dimanche 21 décembre 2014

Hublot: King Power Special One

Bonjour. Je m'appelle José Mourinho et je suis actuellement le manager du club de football de Chelsea à Londres. J'ai travaillé précédemment au Real Madrid. J'entends déjà certains ricaner et me rappeler que je ne suis pas arrivé avec le club madrilène à gagner la dixième Coupe d'Europe des clubs champions alors que mon successeur y est arrivé dès sa première année. Mais je me fiche des quolibets et des attaques sournoises. Car au-delà de mon palmarès, je suis après tout l'entraîneur le plus connu et le plus charismatique au monde. Je rappelle en effet que je suis le seul dans l'univers du football à pouvoir porter une doudoune et un survêtement sans ressembler à un type qui va chercher le pain le dimanche matin.


La preuve de mon importance? Hublot m'a dédié une montre. Car franchement, vous imaginez vous une Hublot Laurent Blanc ou Didier Deschamps? Eh oui, alors que Hublot a multiplié les séries limitées dédiées à des clubs, des fédérations voire même des compétitions comme la Coupe du Monde, je suis le seul au sommet de la colline à pouvoir arborer MA montre.

Et puis franchement, elle est tout de même pas mal cette montre. Certes mon élégance naturelle m'aurait fait préférer le boîtier plus classique et discret de la Classic Fusion. Mais bon, le diamètre de 48mm du boîtier King Power est là pour rappeler que je suis à la tête d'une équipe puissante appelée à jouer les premiers rôles. Hublot a eu de plus la délicatesse de faire deux versions: je peux donc varier les plaisirs, porter celle en or rose pour les matches de gala et celle en titane pour le deuxième tour de la coupe de la league contre une équipe de quatrième division. Mais je m'égare... car la montre en titane est finalement la plus réussie du lot. Pourquoi? Tout simplement parce que la couleur neutre du boîtier se marie mieux avec le carbone de la lunette et les autres détails bleus. Le rendu du titane brossé m'a beaucoup plu.


Cela tombe bien cette histoire de bleu car c'est ma couleur préférée. D'ailleurs j'ai décidé de revenir entraîner Chelsea parce que l'équipe joue en bleu. Vous pouvez constater que j'ai bien fait de quitter le Real Madrid! Rien que d'imaginer une lunette blanche, j'ai des frissons. Le bleu se retrouve sur le bracelet et également sur les compteurs. Le cadran est selon moi le principal attrait de ma montre. Grâce à son effet de transparence, il permet de profiter de l'architecture du mouvement Unico conçu avec une approche modulaire plaçant le mécanisme du chronographe dont la roue à colonne côté cadran. Le mouvement Unico, c'est tout moi finalement. Il se retrouve là où on l'attend pas et il est beau! Ses performances sont à l'avenant: une réserve de marche de 3 jours, un retour en vol, un usage au quotidien agréable (efficacité au remontage, manipulation des poussoirs). Je suis donc fier que Hublot m'ait dédié son mouvement maison. Visuellement, cela se ressent que ce soit côté cadran ou en retournant la montre. La finition des éléments demeure industrielle mais contemporaine, soignée et adaptée à la présentation du mouvement. Ce dernier est visible à travers un fond transparent. Mais attention! Il ne fallait pas qu'il me volât la vedette. Je n'ai pas pu résister à la tentation d'apposer ma signature sur le fond...


Considérez cela comme un honneur. Avoir ma signature au contact de la peau de votre poignet va vous donner force, énergie et clairvoyance pour affronter les épreuves de la vie tout comme moi je me prépare match après match à lutter contre des adversaires ne rêvant que d'une chose: me faire mordre la poussière. Et ne perdez pas de vue que cette signature demeure bien plus discrète qu'un logo de club côté cadran!

Vous allez maintenant me dire que le gabarit imposant de la montre (diamètre et épaisseur) la rend difficile à porter en toutes circonstances. Mais je ne suis pas le "Special One" pour rien! Tout est prévu avec ma montre. Tout d'abord, le titane l'allège considérablement. Ensuite, il ne faut pas oublier le confort au porter des montres Hublot. La boucle déployante est efficace et maintient parfaitement la King Power sur le poignet. Bref, il n'y a aucune contre-indication si ce n'est l'esthétique! Un tel engin sur un poignet modeste peut choquer. Ma montre n'est pas faite pour les petits garçons!


Vous comprenez ainsi que je suis très satisfait du résultat. Je considère ma série limitée comme étant une des plus réussies de ces dernières années car profitant du mouvement Unico et d'une jolie harmonie de couleurs dans la version titane. Le seul point qui me chagrine un peu est que Hublot a décidé d'en faire 250 en titane et 100 en or. Comment peuvent-ils penser qu'il n'y a que 350 fans de ma personne dans le monde susceptibles d'acheter ma King Power? Mon aura et mon charisme vont bien au-delà de ces nombres fort modestes.

Je vous donne maintenant rendez-vous en France dans quelques semaines quand je viendrai avec Chelsea affronter le Paris St Germain. L'amateur de sucettes peut se méfier. Il risque de finir comme l'année dernière avec une élimination au bout. Mais ne croyez pas qu'il s'agira d'un simple match de Champions League! Ce sera l'affrontement entre deux séries limitées de Hublot, la Special One contre la PSG... Franchement, vous ne trouvez pas la mienne bien plus lumineuse?


Merci à l'équipe de la boutique Hublot de la Place Vendôme à Paris.

Les  plus:
+ l'utilisation et la présentation du mouvement Unico
+ le rendu du titane brossé
+ l'harmonie des couleurs de la version titane
+ le confort au porter

Les moins:
- le gabarit très imposant
- une version en or rose loin d'être indispensable

mercredi 17 décembre 2014

Urwerk: UR-110 Eastwood

Quelques jours avant le SalonQP, nous fûmes quelques privilégiés à recevoir une invitation très spéciale de la part d'Urwerk. Un rendez-vous un vendredi matin, pendant le Salon... non pas autour de la Saatchi Gallery mais dans l'atelier du célèbre couturier anglais Timothy Everest à quelques encablures de la gare de Liverpool Street. Notre curiosité était piquée au vif et comme l'un des invités me le précisait: "je n'ai aucune idée de ce que je fais ici mais je suis sûr que cela va être passionnant à découvrir!".

Elder Street:

 

Je dois avouer que j'étais tout aussi perplexe et excité à la fois. Urwerk est une marque qui fait partie de mes favorites pour de très nombreuses raisons: la capacité à réinventer le vieux principe de l'heure vagabonde, la cohérence du design avec l'affichage du temps, les prouesses techniques, l'exclusivité, la disponibilité de l'équipe... je pourrais en citer bien d'autres. Alors ce n'étaient pas les caprices de la Circle Line (dont je ne comprendrais jamais dans quel sens circulent les trains) qui allaient m'empêcher de découvrir la surprise proposée par Felix Baumgartner et Martin Frei... sans oublier notre hôte de la matinée!

L'atelier de Timothy Everest:


Ce n'était décidément pas une journée comme les autres: en sonnant à l'atelier situé dans la charmante et typique Elder Street, sorte d'îlot entouré par les immeubles de la City, je découvris un Timothy Everest avec un bras en écharpe. Un peu gênant pour quelqu'un qui doit manipuler les ciseaux et le mètre... mais ce désagrément très provisoire dû à une mauvaise chute à vélo n'allait pas l'empêcher d'être stylé! Même dans les situations les plus inhabituelles, un dandy reste un dandy! J'imagine le soin apporté au choix du tissu qui allait soutenir le bras!

Une très jolie décoration et tous les autres cadres sont à l'avenant:


Je pensais d'ailleurs la même chose de Felix Baumgartner et de Martin Frei, tirés à 4 épingles dans leurs superbes vestes 3/4 cintrées dessinées bien évidemment par Timothy himself... mais bon, nous n'étions pas là que pour parler mode et chiffons même dans ce lieu ô combien agréable et furieusement british car il y avait bel et bien une histoire de montre au bout du compte!

Martin Frei, Timothy Everest et Felix Baumgartner:


La véritable surprise était donc là: l'événement était organisé pour nous présenter les ultimes versions de l'UR-110 déclinées dans un contexte nouveau pour Urwerk, celui d'un partenariat avec Timothy Everest. De prime abord, une telle idée peut sembler farfelue. Après tout, il est difficile d'imaginer une plus forte opposition de style que celle entre les réalisations classiques et traditionnelles d'Everest et les montres audacieuses dessinées par Martin Frei! C'est bien là tout l'intérêt de ce projet commun. S'il ne fallait associer que des démarches allant toujours dans le même sens, cela ne générerait que de l'ennui. Les étincelles sont provoquées par l'affrontement des caractères!

Ces tissus ne sont pas là par hasard!


Les deux UR-110 Eastwood sont le résultat d'une rencontre entre deux mondes, celui de la mode et de l'horlogerie qui trouvent ici un point d'équilibre subtil et délicat à atteindre. Elles donnent l'occasion de découvrir une nouvelle facette d'Urwerk, peut-être moins contemporaine, moins stricte mais assurément plus chaleureuse, un peu comme si l'histoire de la marque avait démarré il y a quelques décennies non pas à Genève mais dans cet atelier à Londres.

L'UR-110 Eastwood à teinte sombre:


Elles rappellent également qu'il existe bien plus de points communs entre Urwerk et Timothy Everest que nous le pourrions le penser. Dans chaque cas, je retrouve la volonté d'atteindre la perfection dans la pratique de son métier, l'hommage à la tradition, le plaisir de produire dans de très petites séries, en d'autres termes, un véritable travail d'artisan. Et puis... les yeux exercés savent reconnaître les détails plein d'originalité qui émaillent les créations d'Everest, sûrement moins perceptibles que ceux d'Urwerk mais bien réels!

L'UR-110 Eastwood à teinte vive:


La véritable question était donc de savoir comment aller s'intégrer la touche de Timothy Everest dans cette UR-110 qui se distingue par son échelle des minutes verticales et par l'effet de parallélisme des satellites supportant les plots des heures et les aiguilles qui longent la graduation. L'UR-110 n'est pas une UR-103 qui aurait subi une sorte de rotation de 90 degrés dans le sens contraire des aiguilles. Son grand intérêt réside dans le comportement unique des satellites, constamment en mouvement afin qu'ils conservent leur parfait alignement. En un sens, elle est peut-être l'Urwerk à l'affichage le plus rigide, le plus strict. Cependant, son grand atout provient de son orientation et de la fluidité de ses lignes. Grâce à cette orientation horizontale et à ses formes sensuelles, l'UR-110 donne constamment l'envie de la caresser de la paume de la main. Est-ce ce sentiment qui fit émerger l'idée d'utiliser du bois pour la partie supérieure du boîtier? En tout cas, le résultat est là: caresser une UR-110, c'est comme glisser la main le long d'une rampe en bois... une vraie expérience tactile!

Le bracelet Prince de Galles: 


Pour arriver à un tel résultat, il fallait un bois aux propriétés adaptées au contexte du port quotidien d'une montre. L'ébène de Macassar, pour ses couleurs, sa dureté, constituait le choix parfait. La provenance indonésienne de ce bois, très à l'est de Genève explique le nom  de cette édition finale de l'UR-110. Les fans de Clint seront déçus mais il faut constater qu'il n'y a aucun hommage caché à l'Inspecteur Harry dans cette montre!

La base du boîtier demeure en titane:


Les dimensions généreuses de l'UR-110 (47mmx51mmx16mm) créent la surface suffisante pour profiter pleinement de la texture et des couleurs du bois. Deux teintes dominantes sont disponibles: une qui tire vers le chocolat sombre, l'autre vers le Bordeaux vif. Chacune est séduisante et définit sa propre ambiance. La montre la plus surprenante est évidemment celle qui est la plus lumineuse. A ce titre, elle est selon moi la plus intéressante car c'est elle qui tranche le plus rapport à une Urwerk "classique" (drôle d'expression dans ce contexte!). Mais dans chaque cas, il est très surprenant de réaliser à quel point l'UR-110 est transformée. De statut de vaisseau spatial à tendance agressive, elle passe à celui d'objet terrestre paisible et réconfortant.

Au poignet d'un des heureux invités:


Même si le bois m'évoque les ateliers traditionnels de couture, il fallait cependant plus pour que l'atmosphère particulière de Timothy Everest soit retranscrite. N'avons-nous pas l'habitude de dire qu'un bracelet habille une montre? Et tout naturellement, le couturier dessina deux bracelets en tweed adaptés à l'UR-110 dont l'un arbore l'un de ses motifs préférés, celui de Prince de Galles. Ainsi parachevée, l'UR-110 Eastwood dégage un charme irrésistible, celui d'une montre que Jules Verne n'aurait pas reniée: une montre du futur conçue il y  a quelques décennies.

Le bracelet Tweed à chevrons:


Porter l'UR-110 Eastwood est une expérience rare. Le bois surprend par sa texture et il est intéressant d'observer que ce matériau traditionnel devient le principal point d'originalité de la montre jusqu'à pratiquement faire oublier la singularité de l'affichage du temps. Pièce hors du temps, s'inscrivant dans un univers inhabituel pour Urwerk, l'UR-110 Eastwood constitue le bouquet final, plein d'audace et de créativité qui ferme avec élégance un des plus jolis chapitres d'Urwerk. Et en matière d'élégance, difficile de trouver meilleur maître que Timothy Everest.

Un bouquet final plein d'élégance et de charme:


L'UR-110 sera définitivement présentée pendant la semaine du SIHH 2015 à Genève. 10 montres seront prévues mais la répartition du nombre selon la couleur du bois dépendra a priori des commandes.

Merci aux équipes de Timothy Everest et d'Urwerk pour leur accueil à l'atelier d'Elder Street.

Les plus:
+ le plaisir de retrouver l'UR-110 dans une atmosphère inhabituelle pour Urwerk
+ l'originalité apportée par le bois, par sa texture et ses teintes
+ le charme des bracelets en tweed
+ l'évolution en parallèle des satellites

Les moins:
- il faudra prévoir une rallonge au budget pour acheter le costume qui ira avec le bracelet!

dimanche 14 décembre 2014

Ralf Tech: WRX Edition Manufacture «Pirates»

Avec sa nouvelle collection, l'Edition Manufacture, Frank Huygue part à l'abordage d'un segment horloger différent de celui dans lequel navigue habituellement Ralf Tech. Une telle ambition pourrait apparaître comme surprenante voire inconsciente car nous connaissons les difficultés qu'ont les marques, quelles qu'elles soient, à évoluer en dehors de leurs environnements naturels, notamment tarifaires. 

En effet, la WRX Edition Manufacture "Pirates", une des deux représentantes actuelles avec la "Torpedo" de cette collection, se situe dans une gamme de prix bien plus élevée que celle des montres qui composent la division professionnelle de Ralf Tech. Cependant, l'ambition de Frank Huygue, bien réelle, demeure mesurée en termes de volume de pièces concernées. Connaissant parfaitement le marché horloger, il sait pertinemment que les attentes de la clientèle face à une montre de 17.000 euros ne sont pas les mêmes que dans la fourchette autour des 2.000 euros. L'objectif poursuivi par l'Edition Manufacture est donc de témoigner d'une expertise et d'un savoir-faire, de renforcer l'image de Ralf Tech en tant que marque de niche mais sûrement pas de tirer l'ensemble de la collection vers le haut à un moment où la sensibilité des consommateurs par rapport aux prix est extrêmement élevée. De plus, Frank Huygue s'est donné les moyens de réussir dans sa démarche, à savoir de vendre l'ensemble des pièces de la collection et d'équilibrer l'opération, en renforçant et en crédibilisant le contenu horloger. L'Edition Manufacture dans son ensemble repose sur un calibre exclusif, le type 77, qui est le fruit du partenariat entre Ralf Tech et l'atelier Novowatch au Locle.


Il est important d'apporter plus de détails sur ce mouvement dont les caractéristiques témoignent de l'esprit dans lequel s'inscrit l'ambition horlogère de Frank Huygues. En un sens, j'y vois une sorte d'hommage à l'horlogerie traditionnelle: d'un grand diamètre (35,5mm), d'une architecture très classique, s'appuyant d'ailleurs sûrement sur une reprise de pointage de l'Unitas, il évoque plus les mouvements d'il y a quelques décennies plutôt que les mouvements contemporains. Sa fréquence (3hz), l'angle de levé du balancier (44°), le nombre de rubis (17) font immédiatement penser aux Unitas de "deuxième génération " (au suffixe 2) qui possèdent une réserve de marche étendue et une fréquence plus élevée.  Cependant, il serait dommage de s'arrêter à cette première impression car le type 77 comporte de nombreux détails techniques qui visent à renforcer ses performances tant du point de vue de la stabilité de marche que de la chronométrie. En retournant la montre, le détail qui se remarque instantanément est le cliquet de remontage qui a été revu. L'organe réglant a également fait l'objet d'un soin particulier tant au niveau du balancier que de celui la forme du spiral.

Le contexte classique du mouvement est pourtant contre-balancé par une approche décorative bien plus contemporaine grâce notamment à la forme des ponts, au microbillage avec revêtement ruthenium et au travail de squelettage effectué côté cadran. L'ensemble est ainsi très agréable à regarder y compris côté ponts. Mais bien entendu, le point d'attention se situe côté cadran.


La WRX Edition Manufacture "Pirates", au-delà de son mouvement, se distingue avant tout par son audace esthétique. Elle profite d'abord de la forme et de la taille du boîtier en acier traité DLC noir mat d'un diamètre de 47,5mm. Heureusement, cette taille n'est pas insurmontable. L'ensemble est galbé et donne même l'impression d'être ramassé. L'épaisseur de la lunette contient l'ouverture du cadran et donc réduit la taille perçue. Il n'en demeure pas moins que la montre dégage un sentiment de puissance appuyé par le protège couronne et le traitement de la lunette.

La lunette est peut-être l'élément qui m'a le plus plu. En tout cas, elle joue un rôle extrêmement important puisqu'elle supporte les chiffres romains et index polis à la main qui assurent la lisibilité. En outre, son traitement au ruthénium abrasé confère à la WRX Edition Manufacture "Pirates" un rendu brut mais non dénué de raffinement, cohérent avec le motif qui orne le cadran: la représentation du drapeau de pirate.


La tête de mort, voici un véritable thème casse-gueule dans l'horlogerie. Compte tenu de son omniprésence dans les dernières collections (je ne compte plus le nombre de têtes de mort vues à Bâle cette année), il est très difficile de sortir du lot. Certains ont carrément sombré dans le ridicule. Mais dans ce cas précis, le charme opère.

Je l'explique par d'abord la qualité du motif. Les longs sabres sont finalement aussi importants que la tête en elle-même et évitent à la montre de tomber dans la rhétorique du memento mori. Ensuite, le motif s'intègre avec harmonie avec l'architecture du mouvement qui se dévoile dans la partie semi-ouverte du cadran. J'aime beaucoup la façon avec laquelle ces différents éléments se mélangent. Enfin, la puissance du boîtier et le rendu de la lunette soutiennent avec force tout l'imaginaire véhiculé par le drapeau de pirate.

Dans ce contexte de cadran complexe et très occupé, un des enjeux consistait à préserver la lisibilité. Les index et chiffres de la lunette aident beaucoup mais les aiguilles en traitement PVD gris anthracite mat, malgré leurs pointes rouges ont un peu de mal à se distinguer. Il s'agit ici d'un choix esthétique. En les rendant plus visibles, le motif du cadran aurait peut-être perdu de son intérêt. L'option choisie est assurément la meilleure du point de vue du design mais pas du point de vue pratique.


Sans surprise, le confort au porter est au rendez-vous, comme de coutume avec le boîtier WRX. La taille et la forme des cornes, sans oublier la largeur du bracelet positionnent efficacement le boîtier sur le poignet. Cependant, un petit poignet ne sera pas adapté à une telle montre. Plus qu'un réel problème de confort, il s'agit de l'inadéquation entre le style de la pièce et le poignet qui la porte qui finirait par être trop perceptible. Fort heureusement, seulement cinq amateurs de piraterie en tout genre suffiront pour que le succès soit au rendez-vous de la WRX Edition Manufacture "Pirates" comme ce fut le cas précédemment avec la Torpedo dont tous les exemplaires furent vendus. En effet, la "Pirates" n'est commercialisée que dans le cadre d'une série extrêmement limitée de 5 pièces, toutes disponibles chez Colette à Paris. Dans ce contexte d'exclusivité, de positionnement tarifaire inhabituel et d'audace esthétique, cette boutique est sans aucun doute le partenaire commercial idéal pour Ralf Tech.

Merci à Frank Huygue pour son accueil lors de Baselworld 2014.

Les plus:
+ la cohérence de l'ensemble
+ le cadran, esthétiquement réussi
+ le rendu de la lunette
+ l'intérêt et la présentation du mouvement à remontage manuel même s'il impose de dévisser la couronne pour le remontage quotidien

Les moins:
- le gabarit du boîtier et le thème imposent un large poignet
- la lisibilité est moyenne du fait du faible contraste des aiguilles avec le cadran

lundi 8 décembre 2014

MATWATCHES: AG7 California

Dernière le nom de code AG7 se cache la ligne des montres habillées de MATWATCHES. Mais n'ayez crainte! Tout l'esprit de la marque est préservé et c'est bel et bien dans un contexte militaire qu'elles puisent leur inspiration. Les AG7, aujourd'hui au nombre de trois (Acier, Furtive et California), peuvent en effet être considérées comme des montres d'état-major qui allient une certaine idée de l'élégance avec les caractéristiques de l'ensemble de la collection: lisibilité, luminescence, robustesse, étanchéité, manipulation aisée. Et malgré cette évolution vers plus de raffinement, le style propre à MATWATCHES demeure aisément reconnaissable.


Ma préférée est sans aucun doute la California qui tire son nom de son cadran particulier. L'intérêt des cadrans de ce type, qui mélangent chiffres arabes et romains, est qu'ils permettent de faire très facilement le tri entre designs réussis ou ratés. Ils ont tendance à amplifier les qualités et les défauts des montres qui les utilisent. Une montre au design hasardeux affublée d'un cadran California devient ridicule. En revanche, si elle se révèle être aboutie, un tel cadran peut lui donner beaucoup de charme et renforcer son pouvoir d'attraction. C'est ce que j'ai ressenti en découvrant l'AG7 California.

La principale raison qui explique ce sentiment est l'harmonie entre le cadran et le boîtier. Ils semblent faits l'un pour l'autre. Le boîtier en acier d'un diamètre de 39mm suit scrupuleusement un des éléments esthétiques de MATWATCHES: la lunette ronde posée sur une carrure de forme tonneau. Cet élément contribue au caractère de la montre et lui évite, dans ce contexte plus formel, de tomber dans la traditionnelle montre ronde lisse et sage. La couronne surdimensionnée, au-delà de son aspect pratique, raccroche l'AG7 à son environnement militaire. Sa taille est d'ailleurs cohérente avec celles des chiffres et des aiguilles. Le décrochage au niveau des cornes et la présence des pièces de bouts qui créent le lien entre le bracelet et le boîtier sont également des rappels stylistiques de la marque qui donnent à l'AG7 un soupçon d'originalité tout en l'ancrant dans la collection grâce à un air de famille incontestable.


Dans ce contexte, le cadran ne pouvait pas jouer une partition différente. Il respecte lui aussi plusieurs principes de MATWATCHES comme la présence de 4 chiffres uniquement et l'alternance entre les index bâton épais et les larges points. Ce qui surprend le plus à l'observation du cadran est la taille de ses composants. Les chiffres et index semblent très imposants et ont tendance à manger une grande partie de la surface disponible. Une telle option est-elle vraiment appropriée pour une montre de 39mm de diamètre? En fait, j'ai trouvé plusieurs vertus à un tel choix. Tout d'abord, ces larges chiffres et index augmentent le diamètre perçu de la montre. Ensuite, ils renforcent l'inspiration militaire. Enfin, ils donnent l'occasion de profiter d'une très jolie finition mise en valeur par des fins liserés délicatement en relief autour du Superluminova. Les aiguilles, chiffres et index sont ainsi en harmonie car partageant la même approche. J'ai beaucoup aimé ce surdimensionnement car tout en restant dans les limites du raisonnable, il apporte beaucoup d'énergie et de peps à la montre.


Fabrice Pougez, le créateur de MATWATCHES a également souhaité conférer à la montre une atmosphère vintage. Tel est le but de la minuterie périphérique qui rappelle les pièces d'il y a quelques décennies tout comme l'indication "automatique" rouge qui agrémente joliment le cadran avec une petite touche de couleur discrète et bienvenue. Au bout du compte, le cadran dans son ensemble propose un bel équilibre qui n'était pourtant pas facile à atteindre. 

L'AG7 California, comme de coutume avec les montres automatiques à 3 aiguilles de MATWATCHES, est équipée du mouvement ETA2824-2 d'une fréquence de 4hz et d'une réserve de marche de 42 heures. Il colle parfaitement à l'esprit de la montre: fiable et sans histoire, répandu et donc facilement réparable, il en est son parfait compagnon. Je me suis posé la question de la pertinence de l'utilisation d'un mouvement à remontage manuel. A la réflexion, compte tenu de la couronne visée, l'option automatique me semble être la meilleure. Elle l'est également du point de vue commercial. On a beau tourner le problème dans tous les sens, dans ce segment, les montres automatiques trouvent plus facilement preneur que les montres à remontage manuel. Après tout, peut-être que MATWATCHES réserve un mouvement de ce type pour la montre de gala qui accompagnera la tenue d'apparat?


L'AG7 California dégage une présence au poignet bien plus forte que sa taille ne le laisse supposer. Quel que soit le bracelet utilisé (la montre est livrée avec un barenia marron, un bracelet en toile et un en caoutchouc), le confort est au rendez-vous. Grâce à son caractère, son cadran, son épaisseur parfaitement dosée (11,5mm) et la forme du boîtier, elle demeure finalement bien dans la lignée des autres montres de la marque, pourtant bien plus grandes. Mélangeant astucieusement des atmosphères militaire et vintage d'un côté et du raffinement et du punch de l'autre, l'AG7 California peut être considérée comme une évolution stylistique réussie et un élargissement convaincant de la gamme de la jeune marque de Fabrice Pougez.
 
Merci à Fabrice Pougez pour son accueil pendant le Salon Belles Montres 2014.

Les plus:
+ le design et la réalisation du cadran
+ le caractère du boîtier
+ le mouvement simple et fiable
+ le confort au porté quelque soit le bracelet utilisé

Les moins:
- le cadran manque un peu de respiration, le logo aurait peut-être mérité d'être plus petit