dimanche 21 septembre 2014

Leinfelder: Elysium Classic

L'Elysium Classic de Leinfelder est un excellent exemple de la vitalité de l'horlogerie allemande. Derrière son apparence classique se cache un mouvement spectaculaire créé par Uhren-Werke-Dresden (UWD) qui est la manufacture fondée par Marco Lang dont la vocation est de concevoir et de produire des mouvements à l'attention de marques clientes. Leinfelder est de son côté une boutique située dans le centre historique de Munich qui commercialise une gamme de montres sous son propre label. En fait les trajectoires de Leinfelder et de Marco Lang sont bien plus liées qu'une pure relation de client à fournisseur. Ulrich Rohde, un des cofondateurs de Leinfelder, cherchait un horloger capable de développer le mouvement répondant à ses attentes. La rencontre avec Marco Lang déboucha sur la création d'un véritable groupe horloger qui structure toute l'activité du talentueux membre de l'AHCI: sa propre marque Lang&Heyne, la manufacture UWD, Leinfelder et la célèbre boutique de Dresde dédiée à l'horlogerie indépendante, Hartding. Il est donc intéressant d'observer l'Elysium Classic car elle témoigne des capacités d'UWD tant du point de vue technique qu'esthétique.


L'Elysium Classic ne bouleverse pas les codes esthétiques des montres qui fleurent bon la tradition horlogère. Elle possède un boîtier d'un diamètre de 42mm en or gris ou en or rose. Son cadran blanc intègre certains ingrédients qui se retrouvent régulièrement sur les pièces classiques allemandes dont le chemin de fer de la minuterie parsemé d'index en forme de losange et les chiffres romains. Il est extrêmement équilibré car malgré la taille du boîtier, son ouverture demeure raisonnable du fait de l'épaisseur de la lunette. De plus, la finesse et la longueur des chiffres ainsi que la taille respectable du secteur de la trotteuse rendent l'ensemble très proportionné. Un détail est en revanche plus original: les graduations de la trotteuse sont rouges ce qui est inhabituel. Le logo de la marque est bien intégré même si je trouve que les lettres auraient mérité d'être un peu plus petites.


Ce sont les aiguilles qui me séduisent le plus côté cadran. Elles sont à la fois fines, élégantes et de caractère. J'apprécie particulièrement celle des minutes dont le segment médian est d'une rare étroitesse. Leurs flèches à deux pans sont d'une grande beauté et apportent la preuve d'une exécution sans faille. Au-delà de leur charme, elles contribuent à l'excellente lisibilité de la pièce ce qui en soi n'est pas non plus un exploit compte tenu du cadran blanc et de l'absence de complication.


Le boîtier est plus surprenant que le cadran. Tout comme les aiguilles, il est fabriqué en interne. Du fait de sa forme concave, il donne l'impression de créer une sorte de godron comme si l'ensemble cadran et lunette était posé sur une base élargie. Les cornes sont clairement inspirées par des montres du passé et complètent élégamment le design du boîtier. La couronne oignon facilite le remontage et la mise à l'heure grâce à une manipulation aisée. A noter que le bracelet est positionné très près du boîtier ce qui permet de réduire la taille perçue de l'ensemble.


Il aurait été très facile pour Marco Lang de nous resservir  à travers UWD un mouvement reprenant l'ensemble des éléments de style de l'horlogerie allemande: les chatons en or, les vis bleuies et les platine trois-quarts. La bonne nouvelle est qu'il a souhaité proposer une nouvelle approche esthétique même si l'architecture du calibre en elle-même demeure traditionnelle. Le mouvement à remontage manuel L-H01 qui équipe l'Elysium Classic est d'une taille respectable (33mm) tout en restant relativement fin (4mm). Ses dimensions expliquent d'ailleurs pourquoi le cadran est si équilibré avec un sous-cadran idéalement placé.


Si ses performances sont traditionnelles (une fréquence de 3hz pour une réserve de marche d'une cinquantaine d'heures), sa présentation est beaucoup plus originale, surtout dans un contexte allemand. L'objectif poursuivi par Marco Lang a été de rendre le plus visible possible les différentes pièces mobiles dont notamment les roues. C'est la raison pour laquelle leurs ponts comportent un segment évidé. La roue d'échappement est ainsi clairement visible ce qui est un vrai régal! J'aime beaucoup également la pureté du système de réglage du balancier à masselottes. La finition noircie des ponts et platines permet de créer un contraste suffisant avec les pièces mobiles et donne un style très contemporain au mouvement ce qui surprend un peu compte tenu du design de la montre. J'aime ce type d'opposition car deux univers semblent cohabiter: d'un côté celui de la tradition, de l'autre, celui de l'innovation. En tout cas, Marco Lange fait mouche avec ce mouvement qui place l'Elysium Classic à un niveau inattendu.


Mais une montre n'est pas seulement un mouvement et j'ai pris beaucoup de plaisir à la porter. J'avais un peu peur au départ que sa taille soit trop importante pour une pièce habillée mais la forme du boîtier réduit l'ouverture du cadran. Ses atouts du point de vue esthétique sont l'équilibre du cadran et la forme des aiguilles qui dégagent beaucoup de charme. Le mouvement UWD complète un tableau très convaincant et très surprenant pour une montre en provenance d'une boutique munichoise. Le moins que l'on puisse dire est que cette dernière profite pleinement de son appartenance au Groupe Tempus Arte pour proposer une des montres allemandes à remontage manuel les plus séduisantes de ces dernières années.

Merci à l'équipe Leinfelder pour son accueil à Baselworld.

Les plus:
+ le contenu horloger et l'esthétique du mouvement UWD
+ l'équilibre du cadran
+ la beauté des aiguilles
+ le contraste entre la présentation de la montre et la finition du mouvement

Les moins:
- le nom de la marque est un peu grand sur le cadran
- la forme du boîtier permet de contrôler la taille perçue mais a contrario rend la lunette un peu trop épaisse pour une montre habillée

samedi 20 septembre 2014

Zenith: Pilot Type 20 Extra Special

La voici donc la fameuse montre de la polémique, celle qui symbolise pour les fans de Zenith l'abandon d'un principe fondamental de la marque dans son histoire récente: l'utilisation exclusive de mouvements maison. Force est de constater que lors de sa présentation à Bâle cette année, la Pilot Type 20 Extra Special a fait couler beaucoup d'encre. Comment Zenith, une des rares véritables manufactures suisses contemporaines, peut-elle se fourvoyer en utilisant des mouvements Sellita pour une de ces nouveautés?

J'ai sciemment attendu plusieurs mois avant d'écrire sur cette montre, sûrement pour éviter les réactions à chaud et de tomber à bras raccourcis sur cette pièce qui au bout du compte n'aurait pas mérité un tel traitement. Car lorsque je l'analyse avec du recul, je me rends compte qu'elle n'est pas dénuée de qualités. 


Zenith a bâti depuis quelques années une collection de montres de pilotes inspirées par son histoire et dont le point de départ fut la Type 20 Aéronef qui utilise le mouvement 5011. Cette pièce d'un diamètre de 57,5mm a posé les jalons d'une approche stylistique qui allait par la suite se retrouver dans plusieurs modèles aux tailles et aux complications différentes. La plus simple dans cette collection, avant la sortie de l'Extra Special, était la Pilot Automatique d'un diamètre de 40mm avec une petite seconde à 9 heures. Cette montre, fort sympathique au demeurant, est perçue comme trop petite compte tenu du design propre à la collection: lunette relativement épaisse, couronne oignon, chiffres luminescents, cadran noir. Incontestablement,  une fois mise au poignet, sa taille ressentie semble inférieure aux 40mm annoncés. Le rôle de l'Extra Special est triple:
  • elle complète la collection  en proposant un diamètre de boîtier plus cohérent de 45mm, ni trop grand (les GMT sont par exemple à 48mm), ni trop petit,
  • elle possède une trotteuse centrale ce qui est une excellent idée pour une montre d'inspiration "pilote",
  • et surtout, son tarif reste contenu dans un segment très concurrentiel.
 

L'utilisation du mouvement Sellita SW300 prend alors son sens du point de vue industriel tout du moins. Il permet à Zenith de limiter ses coûts  et de libérer de la capacité de production afin de la dédier plus spécifiquement sur des mouvements à plus forte valeur ajoutée, ceux sur base El Primero. Il ne faut pas oublier non plus que Zenith fournit des mouvements à d'autres marques du pôle horloger de LVMH comme Hublot (la Spirit of Big Bang est équipée d'un El Primero). La réorganisation de la capacité de production répond-elle à une pure stratégie de marque ou à une logique de groupe? Je ne sais pas répondre à une telle question mais après tout, le plus important est la perception que nous avons de la montre et pas les raisons plus ou moins obscures qui ont conduit à certains choix.

Dans l'absolu, la Type 20 Extra Special est une montre réussie du point de vue esthétique. Son diamètre lui confère un sentiment d'équilibre. Le cadran respire suffisamment tout en évitant de ressembler à une assiette. Les chiffres en Superluminova sont exécutés avec soin et la petite étoile Zenith agrémente joliment l'ensemble. La trotteuse centrale anime la montre tandis que les deux aiguilles principales et la couronne oignon forgent son caractère.


Le mouvement objet de tant de commentaires est caché par un fond plein ce qui est une excellente décision. Non pas qu'il y ait une gêne à le montrer mais avec un diamètre de 25,6mm, il aurait été perdu dans le fond du boîtier et le résultat n'aurait pas été plaisant à voir. De ce point de vue, l'Elite n'aurait pas fait mieux d'ailleurs. Et puis, le fond plein donne l'opportunité de profiter de la décoration très réussie, une gravure des instruments d'aviation Zenith.

Fonctionnant de façon fiable et ayant une bonne efficacité au remontage, le Sellita SW300 n'est pas critiquable du point de vue fonctionnel. C'est la raison pour laquelle la montre dans son ensemble est convaincante et attirante pour tous ceux qui souhaitent profiter d'une Type 20 de Zenith tout en restant dans des prix raisonnables. Mais l'horlogerie est avant tout une histoire de passion et la déception des fans est compréhensible. Il est toujours difficile pour une marque de conquérir de nouveaux clients ou marchés sans décevoir ceux qui forment le coeur de la clientèle. Le problème dans ce cas précis est que la concession, pour ne pas parler d'abandon, touche ce qui fait le socle, la base d'une manufacture horlogère: son mouvement. La logique industrielle est compréhensible mais justement, elle l'est peut-être un peu trop.


Car dans le contexte du marché d'aujourd'hui, les clients aimeraient ressentir plus d'efforts de la part des marques vers le pur contenu horloger et une meilleure adéquation entre la qualité perçue et les prix alors qu'ils perçoivent avant tout les actions menées pour préserver les marges. La Zenith Type 20 Extra Special est ainsi considérée comme un symbole de ces choix industriels ce qui est finalement peut-être injuste et trop lourd à porter pour une montre qui remplit son objectif sans rougir. 

Les plus:
+ le diamètre de 45mm très équilibré dans le contexte de la collection Type 20
+ la finition du cadran
+ la décoration du fond plein
+ la trotteuse centrale

Les moins:
- la provenance extérieure du mouvement donne forcément une image négative à la montre dans le contexte d'une manufacture prestigieuse

lundi 15 septembre 2014

March LA.B: AM1 2014

Les derniers jours d'Arnaud Montebourg au sein du gouvernement auront finalement beaucoup servi la cause horlogère: en portant de façon visible une March LA.B AM2 à cadran noir et à quartz lors de la fameuse Fête de la Rose à Frangy-en-Bresse, il mit sous les feux des projecteurs la marque d'Alain Marhic et de Jérôme Mage qui revendique avec fierté ses origines et sa production françaises (les montres étant assemblées à Morteau). Cette projection médiatique est méritée car March LA.B a su trouver son identité, se distinguant depuis plusieurs années par un style  décontracté et élégant qui sent bon l'inspiration des années 70. 


Le dernier trimestre 2014 va être très important pour March LA.B car d'importantes évolutions vont être apportées aux différents modèles de la collection. Certes, le contexte esthétique va peu changer et les prochaines montres March LA.B demeureront fidèles à leurs devancières grâce notamment à leurs boîtiers caractéristiques, à leurs couronnes décalées et aux verres rehaussés. Cependant, plusieurs éléments fondamentaux vont être impactés comme les nouvelles AM1 vont en témoigner.

Je rappelle brièvement que la collection March LA.B est structurée autour de la forme des boîtiers: l'AM1 est la montre ronde, l'AM2 la montre carrée et l'AM3 la montre "coussin". L'AM1 demeure peut-être celle qui est la plus facile à aborder du fait de sa forme plus consensuelle. Cependant, son apparente bonhomie due à sa rondeur cache un caractère bien trempé. L'observation attentive du boîtier révèle quelques traits plus anguleux sans oublier ce qui fait une des composantes du style de March LA.B: l'alternance de segments polis (sur les côtés) et brossés (au milieu).


Les principales modifications sont loin d'être anodines et ont pour la plupart l'objectif de répondre à des remarques faites par la clientèle:
  • l'entre-cornes passe de 19 à 20mm. Ce petit millimètre a une grande influence puisque au-delà de son impact visuel, il permet l'utilisation de bracelets standards, permettant ainsi aux propriétaires des pièces de se prêter plus facilement au jeu du changement  d'"habillage" de leurs montres.
  • l'épaisseur du boîtier est augmentée de 2,5mm. C'est un écart extrêmement important qui vise à donner un aspect plus puissant et masculin à l'AM1. Le côté délicat s'estompe pour laisser place à un rendu incontestablement plus viril. La conséquence de cette nouvelle hauteur de boîtier est le rendu plus gonflé du bracelet qui équilibre esthétiquement l'ensemble.
  • si les aiguilles diapason et le finition soleillée du cadran demeurent, les index appliqués deviennent plus présents.

  • le mouvement automatique change de nationalité. L'ETA2892-A2 suisse est remplacé par un calibre Miyota 9015 japonais, simple et fiable. Nous touchons ici à une orientation stratégique forte de la marque. Ce ne sont évidemment pas les clients qui ont demandé une telle modification puisque, selon moi, ils sont peu préoccupés par la nature du mouvement, étant plus attirés par l'atmosphère dégagée par les montres et leurs designs. En revanche, ce changement voulu par March LA.B présente un intérêt majeur vis-à-vis de cette clientèle: il permet de modifier la grille tarifaire et de maintenir la montre automatique à boîtier acier d'un diamètre de 40mm sous le seuil psychologique des 1.000 euros: une façon pour la marque d'Alain Marhic de suivre une tendance du marché grandissante, celle des montres aux designs originaux et aboutis proposées à des tarifs raisonnables, s'adressant plus à des amateurs  "life-style" et "mode" qu'à des férus d'horlogerie.

  • une gamme de bracelets à trois maillons de largeur a également été développé et sera disponible dans les mêmes couleurs que les boîtiers: acier, doré et noir. A noter qu'un NATO spécifique sera également à disposition avec une boucle et des passants reprenant les codes de March LA.B avec une alternance de poli et de brossé. 

 

L'AM1 photographiée est un prototype par encore totalement achevé et la masse oscillante sera personnalisée. J'ai pu malgré tout profiter d'ores et déjà de la jolie finition du cadran vert, la couleur fétiche d'Alain Marhic. La montre se porte avec confort et le bracelet cuir tamponné lézard contribue efficacement à l'atmosphère rétro qu'elle dégage. Je fus en revanche moins convaincu par l'augmentation significative de la hauteur du boîtier, je regrette cette perte d'élégance même si le boîtier conserve ses traits caractéristiques.  

La nouvelle AM1 symbolise donc une nouvelle étape pour March LA.B: une étape à la fois stylistique avec ce gain de virilité mais aussi industrielle avec l'utilisation du calibre Miyota. J'ai la conviction qu'Alain Marhic a fait le bon choix avec ce changement de mouvement car la maîtrise des prix de vente est une clé de réussite dans le marché actuel. La marque peut ainsi s'appuyer sur ses prix compétitifs pour surfer sur son identité et sur la fidélité de sa clientèle.


Merci à Alain Marhic pour son accueil à la boutique March LA.B située 50 rue Charlot dans le 3ième arrondissement à Paris.

Les plus:
+ une très jolie finition de cadran rehaussée par la finition soleillée et les index appliqués
+ l'élargissement du bracelet
+ l'alternance de parties polies et brossées du boîtier
+ le prix maintenu sous les 1.000 euros

Les moins:
- je trouve l'augmentation de l'épaisseur du boîtier trop importante: cela casse un peu l'élégance naturelle de l'AM1

dimanche 14 septembre 2014

Dietrich: Organic Time OT-1

Designer réputé exerçant le métier depuis plus de 20 ans, Emmanuel Dietrich prit la décision de lancer sa propre marque en 2012. La première pièce créée sous son propre nom fut une montre au style très épuré animée par un mouvement Unitas. Cependant, malgré son intérêt esthétique, cette montre souffrait d'un positionnement prix délicat car se trouvant dans un des segments les plus concurrentiels du marché horloger.


Sa toute nouvelle création, l'Organic Time qui se décline en 3 versions, tranche radicalement avec ce projet initial témoignant par là même d'une meilleure adéquation avec l'évolution de la demande de la clientèle. L'Organic Time rassemble en effet deux vertus qui lui donnent les meilleures chances de succès: un prix contenu (1.255 CHF hors taxes) et un design audacieux et abouti. Cette combinaison se retrouve aussi au sein de marques comme SevenFriday ou March LA.B et je ne peux que me réjouir de voir ce créneau particulier du marché, basé avant tout sur la forte identité des montres qui le composent, prendre de l'importance jour après jour. Les marques plus établies devraient d'ailleurs sérieusement se pencher sur ce mouvement car sinon elles risquent de se retrouver totalement à côté des aspirations de cette clientèle plus "life-style" qu'horlogère.


La grande force de l'Organic Time est la cohérence qu'elle dégage. Tout le talent d'Emmanuel Dietrich s'y exprime. Malgré son originalité, sa taille (46x48mm sans la couronne), la montre respire l'harmonie car inspirée par la nature. Chaque détail qui la compose fait référence à un élément naturel créant ainsi une sorte de paysage animé.


La forme du boîtier en acier micro-billé est complexe et fluide à la fois. Elle semble ovoïde mais la présence des vis sur la lunette lui donne un côté plus géométrique. Ces quatre vis sont reliées entre elles par des vaisseaux non symétriques qui renforcent le sentiment d'être en face d'un organisme vivant. Le contraste entre la lunette et la base du boîtier (recouverte d'un PVD noir)  est saisissant comme pour souligner toute l'ingéniosité du système de changement du bracelet. Car au-delà de la réussite esthétique du boîtier, de son poids relativement lourd et de la qualité de ses finitions, le boîtier se révèle être d'un très grand aspect pratique. En effet, le bracelet est réalisé en une seule partie et il suffit de tirer dessus pour le retirer et de le faire glisser dans les ouvertures de la base du boîtier pour le remettre. En dix secondes, vous pouvez, en toute simplicité, changer de bracelet et je dois avouer que je fus particulièrement séduit par l'ingéniosité du système. La forme de la base du boîtier a un atout supplémentaire: elle permet d'assoir la montre sur le poignet (si ce dernier a la taille adéquate) et d'éviter qu'elle ne bouge. Le confort s'en trouve amélioré malgré le gabarit de la pièce.

La fluidité des lignes de la base du boîtier:


Même si les qualités du boîtier sont très appréciables, c'est le cadran qui se révèle être l'élément majeur de l'Organic Time. Profitant de l'épaisseur de la montre (13,7mm tout de même), Emmanuel Dietrich a imaginé bien plus qu'un cadran qui donne l'heure mais une véritable mise en scène, une ode à la nature qui vit, qui bouge. Plusieurs niveaux se succèdent avec des alternances de finition des parties brossées, définissant ainsi une plongée tri-dimensionnelle dans le mouvement. Les graduations au niveau du verre, puis les aiguilles principales, la trotteuse en forme de soleil, les vaisseaux et enfin l'indicateur sur 24 heures constituent les différentes étapes vers la platine et le balancier discrètement visible du mouvement. Le résultat visuel est vraiment fascinant et tout simplement inattendu pour une montre de ce prix. Le risque avec une telle complexité est de rendre la lecture de l'heure délicate. Ce n'est nullement le cas ici puisque les aiguilles "feuilles" (au sens premier du mot) se détachent nettement grâce à leur formes et à leur couleur luminescente. 

Choisir le bracelet prend plus de temps que de l'installer:


La couleur des aiguilles, vertes dans la OT-1, me fait  d'ailleurs préférer cette version aux deux autres. Je trouve que le vert est le plus approprié compte tenu du contexte de l'Organic Time et de son inspiration. Pour avoir porté pendant plusieurs jours cette montre, je fus séduit par sa lisibilité (indicateur des 24 heures à part), son confort et sa présence au poignet. L'Organic Time est une montre qui se remarque et qui revendique son originalité plus par son esthétique que par sa taille ce qui prouve la réussite du coup de crayon d'Emmanuel Dietrich.


Compte tenu du prix de vente ajusté, des concessions ont dû être faites principalement au niveau du mouvement pour rester dans des coûts de production raisonnables. Le calibre qui équipe l'Organic Time n'est pas suisse mais japonais s'agissant du Miyota 82-S-7 que l'on retrouve également chez SevenFriday ou chez Egard. Je ne pense pas que cela pose un grand problème. Tout d'abord, le mouvement en lui-même est fiable et son efficacité au remontage est tout à fait correcte. La montre a présenté des performances chronométriques tout à fait acceptables les jours où je l'ai portée. Du point de vue commercial, je ne vois pas de souci non plus. Le principal attrait de la montre demeure son design abouti et la clientèle sera bien plus séduite par son originalité et son audace que par une éventuelle origine suisse du mouvement. Je trouve que le choix du Miyota est le bon car dans la situation actuelle du marché horloger, l'attractivité des prix est un facteur clé de réussite.


De toutes les façons, l'Organic Time offre déjà beaucoup et sous certains aspects, bien plus que de nombreuses montres plus onéreuses. Elle prouve qu'il n'est pas nécessaire de dépenser des fortunes pour acquérir une montre de caractère, qui a du style tout simplement et qui sort des sentiers battus. Sa source d'inspiration, qui peut sembler logique pour une montre car les cycles de la nature suivent l'évolution du temps, a rarement été aussi bien mis en scène que dans cette montre. La qualité des finitions est surprenante pour le prix et à l'usage, l'Organic Time séduit par son confort et le côté pratique du changement de bracelet. Toutes ces raisons font que je la considère comme étant une des montres majeures de cette année.

L'Organic Time OT-1 dans son élément naturel:


Merci à Emmanuel Dietrich.

Les plus:
+ une vraie réussite esthétique
+ les différents niveaux du cadran qui proposent une plongée spectaculaire vers le mouvement
+ le système de changement de bracelet
+ les finitions très convaincantes pour le tarif
+ le prix contenu

Les moins:
- l'affichage sur 24 heures n'est pas très lisible
- le gabarit imposant rend la montre peu adaptée aux petits poignets