mercredi 24 juin 2015

Hublot: Big Bang Unico Italia Independent

Décidément, Hublot ne manque pas de flair. Alors que de nombreuses marques demeurent hésitantes sur le type de communication à adopter, s'éloignant petit à petit des  messages à contenu technique à l'attention des amateurs d'horlogerie pour s'ouvrir vers une clientèle plus lifestyle, Hublot s'engouffre dans cette nouvelle tendance en signant un partenariat avec la marque de mode du petit-fils de Giovanni Agnelli, Lapo Elkann. Une telle association peut ressembler au mariage de la carpe et du lapin et pourtant j'ai rarement vu un partenariat d'un tel type aussi bien pensé.

J'entends déjà les ricanements et les critiques. Que vient faire une marque horlogère avec une griffe qui se concentre maintenant sur des lunettes au style aisément reconnaissable? N'est-ce pas tirer Hublot vers le bas? Après tout, une paire de lunette coûte une centaine d'euros et Italia Independent fabrique même des caleçons et des coques d'Iphone! Justement, Hublot a compris qu'il fallait voir beaucoup plus loin que ces réactions un peu simplistes.


Italia Independent, c'est avant tout Lapo et Lapo fascine ou agace... un peu comme Hublot finalement. Et surtout, même ses pires détracteurs ne peuvent nier son style inimitable qui est un savant mélange d'élégance, d'originalité et de décontraction. Ensuite, Italia Independent joue avec les matériaux pour créer ses montures sans oublier l'utilisation de motifs caractéristiques qui donnent un rendu très technique. Si j'osais, je dirais que le métal, le plastique et l'acétate fusionnent! Cela ne vous rappelle pas quelque chose? Enfin, la clientèle d'Italia Independent est résolument férue de mode et incarne une sorte de refus des conventions à travers ces lunettes qui ne laissent personne indifférent. Pour Hublot, le message est clair. Pendant que certains posent à peine un orteil sur le territoire du lifestyle, Hublot y rentre avec envie et en devient un véritable acteur.

Car il y a tout de même un principe fondamental à respecter: la cohérence entre le produit et son ambition stratégique. Pas la peine d'aller chercher une clientèle peu sensible aux critères traditionnels de l'horlogerie avec une montre évoquant le petit chalet dans une lointaine vallée suisse. Hublot a non seulement la légitimité mais le savoir-faire pour oeuvrer dans des univers décalés, généralement peu pratiqués par les autres marques. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que la Big Bang Unico Italia Independent ne fait pas dans la demi-mesure! Hublot va au bout de la logique et cela explique en grande partie la réussite de cette série limitée.


La Big Bang Unico Italia Independent propose en effet deux originalités. La première est l'utilisation d'un nouveau matériau, le Texalium, composé de fibres de carbone et d'une couche d'aluminium. L'intérêt d'un tel matériau est de pouvoir être coloré et d'offrir un rendu très brillant. Deux versions de la montre sont disponibles en 500 exemplaires chacune, en gris et en bleu. Cette dernière est de loin la plus passionnante car elle met bien mieux en valeur les motifs du Texalium. Elle me semble aussi plus proche du style Italia Independent avec sa brillance et son côté électrique plus affirmé. La grise joue plus la carte de la subtilité et se veut nettement plus discrète.


La deuxième originalité est le bracelet. Ce qui pourrait sembler ridicule sur n'importe quelle autre montre passe sans souci dans ce contexte: réalisé en jeans et clouté pour apporter une touche plus "fashion", il se marie idéalement avec le boîtier. Et s'il finit par lasser, aucun souci! Grâce au système de changement rapide du bracelet inhérent au boîtier de la Big Bang Unico, les jeans cloutés peuvent être rangés dans le placard et être remplacés en quelques secondes.

La montre profite également du contexte propre à la Big Bang Unico. Le cadran ouvert permettant d'observer l'anneau périphérique des quantièmes et une partie du mouvement, roue à colonnes comprise, renforce le style très contemporain de l'ensemble. Le diamètre du boîtier de 45mm est imposant mais cette taille apparaît fort à propos ici. Et comme toute Hublot, la Big Bang Unico Italia Independent se porte avec confort grâce à son excellente boucle déployante, une référence du marché.


Le mouvement HUB1242 de manufacture anime cette série limitée. Le fait que Hublot y consacre son mouvement phare est un signe que la montre est prise très au sérieux. Il indique aussi la progression de la réflexion de Hublot qui ne souhaite pas mettre de côté le contenu horloger malgré le contexte original. Il y a quelques années, une telle série limitée aurait sans aucun doute utilisé la base 7750. Le calibre Unico est ici fini avec un traitement PVD noir ou anthracite selon les versions. Son architecture très contemporaine est toujours très agréable à observer et il demeure très efficace au quotidien: les poussoirs se manipulent avec aisance (même si je n'aime toujours pas ces poussoirs ronds) et la réserve de marche de 3 jours est confortable. Le flyback est également un point positif.


Je suis donc face une montre qui au bout du compte est une excellente synthèse des capacités de Hublot en combinant un contenu horloger solide avec une apparence pour le moins déjantée. Cette opposition est surprenante et presque dérangeante. Mais le sérieux de la réalisation et les soins apportés au détail rappellent que ce n'est pas parce que cette série limitée semble surfer sur une vague éphémère qu'elle doit être abordée avec désinvolture. Hublot a voulu pérenniser le superflu et l'anecdotique. Et derrière cette ambition, se cache une stratégie de conquête de parts de marché redoutablement efficace car l'impact du partenariat va aller bien au-delà des 1000 montres de la série limitée.

Les plus:
+ la base Big Bang Unico
+ les performances du mouvement Unico
+ le système de changement rapide du bracelet
+ la couleur de la version bleu
+ le set comprenant une paire de lunettes réalisée dans le même matériau que le boîtier de la montre

Les moins:
- les poussoirs ronds que je trouve moins bien intégrés que ceux des Big Bang précédentes
- la version grise fait pâle figure par rapport à la version bleu
- l'aspect du bracelet, pourtant cohérent avec le style de la montre, peut rapidement lasser.

dimanche 21 juin 2015

Alexandre Meerson: D15 MK1-GMT

Avec la D15 MK1-GMT, Alexandre Meerson élargit non seulement sa collection mais son approche stylistique. Se rajoutant aux simples et raffinées Altitude, la D15 MK1-GMT a pour ambition d'être une montre plus décontractée, sans se départir d'une certaine élégance, faite pour accompagner son propriétaire en toutes circonstances et en proposant une complication utile: l'affichage du second fuseau horaire. Le concept est alléchant puisque j'ai toujours considéré la polyvalence comme un atout pour une montre de voyageur. 


Contrairement à ce que le rythme des présentations le laisse supposer, Alexandre Meerson a d'abord travaillé sur la D15 avant de se pencher sur l'exercice difficile et plus contraint de la montre à 2 ou 3 aiguilles avec les Altitude. Il a cependant souhaité créer la base de sa collection avec la pièce la plus abordable ce qui est très compréhensible du point de vue stratégique. Ainsi, si la D15 vient dans un second temps, elle intègre en revanche les premières orientations esthétiques d'Alexandre Meerson, et ce dans un contexte moins rigide. Le principe qui l'a guidé a été de rendre hommage aux sportifs de haut niveau qui ont la capacité à rendre naturels les gestes les plus complexes. Ne dit-on pas souvent d'un champion que l'exécution d'un de ses mouvements "semble facile"? Cette fluidité, cette aisance se retrouvent dans le boîtier de la D15 et notamment lorsqu'il est observé de profil.


Un fois posée sur la carrure, la D15 révèle en effet la silhouette d'un nageur de papillon en pleine action. Cette réussite esthétique est due au travail complexe effectué au niveau des cornes multi-facettées et à la finesse du boîtier. La forme ainsi obtenue a plusieurs vertus. Elle contribue à apporter une touche de raffinement nécessaire en raison de la présence des poussoirs latéraux. Elle améliore également le confort au porter permettant à la montre de bien se positionner sur le poignet malgré un diamètre généreux (44mm). Compte tenu du rapport diamètre / épaisseur (10,05mm) très élevé, la D15 est extrêmement élancée et à aucun moment, elle n'apparaît comme pataude, problème relativement récurrent pour les montres à double fuseaux qui utilisent des poussoirs pour régler la deuxième aiguille des heures. D'autres détails comme les carrures droites qui cassent agréablement l'uniformité ou l'efficace intégration des poussoirs apportent la preuve du soin apporté au design du boîtier, disponible, ambiance sportive oblige, qu'en titane ou en or gris.


Une telle finesse de boîtier n'est pas aisée à obtenir car Alexandre Meerson a veillé à ce que l'étanchéité de 100 mètres  soit à la hauteur du caractère polyvalent de la montre. De plus, les poussoirs, pour des raisons esthétiques et pratiques, ne possèdent pas de sécurité empêchant leur action inappropriée. Bien entendu, la hauteur maîtrisée du calibre de base en provenance de Vaucher est un atout dans ce contexte. Avec le module exclusif Dubois Dépraz, le mouvement complet qui anime la D15 ne dépasse pas les 5mm d'épaisseur. Mais ce n'est pas tout. Le mouvement est également inséré dans une cage protectrice dont le but est d'augmenter l'étanchéité. L'épaisseur du boîtier est donc étonnante compte tenu de la présence de cette cage.

Le calibre de base est visible à travers le fond transparent du boîtier. Malheureusement, son diamètre de 26,2mm semble un peu perdu dans le boîtier. J'aurais peut-être préféré un fond plein mais les contraintes commerciales imposent la visibilité du mouvement. Comme avec les Altitude, elles aussi équipées d'un calibre Vaucher, il est fini avec soin et sans effet spectaculaire. Le résultat est net et propre mais j'aurais aimé une présentation de la masse oscillante plus valorisante. Grâce au travail de design du cadran et au module, la taille du calibre de base ne se ressent pas côté cadran ce qui est une bonne nouvelle. Les performances du mouvement sont conformes à celles de la base Vaucher à savoir une fréquence de 4hz et une réserve de marche d'une cinquantaine d'heures. Il est important de préciser qu'un travail particulier a été effectué sur le double-barillet pour un meilleur couple et animer plus efficacement le module d'affichage.


L'esthétique du cadran suit le même principe que celui du boîtier en se focalisant sur la lisibilité afin que la montre soit agréable et pratique au quotidien. Un détail résume cette volonté: la trotteuse centrale a été raccourcie afin de libérer l'espace périphérique et rendre la lecture du second fuseau plus nette. Je dois avouer que cette trotteuse, qui devient avant tout un indicateur de marche, est surprenante à observer au départ mais je m'y suis habitué très vite. L'aiguille évidée à extrémité rouge indique l'heure du second fuseau grâce à une graduation sur 24 heures. Elle est généralement utilisée en voyage pour afficher l'heure du domicile tandis que l'heure locale utilise les aiguilles principales. A noter que cette graduation périphérique n'est pas finie de la même façon afin de distinguer le jour (finition lisse) de la nuit (finition grenée): une petite subtilité, à peine perceptible, très appréciable. Le cadran est complété par un discret indicateur jour&nuit lié aux aiguilles principales et par un affichage des quantièmes par aiguille.


Si la carrure du boîtier évoque la natation, le cadran en revanche quitte l'atmosphère de la piscine pour se retrouver sur un terrain de rugby. En l'observant attentivement, son caractère légèrement bombé et les index concentriques esquissent une sorte de représentation d'un ballon... qui serait toutefois spécial car d'une couleur bleu sur les photos!

En fait, 3 couleurs de cadran sont disponibles: blanc argenté, noir et bleu. C'est cette dernière qui me séduit le plus même si elle devient un peu trop la "couleur à la mode". Il s'agit toujours d'une couleur très délicate à obtenir et les cadraniers ont généralement des difficultés à répondre parfaitement aux spécifications des marques qui ont passé commande. Le bleu de la D15 est heureusement très bien dosé et se pare de beaux reflets de lumière. Le cadran blanc argenté m'a semblé beaucoup plus banal et rend la montre plus grande au poignet, ce qui est plutôt à éviter pour un diamètre déjà généreux.


La grande force de la D15 est finalement son usage facile au quotidien. Les poussoirs s'activent sans souci y compris lorsque la montre est au poignet, les informations du cadran sont clairement lisibles et le confort au porter est  incontestable. La D15 est donc pour moi une montre réussie et peut-être même plus convaincante que les Altitude car Alexandre Meerson a pu exercer son talent avec moins de contraintes étant plus dans les figures libres que dans le parcours imposé. Cependant, il doit veiller à ne pas créer un écart esthétique trop important entre les différentes lignes de sa collection afin de construire son identité et sa cohérence de marque. Si je retrouve quelques détails ici et là qui m'évoquent les Altitude comme le travail sur les cornes ou le bombé du cadran, la rupture de style demeure nette. Il doit donc travailler à créer un lien plus perceptible entre les composantes de la collection.

Merci à Alexandre Meerson pour sa disponibilité.

Les plus:
+ un boîtier d'une grande qualité, tant du point de vue esthétique que celui des finitions qui sont personnalisables au niveau des parties polies et brossées
+ une complication utile traitée d'une façon très pratique cumulant une graduation 24 heures et un affichage jour&nuit
+ la présentation du cadran, très rationnelle
+ la couleur bleu du cadran
+ le confort au porter

Les moins:
- le calibre Vaucher semble un peu perdu dans le boîtier
- la masse oscillante aurait mérité une finition plus valorisante

dimanche 14 juin 2015

MB&F: HMX

Le dixième anniversaire d'une marque indépendante est une étape importante de son histoire car elle symbolise sa présence dans la durée et témoigne de sa pérennité. C'est la raison pour laquelle 2015 est extrêmement chargée pour MB&F car Max Büsser n'allait pas laisser passer l'opportunité d'un tel anniversaire pour rappeler la vitalité de sa marque et sa contribution à l'horlogerie créative de ces dernières années.


La HMX (X pour symboliser le 10ième anniversaire) s'inscrit dans ce contexte et si elle représente une façon de rendre hommage au parcours de MB&F depuis sa création, elle est au bout du compte bien plus que cela . Elle a pour objectif premier de remercier les collectionneurs qui ont fait confiance à Max Büsser dès 2005 et qui par leurs acquisitions des différentes Horological ou Legacy Machines l'ont conforté dans sa démarche et ont sécurisé le développement de la marque. Leurs coups de coeur et prises de risque ont été récompensés grâce à la très bonne tenue des cotes des dernières Machines qui ont été mises aux enchères. La notion de "valeur" recherchée par tout collectionneur va évidemment bien au-delà de cet aspect purement pécuniaire.  Même si MB&F s'est toujours distingué par un design audacieux, le contenu horloger n'a jamais été oublié comme le prouve le mouvement à tourbillon central de la première HM1. La HMX s'appuie sur cette notion de valeur grâce à un prix attractif qui ne néglige pas le contenu et apporte la démonstration de la très grande force de Max Büsser: sa capacité d'anticiper les tendances du marché.


Il est en effet extrêmement rare qu'une pièce anniversaire, éditée dans le cadre d'une édition limitée soit proposée à un prix nettement inférieur au segment habituellement pratiqué. C'est pourtant le cas de la HMX et il ne s'agit nullement d'une Machine au rabais. Elle contient tout ce qui fait le succès de la collection y compris le soin apporté aux moindres détails. La HMX accentue donc le phénomène observé lors des sorties des HM6 et LM101. Les prix ont tendance à s'écarter chez MB&F avec la présence commune au sein de la collection de montres superlatives à des prix élevés et des pièces plus accessibles descendant significativement sous le seuil psychologique des 50K euros. Cependant, il ne faut pas se tromper. La volonté de Max Büsser est bien de s'adresser avec la HMX en priorité aux personnes qui ont soutenu la marque et non de présenter une sorte de montre d'appel permettant d'élargir la base de la clientèle.

Le rotor n'a plus la forme en astéro-hache et recouvre entièrement le mouvement de base:



Cela se sent immédiatement à l'observation de la montre. Elle demeure sans concession et d'un abord difficile pour ceux qui ne sont pas sensibles au design de MB&F. L'air de famille avec la HM5 est évident et d'ailleurs Eric Giroud est à la baguette stylistique dans les deux cas. La HM5 et la HMX partagent les mêmes sources d'inspiration, celles des montres casquette et des Supercars des années 70. En revanche, je considère la HM5 comme plus brute et radicale, peut-être plus dans l'esprit de ces Supercars. La HMX, la plus abordable, est finalement la plus raffinée, la plus élancée et bon point pour elle, la plus lisible des deux.

C'est avant tout un jeu de lumière qui explique ce phénomène. Le boîtier de la HM5 demeure fermé à moins d'ouvrir les volets qui ne laissent passer, de toutes les façons, que partiellement la lumière. En revanche, la HMX est ouverte et la glace supérieure permet de dévoiler intégralement son "moteur" et diffuse la lumière vers les verres saphir qui grossissent et projettent de façon verticale les chiffres situés sur les disques d'affichage du temps.

L'astéro-hache est toujours présente sur la couronne:


Au-dessus des disques se trouvent les cache-culbuteurs comportant chacun un bouchon à huile. Ces cache-culbuteurs ont deux fonctions. La première, surprenante, est fonctionnelle. Comme sur une vraie voiture, l'horloger en intervenant sur la montre, doit les dévisser pour lubrifier le mouvement. J'aime beaucoup cette idée qui permet de relier de façon encore plus nette la HMX avec l'univers automobile. Les cache-culbuteurs jouent ainsi le même rôle que les volets de la HM5 même si  l'interactivité avec la HMX demeure réservée à l'horloger. La seconde fonction est esthétique. Les cache-culbuteurs décorent la zone supérieure de la montre et complètent joliment avec leurs lignes droites (qui me font penser à la Chopard Engine One) les courbes du boîtier. Ils servent aussi de supports aux touches de couleur qui différencient les 4 versions qui composent cette série limitée anniversaire. 4 couleurs qui se retrouvent aussi sur les bracelets sont ainsi disponibles : rouge (Ferrari), bleu (Bugatti), vert (British Racing Team) et noir (Lotus), chaque version étant produite en 20 exemplaires. Ayant manipulé la rouge et la noire, ma préférence va sans hésitation vers la rouge, plus dynamique et pour moi plus convaincante. Le contraste apporté par la couleur renforce l'appartenance à l'univers de la course automobile et ne dérange nullement. L'originalité de la montre s'y prête! En revanche, j'ai trouvé la version noire plus triste et les cache-culbuteurs ont même tendance à s'estomper ce qui est dommage. 


La lecture de l'heure s'effectue sur le devant de la montre et reprend un des grands principes de MB&F: la séparation des affichages. La zone gauche est dédiée aux heures sautantes (recommandées pour éviter toute confusion) tandis que les minutes trainantes sont indiquées dans la partie droite. Cet affichage nécessite une période d'accoutumance et si les heures ne posent aucun problème, la lecture précise des minutes est plus délicate compte tenu du système de graduation. Mais très vite nos yeux quittent cette zone pour se concentrer sur le grand atout de la HMX: la beauté de son boîtier.


En toute franchise, j'ai du mal à considérer cette montre comme la plus abordable des Machines! Son boîtier est une véritable réussite esthétique et à titre personnel, je le trouve plus abouti que celui de la HM5. Le point d'équilibre entre puissance et raffinement est atteint et la fluidité de ses lignes, la subtilité de ses flancs, la combinaison du titane et de l'acier en font un modèle du genre. Si la HM5 demeure un véhicule qui dévore la route, j'ai le sentiment que la HMX, plus légère visuellement parlant, est sur le point de s'envoler, un peu comme les voitures flottantes de Renaud Marion. Le gabarit demeure imposant (46.8 mm x 44.3 mm) et épais (20,7mm) mais cela ne se ressent pas!


Mais alors, où se trouve l'astuce qui peut expliquer le prix de vente attractif de la HMX? Le seul élément qui contribue à la maîtrise des coûts est l'utilisation d'une base Sellita, d'une fréquence de 4hz et d'une réserve de marche de 42 heures, remplaçant celle en provenance de Girard-Perregaux pour animer le module d'affichage développé en interne. Et encore, le gain est tout relatif compte tenu de la très belle masse oscillante en or qui comporte le slogan du 10ième anniversaire: “Un adulte créatif est un enfant qui a survécu”. Slogan du 10ième anniversaire? Je vois beaucoup plus en cette phrase le motto de Max Büsser qui fut mis en application dès la première Machine. Max Büsser veut avant tout créer à travers ces Machines qui indiquent l'heure des montres ludiques et ce plaisir est communicatif.

La HMX est une montre véritablement surprenante. En fait, les idées préconçues que je pouvais avoir à son égard ont été balayées.


Une qualité d'exécution en baisse pour atteindre le prix de vente attractif? Le niveau des finitions est conforme à celui pratiqué par la marque. La HMX se paye même le luxe de proposer un des plus beaux boîtiers de la collection. De façon très terre à terre, je suis certain que MB&F a considérablement rogné ses marges.

Une simple évolution de la HM5? Les deux montres sont radicalement différentes. Si les sources d'inspiration sont communes, elles se distinguent par les émotions qu'elles provoquent et les styles qu'elles incarnent.

Une montre peu pratique au quotidien? La HMX est plus lisible que la HM5 et la fluidité de ses lignes la rend agréable à porter.


Je fus donc très séduit par cette HMX qui se révèle être une montre "anniversaire" extrêmement séduisante. Max Büsser n'avait pas le droit de décevoir alors qu'il était très attendu compte tenu de l'importance de l'événement. Il a su relever le défi avec brio tout en permettant aux collectionneurs qui l'accompagnent dans cette célébration de garder des fonds pour financer les acquisitions des futures Machines... C'est une fois de plus très intelligemment joué!

Merci à Charris pour la présentation de la HMX à Paris.

Les plus:
+ une vraie Machine à un prix attractif
+ la présentation du boîtier
+ le punch des versions colorées
+ une lisibilité en hausse par rapport à la HM5
+ le confort au porter malgré le gabarit

Les moins:
- la version noire est un peu triste
- la lecture des minutes trainantes demeure délicate

dimanche 7 juin 2015

Chanel: Boy.Friend

Je dois avouer que j'étais très curieux de découvrir la toute nouvelle ligne de montre de Chanel, Boy.Friend. En effet, je n'oublie pas que Chanel fait partie des très rares marques à avoir créé une véritable icône horlogère des années 2000: la J12. Dessinée par le regretté Jacques Helleu, la J12 a su, dès ses débuts, attirer une clientèle féminine alors que sa vocation semblait être, à travers son approche sportive et les matériaux employés, de se retrouver plutôt aux poignets des hommes. Cette ambiguïté, clairement assumée, expliqua le succès foudroyant de cette montre. Je retrouve la même ambiguïté mais dans le sens opposé avec Boy.Friend ce qui la rend très intéressante à observer de près.

La ligne Boy.Friend, qui arrivera dans les boutiques Chanel à la rentrée prochaine, est composée de 6 montres se déclinant selon les options suivantes:
  • 2 tailles de boîtier: intermédiaire (34,6 x 26,7mm) et grande taille (37 x 28,6mm)
  • 2 matériaux: or beige dont les teintes rappellent l'or miel de Lange et or gris
  • la lunette sertie de 64 (taille intermédiaire) et de 66 (grande taille) diamants ou sans sertissage.
Version or gris en grande taille sertie:


Le nombre de combinaisons disponibles serait alors de 8. Cependant, les versions sans sertissage ne sont disponibles qu'en or beige ce que je regrette un peu. Les versions intermédiaires utilisent un mouvement à quartz et affichent les quantièmes à travers un petit guichet à 6 heures tandis que les versions en grande taille sont animées par un mouvement à remontage manuel et proposent une trotteuse. Nous touchons donc ici toute la particularité de cette nouvelle ligne. Résolument destinée aux femmes, ou tout du moins présentée comme tel par Chanel, je ne peux pas m'empêcher de penser que la ligne et plus spécifiquement la version en grande taille seront aussi bien à l'aise sur un poignet masculin que féminin. J'ai même beaucoup de mal à penser que Chanel n'avait pas une petite idée derrière la tête car à bien l'observer, la Boy.Friend regorge de détails évoquant une montre masculine.

Version intermédiaire or beige sertie:


J'aime beaucoup l'esthétique de Boy.Friend. La forme octogonale du boîtier, reprenant celle du flacon du parfum n°5, elle-même inspirée par la Place Vendôme vue du ciel explique en très grande partie la réussite du design. Il semble simple de prime abord mais très vite la subtilité des détails apparaît comme le verre qui accompagne et prolonge son dessin géométrique, le godron qui apporte une rupture et casse l'uniformité et la couronne à cabochon plat en onyx. Et comme le diable et la clé du succès sont dans les détails, Chanel a eu l'excellente idée de réinterpréter la forme du boîtier pour concevoir la boucle ardillon, elle aussi octogonale. Cette cohérence d'ensemble est évidemment très appréciable et témoigne du soin apporté dans la phase de développement de Boy.Friend.

Les boîtiers ont tous un fond plein:


Le principal obstacle pour une telle montre qui se veut élégante, simple et raffinée est de générer l'ennui à trop vouloir épurer le design. Fort heureusement, Chanel a su le contourner en insérant ici et là des courbes qui s'opposent aux lignes droites dominantes. J'ai déjà évoqué la couronne dont la forme n'a pas qu'une seule vertu esthétique: sa prise en main est agréable et le remontage manuel de la version grande taille demeure aisé. Le cadran, qui ne comporte ni chiffre ni index,  gagne en relief et en énergie grâce à la forme, qui rappelle celle du boîtier Arkade de Lange, et qui délimite la zone décorée avec un discret guillochage circulaire.

Version or beige en grande taille non sertie:


La surprise est de retrouver un mouvement à remontage manuel dans la version en grande taille. Surprise si nous croyons l'argument de Chanel qui certifie que la montre est avant tout à l'attention des femmes. Il est vrai que cette année a vu l'émergence d'une offre de montres féminines à remontage manuel comme par exemple la nouvelle Millenary d'Audemars Piguet. Mais, malgré l'intérêt croissant des femmes pour les montres mécaniques, je persiste à penser que ces dames penchent beaucoup plus facilement vers les mouvements automatiques. C'est la raison pour laquelle j'ai l'intime conviction que Chanel a agi avec arrière pensée. La version  en grande taille, y compris avec la lunette sertie, est une pièce assurément mixte. Les dimensions font que la montre est tout à fait portable pour un homme.  L'autre avantage du remontage manuel est qu'il permet de conserver une épaisseur contenue. Avec une hauteur de 7,75mm, le boîtier en grande taille respecte les mêmes proportions que celles du boîtier intermédiaire dont l'épaisseur est à peine inférieure (7,33mm).

La forme des boucles:


En fait, tout devient logique. Le nom de la montre qui semble un peu iconoclaste a été choisi avec soin. Il est séduisant pour les femmes... et incite leurs partenaires à vouloir la porter car jouant gentiment avec l'égo des hommes!

Je dois avouer que j'ai pris beaucoup de plaisir à porter la version en grande taille en or beige. Sa taille m'a semblé idéale, ni trop grande (une montre de forme a une taille perçue supérieure à une montre ronde), ni trop petite. La faible épaisseur donne même un style plutôt élancé sans tomber dans l'extra-plat. L'or beige propose des reflets très changeants et selon la lumière, les teintes peuvent varier de l'or gris à l'or rose. Le remontage manuel s'effectue sans souci grâce à la forme de la couronne. Le mouvement qui équipe la Boy.Friend en grande taille est très connu puisqu'il s'agit du vénérable ETA 7001. Même si le mouvement n'est pas des plus prestigieux, son efficacité et sa fiabilité sont des atouts certains. De plus sa diffusion depuis de très nombreuses années assurera une disponibilité facile de pièces détachées à l'avenir. Enfin, le cadran "muet" qui est une caractéristique fréquente des montres pour femme ne m'a pas choqué à mon poignet et contribue à l'élégance de la montre.

Version or gris en grande taille sertie:


Il est bien entendu difficile de prévoir si Boy.Friend connaîtra le même succès que la J12 et de toutes les façons, elle n'en possède pas la polyvalence à l'usage. Cependant, je fus séduit par cette nouvelle ligne que j'ai trouvé très convaincante et qui ralliera de nombreux suffrages auprès des amateurs masculins dans sa version en grande taille. C'est là où se niche le potentiel commercial de la nouvelle ligne de Chanel. Quand monsieur voudra offrir une montre à son épouse ou conjointe, il saura qu'avec Boy.Friend, il pourra l'emprunter de temps en temps. Un argument extrêmement rare dans le monde des montres féminines et qui peut faire mouche!

Version or beige en grande taille non sertie:


Merci à l'équipe Chanel.

Les plus:
+ une réalisation soignée
+ les proportions harmonieuses du boîtier
+ le calibre à remontage manuel de la version en grande taille donnant un style "dandy"
+ la version en grande taille est aussi à l'aise aux poignets des hommes que des femmes

Les moins:
- le guichet de date de la version intermédiaire est petit et la lecture des quantièmes un peu délicate
- l'or gris n'est utilisé qu'avec les versions serties