mardi 9 février 2016

IWC: Mark XVIII

Comme de coutume, IWC a renouvelé une collection complète de son catalogue lors du dernier SIHH et en 2016, c'est au tour de la collection Pilot (montres d'aviateur). IWC n'a pas fait les choses à moitié puisque c'est une véritable escadrille de nouveautés qui a atterri sur le stand à Palexpo. La multiplicité des couleurs de cadrans, des tailles, des complications rend la collection Pilot plus large et profonde que jamais, rappelant ainsi son rôle fondamental dans le succès commercial de la marque de Schaffhausen et ce, quels que soient les marchés visés.


Dans ce contexte extrêmement diversifié, la montre la plus fondamentale demeure la Mark car elle pose les jalons de ce qu'est la collection et du fait de sa simplicité, elle témoigne de façon plus nette les modifications esthétiques apportées par IWC. A ce titre, l'observation des évolutions entre la Mark XVI et la Mark XVII puis entre la Mark XVII et la petite dernière, la Mark XVIII, apporte une indication très intéressante et pertinente de la stratégie de la marque.

La Mark XVI se caractérisait par son boîtier de 39mm, le retrait de 2 chiffres du cadran (à 6 heures et à 9 heures) et par la position du triangle au sommet du cadran, sans index au dessus. La Mark XVII tranchait nettement avec sa devancière même si elle conservait évidemment la même inspiration esthétique. Cependant, le boîtier gagnait 2mm de diamètre et le guichet de date devenait plus présent avec sa forme en arc de cercle dévoilant 3 dates. Sa taille perçue nettement plus importante et son style plus ostentatoire correspondaient à une période où la clientèle recherchait des montres à la présence au poignet plus affirmée. Cette Mark XVII ne m'a jamais véritablement convaincu car elle s'éloignait des canons "sport chic" des Mark précédentes. Heureusement, la Mark XVIII corrige cette impression et effectue un virage sur l'aile bienvenu qui tient compte d'une aspiration générale à plus de sobriété.


On ne se rend jamais compte à quel point certains détails, qui semblent pourtant anodins, peuvent être fondamentaux dans l'impact visuel d'une montre. La Mark XVIII en est une parfaite démonstration et se distingue de la version précédente par quatre principaux éléments:
  • le diamètre perd un millimètre pour redescendre à 40mm
  • le guichet de date  redevient un guichet simple
  • le triangle supérieur retrouve sa place derrière un index
  • et surtout... les chiffres 6 et 9 reviennent sur le cadran.
Au-delà du rendu plus contenu et donc plus élégant, la Mark XVIII apparaît comme étant nettement plus équilibrée car la symétrie du cadran est clairement perceptible alors que l'absence du 6 et 9 sur la Mark XVII donnait une drôle d'impression, accentuée par la taille du guichet de date. En fait, j'ai l'impression de retrouver le cadran de la Mark XV avec les deux petits points lumineux sur les côtés du triangle en plus. Je ne peux que me réjouir de cette inspiration et comme en plus IWC a eu la bonne idée de faire un guichet de date de la même couleur que celle du cadran, le résultat devient très séduisant.

Version à cadran argenté:


Ce qui ne change pas en revanche est le mouvement. Le calibre 30110  anime la Mark XVIII ce qui n'est pas une mauvaise nouvelle. Basé sur un ETA2892-2 reçu en kit et assemblé chez IWC, il s'agit d'un mouvement fiable et facilement réparable. Je regrette seulement son efficacité au remontage un peu paresseuse. Ses performances sont dans les standards habituels, à savoir une fréquence de 4hz pour une réserve de marche de 42 heures. A noter que ce mouvement est protégé contre les champs magnétiques par un boîtier interne en fer doux. Le fond du boîtier est plein ce qui est cohérent avec l'esprit de la montre. Il est sobrement décoré avec le traditionnel avion qui symbolise la collection.

Version à cadran noir:


La Mark XVIII est commercialisée avec un cadran noir ou argenté. Ce dernier cadran donne à la montre une taille perçue supérieure. La montre est livrée avec un bracelet noir en veau de Santoni mais un bracelet métallique est également disponible. Il est aussi important de signaler qu'une version à cadran bleu nuit existe dans le contexte de l'édition "Le Petit Prince". Auquel cas, le fond du boîtier n'est plus le même et la couleur du bracelet passe au brun.

La nouvelle Mark XVIII m'a donc beaucoup plu. Son diamètre plus contenu et la pureté de son cadran, plus simple, plus équilibré et très bien fini sont des atouts incontestables pour cette montre fondamentale pour IWC. Elle remplace ainsi avantageusement sa devancière et constitue un porte-drapeau convaincant de la nouvelle collection Pilot. Elle rappelle enfin que la simplicité et la sobriété constitue le meilleur gage de réussite pour ce type de montres d'aviateur.

Version Edition "Le Petit Prince":


Les plus:
+ un cadran bien plus équilibré que celui de sa devancière
+ le diamètre de 40mm
+ le très agréable bracelet en veau de Santoni
+ le guichet de date en harmonie avec la couleur du cadran

Les moins:
- un mouvement à l'efficacité au remontage relative

dimanche 7 février 2016

Urwerk: UR-105 T-Rex

Grâce à Urwerk, je me replonge dans une de mes premières passions: les dinosaures. C'est peut-être pour cela finalement que j'adore cette montre. Grâce à sa carapace en bronze dont le motif est inspiré par la peau d'un des reptiles qui ont régné sur terre il y a plusieurs dizaines de millions d'années, Urwerk redessine, refaçonne l'UR-105 pour totalement la transformer et lui donner une atmosphère imprévue mais séduisante.

Mais avant d'observer de plus près cette UR-105 T-Rex, il est important de se rappeler quelques fondamentaux non pas en horlogerie mais en dinosaures (!).

Cette illustration représente le combat entre un Ankylosaurus à gauche et un Tyrannosaurus-Rex à droite. Je n'ai pas besoin de vous présenter ce dernier, il est le dinosaure le plus connu et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle Urwerk utilise son nom pour cette nouvelle version de l'UR-105. T-Rex, c'est incontestablement plus vendeur! Mais le plus intéressant sur l'image est bien l'Ankylosaurus car je le considère comme la véritable inspiration de l'UR-105 T-Rex!

L'Ankylosaurus et le Tyrannosaurus-Rex face à  face... qui va gagner? Je n'en saurien!

 
Crédit: Comicvine.com

Cet animal, dont le nom signifie "lézard rigide", se caractérisait par son armure composée de plaques osseuses et par sa célèbre queue massue qui lui permettait de repousser les assaillants les plus agressifs. Et lorsque je regarde l'UR-105 T-Rex, je ne peux m'empêcher de penser à l'Ankylosaurus... Les motifs du sommet du boîtier en bronze m'évoquent immédiatement les plaques osseuses tandis que la couronne "cloutée" me rappelle la queue massue. Enfin, la forme du verre semble dessiner les cornes qu'il avait autour de la tête. Bref, on est toujours dans le même bestiaire mais pas forcément avec le dinosaure auquel on pense.


Tout ceci n'est pas très important parce que, quelle que soit la bestiole, l'UR-105 T-Rex est une réussite. Alors que je ne suis pas un fan de l'UR-105 d'origine, je trouve que cette évolution lui va à ravir et entraîne quelques effets visuels du plus bel effet. 

Au fil de la présentation de ses nouveaux modèles, Urwerk a travaillé à ouvrir de plus en plus la partie supérieure des boîtiers pour dévoiler les mécanismes d'affichage et notamment l'animation des satellites et du carrousel. L'UR-105 est d'ailleurs un parfait exemple avec sa très grande ouverture permettant de voir ses 4 satellites à l'oeuvre. L'UR-105 T-Rex effectue un retour en arrière et recouvre le mécanisme d'affichage pour se concentrer sur la zone dédiée aux heures et minutes. L'UR-105 T-Rex apparaît alors comme plus large que la montre d'origine et surtout esthétiquement très fidèle aux premières Urwerk, notamment l'UR-103.01 et son boîtier strié. J'ai tendance à penser qu'Urwerk nous offre avec l'UR-105 T-Rex un hommage à ses premières réalisations tout en profitant pleinement des dernières avancées techniques.


En effet, l'UR-105 T-Rex n'abandonne aucune des fonctions de la montre de base dont notamment le mouvement automatique et la faculté de moduler l'efficacité du remontage grâce à un petit sélecteur situé à l'arrière du boîtier. Il permet d'influencer le comportement des turbines qui peuvent même bloquer la masse oscillante et ainsi transformer le mouvement en calibre à remontage manuel.

La lecture du temps surprend dans un premier temps les personnes qui ne sont pas habituées au principe de l'heure vagabonde. Mais l'UR-105 T-Rex se maîtrise très vite et sa lisibilité est  excellente. La forme du verre, plus contenue, favorise la concentration du regard vers l'affichage du temps. Malgré tout, je n'ai pu m'empêcher de profiter des motifs de la carapace en bronze. Le travail artistique est beaucoup plus subtil que la thématique reptilienne le laisse supposer. Cette décoration apporte beaucoup de dynamisme, à la fois convergeant  vers la couronne et débouchant sur l'affichage du temps. Le plaisir n'est pas seulement visuel: il est également tactile. La carapace est une invitation aux caresses et très vite, je ne pouvais plus m'empêcher de faire glisser le pouce dessus: une nouvelle démonstration de l'interaction entre la montre et son propriétaire chère à Urwerk!


Le verre, malgré sa surface réduite, laisse cependant deviner le guillochage du cache qui recouvre les satellites. Ce guillochage, déjà présent sur l'UR-105 d'origine, se marie parfaitement avec la carapace.

Le fond du boîtier en titane ne possède aucune différence par rapport à celui des autres UR-105. Il permet d'apprécier les deux turbines ainsi que le fameux sélecteur d'efficacité du remontage. Comme d'habitude, le mouvement automatique est basé sur un calibre Girard-Perregaux à l'excellente efficacité au remontage qui anime le module d'affichage développé par Urwerk. Le mouvement possède une fréquence de 4hz et une réserve de marche autour de 48 heures.

Le fond du boîtier, ici celui d'une UR-105TA demeure le même:


Une fois mise au poignet, l'UR-105 T-Rex fait le même effet qu'une montre artistique. La décoration de la carapace, pourtant omniprésente, se met au service de l'affiche du temps. Le bronze est dans ce contexte, un matériau idéal et évoluera dans le temps en fonction des conditions traversées par la montre. Son gabarit demeure imposant (53mmx39,5mm) et le rendu est plus "carré" que celui de l'UR-105 dont la forme de la lunette accentuait les proportions rectangulaires. L'épaisseur maximum est élevée (16,5mm) mais étonnamment, l'UR-105 T-Rex apparaît comme une montre plutôt élancée. Il faut cependant un poignet adapté pour profiter pleinement du style particulier mais séduisant de cette pièce.

Les nervures du bracelet complètent avec style la décoration de la carapace:


La version T-Rex me réconcilie avec l'UR-105 et démontre la capacité d'Urwerk à concevoir des évolutions surprenantes de ses montres. L'UR-105 T-Rex, disponible dans le cadre d'une série limitée de 22 pièces, m'apparaît comme une sorte de croisement entre l'Urwerk d'aujourd'hui et l'Urwerk des premiers jours. Elle permet de mesurer le chemin parcouru par la marque de Felix Baumgartner et de Martin Frei qui ont toujours su explorer des univers rarement abordés dans le monde horloger. Et je ne peux que me réjouir de retrouver grâce Urwerk les dinosaures de mon enfance!


Merci à l'équipe Urwerk pour son accueil lors du SIHH 2016.

Les plus:
+ une transformation radicale de l'UR-105
+ la décoration de la carapace en bronze qui procure un plaisir tactile et visuel
+ la lisibilité de l'affichage
+ l'efficacité au remontage du calibre de base

Les moins:
- le gabarit demeure imposant et n'est pas adapté aux petits poignets

dimanche 31 janvier 2016

Piaget: Altiplano Chronographe en Or Gris

Spécialiste des montres extra plates, Piaget présenta lors du SIHH 2015 l'Altiplano Chronographe qui se distingua par deux records pour un chronographe à remontage manuel: celui du mouvement le plus fin (4,65mm) et celui du boîtier le plus plat (8,24mm). Piaget profita de l'occasion pour dévoiler un nouveau mouvement, le 883P dérivant du 880P.

Cette montre était jusqu'à maintenant disponible uniquement en or rose dans sa configuration sans sertissage mais une nouvelle version en or gris vient d'être présentée lors du dernier SIHH. Elle me donne l'occasion de revenir sur cette montre très paradoxale.


En fait, cette Altiplano Chronographe est pour moi une énigme. Lorsque je l'analyse froidement, je lui trouve plusieurs défauts. Pris un par un, ils pourraient être rédhibitoires. Or, et c'est sûrement la magie Piaget qui fait son oeuvre, une fois mise au poignet, elle dégage un charme incontestable et une certaine originalité. Mais quels sont ces défauts?

Tout d'abord, j'étais loin d'imaginer le chronographe comme étant la première véritable complication rejoignant la ligne Altiplano. Certes, un guichet de date (à 9 heures!) avait initié précédemment cette volonté de la part de Piaget d'offrir des complications dans le contexte de sa ligne extra-plate et élégante. Mais avec un chronographe, nous changeons de dimension, de niveau horloger et cette complication ne m'apparaissait pas comme la plus logique. Après tout, le chronographe donne un côté très masculin voire sportif aux montres et il semblait presque en contradiction avec l'esprit Altiplano.


Ensuite, en faisant le choix d'un mouvement à remontage manuel, Piaget a développé le calibre 883P à partir du 880P. Le problème est que le rendu visuel du mouvement est relativement décevant malgré le soin apporté à la finition: il ne cache pas ses origines "automatiques" et son architecture est incontestablement celle d'un mouvement amputé de sa masse oscillante.

De plus, le diamètre propre de ce mouvement demeure petit pour un calibre chronographe (27mm) et en le plaçant dans un boîtier de 41mm, Piaget s'est compliqué la tâche: côté cadran, les compteurs (dont l'affichage très pratique du second fuseau à 9 heures) semblent alors trop proches du centre et la montre apparaît comme déséquilibrée. Ces mêmes compteurs sont à peine suggérés et aucun effet de profondeur, de relief n'est apposé sur le cadran. Ce dernier est donc extrêmement plat. 


Enfin, dans sa volonté d'apurer au maximum le style de la montre, Piaget n'a inscrit aucun marqueur intermédiaire entre les secondes de l'échelle périphérique que suit la trotteuse du chronographe. Par conséquent, ce chronographe n'affiche pas les 1/8ième de seconde alors que la fréquence du mouvement de 4hz (pour une réserve de marche de 50 heures) le permettrait.

Déséquilibrée, esthétiquement trop simplifiée, animée par un mouvement dont l'esthétique n'est pas totalement convaincante, l'Altiplano Chronographe semble de prime abord affectée par des défauts non négligeables. Mais voilà, une montre ne s'analyse pas point par point: elle se considère avant tout comme un ensemble. Et c'est sur ce point que Piaget rétablit la situation comme un chat qui retombe sur ses pattes. 

Il m'a fallu un temps fou pour savoir si je appréciais ou pas cette Altiplano Chronographe, hésitant entre la vision noire décrite plus tôt ou une perception bien plus positive. Je me range finalement du côté de cette seconde option. La raison est très simple: lorsque je la mets au poignet, l'Altiplano Chronographe devient séduisante et j'ai même envie de dire que ses problèmes deviennent des atouts. La complication additionnelle apporte plus une dose d'énergie et de caractère au contexte Altiplano qu'une véritable fonction complémentaire même si, évidemment, le chronographe est opérationnel. La pureté du cadran, la discrétion des compteur, l'échelle périphérique réduite à sa plus simple expression s'expliquent alors et finissent par renforcer la cohérence de la montre. Après tout, l'échelle périphérique est également réduite sur les Polo ou Gouverneur qui utilisent le calibre 880P.  

Le mouvement 883P dans le contexte de la version en or rose:


Les compteurs trop proches du centre trouvent même grâce à mes yeux. Si la montre avait le véritable objectif d'être un chronographe instrument, une telle situation m'agacerait. Une fois mise au poignet, l'Altiplano Chronographe séduit par sa présence, son style extrêmement élancé (le rapport diamètre sur épaisseur est très élevé) et cette concentration en son centre apparaît plus comme une originalité que comme un souci. La discrétion des poussoirs et le fait que toutes les aiguilles aient la même teinte confirment d'ailleurs l'idée que la complication doit se fondre au maximum dans la montre. 

Cette présence (la taille ressentie est d'ailleurs supérieure au diamètre de 41mm) peut être perçue comme paradoxale pour une montre habillée et élégante. Cette opposition explique aussi le caractère particulier de l'Altiplano Chronographe qui derrière une apparence très sage n'hésite pas à casser les codes habituels. 

La version en or gris de cette année est bien entendu plus discrète que sa devancière en or rose. Cette dernière demeure ma préférée mais j'aime beaucoup le rendu monochrome de la montre présentée au SIHH 2016. Elle est peut-être plus polyvalente compte tenu de ses couleurs neutres mais la chaleur du boîtier en or rose me manque.


L'Altiplano Chronographe est en conclusion une montre qu'il est impératif d'essayer pour se forger une opinion valable. Les photos, les spécifications techniques ne lui rendent pas justice et seul le test au porter permet de valider sa propre perception. Paradoxale, énigmatique, possédant un caractère bien trempé malgré son cadran épuré, l'Altiplano Chronographe ne laisse pas indifférent ce qui est un excellent point. Elle nécessite du temps pour être appréciée et c'est la raison pour laquelle il ne faut pas s'arrêter aux premières impressions pour en saisir tout l'intérêt.

Merci à l'équipe Piaget pour son accueil lors du SIHH 2016.

Les plus:
+ une montre qui possède bien plus de caractère qu'elle ne le laisse imaginer
+ la finition du mouvement simple et soignée
+ l'élégance qui se dégage de son style épuré
+ la présence au poignet
+ la polyvalence stylistique de la version en or gris

Les moins:
- l'architecture du mouvement rappelle ses origines "automatiques"
- le mouvement est trop petit pour le boîtier et un fond plein aurait peut-être été plus judicieux
- montre paradoxale, ses défauts pour les uns peuvent être perçus comme des traits de caractère pour les autres (taille, compteurs proches du centre)

Ma sélection des 8 montres les plus marquantes du Carré des Horlogers du SIHH 2016

La principale nouveauté du SIHH 2016 fut l'intégration de 9 marques horlogères indépendantes regroupées dans un nouvel espace: le Carré des Horlogers. Du point de vue de l'organisation, cette intégration fut une totale réussite. Le Carré des Horlogers reprenait bien tous les codes du SIHH malgré évidemment des stands aux tailles plus modestes. Un véritable plus pour les marques présentes qui pouvaient exposer dans des conditions bien plus confortables qu'à Baselworld tout en ayant la possibilité de recréer leurs univers. J'ai par exemple particulièrement apprécié le stand Urwerk qui jouait sur un côté fun et décalé avec la table de jeux et la selfiebox déjantée mettant en scène un improbable dinosaure phosphorescent! Incontestablement, le Carré des Horlogers a été très utile aux 9 marques indépendantes du point de vue de leur visibilité car les faisant connaître à un cercle de journalistes et de visiteurs bien plus larges que celui qui avait l'habitude d'aller à leur rencontre en marge du Salon. Je suis plus mitigé sur l'impact réel du point de vue commercial. Kari Voutilainen, pour ne citer que lui, a-t-il vraiment besoin d'une telle présence au sein du SIHH pour vendre sa production extrêmement limitée? Mais au final, la créativité et l'audace de ces marques et créateurs ont rejailli de façon positive sur l'atmosphère du Salon en apportant une belle énergie appréciée par tous.

Cette énergie se retrouve dans ma sélection des 8 montres qui m'ont le plus séduit. Une fois de plus, ces dignes ambassadeurs de l'horlogerie indépendante ont su surprendre même dans leurs approches classiques. Car telle est finalement la principale ligne directrice de leurs productions: il n'y a jamais rien d'évident et de convenu. Il y a toujours un détail, une fonction, une décoration qui tranchent par rapport à ce qui se voit ailleurs. Et rien que pour cela, le Carré des Horlogers est devenu, dès sa première édition, un incontournable du SIHH.

Il n'y a donc pas d'obligation de proposer une montre délirante pour séduire et faire preuve d'originalité. Kari Voutilainen en apporte de nouveau la preuve avec cette sublime version de la GMT-6 qui combine guillochage, cadran en émail translucide et des couleurs spectaculaires. Le résultat est décoiffant et audacieux tout en restant de très bon goût. J'ai rarement vu une montre classique aussi vivifiante!


Je dois avouer qu'Urwerk m'a beaucoup plu au cours de ce SIHH 2016. J'ai trouvé la marque de Felix Baumgartner et de Martin Frei en très grande forme avec deux montres qui n'ont rien à voir l'une avec l'autre. Alors que je ne suis pas fan de l'UR-105 (j'aime assez peu la forme de la lunette), la version T-Rex la renouvelle complètement en lui rajoutant une carapace en bronze qui évoque la peau d'un dinosaure. Cette montre offre une véritable expérience tactile et les fans d'Urwerk de longue date y retrouvent l'esprit de l'UR-103.01 avec sa zone inférieure dédiée au temps et son boîtier strié. Une totale réussite.


L'EMC Time Hunter poursuit la démarche de l'EMC initiale en proposant une interaction entre la montre et son propriétaire. La précision et l'amplitude peuvent être mesurées grâce à un dispositif électronique qui se met au service d'un mouvement automatique traditionnel. L'affichage du temps est ici classique et l'organisation du cadran de l'EMC Time Hunter, différente de celle de l'EMC d'origine, la rend étrangement plus petite au poignet alors qu'elle possède la même taille que sa devancière.



Depuis plusieurs années, HYT se distingue grâce à sa maîtrise des fluides et l'esthétique reconnaissable de ses montres. HYT a un style et c'est une des grandes forces de la marque. La H2 Tradition est la preuve que ce style est bien ancré. Cette montre change d'atmosphère, adopte un contexte plus classique mais la force du design HYT demeure. J'aime beaucoup la H2 Tradition car elle donne l'impression d'être un objet uchronique, un peu comme une Legacy Machine chez MB&F. Ce mélange entre tradition et modernité fonctionne parfaitement au point d'en faire selon moi la H2 la plus aboutie.


Petit à petit, Laurent Ferrier se lâche au niveau du design des cadrans et je ne peux que me réjouir de cette tendance. Le SIHH lui donna l'opportunité de présenter la Galet Traveller Boreal, à la fois épurée, subtile et lumineuse. Mais c'est bien la Traveller Globe Night Blue qui retint mon attention. Le cadran gagne à la fois en finesse et en relief. La Traveller porte alors parfaitement son nom car elle incite immédiatement au voyage.


Autre montre de voyageur, autre style. La De Bethune DB25 World Traveller n'est ni une montre à heures universelles, ni une montre à second fuseau horaire. Elle est en fait les deux à la fois. Mais le petit détail qui la rend si séduisante est le détournement de la lune sphérique de De Bethune en affichage jour&nuit. C'est intelligemment fait et cette nouvelle fonction  accélère de façon significative le mouvement de cette sphère qui dévoile plus rapidement ses deux couleurs.


Edouard Meylan est malin et maîtrise parfaitement les clés de communication afin de créer le buzz autour de sa marque, H.Moser & Cie. Pas simple lorsque les montres de la collection incarnent un style sobre, élégant et classique. Mais l'utilisation de mouvements de forme qui avaient été développés à l'époque pour la Henry Double Hairspring lui offre l'opportunité de sortir une montre, la Swiss Alp Watch, qui semble avoir été dessinée sous le soleil californien. Alors, même si le mouvement n'est plus à double-spiral, il n'en demeure pas moins que la Swiss Alp Watch est très séduisante en parvenant à dépoussiérer le style des montres rectangulaires. Un mouvement de forme pour un boîtier de forme, un style contemporain, la Swiss Alp Watch est ma Moser préférée de ces derniers mois.


Enfin, la montre la plus spectaculaire du Carré des Horlogers fut sans aucun doute la MB&F HM6 Sapphire Vision. En utilisant ce boîtier Saphir dont la carrure est inspirée par le style Streamline Moderne, Max Büsser dévoile totalement l'architecture tri-dimensionnelle du mouvement à tourbillon volant central. Le résultat est magique mais rappelle surtout qu'au-delà de leurs originalités, de leurs affichages décalés, les Horological Machines sont des montres aux contenus horlogers de haut niveau.


Je reviendrai plus en détail sur ces montres dans les prochaines semaines.

Un grand merci aux équipes des marques présentes au sein du Carré des Horlogers pour leur accueil pendant le SIHH 2016.