dimanche 19 octobre 2014

Cartier: Rotonde Grande Date Second Fuseau Rétrograde Acier

Cartier profita de la dernière édition de Watches & Wonders pour initier une nouvelle collection de montres qualifiées de "petites complications". Je dois avouer que je n'aime pas cette dénomination qui comporte une dimension  plutôt péjorative alors qu'elle a pour but simplement de se différencier par rapport à l'univers des "grandes complications". Les termes de "complications abordables" m'auraient semblé plus appropriés même si ceux de "complications utiles" employés par une célèbre manufacture de Genève restent les meilleurs.


Abordable et utile, voici deux adjectifs qui pourraient aisément s'appliquer pour décrire les deux premières montres de cette collection: la Rotonde Quantième à Guichet Réserve de Marche et la Rotonde Grande Date Second Fuseau Rétrograde. Disponibles en acier, en or rose ou en or gris, elles traduisent une orientation stratégique importante pour Cartier qui se manifeste à travers plusieurs observations:
  • l'utilisation grandissante du boîtier Rotonde, plus élégant, plus fin, déjà initiée lors du dernier SIHH signifie sûrement un retour vers les racines naturelles de Cartier faites de raffinement et de sobriété,
  • les cadrans qui comportent un soupçon d'originalité et qui mélangent avec bonheur parties guillochées avec segments lisses expriment la recherche d'un équilibre entre classicisme et caractère plus affirmé,
  • les prix raisonnables dans les versions acier (7.800 euros pour la Rotonde à Second Fuseau Rétrograde, 7.000 euros pour l'autre Rotonde)  apportent la preuve d'une volonté d'être compétitif sur un marché évoluant un contexte économique délicat.
 

La Rotonde Grande Date Second Fuseau Rétrograde est ma préférée des deux. J'apprécie avant tout sa principale complication qui fait partie des plus utiles et pratiques: l'affichage d'un second fuseau horaire sur 24 heures. Ce n'est certes pas la première fois que Cartier propose cette complication y compris dans le contexte spécifique de la Rotonde. Mais tout l'intérêt de la montre réside dans la façon avec laquelle cet affichage a été traité.

Il peut sembler déroutant de prime abord car organisé en deux parties nettement séparées. Le segment supérieur gauche indique les heures de 1 à 12 par le biais d'une aiguille rétrograde. Le segment inférieur droit est le traditionnel affichage jour&nuit. L'avantage d'un tel système est de réduire l'arc de cercle parcouru par l'aiguille rétrograde et de rendre plus lisible l'heure du second fuseau sur 12 heures. Par exemple, sur l'Excenter Timezone de Harry Winston, l'aiguille rétrograde du second fuseau nécessite une graduation qui occupe une grande partie du cadran car sur 24 heures.


L'autre atout d'un tel affichage est qu'il agrémente joliment l'organisation du cadran qui apparaît comme moins strict, moins rigide. Complété par la présence de la grande date en son sommet, le cadran est à la fois vivant et surprenant car les positions et les formes des segments de l'affichage du second fuseau sont pour le moins inhabituelles. Et pourtant l'ensemble demeure élégant et marqué par le style Cartier.

Ce dernier s'affirme grâce aux aiguilles pomme, au guillochage caractéristique rayonnant depuis le centre de la montre et les incontournables chiffres romains. La couronne fait évidemment partie de ces éléments de style mais son rôle est bien plus important que celui qui lui est traditionnellement dévolu. La Rotonde Grande Date Second Fuseau Rétrograde est en effet un modèle de simplicité à l'usage. La première position de la couronne sert à régler la grande date. La seconde à régler l'heure. Jusque là, rien de bien nouveau. En revanche, l'astuce réside dans l'ajustement du second fuseau: la couronne est alors utilisée comme un poussoir qui permet d'avancer par pas d'une heure l'aiguille rétrograde (et aussi le disque jour&nuit) de l'affichage du second fuseau. Au-delà de cette simplicité d'usage, cette concentration des réglages au niveau de la couronne a une vertu esthétique: le boîtier Rotonde se trouve préservé de tout poussoir disgracieux.


Le mouvement qui équipe la Rotonde Grande Date Second Fuseau Rétrograde est le calibre de manufacture 1904-FU MC. Le calibre 1904 prouve de nouveau sa capacité à animer sans souci des complications  grâce à sa conception optimisée et à ses deux barillets qui lui donnent du couple. La réserve de marche est identique à la version sans complication soit 48 heures. Le mouvement est visible à travers un fond à verre saphir qui permet d'apprécier la rigueur de sa construction. En revanche, j'aurais préféré observer une masse oscillante plus réjouissante. Il se dégage un sentiment d'austérité et une décoration plus flatteuse de la masse n'aurait pas été superflue. Il est dommage que la qualité perçue soit un peu en retrait par rapport à la qualité technique du mouvement et dans ce contexte, le fond transparent n'était pas un passage obligé. Mais les contraintes commerciales l'imposent.

Le charme du boîtier Rotonde et ses proportions équilibrées (un diamètre de 42mm pour une épaisseur de 12mm) se ressentent une fois la montre mise au poignet. Cependant, le boîtier laisse très vite le premier rôle au cadran dont l'organisation particulière attire le regard. Cartier est arrivé avec réussite à trouver le dosage adéquat pour que l'audace de la présentation du cadran n'altère pas son harmonie. L'affichage jour&nuit apporte de plus sa touche de poésie. La boucle déployante permet toujours le réglage fin du bracelet et la montre est ainsi bien positionnée sur le poignet. Demeure toutefois le problème de cette boucle qui a tendance à beaucoup marquer le bracelet.


La Rotonde Grande Date Second Fuseau Rétrograde dans sa version acier ne possède certes pas la chaleur de la version en or rose et ne dégage pas non plus le même attrait  que la version en or gris qui se distingue par son spectaculaire cadran bleu.  En revanche, son positionnement tarifaire ajusté et son contenu horloger strictement identique à celui des montres en or lui donnent un très grand avantage: pour à peu près le tiers du prix des autres versions, elle permet d'accéder à cet univers des "petites complications" sans que la qualité d'exécution soit en retrait. Il s'agit d'un atout considérable dans un environnement où la clientèle est de plus en plus sensible à la réalité des prix pratiqués.

Merci à l'équipe de la boutique Cartier Capucines pour son accueil.

Les plus:
+ l'élégance du boîtier Rotonde
+ la présentation du cadran à la fois classique et originale
+ le réglage intégral à la couronne rendant la montre très pratique à l'usage
+ la fiabilité du mouvement 1904-FU MC
+ le prix de la version acier

Les moins:
- le mouvement aurait mérité une décoration plus valorisante
- la boucle déployante marque trop le bracelet

dimanche 12 octobre 2014

Rolex: Sky-Dweller Or Jaune Bracelet Cuir

La Sky-Dweller est peut-être à ce jour le meilleur concentré du  savoir-faire de Rolex. Montre complexe dans ses fonctions mais simple dans son utilisation et dans ses solutions techniques, elle incarne la capacité de la Manufacture à trouver les systèmes qui favorisent le développement et l'adjonction de complications sans perturber la fiabilité et la précision qui demeurent les objectifs fondamentaux. En 2014, Rolex présenta des nouvelles déclinaisons de cadran et des combinaisons inédites de couleurs de matériaux avec des bracelets cuir, renforçant ainsi la collection Sky-Dweller au sein du catalogue. La version en or jaune et à bracelet cuir fait partie de ces nouvelles versions et apporte grâce à son cadran argenté une touche plus discrète et raffinée par rapport à la Sky-Dweller en or jaune initiale.
 

Une observation rapide pourrait donner l'impression que la Sky-Dweller n'est qu'une grande Oyster. Il est vrai qu'elle rassemble de nombreux éléments esthétiques qui définissent le style reconnaissable de Rolex: la lunette cannelé évidemment, la loupe cyclope, la façon avec laquelle les chiffres arabes ou romains sont positionnés sur le cadran etc... Tout a été pensé pour que les habitués de la marque à la couronne se sentent dans leur univers de prédilection. Cependant, la taille du boîtier d'un diamètre de 42mm est légèrement supérieure à ce qui se pratique généralement chez Rolex, Yach-Master II à part. En ce sens, la Sky-Dweller suit le sort de l'autre montre compliquée de la collection en prenant un léger embonpoint mais tout cela reste très raisonnable. Le confort au porté étant une priorité, Rolex n'allait pas commettre l'erreur de proposer une assiette à pizza.

De toutes les façons, le diamètre du boîtier pouvait difficilement être plus petit. Tout d'abord,  la lunette relativement large contrôle l'ouverture du cadran. Ensuite, la Sky-Dweller se distingue par l'intelligence et l'originalité de l'organisation du cadran et par la lisibilité des informations. Cumulant les affichage d'un second fuseau horaire et d'un calendrier annuel, la Sky-Dweller est un bel exemple d'efficacité. Rolex ne s'embarrasse pas de considérations métaphysiques et les affichages inutiles sont supprimés. La Sky-Dweller est ainsi un rare exemple d'une présence d'un calendrier annuel sans affichage des phases de lune. L'affichage des mois, qui finalement ne sert qu'à gérer le bon passage des quantièmes, est d'une grande discrétion. Son intégration est si parfaite qu'il est perçu comme une série d'index entre les chiffres et la lunette. Seule la couleur rouge du mois en cours (novembre sur la photo) trahit la spécificité de ces guichets périphériques.
 

La place est libérée pour laisser les premiers rôles aux informations majeures: le quantième bien entendu, mis en valeur par la loupe cyclope et le second fuseau horaire par le biais d'un grand disque 24 heures excentré dont le diamètre doit représenter la moitié de celle du cadran. Au sommet du disque, juste sous le nom de la marque, le triangle inversé rouge capte le regard et rappelle que l'heure de référence se lit toujours au même endroit pour un meilleur confort. Je trouve d'ailleurs à ce titre la Sky-Dweller plus pratique que la GMT dans la gestion de cette complication.

L'agencement des affichages permet ainsi l'utilisation optimisée de la surface disponible et à aucun moment, le cadran n'apparaît comme confus. Sa finition dans cette version or jaune, tout comme dans les autres versions,  est irréprochable: le soleillage du cadran argenté est magnifique et les chiffres et logo sont appliqués avec une grande rigueur.

Le point fort de la Sky-Dweller est assurément sa simplicité d'utilisation. Pas besoin de se plonger dans la notice pour se rappeler à quoi correspond tel ou tel poussoir: tout se règle à la couronne, en avant ou en arrière avec l'aide de la lunette qui joue le rôle, grâce au système Ring Command, de sélecteur de menu. En la tournant successivement d'un cran, de deux crans ou de trois crans, elle permet d'accéder au réglage du calendrier, de l'heure locale ou de l'heure de référence. La lunette est donc la composante essentielle de la Sky-Dweller: elle impose sa présence visuelle mais elle sert également de centre de commande de la montre. Dans ce contexte, la cannelure est indispensable afin de rendre la manipulation aisée. Dommage pour ceux qui préfèrent la discrétion des lunettes lisses.
 

Toute cette simplicité et cette ergonomie reposent sur l'architecture et les performances du calibre 9001 de manufacture qui équipe la Sky-Dweller. Il se distingue par deux éléments essentiels: la roue de sélecteur à la périphérie du mouvement qui assure l'interaction entre le mouvement et la lunette et le système Saros qui gère le calendrier annuel, à savoir l'affichage du quantième adéquat à l'issue du 30ième jour du mois. Calendrier annuel oblige, la Sky-Dweller ne nécessite qu'une fois par an un réglage manuel, à la fin du mois de février. Pour le reste, le passage soit au 31ième jour soit au 1er jour du mois suivant est instantané... dans tous les sens du terme puisqu'il s'opère quelques instants après minuit y compris lors du passage direct du 30 au 1er.

Le système Saros est basé sur l'observation du comportement du Soleil, de la Terre et de la Lune. Il est composé d'un rouage planétaire fixe au centre du mouvement et d'une roue satellite qui tourne autour de lui en un mois. Cette roue comporte quatre doigts qui représentent les mois de 30 jours. Compte tenu du réglage manuel, février est considéré comme un mois de 31 jours. Grâce à ce système, la séquence 31-31-31-30-31-30-31-31-30-31-30-31 est ainsi simulée. A la fin du mois de 30 jours, grâce au doigt de la roue satellite, une impulsion supplémentaire est donnée au mécanisme de changement de date ce qui permet le passage direct de 30 à 1.
 

Au-delà de son ingéniosité, le calibre 9001 présente des performances adaptées au contexte de la Sky-Dweller: sa réserve de marche de 72 heures permet par exemple de laisser la montre le week-end et de la récupérer sans avoir besoin de la régler de nouveau ce qui est appréciable même si l'opération n'est pas fastidieuse. Mouvement Rolex oblige, il répond à toutes les attentes en matière de précision et est certifié chronomètre. Une des vertus du système Saros est d'ailleurs de maîtriser la consommation d'énergie et de conserver un comportement stable même lors du double-saut de date.

La Sky-Dweller est assurément une montre très bien conçue et sa réussite réside dans le fait qu'à aucun moment elle ne semble complexe. Elle s'avère à l'usage d'une redoutable efficacité: elle est lisible, confortable et facile à régler, le tout dans l'environnement Rolex de fiabilité et de précision. Elle est véritablement taillée pour être une montre de voyageur. L'affichage du second fuseau est certes nettement mis en valeur et intuitif. Mais c'est bien son étanchéité (100 mètres) et sa polyvalence qui donnent l'envie de l'avoir toujours à son poignet à la fois au quotidien ou lors de longs déplacements. Rolex prouve ainsi, à travers cette montre aboutie et d'une grande intelligence de conception, que les complications ne lui font pas peur à condition qu'elles aient un véritable intérêt pratique pour la clientèle.

Merci à l'équipe de Bucherer Paris.

Les plus:

+ l'organisation du cadran à la fois originale et lisible
+ une très grande simplicité et ergonomie à l'usage
+ la finition du cadran
+ la réserve de marche et l'efficacité du mouvement 9001

Les moins:
- la lunette est très présente visuellement ce qui donne un côté un peu ostentatoire à la montre
 

dimanche 5 octobre 2014

Vacheron Constantin: Métiers d'Art - Hommage aux grands explorateurs - Expédition Christophe Colomb

Contrairement à Christophe Colomb, Vacheron Constantin savait très bien où aller et quel était l'objectif à atteindre avec cette montre. Présentée avec son alter-ego la Marco Polo il y a 6 ans dans le cadre d'une série limitée de 60 pièces chacune, elle symbolisa ce qui à mes yeux constitue le plus grand atout de la Manufacture à savoir sa capacité à combiner une approche artistique aboutie avec un intérêt horloger de haut niveau. Il y a chez Vacheron Constantin cette faculté d'utiliser toujours à bon escient le métier d'art approprié et à intégrer l'affichage du temps sur le cadran sans dénaturer le travail artistique. Les deux montres Hommage aux grands explorateurs, Christophe Colomb et Marco Polo font tout naturellement partie de la collection des Métiers d'Art. Chacune donne l'opportunité de proposer un superbe cadran à deux niveaux inspiré par les cartes des explorateurs et qui détaille un continent: l'Asie pour la Marco Polo et l'Amérique pour la Christophe Colomb. Bien évidemment, la première montre évoque plus un parcours terrestre tandis que la seconde met l'accent sur le trajet maritime.


J'ai eu l'occasion il y a peu de revoir une Christophe Colomb. La réussite de cette montre est liée une fois de plus à la parfaite cohérence entre le système d'affichage du temps d'un côté et la décoration et le thème du cadran de l'autre. En effet, quoi de plus logique que de retrouver une heure vagabonde pour rendre hommage à un grand explorateur?

Cet affichage a plusieurs vertus. Tout d'abord, il permet de contenir l'indicateur des heures et des minutes dans une zone précise et délimitée du cadran, une sorte d'arc-de-cercle de 132 degrés situé dans la partie inférieure. La partie supérieure est ainsi vierge de toute aiguille ou indicateur: l'espace est entièrement libéré pour laisser l'artiste, le maître-émailleur dans ce cas, s'exprimer. L'affichage permet également de créer un effet de relief. La lecture du temps s'effectue sur cette zone en arrière-plan comme pour rappeler que le plus important est ici la magnifique représentation de l'Amérique qui commence à apparaître alors que les bateaux naviguent en plein milieu des Caraïbes. 


Le décrochage entre les deux parties du cadran ne veut pas dire qu'elles doivent être considérées comme séparées. Les mêmes techniques et couleurs sont utilisées dans chaque zone et les deux parties ont été émaillées ensemble pour une totale harmonie. Tout aussi importante est la parfaite continuité qui existe comme en témoigne les lignes de la rose des vents qui ne sont pas interrompues par la différence de hauteur.

L'heure vagabonde est dans ce contexte idéale. Cette complication maîtrisée par Vacheron Constantin (qui fut par exemple utilisée sur la Spoutnik) incarne de façon adéquate et charmante le long et lent déplacement des bateaux. Le chiffre des heures qui est à la fois affichage et aiguille parcourt en une heure la graduation des minutes de la droite vers la gauche. Une fois la soixantième minute atteinte, le chiffre disparaît tandis que le chiffre suivant apparaît à droite. Le système est basé sur l'utilisation d'une couronne pivotante qui supporte grâce à des bras trois satellites de 4 chiffres. Au fil du temps qui passe, la couronne tourne, les satellites se déplacent tout en tournant sur eux-mêmes afin que le bon chiffre se positionne face au début de la graduation.  Contrairement aux heures sautantes ou à des affichages rétrogrades, l'heure vagabonde est un mécanisme au mouvement régulier sans rupture. C'est la raison pour laquelle j'apprécie généralement beaucoup ce type d'affichage que ce soit chez Vacheron Constantin avec un tel contexte artistique ou chez Urwerk dans un cadre plus original. 


Le module d'affichage constitué par la couronne, les bras et les satellites, est animé par le mouvement automatique 1126AT d'une fréquence de 4hz et d'une réserve de marche de 38 heures.  Il s'agit donc du mouvement développé par Vacheron Constantin à partir d'une base JLC 889. Il est fiable et adapté à son rôle de tracteur de la complication. Pas particulièrement joli, il est fort heureusement caché par un fond plein. Ce choix est judicieux puisque de toutes les façons, c'est côté cadran que tout se passe.


Mettre la Christophe Colomb au poignet est une expérience inoubliable. Elle fait partie de ces montres où on se fiche royalement du temps qui passe car notre regard est absorbé par la beauté de la décoration du cadran. Le thème même de la montre incite à la rêverie, au regard contemplatif... J'aurais pu passer des heures à observer les moindres détails, à examiner la parfaite exécution de ce cadran en émail grand feu. Les contours du continent et des îles sont d'une rare finesse. Le contraste entre les couleurs ocre des terres et celle bleutée de l'Océan est dosé avec justesse, chaque élément mettant en valeur l'autre. Et que dire à propos de l'extraordinaire minutie avec laquelle ont été dessinés les bateaux, la rose des vents et autres détails parsemés sur le cadran? L'excellente surprise dans ce contexte est que le temps demeure lisible avec une précision évidemment relative: seul le marqueur des 5 minutes est apposé entre les dizaines. Cette solution m'a convenu puisqu'une graduation plus présente aurait alourdi l'esthétique de la partie inférieure du cadran et aurait nui à la beauté de l'ensemble.


Le diamètre du boîtier en or jaune est de 40mm, une taille raisonnable et harmonieuse qui permet à la fois de préserver l'élégance de la montre tout en créant un espace suffisant pour que l'artiste puisse s'exprimer sans contrainte. Et puis, il aurait été fort dommage de ne pas profiter pleinement du spectacle envoûtant offert par ce cadran qui nous plonge de façon quasi instantanée dans un univers d'aventures et de grandes découvertes. Rarement le thème d'un cadran en émail grand feu m'aura autant séduit. C'est peut-être cela finalement le vrai plus de Vacheron Constantin au-delà des capacités artistiques de la Manufacture: cette aptitude à choisir des thèmes intemporels et séduisants qui touchent véritablement la sensibilité des propriétaires des montres de la collection des Métiers d'Art.

Merci à l'équipe de la boutique Vacheron Constantin de Paris.

Les plus:
+ l'intérêt du thème
+ la finition exceptionnelle du cadran
+ la totale cohérence entre le système d'affichage du temps et le contexte de la montre
+ la taille idéale du boîtier

Les moins:
- la réserve de marche est un peu courte




Comparaison entre deux générations de Grand Lange One

Une visite récente chez Bucherer Paris m'a donné l'opportunité de photographier côte à côte deux Grand Lange One de générations différentes: la Grand Lange One Luminous qui fut présente dans le catalogue de 2004 à 2007 et la Grand Lange One en Or Gris cadran noir qui fut dévoilée au cours du SIHH 2013. L'idée n'est pas de comparer en détails ces deux montres aux styles opposés. La première a occupé une place à part dans le catalogue grâce à son originalité et à son approche plus décontractée. La seconde incarne l'élégance et la sobriété de Lange. Je souhaite en revanche revenir sur les points distinctifs fondamentaux entre les deux générations de Grand Lange One dont ces montres sont des représentantes.

Lorsqu'elles furent présentées en 2003, les premières Grand Lange One ne suscitèrent pas un enthousiasme délirant de la part des amateurs de la marque. En fait, elles symbolisaient l'abandon de la part de la manufacture saxonne d'un principe cher à Günter Blümlein: un nouveau boîtier = un nouveau mouvement. En effet, l'utilisation du mouvement de la Lange One dans un diamètre de boîtier agrandi (41,9mm vs 38,5mm) conduisait à des concessions au niveau de la présentation du cadran. Ce fut le principal reproche à l'encontre de ces montres: alors que sur le cadran de la Lange One, chaque zone est clairement délimitée évitant le chevauchement inapproprié des aiguilles, le cadran des premières Grand Lange One donnait le sentiment d'être un joyeux bazar: le cercle qui délimitait la zone de la trotteuse coupait celui du secteur d'affichage du temps et la grande date en venait même à se retrouver dans une position délicate en empiétant elle-aussi sur cette partie. Les 3,4mm de diamètre de plus à taille de mouvement constante (30,4mm) devenaient clairement perceptibles à travers cette organisation pour le moins surprenante. Paradoxalement, la Luminous a su tirer profit de ce problème pour en faire un atout. S'agissant d'une montre particulière, le déséquilibre du cadran a renforcé sa dimension originale et décontractée.

Les reproches adressés à Lange en 2003  ne furent jamais oubliés. La réintroduction de la Grand Lange One en 2012 fut d'ailleurs accompagnée par tout un discours qui expliquait que cette fois-ci, la montre possédait son propre mouvement comme l'esthétique parfaite du cadran le prouvait. Mais la manufacture n'a pas travaillé uniquement sur le diamètre du mouvement. Elle a également réduit son épaisseur afin de rendre la Grand Lange One plus élancée. L'astuce a résidé dans l'utilisation d'un barillet unique, plus large et donc moins haut que les deux barillets du mouvement de la Lange One. De plus, afin de retrouver la perfection des proportions du dessin de la Lange One, la date à double-guichet des nouvelles Grand Lange One fut agrandi pour qu'elle n'apparaisse pas comme trop petite.

Observons ainsi de plus près ces deux montres.

La Grand Lange One Luminous à gauche présente donc les caractéristiques de la première génération avec les cercles qui se coupent et la date qui mord sur la zone dédiée à l'affichage du temps.  En revanche, l'équilibre du cadran de la Grand Lange One de seconde génération est proche de la perfection. Tout est clairement ordonné:


Il y a plusieurs remarques importantes à faire à partir de cette photo. La première est relative à l'inscription située en bas du cadran. Le Doppelfederhaus (double-barillet) est remplacé par le Gangreserve 72 stunden (réserve de marche de 72 heures). Ce changement traduit l'utilisation d'un mouvement à barillet unique pour la nouvelle montre tout en préservant la traditionnelle réserve de marche de 3 jours. La deuxième remarque concerne la taille de la grande date. La différence de dimension est perceptible à l'oeil nu. La grande date sur les Grand Lange One de seconde génération a été agrandie pour des raisons esthétiques et pour retrouver la perfection du dessin du cadran de la Lange One. Enfin, il est important de noter que le diamètre du boîtier de la Grand Lange One à gauche est supérieur d'1mm par rapport à celui de la Grand Lange One à droite (41,9mm vs 40,9mm). En effet, la nouvelle génération perd un millimètre par rapport à la précédente ce qui prouve bien la volonté de Lange d'oeuvrer vers plus d'élégance et de raffinement.


L'explication des deux organisations de cadran se trouve côté mouvement. Si la Grand Lange One Luminous utilise le mouvement de la Lange One traditionnelle avec son diamètre de 30,4mm, la nouvelle Grand Lange One est en revanche animée par un mouvement spécifiquement développé et dont le diamètre est de 34,1mm. 3,7mm de plus pour un boîtier plus petit d'1 mm, il n'est donc pas étonnant que la montre apparaisse comme plus équilibrée. A noter que les deux mouvements présentent des performances similaires (72 heures de réserve de marche pour une fréquence de 3hz). La photo ne traduit pas en revanche l'écart au niveau de l'épaisseur. Le nouveau mouvement est 1,2mm plus fin que celui de la Grand Lange One Luminous (4,7mm vs 5,9mm).


La conséquence est que la nouvelle Grand Lange One offre un rapport diamètre (40,9mm)/épaisseur (8,8mm) bien supérieur à celui de sa devancière (41,9mm/11mm). La montre apparaît donc comme plus élégante et élancée.


La Grand Lange One Luminous est à l'image de n'importe quelle montre issue de la première génération de Grand Lange One: elle semble plus massive et imposante.


La question n'est pas de savoir si l'une est mieux que l'autre. Avec le temps, les défauts de la première génération sont apparus comme des éléments de séduction. C'est souvent le cas dans l'horlogerie: la vérité du jour ne sera pas celle du lendemain. En tout cas, une chose est certaine. Le fait que Lange ait travaillé sur l'équilibre des nouvelles Grand Lange One a rendu la dernière génération fort différente de la précédente. J'ai tendance à considérer les Grand Lange One récentes comme des Lange One agrandies tandis que les Grand Lange One initiales possédaient leur propre identité à travers un caractère certes moins parfait mais plus affirmé.

Merci à l'équipe Bucherer Paris.