lundi 27 juin 2011

Konstantin Chaykin: Lunokhod

L'intérêt de l'horlogerie indépendante est de nous faire découvrir de nouveaux horizons et surtout des projets imprégnés de la personnalité de son créateur.

Lorsque nous découvrons la Lunokhod, on ne peut pas imaginer que cette montre provienne de l'esprit d'un latin, d'un anglais ou d'un brésilien. Cette montre semble être un objet d'un autre temps découvert dans une vieille base de lancement soviétique à l'abandon... son concepteur ne peut être que russe! Et bien évidemment, c'est le cas: la Lunokhod est la dernière montre créée par Konstantin Chaykin, horloger de talent qui avec ce modèle explore un nouveau thème pour lui: celui de la conquête spatiale et plus précisément de la Lune. Lunokhod est le nom du programme soviétique qui avait pour objectif d'envoyer des objets roulants sur la Lune télécommandés depuis la Terre. C'est ainsi qu'en novembre 1970, le premier Lunokhod arriva sur notre satellite.

Konstantin Chaykin, membre de l'AHCI, n'hésite pas à aborder des sujets particuliers voire difficile afin de développer de nouvelles complications. Ainsi, il créa des montres et pendules calendriers adaptées au contexte de trois religions (orthodoxe, musulmane et juive).

Mais après les Cieux, Konstantin Chaykin se propulse dans le ciel avec la Lunokhod qui se caractérise par l'originalité de son principal matériau et par l'affichage des phases de Lune.

Au premier coup d'oeil, nous avons l'impression que la Lunokhod propose un affichage, en plus grand, similaire à celui de la Lune 3D de De Bethune. Mais nous avons tort: le système est différent. En fait la Lune est recouverte d'une enveloppe qui bouge autour d'elle et qui crée cet affichage. Le mouvement fait donc pivoter cette enveloppe en argent recouverte d'une couche de rhodiage noir alors que la Lune, en acier de Wootz, reste immobile. Compte tenu de la taille de l'enveloppe (la Lune sphérique a un diamètre de 12 millimètres), l'énergie requise est importante.

Konstantin Chaykin a développé un mouvement à remontage manuel d'une fréquence de 3hz, d'une réserve de marche de 48 heures, d'une forme rectangulaire aux bords arrondis (le boîtier recouvre une partie du mouvement qui mesure 32mm sur 37) et à la présentation pour le moins originale.

En effet, l'enveloppe tournant forcément totalement autour de la Lune, se retrouve côté mouvement. Il s'agit donc d'une sorte de mouvement annulaire où l'imposant indicateur des phases se retrouve en plein milieu. L'autre originalité est le réglage de la raquette par une sorte de colimaçon.

Revenons côté cadran: afin de laisser la Lune comme principal centre d'intérêt de la montre, Konstantin Chaykin a dessiné l'affichage du temps non pas au-dessus mais autour. Ainsi, l'heure est affichée en arc de cercle entre deux graduations. Mais attention, il ne s'agit pas d'une heure rétrograde: le petit croissant de lune qui sert d'aiguille et qui est visible sur les photos sera remplacé par un soleil lorsqu'il aura achevé sa course: l'affichage des heures intègre donc un système jour&nuit.

Les minutes sont très classiquement représentées dans un sous-cadran spécifique au bas de la montre.

J'ai évoqué l'acier de Wootz au sujet de la sphère de la Lune, il est également utilisé pour le boîtier. Son étrange beauté contribue à donner un côté très mystérieux à cette montre que l'on aurait aussi facilement imaginé en bronze.

Il ne faut pas le nier, esthétiquement, la Lunokhod est d'un abord plutôt difficile. En fait, je ne la trouve ni franchement belle ni résolument laide, je la trouve... différente de tout ce que j'ai vu par ailleurs. Il y a quelque chose de vraiment réussi, c'est la cohérence du design avec l'ambition de recréer cette ambiance de conquête spatiale des années 70. A ce titre, c'est une vrai prouesse.

Au poignet, la Lunokhod a une sacré présence car sa taille de 50mm n'est quand même pas passe-partout. Sa forme bien pensée fait qu'elle épouse bien le poignet. Mais cela fait, sans jeu de mot, un sacré OVNI au poignet. C'est intriguant, unique, complètement hors du temps.

Avec la Lunokhod, Konstantin Chaykin a développé une complication particulière lui tenant à coeur car liée à une page importante de l'histoire de son pays. La montre surprend par sa présentation mais également par sa cohérence d'ensemble. Compte tenu de sa particularité, elle s'adressera avant tout au collectionneur voulant découvrir un nouvel univers... tout comme le rover Lunokhod lorsqu'il se déplaçait sur la Lune.

Un grand merci à Konstantin Chaykin pour son accueil sur le stand AHCI au cours du Salon de Bâle 2011.

vendredi 24 juin 2011

Aaron Becsei: Dignitas Power Reserve

Le hongrois Aaron Becsei fait partie de ces horlogers extrêmement doués qui, malgré leurs jeunes âges, sont capables de démonter une maturité technique en développant des mouvements très personnels. Le talent d'Aaron Becsei fut d'ailleurs logiquement récompensé par son élection en tant que membre de l'AHCI à 30 ans.

La Dignitas Power Reserve est loin d'être sa première montre: Aaron Becsei fut révélé au cours du salon de Bâle de 2005 grâce à son horloge Tourbillon lui permettant de se porter candidat à l'Académie. Puis en 2008 il dévoila sa première montre-bracelet, la Primus qui comportait, excusez du peu, un Tourbillon 3 axes. Sa deuxième horloge Tourbillon, aux multiples complications (dont un QP, un système d'heures universelles et... un thermomètre et un anémomètre!) lui permit l'année suivante de remporter les suffrages de ses pairs pour devenir membre de l'AHCI.

La Dignitas Power Reserve symbolise finalement une autre facette du travail d'Aaron Becsei: nous quittons le monde des montres ou des horloges très compliquées pour nous retrouver dans celui des montres simples. Et nous savons tous que la création d'une montre simple n'est pas plus aisée pour autant. La Dignitas est en fait une collection de 3 montres: un tourbillon incliné, une trois aiguilles et une à affichage de la réserve de marche.

La décoration très luxuriante du cadran, caractéristique de cette version au boîtier platine et fortement inspirée par le Budapest baroque, a presque tendance à le cacher mais à 12 heures, se trouve un affichage de la réserve de marche. En fait, pour peu que l'on suive de près l'horlogerie indépendante, nous reconnaissons à travers cette montre tout le style de son créateur: le cadran gravé qui rappelle par ses motifs celui de la Primus (même si les teintes sont différentes), la graduation en ellipse du temps, la forme des aiguilles et du boîtier.

Ce dernier, rappelant vaguement celui d'une Arkade de Lange, d'une dimension de 37,5 sur 42mm, présente une construction complexe du fait de la lunette aux flancs légèrement concaves alors que le corps principal est convexe. Sur la carrure droite, Aaron Becsei a apposé son nom: ce n'est pas franchement très discret, c'est même hors contexte par rapport aux autres détails de la montre mais l'utilisation de la couronne rend heureusement l'intégration de ce nom plus subtile. L'épaisseur est de 14mm mais ne choque pas par rapport aux autres proportions.

Mais inutile de perdre du temps, retournons la montre! Et comme on pouvait l'imaginer, on en prend plein la vue: le mouvement à remontage manuel, d'une réserve de marche de 40 heures, est tout simplement somptueux. La présence de l'affichage de la réserve de marche conduit à la présence d'une roue et d'un différentiel supplémentaires occupant ainsi de façon optimale la platine principale. La forme à la fois élégante et dynamique du pont du balancier donne l'occasion à Becsei de travailler deux angles rentrants témoignant ainsi de sa maîtrise, non seulement dans la construction du mouvement mais dans sa décoration. La forme générale du mouvement est totalement adaptée au boîtier et met en scène les ponts, les roues, les rouages en or ainsi que le large balancier en invar (en fait un alliage fer&nickel) aux vis en platine. La qualité de la finition ainsi que l'architecture du mouvement, classique sans être dénué d'originalité, référence aux mouvements chronométriques à basse fréquence et à balancier imposant, font de la Dignitas Power Reserve une des plus belles montres de forme actuelles.

Bien évidemment, la décoration du cadran la rend très surprenante au poignet: il ne faut pas le nier, c'est visuellement très rococo. Cependant, cela passe plutôt bien car c'est inhérent au style d'Aaron Becsei. La lisibilité n'en est pas renforcée, les aiguilles (superbes au demeurant) ayant tendance à se fondre dans le décor. Heureusement, la Dignitas Power Reserve est également disponible avec le cadran classique guilloché beaucoup plus facile à appréhender. Mais une fois encore, ce serait finalement dommage de se priver de cette grande qualité d'exécution en matière de gravure qui apporte beaucoup de caractère à la montre. Si on est intéressé par le travail d'Aaron Becsei, autant aller au bout de la démarche en partant sur le cadran gravé, plus fidèle à son état d'esprit.

Du fait de son jeune âge, Aaron Becsei va continuer à beaucoup nous surprendre. On a coutume de dire que la Hongrie est un carrefour de culture. Cela se retrouve aussi dans les réalisations de son horloger le plus talentueux qui, comme cette Dignitas Power Reserve, arrivent à marier rigueur technique et création artistique.

Un grand merci à Aaron Becsei pour son accueil sur le stand AHCI pendant le salon de Bâle 2011.

lundi 13 juin 2011

Harry Winston: Premier Perpetual Calendar (Edition Limitée 2009)

Une complication symbolise mieux qu'une autre la volonté pour Harry Winston de bâtir une collection horlogère crédible dans le segment du haut de gamme: le Quantième Perpétuel. En effet, la montre qui a mis cette ambition sur les bons rails était en 1989 un Quantième Perpétuel qui avait la particularité d'utiliser pour la première fois des aiguilles rétrogrades. L'horloger derrière cette création était déjà Jean-Marc Wiederrecht qui par la suite a très souvent accompagné Harry Winston dans ses projets.

La montre que je vous présente fait partie d'une série limitée de 20 exemplaires présentée en 2009 pour célébrer le 20ième anniversaire du Calendrier Perpétuel initial.

Si son organisation du cadran a totalement changé par rapport au modèle d'origine qui avait une présentation symétrique et des aiguilles des heures et des minutes au centre, nous retrouvons en revanche les principales caractéristiques qui en ont fait le succès à savoir:
  • l'indication de la date et des mois par aiguilles rétrogrades rendant le cadran très lisible
  • le module QP en provenance de chez Agenhor
  • un mouvement GP automatique comme base du mouvement
L'édition anniversaire présente en revanche un cadran beaucoup plus original dans son organisation en s'appuyant sur un thème récurrent chez Harry Winston: l'affichage décentré du temps. Cet affichage et les deux aiguilles rétrogrades apportent beaucoup d'originalité et de dynamisme au cadran: rien n'est ici symétrique et pourtant tout semble rationnel et parfaitement agencé.

Les dates, les mois, l'année bissextile sont affichés à gauche du cadran tandis que l'heure, le second fuseau et les phases de lune le sont à droite. Ce n'est pas anodin: cela permet au propriétaire de la montre de lire l'heure sans avoir à découvrir entièrement la montre.

La finition du cadran est superbe, toute en subtilité et en relief grâce au jeu de couleurs (le contraste entre le jaune et le bleu est saisissant) et aux éléments appliqués (logo, graduations). Les étoiles du segment dédié à l'affichage des phases de lune apportent une touche de poésie et renforcent le charme légèrement suranné de la montre.

Mais le plus de cette édition limitée est l'ouverture du cadran dans les segments liés aux aiguilles rétrogrades. Nous aurions pu craindre que cela nuise à la lisibilité mais finalement ce type d'ouverture est rendu possible par le système des aiguilles rétrogrades. A noter que cet exercice avait également été réalisé sur la montre initiale et dans les mêmes segments.

Nous retrouvons les caractéristiques habituelles du boîtier Premier, ici réalisé en platine dans un diamètre de 41mm. Son exécution est irréprochable malgré la complexité des cornes et des éléments à 12 heures et à 6 heures qui reprennent la forme en arche de l'entrée de la boutique de New-York. C'est sans aucun doute le boîtier qui a le plus de caractère chez Harry Winston: il provoque des réactions tranchées. S'il peut sembler hors de propos pour des complications comme le chronographe, je le trouve en revanche bien adapté au Quantième Perpétuel.

En retournant la montre, un fond saphir nous permet d'observer le GP 3306. Le mouvement est certes petit pour le boîtier mais ce n'est pas grave ici car cela ne se traduit pas côté cadran. Le rotor en or est très joliment réalisé avec le logo Harry Winston. Il s'agit d'un mouvement très efficace, d'une fréquence de 4hz et qui est suffisamment puissant pour tracter le module Agenhor. Le regret que nous pouvons avoir est sa réserve de marche (45 heures) qui peut être considérée comme faible pour un QP.

Au poignet, grâce au système de cornes mobiles, la montre se porte avec confort car s'adaptant à de nombreux poignets. Les détails du cadran rendent la montre très séduisante et nous nous plaisons à observer les étoiles, les parties du module visibles et les reflets de lumière.

Cette Edition Limitée est pour moi un des plus beaux QP produits par Harry Winston. En effet, nous profitons à la fois de la présentation du cadran, de sa très belle couleur et du spectacle offert par les ouvertures. Elle combine un côté technique avec une dimension poétique très présente. Une montre très séduisante pour peu que l'on soit attiré par le dessin très spécial du boîtier Premier.

Un grand merci à l'équipe de la boutique Harry Winston de Londres.

dimanche 12 juin 2011

Bell&Ross: BR 01-92 Carbon Fiber

La BR 01-92 Carbon Fiber se distingue à la fois par l'utilisation d'un matériau original et par les évolutions du design qu'elle comporte si nous la comparons aux BR 01-92 traditionnelles.

Ce qui surprend est le rendu du boîtier en fibres de carbone. Ce boîtier a été usiné à partir d'un bloc composé de multiples couches de fibres de carbones qui contribuent à renforcer sa solidité et sa légèreté. Mais malgré ces vertus, nous voyons bien que le choix de Bell&Ross pour un tel matériau a été avant tout dicté pour des raisons esthétiques. Son motif où les fibres semblent se croiser en angle droit se marie particulièrement bien avec le style très géométrique de la BR01-92. L'observation de la carrure du boîtier laisse entrevoir les différentes couches de fibres qui se superposent comme des vaguelettes. Contrairement à d'autres montres où l'utilisation de fibres de carbone a semblé incongrue, ici, le choix est judicieux.

Afin de préserver l'harmonie de l'ensemble, le cadran est également réalisé en fibres de carbone (mais heureusement orientées différemment) tout comme le bracelet. Bref, un "total look" qui fonctionne bien et qui évite de sombrer dans l'excès.

Les différences de design sont loin d'être anodines. La principale est le remplacement de la plaque supérieure à lunette arrondie par une plaque plus complexe qui combine une lunette octogonale (clin d'oeil à Audemars Piguet?) et les 4 parties dans lesquelles se logent les vis. Ces plusieurs niveaux donnent du volume au boîtier. L'autre différence est la forme des aiguilles qui deviennent facettées. Quand aux chiffres, ils sont moins arrondis et plus épais. Ces caractéristiques se retrouvent également sur le modèle 01-94 Pro Titanium.

Côté mouvement, pas de surprise, nous retrouvons le très répandu ETA 2892-2 avec ses forces (fiabilité) et ses faiblesses (une efficacité au remontage plutôt moyenne). Le fond est bien évidemment plein ce qui est un bon point ici: c'est plus conforme à l'esprit de la montre et voir un mouvement d'une telle taille nager dans un boîtier de 46mm n'est pas un spectacle inoubliable.

Grâce aux fibres de carbone, le boîtier est allégé et la montre se porte avec confort pour peu que l'on ait le poignet d'une taille suffisante. Je fais partie de ceux qui conçoivent les BR carrées que dans leur taille XL soit 46mm, plus conforme à la notion de montre "instrument" que Bell&Ross se plaît à mettre en avant.

La Carbon Fiber, commercialisée dans le cadre d'une série limitée de 500 exemplaires (même nombre pour la version chronographe) est selon moi une des déclinaisons les plus intéressantes de la BR 01-92 grâce à l'utilisation d'un matériau bien adapté au contexte. Cependant, compte tenu de son prix élevé pour une montre 3 aiguilles à mouvement simple, elle s'adresse avant tout aux fans inconditionnels de la marque qui n'hésiteront pas à franchir le pas pour acquérir une BR 01-92 différente.

Merci à l'équipe de Hall of Time à Bruxelles pour son accueil.

mardi 7 juin 2011

Hublot: Masterpiece MP-02

La Masterpiece MP-02, conjointement avec la MP-01, symbolisent la volonté de la part de Hublot de présenter des projets horlogèrement plus ambitieux s'appuyant sur l'ex-équipe BNB dorénavant intégrée au sein de la marque de Jean-Claude Biver.

Ambitieuse, oui, la MP-02 l'est certainement. Elle l'est par son design audacieux, par sa complication qui ne vise rien qu'autre que de modifier la vitesse du cours du temps. Malheureusement le monde des ovnis horlogers est ainsi fait que la frontière entre la totale réussite et le ratage est très fine et que la MP-02 se trouve, selon moi, du mauvais côté.

La montre souffre tout d'abord d'un mauvais timing. Elle est en fait le restylage de la Clé du Temps présentée par BNB 2 ans auparavant et que les visiteurs du Salon Belles Montres 2009 avaient déjà eu l'occasion de voir. L'effet de surprise n'est donc plus là, la complication étant totalement éventée.

Le redesign apporte cependant un vrai plus. Certes, la montre reste volumineuse mais le boîtier en titane DLC noir et le cadran noir l'affinent visuellement et surtout la rendent beaucoup plus lisible: le modèle d'origine était totalement abscons. Les informations sont affichées par le biais de décalques et de superluminova vertes apportant un bon contraste. Et puis, on ne regrettera pas le look de rétroprojecteur de la Clé du Temps d'origine.

Mécaniquement, nous retrouvons donc le style très BNB avec le Tourbillon vertical à 6 heures (si on peut s'exprimer ainsi) et le système d'affichage du menu de la complication. Le mouvement a une fréquence de 3hz et a une réserve de marche d'à peu près 4 jours.

Mais le vrai problème réside dans la complication en elle-même malgré la prouesse mécanique qu'elle représente. Grâce à la couronne à 9 heures, le propriétaire de la montre est en mesure d'accélérer (par 4) le cours du temps, de le réduire (par 4) et bien entendu de revenir à la vitesse normale d'écoulement avec la bonne heure affichée. Ce qui est impressionnant, c'est la mémorisation de l'heure conventionnelle qui permet donc ce retour. En revanche, on a beau manipuler la montre dans tous les sens, jouer avec, le constat est cruel. La complication n'est pas ludique pour deux sous: on s'ennuie. Visuellement, elle ne provoque rien car il faut du temps pour apprécier le changement de rythme. Ensuite nos interlocuteurs, qui pourraient être "trompés" par cette fausse heure ont peu de chance de lire l'heure sur cette montre: le cadran d'affichage est décentré et relativement petit. Bref, on tombe dans le plaisir solitaire... rendant la complication totalement vaine.

La MP-02 est la démonstration qu'il ne suffit pas d'une idée iconoclaste pour créer un ovni réussi: il faut qu'une magie s'opère, qu'un sentiment soit provoqué pour que la montre sorte du lot. La MP-02, malgré son contenu horloger solide, tombe hélas à plat alors qu'une montre simple comme le Temps Suspendu d'Hermès crée avec moins d'artifice un concept de temps artificiel bien plus jouissif car immédiat et... irréel.

Gageons qu'avec le temps, Hublot saura faire évoluer de façon positive sa collection Masterpiece en utilisant pleinement le potentiel de l'ex-équipe BNB.

Merci à l'équipe Hublot pour son accueil lors du Salon de Bâle 2011.