dimanche 26 juin 2016

Cartier: Calibre Diver Bleue

La Calibre Diver fut dévoilée lors du SIHH 2014. Première véritable montre de plongée de la part de Cartier, elle se distingue par le respect des codes de la marque dans un contexte pourtant inhabituel.  A peine plus épaisse que la Calibre de base (11mm vs 10mm), la Calibre Diver possède un style élancé (renforcé par le diamètre de 42mm) et plutôt élégant lui permettant d'être à l'aise en toutes circonstances... même loin d'un environnement aquatique. 

Du point de vue des performances, elle respecte les normes ISO 6425 et offre une étanchéité de 300 mètres. Même si pour une plongeuse, j'ai tendance à préférer une trotteuse centrale, le traitement Superluminova est efficace et met bien en valeur les indicateurs clé. L'esprit de la marque se retrouve dans le XII imposant au sommet du cadran, dans la forme du boîtier et dans la couronne à pans ornée d'un spinelle de synthèse facetté.


La première version de la Calibre Diver utilise les codes couleurs traditionnels des montres de plongée avec un cadran noir favorisant un fort contraste avec les aiguilles et les autres éléments luminescents. J'aime d'ailleurs beaucoup le design de cette montre que je trouve plus convaincante dans cette livrée que dans la version de base. Je la trouve plus audacieuse et sa polyvalence lui permet d'être portée avec un costume sans souci. Le bracelet caoutchouc livré avec la montre est confortable et esthétiquement se marie bien avec le boîtier. Cependant, j'aurais préféré une texture moins lisse au contact de la peau. En d'autres termes, les picots du dessus auraient été également bienvenus sous le bracelet pour mieux faire respirer la peau.

Le SIHH 2016 fut marqué par la présentation de la Calibre Diver à cadran et lunette bleus. Le bleu est peut-être la couleur la plus tendance de l'horlogerie et il n'est donc pas très surprenant de découvrir cette version qui se décline avec tous les boîtiers disponibles: acier, or rose et bicolore.


Cependant, il existe deux différences majeures entre la version bleu et la version noire qui vont bien au-delà du pur changement chromatique. La première différence est que la lunette bleue est en céramique, ce qui est une grande première pour Cartier. Je rappelle que la lunette de la première version de la Calibre Diver est en acier revêtu d'ADLC. La lunette céramique possède des performances différentes de celle en acier: elle est évidemment beaucoup plus stable puisqu'elle n'a pas de revêtement. En revanche, en théorie, elle présente un risque supérieur de casse.

La seconde différence est liée au bracelet. Le bracelet caoutchouc noir est ici remplacé par un bracelet en veau bleu et caoutchouc fabriqué par Hirsch. J'aime beaucoup ce bracelet, à la fois très souple et très agréable tant du point de vue esthétique qu'au porter. La forme des éléments en caoutchouc fait circuler l'air et la peau transpire moins qu'avec le bracelet de la Calibre Diver noire.

La jolie combinaison entre la couleur de la lunette et celle du spinelle. Vous noterez également la forme des éléments en caoutchouc qui contribue au confort et qui laisse la peau respirer:


Lorsque j'ai découvert la Calibre Diver Bleue lors du SIHH, je ne fus pas totalement emballé par le rendu du bleu, à la fois sur le cadran et sur la lunette. Etait-ce dû au prototype? Aux conditions de lumière? En tout cas, la version finale livrée en boutique m'a plus convaincu sur ce point avec un rendu plus intense et profond. De façon surprenante, le bleu se marie bien avec le boîtier en or rose et donne un côté plus original à la montre. La version acier est moins surprenante car la combinaison cadran bleu et métal neutre est relativement courante dans le monde des montres de plongée. 


Le mouvement qui anime la Calibre Diver Bleue est évidemment toujours le calibre de manufacture 1904-PS MC. Ce mouvement à double barillet est performant et possède une excellente efficacité au remontage. Le double barillet a pour objectif d'augmenter le couple mais pas la réserve de marche (48 heures) qui reste toutefois suffisante.

La Calibre Diver Bleue est donc pour moi une évolution réussie de la première version même si sa présentation n'est guère surprenante. La nouvelle couleur dominante la rend plus décontractée que sa devancière. Elle m'est apparue ainsi plus fun mais en même temps moins polyvalente du point de vue du style. Le choix entre les deux versions se fait selon moi en fonction de l'utilisation attendue de la montre. En montre principale de collection, j'ai une préférence pour la noire. En montre de complément, la bleue est très attirante et séduit par son côté moins formel... sans oublier la jolie combinaison entre la couleur de la lunette et celle du spinelle.

La version en or rose propose un contraste de couleurs plus surprenant:


Merci à l'équipe de de la boutique de Paris Capucines.

Les plus:
+ la nouvelle couleur dominante rend la montre plus décontractée
+ la finition de la lunette et du cadran
+ l'efficacité du mouvement 1904-PS MC
+ le confort du bracelet

Les moins:
- la réserve de marche est suffisante mais un peu courte selon les standards actuels (48 heures)
- la version bleue est moins polyvalente esthétiquement parlant que la version noire

Jaeger-Lecoultre: l'Atelier Reverso

Jaeger-Lecoultre organisa il y a quelques jours une soirée Reverso au sein de la boutique de la Place Vendôme. En fait, il y avait 3 raisons de célébrer la montre iconique de la Grande Maison:
  • son 85ième anniversaire,
  • le partenariat avec Christian Louboutin,
  • l'Atelier Reverso.
Je souhaiterais revenir sur le dernier point car il traduit une orientation de la marque intéressante.

Je l'ai déjà exprimé à de nombreuses reprises: le contexte délicat du marché horloger actuel est plus dû à une crise de l'offre qu'à une crise de la demande. Les clients recherchent avant tout de la créativité, de l'audace, de la personnalisation et des prix qui leur semblent justes et cohérents. Le problème est que les années de croissance facile n'ont pas permis aux grandes marques d'anticiper ces nouvelles tendances et les stratégies de réorientation doivent maintenant être menées de façon accélérée sous peine de rater le renouvellement de la clientèle. L'idée de l'Atelier Reverso provient de ce constat: les clients, et tout particulièrement ceux qui découvrent l'univers de la belle horlogerie, recherchent de plus en plus cette exclusivité qui se traduit par la personnalisation des différents éléments qui composent la montre. L'Atelier Reverso répond à cet enjeu et confirme, de façon plus structurée, le potentiel de personnalisation de la Reverso, connu depuis plusieurs décennies à travers notamment l'offre en matière de gravure.

La personnalisation proposée dans le contexte de l'Atelier Reverso a de plus une vertu pour la marque: lorsqu'elle est bien contrôlée et intelligemment faite, elle permet d'être moins exigeante et plus économe pour la manufacture et la chaîne d'approvisionnement qu'un catalogue proposant une vaste sélection de modèles. Tous les détaillants le savent: lorsqu'une collection est large, le client recherche souvent le modèle qui n'est pas en boutique. La personnalisation permet de retourner le problème: le client est impliqué dans le process créatif et il a le sentiment qu'il achète SA propre montre, bien plus exclusive que n'importe quelle autre du catalogue.

Le défi pour la marque  est d'être en mesure de proposer assez d'options pour que la démarche ait du sens sans rentrer dans un processus de décision complexe pour le client. En tant que client, lorsque vous dépensez plus milliers d'euros dans une montre, vous souhaitez des réponses et pas une multitude de questions.

C'est la raison pour laquelle l'Atelier Reverso est bien conçu. Les différentes étapes qui permettent de créer sa Reverso sont simples et efficaces. Les options sont claires et suffisamment nombreuses pour que la démarche soit intéressante et ludique et qu'elle puisse renforcer la conviction du client que sa montre est exclusive (il ne doit pas croiser la même dans la rue!).

7 montres Reverso, 49 cadrans et couleurs, 800 bracelets  définissent 5.277 combinaisons à disposition sans oublier évidemment la personnalisation ultime: la gravure. Les principaux changements par rapport à ce que nous connaissions auparavant sont l'offre en matière de cadrans et la mise à disposition des créations de Christian Louboutin qui apporte son inspiration et son univers dans la palette de l'Atelier Reverso.

Grâce à un large écran installé dans les boutiques, le client parcourt les différentes options et, fort heureusement, des échantillons (cadrans, bracelets, type de gravure) donnent une excellente idée du résultat final. Le risque aurait été trop grand sinon d'être déçu du fait d'un écart entre la représentation sur l'écran et la réalité.

L'Atelier Reverso n'est donc pas à proprement parler une révolution mais il officialise le très grand potentiel créatif de la Reverso. Ce potentiel devient plus accessible à la clientèle grâce à la structuration de la démarche.

Je vous propose de parcourir quelques photos prises au cours de la soirée Reverso et lors d'une autre visite à la boutique:

Les joueurs de Polo accueillirent les invités:



De nombreuses stars furent présentes mais la véritable star, surtout dans un tel contexte, fut Colin Field, le barman du Bar Hemingway du Ritz!


Stromae fut très attentif à la démonstration du maître-graveur:


La Reverso musicale!


Sous le charme des Reverso Louboutin:


La boutique  Jaeger-Lecoultre de la Place Vendôme est la plus grande de la marque dans le monde  mais elle fut bien remplie lors de la soirée:


Profitant d'un des cocktails de Colin Field:


La musique aidant, la boutique se transforma en dance floor!


Les pas qui guidèrent vers l'Atelier Reverso:


La décoration de l'Atelier Reverso est évidemment d'inspiration Art-Déco:


L'écran à disposition de la clientèle:


Quelques échantillons de cadrans:


Quelques couleurs de bracelets:


Le maître-graveur de la boutique fait partie des plus talentueux de la Grande Maison comme le prouvent ces représentations de la Place Vendôme et de la Tour Eiffel. Regardez la finesse de l'exécution et des personnages sur la place:



Deux Reverso Louboutin:


Même si la soirée était consacrée à la Reverso, je ne pus résister de mettre au poignet ces deux pièces de haut vol qui sont la preuve des compétences de la Manufacture:

Le Duomètre Sphérotourbillon, ici dans une version en or gris sertie avec 97 diamants. Le comportement du tourbillon est réellement magique:


La Master Grande Tradition Grande Complication n'est pas seulement un régal pour les yeux avec son tourbillon orbital. Elle est aussi un ravissement pour les oreilles grâce au très beau son de la répétition minutes. J'aime beaucoup les répétitions minutes chez Jaeger-Lecoultre car elles ont, selon moi, un excellent rythme. Les notes s'enchaînent avec la bonne vitesse permettant de bien les compter et donc la complication remplit bien sa vocation première.


Je tiens à remercier l'équipe de la boutique Jaeger-Lecoultre de la place Vendôme pour la qualité de son accueil.

mardi 21 juin 2016

Roger Dubuis: Hommage Automatique cadran ouvert

Il est toujours étonnant de découvrir l'existence d'une montre en la voyant pour la première fois chez un détaillant. C'est pourtant l'expérience qui m'est arrivée il y a quelques jours au sein de la boutique Bucherer de Paris en apercevant une Roger Dubuis Hommage Automatique bien particulière. En effet, elle se distinguait par son cadran ouvert, bien éloigné du cadran guilloché de la collection.

S'il fallait résumer en quelques mots la collection Hommage, je dirais qu'elle symbolise le retour de la marque vers le classicisme des débuts incarné par les montres "Bulletin d'Observatoire" avec toutefois une approche esthétique un peu plus démonstrative comme le prouve le guillochage du cadran. Loin de l'exubérance des Excalibur et d'une approche plus facile que les Monégasque, les montres issues de la collection Hommage constituent cependant elles aussi une belle démonstration du savoir-faire de la marque avec des finitions soignées confirmées par le poinçon de Genève.


Le reproche que je pourrais formuler à l'encontre des montres Hommage est la personnalité affirmée du cadran qui peut être lassante à plus ou moins long terme. Le guillochage est très présent et a tendance à casser la dimension intemporelle des montres de la collection. En soi, ce n'est pas un problème puisqu'il vaut mieux, selon moi, un trop-plein d'énergie qu'une pièce qui ne dégage aucune émotion. Je pense malgré tout que les montres Hommage ont plus vocation à compléter des collections qu'à en constituer des bases.

La version à cadran ouvert effectue un virage esthétique à 180 degrés. Le guillochage disparaît mais, Roger Dubuis oblige, il ne fallait pas s'attendre à un cadran tout simple à la place. La manufacture genevoise prit la décision d'ouvrir des portions du cadran pour donner une dimension plus technique à la montre. Le résultat est surprenant et fonctionne plutôt bien. Ce n'était pas gagné d'avance: le côté cadran d'un mouvement n'est pas ce qu'il y a de plus passionnant. Heureusement, pour des raisons de lisibilité et pour des choix esthétiques, le cadran propose une alternance entre zones ouvertes et zones pleines. Le perlage, qui aurait pu être très lourd visuellement parlant, devient un élément décoratif agréable. L'anneau des heures et la graduation périphérique facilitent grandement la lisibilité de l'heure toute en donnant une dimension circulaire au design du cadran. 


L'ensemble est ainsi séduisant mais, tout comme son alter ego à cadran guilloché, une telle montre peut lasser si elle est portée quotidiennement.  Je la considère plus comme une alternative  originale à une montre habillée traditionnelle et je la réserverais pour des circonstances particulières. Car du caractère, elle n'en manque pas comme l'attestent son boîtier relativement imposant de 42mm et ses aiguilles épaisses. Magie de l'ouverture du cadran et de sa décoration, le fait que la trotteuse soit placée trop près du centre est moins perceptible dans cette version.


Le mouvement qui anime cette version de l'Hommage Automatique est le calibre à micro-rotor RD620, le même évidemment que celui de la version à cadran guilloché. Ce mouvement propose une réserve de marche de 52 heures et possède une très bonne efficacité au remontage pour un micro-rotor. Son rendu visuel est agréable et ses finitions sont irréprochables. Cependant, j'aurais aimé une présentation plus réjouissante du micro-rotor. Une montre de ce niveau (et de ce prix, autour de 28K€), mériterait un rendu visuel plus valorisant du mouvement.  Ce défaut n'est pas rédhibitoire mais un peu plus d'audace côté mouvement n'aurait pas nui et surtout aurait été cohérent avec l'approche esthétique du cadran.

Cette Roger Dubuis Hommage Automatique reste malgré tout une montre plutôt convaincante car elle parvient à donner une nouvelle dimension à la collection Hommage tout en conservant une dose d'originalité.


Merci à l'équipe de la boutique Bucherer à Paris.

Les plus:
+ une approche esthétique qui renouvèle la collection Hommage
+ des finitions soignées
+ le plaisir d'un calibre automatique à micro-rotor

Les moins:
- la présentation du mouvement pourrait être plus audacieuse
- la trotteuse est proche du centre du cadran même si cela se voit moins sur cette version

dimanche 19 juin 2016

Petite réflexion sur la Montblanc 4810 Orbis Terrarum

La présentation d'une partie de la nouvelle collection 2016 Montblanc à la boutique de Paris Capucines me donne l'occasion de revenir sur la 4810 Orbis Terrarum. En fait, cette montre est la déclinaison dans le contexte 4810 de la complication Worldtimer (Heures Universelles) de l'Heritage Spirit présentée en 2015. L'Heritage Spirit Orbis Terrarum est pour moi une des montres les plus intéressantes présentées par Montblanc ces dernières années et témoigne de l'ambition de la marque. Sa présentation est soignée, notamment au niveau du cadran et elle offre une complication prestigieuse à un prix maîtrisé.

Le mouvement qui l'équipe est constitué d'un calibre de base Sellita (d'une fréquence de 4hz et d'une réserve de marche de 42 heures) et d'un module Heures Universelles développé en interne. Ce module permet de lire de façon instantanée l'heure des 24 fuseaux horaires et même s'il ne gère pas les fuseaux décalés du type Iran ou Népal, il n'en demeure pas moins lisible. De plus, l'affichage jour&nuit met en scène la zone centrale de la montre qui incite au voyage du fait de la projection du planisphère concentré sur l'hémisphère nord.

L'Heritage Spirit Orbis Terrarum avec les boutons de manchette de circonstance!

 

Le poussoir latéral permet d'ajuster le fuseau de référence (en positionnant la ville repère à 6 heures) et recale donc automatiquement l'anneau des heures et l'affichage jour&nuit. 

Mon seul regret vis-à-vis de cette montre est le mouvement de base qui aurait mérité une présentation un peu moins austère. Le fond transparent n'était donc pas indispensable.

La version 4810 se distingue de la version Heritage Spirit pour deux raisons: l'utilisation d'un boîtier plus imposant (43mm vs 41mm) et un planisphère plus coloré et plus chaleureux. La montre gagne à la fois en caractère et en dynamisme. Le choix entre les deux versions se résume à une histoire de goût. L'une dégage plus d'énergie, l'autre plus de sobriété et de raffinement.

La grande force de la 4810 Orbis Terrarum est de conserver l'équilibre du cadran malgré l'élargissement du boîtier:


Ma réflexion personnelle porte sur le souci du détail apporté par Montblanc dans le contexte de l'élargissement. En effet, Montblanc a veillé à ce que les proportions des différentes composantes du cadran (zone centrale, anneau des villes et anneau des heures) soient préservées. Ainsi, la zone du planisphère est agrandie dans la version 4810. Visuellement parlant, les deux versions présentent le même équilibre ce qui est très agréable. Cela peut apparaître comme un détail mais ce respect des proportions prouve que Montblanc se donne les moyens de réussir et travaille au renforcement de sa crédibilité horlogère. Il rappelle également le rôle important joué par la collection 4810. Les nouvelles montres de la collection tirent profit de la touche d'élégance qui a été apportée à la collection grâce aux modifications esthétiques subtiles mais réelles comme par exemple l'affinement des cornes. 

La 4810 Orbis Terrarum profite également d'un planisphère plus coloré et chaleureux:


La 4810 Orbis Terrarum est donc une montre réussie car les deux millimètres supplémentaires ne nuisent pas à l'équilibre esthétique. Elle pourra séduire les amateurs qui trouvent l'Heritage Spirit trop sage grâce à sa présence au poignet plus affirmée et à sa palette chromatique plus chaleureuse.  

Merci à l'équipe de la boutique Montblanc de Paris Capucines.