dimanche 28 mars 2010

Van Cleef & Arpels: Pont des Amoureux

L'exercice qui consiste à réaliser une montre mécanique féminine et compliquée est délicat. De très nombreuses marques choisissent d'aménager esthétiquement l'équivalente masculine mais le résultat est rarement satisfaisant.

Tout l'intérêt de la démarche de Van Cleef & Arpels est de vouloir réinterpréter les complications horlogères partant du constant que les femmes n'ont pas pas forcément les mêmes attentes que les hommes vis-à-vis de leurs montres et surtout n'ont pas la même relation avec le temps.

Même s'il faut éviter de rentrer dans les clichés, très souvent, les hommes espèrent une grande précision de leur garde-temps et aiment les complications qui ne sont pas forcément les plus utiles mais celles qui nécessitent une prouesse technique dans leur exécution.

Peut-être plus effrayées par la notion du temps qui passe, les femmes s'attachent plus à la beauté de la montre, à son élégance, qu'au strict affichage de l'heure et sont moins fascinées par les complications... qui compliquent.

Cependant, depuis plusieurs années, les femmes ont pris de plus en plus goût aux montres mécaniques et l'idée selon laquelle elles ne peuvent porter que du quartz est battue en brèche.

C'est en partant de ce constat que Van cleef & Arpels a lancé sa collection des Complications Poétiques. Ici, la complication a un autre but que dans une montre masculine: elle n'apporte pas forcément de nouvelles fonctions, elle transforme l'affichage du temps. C'est cet affichage du temps particulier qui donne le sentiment que la montre, finalement, indique un temps qui s'écoule différemment, au rythme plus doux, plus calme.

L'affichage du temps n'est plus le but premier, il devient presque accessoire à la mise en scène du cadran.

C'est dans un esprit que lors du SIHH 2010, Van Cleef & Arpels a présenté le Pont des Amoureux qui fut salué par les participants du salon.

A travers cette montre, Van Cleef & Arpels réussit à concilier originalité, charme et contenu horloger.

L'heure est indiquée par un système double-rétrograde (la rose pour les minutes et l'ombrelle pour les heures): 2 personnages, un homme et une femme, se retrouvent sur un pont et ne vont cesser de vouloir se rejoindre ce qui arrive 2 fois par jour à midi et à minuit. Toute la difficulté a donc consisté à ce que les deux personnages se touchent (ou plutôt s'embrassent) à l'heure prévue. Seul un horloger de talent pouvait maîtriser les difficultés liées au système double-rétrograde et en collaborant avec Jean-Marc Wiederrecht, Van Cleef & Arpels ne se trompait pas.


Jean-Marc Wiederrecht, connu pour son travail via Agenhor pour Max Büsser a non seulement travaillé à partir d'un calibre Jaeger-Lecoultre pour définir ce système double-rétrograde mais a aussi apporté une touche de malice à la montre. Le déplacement de la femme à l'ombrelle n'est pas régulier: lors des dix dernières minutes avant la rencontre, son pas s'accélère: la distance qu'elle parcourt est plus importante comme si l'approche du rendez-vous la rendait plus pressée...

Bien évidemment, un grand soin fut apporté aux finitions de la montre: le boîtier en or blanc (d'un diamètre de 38mm) est serti de brillants, le pont est réalisé également en or blanc au-dessus d'un cadran en émail contre-jour, les deux personnages sont finement ciselés et le fond est gravé.


Rapidement, notre regard n'est plus préoccupé par l'heure mais bien par cette course folle des amoureux. L'objectif de Van Cleef et Arpels est donc atteint: la dimension poétique de la montre prend le dessus sur l'aspect strict de l'affichage de l'heure, le charme sur la technique liée à la complication.

Le Pont des Amoureux apporte la démonstration que lorsque une montre féminine est conçue avec une démarche originale, son contenu horloger n'a alors plus rien à envier aux montres masculines. La montre féminine peut même donner une opportunité de développement de nouvelles idées à des horlogers du talent de Jean-Marc Wiederrecht.

samedi 27 mars 2010

Rolex: Milgauss avec bracelet NATO

Je possède cette Milgauss à cadran noir depuis deux ans. Il s'agit d'une montre que j'apprécie beaucoup: son design lui donne une place à part dans la collection de Rolex, elle pèse tout en étant très confortable à porter grâce à son bracelet easylink, la trotteuse apporte une touche d'originalité bienvenue (Rolex est une marque que je trouve souvent beaucoup trop sérieuse...). Les seuls points que je lui reproche sont les faibles performances du luminova des aiguilles, la lisibilité du cadran dans certaines conditions du lumière et la forme du bracelet que je trouve un poil trop étroit au niveau de la boucle.

Je souhaitais cependant donner un côté plus fun à cette montre, casser son élégance, son côté trop cossu pour une montre de loisir. En effet, je la trouvais trop massive pour un contexte plus habillé. L'idée m'est venue d'utiliser un bracelet NATO comportant une rayure orange afin de créer un rappel avec la trotteuse. L'autre avantage du NATO est sa largeur constante corrigeant en cela le reproche que je faisais au bracelet d'origine.

Il faut être vigilant sur deux points lors du choix du bracelet NATO: il doit être relativement fin car les pompes sont situées de façon assez proche du boîtier et être de type "RAF Pattern" afin qu'il ne passe qu'une seule fois sous le boîtier, la montre étant suffisamment épaisse comme cela.

Je dois avouer que je suis très satisfait du résultat, meilleur d'ailleurs que je ne l'imaginais au départ.

Mais comme souvent, la perfection n'étant pas de ce monde, chaque solution génère son problème. Avec le bracelet d'origine, le poids total de la montre était bien réparti autour du poignet. Avec le NATO, tout le poids se concentre dans le boîtier et la montre devient moins confortable à porter. Ce que l'on gagne en originalité et en jeu de couleurs, on le perd en confort.

Malgré ce problème, je trouve que cela valait le coup d'essayer et je pense conserver dorénavant ce bracelet NATO sur la Milgauss ayant été conquis par cette association surprenante de prime abord mais finalement convaincante.

dimanche 21 mars 2010

Audemars Piguet: Royal Oak Offshore Diver

La Royal Oak Offshore Diver est une nouveauté du SIHH2010. Elle officialise l'arrivée de façon permanente d'une montre de plongée dans la collection, les différentes versions de la Scuba étant des éditions limitées boutique.

La Diver reprend évidemment les codes esthétiques de la ROO tout en les adaptant au contexte d'une montre de plongée:
  • l'échelle de plongée est définie par un réhaut tournant interne dont la rotation unidirectionnelle s'effectue par le bais d'une couronne à 10 heures
  • la lisibilité des aiguilles et des index, de la trotteuse et des indications du réhaut a été optimisée et afin d'assurer un bon contraste, le motif du cadran est le "Méga Tapisserie" noir
  • le fond et le verre ont été épaissis
  • le mouvement est inséré dans un coffre-fort anti-magnétique
  • la boucle ardillon a été agrandie
Vous noterez ainsi la forme particulière de l'aiguille des heures aux deux bandes latérales supplémentaires de dépôt luminescent corrigeant en cela un reproche fait à la Scuba: la faible différence entre l'aiguille des heures et des minutes.

Ces spécificités techniques, qui traduisent le soin apporté à sa conception, conduisent à une étanchéité de 300 mètres, certes bien suffisante, mais totalement en retrait par rapport à des performances présentées par la concurrence. Cependant, et c'est en cela que cette montre est intéressante, son grand atout n'est pas d'afficher l'étanchéité la plus impressionnante du marché mais d'être une des montres de plongée en acier les plus luxueuses du marché.

La finition apportée aux éléments est ainsi excellente: les index et les aiguilles en or gris sont facettés, le boîtier en acier inoxydable (d'un diamètre de 42mm et d'une épaisseur de 13,75mm) alterne est tantôt poli, tantôt satiné, le motif du cadran donne du relief, les huit vis hexagonales sont bien entendu polies.

Dans ce contexte de raffinement, AP a choisi d'utiliser son calibre automatique maison, le 3120 en lieu et place du 2325 utilisé pour la Scuba. La montre profite donc de toutes les caractéristiques du 3120:
  • une fréquence de 3hz
  • le stop-secondes
  • la réserve de marche de 60 heures
  • le réglage du balancier par les masselottes
  • le pont du balancier traversant fixé de part et d'autre de la platine
  • un rotor en or et une qualité de finition technique et décorative irréprochable
Ce calibre n'est cependant pas visible, le fond du boîtier étant plein ce qui est totalement logique compte tenu de la vocation de la montre.

Grâce à la boucle ardillon agrandie et à la qualité du bracelet caoutchouc, la montre se positionne bien sur le poignet ce qui est important compte tenu de son poids.

Légèrement plus ramassée que la Scuba, la Diver m'a convaincu par la qualité de son exécution et par l'utilisation du calibre 3120. Je la trouve d'ailleurs bien plus belle que sa devancière. Maintenant, elle devra être testée dans un contexte aquatique avec toutes les contraintes qui s'en suivent pour juger si elle constitue une belle référence en tant que montre de plongée. Pour ceux qui recherchent une montre sportive et raffinée sans forcément se préoccuper de ses performances spécifiques de plongeuse, cette Diver constitue un très bon choix et traduit tout le savoir-faire d'Audemars Piguet dans ce domaine.

jeudi 18 mars 2010

Cornelius&Cie: Chronosome 46XY

Cornelius&Cie est une jeune marque créée par deux amis hollandais, Kees Engelbarts et Paul Pertijs qui se sont connus à l'Académie Hollandaise d'Orfèvrerie. A travers cette marque, ils souhaitent créer des montres à la fois classiques et originales utilisant des calibres du passé.

La Chronosome 46XY est leur première réalisation et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle ne laisse pas indifférent. Le design particulier de la montre, à la taille conséquente (diamètre de 49mm et une épaisseur de 16,3mm) est lié à l'utilisation d'un calibre très particulier, le calibre AS690 produit par la société Schild en 1935. Ce calibre basse fréquence (2,5hz), d'une réserve de marche de 8 jours, se distingue par la position décalée de son immense barillet. La conséquence de cette position fut la nécessité pour Kees Engelbarts et Paul Pertijs d'adapter la forme du boîtier pour qu'il puisse conserver une taille acceptable. Sans la protubérance, s'il avait fallu utiliser un boîtier parfaitement rond, le diamètre aurait dépassé allègrement les 50mm.

Autre caractéristique du calibre influençant le design: son système de réglage de l'heure. Le poussoir à 2 heures sert au réglage de l'heure. Une fois activé, la couronne principale peut être tournée pour ajuster l'heure et les minutes. Elle n'a donc pas besoin d'être tirée. Sa taille impressionnante facilite le remontage.


La Chronosome 46XY est disponible en 3 versions avec des boîtiers en or ou en platine:
  • avec un mouvement partiellement squeletté avec un cadran fermé
  • avec un mouvement totalement squeletté avec un cadran ouvert
  • et avec la décoration "Dragon Gate Legend"
La Chronosome 46XY squelettée donne un bel aperçu du talent de Kees Engelbarts que ce soit côté cadran ou côté calibre même si la décoration peut sembler un peu trop rococo:

Mais c'est bien à travers la "Dragon Gate Legend" que la maîtrise de Kees Engelbarts s'exprime totalement. Admirez le travail de gravure que ce soit au niveau du cadran ou des aiguilles. Le résultat, certes totalement excessif, est cependant remarquable: cette Chronosome donne l'impression d'être une vraie montre d'heroic-fantasy!

Bien entendu, compte tenu du gabarit, quelque soit sa version, la Chronosome 46XY est une montre totalement exclue pour les petits poignets. Ce n'est pas tant la taille du boîtier qui donne ce sentiment mais la forme et la longueur des cornes qui accentuent encore plus le volume de la montre.

Montre complètement hors norme, la Chronosome 46XY a choisi la voie de la démesure que ce soit dans son design ou sa décoration. Elle séduira donc les amateurs qui se retrouveront dans ce style certes peu discret mais pas non plus dénué d'intérêt.

samedi 13 mars 2010

Lange & Söhne: Chronographe 1815 (2010)


Une des belles surprises du SIHH 2010 est la réintroduction du chronographe 1815 dans le catalogue Lange. Ce retour se fait par le biais d'un tout nouveau modèle qui présente un style différent de son prédécesseur même s'il partage quelques points communs.

En cette période d'élargissement de boîtiers, Lange a finalement été très raisonnable sur ce thème: le nouveau chrono ne gagne qu'un demi-millimètre de diamètre. Ce relatif maintien de la taille est due à deux principales raisons:
  • la première est pragmatique: le calibre L951.5 est une déclinaison du calibre L951.0 de l'ancien modèle. Elargir plus le boîtier aurait entraîné un déséquilibre (par exemple, les compteurs se seraient retrouvés visuellement trop proche du centre).
  • la seconde est esthétique: le nouveau chrono présente un cadran simplifié, l'échelle pulsométrique a été retirée donnant un côté plus aéré à la montre et de fait, elle semble plus grande que l'ancien modèle.
Les différences entre les cadrans de l'ancien et du nouveau chrono apparaissent clairement:

Le retrait de l'échelle permet l'élargissement des compteurs corrigeant en cela un reproche régulièrement fait à l'ancien chrono. Le rehaut est moins prononcé, la graduation remplaçant l'échelle. Le nouveau chrono y gagne donc un style plus élégant, un cadran plus harmonieux mais perd le caractère plus sportif de l'ancien. En revanche, la forme des aiguilles, les chiffres, les index contribuent à rappeler que les 2 montres partagent bien un même air de famille.

Le calibre L951.5 présente très peu de différences visuelles avec le L951.0 si ce n'est le balancier à masselottes. Cependant, quelques modifications de son architecture ont permis l'utilisation d'un barillet plus important et d'accroître la réserve de marche à 60 heures soit un gain d'une journée. Le balancier à masselottes indique l'utilisation du spiral maison. La fréquence (2,5hz) est maintenue ainsi que toutes ses fonctions: le retour en vol et surtout le saut instantané de l'aiguille du compteur des minutes qui constitue un vrai plus pour un chronographe. Le calibre est bien entendu toujours aussi beau avec ce sentiment de profondeur qui s'en dégage.

Au porter, nous retrouvons des sensations de confort similaires à celles de l'ancienne version. Le poids et le diamètre sont à peu près les mêmes. Les informations sont cependant plus lisibles avec la nouvelle version. Comme c'est régulièrement le cas avec Lange, la montre a un poids certain d'où la nécessité de bien la positionner sur le poignet.

Le nouveau chronographe 1815 (disponible en Or Gris et en Or Rose) est donc une évolution réussie de son prédécesseur en lui donnant une dimension plus élégante et en corrigeant deux reproches qui lui étaient faits: la faible taille des compteurs et la réserve de marche trop courte. Cependant, il perd un peu du caractère plus affirmé de l'ancien chrono qui lui assurait une place à part dans la collection Lange.

Profitant du spiral maison et d'un balancier à masselottes, de la réserve de marche élargie, il constitue également une évolution technique subtile mais bien réelle dans l'histoire des chronographes "simples" de Lange.


mardi 9 mars 2010

Parmigiani Fleurier: Kalpa Grande Automatique

Parmigiani Fleurier fait partie de ces marques dont on parle peu alors que la diversité de ses complications et de ses modèles en font une des plus intéressantes à suivre.

Parmigiani, c'est un pôle industriel qui se répartit entre une marque commerciale (Parmigiani Fleurier) et une manufacture (Vaucher Manufacture Fleurier). Ce pôle maîtrise la fabrication de tous les principaux composants horlogers et fournit d'ailleurs de célèbres marques. Un des exemples les plus célèbres de cette fourniture est le calibre RM005 utilisé par Richard Mille dans différents modèles comme la RM010 et la RM016. Ce calibre est en fait une déclinaison du calibre PF331 qui équipe la Kalpa Grande Automatique que je vous présente.

Cette Kalpa Grande Automatique est un modèle simple de la collection Parmigiani mais il contient déjà tout ce qui fait la réussite de la marque: un boîtier original en acier aux cornes caractéristiques, un cadran et un calibre excellemment finis.

Derrière une apparence classique, se cache une montre aux diverses originalités. La forme des aiguilles, des chiffres, des index, du large guichet de date ainsi que le guillochage donnent de la vie au cadran. La forme légèrement adoucie du boîtier tonneau (d'une taille généreuse de 46,6mm x 34mm) contraste avec les cornes proéminentes qui renforcent le caractère de la montre. Son côté élancé est préservé grâce à une épaisseur maîtrisée (9,25mm).

Le fond du boîtier, maintenu par 6 vis laisse découvrir le mouvement de la Kalpa. Le finition du calibre PF331.01 est subtile, sans défaut et discrète. Ce calibre propose des performances intéressantes (une fréquence de 4hz et une réserve de marche de 55 heures grâce aux deux barillets). Le logo de la marque se retrouve à la fois sur le rotor et sur la platine du calibre mais également sur la couronne.

Le grand atout de cette montre, outre l'originalité du traitement des détails, est son confort au porter. Cela est dû à la légère courbure du boîtier ainsi qu'à la forme des cornes qui épousent bien le poignet.

Je fus agréablement surpris par son bon maintien mais il ne faut pas se leurrer: les dimensions du boîtier et des cornes rendent la montre peu portable, je dirais plus visuellement que réellement, pour un petit poignet. Et ce serait dommage alors de se priver de la vision des reflets que prend le cadran grâce au contraste entre les parties guillochées et lisses.

Montre très élégante, plus subtile qu'elle n'en a l'air au premier coup d'oeil, la Kalpa Grande Automatique constitue une belle façon de découvrir les atouts de Parmigiani Fleurier. Mon seul regret finalement concerne la décoration du calibre, un peu trop discrète à mon goût et qui aurait pu faire l'objet d'un petit grain de folie sans tomber dans le rococo, un peu comme cela a été réussi côté cadran. Mais ce détail ne gâche pas le plaisir procuré par cette montre.