dimanche 11 janvier 2015

Emmanuel Bouchet: Complication One

Un des événements du dernier SalonQP fut incontestablement la présentation par Emmanuel Bouchet de la première montre, la Complication One, qui porte sur les fonts baptismaux sa propre marque. Car la démarche d'Emmanuel Bouchet n'est pas à proprement parler celle d'un horloger indépendant. Sa volonté est bel et bien de créer une marque dont la Complication One ne constitue que l'étape initiale. Cela ne rend pas la tâche plus aisée, bien au contraire. Cette montre doit non seulement incarner les idées directrices du maître horloger mais aussi définir les tendances esthétiques qui pourront se retrouver dans le futur. Et il faut bien l'avouer, lorsqu'Emmanuel Bouchet a communiqué sur sa présence au SalonQP à travers des pré-annonces et des teasers, il suscita une attente très forte. En effet, tous les observateurs avaient à l'esprit Opus 12 d'Harry Winston qu'il créa et développa par le biais de sa société d'alors, Centagora. Au-delà de l'envoûtant ballet d'aiguilles qu'Opus 12 proposait, j'avais été personnellement très marqué par le fait que les prototypes fonctionnaient sans souci à Baselworld ce qui témoignait d'une intelligence de conception rare et orientée vers plus d'efficacité et de fiabilité.


Comme je l'espérais, Emmanuel Bouchet frappe un grand coup avec la Complication One. La montre est belle, très contemporaine tout en demeurant respectueuse de la tradition horlogère. Mais surtout, elle porte en elle une architecture de mouvement innovante qui met en avant (au sens propre et au sens figuré!) le module d'échappement qui, dans le contexte particulier de la Complication One, voit son rôle élargi. En sus de sa mission d'organe régulateur, le module d'échappement devient ici un élément qui donne directement le temps. Ce sont ses propres impulsions qui définissent les minutes, les heures tout en permettant une parfaite synchronisation de la grande seconde. Le mouvement se distingue donc par l'absence de chaussée, de roue des heures compte tenu de la fonction du module d'échappement. 

Il faut imaginer l'impact visuel d'une telle organisation de mouvement. Le module d'échappement est visible côté cadran. Les dents de la roue d'échappement, semblables à des crochets, sont orientées vers l'intérieur et l'ancre en elle-même impressionne par la taille. L'animation qui s'offre donc à nos yeux n'est pas du tout celle d'un balancier qui oscille. L'ancre et la roue d'échappement occupent une grande partie de la zone inférieure du cadran et toutes les 15 secondes, le module bouge. Cette animation extrêmement lente accentue le sentiment d'être en présence d'une montre à basse fréquence ce qui est d'ailleurs le cas puisque la fréquence du balancier est de 2,5hz. Elle fait penser, en un sens, à un remontoir d'égalité dans sa représentation visuelle comme si elle stockait de l'énergie pour la relâcher toutes les quinze secondes.


La synchronisation de la grande seconde est évidemment aussi mise en valeur. C'est la raison pour laquelle le sous-cadran de la trotteuse est le plus important  et qu'il se situe au sommet du cadran. Lorsque le module d'échappement effectue son mouvement, la trotteuse s'arrête pour se caler. Voici donc une montre, purement mécanique, qui m'évoque le comportement des pendules de gare suisses. Mais ici, la synchronisation s'opère toutes les 15 secondes! L'animation du cadran doit donc être considérée comme étant composée à la fois du module d'échappement et de la trotteuse.

La synchronisation de la trotteuse:





L'affichage du temps n'est pas, lui non plus, dénué d'originalité. J'y retrouve d'ailleurs quelques idées présentes sur Opus 12: la séparation en deux zones et l'indication des minutes en deux phases.

Les heures sont affichées sur un disque saphir surélevé à 8 heures. Elles se lisent de façon traditionnelle. Les minutes sont situées sur un disque similaire à 4 heures. Compte tenu de la taille réduite du disque, Emmanuel Bouchet fit le choix d'utiliser deux aiguilles. L'une indique les dizaines de minutes, l'autre les unités. Le disque étant gradué de 0 à 9, la première aiguille effectue un mouvement rétrograde à la fin de la cinquième dizaine. Bien entendu, l'aiguille sautante des heures effectue au même moment sa progression. Un joli petit effet visuel qui donne envie de surveiller les fins d'heure! Un tel affichage du temps nécessite de la part du propriétaire de la montre une période d'accoutumance notamment au niveau des minutes mais une fois maîtrisée, la lisibilité ne pose pas de souci.

L'aiguille des dizaines des minutes rétrograde et l'aiguille sautante des heures:





En raison de la taille du module d'échappement et de la présence des multiples sous-cadrans, le diamètre du boîtier ne pouvait pas être modeste. Les 44mm représentent certes un gabarit non négligeable mais la fluidité des lignes, la parfaite continuité créée par les cornes et les effets de lumière et de transparence provoquées par la forme du verre rendent le style de la montre très léger pour ne pas dire aérien. L'heureuse surprise est l'épaisseur qui reste maîtrisée avec une hauteur de boîtier de 11,2mm surprenante en raison de la surélévation des disques d'affichages et du rendu visuel du mouvement à l'arrière.

J'aime beaucoup le travail esthétique effectué sur la Complication One et mis en valeur par David Quinche. Il se dégage de la montre une atmosphère très contemporaine et très élégante. Elle parvient à être très lumineuse malgré les couleurs sombres dominantes. Deux détails m'ont particulièrement séduit: la forme des supports qui surélèvent les disques et celle du mouvement, tout en galbe et en rondeur, qui épouse le verre saphir arrière. Les finitions des mouvements des montres photographiées, les premiers prototypes disponibles, ne sont d'ailleurs pas achevées.


En retournant la montre, les spécificités du mouvement à remontage manuel EB-1963 (année de naissance d'Emmanuel Bouchet) se dévoilent. Les deux imposants barillets se détachent nettement. Leur mission est plus de conférer au mécanisme une régularité de comportement que de véritablement augmenter la réserve de marche qui reste raisonnable à 70 heures. Le balancier à inertie variable semble un peu modeste à côté de ces barillets. Notons cependant le pont à trois bras plutôt original. Mais la vrai star, le module d'échappement, se situe côté cadran.


La Complication One sera disponible en 5 versions: or jaune, or rose, or blanc, platine et titane avec un revêtement ADLC. La base du cadran sera soit en onyx soit en calcédoine, l'objectif étant que les disques et le module d'échappement puissent nettement se détacher et que les informations demeurent lisibles. En tout cas, une fois mise au poignet, la Complication One s'est révélée être aussi séduisante que son contenu technique. La forme du boîtier et des cornes lui permet de bien épouser le poignet assurant ainsi un confort adéquat. La taille ne m'est pas apparue comme problématique puisque le bracelet effleure le boîtier réduisant ainsi les dimensions perçues. Et très vite, j'ai eu le réflexe d'observer le comportement du module d'échappement et de la trotteuse. Le concept de synchronisation m'a beaucoup plu et je dois avouer que les deux sous-cadrans dédiés à l'affichage du temps me sont vite apparus comme accessoires! Emmanuel Bouchet a donc rendu un bien bel hommage à l'ancre suisse puisqu'elle est devenue, grâce à la Complication One, le centre d'intérêt de sa montre tant du point de vue technique que du point de vue esthétique.


Merci à Emmanuel Bouchet pour son accueil pendant le SalonQP.

Les plus:
+ la mise en avant du module d'échappement
+ l'animation du cadran
+ le design contemporain et élégant
+ le confort au porter

Les moins:
- le lecture du temps nécessite une période d'accoutumance notamment au niveau des minutes

dimanche 4 janvier 2015

Hoptroff: n°16

Et si le pays le plus créatif en matière d'horlogerie était l'Angleterre? Je ne sais pas si c'est le prisme du SalonQP qui me donne cette impression, mais chaque année je découvre à Londres de nouvelles marques et surtout de nouvelles démarches horlogères. Ce n'est pas la première fois que Richard Hoptroff honorait le Salon de sa présence mais cette année avait un goût particulier avec la présentation des prototypes des montres atomiques succédant ainsi aux montres électro-mécaniques de l'année précédente.

Montres atomiques? Voilà qui semble pour le moins étrange. Leur intérêt en termes de précision est évident mais les systèmes atomiques évoquent plus les horloges "maître" sur lesquelles s'ajustent les montres radio-pilotées. Alors l'idée de se retrouver avec une montre atomique peut surprendre: ne faudrait-il pas une brouette pour qu'une telle montre puisse nous accompagner? Mais telle est la grande réussite de Richard Hoptroff et de son équipe: être arrivé à réduire la taille du mécanisme afin qu'il puisse être logé tout d'abord dans une montre de poche avec la n° 10 puis dans une montre-bracelet avec la n° 16.


Le principe du mécanisme est le suivant: il mesure les transitions atomiques des atomes de gaz de Cesium contenu dans une petite capsule. Un processeur à signal numérique compte ces transitions et lorsque le nombre de 4.596.315.885 transitions est atteint, il considère qu'une seconde est écoulée. Pour que les transitions atomiques puissent s'opérer, les électrons de l'atome doivent être sollicités par un laser tandis qu'un résonateur à hyperfréquence détermine la fréquence de transition. S'il fallait comparer cette fréquence à celle d'une montre mécanique traditionnelle, nous obtiendrions le nombre impressionnant de 4.596.315.885 x 36.000 alternances soit plus de 16 millions de millions d'alternances par heure. La précision théorique d'un tel mécanisme est égale à un écart de 1,5 secondes tous les mille ans. Au-delà de la taille, la principale contrainte du mécanisme est le nécessaire maintien d'une température constante afin que les écarts de température n'affectent pas le comportement des capteurs. C'est la raison pour laquelle se trouve dans la montre une sorte de "four" qui chauffe à 130 degrés la capsule de gaz de Cesium.

La n° 10 est la preuve à la fois du potentiel d'un tel mécanisme et du talent de Richard Hoptroff. Se situant dans la lignée des montres de poche ultra compliquées qui ont marqué l'histoire de l'horlogerie, la n° 10 proposera, une fois achevée, vingt-huit indicateurs côté face et au moins une vingtaine supplémentaire sur le cadran arrière de la montre. Elle regroupera à la fois des données temporelles, astronomiques mais également géographiques ou barométriques.


La n° 16 poursuit le chemin tracé par la n° 10 mais cette fois-ci avec un atout majeur: il s'agit d'une montre-bracelet. Certes, les dimensions de cette montre à double-cadran demeurent extrêmement généreuses avec un gabarit de 83,7mm sur 43,4mm, sans parler de l'épaisseur se situant autour des deux centimètres aux points les plus hauts des verres. Mais après tout, qu'importe! Cette taille ne l'empêche pas de revendiquer le titre de montre-bracelet la plus précise au monde. Et puis, esthétiquement, elle dégage une atmosphère particulière. 

En fait, elle donne l'impression de surgir d'une faille spacio-temporelle: un mouvement atomique dans un boîtier que je trouve à l'esprit très Steampunk  sans oublier deux cadrans d'inspiration Art Nouveau avec les locutions latines qui inscrivent la pièce dans une certaine intemporalité...  La construction en deux cadrans est un choix intelligent. Elle permet de préserver la "portabilité" de la montre, de répartir de façon judicieuse les fonctions et d'améliorer la lisibilité.


Le cadran de droite est dédié à l'affichage du temps avec les traditionnelles heures, minutes et secondes à droite. A gauche de ce cadran, se trouve l'affichage du temps sidéral. Au sommet du cadran, se situe l'équation du temps. L'organisation de ce cadran n'est pas anodine. Elle est inspirée par celle de la Space Traveller de George Daniels. Une attitude typiquement anglaise revendiquée par les créateurs d'aujourd'hui qui n'hésitent pas à rendre hommage aux pièces majeures de leur patrimoine.

Le cadran de gauche est en revanche consacré à des fonctions plus astronomiques même si on y retrouve la date ou la réserve de marche: les phases de lune, l'heure du lever du soleil, du coucher y sont ainsi indiqués.

Une des plus belles réussites de la n° 16 est la cohérence entre les affichages et la forme du boîtier. Les continuités des longues courbes font référence au signe de l'infini dessiné par le boîtier et rappellent la longévité de la précision grâce au système atomique. Deux visages relient les cadrans. Contrairement aux apparences, leur rôle n'est pas uniquement décoratif. Les yeux en saphir bleu se mettent à briller une fois chacun pour indiquer qu'une minute vient de s'écouler: une façon élégante et subtile d'apporter une fonction supplémentaire à la montre. Les yeux permettent de signaler également si la montre est en mode atomique complet ou pas. Le poussoir supérieur active le mode Bluetooth permettant de régler la montre via une application iOS (et prévue pour Android cette année) et  utile lors d'un voyage afin que les heures du lever et du coucher soient correctement positionnées. Le poussoir inférieur sert à activer le mode atomique complet. Lorsqu'il n'est pas activé, la précision de la montre demeure extrêmement élevée avec un écart de 10 secondes tous les mille ans. L'intérêt de la désactivation est de prolonger la durée de fonctionnement de la batterie et donc de lui éviter des recharges trop fréquentes.


La Hoptroff n° 16 est bel et bien une montre marquante de l'horlogerie contemporaine. Si elle ne possède pas le côté magique d'une montre purement mécanique, elle n'en demeure pas moins une formidable démonstration du talent de Richard Hoptroff qui parvient à créer une première mondiale (elle est à ma connaissance la seule montre-bracelet atomique à être commercialisée) sans le soutien logistique de grands groupes. De plus, le système utilisé répond à l'objectif poursuivi par tout horloger qui se respecte: la quête pour la meilleure précision dans la durée. En rendant cette technologie atomique compatible avec une montre bracelet, Richard Hoptroff s'inscrit finalement dans cette tradition des horlogers du passé qui oeuvraient pour atteindre la meilleure chronométrie en utilisant les technologies contemporaines. Une chose est sûre: les performances chronométriques de la n° 16 seront maintenant difficiles à battre!

La Hoptroff n° 16 est disponible en acier (12.200 GBP HT), en or rose (22.500 GBP HT) et en platine (31.500 GBP HT) directement auprès de Richard Hoptroff. Elle sera produite en cent exemplaires.

Les plus:
+ une première mondiale dévoilée sans tambour ni trompette
+ la précision du système atomique
+ l'organisation en deux cadrans
+ la cohérence esthétique de l'ensemble

Les moins:
- la portabilité de la montre est acceptable mais le gabarit impressionnant oblige à la porter au-dessus d'une chemise

Edox: HydroSub North Pole

Malgré son catalogue extrêmement varié et ses prix mesurés, Edox demeure une maison horlogère relativement peu connue en France. Mais cela ne risque pas de durer puisqu'Edox a profité de la célébration de son 130ième anniversaire pour présenter l'année dernière de nouvelles interprétations de plusieurs modèles historiques comme la Geoscope ou l'HydroSub. De plus, la marque a mis en oeuvre une stratégie de communication plus ambitieuse afin d'accroître sa visibilité. Divers partenariats, à forte connotation de sports extrêmes, ont ainsi été noués avec le Rallye Paris-Dakar, le Class-1 World Powerboat Championship ou l'Extreme Sailing Series. C'est donc toute une image dynamique et, osons le dire, virile, qui est en train d'être construite. Quelques esprits taquins noteront que l'implication avec la Fédération Internationale de Curling détone dans cette stratégie mais tant qu'ils n'auront pas vigoureusement frotté la glace avec un balai, ils ne se rendront pas compte de l'effort que ce sport nécessite! Plus sérieusement, j'y vois la volonté d'être présent dans des pays très ciblés où le Curling est populaire, et qui sont peut-être délaissés par une grande partie des marques.


La nouvelle HydroSub est bien plus qu'une preuve de cette ambition. Elle en constitue une pierre angulaire. En effet, je considère cette montre comme une des plongeuses récentes les plus abouties et convaincantes dans son segment de prix. A vrai dire, pour être totalement crédible dans une présentation d'une montre de ce type, il faudrait être en mesure de la tester dans les conditions de plongée pour vérifier sa lisibilité, les sensations provoquées par la manipulation de la lunette, de la couronne etc... Ne pouvant le faire, je vais me contenter de vous retranscrire mes impressions après avoir eu l'occasion de la tester dans un contexte "urbain"... ce qui après tout demeure de nos jours la destination première des montres de plongée!

L'HydroSub se décline en différentes versions à quartz, en deux versions automatiques auxquelles se rajoute l'édition limitée à 350 exemplaires: la North Pole. Cette dernière tire son nom du fait qu'elle sera la montre officielle d'une expédition au Pôle Nord géographique qui sera menée en février 2015 par le champion de plongée en apnée Christian Redl (partenaire d'Edox depuis 2010) et le photographe australien Markus Fillinger. L'objectif pour Christian Redl est d'entreprendre la première plongée en apnée sous la calotte glaciaire... HydroSub au poignet!


Sans me retrouver dans de telles conditions éprouvantes, j'ai pu apprécier les atouts de l'HydroSub North Pole. En premier lieu, elle dégage un sentiment de qualité. La finition du boîtier, de la lunette unidirectionnelle, du bracelet, du cadran est sans défaut. J'apprécie particulièrement la combinaison des index et des aiguilles oranges qui donnent un côté moins austère tout en respectant le sérieux de l'ensemble. Car l'HydroSub est tout sauf un jouet: avec un diamètre de 46mm sans le protège-couronne et de 49mm avec, elle revendique fièrement sa puissance et sa dimension de montre-outil. Son étanchéité de 500 mètres n'est peut-être pas la plus impressionnante du marché mais elle est évidemment bien suffisante. Elle est identique à celle de la version originale de 1965.


Malgré sa taille imposante, c'est sa dimension pratique qui m'a le plus séduit. Le bracelet intègre ainsi un prolongateur facilement réglable pour pouvoir glisser la montre par dessus la combinaison. Mais son trait le plus caractéristique, le petit plus qui fait la différence par rapport à d'autres modèles équivalents est le système Master Lock qui permet de protéger la couronne en la recouvrant intégralement par une pièce mobile, de couleur orange dans le cadre de l'édition limitée. Ce sont souvent les idées les plus simples qui sont les meilleures... dans l'horlogerie aussi! Car ce système, très agréable d'utilisation, est d'une redoutable efficacité. La manipulation de la pièce mobile apporte une nouvelle preuve de la qualité de l'usinage puisqu'elle se déplace sans à-coups tout en ayant le bon dosage, sa glisse étant ni trop douce, ni trop dure. Soyons clairs: dans l'environnement habituel dans lequel nous évoluons, la couronne n'a pas besoin de cette protection supplémentaire, étant déjà suffisamment protégée par les deux éléments qui l'entourent. L'intérêt du Master Lock est alors plus esthétique. Le rendu visuel de l'Hydro Sub est modifié en fonction de la position de la pièce mobile. Une conséquence inattendue et bienvenue!


Le mouvement qui équipe l'HydroSub North Pole est le Sellita SW200. Ses performances sont conformes à celle de l'ETA 2824-2 dont il s'inspire à savoir une réserve de marche de 42 heures pour une fréquence de 4hz. Dans le contexte de la série limitée, il est certifié chronomètre ce qui est le gage de l'utilisation d'un mouvement avec un grade de qualité et d'un réglage adéquat.

Grâce au bracelet ajustable et à sa flexibilité, l'HydroSub North Pole se positionne sur le poignet de façon ferme ce qui est très important compte tenu de la taille et du poids de la montre. Il ne faut cependant pas rêver: les petits poignets devront passer leur chemin ne serait-ce que par harmonie esthétique avec le diamètre du boîtier. Mais pour les autres, le confort au porter est au rendez-vous. La taille perçue est de plus inférieure à la taille réelle du fait de l'épaisseur de la lunette accentuée par le protège-couronne.


Je fus donc convaincu par cette nouvelle interprétation de l'HydroSub.  Intelligemment conçue et bien réalisée, elle comporte plusieurs détails qui la rendent séduisante, le tout dans un segment de prix contenu. La série limitée North Pole est commercialisée à un prix de 2.100 euros TTC. Au-delà de la certification COSC, elle est vendue dans un écrin spécial qui contient un bracelet en cuir orange supplémentaire résistant à l'eau et l'outil pour effectuer le changement de bracelet. Les versions automatiques standards sont elles vendues à un prix performant de 1.195 euros TTC et sont animées par un mouvement ETA 2824-2.

Les plus:
+ une montre de caractère dans l'esprit de la Ploprof
+ la qualité de l'exécution
+ la certification chronomètre de l'édition limitée
+ le système Master Lock et le bracelet métallique pratique

Les moins:
- un diamètre imposant
- l'écart de prix entre la série limitée et les modèles automatiques standards  

vendredi 2 janvier 2015

Très bonne année 2015!

D'ores et déjà, il est intéressant d'observer certaines tendances qui risquent bien d'être confirmées lors du SIHH 2015 et des semaines qui vont suivre. La première concerne les produits. En effet, la plupart des montres qui ont fait l'objet d'une annonce pré-SIHH se distinguent par une réduction du diamètre du boîtier et par une esthétique sans risque basée sur des codes connus des clients. Car les faits sont là: l'année 2014 a été très difficile pour une industrie qui a cru, jusqu'au dernier moment, que les arbres montaient jusqu'au ciel alors que les signes avant-coureurs du ralentissement de la demande étaient perceptibles depuis un certain temps. Le contexte délicat est maintenant bien intégré avec une répercussion probable sur non seulement les produits mais également sur la distribution. La multiplication des boutiques de marque correspondait-elle vraiment aux souhaits des clients  qui cherchent avant tout "le choix" plus qu'une "expérience boutique" certes valorisante mais qui se paye au prix fort?

L'autre tendance que je note est l'évolution des stratégies de communication. Il est vital d'occuper le terrain toute l'année. Les annonces pré-SIHH se multiplient et se rajoutent en même temps les annonces pré-Bâle! De plus, chaque marque va bien veiller à en garder sous la pédale et ne dévoilera pas toute son offre au cours de son salon de référence. Le SIHH et Baselworld concentreront moins les nouveautés de l'année et d'autres moments et lieux serviront de prétexte  à des présentations et donc à des communications.

Enfin, le style de communication change également. Je ne parle pas forcément de l'utilisation grandissante des nouveaux médias et notamment des raisons sociaux. C'est une évidence même si les marques, à de très rares exceptions près, n'ont toujours pas compris comment véritablement utiliser de tels médias. Est-ce que cela a de l'intérêt d'utiliser Instagram pour publier les mêmes photos Corporate que l'on voit ailleurs et qui n'intéressent personne? L'inadéquation entre le contenant et le contenu est édifiante surtout de la part de marques appartenant à de grands groupes.



Des acteurs plus petits l'ont bien compris et ont su s'adapter à cette tendance qui vise à faire passer des messages plus "lifestyle" que purement horlogers. Là aussi, la réalité est têtue. Face à une clientèle de connaisseurs et d'amateurs éclairés archi-saturée et surtout très critique quant à l'évolution des prix, les marques ont tout intérêt à s'intéresser à d'autres catégories plus sensibles au design, à l'art de vivre, aux émotions suscitées par les montres que par le pur contenu horloger.

C'est là tout le paradoxe et l'ambiguïté de la situation pour les acteurs confirmés du marché. D'un côté des produits plus sages, de l'autre une communication plus axée sur l'esthétique vers une clientèle moins traditionnelle. Des marques comme Sevenfriday, qui ont signé des contrats avec de gros acteurs d'Instagram et qui ont le produit qui colle à cette stratégie tirent leur épingle du jeu grâce aussi à des prix adaptés. Les grands groupes feraient bien d'analyser ce mouvement fort du marché: cette nouvelle clientèle, qui est mondiale, recherche, surtout en période de crise, plus d'audace, de fun, de couleurs, le tout à des prix contenus. Le véritable relai de croissance se trouve dans la capacité à répondre à ces attentes et non pas dans l'absence de prise de risque.

Nous aurons pendant toute l'année l'occasion de revenir sur ces différents sujets à travers les revues détaillées des montres marquantes de 2015! En attendant, je vous adresse, ainsi qu'à tous vos proches tous mes meilleurs voeux pour cette nouvelle année.