la vue, ce Tourbillon est très agréable à observer. Ce n'est pas le plus léger, le plus fin, le plus complexe du marché mais il s'adapte avec bonheur au contexte de la montre. Il équilibre de plus le cadran en formant un axe horizontal avec l'affichage du temps.

La Pennsylvania Tourbillon utilise un boîtier de 43,5mm de diamètre et de 13,5mm d'épaisseur. Cette hauteur de boîtier est une bonne nouvelle, on pouvait craindre du fait de la présentation du mouvement et du cadran rende la montre trop volumineuse. Roland Murphy nous a réservé une petite surprise avec une fenêtre située dans la carrure qui permet d'observer toute la verticalité du Tourbillon.

L'autre bonne surprise est que le boîtier est disponible en acier (et en or) permettant de maîtriser le prix de vente. Lors de sa présentation, le prix affiché était de 75.000 USD ce qui était fort raisonnable pour une montre Tourbillon de petite série et d'une excellente qualité d'exécution.

Roland Murphy est donc en train de gagner son pari: à travers sa collection American Made et cette Pennsylvania Tourbillon, il redonne des lettres de noblesse à l'horlogerie américaine. Certes, ce n'est qu'une petite goutte d'eau dans un océan mais l'accueil favorable des collectionneurs et le capital sympathie qu'il génère montrent que son projet est suivi avec beaucoup d'intérêt de la part de la communauté horlogère.

Je tiens à remercier chaleureusement Roland Murphy pour son accueil au cours du GTE 2011.

jeudi 18 août 2011

Gérald Charles: Tourbillon Maestro Carrée (homme à Gérald Genta)

C'est avec beaucoup de tristesse que j'ai appris le décès de Gérald Genta. Pour lui rendre un modeste hommage, j'ai souhaité vous présenter une montre qui porte sa signature... au sens premier de l'expression, moins connue que ces célèbres créations et symbolisant tout autant son talent.

Gérald Charles (les deux prénoms de Gérald Genta) est la marque qu'il a créé en 2001 après avoir vendu sa société éponyme en 1998. Car Gérald Genta, c'était cela également, une sacrée énergie, un esprit entrepreneurial, un sens profond des affaires... car il fallait de la volonté pour se lancer dans une nouvelle aventure à 70 ans.

5 ans après le lancement de Gérald Charles, Gérald Genta présentait la Tourbillon Maestro Carrée dont l'objectif était de proposer une montre squelette d'un style nouveau mettant en valeur la construction du mouvement et le ballet de l'organe réglant.

Lorsque nous examinons cette Tourbillon Maestro Carrée, elle nous semble de prime abord fort différente des montres icônes que Gérald Genta a pu créer tout le long de sa carrière. C'est un peu le paradoxe mais il est plus connu pour des montres simples à deux ou trois aiguilles dessinées pour d'autres marques (Royal Oak, Nautilus, Constellation etc...) que pour le travail réalisé pour son propre compte. Car Gérald Genta aimait les complications et tout particulièrement les Tourbillons et les Sonneries. Ce n'est pas un hasard si la Grande Sonnerie de 1994 fut un temps la montre bracelet la plus compliquée au monde.

On est clairement loin ici de la pureté d'un cadran d'une Nautilus et pourtant très vite les points communs, le style Genta se dévoilent.

Le boîtier de forme très géométrique en est peut-être l'expression la plus évidente. Pratiquement carré (44 sur 42mm) et ici en platine, il possède une épaisseur idéale (12mm) qui permet d'apprécier de beaux effets de volume sur le cadran sans que la montre soit un hamburger. Regardez comme la lunette supérieure reprend la forme du boîtier. Retournez-le et voyez comme la partie inférieure tend à ressembler au fond d'une Royal Oak (forme octogonale, position des vis). La couronne à "clous de Paris" est elle aussi caractéristique de la patte Genta (qui appréciait beaucoup les couronnes à picots permettant une meilleure prise en main) tout comme le travail très stylisé sur les aiguilles Alpha.

Mais le plus beau travail esthétique est incontestablement réalisé ici sur le mouvement. Il s'agit d'un mouvement Tourbillon volant BNB1000, d'une réserve de marche de 5 jours (mais à unique barillet) , d'une fréquence de 3hz et au balancier à masselottes. Un système spécial, le planétaire sphérique, a été développé pour accélérer la vitesse du remontage manuel.

Il est difficile de réaliser une montre squelette qui adopte un style contemporain. Gérald Genta y était arrivé avec cette Tourbillon Maestro Carrée en conciliant profondeur, mise en valeur des détails du mouvement et lisibilité. 2 mots me viennent à l'esprit quand j'examine ce mouvement: contraste et légèreté.

En fait, il ne s'agit pas d'un mouvement squelette traditionnel. Cette montre évoque plutôt la RM012 dans sa conception. La platine est ici bien visible et sa la couleur sombre a pour but d'apporter le contraste avec tous les parties mécaniques du mouvement qui vont se détacher de l'ensemble. La "construction tubulaire" du BNB1000 donne ce sentiment de légèreté, les pièces semblant être suspendues et reliées par de très fins ponts en acier trempé poli. Le résultat est une réussite car créant une sorte d'opposition entre le côté plutôt rigide du boîtier et la présentation très délicate du mouvement. Bien évidemment, le Tourbillon volant accentue ce sentiment du fait de sa révolution parfaitement visible et de sa situation au premier plan. Le pont du Tourbillon est majestueux traversant horizontalement l'intégralité du mouvement et dont la ligne droite fait face à l'entrelacs de ponts autour du barillet. L'indicateur de réserve de marche est situé à l'arrière de montre et est fort utile compte tenu de sa durée (5 jours).

Grâce à la présence d'une platine pleine et à la taille des aiguilles, la Tourbillon Maestro Carrée est très lisible pour une montre de ce type y compris lorsqu'elle est au poignet: aucun poil n'est visible ce qui est un vrai soulagement. La montre est imposante car sa forme accentue la taille perçue. Mais ce n'est pas un regret: cela laisse de la place pour laisser le Tourbillon "respirer" et pour profiter des détails de la finition, excellente, du mouvement.

La Tourbillon Maestro Carrée possède une dimension iconoclaste du fait de son originalité tant esthétique que mécanique mais pourtant elle diffuse une sorte de classicisme dû au style Genta qui sert de lien avec 50 ans de création horlogère.

Retournons une dernière fois la montre et nous découvrons la longue signature de Gérald Genta dans un des angles du boîtier: sa carrière lui permettait d'être un des rares à pouvoir signer ainsi une de ses montres. Mais sa plus belle signature reste finalement son talent, unique, inimitable (et pourtant maintes fois copié!) et dont l'expression va longtemps perdurer dans le coeur des amateurs d'horlogerie.

Un grand merci à la boutique Montres Prestige à Genève.

mardi 16 août 2011

Cartier: Calibre Automatique Or Rose

La présentation de la montre Calibre lors du SIHH 2010 fut un événement majeur car symbolisant la nouvelle ambition de Cartier. Cartier, si on y réfléchit bien, a une image un peu paradoxale. Auprès des amateurs, elle est rarement citée comme acteur de référence du marché. Pourtant, son histoire, ses chiffres de vente, la présence dans la collection de modèles phare font de Cartier une des plus célèbres marques dans le monde entier et un poids lourd dans le monde horloger.

L'objectif de la montre Calibre, puis de la collection qui a suivi, est de concilier ces deux facettes en répondant aux attentes d'un large public tout en proposant un contenu horloger ayant matière à satisfaire les connaisseurs. Pour cela, il a fallu passer par la recette magique qui consistait à équiper la montre d'un calibre de manufacture qui pourrait être produit de façon fiable à un nombre élevé d'exemplaires. Nous le savons tous, il est extrêmement difficile de concevoir un nouveau mouvement de grande série fonctionnant avec précision et pérennité, les exemples de débuts délicats ne manquant pas y compris parmi de prestigieuses Manufactures.

Cartier a réussi dans son entreprise en créant le mouvement 1904 MC qui a nécessité plusieurs années de développement. Ce mouvement, d'apparence très classique, comporte de nombreux atouts:
  • le rotor utilisant un système de roulements à bille en céramique
  • l'amélioration de l'efficacité de remontage grâce à un système à cliquet spécifique
  • le stop-seconde en tirant la couronne
  • le système de réglage fin par le biais de la raquetterie en forme de C "Cartier"
  • un double-barillet.
Ce double-barillet n'a pas vraiment l'objectif d'accroître significativement la réserve de marche. Celle-ci est relativement modeste pour un mouvement contemporain: 48 heures. En revanche, il a pour but de rendre constant le plus longtemps possible le couple afin d'optimiser la précision même lorsque la réserve de marche décroit. Une excellente démarche de la part de Cartier au moment où nous voyons sur le marché des mouvements aux réserves de marche accrues et à la précision... aléatoire après 24 heures.

Le mouvement 1904 MC PS (petite seconde) qui équipe la montre que je vous présente a une fréquence de 4hz, une épaisseur très raisonnable pour un calibre automatique (4mm) et un diamètre un poil juste (25,6mm) dans le contexte des boîtiers élargis. Il est correctement fini (côtes de Genève sur le rotor et les ponts, platine perlée) mais il ne gagnera pas le concours de beauté. C'est un mouvement orienté vers l'efficacité et non pas vers l'esthétique. J'aurais par exemple préféré une décoration du rotor différente de celle des ponts afin de lui donner un meilleur contraste. Et pour les versions à boîtiers en métaux précieux, un rotor en or aurait peut être été bienvenu.

Mais un mouvement, aussi efficace soit-il n'est pas suffisant pour assurer le succès d'une montre: il faut avant tout qu'elle plaise pour son style, son design. Et dans ce domaine également, Cartier a réussi son coup en dessinant une montre homogène.

On sent bien que cette Calibre répond à un cahier des charges très précis définissant une montre pouvant accompagner son propriétaire dans différentes situations et combinant à la fois élégance et dimension plus sportive.

Deux éléments sont particulièrement aboutis dans la Calibre: le boîtier et le cadran.

Le boîtier est surprenant à bien des égards. Il est relativement imposant (42mm de diamètre et 14mm d'épaisseur) mais il dégage un sentiment de fluidité au poignet. La forme des cornes, la couronne heptagonale, la lunette et la cannelure intérieure contribuant à l'effet de profondeur, l'intégration du bracelet et son confort font de ce boîtier une vraie réussite.

Le cadran emprunte évidemment des éléments traditionnels à Cartier (les chiffres romains, la signature secrète se trouvant ici dans le X au lieu du VII traditionnel, le chemin de fer, le guillochage) mais il dépoussière considérablement le style de la maison. La taille du XII, des index, du secteur de la petite seconde, du guichet de date et des aiguilles glaive donnent un caractère très masculin à la Calibre. Le point intéressant est que ce caractère se fond très bien avec le côté plus classique pour définir ce qui fait le grand atout de la Calibre: sa polyvalence.

Etanche à 30 mètres et d'un gabarit respectable, la Calibre n'est pas aussi raffinée qu'une Rotonde. Elle n'en demeure pas moins relativement élégante faisant plus petite et plus fine qu'elle n'est lorsqu'elle est au poignet.

J'ai donc été très séduit par cette Cartier Calibre. J'aurais certes préféré une décoration du mouvement plus flatteuse et un guichet de date et un protège-couronne plus discrets. Mais la colonne des éléments à mettre au crédit de la Calibre est bien remplie: un mouvement efficace, une esthétique homogène et sans véritable faille, un confort au porté sans oublier un très bon rapport qualité/prix pour la version acier. Cartier n'avait pas le droit d'échouer avec cette montre qui, compte tenu du large public qu'elle vise, est beaucoup plus stratégique que n'importe quelle montre de la collection Haute Horlogerie. La mission est donc remplie, cette Calibre et son mouvement 1904 MC donnant incontestablement une crédibilité à Cartier dans le segment des Manufactures horlogères.

Un grand merci à l'équipe de la boutique Hall of Time à Bruxelles pour son accueil.

lundi 15 août 2011

MAR: Millésime 2008 BT2 Or Jaune

J'ai deux bonnes raisons de vous présenter une montre MAR: une très sérieuse et une plus bucolique.

En relançant la marque MAR en 2008, Philippe Ruedin vise deux principaux objectifs: faire vivre une certaine idée de l'horlogerie et rendre hommage à sa famille, MAR étant l'acronyme de Maurice Albert Ruedin, son arrière grand-père. Mais contrairement à ce que nous pourrions croire, Maurice Albert Ruedin n'était pas un célèbre horloger suisse mais un viticulteur renommé qui au début du XXième siècle a produit un vin mousseux qui fut exporté dans l'Europe entière et même aux Etats-Unis.

Si l'objectif de MAR reste finalement le même qu'il y a un siècle (être actif dans le segment du luxe), la nature du produit proposé de nos jours semble bien éloigné du contenu des précieuses bouteilles originelles: c'est maintenant dans la haute-horlogerie que MAR souhaite trouver sa place. Philippe Ruedin ne voulait cependant pas oublier ce passé et s'en est fortement inspiré pour bâtir sa première collection. Nous abordons ainsi la raison bucolique qui m'a donné envie de vous présenter une de ces montres: elle fourmille de détails qui en font un hommage appuyé à la viticulture. Nous sortons enfin des univers militaires, aéronautiques, marins, automobiles pour explorer une dimension plus champêtre et sûrement plus évocatrice de l'histoire du Jura Suisse.

Toute cette collection baigne ainsi dans cette ambiance:
  • elle porte le nom de Bacchus
  • elle est structurée en millésimes, chaque millésime étant caractérisé par des complications spécifiques
  • l'esthétique des montres de la collection Bacchus est un rappel constant du monde de la vigne: la tranche de la carrure de la montre représente l'oreille de la gerle qui est utilisée pour les vendanges, la lunette ressemble à la partie supérieure d'un tonneau, la couronne s'apparente à un bouche de champagne et les cornes évoquent la traverse de la porte du tonneau
  • des sillons de vigne sont gravés sur le mouvement côté ponts et côté platine et des gouttes de vin forment des index pour le moins originaux.
Chaque millésime possède trois lignes de 7 montres chacune: une ligne technique (MAR BT), une ligne joaillerie (MAR BJ) et une ligne dames (MAR BD). Le nom de la montre est complété par un chiffre signifiant le rang dans la ligne. La montre en photos est issue de la ligne technique du Millésime 2008. Il s'agit en fait de la Bacchus Millésime 2008 BT2 en or jaune.

Comment reconnaissons-nous le millésime? Tout simplement en observant les complications de la montre. Ici, la montre propose un affichage heures-minutes avec une petite seconde à 9 heures et rien de plus: le Millésime 2008, le premier de la collection Bacchus ne propose que des montres simples. Le Millésime 2009 introduit le guichet de date, l'affichage de la réserve de marche ainsi que le chronographe monopoussoir. Le Millésime 2010 est marqué par l'affichage des phases de lune.

Cette BT2 ne comporte pas de cadran afin de dévoiler le mouvement côté platine. A titre personnel, je ne suis pas totalement convaincu par le résultat car le mouvement, certes très bien fini, est relativement classique dans son architecture de ce côté: j'ai plus ressenti l'absence du cadran que la visibilité du mouvement. Je suis en revanche plus séduit par l'esthétique des montres de la ligne BJ qui utilisent un cadran blanc ou noir. Mon souhait serait donc de pouvoir voir des montres de la ligne BT avec un cadran. A noter, quelque soit la ligne, le sertissage d'un diamant sur la platine du mouvement: celui-ci est visible à gauche des sillons supérieurs.

La raison très sérieuse que j'évoquais en début d'article est liée aux mouvements qui équipent les différentes montres de la collection Bacchus: ils sont tous basés sur les calibres ASXP émanant d'ASXP-Engineering, la marque de développement horloger et de support informatique de Philippe Ruedin.

L'intérêt de la marque MAR est de proposer les calibres ASXP dans un cadre plus simple que chez d'autres clients: dans le contexte de MAR, ils sont proches du mouvement "de base" ce qui met en valeur la qualité initiale de leur conception et leur très belle architecture.

Car en retournant la BT2, nous pouvons observer l'ASXP 1350 (exclusif à MAR) qui confère une autre originalité à la montre: il s'agit d'un mouvement à micro-rotor qui se caractérise par un pont de barillet traversant, un rotor très particulier dont la forme a pour but d'améliorer l'efficacité du remontage, une basse fréquence (2,5hz), une inertie importante au niveau du balancier et une réserve de marche de 52 heures.

Incontestablement, l'ASXP 1350 est à la fois très particulier dans sa présentation mais également très bien fini: nous retrouvons les sillons de vigne qui rappellent la décoration côté platine et les différents ponts, proprement exécutés donnent un beau sentiment de volume.

Cette BT2 donne une très bonne idée du potentiel d'ASXP qui conçoit des mouvements innovants dans leur architecture mais aux performances maîtrisées afin d'être fiables et plus facilement réparables en cas de problème. ASXP, c'est un concept horloger qui ressemble à celui du progiciel en informatique. Les calibres de base peuvent répondre aux besoins spécifiques de clients aussi différents dans leurs exigences que MCT, Hautlence ou Ladoire. Cette capacité d'évolution rend donc très séduisant le catalogue ASXP qui est disponible par le biais de Swiss Time Mechanic, manufacture dont le but est justement d'adapter ces calibres ASXP aux contenus des cahiers de charges des marques recherchant des calibres exclusifs.

A travers la présentation de la MAR BT2, j'ai souhaité donner un coup de projecteur à la fois sur le projet personnel de Philippe Ruedin (associé à Xavier Michel pour le travail esthétique) mais également sur l'offre ASXP. Le calibre ASXP n'est certes pas dans le contexte de MAR transformé comme il peut l'être pour Ladoire ou un autre. C'est la raison pour laquelle la BT2 est intéressante à analyser car elle donne une très bonne idée de la qualité d'un mouvement de base ASXP avant tout travail d'évolution.

Pour en revenir plus spécifiquement à MAR, je regrette que la ligne technique ne soit pas disponible avec des cadrans pleins. J'espère que cela sera possible à l'avenir car je persiste à penser que visuellement, l'ASXP 1350 est bien plus beau à observer côté ponts que côté platine.

Un grand merci à Philippe Ruedin et à Edouard Vincent (STM) pour leur accueil au cours du GTE 2011.

mardi 9 août 2011

MB&F: HM2-Black et Red SV

J'ai déjà présenté différentes déclinaisons de la HM2 mais j'avais envie de revenir sur les deux versions qui ont constitué de très belle façon le point final de cette Machine: les HM2-Black et Red SV.

La HM2 est ma Machine préférée. La principale raison est esthétique. La HM2 a redéfini la montre rectangulaire "horizontale" et regorge de détails lui donnant beaucoup de charme comme la parfaite intégration des informations sur la face avant, le fonctionnement de la couronne et l'efficacité de sa boucle déployante. On peut certes lui reprocher sa taille considérable (59x38x13mm) mais ce côté imposant fait partie du style de la HM2. La HM2, c'est un subtil mélange entre un côté démesuré et une approche plus rationnelle de l'affichage des informations que la HM1.

Horlogèrement parlant, la HM2 présente un contenu solide avec un module développé par Jean-Marc Wiederrecht combinant heures sautantes, minutes rétrogrades, affichage des phases de lune sur deux hémisphères et quantième rétrograde. Le calibre de base est l'efficace et performant GP3100 que nous retrouverons par la suite sur la HM3.

Je la considère enfin comme la plus pratique au quotidien parmi les 4 Machines avec son affichage du temps entièrement situé à droite de la montre, avec sa complication poétique (affichage des phases de lune sur les deux hémisphères), la présence des quantièmes satisfaisant tous ceux qui ne peuvent se passer de la date.

Il fallait des HM2 d'impact pour tourner cette page importante dans l'histoire de MB&F et ces deux déclinaisons, présentées chacune dans le cadre d'une série limitée de 18 pièces ne déçoivent nullement.

Evidemment, lorsqu'elles furent dévoilées, elles n'ont pas procuré le même sentiment de surprise que la HM2-SV initiale. Malgré cela, comme souvent avec une Machine, de légères modifications peuvent totalement transcender l'esthétique et c'est le cas ici.

Que ce soit la HM2-Black SV (Verre Saphir et Titane avec revêtement PVD noir) ou la HM2-Red SV (Verre Saphir et Or rose), ces deux HM2 fascinent par leur rendu visuel. La partie supérieure des deux Machines en Verre Saphir les allège, découvre leurs entrailles et les rend lumineuses, en total contraste avec la HM2.2 "Black Box". Les HM2-Black et Red SV sont des montres qui de par leur transparence semblent profiter de ce dernier tour de piste pour enfin se dévoiler... Je les considère, par leur côté plus éclairant (le joint entre les parties du boîtier de la HM2-Black SV apparaît comme une sorte de néon), plus apaisé comme les plus belles HM2. Cette Machine qui pour moi a été le symbole de la maturité et de la confirmation de la marque créée par Max Büsser méritait bien une telle sortie!

La HM2-Red SV est la version la plus élégante, le mélange entre les parties sombres et l'or rose définit une atmosphère très chaleureuse. La HM2-Red SV, c'est un peu le spectacle offert par le feu d'une cheminée:

Bien évidemment, nous retrouvons le rotor caractéristique de MB&F:

La HM2-Black SV est plus originale, un poil plus décalée, plus électrique. Le vert est une des couleurs préférées de la marque puisqu'il sera aussi utilisé avec la Frog:

Vous noterez la cohérence de la finition du mouvement par rapport à chaque version de la Machine.


Cette plongée dans le passé récent de MB&F ne doit pas nous faire oublier qu'en cet été 2011, nous abordons la dernière ligne droite avant la présentation de la HM5 qui bien évidemment nous surprendra beaucoup. Avez-vous déjà vu une Machine qui ressemblait à une autre? Max Büsser voudra sans aucun doute nous prouver que sa capacité à provoquer des émotions horlogères ne pourra pas être démentie.

lundi 8 août 2011

Fréret-Roy: Coeur Ouvert Nouvelle Vague

Il arrive régulièrement que des passionnés se lancent dans la grande aventure de la création d'une marque. Mais il est plus rare que le nom de ladite marque ait une légitimité horlogère. C'est pourtant le cas avec la démarche entreprise par Michel Fréret-Roy qui avec la montre Coeur Ouvert Nouvelle Vague présente la première pièce de la marque qui porte son nom. En effet, si la famille Roy a eu une activité dans l'horlogerie dès le XVIIième siècle en Suisse, c'est bien en Normandie, dans le village de Sainte Austreberthe que les ascendants de Michel Fréret-Roy se sont distingués en établissant la manufacture familiale en 1818. Henri-Julien Roy a créé vers 1860 sa première horloge monumentale qui fut ensuite suivie par des centaines d'horloges de clochers dans un grand quart nord-ouest de la France.

Michel Fréret-Roy, à travers sa propre marque veut à la fois rendre hommage à cette histoire familiale mais également répondre à l'attente de sa clientèle. Sa boutique, Montres et Merveilles, installée à quelques pas de la Place Vendôme, a pour objectif de faire découvrir aux amateurs des marques qui sortent des sentiers battus comme Glycine par exemple. A travers les discussions qui s'engagent immanquablement avec les clients, Michel Fréret-Roy a pris conscience d'un désir récurrent de vouloir porter des montres conciliant à la fois élégance et originalité, le tout avec un prix contenu, ce qui est malheureusement de plus en plus difficile à trouver.

Ayant déjà l'expérience de conception et de création de sa propre ligne de joaillerie, c'est tout logiquement que Michel Fréret-Roy décida de présenter sa collection horlogère.

Il ne s'agit évidemment pas de révolutionner le paysage: les différentes montres de la collection seront équipées de calibres connus pour leur fiabilité, leur large diffusion et seront fabriquées par un sous-traitant indépendant et réputé basé dans le Jura suisse. L'idée est plutôt de profiter de cette proximité avec la clientèle pour définir des modèles répondant à une certaine attente et comblant un vide créé par les marques plus connues.

Prenons par exemple la Coeur Ouvert Nouvelle Vague. Comme son nom l'indique, il s'agit d'une montre au mouvement squeletté. Dessiner une telle montre n'est pas un exercice simple car on peut facilement basculer dans le rococo pour ne pas dire le jacky horloger.

Le travail de squelettage, certes industriel et non exclusif, est réalisé ici avec soin et sa finition noire apporte une touche de modernité. Je trouve le résultat très probant notamment au verso de la montre car il se dégage un très bel effet de profondeur et de volume. Malgré le squelettage, la montre sera très lisible. J'emploie sciemment le futur car les aiguilles que vous voyez sur les photos seront revues afin que les parties luminescentes soient agrandies.

Le boîtier en acier d'un diamètre de 43mm alterne parties satinées et polies et contribue au style contemporain de la Coeur Ouvert.

Le mouvement est très facilement reconnaissable, il s'agit évidemment d'un Unitas 6498, d'une cinquantaine d'heures de réserve de marche et d'une fréquence de 2,5hz. Le verre saphir est traité anti-reflets.

Bref, du classique, un chemin très balisé et sans surprise mais rassurant et au bout du compte très agréable à emprunter... Mon regret finalement sur cette montre est la décoration des vis dont la couleur jure un peu avec l'ensemble. J'aurais conservé une couleur métal.

La Coeur Ouvert est d'ores et déjà visible à la boutique (28 rue Danielle Casanova) et peut être réservée en précisant les options choisies (ardillon, boucle déployante, type de bracelet). Le prix de lancement du modèle est contenu (2.000 euros) surtout en tenant compte de l'envol récent du franc suisse qui rend les coûts de fabrication plus onéreux. Les livraisons sont prévues pour la fin septembre.

Souhaitons donc le plus grand succès à Michel Fréret-Roy dans sa démarche, La Coeur Ouvert Nouvelle Vague constituant un très joli point de départ.

mardi 2 août 2011

Urwerk: UR-202S

L'UR-202S est la toute dernière montre issue de la collection 20x d'Urwerk. J'ai eu la très grande chance et le privilège de la porter pendant plusieurs semaines, je vais donc pouvoir vous donner mon sentiment de façon précise sur son comportement au quotidien. J'avais déjà présenté en détails la White Shark il y a tout juste un an. En fait, l'UR-202S peut en être considérée comme une évolution. Deux détails la distinguent par rapport à la White Shark que j'avais décrite:
  • la présence d'un "guillochage" tri-dimensionnel et vertical sur le cadran
  • l'utilisation d'un bracelet acier qui devient une sorte de prolongement naturel du boîtier (le bracelet peut cependant être acheté séparément et adapté à la White Shark)
Pour le reste, complications, système d'affichage, ambiance chromatique: nous nous retrouvons dans le même contexte que la White Shark.

Il est donc important de revenir sur ces deux éléments différenciant. Le "S" de UR-202S signifie "Stripe" et fait référence aux rainures qui ont été apposées sur le cadran. Ces rainures dessinent des sillons verticaux sur le cadran, autour de la partie dédiée à l'indication du temps, y compris dans la section de la minuterie et contrastent très joliment avec la partie centrale perlée. Une telle exécution a été rendue possible grâce à l'acquisition d'une machine à commande numérique à 5 axes: les sillons symbolisent à la fois un travail esthétique mais également l'investissement d'Urwerk dans du matériel de très haut niveau.

Le bracelet est quand à lui l'élément dont Martin Frei, designer d'Urwerk, est le plus fier. Il est rare de voir un bracelet aussi parfaitement intégré dans le design d'une montre, surtout en étant rajouté dans un second temps. Martin Frei considère qu'avec ce bracelet, la montre est enfin achevée. Difficile de ne pas lui donner raison: il devient une continuité du boîtier, boîtier et bracelet se combinant à merveille. Compte tenu de la production limitée de montres Urwerk, le nombre de bracelets produits est ipso facto très faible (une cinquantaine). Urwerk a fait appel pour cela à une marque qui est la référence en la matière: Maspoli. Si vous avez l'opportunité de manipuler le bracelet, vous noterez qu'il est composé de 22 maillons à la base et surtout que seulement 6 sont identiques. C'est dire le soin apporté à sa création.

Un autre détail, mineur, différencie l'UR-202S de la White Shark. La White Shark est une série limitée de 12 montres dont le numéro de la série se retrouvait en rouge sur le plot d'affichage des heures. Sur l'UR-202S, tous les chiffres sont de la même couleur, de 1 à 12. Mais un "S" est dessiné dans le coin supérieur gauche pour rappeler la référence du modèle.

Comme je l'ai indiqué précédemment, le système d'affichage du temps est similaire à celui de la White Shark et d'ailleurs à toutes les montres de la série 20x: il s'agit d'une réinterprétation du vieux principe de l'heure vagabonde mais ici revue et corrigée par Félix Baumgartner et Martin Frei. Les 3 plots à 4 faces servent à indiquer l'heure de référence tandis que l'aiguille située au bout de chaque plot affiche les minutes en se déplaçant de droite à gauche le long de la minuterie. Plusieurs animations se déroulent en même temps: les 3 plots tournent à 360° (il faut donc 3 heures pour qu'un plot effectue une rotation complète) autour du carrousel central. En même temps, ils doivent tourner sur eux-mêmes pour que la bonne heure de référence soit correctement affichée lorsque le plot se positionne au début de la minuterie. Et enfin, troisième animation et pas la moins impressionnante: les aiguilles se rallongent ou se rétractent afin de laisser de la place pour que les plots puissent tourner et de constamment pouvoir effleurer la minuterie. Afin d'apprécier cette simultanéité des différents ballets, le mieux est de tirer la couronne et d'accélérer le temps: visuellement, le résultat est impressionnant. A vitesse normale, nous n'avons pas forcément conscience de toutes ces animations mais le résultat est une vraie réussite.





L'UR-202S est une montre automatique et utilise un calibre Girard-Perregaux comme base pour donner l'énergie au système d'affichage de l'heure. J'ai déjà eu l'occasion d'apprécier à plusieurs reprises ces bases Girard-Perregaux que ce soit chez Genta, Urwerk ou MB&F: ce sont des calibres fins et puissants, fiables avec une très bonne efficacité de remontage. Bref, un compagnon idéal pour cette UR-202S.

Nous retrouvons évidemment le couplage de ce calibre avec les deux turbines situées à l'arrière de la montre et dont le rôle est d'influencer cette efficacité de remontage. Grâce à un sélecteur, 3 positions sont à notre disposition: arrêt (la montre ne se remonte plus automatiquement), sport (l'efficacité est réduite) et libre (le remontage s'effectue normalement). L'objectif à travers ce réglage est de pouvoir réduire l'usure du mouvement en réduisant sa propension à se remonter si des mouvements plus brusques sont effectués.

Les deux complications additionnelles sont les mêmes que celles de la White-Shark: un affichage "jour-nuit" et un indicateur des phases de lune. J'étais très heureux de retrouver ces deux complications que je trouve utile pour l'une, ludique pour l'autre. En revanche, les deux complications se trouvant sur l'UR-203 ne m'avaient pas emballé (basée toutes les deux sur l'odomètre horloger) car trop statiques. L'indicateur des phases de lune est traditionnel mais l'affichage "jour-nuit" est en fait divisé en 4 périodes: jour - tombé du jour - nuit -lever du jour. Le tombé et le lever du jour sont matérialisés par des parties hachurées.

La question que nous nous posons maintenant est de savoir si le bracelet apporte un vrai plus en terme de confort et d'usage. Et la réponse est clairement oui. Il est important de rappeler que la White-Shark ou l'UR202-S sont des montres lourdes. Le boîtier en acier de l'UR202-S est volumineux: 46.6mm x 43.5mm x 15mm mais il s'en dégage paradoxalement une certaine fluidité liée à son dessin parfait, à l'alternance des parties polies et brossées et au contraste entre éléments géométriques et arrondis.


Dans ce contexte, le bracelet joue parfaitement son rôle. Non seulement il s'intègre avec bonheur dans le boîtier mais en plus il maintient parfaitement la montre au poignet. J'avais beau secouer la montre, elle ne bougeait pas. Certes, son poids ne s'oublie pas: c'est lourd et cela se sent. Mais le bracelet répartit ce poids de façon plus homogène sur le poignet et empêche la montre de basculer. Incontestablement la montre est plus confortable que la White Shark ou que l'Opus V, dans une segment équivalent, qui surprennent par la concentration du poids dans le boîtier.

La boucle déployante s'ouvre et se ferme sans difficulté et est un vrai bonheur à l'usage. Bref, le bracelet apporte un vrai plus et renforce la conviction de Martin Frei sur sa nécessaire présence.

En revanche, les sillons tri-dimensionnels m'ont moins convaincu. Certes, ils donnent du volume au cadran et ont de beaux reflets dans certaines conditions de lumière. Mais, ils ont tendance à rendre la lecture des chiffres de la minuterie très difficile. A ce niveau-là, la White Shark est bien plus facile à vivre.

Mais ce n'est pas un problème fondamental finalement. Comme avec une montre traditionnelle qui pourrait sans difficulté se passer de toute graduation car notre cerveau est habitué à interpréter l'heure rien qu'avec la position des aiguilles, avec le temps, je me suis habitué à lire efficacement l'heure avec uniquement la position de l'aiguille le long de la minuterie sans même jeter un coup d'oeil aux chiffres correspondant.

De façon similaire, j'ai pris l'habitude de deviner l'heure sans totalement soulever la chemise. Lorsque le plot suivant atteint l'angle droit situé au dessus de la minuterie, il affiche déjà l'heure qui va démarrer. A cette position, nous pouvons déduire qu'il reste à peu près 10 minutes pour que l'heure en cours s'achève. Ainsi, à partir de la position du plot qui va se présenter, nous pouvons déduire l'heure en cours.

Contrairement à l'Opus V qui comporte un système de minutes rétrogrades, l'UR-202S est une montre paisible et dans un mouvement lent et constant. C'est une montre dont l'originalité de la présentation est au service d'un affichage du temps serein. Pas de trotteuse ici, le temps semble s'écouler avec quiétude.

En ce qui concerne les turbines, j'ai eu tendance, au fil du temps, à ne les utiliser qu'en deux positions: stop ou free. La position intermédiaire m'a finalement semblé inutile: soit je mettais la montre en position normale soit je stoppais carrément le remontage. Un réflexe que nous prenons rapidement est de remonter la montre même au poignet: la grande couronne située au sommet du boîtier incite au remontage par le biais du pouce. Ce n'est pas parce que la montre a besoin d'être remontée, c'est juste que cette couronne provoque cette envie...

A mon poignet, la montre a provoqué beaucoup de réactions de mon entourage: son design et son volume accrochent l'oeil. Le lecture de l'heure s'explique facilement et les personnes peu habituées au système de l'heure vagabonde comprennent très rapidement le fonctionnement. L'UR-202S suscite des réactions tranchées soit de forte adhésion, soit de rejet. Mais un sentiment général prédomine: celui de la cohérence entre le design et l'affichage de l'heure. Certaines montres cachent derrière une originalité esthétique un affichage standard du temps créant une espèce de décalage. Rien de cela avec l'UR-202S: chaque élément est en harmonie avec les autres.

Rendre la montre fut presque un déchirement. Car, mine de rien, on s'habitue très bien à vivre avec et elle était rapidement devenue ma montre de tous les jours m'accompagnant également lors de déplacements à l'étranger. L'UR-202S est une montre extrêmement aboutie. Son bracelet la rend plus confortable que la White Shark et son système d'affichage du temps, moins exigeant, lui donne un côté plus raisonnable que l'Opus V. L'UR-202S, c'est la montre de la maturité pour Urwerk. Une maturité en matière de design avec l'achèvement apporté par le bracelet combinée avec une maturité technique grâce à la redoutable efficacité du module développé par Félix Baumgartner.

Elle n'est évidemment pas exempte de tout reproche, sa lisibilité est en retrait par rapport à la White Shark et le boîtier comporte des zones sensibles aux rayures. Mais en contrepartie, quel plaisir au poignet! Une telle montre ne s'analyse pas comme une Patek ou une Lange où l'observation des détails de la finition et le classicisme abouti provoquent le plaisir. L'UR-202S ne joue pas dans le même registre, le plaisir est ici provoqué par la cohérence de l'ensemble, par l'originalité maîtrisée, par son comportement irréprochable à l'usage et par le sentiment de porter une montre dont l'exclusivité est générée avant tout par le style qu'elle dégage.

Je souhaite évidemment remercier vivement l'équipe Urwerk pour leur confiance.

lundi 1 août 2011

Breguet: Chronographe Classique 5247 (cadran guilloché)

C'est un paradoxe mais dans la liste des chronographes utilisant le calibre Lemania 2310 comme base, le chronographe classique de chez Breguet est régulièrement oublié alors que l'origine du mouvement fait qu'il s'agit sûrement de son utilisation la plus logique du fait de l'appartenance de Nouvelle Lemania à Breguet.

En fait, cet oubli souligne surtout que pour la très grande majorité d'entre nous, le chronographe n'apparaît pas comme une "évidence" au sein de la collection classique comme si cette complication semblait un peu décalée dans ce contexte. Pourtant, Breguet avait conçu des montres à secondes indépendantes qui pouvaient être lancées et stoppées à la demande et qui sont considérées comme faisant partie des ancêtres des chronographes actuels.

Malgré cela, le chronographe classique est selon moi, un des plus beaux chronographes à remontage manuel du marché. Cela est dû incontestablement à son côté très équilibré.

Le "problème" du calibre Lemania 2310 est son diamètre relativement modeste (27mm) pour les standards de boîtiers actuels. Il est ainsi parfaitement à son aise dans le chronographe historique de Vacheron Constantin (37mm) et semble nager dans les boîtiers de plus de 40mm (comme la Patek 5070 par exemple). Le Chronographe Classique de Breguet, avec son diamètre de 39mm arrive à concilier les deux aspects du problème: le calibre reste adapté au boîtier car les compteurs ne louchent pas trop et la taille de la montre répond plus à l'attente de la clientèle actuelle que les formats antérieurs, pourtant fort élégants.

Le Chronographe Classique 5247 est disponible avec deux types de cadran, soit en émail soit en or argenté guilloché. Si la version en émail s'apparente à la version présentée ici, la version à cadran guillochée est radicalement différente. La combinaison entre le guillochage et le côté tourbillonnant de l'échelle tachymétrique (à base 1000 mètres) donne un résultat spectaculaire.

Certains pourront le concevoir comme étant éloigné des principes de lisibilité et de rationalité des montres de A.L.Breguet. En ce qui me concerne, je trouve qu'étrangement, ce mélange entre deux éléments classiques (échelle et guillochage) conduit à un rendu très original, spectaculaire voire surprenant. De plus, le jeu des couleurs renforce ce côté inhabituel: les aiguilles bleuies, les éléments rouges se marient parfaitement avec le cadran argenté pour rendre presque "sportive" une montre à la base de facture traditionnelle.

C'est tout ce paradoxe qui suscite l'adhésion ou le rejet de la version guillochée. De plus, les reflets de lumière sur le cadran sont spectaculaires. La version en émail, plus classique, plus discrète est finalement plus consensuelle.

Le travail sur le mouvement Lemania est de très bonne facture même si nous ne sommes pas évidemment dans l'action de transformation effectuée par Patek. La réserve de marche est ici de 48 heures, la fréquence demeurant à 2,5hz. Je trouve en revanche que les "vaguelettes" sur le boîtier sont de trop surtout face à la sobre décoration du mouvement. Les poussoirs sont très agréables à utiliser même si nous n'atteignons pas la parfaite sensation d'un chronographe Lange.

Le Chronographe Classique 5247 est donc une montre un peu atypique dans la collection classique de Breguet: ses codes esthétiques s'éloignent de l'inspiration des pièces historiques pour finalement générer un design tranché qui ne laisse pas indifférent. Je trouve que ce chronographe, qui prend toute sa dimension au poignet, peut répondre à l'attente de ceux qui sont attirés par la qualité de finition et d'exécution des montres classique Breguet mais qui trouvent leur style un peu vieillot. Sans aucun doute, la présence de l'échelle et sa parfaite intégration sur le cadran dépoussièrent le style et rendent la complication plus adaptée à la collection classique.

Merci à l'équipe de la boutique Chronopassion.

Patek Philippe: 5496P

Le Calendrier Perpétuel 5496P fait partie des nouveautés 2011 de Patek Philippe. L'objectif de cette montre est de décliner l'affichage à date rétrograde dans un contexte plus épuré que celui de la 5159, en s'inspirant de la présentation de la Calatrava 96.

Une des grandes forces de Patek est sa diversité dans l'organisation du cadran de ses Calendriers Perpétuels. En fait, lorsque nous comparons la 5496P ou la 5159 avec une 5140, nous n'avons pas l'impression d'être en face d'une complication similaire. Et pourtant, c'est bien le cas.

Cependant, il existe une différence fondamentale entre les montres qui utilisent le 324 S QR ou celles qui sont équipées du 240 Q: il s'agit de la présence de la trotteuse qui donne une animation bienvenue sur le cadran. Evidemment, l'autre différence d'importance est liée à l'architecture des calibres, à rotor central sur le 324 et à micro-rotor sur le 240.

La 5496P, c'est un peu la version sage de la 5159: plus de boîtier officier mais un boîtier en platine de type Calatrava simple et élégant d'un diamètre de 39,5mm, les grands chiffres romains remplacés par les index caractéristiques, retrait de la partie guillochée et utilisation d'aiguilles Dauphine. Tout ce qui donnait le côté un peu décalé à la 5159 (surnommée par des mauvaises langues la Maurice Lacroix by Patek) a disparu pour définir un cadre plus simple, sûrement plus élégant et sans aucun doute plus sobre. Fort heureusement, le cadran en argent satiné, les index appliqués en or et la petite aiguille des quantièmes cassent cette sobriété car la 5496P flirte, comme un effet miroir avec la 5159, avec l'austérité.

Mais d'où peut venir ce sentiment, car après tout la présentation des informations, classique chez Patek, n'en demeure pas moins originale? En fait, le problème de cette montre vient de sa taille. Les 39,5mm sont peut-être trop ambitieux pour un Calendrier Perpétuel à ouverture de cadran relativement grande. L'arc de cercle du quantième, l'indicateur des phases de lune et l'affichage de l'année bissextile se concentrent trop et la longueur des index essaye, un peu vainement, de corriger cela: malgré cette longueur, il demeure un espace non négligeable entre les index et l'indicateur des phases de lune ce qui fait que le bas du cadran est désespérément vide.

En outre, contrairement aux montres plus compliquées de la collection qui proposent ce même type d'affichage (la 5016 ou la 5013 par exemple), le guichet d'affichage de l'année bissextile coupe l'arc de cercle des quantièmes ce qui n'est pas d'une grande réussite esthétique.

Tout cela fait, qu'à titre personnel, je préfère le charme de la 5140, plus équilibrée, peut-être pas forcément plus facile à lire mais qui me donne le sentiment d'avoir une présentation plus harmonieuse.

Après, malgré mes réserves, la 5496P reste une montre fidèle aux standards de Patek et ce n'est pas avec une telle complication, totalement maîtrisée chez eux, qu'ils vont nous décevoir. Le mouvement à rotor central, d'une fréquence de 4hz et d'une réserve de marche de 45 heures est très élégamment présenté même s'il n'a pas le côté magique du 240.

Au poignet, la 5496P fait plus grande qu'elle n'est et donne vraiment le sentiment de dépasser les 40mm. Son poids reste raisonnable et comme toute Patek, son confort ne prête à aucune critique.

La 5496P est donc une montre un peu étrange au bout du compte. Patek a voulu rendre hommage à la Calatrava 96 avec finalement une complication qui s'y prêtait peut-être pas et une taille de boîtier trop importante. Malgré cela, la 5496P trouvera ses fans parmi ceux qui n'aiment ni le côté un peu baroque de la 5159 ni l'absence de trotteuse sur les QP équipés du 240.

Un grand merci à l'équipe Patek Philippe France.