lundi 31 mai 2010

Corum: Tourbillon Panoramique

Depuis plus de 55 ans, Corum se distingue dans le paysage horloger par la création de montres au design audacieux. Certaines de ces montres qui lors de leurs présentations ont constitué de véritables ruptures stylistiques sont d'ailleurs rentrées dans l'histoire de l'horlogerie. Nous pouvons ainsi citer la Golden Bridge au mouvement en ligne, présentée en 1980, la Peary (au cadran météorite), la Rolls-Royce (au boîtier en forme de calandre), la Coin Watch (qui utilisait une pièce de 20 dollars) sans oublier l'Admiral et son boîtier dodécagonal (1982). Il n'est donc pas exagéré de souligner l'influence de Corum dans l'évolution stylistique horlogère des dernières décennies.


Le Tourbillon Panoramique, qui fut révélé en 2007, s'inscrit dans cette prestigieuse lignée en réinterprétant un des thèmes favoris de la marque: la transparence. Inspirée par la Golden Bridge (forme du boîtier, couronne à 6), elle s'en distingue toutefois par la présentation du calibre. Si sur la Golden Bridge, toutes les roues du mouvement sont alignées verticalement (donnant ainsi le nom à la montre), sur le Tourbillon Panoramique, l'architecture du mouvement côté "recto" privilégie l'alignement horizontal en créant une symétrie entre le Tourbillon et le barillet. Côté "verso" en revanche, la référence au mouvement de la Golden Bridge est plus affirmée comme le prouve la position des premières roues.


Toute la réussite de cette montre consiste en l'effet visuel stupéfiant généré par la façon dont le calibre a été inséré dans la platine en saphir et par les 3 ponts également en saphir. L'usinage de cette platine et des ponts a d'ailleurs constitué un des défis relevés par Corum car une très grande précision dans leur découpe était nécessaire. Transparence ne veut pas dire platitude, bien au contraire: ici, les vis en or accentuent le sentiment de relief en marquant les différents niveaux des ponts et de la platine. Positionnée de façon irrégulière sur le "recto", elles font partie intégrante de l'esthétique du mouvement. Vous noterez que je n'emploie pas le terme de "cadran" car de cadran... il n'y en a point: le cadran est le mouvement et réciproquement.


Dans un contexte aussi subtil, il était important que les couleurs soient en harmonie: c'est bien évidemment le cas, en dehors des deux principaux rubis qui sont apposés sur le "recto" tels les yeux d'un visage, les teintes grises et or rose se mélangent avec bonheur.


Ce mouvement de 168 composants est basé sur le calibre La Joux-Perret 7951, d'une fréquence de 3hz et d'une réserve de marche de 90 heures. Avant d'être emboîté, le mouvement est travaillé, ajusté et réglé pendant 3 semaines. Vous noterez la clé Corum qui héberge le tourbillon et qui apporte l'animation sur le cadran.

Le boîtier tonneau en or rose a des dimensions généreuses (53x38mm) mais cela ne choque pas bien au contraire dans ce cas. En effet, il met en valeur par sa taille le mouvement dont la transparence nécessite un contexte adapté. Les carrures sont également transparentes afin d'apporter toute la lumière à l'intérieur de la montre et de profiter de la vision de l'épaisseur du mouvement.


Fort heureusement, la lisibilité de la montre a été préservée grâce au contraste suffisant qui existe entre les aiguilles squelette et le mouvement. Le seul défaut que l'on peut trouver à cette montre finalement est qu'au poignet les poils de celui qui la porte apparaissent sous le mouvement et cela gâche la pureté de la ligne et son élégance. Ce serait cependant fort dommage de s'arrêter un tel détail et de se priver du spectacle de ce mouvement et de son tourbillon qui semblent flotter dans l'air.

Grâce à la magie qui se dégage de ce Tourbillon Panoramique (produit en 66 exemplaires en or et 5 en platine), Corum a su une nouvelle fois créer une montre au style incomparable qui s'inscrit dans une tradition d'originalité de plus d'une demi-siècle.

Un grand merci à l'équipe de Hall of Time à Bruxelles.

dimanche 16 mai 2010

Harry Winston: Excenter Timezone

En moins de 20 ans, Harry Winston a trouvé sa place parmi les marques de haute horlogerie. L'action de Max Büsser qui fut à la tête de Harry Winston Rare Timepieces jusqu'en 2005 a fortement contribué à cette réussite grâce notamment à la collection Opus qui débuta en 2001. L'idée de cette collection est de donner la possibilité à un jeune horloger d'exercer son talent en créant une montre Harry Winston compliquée et ce, avec beaucoup de liberté. François-Paul Journe fut l'horloger qui collabora au développement de la première Opus qui fut en fait, non pas une montre, mais une série de 3 montres (Tourbillon, Automatique 5 jours de réserve de marche et Chronomètre à résonance).

L'Excenter Timezone ne fait pas partie de la collection Opus mais elle est un prolongement logique de l'Opus One. Lorsqu'elle fut présentée en 2003, Max Büsser a souhaité également à travers cette montre rendre hommage à Günter Blümlein qui eut une grande influence sur lui.


Outre l'affichage de l'heure, l'Excenter Timezone a les fonctions suivantes:
  • l'indicateur jour&nuit lié à l'heure principale
  • le quantième
  • l'indicateur de réserve de marche
  • l'indicateur du second fuseau horaire par le biais d'une aiguille rétrograde sur 24 heures.

Ces différentes fonctions sont parfaitement organisées sur le cadran, l'affichage principal de l'heure étant situé à droite. Le cadran anthracite (disponible aussi en argent) surprend par la qualité de son exécution, le soin apporté aux détails étant irréprochable. Vous noterez ainsi le contraste entre la partie guillochée du secteur de l'affichage du second fuseau et la partie satinée, les différents niveaux (le cadran est loin d'être plat), l'originalité du placement du logo, la qualité des impressions.

Le boîtier (en or gris ou en or rose) est du même acabit: complexe et sans défaut. Il comporte des éléments (dont les cornes mobiles) dont la forme est inspirée de celle de l'entrée de la boutique de New-York. Ils donnent un style particulier à la montre et font partie de l'identité Harry Winston.


Un des aspects les plus intéressants de l'Excenter Timezone est son calibre. Le mouvement de base est le Jaquet 7060, mouvement à remontage manuel d'une réserve de marche de 5 jours. Jean-Marc Wiederrecht (Agenhor) fut impliqué dans le développement du module HW2821: sa patte est d'ailleurs reconnaissable avec l'aiguille rétrograde de l'affichage du second fuseau. Le calibre comporte une innovation qui a pour but de supprimer tout battement au niveau des engrenages afin que le positionnement des aiguilles des heures et des minutes soit le plus précis possible que ce soit pendant le réglage de l'heure ou pendant le fonctionnement de la montre. Le calibre est très bien fini (côté de Genève, vis bleuies, ponts anglés) et a une présentation relativement originale grâce à la position des roues et la hauteur des ponts qui donnent du volume.

Au poignet, l'Excenter Timezone se porte avec confort grâce aux cornes mobiles qui épousent bien le poignet. La taille de la montre, d'un diamètre de 39mm est idéale: ni trop grande afin de préserver l'élégance, ni trop petite pour profiter de la beauté du cadran.

L'Excenter Timezone est selon moi une réussite car elle combine élégance, audace et intérêt horloger. Bien évidemment, le boîtier si caractéristique peut ne pas plaire. Mais il contribue à donner du caractère à la montre. Je ne fus donc pas surpris d'apprendre que l'Excenter Timezone fut la montre personnelle de Max Büsser pendant 2 ans avant qu'il ne porte la Harry Winston Z1.

Merci à l'équipe Kronometry Paris.

samedi 1 mai 2010

IWC: Portofino Phases de Lune



Cette Portofino fait partie de la collection Vintage présentée en 2008 pour célébrer les 140 ans d'IWC à travers la réédition de 6 montres qui ont marqué l'histoire de la manufacture de Schaffhausen.

Le modèle d'origine n'est finalement pas si ancien que cela car créé au début des années 80 et produit, de façon confidentielle, jusqu'à la fin des années 90. L'originalité de cette montre provenait de l'utilisation d'un calibre de montre de poche ultraplat, le 9521 et de la présentation de son cadran, les deux registres (phases de lune et trotteuse) étant alignés horizontalement. Rare exemple de montre à indication des phases de lune sans quantième, cette Portofino séduisait par son intrigante beauté et je la considère comme une des plus belles IWC de tous les temps.


C'est la raison pour laquelle j'étais plus que ravi de découvrir la nouvelle interprétation de cette Portofino même si l'exercice s'avérait délicat.


Au premier coup d'oeil, un élément surprend: les registre sont cette fois-ci alignés verticalement. Après tout, pourquoi pas, la volonté d'IWC n'était pas de cloner les modèles d'origine. Mais cela provoque quand même une rupture de style significative par rapport à la montre originale. En revanche, les proportions sont relativement bien respectées: le diamètre du boîtier reste imposant (46mm) mais cela fait clairement partie "du cahier des charges" de la Portofino, la couronne se fait toujours aussi discrète et le verre a son bord arqué. La hauteur du boîtier est en revanche supérieure même si elle reste raisonnable (11mm).

La forme des aiguilles est également conservée même si, malheureusement, elles se sont épaissies sûrement dans un souci d'améliorer la visibilité. En effet, comme dans toute la collection Vintage, les modèles acier sont commercialisés avec un cadran noir, le cadran argenté étant réservé aux matériaux "nobles": or rose ou platine. De fait, le contraste entre les aiguilles et le cadran n'est pas optimal et leur épaississement dans ce contexte est bienvenu.


Côté calibre, même si on regrette le calibre de montre de poche d'origine, IWC a su choisir un calibre actuel correspondant bien à l'esprit de la montre: le 98800 qui est une déclinaison du mouvement utilisé sur la Jones, le 98290 et dont les performances (remontage manuel, fréquence de 2,5hz, réserve de marche de 46 heures) sont proches du calibre d'origine. A ce titre, IWC ne s'est pas trompé et la cohérence de la montre préservée. La finition de ce calibre est certes perfectible mais tout son intérêt et sa beauté proviennent de sa grande taille et de son architecture très traditionnelle. A ce titre, c'est un régal pour les yeux: il séduit par lui-même et non par ses décorations. De plus, le 98800 permet une meilleure précision de l'indicateur des phases de lune (un écart de un jour tous les 122 ans) et un réglage de cet indicateur par la couronne.




Le bilan est donc pour l'instant positif: relatif respect de l'esprit de la montre d'origine, calibre adapté, sérieux de la fabrication par IWC. C'est à l'usage que les choses se gâtent un peu et ce pour deux principales raisons.

La première, je l'ai déjà évoqué, c'est la lisibilité un peu délicate de cette montre. Du fait de la forme des aiguilles, elles ne tranchent pas suffisamment avec le cadran noir dans certaines conditions de lumière. Mais à la limite, ce n'est pas un problème rédhibitoire et qui de plus, n'existe pas avec les modèles en or rose ou platine. Ce qui m'a le plus gêné, c'est la taille de la couronne. Certes, c'est voulu pour respecter l'esprit de la Portofino originale. Malheureusement, le calibre 98800 nécessite un peu de force au remontage et mes doigts ayant du mal à tourner la couronne, j'avais ainsi toutes les peines du monde à remonter. Lorsqu'on achète une montre à remontage manuel, on doit se sentir confortable avec le remontage. Cela n'a pas été mon cas avec la Portofino et c'est avec regret que je l'ai constaté. Il s'agit bien évidemment d'un sentiment personnel mais c'est un point de vigilance que tout acquéreur potentiel doit avoir à l'esprit.

Au poignet, la montre se porte avec confort car malgré son diamètre, les cornes restent relativement courtes et la montre se positionne bien sur le poignet. La taille perçue est cependant très importante car l'ouverture du cadran est conséquente du fait de la finesse de la lunette.


La Portofino Phases de Lune m'a donc laissé un sentiment mitigé. Faisant partie de cette rare famille de montres à phases de lune sans quantième, elle possède d'indéniables qualités. Malheureusement, la lisibilité perfectible de la version acier et son remontage délicat viennent assombrir le tableau. Le modèle d'origine n'est donc pas éclipsé par sa réédition.

Merci à l'équipe de Hall of Time à Bruxelles.